my fire never goes out (i rise from my scars)

Chapitre 33

oOo

La première fois que Cersei parvient à désarmer Alyssa, celle-ci éclate de rire, laisse tomber son épée et se jette dans ses bras.

« Bravo ! » s'exclame t-elle, les yeux brillants. « Je savais que tu y arriverais. »

« Tu ne m'as pas laissée gagner pour me faire plaisir, j'espère ? » répond t-elle en haussant un sourcil.

« Ce serait mon genre... » admet Alyssa. « Mais je te promets que non. »

Cersei sourit et lui vole un baiser.

« Tant mieux. »

Comme toujours, elle ne peut résister à la tentation de passer la main dans les boucles brunes d'Alyssa.

« Tu as de si beaux cheveux... » souffle t-elle. « Je pourrais les toucher pendant des heures. »

« Eh bien, n'hésite surtout pas... ça me plaît, » répond Alyssa, les yeux mi-clos.

Elle enfouit le visage dans son cou et se presse contre elle. Cersei a le cœur au bord des lèvres quand elle respire son parfum.

« Moi aussi j'avais de longs cheveux, autrefois. Une crinière de lionne... j'en étais si fière. »

Elle soupire et Alyssa s'écarte légèrement, les sourcils froncés.

« On me les a coupés avant ma marche d'expiation. »

Cersei lui a déjà brièvement parlé de ce sujet à quelques reprises sans s'appesantir sur les détails de ce qui est et restera un de ses pires souvenirs.

« C'était atroce... tellement atroce... »

Alyssa pose une main sur sa joue et l'autre sur sa nuque.

« Tout va bien, » lui dit-elle doucement. « N'y pense plus. Rien de tel ne pourra plus jamais t'arriver. »

« Tu sais... tu sais ce que j'ai fait pour me venger, n'est-ce pas ? »

(Cersei se demande comment elle réagirait si Alyssa la regardait un jour d'un air dégoûté, si elle voyait enfin le sang qui recouvre ses mains et la noirceur de son âme, si elle la traitait de monstre.)

« Oui, » souffle t-elle. « Le Septuaire. »

Elle tente de fuir son regard, Alyssa ne la laisse pas faire.

« Tu sais que je ne te jugerai jamais, Cersei, n'est-ce pas ? »

Elle se noie dans cet océan mordoré d'une douceur infinie, ne veut plus jamais remonter à la surface.

« Je sais, » finit-elle par répondre.

« Bien, » sourit Alyssa avant de lui prendre la main et d'entrelacer leurs doigts. « J'ai bien envie d'aller me baigner... qu'est-ce que tu en dis ? »

Cersei se remémore le matin où elle lui a conseillé de se baigner pour laisser l'eau emporter le sang, la culpabilité et les mauvais souvenirs.

(Alyssa est si parfaite qu'elle se demande si elle est véritablement réelle.)

Elle sourit.

« J'aimerais beaucoup ça. »

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Comme elle le lui a déjà dit, il est trop tard pour que l'eau efface tout le sang qui la recouvre mais Cersei aime bien imaginer que c'est le cas, que son âme redevient aussi blanche qu'elle l'était dans son enfance.

(Mais son âme n'a jamais été blanche, n'est-ce pas ? Elle a été entachée par la haine qu'elle vouait à Tyrion et l'amour qu'elle vouait à Jaime.)

Alyssa vient se coller contre elle sans aucune gêne, le désir qui embrase tout son être quand elle la regarde ne lui fait plus peur, Cersei l'a aidée à l'accepter et l'apprécier, peut-être une de ses plus grandes victoires.

L'eau est froide mais ce n'est pas sa température qui fait frissonner Cersei, c'est la peau d'Alyssa contre la sienne. Toutes deux regardent l'horizon.

« Je n'ai jamais quitté Pentos, » soupire Alyssa. « J'aimerais tellement voir le monde. »

« Westeros ? »

« Par exemple. »

Elle laisse traîner ses lèvres contre sa joue.

« J'aimerais voir l'endroit où tu as grandi. »

« Castral Roc est magnifique. Ce n'est peut-être pas le plus beau château des Sept Couronnes mais c'est le seul endroit où j'ai véritablement été heureuse... jusqu'à maintenant. »

(Parce que oui, Cersei est heureuse, à présent, enfin libérée de la prison dorée qu'était le Donjon Rouge.)

Son regard s'assombrit.

« Je me demande ce que la reine dragon en a fait... »

L'imaginer parcourir les couloirs de ce qui fut sa maison lui est insupportable.

« Tu y retourneras, » promet Alyssa. « Elle ne restera pas au pouvoir pour toujours. »

« Peut-être, » répond t-elle sans vraiment y croire.

Alyssa lui caresse les cheveux.

« J'aimerais partir explorer Sothoryos, » reprend t-elle. « Ce continent est tellement méconnu... »

Ses yeux brillent, la lumière d'un rêve un peu fou et pourtant tellement beau.

