Merci à Shadedwords pour sa review.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


Un acte désespéré

Vagabonde

Je rasai les murs en silence, jetant des regards nerveux aux fenêtres.

De quoi aurais-je l'air aux yeux des gens, s'ils me voyaient toute trempée et fuyant les regards ?

Si Voix-de-Cristal découvrait ma disparition, qu'allait-elle faire ? Avertir les Traqueurs ?

Ce serait peut-être bien, car ainsi, je pourrais leur signaler les agissements de leur horrible collègue, mais elle leur parlerait de mon implication auprès des humains et là, je me retrouverais à nouveau en salle d'interrogatoire avec des tas de Traqueurs.

Non, il fallait continuer de marcher, ne pas s'arrêter, et prier pour qu'une solution se présente.

Jamais je n'aurais cru qu'un jour, je me sentirais en danger chez moi, parmi les miens !

En cet instant, j'aurais vraiment aimé que Mélanie soit là. Elle, elle s'y connaissait en fuite et clandestinité ! Elle ne m'avait jamais raconté en détail toutes ses escapades, d'une part à cause du fait que ce n'était pas des souvenirs agréables, mais aussi parce que cela réveillait le malaise de différence entre nos deux espèces. Elle me parlait du mal que les miens lui avaient causé.

Oh, comme j'aimerais que tu sois là, Mel !

Ou mieux encore, j'aurais voulu que Ian soit là. Il était doué pour analyser une situation et trouver des solutions. Jared aussi, même je ne l'appréciais guère.

Sauf que j'étais seule et que je n'avais pas de temps à perdre. Je devais aller au Centre de Soins pour sauver Espérance !

Je regardai autour de moi. Les voitures étaient toutes éteintes, mais sans clefs, je ne pouvais rien faire. Même si j'essayais l'astuce de Mel qui consistait à briser la vitre avec le coude, je ne saurais jamais quels fils connecter pour allumer le moteur.

Soudain, j'aperçus un véhicule qui traversait la rue. Ma chance !

Je sortis de ma cachette et me positionnai devant le véhicule. Il s'arrêta. Je m'approchai de la vitre du conducteur. C'était un vieux monsieur à l'air gentil.

« Puis-je vous emprunter votre véhicule, monsieur ? C'est une urgence ! »

Il parut hésiter, puis me laissa sa place de bon cœur. Je le remerciai rapidement, puis démarrai le moteur. Je roulai en direction du Centre.

Je réalisai, tandis que je roulais, que j'allais trop vite. Je violais le Code de la route. Mais je m'en fichais ! Espérance avait besoin de moi.

Et heureusement, à cette heure tardive de la nuit, il n'y avait pas grand-monde sur les routes.

J'arrivai bientôt au parking du Centre de Soins. Je faillis passer par l'entrée principale, quand je réalisai que les Soigneuses Tisse-le-Feu et Bleu-Céleste connaissaient mon visage. La Traqueuse leur avait peut-être parlé de mes mensonges et découvert les flacons manquants.

Dépitée, je m'arrêtai. Comment faire ? Je n'avais pas mes amis humains avec moi pour jouer la comédie à ma place et…

« Vagabonde ? »

Je fis volte-face et reconnus avec surprise le Soigneur qui avait procédé à mon Insertion.

« Marche-sur-les-Eaux ! J'ai besoin de votre aide. »

« Bien sûr, qu'y a-t-il ? »

Il me fit signe de venir avec lui vers l'entrée, mais je m'arrêtai.

« La Traqueuse est là ? »

« Je crois que oui, j'ai vu sa voiture en me garant sur le parking. Pourquoi ? »

« Il ne faut pas qu'elle me voie ! Je veux dire, je ne veux pas la voir ! Il n'y a pas une autre entrée ? »

Il me scruta un instant, notant mes cheveux encore mouillés. Mes vêtements avaient presque séché, mais pas complètement.

« Bon, venez. Il y a une autre entrée, par-derrière. »

Rassurée, je le suivis derrière le bâtiment. Il y avait bien une entrée de service, qui donnait sur l'entrepôt où l'on mettait les cartons de matériel.

« Alors, que faites-vous là ? » dit-il en me guidant à travers les allées de cartons.

« Feuille-qui-Danse et la Traqueuse ont amené Espérance pour qu'elle subisse une Insertion, mais c'est une erreur ! Il ne faut pas faire ça. »

Le Soigneur fronça des sourcils.

« La mère a finalement donné son accord ? »

« Hélas, oui. »

Il soupira.

