Chapitre 23 :
Bonjour à tous ! Désolé du temps que ça me prend, comme je vous l'ai souvent dit j'ai pas mal de projets en cours que soit écriture/couture/photos et il m'est difficile de tenir un rythme d'écriture constant dans l'endroit pas très aéré ni ouvert sur un jardin où je vis. ( l'idéal d'écriture pour moi : baie vitrée ouverte sur un espace nature, jardin, etc, pluie et solitude - hors je n'ai rien de tout ça. ) Aujourd'hui est un jour de pluie presque silencieux, où je peux enfin m'emmitoufler dans un de mes gilets d'hommes 10 fois trop grands pour moi ( je suis très très petite ) avec un café, et écrire. J'en profite pour poster ce chapitre qui m'a fait énormément douter...
J'ai beaucoup pensé à 13 reasons why en écrivant ce chapitre, peut-être parce que j'ai vu la dernière saison récemment et que ça m'a influencé... d'ailleurs totalement hors de propos, mais je suis vraiment amoureuse de 13 reasons why. Ils ont des couilles, putain ! Genre vraiment. J'ai jamais vu une série "hétéro" avec autant de personnages gays bien travaillés et c'est normal... franchement, je suis sur le cul du début à la fin, cette série aura toute mon estime pour l'éternité. Et Justin est un personne qui me touche particulièrement depuis le début, il ressemble vraiment à " mes personnages " il ressemble fortement à Jo de mon roman, genre vraiment vraiment et pour être honnête, quand j'imagine Harry c'est un peu ce genre de silhouette et attitude que j'imagine :-) Qu'en pensez-vous ?
j'ai également re-regardé Jane Eyre ( la série anglaise sortie sur la bbc totalement introuvable pour mes journée couture ) et franchement, la ressemblance avec le snarry me met sur le cul à chaque fois. Je voudrais trop une fic snarry basée sur Jane Eyre !
Réponse à Zaza Julius : ( étant donné que je ne peux pas te répondre directement à chaque fois comme tu n'es pas sur , si jamais, tu peux aussi me trouver sur Instagram au même nom, le mien, Magali Dequiret :-) ) ça me touche beaucoup également et je suis vraiment très heureuse de te rendre accro à cette fic ! En fait tu l'avais lu il y a longtemps ( avant ma coupure d'écriture ) et tu y reviens maintenant si j'ai bien compris ? Ah, s'endormi du mat à cause d'une fic... j'ai trouvé mon âme soeur ! xD que de nuits j'ai pu passer à m'endormir très très tard pour une fic... il y a tellement de gens qui écrivent des fics merveilleuses ! J'adore l'univers des fanfictions, vraiment ! On y trouve de tout, mais on y trouve aussi des merveilles qui ne deviendront hélas jamais un livre. " Si tu continues comme ça, le pouvoir de leurs lèvres qui enfin s'effleureront, vont nourrir mes rêves pour une longue année. " c'est magnifique... je retiens cette phrase... ça me touche énormément et j'espère sincèrement être à la hauteur ! Parce que j'ai pas toujours l'impression de l'être, personnellement. Merci beaucoup à toi, de tout mon coeur. Hélas, il va falloir patienter un peu plus avant qu'ils ne se retrouvent et les rebondissement ne sont pas terminés ! Des bisous !
Bonne lecture à tous ! Ah, oui, dernière chose ! Je suis désolé mais j'ai vraiment du mal avec certaines orthographe. Je ne sais jamais si c'est Drago, ou Draco... je suppose qu'il y a les deux dispersés un peu par tout parce que je ne sais vraiment pas lequel choisir !