« Tu iras un jour, » affirme Cersei. « Norio a promis qu'il t'emmènerait voir le monde, n'est-ce pas ? »

« C'est vrai... »

Un léger silence s'installe entre elles parce que le départ d'Alyssa équivaudrait à leur séparation, quelque chose qu'aucune d'elles n'a envie d'envisager. Comme pour lui montrer qu'elle n'a pas l'intention de la laisser derrière elle, Alyssa se presse un peu plus contre elle et l'embrasse dans le cou. Cersei gémit.

« Tu es si belle, » répète t-elle, peut-être pour la millième fois depuis qu'elles se connaissent, mais Cersei ne se lasse jamais d'entendre ses compliments - la plus douce des musiques.

L'eau de la mer n'éteint aucunement le feu qui brûle en elle.

« Rentrons, » suggère t-elle alors qu'Alyssa continue de l'embrasser. « Le sable n'est définitivement pas l'endroit le plus confortable pour cela... »

« Parce que tu as déjà essayé ? »

« Jaime et moi étions sans cesse en quête d'un endroit où personne ne pourrait nous surprendre... »

Elle pouffe de rire.

« Je te fais confiance, alors, » conclut-elle en l'embrassant.

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« Je crois bien qu'il n'y a pas d'endroit plus confortable qu'un lit, » lui murmure Alyssa quelques heures plus tard alors qu'elles sont étendues l'une à côté de l'autre.

Cersei s'esclaffe en laissant courir ses doigts sur sa peau.

« Pour en avoir essayé un certain nombre... je peux te dire que tu as raison. »

« Quoi, par exemple ? »

« Oh... une table, le sol, contre un mur... n'importe quel endroit où nous étions seuls faisait l'affaire. »

Alyssa sourit mais son sourire n'atteint pas ses yeux.

« Un problème ? » demande Cersei, les sourcils froncés.

« Est-ce que... est-ce que ce que nous faisons te convient ? »

(Elle est inquiète, inquiète à l'idée de la décevoir, inquiète de ne pas être assez bien pour elle et le cœur de Cersei se serre.)

« Alyssa, » dit-elle doucement en l'attirant contre elle. « C'est parfait. Tu es parfaite. Cesse de t'inquiéter sans arrêt. »

Elle dépose de petits baisers sur son front, ses joues et le bout de son nez. Alyssa glousse.

« Ça chatouille. »

« Tu veux que j'arrête ? »

« Oh, non, surtout pas. J'aime quand tu m'embrasses. »

Alors Cersei sourit d'un air malicieux et capture de nouveau ses lèvres.

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« Attention, Joanna, tu mets de l'encre partout... »

« Oui ! »

Assise sur les genoux de Tyrion, la petite fille, les mains couvertes d'encre, dessine des formes du bout des doigts sur une feuille de papier. Tyrion l'observe faire, attendri.

« Tu seras une grande artiste, petit lionceau. »

Les yeux brillants, Joanna se tourne vers lui et pose ses petites mains sur ses joues.

« C'est sur la feuille que tu dois dessiner, pas sur moi... » pouffe t-il.

Quand Cersei entre dans la pièce quelques minutes plus tard, elle se fige avant de s'esclaffer.

« La barbe bleue te va bien... »

Il esquisse un petit sourire et roule des yeux.

« Joanna a confondu mon visage avec le papier. »

« Je vois ça. »

Joanna tend les bras vers sa mère.

« Mon petit lionceau a besoin d'un bain, » dit Cersei en la serrant contre elle.

« Oui ! Oui ! Un bain ! »

Un peu plus tard, alors qu'ils l'observent s'amuser dans l'eau avec le petit lion en bois, Cersei finit par briser le silence, les sourcils froncés.

« Qu'allons-nous lui dire ? »

Il lui jette un coup d'oeil interrogateur.

« A propos de Jaime, » précise t-elle.

« Oh. »

Quand Tyrion regarde Joanna, il ne voit jamais une abomination qui ne devrait pas exister, quelque chose de contre-nature, il ne voit que la plus jolie petite fille du monde, le fruit d'un amour sincère et véritable.

« Joffrey... Joffrey connaissait les rumeurs, » reprend Cersei. « Il les qualifiait de mensonge répugnant... »

Son visage se détend et sa voix se fait plus douce.

« Myrcella savait. Elle avait compris... et elle était heureuse. Elle était heureuse que Jaime soit son père. »

Ses émeraudes se mettent à briller.

« Elle commencera bientôt à poser des questions. Et si elle... »

« Cersei, » la coupe Tyrion. « Rien ne presse. Nous ne sommes pas obligés de lui dire que Jaime était notre frère avant qu'elle soit en âge de comprendre. »

« D'accord, mais quand le moment sera venu ? Et si elle réagit mal ? Et si... »

« Elle ne réagira pas mal. Nous lui expliqueront et elle comprendra. Elle comprendra que ses parents s'aimaient et que c'est tout ce qui compte. »

Elle soupire longuement.

« Oui... tu as raison. »

« Mère ! Oncle Tyrion ! »

Joanna, inconsciente des tourments qui leur traversent l'esprit, les éclabousse pour attirer leur attention.

« Ne t'inquiète pas, » conclut Tyrion. « Tout ira bien. »

Cersei s'oblige à acquiescer.

