Le lendemain, 18h17 - Montréal
Emma attrapa une coupe de champagne d'un geste instinctif et sourit à l'homme qui se trouvait en face d'elle. Elle avait passé la journée à préparer la soirée qui était supposée mettre à l'honneur son projet. En compagnie de Lilith et de ses collègues, elle avait participé à la réception de grands noms de la communauté scientifique. Évidemment, les autorités locales étaient là également. Elle avait déjà salué le Premier Ministre du pays, ainsi que le gouverneur de la province. Elle avait même pu discuter quelques instants avec un des éminents ministres de la santé, et échangé quelques mots avec la mairesse de la ville. L'heure semblait être à la joie et à la bonne humeur. Pourtant, elle se sentait incroyablement vide. Comme brisée. Elle avait l'impression que son coeur avait cessé de battre et qu'elle ne ressentirait plus rien de positif. Elle savait qu'il lui faudrait encore rester un mois et demi dans la métropole québécoise. La première phase de test avait été concluante, mais les autorités en demandaient évidemment d'autre. On ne pouvait lancer un vaccin sans avoir l'aval de plusieurs laboratoires. Aussi, Emma savait qu'elle devrait encore vivre auprès de son ex-petite-amie pendant quelques semaines avant de finalement rentrer à Forks. Toutefois, elle ne savait pas quelle alternative lui plaisait le plus. Loin de l'État de Washington, elle avait tout le loisir de déprimer sans jamais risquer de croiser une personne proche de la brunette. Mais à Forks, elle serait au moins plus proche de Regina et pourrait s'informer auprès de Kelly de ses avancées professionnelles… et personnelles. Évidemment, elle se doutait que la brune ne souhaiterait pas la revoir. Mais elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas vivre sans savoir qu'elle était, éventuellement, épanouie dans sa vie. C'était d'ailleurs la seule chose qu'elle espérait de son retour aux États-Unis. Ça, et le fait de pouvoir enfin revoir sa famille et ses amis. Même si elle se doutait qu'aucun d'entre eux ne pourraient lui remonter pleinement le moral.
Alors qu'elle acquiesçait une nouvelle fois en souriant, elle vit l'homme détourner son regard. Il sembla absorbé par un élément particulier dans la foule des invités, et Emma ne put s'empêcher de suivre ses yeux bruns. Quand elle compris ce que l'homme paraissait observer avec autant d'attention, elle eut l'impression que son coeur cessa de battre. Marchant tranquillement vers elle, Regina Mills était véritablement superbe. Elle s'était vêtue d'une longue robe noire de cocktail qui laissait entrevoir sa magnifique poitrine. Ses pieds étaient chaussés de splendides talons hauts assortis à sa robe. Et ses cheveux bruns étaient attachés en une superbe coiffure distinguée. Évidemment, elle ne passait pas inaperçue. Aussi, quand elle s'approcha d'Emma, la blonde se demanda si elle n'était pas en train d'halluciner. Comme de fait, l'homme se tourna automatiquement vers la blonde, et l'interrogea du regard. Il ne connaissait pas Regina, et se doutait que l'interprète les avait rejoint parce qu'elle connaissait Emma. Instinctivement, la jeune femme prit la scientifique dans ses bras, et lui murmura un « surprise » d'une voix langoureuse. Elle se tourna alors vers l'homme et lui serra la main d'un air enjoué.
« Je suis Regina Mills, la compagne du Docteur Swan, » déclara-t-elle d'un ton ravi. « Enchantée, euhm ?
-Denis Sigouin, » bredouilla l'homme, toujours étonné par la prestance de la jeune femme. « Je suis un des membres actifs du parlement… Euhm… mais vous n'avez pas d'accent ?
-J'ai fait carrière dans l'armée américaine, » admit Regina dans un québécois parfait. « J'ai eu quelques petites missions avec des soldats québécois. Autant vous dire que je n'ai aucun mal avec vos expressions. » Elle gloussa d'un air enjoué et l'homme la suivit automatiquement.
« Vous devriez enseigner à votre compagne alors, » dit-il d'un ton poli. « Emma m'a avoué qu'elle avait beaucoup de mal avec notre langage ! » Il rit de bon coeur comme pour suivre l'interprète.
« Je n'y manquerai pas, » assura-t-elle sans hésiter.