Les fêtes, cette année là, eurent un goût d'anesthésie. De cris de joie derrière une vitre. De chansons qui étouffent derrière le bruit de la tempête agitant les cimes des sapins du parc de Poudlard. Ca avait la froideur de la neige immaculée qui pétrifie les corps et les coeurs jusque dans l'âme. La veille de Noël, Severus sirotait un verre de whisky en regardant le feu dans l'âtre de la cheminée lorsqu'il reçu la visite de Dumbledore. Le vieil homme vint toquer à sa porte et Severus l'invita à rentrer. Ils s'étaient tant combattus, tant chamaillés, comme de vieux enfants bien trop différents pour s'entendre tout à fait, liés par une ruse bizarre du destin qui les avait réuni là, drôles de compères mal assortis. A présent, alors que le vieil homme prenait place dans le fauteuil à ses côtés dans une sorte de soupir las, Severus n'avait plus le coeur pour ça, bouleverser de ces mots ses membres frêles et presque déjà morts sous ces masses de vêtements chatoyants. Ce serait lui qui l'achèverait. Lui qui mettrait fin à cet espoir splendide. L'homme ne lui demanda pourquoi il restait là, terré. Pas plus qu'il ne lui proposa de monter pour goûter la merveilleuse tarte à la crème que les elfes avaient préparée.
- Comment vous sentez-vous ? L'interrogea Snape sans détourner les yeux, se contentant de lui servir un verre d'un coup de baguette.
Dumbledore expira lentement, regardant le verre se remplir entre ses mains. D'habitude, c'était toujours lui qui posait cette question en premier.
- Oh, j'ai connu de meilleurs jours, mon garçon... Merci bien, ajouta-t-il alors que la bouteille se redressait pour se poser sur la table. Il fait très froid, ces temps-ci !
Son ton léger, si plein de vie, était à double tranchant. Severus avala d'un trait le reste de son verre. Son genou s'agita nerveusement. Il n'avait jamais ressenti ça, pas même lorsque l'homme lui avait demandé l'impensable, mais à présent, la neige recouvrant le si verdoyant parc de Poudlard semblait un linceul qui lui rappelait que les jours étaient comptés. Ceux de Dumbledore. Les siens. Car, Severus le savait. S'il avait de la chance, il parviendrait à la fin de sa mission. Et la guerre serait gagnée. Mais ça ne se ferait pas au prix de sa vie. Il croyait être en paix avec ça... Lily. C'était le prix à payer, pour l'avoir trahi. Dumbledore but une gorgée, ses longues mains portant le verre avec une élégance qui lui était si coutumière.
- Vous n'êtes pas obligé de mourir, Severus.
Severus tiqua, claquant sa langue contre son palais.
- Arrêtez de lire dans ma tête !
Etre rassuré sur sa condition par un mourant avait quelque chose de particulièrement ironique. Il se resservit un verre. Dumbledore avait l'air d'un petit garçon, installé dans le canapé. Un garçon si bien élevé et si doux qui a trop vite grandi.
- Oh, je n'en ai pas besoin pour savoir ce que vous ressentez, mon ami... de plus, l'humeur changeante d'Harry est un assez bon indice à la nature de la votre, si vous me permettez.
- Albus !
Il tourna la tête vers le vieil homme, qui tenta de réprimer un sourire.
- Pardonnez un vieil homme ! N'est-ce pas si beau de vous contempler tous les deux, hésitants, maladroits, à la berge d'un amour naissant ?
Severus se leva carrément.
- Oh, bon sang ! Par la barbe de Merlin, Albus ! Rangez votre poésie ! Nous sommes ardemment à la berge de quoi que ce soit si ce n'est celle d'une atroce barbarie et, pardonnez-moi de vous le rappeler, une mort certaine !
Albus le fixa pendant de longues secondes, un regard intense et plein d'une lueur encore si vivace, bien plus vivace que la sienne, même. Il était cruel qu'il soit condamné à mourir pour une idiotie pareille... quelle vanité, quelle folie l'avait pris ! Et pourtant, il était là, et le plus angoissé des deux n'était pas celui qu'on croyait.
- Justement, Severus. N'est-ce pas le parfait moment pour se rappeler du bon qu'il y a en ce monde ?
Severus éclata d'un rire sans joie, se pinçant l'arrête du nez.
- Hé bien, si le bon qu'il y a en ce monde tient entre les mains d'un gosse et d'un condamné à mort, nous sommes mal barrés, pardonnez-moi l'expression !
Il se retourna face au feu, tournant le dos à Dumbledore. Il trouva le silence du vieil homme suspect et mit son malaise sur le compte du fait qu'il s'était désigné comme condamné à mort.
