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Dire que Gabriel n'était pas heureux de cette publicité était un euphémisme. Mais Adrien avait su trouver les mots. Marinette était restée à l'écart, à la demande du mannequin. Elle n'avait rien fait de mal et il lui faisait entièrement confiance. Son père devrait apprendre à le faire aussi ! Mais la journée de cours avait été horrible. Mari' était stressée comme jamais, attendant les informations d'Adrien qu'il lui donnait au compte-goutte au fil de la journée. Elle n'avait pas encore dit que Wang s'était inscrit dans son lycée pour ne pas l'énerver plus qu'il ne devait l'être. C'était une autre bataille, pour un autre jour.
Alors, quand elle le retrouva l'attendant nonchalamment à la sortie de son lycée, elle ne put s'empêcher de courir vers lui et de lui sauter dessus. Il eut à peine le temps de verrouiller son portable quand elle atterrit dans ses bras, lui coupant le souffle. Il rit et s'empressa de la serrer contre lui, en profitant pour sentir le doux parfum de ses cheveux.
« Je t'ai tant manqué que ça ? Sourit-il après l'avoir embrassé.
- J'étais inquiète. Avoua-t-elle en remettant un pli sur son épaule. Comment s'est passé ton entretien avec ton père ?
- Il a compris. Ou, tout du moins, il me l'a fait croire. Comment vas-tu ? »
Le regard qu'il lui lança lui fit chaud au cœur. Elle lui sourit et se pencha en avant pour l'embrasser une nouvelle fois. Adrien se laissa faire et approfondit même le baiser, heureux de l'avoir avec lui. Elle se sépara avec un sourire et se blotti contre son torse.
« Bien mieux maintenant.
- Je t'ai tant manqué que ça bugaboo ?
- Hum… grommela-t-elle. Tu as de la chance d'être doux. Sinon je t'aurais frappé ! »
Adrien rit légèrement et resserra son emprise autour de sa taille. Il s'en écarta pour accueillir Alya et Nino qui arrivaient derrière eux, accompagnés de quelques autres camarades de classe. Le duo se séparèrent pour rejoindre Mari' et Adrien. Kim les salua de loin.
« Comment va notre soleil préféré ? S'amusa Alya en déposant une bise sur sa joue. Qu'est-ce que tu fais ici ? Vous aviez rendez-vous ?
- Non. Mais je voulais m'assurer que ça allait après ce petit incident médiatique. Mes fans ne sont pas toujours très… sympathiques dans leurs propos. »
Ils grimacèrent tous les quatre en se remémorant certains commentaires qui étaient parus sur le net. Autant dire que personne n'avait été tendre avec Marinette ou même Nino. Les deux amis échangèrent un regard attristé. L'important, c'était que leurs amis et qu'Adrien sachent la vérité. Le reste, ils passeraient par-dessus.
« Je dois y retourner. J'ai mon cours de Chinois qui commence dans vingt minutes.
- Euh… Adrien ? Il faudrait que je te dise quelque chose. Grimaça Mari, devenant mal à l'aise.
- Je peux t'appeler après mon cours si tu veux. Sourit-il tendrement.
- Non, ça peut attendre. Refusa-t-elle en déposant un baiser volatile sur ses lèvres. Vas-y, tu vas finir en retard. »
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Allongé sur son lit, Adrien faisait défiler les commentaires laissés par ses fans sous la photo de Marinette et Nino. En soit, on ne voyait pas un couple. Mais, avec l'intitulé de la photo, la vision des choses changeaient et cela mettait à mal la réputation de ses deux amis. Il souffla et ferma les yeux, jetant son portable sur le côté. Il était habitué à toute cette attention. Il était habitué à cette pression constante. À cette surveillance continue. Cacher sa relation avec Marinette aux yeux du public était le principal rempart contre cette intrusion dans la vie intime. Mari' serait désormais épiée par tous et le moindre de ses faits et gestes allaient être décortiqués. C'était oppressant pour tout le monde. En particulier au début. Et, sortir avec lui la mettait sur une marche relativement haute de la célébrité.