L'homme leur souhaita alors une bonne soirée, et s'éloigna pour rejoindre un groupe de personnes qu'il connaissait sans doute. Dès qu'il fut à bonne distance, Emma se plaça instinctivement devant la jeune femme brune.
« Qu'est-ce que…
-Come on, » souffla la brune. « Je ne suis pas la dernière des imbéciles. Et si ta chère ex-petite-amie pense qu'un texto me fait peur, elle est loin du compte.
-Un tex… quoi ? » interrogea Emma d'une voix peu convaincante.
« Écoute, Emma, je ne suis pas là pour visiter Montréal, ok ? Je suis là parce que clairement ma petite amie a besoin d'être remise sur le droit chemin.
-Mais…
-T'as complètement angoissé et t'as eu du mal à supporter l'éloignement. Et je le comprends. Mais maintenant je suis là et tu vas arrêter de te comporter comme un enfant. On est endgame, toi et moi. T'as déjà oublié ? D'ailleurs, on en parlera plus tard.
-Mais Regina…
-On est là pour célébrer ton projet, tu te souviens ? » répéta la brune d'un ton plus autoritaire. « Alors contente toi d'apprécier le fait que tous ces gens se sont réunis parce que t'as accompli quelque chose de génial.
-Regina… Je suis pas sûre que… »
Pour la faire taire, l'interprète se redressa légèrement et posa ses lèvres sur les siennes. Cette fois, ses talons étaient assez hauts pour qu'elle n'ait pas besoin de se mettre sur la pointe des pieds. Elle saisit la jeune femme par la nuque, et approfondit un instant leur étreinte. Évidemment, elle eut l'impression de vivre une véritable décharge électrique. Comme si la gravité n'avait plus aucune importance. Au regard énigmatique d'Emma lorsqu'elle la relâcha, elle devina que ses sensations étaient réciproques.
« On en parlera plus tard, » confirma la blonde d'un air plus détendue. La brune lui adressa un clin d'œil complice avant de saisir sa main entre ses doigts. Elle n'aurait pas pensé que retrouver la scientifique ferait battre son coeur si rapidement…
21h11
Regina sentit son téléphone vibrer dans son petit sac et sut que c'était le bon moment. Elle ne s'était pas vraiment étonnée de ne pas croiser sa rivale de la soirée. En fait, elle songeait que Lilith Page n'avait même aucune conscience de sa présence. Évidemment, la canadienne devait être très fidèle à elle-même… et au plan que l'interprète avait imaginé.
Comme de fait, Regina indiqua à Emma qu'elle avait besoin de s'absenter quelques instants, et s'excusa auprès de la mairesse de la ville avec qui elles étaient en train de discuter. Elle s'éloigna rapidement, et rejoint le dédale de couloirs du bâtiment. Ce club très sélect était évidemment construit comme la plupart des enseignes de ce genre. Si on dépassait la petite barrière de fortune qui menait à l'étage, on pouvait facilement découvrir des merveilles. Aussi, la brunette grimpa quatre à quatre les escaliers, pourtant interdits au public, et rejoint un nouveau dédale de couloirs. Elle consulta son téléphone, et eut la confirmation de la porte de la chambre qu'elle pouvait emprunter. Ces clubs ne promouvaient aucunement ce genre de choses, mais ils laissaient libre choix à leurs clients de choisir. Toute personne un peu censée savait qu'on pouvait accéder à l'étage soit-disant interdit d'un club. Surtout si on était en très bonne compagnie…
Arrivée devant la porte, Regina prit une grande inspiration et ferma les yeux comme pour se ressaisir. Ce qu'elle allait faire était loin d'être très fair-play, mais cela semblait nécessaire. La jeune femme en question ne paraissait aucunement comprendre ce que les autres lui expliquaient. Il lui faudrait peut-être apprendre différemment. Aussi, la brunette poussa-t-elle la porte tranquillement, en songeant à ses prochaines paroles. Sans surprise, elle découvrit Lilith dans les bras de sa collègue Aileen. La rouquine interrompit rapidement leur étreinte quand elle aperçut Regina, et elle se leva du lit sur lequel elles étaient assises.
« C'est dommage, » ricana-t-elle. « J'avais l'impression que la soirée s'annonçait vraiment bien avec celle-là… »
Face à elle, la canadienne dévisageait les deux jeunes femmes d'un air abasourdi.