- Est-ce cela, qui vous effraie ?
Severus ne répondit pas. Il but une autre longue gorgée et serra le point.
- Vous avez peur, constata Dumbledore en se levant, ayant la politesse de faire semblant de ne le découvrir que maintenant. Vous avez peur d'avoir quelque chose à perdre... avant de mourir. Mais Severus, nous naissons tous... nous mourrons tous. Et ce qui fait toute la beauté de la vie, c'est que dans ce merveilleux temps donné entre les deux, nous vivons, nous respirons, nous rencontrons d'autres âmes... qui viennent bouleverser les nôtres. Bouleverser notre vie, renverser le sens du monde, notre monde, notre ordre... Severus !
Son ton sonnait comme celui d'une mère reprenant un enfant qui a dit une bêtise. Il posa la main sur son épaule et Severus empoigna son verre plus fort.
- Vous ne le perdrez pas. Nous ne perdons jamais vraiment personne... à la fin, après tout, nous nous retrouvons tous. Mais ce que nous perdons... est bien plus précieux encore ! Vous perdrez les détails si uniques de sa peau, la perfection de chacune de ses larmes, de ses rides lorsqu'il sourit, vous perdrez toute la sublimité de tous les instants que vous passerez côte à côté... et que vous ne pouvez vivre qu'une seule fois. Les draps du lit dans lesquels vous vous coucherez ce soir, le goût de ce whisky entre vos mains. Ca s'appelle la vie, Severus. L'incarnation. C'est cela que vous perdrez. Et vous le regretterez à jamais... si vous passez à côté. Vos âmes... ne seront pas les mêmes. Elles n'auront pas la même expérience, elles ne vibreront pas ensemble de la même façon. Vous perdrez tout, en voulant ne rien avoir à perdre.
Les flammes dansaient avec ardeur et leur chaleur venait lécher le visage penché de Severus. La main sur son épaule retomba lentement. Il se retourna, fixa le vieil homme dans les yeux. Il n'avait jamais compris, il ne comprendrait sans doute jamais. Comment faisait-il... dans quelle dimension existait-il vraiment, finalement ?
- L'acharnement avec lequel vous me poussez dans les bras et le lit de mes étudiants est charmant, Albus. Vraiment.
Dumbledore ne put s'empêcher de sourire. Ca le faisait rire, lui, en plus. Lui qui savaient lire les émotions cachées au fond des coeurs sans même avoir besoin d'occlumentie.
- Pas vos étudiants, Severus. Seulement un. Qui ne le sera plus pour très longtemps, je le crains.
Il se réinstalla dans le canapé et Severus prit la peine d'aller préparer du thé et des biscuits, plus pour lui échapper qu'autre chose car, tout cela aurait pu être réglé en un coup de baguette. Mais Dumbledore accepta poliment la sollicitude du geste et prit même l'initiative d'allumer une musique d'ambiance de noël douce et chaleureuse.
- Comment va-t-il ?
Dumbledore ne répondit pas tout de suite.
- Oh, je ne sais pas. Pourquoi ne lui demandez-vous pas vous-même ? Il est juste en haut et, vous savez, il n'y a pas beaucoup d'élèves ces temps-ci... il est très seul.
L'ignoble gredin... ! Severus renversa un peu de thé à côté et conjura un torchon pour nettoyer la table en bois.
- J'aurais voulu connaître Grindelwald, Albus. Car ça devait être un être exceptionnel pour parvenir à atteindre la dimension où vous semblez flotter.
Dumbledore lui lança un drôle de regard. Une lueur d'amusement, de surprise, de menace et de choc flottait dans ses yeux et ses joues avaient légèrement rosies.
- Je suis occlument également, ajouta Severus sur le ton de la conversation. Ne l'oubliez pas.
- Je ne me permettrais plus de l'oublier, dit Dumbledore en prenant la tasse de thé et la soucoupe qu'il lui tendait.
Severus dispersa sucre, biscuits et pot à lait sur la table devant eux et reprit place sur le canapé.
- Il l'était, murmura Albus du bout des lèvres avant de les poser, entrouvertes, sur la délicate porcelaine, sans préciser de qui il parlait.