Il sentit une nouvelle angoisse monter en lui sournoisement. Ses doigts frôlèrent plusieurs fois son téléphone. Il hésitait. C'était ridicule. Mais en même temps…
Sa main saisit le portable, il fit défiler son répertoire et appuya sur le contact de Marinette. Juste pour se rassurer. Elle décrocha au bout de la quatrième sonnerie.
« Hey Chaton. Je te manque déjà ? »
Il pouvait entendre son sourire au travers de la ligne. Le nœud dans son estomac se défit légèrement mais resta quand même présent.
« J'aimerais être avec toi. Admit-il en soufflant doucement et en s'enfonçant dans ses oreillers. »
Ils restèrent silencieux quelques secondes, appréciant la présence de l'autre, même à distance.
« Tu voulais me dire quelque chose tout à l'heure, non ?
- Ça peut attendre Adrien.
- Tu es sûre ? »
Il ne pouvait pas le contrôler. Son angoisse grossissait alors qu'elle mettait de la distance entre eux. Parce que c'est ce qu'elle faisait non ? Se rendait-elle finalement compte qu'elle ne pourrait pas supporter la pression ? Qu'elle ne voulait pas de cette renommée, de cette attention constante ? Il comprendrait si tel était le cas. Mais il n'empêche que cette idée lui brisait le cœur.
« Tout va bien Adrien ?
- Ouais… Ouais, désolé. Je suis juste… inquiet pour toi.
- Pourquoi Chaton ?
- J'adore quand tu m'appelles comme ça. Murmura-t-il, fermant les yeux pour lutter contre son angoisse et les larmes qui montaient.
- Alors je le ferais plus souvent. Sourit-elle. Mais tu changes de sujet. Pourquoi t'inquiètes-tu pour moi ? Je vais bien, je t'assure.
- Je sais que… Commença-t-il. Je sais que c'est compliqué de gérer les intrusions dans la vie privée Mari. Que ça peut être lourd à porter et je…
- Adrien. Coupa-t-elle. Ce n'était rien, rien du tout. Tant que tu sais que ce qui est dit est faux, tout va bien. Je ne vais nulle part tant que tu me crois. Je n'irais nulle part. »
Même si ce n'était que des paroles, ça le soulagea. Son cœur se desserra, son nœud dans l'estomac se décontracta et il se sentit presque mieux respirer. Mais l'angoisse était toujours là, sous-jacente. Et il se doutait qu'elle ne partirait pas tout de suite.
« Je t'aime Marinette. »
Et ça lui semblait encore plus intense qu'avant. Ça l'effrayait.
« Je t'aime aussi Adrien. »
Il ferma les yeux, laissant la bienveillance de Mari' le recouvrir. Il se sentait en paix. Entendre la respiration de sa petite amie l'apaisait. Ils ne parlèrent pas, se contentant juste de l'autre. Et, comme ça, il finit par s'endormir. Il entendit à peine le « Bonne nuit minou » qu'elle lui chuchota.
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Les choses se calmaient. Un nouveau potin et dès le mardi, l'histoire avec Marinette et Nino était passée au second plan. Nathalie devait trouver qui était l'auteur original de ce post. Mais, avec l'organisation de l'emploi du temps de son patron et d'Adrien, elle devait admettre qu'elle n'avait que peu de temps pour faire les recherches.
« Tu passes par le maquillage après avoir mis tes vêtements Adrien. Ta partenaire est déjà presque prête alors dépêche-toi. »
Adrien avait à peine eut le temps de saluer l'équipe autour de lui. Le cours avait fini avec un peu de retard, la route avait été bloquée par un accrochage et l'ascenseur était en maintenance. Résultat : il avait plus de trente minutes de retard. Las, il se dirigea directement vers sa loge, se changea en moins de deux et sauta presque sur le siège de la maquilleuse qui rit légèrement.
