Toujours perchés face au Mime, les deux héros ne quittaient pas leur adversaire des yeux. Les coéquipiers étaient tendus, par le temps qui passait à toute vitesse et surtout par cet ultimatum qui pesait maintenant sur leurs épaules, à savoir la détransformation proche de Chat Noir puisque le garçon venait d'utiliser son Cataclysme.

-« Bon, une idée ? » murmura Chat Noir en tournant vers les yeux vers sa camarade.

La jeune fille se contenta de reculer d'un pas en décrochant son yoyo de sa hanche. Elle le lança au-dessus d'elle en criant sa formule.

« Lucky Charm ! »

Aussitôt, une nuée de coccinelles apparurent pour tourbillonner autour de l'héroïne avant de disparaître aussi vite, laissant derrière-elle un objet rouge à poids noir que la jeune fille réceptionna.

-« Une paire de menottes… ? » murmura Ladybug en scannant les deux bracelets reliées par une chaîne avec un air circonspect.

Elle regarda autour d'elle, reportant son attention sur le Mime qui se pavanait toujours à quelques mètres d'eux. Elle scanna tout ce qui passait sous ses yeux, tous les détails de la scène autour d'elle. Il fallait qu'elle trouve un plan, et vite. Pour Chat Noir, pour Andréa, pour tous les parisiens blessés. Tout le monde comptait sur elle et le temps était compté.

Secouant la tête pour se reconcentrer, Ladybug posa ses yeux sur l'énorme système de ventilation posé sur le toit de l'immeuble où se tenait le Mime, juste derrière le vilain. Et soudain, une idée traversa l'esprit de l'héroïne qui hocha légèrement la tête. Elle se tourna vers son coéquipier en serrant la paire de menottes dans sa main gauche.

-« Maintenant j'ai une idée. » chuchota-t-elle avec un léger sourire malicieux.

Le garçon s'autorisa à se détendre un peu en la voyant le regarder ainsi. Il savait que, pour une raison qu'il ignorait, ce combat était particulièrement dur pour elle, sa colère parlait sans qu'elle n'ait besoin de le verbaliser. Mais la voir sourire de la sorte, d'apercevoir ce regard qui était habituellement le sien au milieu de ce chaos suffisait à le rassurer. Tout allait être bientôt terminé, il en était convaincu.

Les deux partenaires échangèrent quelques mots, permettant à Ladybug d'expliquer rapidement son plan à Chat Noir qui s'empressa d'acquiescer sans protester, ne voyant aucune objection à apporter. C'était clair et rapide. Ne restait plus qu'à espérer que cela soit efficace.

Après un dernier regard, les deux jeunes gens se propulsèrent vers le Mime qui se contenta de les regarder faire sans bouger, les bras toujours croisés.

« C'est ta dernière chance ! annonça le Papillon à son champion. Ne rate pas cette occasion et ramène-moi les miraculous ! »

Le vilain hocha la tête avec un regard satisfait. Sans vraiment se soucier des deux jeunes héros qui fondaient sur lui, l'akumatisé mima une batte de baseball qu'il tenait à deux mains. Quand Ladybug, qui était légèrement en avance sur Chat Noir, se retrouva à quelques centimètres de sa position, il fit un geste large devant lui, frappant la jeune fille dans les côtes. L'héroïne valsa sur le côté avec un gémissement de douleur alors que Chat Noir laissait échapper un cri de rage, contrarié de voir le vilain réussir à toujours prendre le dessus. Il lui adressa un coup de genou dans la mâchoire, bloquant son coup de batte avec son bâton.

Ladybug, qui avait été écartée quelques instants, revint d'un bond pour tenter d'attraper la main du Mime. Même si elle avait bien senti le coup qu'il lui avait administré, elle ne ressentait pourtant aucune douleur physique, comme si son costume avait tout absorbé. Elle avait pu déjà constater à plusieurs reprises la formidable résistance que lui offrait sa tenue d'héroïne. Pourtant, elle savait qu'elle n'était pas invincible et qu'un seul coup mal placé pouvait lui être fatal.

Après un petit regard à sa partenaire, Chat Noir bloqua de nouveau la batte du Mime avec son bâton. Entraîné par le mouvement, le héros réussit à lui faire baisser son arme. Les bras des deux hommes vers le bas, les yeux dans les yeux, l'un comme l'autre luttait pour tenter de garder le contrôle. Chat Noir bataillait pour garder les mains du Mime vers le bas tandis que ce dernier tentait par tous les moyens de se dégager de la poigne du garçon. Profitant de cet instant de flottement, Ladybug attrapa à son tour le poignet du vilain et réussit à lui passer l'un des bracelets des menottes et à le refermer.

Mais le vilain, comprenant ce qui risquait d'arriver, redoubla d'effort et repoussa Chat Noir en lui assénant un magnifique coup de pied que le jeune homme put éviter au prix de sa prise sur son ennemi. Le Mime fit un saut en arrière, s'éloignant des deux héros avec un air mauvais sur le visage. Mais Ladybug était satisfaite, elle avait réussi à faire ce qu'elle devait faire. La jeune fille regardait fièrement les menottes pendre au poignet droit du vilain avec un petit sourire sur le visage. Elle croisa le regard de Chat Noir avec un petit hochement de tête. La deuxième phase du plan pouvait commencer.