Severus l'observa du coin de l'œil. Le profil du vieil homme semblait si inaccessible et, à la lueur chaude des flammes, il fut certain de voir l'ombre d'un vieux chagrin traverser son regard. Et un instant, il crut presque voir la silhouette d'un grand jeune homme aux fins cheveux châtain blond, la commissure adorable de lèvres qui voulaient rire sans le faire totalement, le nez droit et sérieux et des yeux en triangle, d'un bleu embrassé par les fées, si fragiles, si perçants, si sensibles, un regard où le rire et les larmes se mêlaient. Il pouvait deviner ses mains, sa posture droite, ses longs doigts fins de garçon bien élevé qui n'osaient pas toucher, et brûlaient de le faire. Cette bouche si délicate, si polie, qui n'attendait qu'un baiser pour s'animer. La passion brûlante au creux de son esprit en fusion, dissimulée derrière ce calme apparent. Ca devait être le jeune homme le plus intelligent et le plus parfaitement beau que personne n'ai jamais vu, réalisa-t-il alors seulement très honnêtement. Et Grindelwald devait être un parfait connard pour lui avoir préféré la gloire du plus grand bien...
La commissure des lèvres de Dumbledore frissonnèrent à peine. Severus ne saurait jamais qu'il avait saisit ces dernières pensées, ni à quel point ça l'avait touché. Severus ne pensait pas à ça. Il pensait que c'était lui, Severus Snape, si obscur, qui allait éteindre cette perfection.
Au dehors, le vent sifflait furieusement comme le cri de mille Banshee affamées. Les chandelles éclairaient la large pièce, un elfe de maison était venu reprendre le repas fini qu'on lui avait apporté et Harry essayait vainement de se concentrer sur les pages de son livre. Dans quelques jours, les cours allaient reprendre et Harry, seul dans le dortoir - quelques gryffondors seulement étaient restés pour les fêtes et aucun de son année n'étaient restés passer Noël à Poudlard. Alors, assis dans son lit, Harry relisait la même phrase un boucle depuis un moment lorsqu'il renonça, laissant le livre glisser de ses genoux pour rejeter la tête en arrière contre le dossier du lit. C'était une gêne dans le corps, quelque chose de presque électrique, pas douloureux, mais gênant. Quelque chose qui l'oppressait, tout cet espace autour de lui, cet espace vide dont ses yeux ne pouvaient appréhender d'une seul fois l'immensité. Les murs étaient là, mais bien trop loin, visibles et si distants et la frustration le dévorait. Il jeta son livre d'un seul coup et croisa les bras sur son ventre comme en une tentative illusoire d'enlacement. Son genoux hors du lit s'agitaient nerveusement et son souffle s'affolait. Jamais encore Harry n'avait été confronté à cette sensation. A vrai dire, il n'avait jamais réfléchi à tout ça. Il y avait toujours des gens... des gens pour combler l'espace, juste assez pour que sa peau puisse se calmer, n'être pas si tendue, si électrique, si à fleur de peau, comme si chaque grain de chair voulait s'échapper pour combler l'espace... Depuis la rentrée, cette sensation nouvelle l'avait saisit dès lors qu'il était seul dans une pièce trop grande, mais jamais aussi fortement que ce soir-là. Il ferma les yeux, griffant sa nuque, ses bras, et la sensation l'apaisa un peu, disparaissant à l'instant même pour s'empirer dès lors que le contact se terminait. Ca pouvait être partout, ça pouvait venir de partout et il était incapable de l'appréhender. Sa main devant lui se flouta légèrement. Il tremblait. Et l'espace vide, tout cet espace emplissait ses poumons beaucoup trop, beaucoup... trop. Loin de l'oppresser, c'était comme si... comme s'il allait éclater. Comme si son corps se tiraillait de toute part pour combler... combler tout. Et sa peau se tendait comme la peau d'un tambour que l'on étire au soleil et ses poumons se remplissaient de trop d'air à la fois. Les étoiles brouillant son champ de vision, il se rua hors du lit, saisit sa cape d'invisibilité et dévala à toute vitesse les escaliers, puis la salle commune des gryffondors, trébucha et se cogna aux murs à cause de sa vision trouble. Il n'arrêta sa course qu'une fois arrivé aux cachots et tambourina à la porte du bureau de Snape.