(Elle aimait Jaime et Jaime l'aimait. Peu importe que le monde entier leur ait jeté la pierre, peu importe que l'inceste soit un crime – Joanna est une enfant de l'amour, et c'est ce qu'elle lui expliquera.)

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Cersei commet sa première véritable erreur avec Alyssa quelques semaines plus tard, alors qu'elles se promènent dans les jardins avec Joanna. Elle tient sa fille par la main et marche doucement en ne la quittant pas des yeux.

« Tu sais bien t'y prendre avec elle, » fait remarquer Cersei.

« Tu trouves ? »

« Je t'assure. Joanna t'adore. »

Alyssa sourit.

« N'as-tu jamais voulu avoir d'enfants ? » demande t-elle.

« Non, » répond aussitôt Alyssa. « Comme je te l'ai dit, je n'ai jamais voulu me marier, et encore moins fonder une famille. »

Cette façon de voir les choses lui est complètement étrangère. Dans ses rêves d'adolescente, Cersei s'imaginait épouser Jaime et les voyait élever leurs enfants ensemble.

(Ce rêve ne s'est jamais réalisé, bien sûr.)

« Tu es jeune. Tu changeras peut-être d'avis. »

C'est une remarque anodine et pourtant Alyssa se fige aussitôt et un éclair de douleur apparaît dans son regard.

« C'est ce que tu souhaiterais ? »

« Comment ça ? »

« Que je tombe enceinte. »

Cersei fronce les sourcils avant de comprendre où elle veut en venir.

« Alyssa, je... »

« Tu es en train de te débarrasser de moi, c'est ça ? Je ne te suffis pas. »

Dépitée, Alyssa tourne les talons et part en courant sans même attendre sa réponse. Joanna tire sur sa main.

« Où elle est partie ? »

« Je... je ne sais pas, petit lionceau... »

Sonnée, elle se laisse tomber sur un banc tandis que Joanna grimpe sur ses genoux. La fillette pose les mains sur ses joues mouillées de larmes. Cersei la serre contre elle et les essuie d'un revers de la main.

Elles sont encore dans cette position lorsque Tyrion les retrouve un peu plus tard.

« Où est Alyssa ? »

(Cersei sait déjà qu'elle n'aura pas la force de croiser son regard déçu lorsqu'elle lui dira ce qu'elle a fait.)

Tyrion comprend que quelque chose s'est passé sans même qu'elle ait besoin de prononcer le moindre mot. Il soupire et s'assoit à côté d'elle.

« J'ai laissé entendre qu'elle pourrait avoir des enfants un jour, » lâche t-elle. « Et elle pense que je cherche à la repousser parce qu'elle ne me suffit pas. »

Elle serre les dents.

« Je suis perdue, Tyrion. Qu'est-ce que je dois faire ? »

« Va lui parler, » conseille t-il. « Tu tiens à elle, n'est-ce pas ? »

« Oui. Énormément. »

« Tu l'aimes ? »

Cersei hésite. Ce qu'elle ressent pour Alyssa n'a rien à avoir avec ce qu'elle éprouvait pour Jaime mais c'est quand même quelque chose.

« Je... je ne sais pas. Peut-être. »

« Va la retrouver et excuse-toi. Dis-lui que ce n'était qu'un malentendu. »

« Oui... tu as raison. »

Elle lui confie Joanna et commence à s'éloigner avant de s'arrêter et de se retourner.

« Merci. »

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Alyssa est assise sous son oranger préféré lorsqu'elle la retrouve.

Elle pleure.

Le cœur de Cersei se renverse et elle tombe à genoux devant elle.

« Pardonne-moi, » murmure t-elle en appuyant son front contre le sien. « Je ne cherche absolument pas à me débarrasser de toi. Tu comptes énormément pour moi. Ce que j'ai dit... c'était maladroit. Je n'étais pas en train de suggérer qu'on se sépare, je te le promets. »

Alyssa sèche ses larmes et soutient son regard.

« Je... je sais. Je me suis emportée trop vite. C'est juste que j'ai sans cesse l'impression de ne pas être assez bien pour toi et... »

« C'est ridicule. Je te l'ai déjà dit... tu es parfaite. »

Elle lui offre un petit sourire et toutes les deux se lèvent. Pour s'excuser, Cersei la serre contre elle et l'embrasse dans le cou.

« Ne pense plus jamais que tu ne me suffis pas, d'accord ? Je ne veux rien de plus que ce que tu me donnes chaque jour. »

« D'accord. »

Alyssa s'écarte et la regarde droit dans les yeux. Sa lèvre tremble.

« Je suis amoureuse de toi. »

Sa voix est timide, un peu hésitante, ses joues rosissent et Cersei en a le souffle coupé parce qu'elle ne l'a jamais trouvée aussi belle, parce que son cœur n'a jamais battu aussi vite depuis Jaime.

« Je t'aime, Cersei. »

Elle ne sait pas quoi répondre, elle ne sait même plus réfléchir, ses pensées et ses sentiment forment un tourbillon dont elle ne sait pas s'extirper, alors elle se contente de prendre son visage en coupe et de lui donner un doux et long baiser.