L'héroïne fondit de nouveau sur son ennemi, suivie de près par son coéquipier. Elle évita aisément le coup de batte que lui préparait le vilain en penchant son corps en arrière tandis que Chat Noir administrait un coup de bâton dans le buste de l'akumatisé. Celui-ci fut obligé de reculer avec une petite grimace de contrariété alors qu'il donnait un second coup dans sa direction. Ce fut au tour de Ladybug d'intervenir, attrapant le bras du vilain, ce qui le stoppa dans son mouvement. Le Mime la regarda avec un air meurtrier mais il n'eut guère le temps de faire plus. Chat Noir lui donna un nouveau coup, ce qui lui fit faire quelques pas en arrière alors que Ladybug ne lâchait plus son bras.

Plus les secondes passaient et plus les héros faisaient reculer le vilain vers le système de ventilation sans que ce dernier ne le remarque. Le vilain fut à son tour aveuglé par la colère, incapable de tenir tête aux deux héros comme il le faisait auparavant. Et ces derniers continuaient de gagner du terrain, satisfaits d'avoir retrouvé le dynamisme de leur duo. Car si le vilain était très efficace en face à face par sa force et son imprévisibilité, il ne l'était plus autant face aux deux héros en même temps.

Enfin, après quelques minutes de plus à ne faire qu'esquiver les coups de l'akumatisé, Ladybug et Chat Noir parvinrent à amener le Mime tout près de la ventilation. Après un dernier regard d'approbation, les deux héros prirent leur position pour leur dernière action tandis que la bague de Chat Noir émettait son deuxième son strident. Le héros s'écarta d'un pas pour laisser sa partenaire se placer devant le vilain afin de capter toute son attention. Elle lui administra sans prévenir un coup dans la mâchoire, ce qui le laissa interdit quelques secondes.

Mais loin de rester sans rien faire, le vilain leva ses bras pour riposter de cette attaque. C'est ce moment que Chat Noir choisit pour intervenir. Sautant pour attraper les deux mains du vilain, il dévia la trajectoire de son coup, le faisant se tourner vers le gros ventilateur derrière eux tandis que Ladybug bondissait sur le côté. La batte invisible du vilain vint s'exploser dans le système de ventilation, aplatissant les tuyaux comme s'ils avaient été du papier. Le Mime, surpris de ce retournement de situation, ne bougea pas pendant quelques instants, choqué de ce qu'il venait de se produire.

Ladybug en profita alors pour attraper le deuxième bracelet des menottes qui pendait au poignet du vilain pour le boucler autour d'un des tuyaux endommagés alors que Chat Noir arrachait la batte des mains du Mime. L'akumatisé se mit à tirer de toutes ses forces sur les bracelets mais cela ne fut pas suffisant. Sans ménagement, Ladybug lui retira son chapeau et le déchira à sa base ce qui suffit pour faire sortir l'akuma de sa cachette. Les lèvres tremblantes, elle décrocha son yoyo de sa hanche avant de prendre une grande inspiration.

-« Tu as assez fait de mal comme ça petit akuma, murmura-t-elle en tentant de garder une voix calme. Je te libère du mal ! »

Aussitôt ces mots prononcés, elle envoya son arme vers le petit papillon noir qui se referma aussitôt sur lui. Elle ramena son arme vers elle et l'ouvrit de nouveau pour en laisser s'échapper la petite créature redevenue blanche sous le regard satisfait de Chat Noir. Avec un certain soulagement, elle vit le Mime reprendre sa tenue de civil et ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur en retrouvant l'artiste qu'elle avait aperçu quelques heures plus tôt. L'homme semblait totalement désorienté, regardant de tous les côtés et secouant les menottes qui le retenaient toujours à la ventilation de l'immeuble.

-« Qu'est-ce que je fais ici moi ?! » demanda-t-il aux deux héros en fronçant légèrement les sourcils, craignant leur réponse.

-« Vous avez été akumatisé monsieur, répondit Chat Noir en posant sa main sur son épaule tandis que Ladybug lui retirait les menottes. Mais tout ira bien maintenant. »

-« Oh non… se lamenta l'homme en passant une main sur le visage dès qu'il fut libéré. J'étais tellement en colère qu'ils aient annulé mon spectacle… Je me suis laissé emporter, je suis vraiment désolé ! »

Sans perdre plus de temps, Ladybug s'écarta de quelques pas et lança les menottes au-dessus d'elle en criant.

« Miraculous Ladybug ! »

Aussitôt, les menottes rouges et noires disparurent en une nuée de coccinelles qui se dispersèrent tout autour d'eux, passant sur tous les dégâts que le combat avait engendrés, réparant les corps comme les bâtiments en une fraction de secondes. Bien qu'elle essayait de ne rien laisser transparaître, Ladybug était terrorisée. Elle ne savait pas si elle avait réussi à sauver tout le monde, si elle avait réussi à remplir sa mission à temps. Dans quel état allait-elle retrouvé Andréa ? Et Jehan ? N'était-il pas trop tard pour eux ? La jeune fille frissonna rien qu'à cette pensée.


« Non ! clama le Papillon dans son repère. Nous étions si près du but cette fois-ci !

Ladybug, Chat Noir, vous verrez, bientôt vous ferez face à votre premier et dernier échec, celui qui me permettra de mettre la main sur vos miraculous.

Et croyez-moi, ce jour-là sera la plus belle de toutes les représentations : celle de votre défaite cinglante !


Voyant que sa partenaire ne bougeait plus, se contentant de garder son regard dans le vide, Chat Noir conseilla à l'artiste de rejoindre sa troupe au plus vite afin d'essayer de résoudre ce différend, de manière plus douce cette fois-ci tout en le raccompagnant jusqu'à la porte du toit. L'homme remercia mille fois tout en continuant de se confondre en excuse pour tout ce qu'il venait de se passer. Il avait pu constater brièvement les dégâts qu'il avait pu causer à la ville et il n'osait pas imaginer le nombre de personnes qui avaient pu être blessées à cause de lui. Mais Chat Noir se montra convaincant et réussi à le renvoyer vers Notre-Dame, lui assurant que rien n'était de sa faute et en tentant de le rassurer.