« Pressé de retrouver ta petite amie ? S'amusa-t-elle.
- Oh… Non, elle ne peut pas être là aujourd'hui.
- Elle est déjà sur le plateau. Confirma-t-elle avec un léger clin d'œil. »
Adrien la regarda sans bouger son visage et vit la confusion sur ses traits. Peut-être que Marinette lui avait fait une surprise. Il se sentit impatient d'y être. Sa réaction accentua le petit rire de la maquilleuse. Pendant vingt minutes, elle s'affaira autour de lui, jonglant avec le coiffeur pour le mettre à son meilleur avantage. Quand il fut enfin prêt, il quitta le siège avec un grand sourire pour aller embrasser sa petite-amie. Faire une séance photo avec elle dans les parages était toujours plus attrayant pour lui. Il aimait lui faire plaisir et il savait qu'elle le regardait toujours avec attention. Lui ou sa tenue, peu importe.
Seulement, quand il arriva sur le plateau, il n'y avait aucune trace de Marinette. Il était déçu. Terriblement. Mais, plus que tout, il était confus.
« Oh Adrien, chanta Lila en le voyant arriver. Te voilà enfin. Nous devons commencer pour avoir un peu plus de temps après.
- Bonjour Lila. Répondit-il en continuant de chercher Mari du regard.
- Tu cherches quelque chose Adrien ?
- On m'a dit que Marinette était là. Tu ne l'as pas vu ?
- Non. Pourquoi devrait-elle être ici d'ailleurs ? Bon, allons-y. »
Elle s'agrippa à son bras et l'entraina vers la piste. Il grimaça intérieurement et tenta subtilement de se retirer de son emprise. Mais la jeune femme ne faisait que resserrer l'étreinte qu'elle avait sur son bras tout en continuant son babillage. Sincèrement, c'était gênant.
Quand ils arrivèrent sur la piste, Adrien se dégagea d'elle sans lui accorder un regard. Le photographe prit de suite les choses en main et leur indiqua la première position. Inconsciemment, il cherchait encore Mari' mais plus le temps passait et plus il se demandait qui sa maquilleuse avait vu pour croire que sa petite amie était là. Pendant la séance, Lila n'arrêtait pas d'essayer de se coller plus qu'il ne le fallait à lui. Le photographe commençait à s'impatienter mais la jeune femme continuait de battre des cils bien trop rapidement en faisant une moue qu'elle voulait mignonne. C'était tellement faux. Ni Adrien ni le photographe ne se laissait acheter. Mais le reste des personnes, oui.
Alors, quand sa maquilleuse revint sur le plateau lors d'une pause, elle semblait un peu contrite. Il haussa un sourcil, l'invitant silencieusement à lui parler de ce qu'elle avait sur le cœur.
« Tu sais que tu n'as pas à te montrer si réservé avec ta petite amie, non ? Tout le monde sait que vous êtes tous les deux en relation. Sourit-elle avec tendresse, presque comme une mère.
- QUOI ? »
Son cri étonna plus d'une personne. Il vit Nathalie lui lancer un regard réprobateur mais il s'en fichait. Lila le regardait avec de grands yeux, surprise par son éclat de voix. Il pouvait voir les rouages tourner dans son cerveau au fur et à mesure qu'il l'a fixait, laissant la colère transparaitre sur ses traits.
« Tout va bien Adrien ?
- Tu m'explique pourquoi tout le monde pense que nous sommes ensemble ?
- Parce que nous le sommes, non ? Répondit-elle avec un faux sourire fébrile. Nous sommes en binôme pour cette collection.
- Sauf que visiblement, tout le monde nous prend pour un couple et non pour un binôme de travail. Siffla-t-il. »
Lila cligna faussement des yeux rapidement, feignant visiblement le bouleversement.