« On a juste besoin d'un petit tête à tête, » indiqua Regina qui se demandait comment elle pourrait rester calme en compagnie de Lilith. « Après, tu feras ce que tu voudras.
-Mmmhhh non, merci, » répliqua la rousse. « J'ai déjà perdu mon élan. Je trouverais bien quelqu'un d'autre pour ce soir… »
Elle adressa un clin d'oeil à l'interprète et quitta la pièce sans même saluer Lilith. De son côté, la biologiste paraissait aussi désemparée qu'intimidée. Assurément, elle n'avait aucune idée de la présence de Regina ce soir. Et elle ne s'attendait certainement pas à ce que son amante du jour soit de mèche avec elle. Pourtant, elle se leva d'un air de défi et s'approcha de l'interprète.
« Tu sais pas lire, en fait ? » pesta-t-elle d'un air agacé. « Je pensais que c'était assez clair pourtant ! »
Sentant la rage bouillir dans ses veines, Regina se contenta de jeter un regard au lit derrière la jeune femme.
« Clair comme dans tu t'es déjà pris une nouvelle maîtresse ? » ricana-t-elle.
« On n'est pas encore ensemble avec Emma. Je n'ai pas de comptes à lui rendre, » souffla Lilith d'un ton agacé.
Elle s'approcha encore un peu de l'interprète comme si elle souhaitait absolument provoquer une altercation physique. Laissant enfin aller sa colère, Regina se vit obligée d'agir. Elle saisit immédiatement la jeune femme par le col, fit volte face et la plaqua contre le mur derrière elle. Sans pour autant serrer son emprise, elle savait que sa rapidité avait quelque peu coupé le souffle à son interlocutrice. Justement, la canadienne la dévisageait d'un air effrayé. Jouissant de sa position favorable, Regina resserra légèrement sa main autour de sa gorge pour lui faire peur. Toutefois, elle gardait un espace suffisamment acceptable pour ne pas bloquer sa respiration d'une quelconque manière.
« Règle numéro un, Lilith Page, on ne provoque pas quelqu'un qui a déjà eu à tuer des gens à mains nues sur le champ de bataille, » expliqua la brune d'un ton amusé. Face à elle, elle vit le regard de la biologiste changer légèrement. Clairement, la jeune femme s'inquiétait pour son existence à présent.
« Règle numéro deux, quand on fait des erreurs, on essaie de ne pas les répéter. T'as passé cinq années à mentir et tromper celle que tu aimais, et t'étais déjà en train de recommencer. C'est peut être pas de très bonne augure pour la suite, tu crois pas ?
-Je viens de te le dire, on n'est pas encore ensemble ! » protesta la canadienne avant que Regina ne la plaque un peu plus contre la paroi du mur.
« Règle numéro trois, tu vas définitivement arrêter de tourner autour d'Emma.
-T'es qui pour me dire ça ? Je n'ai aucune raison de t'écouter ! » souffla la biologiste.
Son regard témoignait de sa crainte face à la militaire, mais surtout de sa rage. Elle ne pensait certainement pas devoir subir ce petit tête à tête aussi vite. Surtout pas avant qu'elle ait pu pleinement célébrer sa victoire.
« Et ne me parles pas de tromperie parce que je sais très bien que t'es pas mieux que moi sur ce point, Regina Mills ! » ironisa-t-elle.
De son côté, l'interprète se sentait assez enragée pour en finir avec elle mais elle essaya de se contenir. Lui faire du mal ne serait certainement pas la meilleure manière de retrouver enfin Emma.
« Je me fous de notre relation avec Emma, et je me fous de ce que tu ressens pour elle, » expliqua Regina. « Mais je suis sûre d'une chose : je refuse que tu lui fasses le moindre mal. Alors si tu tiens un minimum à ton existence, contente-toi de te trouver quelqu'un d'autre.
-T'as plus aucune chance avec elle, j'ai déjà gagné la partie, » répéta la brunette. « Et si tu crois que tu me fais peur… »
Pour toute réponse, Regina la saisit par le col et la bouscula sur une des tables de nuit de la chambre. Lilith trébucha et tomba sur le dos en grognant, alors que l'interprète se rapprochait d'elle. Elle la souleva de nouveau, et remit sa main autour de sa gorge en signe de menace.