« Si c'est leur volonté, je ne vois pas ce qu'il reste à faire, à part… »

« NON ! Non, il ne faut pas lui mettre une âme. Je vous en conjure, Soigneur, il faut arrêter ça. »

« Vagabonde, est-ce que vous allez bien ? Pourquoi semblez-vous si terrifiée ? La petite va bien. »

« Non, Soigneur ! Elle va mourir. »

Il me regarda plus attentivement, comme s'il cherchait un signe de commotion ou de blessure sur mon corps.

« Je me souviens de tout, Soigneur. Je me souviens de l'histoire de mon hôte, Emily. Espérance est ma… sa demi-sœur et je l'aime. Je ne peux pas permettre ça. Je suis aussi de la famille, j'ai mon mot à dire. Je refuse que l'Insertion ait lieu. Alors s'il vous plaît, laissez-moi emmener la petite. »

Il parut hésiter.

« Mais une fois que vous l'aurez retrouvée, que ferez-vous ? La ramener chez ses parents, pour qu'ils vous fassent finalement changer d'avis et vous obligent à la ramener ici ? »

« Ça, c'est mon problème. Je vous en prie, Soigneur ! Laissez-moi voir ma petite sœur. »

Il resta immobile quelques secondes, puis me dit de le suivre. Nous traversâmes le hangar jusqu'à atteindre une porte.

Là, nous grimpâmes un escalier jusqu'au deuxième étage. Nous traversâmes un nouveau couloir et franchîmes une porte donnant sur une pièce où étaient alignés des lits contre les murs. Il y avait un berceau au bout, près d'une fenêtre fermée.

Le cœur battant la chamade, je m'approchai et regardai le bébé. Elle dormait.

« Espérance ? »

La petite ouvrit les yeux. De beaux yeux humains d'un bleu incroyable, et me sourit.

« Gaby ! Gaby-aby-aby-by-by ! » gazouilla-t-elle.

Folle de soulagement, je la pris dans mes bras et la serrai fort. Oh, comme j'avais rêvé ce moment. C'était encore plus beau maintenant que je savais qui j'étais, ou plutôt qui était mon hôte pour elle.

« Vous voyez ? Elle va bien. Ils ont décidé de procéder à l'Insertion demain matin, pour qu'elle soit bien reposée », dit le Soigneur en s'approchant pour lui caresser doucement les cheveux.

« Je sais, merci. Il faut que j'y aille. »

« Où ça ? »

Je m'arrêtai. Pouvais-je tout lui dire ? C'était si compliqué. Il avait beau être gentil, je ne savais pas s'il pouvait tout comprendre.

« Chez moi », dis-je sans lui donner de détails. « Dites aux parents que je m'occuperai bien d'elle. Je l'aime, je n'ai pas besoin qu'elle change ou qu'on lui mette une âme pour ça. »

Le Soigneur acquiesça sans dire un mot. Je me dirigeai vers la porte.

« Attendez. »

Oh non ! Avait-il changé d'avis ? Je me retournai lentement vers lui. Il me tendit un sac.

« Là-dedans, il y a des biberons, une bouteille de lait et des couches. C'était en prévision pour cette nuit, avant l'Insertion. »

« Oh… Merci ! »

Je glissai l'anse du sac autour d'une de mes épaules, puis je me dépêchai de sortir.

Je traversai les couloirs en marchant aussi vite que possible. Je priai pour ne tomber sur personne, et surtout pas la Traqueuse !

Je venais d'arriver au bas de l'escalier, face à la porte donnant sur le hangar, quand la porte s'ouvrit. Feuille-qui-Danse apparut.

Il s'arrêta net en me voyant, puis ouvrit des yeux ronds de surprise.

« Vagabonde ?! Mais que faites-vous là ? »

Ses yeux se posèrent sur le bébé. Il parut agacé.

« Vous êtes revenue la chercher ? Je ne peux pas croire que vous soyez assez bête pour tenter une chose aussi idiote. »

« Laissez-nous passer ! Je refuse qu'elle subisse une insertion. »

« Pourquoi ?! »

« Parce que c'est mal ! Vous allez l'effacer, alors que ce n'est qu'un bébé. »

« Ce n'est qu'une humaine. »

« Non ! C'est ma sœur, et je l'aime. »

« Les sentiments de votre hôte vous influencent, Vagabonde. Allons, soyez raisonnable. Donnez-moi la petite », dit-il en tendant les bras.

« Non ! » dis-je en reculant.

Sentant la tension entre nous, Espérance se mit à pleurer.