« Mais enfin Adrien…
- Que les choses soient claires, coupa Adrien un peu plus fort pour que tout le monde l'entende, nous ne sommes pas un couple Lila. Je sors avec Marinette, point final. »
Il se détourna d'elle et fixa sa maquilleuse. Elle ne savait plus où se mettre, bien que rien ne soit pas réellement sa faute. D'un hochement de tête, il l'autorisa à reprendre ses retouches. Ce n'était pas dans les plans de Lila.
« Tu te rends compte qu'elle te trompe avec ce type ? Que nous devions être en couple pour cette campagne publicitaire ? Que tu es à moi ? S'énerva-t-elle finalement, attrapant son bras pour le forcer à se tourner vers elle. J'accepte ton petit écart du début mais maintenant, ça va trop loin. Je n'accepterais pas que tu m'humilies en connaissance de cause.
- Nous ne sortons pas ensemble. Répéta Adrien, les sourcils froncés. Ni avant, ni maintenant ni après.
- Ce n'est pas ce pour quoi j'ai signé ! S'indigna-t-elle.
- Mademoiselle Rossi. Intervint Nathalie, désamorçant la crise de colère. Veuillez me suivre. Continuez la séance photo avec les prises individuelles. Ordonna-t-elle à Adrien et au photographe.»
Tous regardèrent les deux femmes quitter le plateau, Lila fulminant derrière une Nathalie parfaitement stoïque. Adrien prit plusieurs inspirations profondes se détendre et replonger dans la séance photo.
Lila ne revint pas de la séance photo. Par contre, Adrien fut appelé par Nathalie pour un petit entretien privé. En entrant dans le bureau, il vit la tablette avec son père en vidéoconférence et Lila dans le siège le plus à gauche du bureau. Quand Adrien entra, elle lui lança un regard acerbe avant de le reporter sur le mur derrière le bureau. Le mannequin s'installa sur son siège et salua son père d'un hochement de tête.
« J'ai entendu parler de votre altercation qui a eu lieu plus tôt.
- Père...
- Ne me coupe pas Adrien. Réprimanda Gabriel. Il semble que Mademoiselle Rossi n'ait pas compris les changements dans le contrat que nous avions signé et n'ait pas accepté le fait que vous soyez dans une relation. »
Adrien darda un regard mauvais vers sa partenaire de shooting. Nathalie se gratta la gorge pour attirer de nouveau son attention.
« Il lui a semblé opportun de mettre à jour ce qu'elle croyait être une romance secrète entre votre petite-amie et votre ami commun…
- Nino. Précisa-t-il en serrant les dents. »
Ainsi, c'était donc elle la fauteuse de trouble. Se rendait-elle compte des ennuis qu'elle avait apportés à Marinette et Nino ? Il s'estimait heureux qu'aucun des deux ne se soit détourné de lui pour cet incident. L'angoisse était toujours là mais ils avaient su le rassurer au cours des deux derniers jours.
« Aussi, nous avons pris une décision pour éviter tout autre incident.
- Vous la virer ? Parce qu'il n'y a que…
- Hors de question. Nous n'avons plus le temps de trouver une autre partenaire et encore moins de reprendre l'ensemble des photos. La collection sort dans moins deux semaines maintenant. Cependant, il nous semble primordial désormais d'officialiser ta relation avec Mademoiselle Dupain-Cheng. »
… Quoi ? Adrien cligna des yeux plusieurs fois, se demandant s'il avait mal entendu. Nathalie lui assura que c'était réel d'un hochement de tête mais il n'osait pas y croire. Son père acceptait-il finalement Marinette comme sa petite-amie ? La croyait-elle enfin digne de confiance ? C'était bien trop facile.