Avec un petit soupir intérieur, il put constater que ce travail semblait nettement plus facile quand sa coéquipière s'en chargeait. Elle parvenait toujours à trouver les mots pour rassurer les victimes, les aider à reprendre confiance en eux rien qu'avec un sourire et des paroles réconfortantes. Mais lui ne savait pas faire ça, jamais il n'avait appris.

Une fois l'homme partit, le héros s'approcha doucement vers sa partenaire qui lui tournait le dos. Elle semblait totalement perdue dans ses pensées, regardant l'horizon en tortillant ses doigts, signe évident de son stress. Sans vraiment savoir quoi dire, il se contenta de poser sa main sur l'épaule de la jeune fille une fois suffisamment proche d'elle. Il la sentit tressaillir sous ses doigts, ce qui l'incita à s'approcher davantage. Il était maintenant juste derrière elle, son corps était tout près du sien mais elle ne s'était toujours pas tournée vers lui.

Et soudain, Chat Noir sentit les épaules de Ladybug se secouer de petits soubresauts alors que la jeune fille se mit à sangloter. Le garçon laissa échapper une exclamation de surprise alors que sa coéquipière pivotait enfin vers lui. Les yeux de la jeune fille étaient emplis de larmes, leur fond normalement blanc était maintenant presque rouge. Malgré son masque qui recouvrait sa peau, le jeune homme put remarquer la pâleur de craie de la jeune fille ainsi que ses lèvres qui ne cessaient de trembler.

Les deux héros restèrent ainsi quelques instants, yeux dans les yeux sans oser bouger. Chat Noir était totalement désemparé. Jamais il n'avait pu voir autant de détresse et tristesse dans le regard de quelqu'un. Et le fait que ce regard était celui de Ladybug, sa coéquipière, sa partenaire, son amie, cela lui transperçait encore plus le cœur. Il tenta de dire quelque chose mais ses mots moururent dans sa gorge tant il était troublé par ce regard emplit de chagrin.

S'en fut trop pour Ladybug qui craqua, éclatant en sanglot en se précipitant dans les bras de son coéquipier qui s'empressa de refermer ses bras autour de ses épaules, non sans surprise de sa part. La jeune fille savait qu'elle ne pouvait rien lui dire de la peur qui lui dévorait l'intérieur du corps sans risquer de compromettre son identité. Et pourtant, à cet instant précis, elle aurait voulu tout lui raconter, lui faire comprendre pourquoi est-ce qu'elle avait agi comme ça, comme une idiote. Pourquoi elle s'était mise autant en danger. Et tout autant que la peur, c'était aussi le chagrin qui courait le long de sa poitrine. La honte de l'avoir inquiété, de lui avoir fait prendre des risques à plusieurs reprises pour lui venir en aide, tout ce qu'elle aurait pu éviter de lui faire faire si elle avait été un peu plus prudente.

-« J-Je te demande pardon… hoqueta-t-elle faiblement en raffermissant son étreinte. Je suis d-désolée de t'avoir mis en danger… Je n'aurai pas dû faire tout ç-ça m-mais j'étais tellement en colère… murmura-t-elle en laissant couler de nouvelles larmes. Tellement en colère… »

En entendant ces mots, Chat Noir soupira doucement avant de raffermir son étreinte en tentant de taper affectueusement dans le dos de la jeune fille. Il n'était toujours pas très doué pour réconforter qui que ce soit mais il essayait.

-« Tu m'as fait peur, murmura-t-il tandis que Ladybug tentait de se calmer. Nous sommes une équipe, tu ne peux pas partir comme ça toute seule. On se bat ensemble, d'accord ? » demanda-t-il en se détachant doucement d'elle.

La jeune fille se contenta de hocher la tête avec un petit sourire. Les deux coéquipiers restèrent les yeux dans les yeux quelques instants avant qu'un énième « bip » strident ne s'échappe de la chevalière de Chat Noir ainsi que des boucles d'oreilles de Ladybug.

Avec un air un peu gêné, le garçon fit un pas en arrière. Il n'aimait pas l'idée de laisser sa partenaire dans cet état mais ils étaient tous les deux pressés par le temps et ils ne pouvaient pas se permettre de mettre en péril leurs identités secrètes. Ils échangèrent un nouveau regard avant que Chat Noir ne reprenne la parole.

-« Il faut que je m'en aille, bredouilla-t-il en montrant sa bague. Mais… Je ne suis jamais très loin si tu as besoin de moi. » ajouta le garçon en secouant son bâton, faisant allusion au système de communication qui unissait leurs armes.

-« Je le sais, merci Chat Noir, remercia Ladybug en inclinant légèrement la tête. Je suis contente de t'avoir comme coéquipier. »

Cette dernière remarque fit sourire le héros qui recula une fois de plus, rejoignant le bord de l'immeuble en agrandissant son bâton.

-« Au revoir ma lady. » déclara-t-il avant de se propulser loin d'elle.

-« À bientôt chaton. » répondit-elle dans un souffle en le suivant des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision.

Elle resta un instant immobile avant de se remémorer qu'elle était maintenant attendu ailleurs, et sous une autre forme. Elle devait rejoindre la cathédrale, Jehan, Andréa et Félix qu'elle avait lâchement abandonnés à leur sort sans se retourner une seule seconde. Et même si elle n'avait eu de cesse de penser à eux durant tout le combat, elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir de les avoir laissé se débrouiller seuls, bien que cela eut été la seule chose à faire.