- Sna... ! Sna-
Il n'arrivait pas à parler autrement qu'un souffle. Ca ne répondait, bien évidemment que ça ne répondit pas. C'était en dehors des périodes scolaires. Harry se retourna pour regarder autour de lui et, en désespoir de cause, se rua sur la porte de la réserve. Fermée. Il tira désespérément sur la poignée et, n'y parvenant pas, la frustration atteignant son comble, hurla. Il se laissa enfin aller contre la porte jusqu'à s'asseoir par terre et sa vision se clarifia. Son hurlement avait eu l'avantage de faire sortir l'air hors de lui, lui permettant de respirer à nouveau, et le contact dur de la porte derrière lui et l'angle du mur des escaliers tout proches le contenaient un peu, assez de quoi reprendre son souffle et alors, il éclata de rire, cognant son crâne contre la pierre. Il avait tant de fois supplié, de quitter son placard, prié, même, pour sortir rien qu'une heure et voilà que le seul endroit qui le rassurait à Poudlard, c'est celui qui ressemblait le plus à son placard, un coin de couloir miteux en dessous d'escaliers plongés dans l'obscurité.
- Laissez-moi tranquille !
Harry se pétrifia sur place et ses yeux s'agrandirent de panique. C'était la voix de Malfoy et ça venait de quelque part dans le couloir, devant lui. Il déglutit et très lentement, saisit sa cape d'invisibilité pour la mettre par dessus lui. Juste à temps, car, le jeune blond débarqua dans la lumière faible de la chandelle éclairant les escaliers.
- Vous êtes inconscient, Drago ! Répliqua la voix de Snape, encore à demi plongé dans l'ombre. Ecoutez, il faut que vous appreniez à rester prudent. Si vous continuez à fanfaronner comme vous le faites à tout bout de champ et à attaquer vos camarades de la sorte, vous allez vous faire renvoyer et tout sera perdu. Votre père et moi-même sommes déjà en prise avec le ministère après les événements de juin et...
- Le ministère ne fera rien ! C'est une vaste fumisterie, tout ça ! Et je vous répète que je n'ai rien à voir avec ce qui est arrivé à Katie Bell !
- Je ne parlais pas seulement de Katie Bell...
Malfoy paraissait furieux.
- Oh, vous voulez dire Potter ?!
Il ricana.
- Vous êtes bien placé pour me donner des leçons, tient. Père nous a tout raconté. Il parait qu'il s'en ai fait dessus, le pauvre petit ! Ca ne devait pas très beau à voir... Et je vous rappelle que c'est lui qui a essayé de me tuer !
La rage envahit Harry qui se força à serrer les poings et à rester immobile.
- Chuut, moins fort, Drago ! Rugit Snape en surgissant des ténèbres pour fondre sur le jeune homme.
Il jeta des regards alentours avant de se concentrer de nouveau sur le blond. Harry pouvait sentir l'intensité de son regard posé sur le jeune Malfoy avec une évidente inquiétude qui réveilla la haine qu'il éprouvait pour ce dernier.
- Pour la énième fois, dites-moi ce que vous avez en tête et je vous aiderais. Si vous ne me faites pas confiance, dites-moi juste ce que je dois savoir. Mais permettez-moi de vous aider...
Drago le scrutait comme à la recherche de la ruse dissimulée derrière ces belles paroles.
- Je vous l'ai déjà dit, Drago, n'est-ce pas ? Poursuivit Snape d'un ton plutôt doux qui fit courir des frissons de colères dans le dos d'Harry, j'ai juré à votre mère de vous protéger...
- C'est ma mission, ma gloire ! Vous ne vous l'approprierai pas une fois encore, comme vous l'avez fait avec mon père ! Qui aurait pu croire que le seigneur des ténèbres serait content de savoir ça ! Mais pourtant, il l'a été ! Ca l'a amusé de savoir que Potter avait eu la bêtise de tomber amoureux de vous... Vous avez doublé mon père et maintenant vous venez me dire de ne pas toucher à Potter ?!