« Ce n'est absolument pas le moment pour avoir un scandale de cette nature. J'apprécierais que Mademoiselle Dupain-Cheng réfrène ses ardeurs sur son soit-disant meilleur ami ou n'importe quel autre homme désormais. Dès samedi, vous irez tous les deux faire une interview avec Madame Chamak où tu officialiseras ta relation avec Mademoiselle Dupain-Cheng et où Mademoiselle Rossi avouera être l'auteure de cette photo. Elle en profitera pour s'excuser pour sa tromperie, bien évidemment. »
Douche froide. Ce n'était qu'à cause de la mauvaise publicité. Il ne l'acceptait pas réellement. Il ne manquait plus qu'il sorte…
« Je te préviens cependant Adrien. Je ne veux plus de telles calomnies pour tes prochaines amourettes. J'attends de toi plus de discrétion et j'apprécierais que tu me tiennes informés de tous les changements dans tes relations amoureuses. »
Les poings d'Adrien se serrèrent. Amourette ? Il avait si peu d'estime pour ce que son fils pouvait ressentir ? Il serra les dents et se concentra pour ne rien laisser transparaitre de sa colère. Il ne méritait pas de voir ce que ses mots lui faisaient. Il laissa les paroles de son père continuer de se déverser mais ce n'était plus que des sons indistincts qui lui parvenaient. Tout ce qu'il comprit, c'est qu'au moindre faux pas de la part de Lila, elle serait virée sans indemnité.
Quand il quitta la pièce, Lila sur les talons, il était épuisé.
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La fin de la semaine, Adrien avait lutté pour ne pas envoyer Lila sur les roses dès qu'elle s'approchait de lui. La jeune femme n'arrêtait pas ses tentatives de se rapprocher de lui. À tel point qu'il anticipait ses déplacements et s'arrangeait pour les esquiver avec une efficacité redoutable. Ils s'impatientaient l'un avec l'autre et c'était visible sur les photos. Il avait fallu toute son expérience de mannequin pour qu'Adrien réussisse ses photos. Et Lila avait une telle capacité d'actrice que c'était facile pour elle de fausser ses expressions. Les seuls moments où Adrien ne pouvait pas esquiver ses griffes étaient lors de ces fameuses photos.
Et ça le fatiguait.
Heureusement pour lui, l'interview avec Mme Chamak sembla calmer Lila. Elle était clairement contrariée d'avoir à admettre ses mensonges et son coup bas. Ça, et le fait de ne pas la voir de tout le week-end. Exceptionnellement, Adrien a eu son dimanche de libre. Alors, il avait directement été chez Marinette, qui avait également invité Alya, Nino et Chloé pour l'occasion. Les deux jeunes femmes n'étaient pas encore amies, mais elles se toléraient pour passer du temps avec Adrien. C'est tout ce qu'il pouvait demander.
Chloé, dans toute sa splendeur, mis un sujet sur la table auquel il n'avait pas vraiment envie de penser : la présentation officielle de la nouvelle collection de son père du samedi suivant.
« Tu comptes y aller au bras de cette menteuse ? demanda-t-elle, allongée sur la chaise longue de Marinette sur son balcon, sirotant une boisson fraiche citronnée. »
Rien que de penser à elle irrita Adrien. Il vit du coin de l'œil Mari' se renfrogner et Nino se tendit au même moment qu'Alya. Il passa son bras autour de sa petite amie et l'attira plus près de lui, la collant contre son côté.
« Pas question. Je voulais demander à Mari' de venir mais Père a refusé sous prétexte que c'est un dévoilement privé, avec les investisseurs et tous ceux qui ont travaillé sur cette collection pour le moment. S'excusa-t-il d'un regard vers elle.
- Ce n'est pas grave. Sourit la brunette.
- On peut y aller ensemble si tu veux Adrichou. »
Si l'idée aurait déclenché des frissons avant, il devait avouer que c'était sans doute sa meilleure option pour le moment. Chloé devait être de pair avec Wang. Et, après l'avertissement de Marinette et d'Adrien, elle avait joué à la parfaite petite peste avec lui et le menait du bout des doigts. Mais elle refusait de passer du temps inutilement avec lui.
« Je ne suis pas une briseuse de couple. »
Adrien lui lança un regard las avant de secouer la tête et de sourire légèrement. Il lança un regard à Marinette qui hocha la tête très légèrement. Il souffla et posa un baiser sur sa tempe.