Sans perdre plus de temps, la jeune fille décrocha son yoyo de sa hanche et se jeta à son tour dans le vide, accrochant son filin autour d'une cheminée à quelques distances d'elle alors que l'avant dernier « bip » provenant de son miraculous se faisait entendre.


Courant aussi vite que ses jambes le lui permettaient, Ladybug voyait devant elle la grande cathédrale se rapprocher de plus en plus. En contrebas, tout semblait normal. Même si l'agitation était encore très vive au vu de ce qu'il venait de se passer, les blessures n'étaient plus, les corps étaient réparés, ce qui rassura l'héroïne. Si tout allait bien pour eux, tout irait bien pour ses amis.

Ladybug dépassa le grand monument et se laissa tomber dans une ruelle déserte, tout près. Après avoir regardé autour d'elle pour vérifier qu'elle était bien seule, la jeune fille se sépara de son costume rouge et noir avec un petit soupir de soulagement. Elle accueilli Tikki dans ses paumes avec un petit sourire triste.

-« Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle d'une petite voix. J'ai fait n'importe quoi aujourd'hui… J'espère que tu ne m'en veux pas. »

-« Je vais bien Bridgette, rassura la kwami en venant se coller à la joue gauche de sa porteuse. Je sais que tu étais très en colère mais tu ne dois jamais te laisser guider par ta rage, jamais. Cela pourrait te faire courir à ta perte. »

-« Je sais, je l'ai compris… murmura l'adolescente en baissant les yeux. Je ne recommencerai plus, c'est promis. »

-« Maintenant va, déclara Tikki avec un petit hochement de tête. Tu as tes amis à retrouver ! »

-« Tu as raison ! »

Bridgette ouvrit sa sacoche pour laisser son amie s'y glisser pour se reposer et se cacher tandis que la jeune fille tournait les talons, direction le parvis de Notre-Dame. Elle ressentait un grand stress dans sa poitrine. Elle ne savait pas exactement à quel point le Lucky Charm était efficace. Tikki n'avait pas répondu à toutes ses questions : réparait-il vraiment toutes les blessures ? Pouvait-il ramener les morts à la vie ? Et si Andréa n'avait pas tenu le coup ?

De nouveau, des larmes perlèrent aux yeux de la jeune fille alors qu'elle accélérait sa course pour rejoindre l'avant de la cathédrale. Sa poitrine la faisait atrocement souffrir, gonflée de stress et de chagrin mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Enfin, elle dépassa le monument en se faufilant entre les passants qui se faisaient toujours nombreux. Elle scanna la place qui s'étalait devant elle, cherchant ses trois amis des yeux dans la pénombre qui s'installait maintenant que le soleil avait presque terminé de se coucher. Et puis, après quelques secondes, la jeune fille remarqua une ambulance juste à côté de l'endroit où elle avait abandonné Jehan et Andréa presqu'une heure plus tôt.

Une nouvelle vague de panique déferla sur la jeune fille alors qu'elle s'approchait du véhicule en courant. Mais quand elle fut plus près, elle put voir Jehan assis sur le bord de l'ambulance, le visage relevé vers Andréa qui était allongée sur un brancard, main dans la main. Elle hurla leur nom sans pouvoir se retenir, ce qui les fit relever le regard avec un grand sourire.

Sans aucun ménagement, Bridgette se jeta sur Andréa en pleurant de joie, rassurée de la voir en bonne santé. Au passage, elle attrapa elle aussi la main de Jehan qu'elle garda dans la sienne en serrant ses deux amis dans ses bras. Les trois amis laissèrent échapper un soupir de soulagement collectif en profitant de cet instant de sérénité après ce qui avait été un véritable chaos pour eux, et même pour tout le monde.

Au loin, Félix, qui avait fini par revenir lui aussi vers la cathédrale après s'être détransformé, s'approchait doucement, un petit sourire sur le visage, rassuré. Jehan fut le premier à l'apercevoir quand le trio relâcha son étreinte. Suivant le regard du grand métis, Bridgette se retourna à son tour vers le grand blond. Un grand sourire se dessina sur son visage et elle se jeta à son tour dans ses bras, soulagée de le voir sur ses deux jambes et faisant fi de sa retenue habituelle avec lui pour la deuxième fois de la journée. Félix se crispa quelques secondes mais, surprenant le regard rieur d'Andréa et Jehan, le jeune homme se décida à tapoter gentiment dans le dos de la jeune fille avec un nouveau petit sourire.

-« Je suis désolée d'être partie comme ça tout à l'heure, murmura Bridgette en s'écartant d'un pas. C'est juste que… Je ne pouvais pas rester là sans rien faire… Il fallait que je me rende utile. Et je ne pouvais pas rester avec vous, s'excuse-t-elle en se tournant vers ses deux autres amis, parce que je pense que je serai devenue totalement folle. »

-« Évite juste de partir en courant vers le vilain la prochaine fois, déclara Félix en posant sa main sur l'épaule de Bridgette. Inutile d'aggraver le bilan des victimes, hmm ? »

-« Oui et puis, avec tes petits bras, je ne suis pas sûr que tu puisses servir à grand-chose. » déclara Jehan en tirant la langue.

-« Je suis désolée… répéta Bridgette en tortillant ses doigts entre eux. Je ne voulais pas vous inquiéter. »

-« Allez viens là. » murmura Andréa en ouvrant de nouveau ses bras, invitant son amie à approcher.

Les deux filles s'étreignirent une nouvelle fois avec un grand sourire tandis que Jehan passait son bras par-dessus les épaules de Félix avec un soupir de contentement, partagé par son camarade. Quelques minutes passèrent encore, le temps que les ambulanciers, revenus vers le véhicule, vérifient l'état d'Andréa avant de la laisser filer. Jehan et Félix débattaient de la situation un peu plus loin tandis que Bridgette posait mille questions à Andréa, lui demandant comment elle avait vécu le temps du combat, si elle avait eu peur, de quoi elle se souvenait.

