Le paradis perdu
Jason ne lui trouvait aucun défaut. Impossible. Tout était incroyable chez elle. Même quand elle le dévisageait d'un air exaspéré.
- Je ne sais pas ce qu'il se passe avec Annabeth. J'ai l'impression qu'elle a abandonné, qu'elle a perdu toute volonté de se battre, de... de... c'est comme si Percy l'avait drogué avec des fleurs de lotus... (Elle écarquilla les yeux, les lèvres formèrent un "o" adorable) Oh ! Tu penses que...
Jason leva les yeux au ciel, et exagéra dans une vaine tentative de la faire rire.
- Non je ne pense qu'il l'ai droguée ! Annabeth m'a l'air d'être une fille loyale, dévouée aux dieux... mais tu sais comme moi que la vie de demi-dieu n'est pas simple. Peut-être aime-t-elle simplement avoir une vie normale ?
- Et si c'était son plan depuis le début ? La séduire, la faire goûter à une vie normale pour qu'elle n'ai plus la volonté ni l'envie d'achever cette quête ? L'amour c'est... l'amour a déjà détourné bien des héros de leur quête !
Pas étonnant, pensa Jason en regardant Piper.
- Qu'est-ce que t'as dit ?
- Hein, moi (il piqua un fard). Non, rien ! Si ce n'est que plus vite on aura démantelé l'Oeil, plus vite tu pourras l'extirper des griffes de ce mec.
- Je lui ai menti, Jason. Je lui mens encore, je ne vaux pas mieux de Jackson.
- Si quand même. Toi t'es loyale envers tes amis, tu te soucies sincèrement d'eux et de leur bonheur. Tu mens pour les protéger, mais tu as le courage de dire les vérités. Persée Jackson est perfide, il ment à Annabeth, vous ment à tous depuis le début. Penses-tu qu'il sera un jour capable d'être sincère avec Annabeth ? J'en doute fortement. Ou alors il attendra d'être au pied du mur. Jamais, au grand jamais, il ne sera honnête à moins d'y être obligé.
La tirade de Jason la laissa haletante, il savait trouver les mots pour remotiver des troupes. Il pencha la tête sur la gauche, comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à lui demander une faveur ou un service et que ça l'embarrassait.
- Il reste une chose à faire, et tout sera fini. Un endroit à vandaliser, et je ne peux pas le faire moi-même. Il faut que ce soit vous, il faut que ce soit elle.
Il lui tendit un petit carton avec une adresse marquée dessus.
- Pourquoi là-bas ?
- C'est là qu'ils cachent leurs plans.
- Ton informateur ?
Il acquiesça.
- Pourquoi ne pas nous donner directement les plans ?
- Pour couvrir ses traces je présume. Mais l'essentiel de notre plan tient en une chose : il faut que Percy apprenne qu'Annabeth a participé.
Le manipulateur manipulé. Percy n'aimait pas Annabeth, il feignait de l'apprécier réellement. C'était un pervers narcissique et Piper savait comment il risquait de réagir. Il serait fou de rage de voir sa proie si docile se rebeller et il s'en prendrait à Annabeth.
- Il baissera la garde, souffla-t-elle. Il viendra pour lui faire du mal.
Seulement, son plan demandait aussi de manipuler Annabeth. Elle ravala sa bile.
- On aura les plans Piper, plus rien ne nous retiendra, affirma Jason. Il viendra pour elle, et je serais sur son passage.
- Attends, tu veux dire que...
- Convaincs-la d'attaquer cet entrepôt, ce soir. Laisse des indices qui vous trahissent... Il ira directement à votre appartement, il ne pourra pas s'en empêcher... Et j'aurais tout préparé. Piper, si tout se passe comme je l'ai prévu Percy Jackson mourra ce soir.
…
Annabeth sentit le sang quitter sa tête, et se vit blêmir dans le miroir de la salle de bain. Heureusement Piper ne la vit pas, elle se racla la gorge de l'autre côté de la porte..
- C'est une mauvaise idée Piper. Il faut faire profil bas pour l'instant…
- On fait profil bas depuis trois mois ! Trois mois ! Je l'ai vu en rêve, crois-moi quand je te dis qu'il y a les plans là-bas. On pourrait… on pourrait mettre fin à tout ça… définitivement.
Elle jeta un œil à sa montre. Di Immortal, elle allait être en retard en cours.
- Je vais y réfléchir, souffla Annabeth, plus pour gagner du temps qu'autre chose.
…
Percy retira la dernière épine plantée dans sa cuisse. Il avisa le manticore mort, en train de se réduire en poussière. Il récupéra les épines et les rangea soigneusement dans le coffre de la camionnette. Voilà qui ferait une excellente matière première pour son projet de flèche d'autodéfense. Il avait tué quatre empousai et un chien des enfers un peu plus tôt le matin, c'était donc une bonne journée. Il aimait tuer des monstres, ça lui procurait une sensation de pouvoir. C'était grisant. Son téléphone sonna. Un texto. De Silena. Maintenant ils ne parlaient plus que par texto.
« Blackjack est encore un peu fiévreux mais en voie de rétablissement. Les autres pégases sont beaucoup moins nerveux. »
« Ok. » répondit-il.
