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Faisons rapidement le point sur les conséquences à long terme de la défaite pour Asgard, et pour son roi.
Chapitre n°23 :
Reconstruction artificielle
« La pluie est devenue une confession en elle-même, un journal intime de chagrin, un désir brûlant. Elle possède mon cœur. Elle possède mes pleurs. Elle te possède. »
- Chuck Akot
Bien des siècles s'écoulèrent depuis cette cuisante défaite sur Jotünheim. Le peuple d'Asgard peinait encore à panser ses plaies les plus profondes : tant de maris, frères et fils avaient péri...
Odin n'avait cessé de pleurer sa fille perdue, mais il n'avait pu lâcher les rênes du Royaume Éternel en ces temps troublés. Dans l'espoir vain de faire taire son chagrin, il s'était employé à réformer pour réparer ses erreurs.
Son premier acte, après le long deuil dans lequel Asgard avait été plongé, fut de démilitariser le Royaume. Il n'oublia pas de décorer les vétérans méritants de cette bataille catastrophique, mais ferma sans regrets la majorité des casernes et des centres d'entraînement.
Seules restèrent actives une Armée de Défense, considérablement réduite, ainsi que la Légion des Valkyries – à laquelle il restait attaché, pour le symbole d'émancipation féminine qu'elle représentait, et qui lui rappelait sans cesse le combat qu'avait mené Hela, toute sa vie durant, contre la domination masculine.
Ce sabordage de la puissance d'Asgard fut suivi d'un long processus de paix avec les Royaumes envahis.
Vanaheim décida de s'allier à son ancien envahisseur par les liens du mariage. La Princesse Frigga unit sa vie à celle d'Odin pour continuer d'assurer une stabilité à son peuple, qui ne subissait plus aucune guerre intestine depuis qu'Asgard s'était immiscée dans ses affaires.
Nidavellir accepta de conclure un accord commercial privilégié avec Asgard, à la condition de recouvrer leur liberté. Alfheim réclama le départ des factions asgardiennes de ses paisibles forêts.
Svartalfheim retourna à son isolement volontaire du reste des mondes de l'Arbre. Jotünheim ne voulut jamais rien entendre, se considérant – à juste titre – comme les plus grands vainqueurs de ce conflit.
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~oOo~
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Errant depuis longtemps sans aucun autre but que de faire tourner droit son Royaume, Odin dépérissait. Aucune exaltation de la victoire ne pouvait plus venir le sortir de sa torpeur, et l'absence de sa fille lui déchirait le cœur depuis trop longtemps.
Sa nouvelle Reine fit de son mieux pour tenter d'apaiser son mal. Frigga, plus jeune que lui, était le contraire strict de Wisna. Blonde, dotée d'un esprit aiguisé, maîtrisant la magie aussi bien que les armes ou la politique, elle s'entendait bien mieux avec son époux que cela avait jamais pu être possible pour sa défunte prédécesseure. Elle était même devenue indispensable à Odin dans la gestion d'Asgard et de ses intérêts, avec sa poigne de fer dans un gant de velours et son sens aigu de la diplomatie.
Un jour, cependant, le devoir royal vint bousculer l'équilibre parfait qu'ils avaient tous deux mis tant de temps à construire.
Frigga l'attendait dans le salon de leurs appartements royaux, à la sortie d'un Conseil des ministres.
- Odin, fit-elle prudemment, je reviens de l'infirmerie du palais, comme tu me l'avais conseillé ce matin pour ces nausées persistantes. Il s'avère que... je suis enceinte.
Le choc n'aurait pu être plus grand. Le Roi s'effondra presque sur l'un des fauteuils, les jambes coupées.
- Je sais que tu ne pourras jamais faire le deuil de ta fille, reprit Frigga en s'approchant de lui pour lui prendre tendrement la main. Je suis terriblement désolée pour ce qui lui est arrivé... mais... eh bien, j'ai toujours secrètement rêvé d'avoir un enfant.
- Loin de moi le désir de te priver de ce bonheur, l'interrompit Odin en sortant de sa torpeur. Seulement, laisse-moi le temps de m'habituer à cette idée, veux-tu...
- Bien entendu, le rassura Frigga en serrant toujours sa main dans la sienne. J'attendrai le temps qu'il faudra.
Dès demain, vous pourrez retrouver une Chronique égarée liée à ce chapitre dans le recueil dédié :)