« Je t'ai dit de rester loin de ma future épouse, c'est clair ?! » dit-elle d'une voix bien plus grave. Déstabilisée par ce qu'il venait de se passer, Lilith hocha la tête en signe de paix. Assurément, elle ne s'attendait pas à ce que l'interprète use réellement de la violence. Et elle ne pensait pas non plus qu'elle était autant déterminée à protéger Emma. Il était clair qu'elle ne gagnerait plus rien à essayer de reconquérir la blonde. Si elle s'approchait d'elle, elle savait désormais ce qu'elle risquait. Mieux valait donc peut-être abandonner la partie...
Ayant obtenu ce qu'elle désirait, Regina relâcha sa rivale et se redressa d'un air nonchalant. Elle ajusta les pans de sa robe d'un geste sûr, avant d'épousseter son col comme si elle avait fini une tâche importante.
« Sur ce je te souhaite une excellente soirée, Lilith Page, » déclara-t-elle d'un ton semblable à celui que sa mère empruntait avec des convives qu'elle méprisait.
Elle sortit ensuite de la petite chambre et rejoint le couloir d'un pas déterminé. Elle consulta son téléphone pour être sûre qu'Emma ne lui avait pas envoyé de message, et reprit le chemin vers la salle de réception. Une bonne chose de faite.
22h31
« Je savais que Lilith t'avait envoyé un message, » admit la blonde d'une voix faible.
Regina la dévisagea d'un air incrédule. Elle remarqua la mâchoire crispée de sa petite amie, et son regard quelque peu fuyant.
« J'étais assez … désespérée, » expliqua Emma. « Alors j'ai volontairement laissé mon téléphone à sa disposition. Je me doutais qu'elle allait faire quelque chose comme ça…
-Mais tu ne l'as pas empêchée ? » interrogea l'interprète d'un air curieux.
« Je me disais que ça serait peut-être le meilleur moyen de mettre fin à tout ça. J'ai l'impression qu'on passe notre temps à se faire du mal et je voulais que ça s'arrête. Pour moi, mais aussi pour toi.
-Mais… désires-tu réellement mettre fin à notre relation ? » demanda Regina, son coeur accélérant soudain sa course dans sa poitrine. Elle eut l'impression que sa respiration devenait un peu plus difficile, mais elle tâcha de garder un air impassible. Comme la plupart des convives avaient quitté la réception, les deux jeunes femmes s'étaient éloignées de la foule pour discuter en privé. Emma avait alors proposé à Regina de rejoindre la terrasse déserte du club, et de s'asseoir à une des tables. Seules face à l'horizon lumineux du centre-ville, elles pourraient mieux échanger sur les derniers évènements.
« Je pense qu'on est vouées pour se retrouver quoi qu'il arrive, » débuta la scientifique d'une voix douce. « Et je sais que quand on est ensemble… enfin… ce que je t'ai dit au Vietnam est encore vrai. Ce que je ressens pour toi n'a pas d'autre comparable dans mon existence. C'est comme si notre lien dépassait pas mal tout le reste…
-Mais ? » demanda la brune qui s'attendait à une éventuelle objection.
« Mais on a passé les derniers mois à se faire du mal mutuellement, à se briser le coeur et se détruire et se retrouver. Et je sais que c'est dû à tout ce qu'on a traversé. Je sais que si j'étais restée à Forks, les choses auraient été différentes. Très différentes, en fait. Je suis juste morte de peur à l'idée que tout cela ne mène qu'à plus de souffrances… »
Elle saisit la main de Regina d'un geste tendre, et l'interprète se sentit quelque peu soulagée. C'était au moins bon signe.
« Je t'aime, Regina. Irrévocablement et indéniablement, comme dirait l'autre… » Elle gloussa comme pour se moquer d'elle-même. Regina se remémora alors les répliques d'un film populaire qui parlait de vampires, et sourit à son tour.
« Mais je ne veux pas qu'on continue à se faire du mal comme ça. Je ne le supporte plus. »
Elle prit une longue inspiration comme pour se donner du courage. « Et je suis censée rester ici encore trois bonnes semaines mais…
-Il est hors de question que tu abandonnes ton projet pour ça, Emma, » la coupa l'interprète d'une voix plus rauque. « Quoi qu'il arrive, c'est quelque chose d'ultra important pour ta carrière. En aucun cas tu ne vas rentrer plus tôt pour moi. »
La scientifique la regarda un instant, comme si elle prenait mieux conscience de ses paroles. Assurément, l'interprète considérait plus l'épanouissement de la jeune femme que leur relation.