« Et voilà ! Elle recommence. Vous voyez comme elle peut être pénible ? » geignit le père.

Je me tournai vers elle et lui chuchotai des mots doux, espérant la calmer, quand mon regard se posa sur le sac. Par l'ouverture, je vis des langes et un objet argenté. Un spray ! Le mot Paix était visible sur le capuchon.

Avec des gestes que j'espérais discrets, je plongeai la main dans le sac, positionnai ma main sur le spray de façon à l'activer directement, puis je le sortis et le tendis vers le visage de l'homme. Il n'avait pas du tout prévu mon geste. Il reçut le nuage de substance soporifique en pleine figure et tomba aussitôt par terre.

« Je suis désolée », dis-je en ouvrant la porte.

Je me dépêchai de traverser les allées, jusqu'à la sortie.

Cette fois, j'avais peu de temps. Si quelqu'un trouvait Feuille-qui-Danse inconscient, on allait donner l'alerte et essayer de me retrouver !

Je courus jusqu'à la voiture. Je me dépêchai d'installer Espérance sur le siège avant. Je n'avais pas de fauteuil spécial pour bébé, mais tant pis, je n'avais pas le temps.

Je jetai le sac d'affaires sur la banquette arrière, puis je m'installai au volant et démarrai.

Je roulai à toute vitesse sur la route, jusqu'à apercevoir le passage menant vers le désert.

Tandis que je roulais, je réfléchis. Le soleil allait bientôt se lever, la Traqueuse comprendrait vite ce que j'avais fait et là, elle relancerait les recherches !

Elle allait sûrement prendre un nouvel hélicoptère.

Je ne pouvais donc pas garder la voiture. Mais je ne pouvais pas non plus m'aventurer dans le désert à pied avec un bébé humain !

La dernière fois, j'étais avec Mélanie et nous avions failli mourir. Si seulement elle ne m'avait pas droguée avant de quitter les grottes, j'aurais su quel itinéraire prendre et où m'arrêter avant, de façon à brouiller les pistes.

Non, il fallait que je me calme. D'abord, elle ne savait pas que j'avais pris une nouvelle voiture. Le temps qu'elle fasse le lien entre ce véhicule et moi, ça me donnait un peu d'avance.

Je roulai à travers le désert en reconnaissant de nombreux endroits que j'avais déjà visités avec Mélanie. Bientôt, je m'arrêtai en croyant reconnaître l'endroit où nous avions laissé notre première voiture.

Cette fois, il fallait que j'aille plus loin. La vie d'Espérance était en jeu, je ne pouvais pas affronter le désert si tôt avec elle.

J'avisai bientôt un fossé. Une idée me vint à l'esprit.

Je m'arrêtai à quatre mètres de l'endroit, puis je sortis le bébé de là, ainsi que le sac.

Lorsque j'eus vérifié que j'avais tout pris, je remis le moteur en marche et posai une grosse pierre sur l'accélérateur pour le bloquer, puis je me dépêchai de m'éloigner.

La voiture roula jusque dans le fossé, puis y tomba. Je ramassai une branche et, de ma main libre, je fis de mon mieux pour effacer les traces de roues sur une bonne distance depuis le fossé.

Parfait ! Les Traqueurs mettraient plus de temps à la trouver, comme ça.

Je repris la marche à travers l'étendue de sable rouge et aride. Le soleil se levait, je ne devais pas traîner, je ne le savais que trop bien.

Apparemment, la chance était avec moi, car tandis que nous avancions, les repères trouvés par Mélanie la première fois me revinrent.

Je trouvai vite la cabane de Jeb. Enfin !

Arrivée là, je soupirai de soulagement. C'était presque comme si j'étais déjà rentrée.

Espérance se mit à pleurer.

« Je sais, mon cœur. Tu as faim. »

Je l'installai sur l'évier et la changeai, avant de lui donner un biberon.

Je vérifiai le sac. Il y en avait deux autres, ainsi que deux petits pots de compote et une barboteuse propre.

Je pris un des langes et lui improvisai une petite capuche, car il commençait à faire chaud. Le soleil était haut dans le ciel maintenant, et il allait cogner.

J'improvisai un bandana avec un autre lange noué sur ma tête, puis je me remis en marche.

Je n'avais pas beaucoup d'espoirs, au fond. Car lorsque nous arriverions au point le plus difficile, celui où Mélanie et moi avions fini par nous écrouler, je ne pourrais pas aller plus loin.