Puis, quand les secouristes eurent terminé, les deux jeunes filles se rapprochèrent des garçons pour prendre le chemin du retour. Félix jeta un coup d'œil discret à sa montre. Cela faisait bien trop longtemps qu'il avait quitté son domicile et le soleil n'éclairait maintenant plus les rues, ne laissant que des traces rouges et violettes de son passage dans le ciel. Comprenant l'empressement de leur camarade, le petit groupe accéléra le pas, retraversant les rues dans lesquelles ils étaient passé à l'aller. Malgré tous, les quatre adolescents continuaient de discuter de l'après-midi qu'ils venaient de traverser.

Si l'incident du Mime était un point noir dans le tableau, cette journée n'était pas à ranger dans les échecs. Félix ne cessait de répéter qu'il était heureux d'avoir pu sortir avec ses trois amis malgré tout ce qui était arrivé et il était reconnaissant qu'ils l'aient accepté aussi facilement parmi eux. Le chemin du retour leur sembla durer beaucoup moins longtemps que l'aller et, arrivé à quelques rues de la maison des Agreste, Félix se tourna vers ses amis.

-« Je pense qu'il faudrait mieux que je continue seul. Si jamais on s'est rendu compte que je suis sorti, je ne veux pas que cela se retourne contre vous. J'ai quitté la maison de mon propre chef, vous n'y êtes pour rien. »

-« Tu es sûr de ton coup ? demanda Bridgette avec une mime contrite. Peut-être que si on s'excuse… »

-« Non non, coupa Félix avec un hochement négatif de tête. Si les ennuis m'attendent, je préfère les affronter tout seul. Je ne sais pas ce que mon père serait capable de vous faire s'il estime que tout est de votre faute. »

-« Bon d'accord… murmura Jehan avec un léger haussement d'épaules. Si tu es sûr de toi, je pense qu'on peut te laisser gérer tout ça. »

-« Mais si tu as des problèmes, tu nous appelles et on rapplique en quatrième vitesse ! » dit Andréa en montrant son téléphone avec un petit sourire malicieux.

-« Comptez sur moi, affirma Félix en répondant au sourire. Merci pour cet après-midi, je suis content d'être sorti aujourd'hui. Vous aviez raison, j'en avais vraiment besoin. »

-« On se refait ça quand tu veux ! rit Bridgette. Mais sans akumatisé cette fois… »

Félix hocha la tête avant de tourner les talons. Une fois hors de vue du petit groupe, il ouvrit le pan de sa veste pour discuter discrètement avec Plagg.

-« Je vais avoir besoin de ton aide. » murmura le garçon en regardant toujours droit devant lui.

-« Impossible, rétorqua le kwami en hochant négativement la tête. Je n'ai pas retrouvé mes forces, et donc tu ne peux pas te transformer. »

-« Tu ne peux pas faire une exception pour une fois ? » protesta Félix avec un soupir.

-« Écoute, si tu te transformes maintenant, tu risques de perdre ton costume à tout moment, même pendant une situation dangereuse ! expliqua Plagg. Un kwami épuisé ne garantit pas une transformation efficace pour son porteur. Et en l'occurrence, je suis plus qu'éreinté. »

Félix laissa échapper un long soupir d'exaspération, avant de cacher de nouveau son kwami dans les plis de sa veste. Il allait devoir trouver un autre moyen de rentrer dans la maison sans se faire surprendre ni par Nathalie ni par son père. C'était mission impossible, il ne pouvait pas rentrer dans une propriété aussi surveillée sans se faire voir par qui que ce soit.

Arrivé devant le grand portail en fer, Félix resta immobile quelques instants. Comment allait-il réussir un tel tour ? Chat Noir pouvait aller et venir sans se faire surprendre, mais lui ? Comment pouvait-il prétendre rester invisible ? Le garçon soupira en passant les mains dans ses poches. C'était peine perdue : il devait absolument rentrer dans la maison et donc, dans quelques minutes, tout le personnel, ainsi que son père, saurait qu'il a quitté sa chambre. Le cœur gros, il tapa le code le long du portail ce qui fit ouvrir le grand barrage de fer. Il regarda tout de même furtivement dans la cour et, ne remarquant personne, il se décida à faire un pas en avant. Il gravit les marches de l'escalier du perron le plus discrètement possible. Mais soudain, une voix derrière lui le fit sursauter jusqu'au plus profond de son âme.

-« Monsieur ? »

Se retournant avec effroi, Félix se trouva face à Rosa, ses cheveux foncés grisonnant retenu en arrière par un foulard, et un sécateur à la main. Elle semblait aussi surprise que lui, ses yeux écarquillés.

-« Qu'est-ce que vous faites ici ? » questionna-t-elle en s'approchant de lui, les sourcils légèrement froncés.

-« Je… En fait j'avais besoin de prendre l'air, commença le jeune homme en essayant de prendre une voix calme. Je suis venu faire un tour dans la cour pour respirer l'air de l'extérieur. »

Un silence se fit entre les deux, silence qui se brisa par le léger claquement du grand portail de fer qui se refermait automatiquement. Félix pinça ses lèvres en laissant échapper un soupir exaspéré tandis que Rosa tournait les yeux vers la sortie avant de reporter son attention sur lui, la bouche grande ouverte.

-« Vous êtes sorti de la maison ?! » s'étrangla-t-elle, criant presque.