« Je pourrais toujours gérer ça depuis Forks… Ils ont des tas de spécialistes ici, ils n'ont vraiment pas besoin de moi.
-Oui mais si tu abandonnes, tu vivras avec des regrets. Et tu vas passer ta vie entière à te demander si tu n'aurais pas dû faire un choix différent, » déclara la brune. « Tu restes à Montréal jusqu'à la fin des tests. Je ne céderai pas là-dessus. »
Sa voix rauque témoignait de sa détermination, et Emma comprit qu'elle n'aurait pas le dernier mot. D'habitude bornée, elle était plutôt prête à faire des compromis avec Regina pour leur bien-être commun.
« Ok alors, que proposes-tu ? » dit-elle d'un ton de défi.
« Eh bien… » hésita la brune d'un air embarrassé. « J'ai peut-être eu une idée en prenant l'avion ce matin, mais je ne sais pas jusqu'à quel point elle va te plaire.
-Je t'écoute, » répliqua la blonde sans douter. À cet instant, elle espérait surtout que sa bien aimée aurait la même idée stupide qu'elle.
« Comme je fais majoritairement du télétravail, je me demandais si tu voudrais que je reste ici le temps que tu finisses ton projet, » admit Regina d'une voix faible. « Enfin, je veux vraiment pas m'imposer ou quoi… Je me disais juste que ça serait peut-être le mieux vu que la distance ne nous réussit pas et que… »
La coupant dans son élan, Emma se pencha pour l'embrasser. Naturellement, Regina passa ses mains sur la nuque de la jeune femme et se rapprocha d'elle. On pouvait sans doute considérer cela comme une acceptation.
« Mais, mais… » hésita Regina en interrompant quelque peu leur étreinte. « Justement, il faut que je te parle de quelque chose.
-Le fameux truc qui ne se dit pas au téléphone et qui me terrorise depuis trois semaines ? » ironisa la blonde. « Je t'en prie, » ajouta-t-elle en se replaçant sur sa chaise.
Face à elle, Regina parut quelque peu embarrassée par ce qu'elle allait lui dire. En un sens, cela signerait quelque peu leurs retrouvailles. Aussi, ce serait un bon moyen de s'assurer de la fiabilité de leur relation. C'était un pari risqué. Mais le sentiment qu'elle avait depuis qu'elle était montée dans l'avion était toujours le même. Elle était persuadée d'avoir fait le bon choix, et convaincue que leur relation était unique en son genre. À cet instant, elle ne pouvait songer à rien d'autre qu'à la fameuse théorie de Mary-Margaret.
« C'est quelque chose que je ne peux révéler qu'à une seule personne de mon entourage en fait, » expliqua l'interprète d'un ton sérieux. Emma sourcilla d'un air énigmatique, assurément incrédule face à la nouvelle.
« Je sais que normalement il faudrait que j'attende plusieurs années avant de t'en parler pour être sûre que je peux te faire confiance et blah blah blah, » poursuivit la jeune femme. « Mais je suis assez certaine que je n'ai pas à douter de toi. Et je pense que justement, ces dernières semaines m'ont prouvé que ce qui nous unit est loin d'être anodin. Alors comme pour influencer un peu le destin, je me suis dit que tu serais la personne choisie pour ce secret-là.
-Plus tu parles, plus je suis morte de trouille, » gloussa la blonde comme pour se détendre. Elle se doutait que Regina ne plaisantait pas, mais sa propre angoisse ne pouvait se traduire que par le rire.
« En fait, je ne travaille pas pour le gouvernement. Enfin, pas exactement… » souffla la brune, consciente qu'elle était en train de sceller son avenir. « Après mon examen j'ai été… approchée… Par des membres des renseignements et… des services secrets. »
Elle baissa le regard un instant, et Emma se redressa de surprise.