Si vous m'aviez fait confiance, je serais peut-être déjà devant l'entrée des grottes et la petite serait en sécurité ! pensai-je avec colère.

Mais je ne pouvais rien faire, sinon me dépêcher.

Comme la dernière fois, le soleil me brûlait. J'avais soif, j'étais en nage, mais cette fois, j'avais une terrible envie d'avancer.

C'était presque de la peur. J'avais peur qu'on nous trouve. Peur qu'Espérance ne tienne pas le coup. Et si jamais elle avait terriblement soif et vidait tous ses biberons avant que j'arrive au dernier repère connu ? Et si la chaleur la tuait ? Ou bien si on tombait sur un fauve ? Ou alors, si je me faisais piquer par un scorpion ou un serpent à sonnettes, que ferait la pauvre petite toute seule, près de mon cadavre ?

Non, je vais y arriver. Je dois y arriver. Peu importe si je meurs en arrivant, il faut juste qu'ils la récupèrent elle ! Moi, ça n'a pas d'importance.

Et c'était vrai, je n'avais aucun doute là-dessus.

Ian m'avait avoué qu'ils avaient quelques guetteurs, à moins d'un kilomètre autour de l'entrée des grottes. Si l'un d'eux me voyait, Espérance serait sauvée.

Il fallait juste que je m'approche autant que possible de la zone.

Mais lorsque la nuit tomba, mes espoirs étaient presque réduits à néant.

Je n'avais pas assez avancé ! Je n'avais pas atteint le dernier repère.

J'étais épuisée. Mes pieds étaient en feu. Mes bras étaient en compote, à force de porter la petite et le sac.

Je fus tentée d'enlever mes chaussures, avant de penser aux scorpions.

Nous nous arrêtâmes au pied d'un gros rocher. Le froid de la nuit devint vite insupportable.

Espérance se remit à pleurer.

Je me dépêchai de vider le sac et d'y mettre un lange au fond, pour improviser un lit. Je la recouvris comme je pus avec les autres tissus, puis je l'installai dedans.

« Tout va bien, Espérance. Je suis là, tu es en sécurité. »

Elle pleura encore un moment. Je me demandai si quelqu'un au loin pouvait entendre ses cris. Les autres sauraient-ils que nous étions là ?

Non, c'était trop cruel, je ne voulais pas qu'elle souffre pour ça. Je la berçai comme je pus. Elle finit par se calmer, puis s'endormit.

Soulagée, je m'endormis à mon tour, mais d'un sommeil agité.

Le soleil n'était pas encore levé quand je m'éveillai. L'urgence de la situation m'aida à vite sortir de ma torpeur.

Je laissai Espérance dans le sac et repris ma route. C'était toujours pénible, car le sac pesait encore plus lourd contre ma hanche. Je finis par comprendre que c'était une mauvaise idée, car elle avait trop chaud là-dedans.

Je la repris dans mes bras et continuai de marcher. J'avais tellement soif ! J'avais bu un peu du lait de la bouteille avant de partir, mais vers midi, quand je voulus prendre une autre gorgée, je le recrachai. La chaleur l'avait fait tourner, il avait un goût de vieux fromage de chèvre !

Catastrophée, je tombai à genoux. J'étais à bout de forces !

J'aurais dû manger la nourriture chez Voix-de-Cristal avant de m'enfuir.

Tout était de ma faute. Nous allions mourir ensemble dans le désert.

Kyle jugerait ça bien pour la petite. Mourir en restant humaine, c'est mieux que de se faire effacer.

Sauf que moi, j'aurais voulu qu'elle ne meure pas du tout. Peu importe mon sort, le sien seul comptait !

« Je suis désolée, Espérance. Vraiment désolée. »

Elle ne me répondit pas. Elle avait les yeux fermés. Inquiète, je m'approchai de sa bouche. Je sentis une faible respiration, mais ça ne m'inspirait rien de bon.

Je tentai de lui faire manger un peu de compote. Elle se réveilla pour en avaler, mais quelques minutes plus tard, elle vomit le tout et se remit à pleurer.

« Non, non, non ! S'il te plaît… Je t'en prie, ne pleure pas. Je suis désolée. »

Je m'arrêtai au pied d'un arbre. L'ombre me fit du bien. Je regardai la petite qui continuait de pleurer et de tousser contre ma poitrine. Elle n'allait pas bien du tout et c'était ma faute.

« Je suis désolée. Tellement désolée… »

C'était sincère. J'étais désolée de ne pas avoir pu la sauver. J'étais désolée de lui avoir enlevé sa sœur humaine avant sa naissance, même si le choix ne m'appartenait pas. Et j'étais désolée de ne pas avoir dit à Ian que je l'aimais, avant de mourir.