« Tant que tu me laisses mener les danses.
- Ne rêves pas trop Adrichou. »
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Il raccrocha de son appel avec Marinette. Il aurait aimé que ce soit elle qui soit à ses côtés ce soir-là. Mais, au moins, il n'y allait pas avec Lila. D'ailleurs, cette dernière avait plutôt mal vécu le fait de ne pas être le rendez-vous d'Adrien pour cette soirée. Gabriel l'avait donc jumelée avec Wang. Ainsi, les deux 'couples' de sa collection seraient présents. Cela limitait les dégâts.
Adrien souffla devant le miroir et quitta sa chambre. Il descendit les marches du manoir sans croiser personne et finit par arriver à sa voiture, toujours sans croiser âme qui vive. Son père était sans doute déjà sur place, ainsi que Nathalie. Et le personnel de la maison avait toujours été d'une discrétion à toute épreuve.
Accompagné de son garde-du-corps, ils se dirigèrent d'abord vers le Grand Hôtel pour y récupérer sa cavalière. Il devait l'admettre, Chloé s'était calmée lorsqu'elle était à ses côtés depuis que sa relation avec Marinette avait été mise à jour. Et elle n'avait pas attendue la révélation officielle avec Mme Chamak pour réagir. Alors, oui il y avait eu une crise de jalousie monstrueuse une fois la nouvelle totalement absorbée par son esprit. Oui, elle l'avait boudé pendant près de deux jours, soit-disant parce qu'elle était bien mieux pour lui que Dupain-Cheng – et même lui pouvait entendre qu'il y avait bien moins de venin qu'elle ne voulait en donner dans ses paroles. Oui, elle avait sauté au plafond en voyant la photo de Nino et Mari' ensemble, les traitant de tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait. Oui, il y avait eu une engueulade, des cris, des pleurs pour elle. Mais elle était passée au travers. Après tout, elle et Mari' avaient commencée à s'entendre. Bien s'entendre, non. Mais s'entendre. C'était un début encourageant, non ?
Chloé était souvent comme une tempête. S'amoncelant au loin, ne laissant que peu de temps pour se préparer à la déferlante qui allait s'abattre, violente quelques temps puis se calmait petit à petit, au fur et à mesure qu'elle déversait ses paroles cinglantes. Une fois éloignée, elle redevait comme avant. À une exception près cette fois : elle ne lui sautait plus autant dessus. Malheureusement, elle continuait avec son horrible surnom d'Adrichou.
Lorsque le mannequin sortit de la voiture, il fut subjugué par son amie. D'ordinaire, elle portait une robe dans les tons dorés. Il devait l'admettre, cette couleur lui allait particulièrement plein. Mais, ce soir, elle avait choisi une autre couleur : un bleu semblable à celui de ses yeux. Ce bleu glacier presque transparent qui envoutait. Son amie avait toujours été jolie. Ce soir, elle était belle. Sa robe bustier s'ajustait parfaitement à son corps fin jusqu'aux hanches. De là, la toile devenait plus fluide et épousait ses formes dans une grâce féline qui lui convenait bien. Sa queue de cheval habituelle avait laissé place à un chignon coiffé-décoiffé qui encadrait son visage minutieusement maquillé. Adrien lui sourit et lui tendit son bras.
Il était heureux de passer une soirée avec elle, en tant qu'amis. Et il était encore plus heureux de voir qu'elle avait compris cette subtilité.
Quand ils arrivèrent vingt minutes plus tard devant les portes de l'entreprise de son père, où se déroulerait le défilé, ils furent inondés par les photographes et les journalistes. Agrippée au bras de son cavalier du soir, Chloé rayonnait. Plusieurs questions furent posées et les deux amis d'enfance firent de leur mieux pour y répondre au maximum. Oui, ils étaient heureux d'être là. Oui, ils adoraient la nouvelle collection et en étaient fiers. Non, ils n'étaient pas venus avec leurs conjoints respectifs (bien que Chloé n'ait personne officiellement) vu que c'était une soirée ultra privée pour le moment. Oui, ils verraient Marinette à la prochaine soirée – chose qui a été confirmée lors de la soirée par Gabriel Agreste également quand la question lui fut posée – et oui ils comptaient bien passer une bonne soirée, comme avant.