« Donc je travaille pour eux depuis mon retour de New-York. Pour le moment, je fais surtout de la traduction de documents, d'écoute électronique et de tout ce qui peut circuler sur le web. Je reçois des fichiers écrits, des photos, des transcriptions de messages ou des fichiers audio. Et mon rôle consiste simplement à les traduire et les renvoyer à mes supérieurs. Ça parait assez anodin mais c'est plutôt important comme travail au niveau de la sécurité nationale. Apparemment, je pourrais être amenée à participer à des missions de terrain autour de Forks et Seattle, mais seulement si je le veux. Ils m'ont expliqué que je pouvais aussi me contenter du télétravail si je le voulais. »
Elle releva ses yeux vers la scientifique, et ne parvint pas à déchiffrer son expression impassible. Pourtant, quand leurs regards se croisèrent, un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme blonde.
« Je trouvais ça assez badass de sortir avec une militaire… Mais je dois avouer que j'aurais jamais espéré quelque chose d'aussi fou… » déclara Emma d'un air enjoué. « Mais c'est génial, enfin, c'est vraiment dingue. Est-ce que ça te plait ?
-Ouais… Pas mal en fait, » admit l'interprète, touchée par le fait que la scientifique s'inquiétait de son propre épanouissement. « C'est du travail de bureau mais j'ai l'impression de faire une grande différence, de servir à quelque chose. Donc ça me rapproche un peu de ce que je faisais dans l'armée… »
Comme de fait, Emma resserra ses doigts autour de sa main, et Regina sentit son coeur accélérer.
« Ils m'ont dit que justement à cause de l'écoute électronique, il valait mieux en parler de vive voix à la personne de mon choix.
-Ça fait pas mal de sens, effectivement, » avoua la blonde. « Donc si je comprends bien… tu es destinée à rester à quai ?
-C'est bien parti pour, en tout cas, » acquiesça la brune.
« Même si pour le moment… t'es pas vraiment à bon port puisque tu vas passer quelques temps ici ?
-Je ne pense pas que le port en question soit un lieu en particulier, » avoua Regina, s'étonnant elle-même de son aveu. « Je crois qu'il s'agit plutôt d'une personne. »
Face à elle, Emma lui sourit d'un air rassurant. Elle était certainement heureuse de voir que l'interprète parvenait enfin à parler de ce qu'elle ressentait. Sans nécessairement être sous l'emprise de puissants opiacés, du moins.
« C'était pour ça, le prénom, » ajouta Regina d'un air plus léger. « Parce qu'évidemment il faut s'inventer un pseudo pour travailler aux renseignements…
-Et donc … tu as suivi mes conseils ? » interrogea Emma, touchée par le fait que la brune avait décidé de lui demander son avis pour quelque chose d'aussi important.
« Ouaip, » admit l'interprète en gloussant. « Je trouvais aussi que Lana sonnait très bien comme prénom. Et que c'était plutôt intemporel…
-En fait, j'y ai pas mal réfléchi, » admit la blonde d'un air embarrassé.
« Réfléchi, à quoi ? » demanda sa petite amie d'un air incrédule.
« C'est particulièrement cliché, mais j'adore la sonorité et le sens du prénom Hope, » expliqua Emma en rougissant.
« Ouais c'est un joli prénom mais tu sais j'ai déjà choisi mon pseudo alo… » Regina s'interrompit un instant, et réalisa ce à quoi la scientifique faisait réellement allusion. « Oh… Tu ne parlais pas de mon travail…
-Non, » gloussa cette dernière. « Je parlais de choses plus… engageantes, si on veut, » lança-t-elle en riant. « Mais j'ai peut-être juste abusé du champagne. Et comme j'ai beaucoup de dopamine dans le corps parce que t'es là et que je ne m'y attendais pas, il se peut que je délire un peu aussi… » ajouta-t-elle en se levant pour inviter la brune à la suivre pour rejoindre la salle de réception. Alors qu'elle avançait d'un pas hésitant, Regina l'attrapa par le poignet d'un geste déterminé. Emma vit volte face et la brune comprit qu'elle était véritablement embarrassée par ses aveux.
« Hope, j'aime bien aussi, » répliqua enfin l'interprète comme pour la rassurer. « Mais à une seule condition…
-Oui ? » s'enquit la blonde qui était à présent rouge d'embarras.