Percy roula jusqu'au port se jeta à l'eau. Il nagea quelques minutes avant d'arriver face à une lourde porte en bronze. Il ouvrit le premier sas de décompression puis le second avant d'entrer dans l'atelier. Tyson et Charlie tapaient joyeusement sur des enclumes pour savoir lequel était le plus fort.
- Tu gagnes au moins ? demanda-t-il à son petit frère.
Tyson poussa un rire gras avant d'abattre à nouveau le marteau sur l'enclume. Percy quitta la forge sans un regard pour Charlie et rejoignit pour son propre laboratoire. Il eut le plaisir de voir son cobaye sanglé à la chaise connecté aux batteries.
- C'est pas trop tôt, cervelle d'algue, j'ai pas toute la journée…
- Désolé, j'ai eu un contre-temps.
Percy s'empara d'un des récepteurs qui servaient à recharger les tasers ThG et les relia à la chaise. Il s'écarta de la chaise de plusieurs mètres puis il leva les yeux vers sa pile électrique humaine.
- À toi de jouer, tronche de pigeon.
…
Piper faisait des aller-retour devant le labo d'électrotechnique, Charlie en sortit quelques minutes plus tard. Il s'avança vers elle, véritablement furieux. Il lui montra le papier qu'elle avait laissé sur son bureau.
- Je peux savoir ce que c'est ? Qu'est-ce que tu me veux au juste ?
- Je sais tout. Pour l'Œil. Pour Percy et pour toi.
Charlie ouvrit la bouche, avant de la refermer, trop surpris pour parler.
- J'ai un ami, qui reçoit des informations via un singe automate. J'ai longtemps hésité, j'avoue qu'au début je pensais que c'était Silena l'informatrice. Je l'ai suivie, observée pendant des semaines. Puis j'ai réalisé que tu avais vraiment la haine contre Percy.
- Ce n'est pas des affaires, McLean.
- Ah oui ? Je pense que si. Tu nous donnes des informations pour saper l'autorité de Percy, non ? J'ai mis du temps à décrypter tes émotions mais j'ai vu la jalousie, l'envie, la haine et la culpabilité…
Charlie abattit son poing contre le mur à côté d'elle, la faisant sursauter. Puis il tourna les talons, encore plus furieux.
- Pourquoi tu veux qu'on attaque l'entrepôt ? cria-t-elle derrière lui.
…
Annabeth ne s'attendait clairement pas à voir Thalia Grace à l'université de San Francisco, et son amie encore moins visiblement. À vrai dire, elle n'aurait jamais su que la chasseresse était en ville si elle ne l'avait pas croisé au détour d'un couloir de l'université.
- Chase ? Qu'est-ce que tu fais là ? dit la fille de Zeus en la prenant dans ses bras.
- J'étudie figure-toi ! Et toi ?
Thalia parut gênée, puis marmonna une excuse du style « pour la Chasse, bref un truc pas important, oublie, on va prendre un café ? ». Annabeth eut l'impression d'être de retour en arrière, à la bonne époque, avant Luke…
- C'est étrange que tu sois venue étudier à San Francisco, avec la Brume…
Annabeth regarda autour d'elle avant de lui confier.
- En réalité Chiron m'a demandé d'enquêter sur un groupe de demi-dieux qui fournit des armes aux demi-dieux isolés.
Son amie pâlit, comme si elle était au bord d'un précipice.
- Ah oui ? J'en ai jamais entendu parlé…
- Pas étonnant. Ils refusent de fournir des armes à ceux qui ont des liens avec les dieux. Qu'est-ce qu'il peut se montrer borné des fois…
Thalia se racla la gorge.
- Ça fait des mois que je suis là, continua-t-elle. Mais… mais il sait que je sais et puis il m'emmène en maraude et je me dis que ce qu'il fait est pas si mal pour les demi-dieux errants et en même temps il y a la colonie et si un jour les demi-dieux se révoltent… bref… Je sais pas… je sais plus.
- Annabeth… de quoi tu parles ?
Alors la fille d'Athéna reprit depuis le début, vida son sac. Si elle ne pouvait pas faire confiance à Thalia, alors à qui ? La Chasseresse l'écouta avec attention et bienveillance. Puis quand elle se sentit mieux sa meilleure amie la prit dans ses bras.
- Tout va s'arranger, ma chérie. Tout va s'arranger.
Mais en réalité Thalia broya du noir pendant toute la soirée, ne lâcha pas plus de trois mots. Percy avait tenté de l'appeler plusieurs fois, elle le rappellerai plus tard… Ce n'est qu'au moment de repartir que Thalia trouva assez de courage.
- Annabeth, dit-elle de façon à ce que personne d'autre ne les entende. Reste loin de Percy.
Elle eut un mouvement de recul.
- Pourquoi tu me dis ça ? Tu le con_ Tu le connais ? Attends, il vend des armes aux chasseresses ?
- Non, de toute façon dame Artémis les refuserait. On s'est rencontré il y a longtemps… un peu avant le siège de New York… Il traînait avec Luke, ils étaient bons copains. J'ai fait un pacte avec lui à l'époque, un pacte que je regrette. Ne fais pas la même erreur que moi Annabeth.
Le ciel, sinon la voûte céleste, lui tomba sur la tête.