-« Rosa, chut ! s'affola Félix en redescendant les marches pour s'approcher d'elle. Je vous en prie, ne faites pas de bruit ! Oui, c'est vrai je suis sorti, mais j'aimerais que mon père ne soit pas au courant, si vous le voulez bien… »

-« Mais comment est-ce possible ? insista la domestique en regardant une nouvelle fois le portail. Je suis restée dans le jardin tout l'après-midi après le départ de vos amis ! Comment êtes-vous sorti ? »

-« Je ne peux pas vous le dire, soupira le garçon en baissant le regard. Je vous en supplie, tout cela doit rester secret. Si mon père venait à l'apprendre… »

-« Sa colère serait plus que terrible… » soupira Rosa en passant une main sur son visage.

Nouveau silence. Félix n'osait rien dire. Il était à la fois plutôt content que ce soit Rosa qui ait découvert qu'il était sorti mais d'un autre côté, il aurait préféré que personne ne soit au courant. Allait-elle être capable de tenir sa langue ? Rosa posa sa main sur sa hanche, scannant le jeune homme avec méfiance avant de reprendre la parole.

-« Bon, j'imagine que vous n'êtes toujours pas sorti d'affaire pour l'instant, n'est-ce pas ? Vous devez regagner votre chambre sans que personne ne vous voie. C'est déjà un miracle que vous ayez réussi à en sortir sans qu'on s'en rende compte… »

La domestique passa devant lui, ouvrit la grande double porte de la maison et jeta un regard discret à l'intérieur, scannant rapidement le hall. Félix la regarda faire en passant une main dans sa nuque, peu serein. Après quelques secondes, Rosa lui fit un signe de main, lui indiquant qu'il pouvait la suivre sans danger.

Une fois dans la maison, Félix referma la porte derrière lui tandis que Rosa continuait de progresser, guettant le moindre son de voix ou de pas. Au dernier tournant, elle se pencha en avant pour s'assurer que le couloir était vide et fit de nouveau un signe à Félix pour lui indiquer que la voie était libre. Les deux compères de fortune s'approchèrent de la porte de la chambre du jeune homme. Tout était calme et il n'était donc pas difficile d'entendre la chaîne hi-fi du garçon qui continuait de chanter ses solos de violon qui servaient de couverture à Félix pendant sa sortie clandestine.

En une fraction de seconde, la cuisinière comprit la supercherie et croisa les bras avec un air autoritaire alors que Félix ouvrait la porte avec la clé qu'il récupéra dans la poche de sa veste. Il surprit le regard inquisiteur de Rosa, ce qui lui fit baisser les yeux.

-« C'est donc comme ça que vous avez réussi à disparaître sans qu'on remarque votre absence… » murmura Rosa en regardant la grande radio dans la pièce qui venait de s'ouvrir.

-« S'il vous plaît, ne dites-rien à mon père, souffla Félix en passant une main dans sa nuque. J'avais simplement besoin d'aller me changer les idées, je n'en pouvais plus de rester enfermé. Je n'ai rien fait de dangereux, je vous le promets. »

-« Oh mais je vous crois monsieur, assura Rosa avec un petit sourire. C'est plutôt le monde extérieur qui pourrait se révéler dangereux pour vous ! Vous êtes au courant ? Il y a eu une attaque cet après-midi, à Notre-Dame de Paris ! Il y a eu beaucoup de blessés, et vous auriez pu être l'un d'eux ! »

-« Je le sais, et je suppose que c'est aussi pour ça que mon père ne veut pas que je sorte. Il a sûrement peur qu'il m'arrive quelque chose. »

-« Tous les parents protège leurs enfants, c'est normal, murmura Rosa en posant sa main sur l'épaule du jeune homme. Ne lui en tenez pas rigueur. Votre père est un peu dur avec vous mais je suis sûre qu'il l'est en pensant faire ce qui est le mieux pour vous. »

Félix se contenta de baisser les yeux. Il espérait au fond de lui que Rosa avait raison. Tout au fond de lui, il espérait que son père se comportait en tyran avec lui pour assurer sa sécurité, le protéger du mieux qu'il pouvait sans jamais montrer le moindre sentiment à son égard. Il ne s'y prenait peut-être pas de la meilleure des manières, mais Félix avait conscience de ce qu'il avait et de toutes les forces que déployait son père pour assurer sa sécurité, son éducation et ses besoins.

-« J'aimerai que vous ne recommenciez pas une telle chose, poursuivit Rosa, sortant Félix de ses pensées. Je passe l'éponge pour cette fois mais je crains de devoir informer votre père la prochaine fois. Je pourrais avoir de gros ennuis si je vous laisse aller et venir contre son avis, j'espère que vous comprenez. »

-« Bien sûr, répondit Félix avec un hochement de tête. Je ne veux surtout pas vous attirer des ennuis. Je ne recommencerai plus, c'est promis. »

Avec un petit sourire de satisfaction, Rosa lui souhaita le bonsoir avant de tourner les talons. Félix referma discrètement la porte et attendit que ses pas dans le couloir se soient totalement évanouis avant de se laisser tomber à genoux.

Tout le stress accumulé dans la journée lui retombait sur les épaules et le retour à la maison venait de lui faire ressentir un véritable ascenseur émotionnel, passant de la surprise à l'effroi, puis l'espoir et de nouveau la crainte. Le jeune homme sentait ses boyaux se tordre dans tous les sens tant ce qu'il venait de traverser l'avait chamboulé. Il était de retour à la maison, sans que ni son père ni Nathalie ne soit au courant de sa sortie clandestine. C'était un véritable miracle.

Après un instant de flottement, Plagg se décida à sortir de sa cachette pour venir virevolter devant le visage de son porteur qui respirait fortement en se passant une main sur le visage.

-« Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il en croisant les bras. Tu es tout pâle. »

-« Je viens de traverser le moment le plus stressant de toute ma vie, souffla le garçon en posant sa main sur sa poitrine. J'ai cru que mon cœur allait s'arrêter. »

-« Tu exagères à peine… » ricana Plagg avec un petit sourire malicieux.

Félix resta silencieux un instant avant de se relever en passant une main dans sa nuque. Il se dirigea vers sa grande fenêtre à pas lent tandis que son kwami filait vers sa réserve de fromage pour soulager son estomac qui criait famine. Félix posa sa main sur la vitre qui s'embua légèrement. Son regard se posa sur les toits aux alentours avant de se perdre dans le vide. Les évènements de la journée tournaient sans cesse dans sa tête. Les bâtiments en feu, les blessures des passants, celles de Jehan et d'Andréa, le regard du Mime quand il se battaient et la détresse de Ladybug quand elle s'était écroulée dans ses bras. Il inspira de nouveau profondément en essayant de retrouver son calme. Remarquant la tourmente de son porteur, Plagg décida de s'avancer vers lui en se posant sur son épaule droite.

-« Tu crois que ça ira pour elle ? » questionna le garçon en sentant son petit partenaire sans détourner les yeux de la fenêtre.

-« Tout le monde peut avoir un instant de faiblesse ou de folie, répondit Plagg en haussant les épaules. Tu es bien placé pour savoir que ce rôle de héros n'est pas facile à porter tous les jours. Ladybug et Chat Noir ne sont pas infaillibles, vous restez des enfants sous le masque. Alors oui, je suis sûr que tout ira bien pour elle, je suis certain que la crise de rage d'aujourd'hui n'était que passagère. »

Félix se contenta de hocher silencieusement la tête. Il n'avait pas tort. Même si elle était sûrement beaucoup plus forte qu'il ne le serait jamais, il oubliait parfois que, comme lui, Ladybug n'était qu'une jeune fille à qui on avait confié une immense responsabilité et que, tout comme lui, elle pouvait aussi se retrouver au pied du mur.

Et pourtant, Félix se sentit soulager à cette pensée. Ses débuts en tant que Chat Noir avaient été plus que chaotiques et, même si cela pouvait paraître égoïste, il était rassuré de voir que sa coéquipière aussi pouvait montrer des signes de faiblesse. Et cela ajoutait de l'importance à leur mission première, resserrait les liens qui les unissaient : elle était là pour lui comme il était là pour elle.

Plagg pencha la tête pour observer le visage de son porteur avant qu'un grand sourire ne se dessine sur ses lèvres.

-« Attends, est-ce que tu es inquiet pour elle ? » railla le kwami en venant virevolter devant Félix.

-« J-Je… bredouilla le garçon en s'empourprant violemment. N-Non ! Enfin, je… Si bien sûr. C'est mon amie, c'est mon rôle de m'inquiéter pour elle… » murmura le jeune homme en baissant les yeux.

-« Alors ça c'est la meilleure, déclara le kwami en éclatant de rire. Est-ce qu'il t'est soudainement poussé un cœur ? Je croyais que tu voulais simplement arrêter le Papillon pour te débarrasser du rôle de Chat Noir ! Je ne pensais pas que tu te serais préoccupé par l'état d'esprit de Ladybug... »

-« Je te jure que si tu ne te tais pas dans la seconde, je fais disparaître tout le fromage stocké ici pour te mettre au régime sec ! » enragea Félix en serrant les poings, le visage tordu de fureur.

-« Il a des sentiments ! Il a des sentiments ! continua Plagg en s'envolant vers le centre de la pièce, poursuivi par son porteur qui faisait de son mieux pour le rattraper. Félix l'imperturbable est ébranlé par une fille aux cheveux longs en costume rouge et noir, ahahahaha ! »

-« PLAAAAAAGG ! »


Après s'être séparée de ses amis, Bridgette pénétra dans la boulangerie de ses parents avec un petit soupir de lassitude. Cette journée avait été éprouvante, autant sur le plan physique que mental et la jeune fille se sentait à présent très fatiguée. Relevant les yeux vers le comptoir, elle aperçut Tom et Sabine qui la regardaient avec des yeux ronds. Ils l'accueillirent à bras ouverts et Bridgette s'y blottit avec grand plaisir. Pendant le combat, Bridgette avait aussi pensé à ses parents. Qu'auraient-ils pensé s'il lui était arrivé quoi que ce soit à cause de son imprudence ?

Ils auraient sûrement eu le cœur brisé par sa faute, leur vie n'aurait plus jamais été la même. L'adolescente s'en voulait énormément d'avoir inquiété autant de personnes, même involontairement. Elle devait absolument se montrer plus prudente à partir de maintenant. Parents et fille défirent leur étreinte et Bridgette, après leur avoir expliqué l'après-midi de folie qu'elle venait de vivre, se retira dans sa chambre pour se reposer un peu avant le dîner.

Elle monta les escaliers lentement, referma la trappe derrière elle, ôta la sacoche où se cachait Tikki de son épaule avant de s'écrouler sur la méridienne qui trônait au milieu de la pièce et qui offrait, pour le moment, un lit plus que confortable pour la jeune fille. Inquiète de la condition de sa porteuse, Tikki sorti du petit sac rose et virevolta discrètement vers elle. Bridgette la remarqua tout de même et lui fit un petit sourire forcé qu'elle perdit aussitôt.

-« Tout va bien Bridgette ? » demanda Tikki avec une mime triste.