Assise au pied de l'arbre, la petite dans mes bras eux-mêmes posés sur mes genoux, je calai ma tête contre le tronc et fermai les yeux.

Au moins, je mourrai dans le désert, près de l'endroit où vivaient les gens qui m'étaient chers. Et je serai morte en essayant de sauver une petite vie humaine. C'était mieux que de mourir en broyant le cerveau de mon corps humain, enfermée chez Voix-de-Cristal, pendant qu'Espérance se faisait effacer dans un Centre de Soins.

« Gaby… ? Gaby ! Je te dis que c'est elle, regarde ! »

Cette voix m'était étrangement familière.

« Oh, merci, Seigneur ! GABY ! »

La deuxième voix fit bondir mon cœur dans ma poitrine. On aurait dit Ian ! Était-ce possible ? Ou alors, était-ce un mirage ? Un rêve, peut-être… Oui, sûrement un rêve tandis que je mourais. Un très beau rêve.

Très réel, aussi. Je pouvais vraiment sentir ses mains qui écartaient mes cheveux de mon front pour caresser mon visage. Quand je sentis la pression de ses lèvres sur les miennes, la chaleur dans ma poitrine me fit l'effet d'un électrochoc. Et si ce n'était pas un rêve ?

« Gaby, ouvre les yeux. Chérie, je t'aime, parle-moi, je suis là ! »

Il m'aimait, moi, une âme ? Quel rêve magnifique ! Jamais un humain ne m'aurait dit ça dans la vraie vie, mais qu'importe, j'aimais l'entendre dire ça en songe.

Lorsque je sentis quelque chose de froid couler sur mes lèvres, j'écartai d'instinct les lèvres. Et quand l'eau se mit à envahir ma bouche, j'avalai goulûment. Je manquai d'en recracher, mais qu'importe.

Je voulus lever les mains pour saisir la gourde, quand le poids du bébé me revint.

Je repoussai la gourde.

« La petite… Faut lui donner… de l'eau ! La petite… »

« Oui, je m'en occupe », dit l'autre voix.

On aurait dit Wes. J'ouvris les yeux et le vis, penché vers l'enfant sur mes genoux, quand le visage de Ian apparut devant moi.

Je tendis la main vers lui et touchai sa joue. Ses yeux saphir brillaient de larmes de joie, tandis qu'il me regardait avec tendresse.

« Tu es réel ? » demandai-je d'une voix faible.

« Oui, je suis là. Oh, Gaby, si tu savais comme j'ai eu peur de te perdre ! »

Il se pencha pour me serrer contre lui. Je glissai une main dans son dos pour lui rendre son étreinte.

Une petite toux m'arracha à cet instant de bonheur. Je baissai les yeux et vis que Wes avait réussi à faire boire un peu d'eau à Espérance. Elle avait repris connaissance et toussait.

Je me dépêchai de la serrer contre moi avec soulagement.

« Merci », dis-je aux deux hommes.

« Non, merci à vous, Vagabonde. »

Ian et Wes firent volte-face. La Traqueuse se tenait juste derrière eux. Elle avait un revolver braqué sur eux et nous regardait avec l'air de jubiler.

« Merci de m'avoir amenée jusqu'aux rebelles. »

Oh non, non, non ! Ce n'était pas censé se passer comme ça. Comment avait-elle pu me suivre aussi loin sans faire de bruit ?

Je n'eus pas le temps de parler, car une autre voix retentit, juste derrière elle.

« Traqueuse ! » dit Jeb.

Le patriarche se tenait juste derrière elle, son fusil braqué sur elle.

Elle se retourna avec l'intention de tirer, mais Jeb fut plus rapide.

Le coup de feu me fit crier de peur et bondir en arrière. Ian s'accroupit pour nous protéger, moi et la petite, tandis que Wes se coucha au sol.

Quand nous nous redressâmes, nous vîmes que la Traqueuse gisait par terre. Son épaule était touchée, du sang coulait. Son arme reposait à moins d'un mètre de sa main.

Elle tendit la main dans l'espoir de la ramasser, mais Wes se dépêcha de la prendre et de la pointer sur elle.

Effrayée à cause du bruit du coup de feu, Espérance se remit à pleurer.

« Chut, ça va. C'est fini », lui dis-je avec douceur.

Et cette fois, c'était vrai.

Nous étions enfin en sécurité.