« J'aimerais que l'un de nos enfants porte le nom de mon père. Henry. Parce que contrairement à ma génitrice, il m'a toujours pas mal soutenue et encouragée…
-Henry ? » répéta la scientifique comme pour mieux s'imprégner de la sonorité du prénom. « Ça sonne vraiment bien aussi. Ta condition est acceptée, my love. »
Ravie, l'interprète se rapprocha alors de sa petite amie et l'embrassa avec passion. Au moins, elles avaient enfin dépassé les orages et les tempêtes. Il ne lui manquait plus qu'à s'assurer que Lilith ne revienne pas à la charge, et tout serait parfait. Du moins, elle espérait que plus rien ne viendrait altérer leur petite idylle…
21h13 - Forks
« Ok, merci de me l'avoir dit, Kelly. Bonne soirée mon amour, oui. À plus tard… » souffla le quinquagénaire en raccrochant son smartphone. Il déposa alors le petit appareil devant lui sur le comptoir, et jeta un regard désolé à son épouse.
« Regina est à Montréal, finalement, » déclara-t-il d'un ton hésitant. « Elle a pris l'avion ce matin pour rejoindre sa petite amie… » Il dévisagea Cora et prit une grande inspiration pour se donner du courage. Assurément, la brune allait exploser de rage.
Pourtant, contre toute attente, elle sortit un cigare de son paquet et en fixa un sur son porte-cigarette en silence. Elle l'alluma d'un geste assuré, et prit une première bouffée cancérigène en fermant les yeux. Quand elle les rouvrit, elle ramena son attention sur son mari, qui l'observait d'un air curieux.
« Tu… n'es pas furieuse ? » interrogea-t-il d'une voix faible. Il appréhendait énormément la réaction de sa femme lorsque sa cadette lui avait annoncé le départ de l'interprète.
« Bien sûr que non ! » éructa la quinquagénaire. « Au contraire, je célèbre ma victoire !
-Ta… victoire ? » hésita-t-il.
Cora soupira comme si ses paroles l'exaspéraient, et prit une nouvelle bouffée de nicotine avant de répondre.
« Henry dear, notre fille Regina a le pire esprit de compétition que je connaisse. Elle dépasse largement mon caractère combattif, et la détermination de sa sœur. Il était certain que recevoir un message de sa rivale la pousserait à monter dans le premier avion pour Montréal. Parce que je sais que dès sa lecture, elle a dû bouillir de rage et d'envie de se débarrasser d'elle au plus vite.
-Mais… je pensais que tu voulais anéantir leur relation ? » demanda l'homme d'un ton peu assuré. Le plan de sa femme était-il plus machiavélique que prévu, ou avait-elle réussi à faire preuve de compassion ?
« Emma Swan a traversé la moitié de la planète pour que notre fille puisse rester en vie, Henry, » répliqua la femme d'un ton sévère. « Je pense que je lui devais bien une petite faveur, tu ne crois pas ? Après tout, les Mills payent toujours leurs dettes.
-Tu… as fait ça pour elles ? » s'étonna le quinquagénaire.
« Je n'ai fait ça pour personne. C'était un juste retour de bâton, rien de plus. Mais maintenant que je ne lui dois plus rien, le Docteur Swan a beaucoup à faire si elle veut avoir ma bénédiction.
-Je crois pourtant que tu lui as déjà signifié qu'elle serait un parti très favorable pour notre fille, » remarqua Henry, surpris par le geste de son épouse.
« En effet, mais cela ne veut pas dire qu'elle est à la hauteur. Il en faut plus qu'un simple diplôme pour espérer atteindre mes standards.
-Et le fait que ce soit une jeune femme ne te dérange plus, alors ?
-Tu connais déjà la réponse, Henry dear, » ironisa Cora. « Mais puisque je n'ai pas le choix, je tâcherai de m'y plier. On peut dire que cela fait partie de la faveur que je fais à Emma Swan vis-à-vis de son voyage au Vietnam. En revanche, il est clair qu'elle part avec au moins une bonne centaine de points de retard…
-Donc tu veux tout de même la mettre à l'épreuve ?
-Pour qui me prends-tu, Henry dear ? » lança la femme brune. « Cette jeune femme a décidé de conquérir le coeur de ma fille, elle accepte donc de se soumettre à mon jugement. »
À ces mots, Henry acquiesça d'un air las. Le point positif, c'est que son épouse ne changeait pas vraiment. Même si elle semblait être capable d'évolution, elle en revenait toujours aux mêmes convictions. Il s'assit au comptoir en face d'elle, et pensa à sa fille aînée. Sa petite amie n'était certainement pas au bout de ses surprises...