Quand ils passèrent enfin les portes, ils accueillirent avec joie le calme qui tomba sur eux. Ils échangèrent un regard et se mirent à rire brièvement. Resserrant son emprise sur son bras, Chloé l'invita à reprendre leur avancée. Wang et Lila étaient déjà présents. Quelques personnes discutaient avec eux, mais ils furent rapidement délaissés dès que Chloé et Adrien arrivèrent. Fils du créateur oblige, tout le monde voulait saluer le mannequin blond et, par extension, sa cavalière. Si Adrien était focalisé sur les accueils, Chloé put toutefois laisser de temps en temps son regard dériver et vit plusieurs fois des éclats de jalousie dans les regards de leurs deux autres partenaires de campagne.
Lors de la soirée, Lila et Wang vinrent plusieurs fois à leurs côtés, Lila essayant tant bien que mal de prendre la place de Chloé. Les deux amis d'enfance réussirent à esquiver chacune des danses avec leurs partenaires officiels pour la collection. Et ils en étaient fiers. Petit à petit, ils retombèrent dans une camaraderie presque enfantine. Enfin leur amitié avait une place réelle dans leur relation et n'était pas unilatérale.
Adrien évita au maximum toutes les interactions inutiles avec Wang. Quand il fallait qu'ils posent tous les quatre ? Okay. Juste les deux hommes ? Pas de problème même si cela demandait un effort particulier pour avoir l'air amical avec lui. Parler quelques minutes avec des investisseurs près de Wang ? Pourquoi pas. Mais être auprès de lui juste pour le plaisir ou passer le temps… Non. Hors de question. Pourtant, dès qu'il n'était pas prêt de lui, Adrien avait ses sens en alerte, comme s'ils cherchaient une menace. Conséquence ? Adrien s'arrangeait pour qu'il reste tout de même dans son champ de vision. Bien que Mari' ne soit pas là, bien qu'elle ne risque rien, son instinct lui dictait de le surveiller. Pourquoi ? Il ne voulait même pas essayer d'en comprendre les raisons. Et, grâce à son instinct, il vit Wang discuter à voix basse plusieurs fois avec Lila. Lila qui n'arrêtait pas de lui lancer des regards plus ou moins discrets.
Et son instinct lui criait qu'ils préparaient un mauvais coup.
Chloé à ses côtés, elle lui confirma d'un regard froncé que les voir comploter ensemble n'était peut-être pas la meilleure nouvelle de la soirée.
« Tu crois qu'ils préparent quelque chose ? Demanda Adrien en sirotant un verre.
- J'en mettrais ma main à couper. Je n'aime pas ces deux-là. Lila est la perfidie incarnée et Wang est… »
Chloé laissa sa voix en suspens, incapable de trouver le mot convenable pour le décrire. Son instinct lui aurait dit qu'il n'était pas quelqu'un d'honnête dès le début. Mais la mise en garde de Marinette lui avait ouvert les yeux en un quart de seconde. Cet homme était un poison pour ceux qu'il avait ciblé, c'était une évidence. Alors, voir ces deux-là comploter ensemble…
« Méfie-toi de lui Adrien. »
Le mannequin haussa un sourcil en la regardant de biais. Elle ne l'appelait jamais Adrien, sauf quand les choses étaient sérieuses. Il inspira, posa son verre sur le côté et lui tendit la main.
« Ne t'en fais pas. Il ne nous fera rien. On danse ? »
Chloé lui sourit doucement et mis sa main dans la sienne. Pour une fois, elle se laisserait guider dans la danse.