-« J'ai vraiment fait n'importe quoi aujourd'hui hein ? murmura la jeune fille en cachant sa tête dans ses bras. Je suis nulle… »

-« Ne dis pas ça, conforta Tikki en se posant sur la tête de la jeune fille. Tu n'es pas nulle, bien au contraire. La colère que tu as ressentie prouve que tu as en toi tout ce qu'il te faut pour te battre : la volonté, la force, la détermination, la rage de vaincre. »

-« Mais je me suis mise en danger ! protesta l'adolescente en relevant les yeux. Et pire, j'ai mis Chat Noir en danger ! Mon rôle est de veiller sur les citoyens et je les ai laissé se débrouiller seuls face au danger parce que j'étais trop aveuglée par ma colère pour penser à autre chose que de vaincre ce vilain. »

-« C'est vrai que tu t'es laissée un peu emporter, accorda Tikki en venant virevolter devant les yeux de ta porteuse. Mais je t'assure que ton comportement d'aujourd'hui est quelque chose de normal chez les héros débutants. Tu ne peux pas être parfaite tout le temps, tu restes humaine. Tu ne peux pas refouler tes sentiments en permanence. Au contraire ! Tu dois t'en servir pour te battre du mieux qu'il faut. Ce sont eux ta force, tout ce que tu as dans le cœur doit te servir pour vaincre. »

-« Tu le crois vraiment ? J'ai plutôt eu l'impression de me laisser déborder par les évènements. »

-« Tu es encore débutante, tu ne contrôles pas encore tout. Je t'assure qu'il n'y a rien d'anormal. L'attaque d'aujourd'hui était particulièrement violente et elle te concernait directement, elle concernait tes meilleurs amis, des gens qui comptent pour toi. Ta colère était compréhensible. Mais tu dois te souvenir de toujours garder la tête froide. La colère n'est jamais constructive, au contraire. Elle peut te mettre en danger et te faire faire des erreurs qui pourraient compromettre ton identité secrète et ta sécurité. »

Bridgette resta un instant silencieuse avant de pousser un soupir en se redressant pour s'assoir sur le bord de la méridienne tandis que Tikki venait se poser sur son genou gauche.

-« Ce rôle d'héroïne avait l'air tellement simple quand j'ai commencé. Je veux dire… Tout me venait naturellement, j'avais l'impression d'avoir fait ça toute ma vie, tout semblait plus clair et plus évident. Mais plus ça va, plus je me rends compte que je dois faire attention à tout un tas de choses que je ne maîtrise pas encore et… Ça me fait vraiment peur tu sais… soupira-t-elle. Tu es vraiment sûre que je suis faite pour ce rôle ? »

-« Écoute-moi Bridgette, assura Tikki en montant au niveau de ses yeux. Le Maître n'a pas choisi Ladybug et Chat Noir au hasard. Il vous a choisi parce qu'il a vu en vous quelque chose qui n'existait pas chez les autres, des qualités que vous ne soupçonnez peut-être pas encore. Tu es Ladybug, tu es faite pour ça, tu n'as pas à en douter Bridgette, jamais. Il vous a choisi vous pour une bonne raison et je peux te garantir qu'il ne s'est pas trompé. »

Émue, Bridgette se contenta de baisser les yeux sans rien pouvoir dire, un petit sourire sur le visage.

-« Tu as encore des choses à apprendre, mais ça viendra, insista Tikki en se collant à la joue de sa porteuse. C'est comme apprendre à nager ou à faire du vélo : au début c'est compliqué mais une fois qu'on sait le faire, ça ne se perd plus. »

-« Merci Tikki, murmura Bridgette, serrant sa petite compagne contre elle. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi. Ça me rassure ce que tu me dis, merci infiniment. »

-« Apprendre de ses erreurs est la meilleure des leçon, crois-moi, répondit Tikki avec un petit soupir de soulagement. Tout ira bien, je te le promets. Tu vas devenir une grande Ladybug. »

Les deux amies restèrent un instant dans cette position, sans oser bouger avant de s'écarter l'une de l'autre. Un sourire franc sur le visage, Bridgette se releva pour s'approcher de la petite fenêtre de sa chambre tandis que sa kwami venait se poser sur son épaule.

Bridgette avait eu réellement peur aujourd'hui et les nombreuses erreurs qu'elle avait commises avait quelque peu ébranlée sa confiance en elle, une confiance qu'elle avait réussi à construire brique par brique en tant que Ladybug.

Mais Tikki avait raison. Ce rôle était encore tout neuf et il était normal de faire des erreurs. Cependant, la jeune fille se promit intérieurement de ne plus jamais recommencer une chose pareille. Peu importe ce qu'il se passait autour d'elle, Ladybug se devait de rester concentrée en tout circonstance, se montrer alerte et précise dans tout ce qu'elle entreprenait. Retrouver le Papillon et stopper les akumas était sa priorité mais elle ne devait jamais oublier, contrairement à aujourd'hui, que les citoyens et son partenaire dépendaient aussi d'elle et de son comportement. Elle devait toujours faire de son mieux pour couvrir les deux tableaux.

Et si, finalement, la tâche allait peut-être se montrer plus difficile que prévue, Bridgette savait qu'avec un peu plus d'entraînement ainsi que le soutien de Tikki et celui de Chat Noir, elle ne pourrait que s'améliorer. Et bientôt, leur duo serait assez efficace pour affronter n'importe quelle situation.


Voilà qui marque la fin de cette partie sur le Mime, qui a été assez éprouvante à écrire pour moi. J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !

Comme à chaque fin de partie, mais aussi parce que j'entame ma dernière semaine d'examens avant les vacances (enfin !), je vous retrouve dans deux semaines pour la suite des aventures de Bridgette et Félix ! Prenez soin de vous, de vos proches, et surtout, restez connectés...