Il y eut un silence.
- Votre père, vraiment ? Susurra Snape d'un ton doucereux et profondément manipulateur.
Harry ignorait ce que ça voulait dire mais Drago, lui, sembla comprendre et se troubla avant de secouer la tête.
- J'ai fait le serment inviolable, Drago.
Le jeune homme sembla vaciller un instant et son sourire incrédule mourut lentement.
- Vous voulez dire... Pour moi ? Vous avez fait le serment inviolable pour moi ?! Vous ?!
Une boule de jalousie enflamma aussitôt le coeur d'Harry qui eut vraiment beaucoup de mal à rester immobile. Malfoy éclata d'un petit rire incrédule, se passant une main dans les cheveux.
- Je suis votre parrain, poursuivit Snape et le coeur d'Harry sembla éclater.
Drago retrouva sa hargne et son visage se durcit.
- Vous êtes fou. Vous êtes complètement fou et vous allez devoir le trahir, votre serment. Je ne vous révélerais rien. Je ne vous fait plus confiance.
Il fit volte-face pour s'en aller mais fut rattrapé par la poigne ferme de Snape comme Harry l'avait été si souvent. Ils se dévisagèrent un instant.
- Je ne pouvais pas deviner que Potter avait ces ignobles penchants à mon égard - sa bouche se tordit dans une grimace de dégoût si réelle qu'Harry se sentit vaciller - Je n'ai fait que jouer la comédie pour Dumbledore, c'est tout. Vous savez très bien ce qu'il en est. Ne vous ai-je pas soutenu pendant toutes ces années ? N'ai-je pas été présent quand votre père ne l'était pas ? Drago... vous êtes si jeune. Laissez-moi vous aider.
Drago sembla hésiter et lorsqu'il parla, son ton était plus calme.
- Potter était à moi, murmura-t-il sauvagement comme un enfant à qui on a pris son jouet, comme si ça justifiait tout le reste.
Harry crut qu'il allait s'évanouir. "Potter était à moi." Quoi ? Quoi ?! Mais qu'est-ce que ça voulait dire, ça ?!
- Je comprends que vous soyez en colère, répliqua Snape. Mais personnellement, je me moque de Potter. je veux juste vous aider dans la tâche qui est la votre.
Drago retira sa main de celle de Snape et après un dernier regard haineux, s'enfuit.
- Je n'ai pas besoin de vous. Je n'ai besoin de personne !
Snape le regarda s'éloigner puis expira nerveusement. Harry resta là, pétrifié. Tout ce que lui avait révélé Snape... et tout ce qu'il venait dire... où était la vérité ? Ne vous ai-je pas soutenu pendant toutes ces années ? N'ai-je pas été présent quand votre père ne l'était pas ? N'avait-il été que ça, pendant toutes ces années ? Il croyait être seul, mais en réalité, Snape aidait Drago, aussi. Ca ne voulait rien dire, ça n'avait jamais rien voulu dire. Je n'ai fait que jouer la comédie pour Dumbledore, c'est tout. A qui disait-il la vérité ? A lui, ou à Drago ? Qui était-il vraiment, à la fin ?! Et qu'est-ce que ça voulait dire, Potter était à moi ?! Drago voulait-il le tuer ou... autre chose ? Cette pensée était étrange. Vraiment très, très étrange. Et si c'était autre chose, alors... il avait une drôle de façon de le montrer. Complètement absorbé par ses réflexions, il ne fit pas attention assez vite à sa jambe qui, bloquée dessous lui dans une position fort peu confortable depuis le début de cette conversation, bougea soudainement. Sa chaussure dérapa contre la pierre. Ca aurait pu passer inaperçu si, paniqué, Harry n'avait pas émit un petit souffle de gorge bref en remettant instantanément son genoux en place. Mais c'était trop tard.
- Qui est là ?
Snape avait sortit sa baguette et surveillait les couloirs de son oeil acéré, à l'affût du moindre bruit et la férocité de sa posture rappela à Harry la peur qu'il lui insufflait, il y a bien longtemps de cela, en première année.
- Qui est-là ?! Répéta-t-il d'une voix brutale en s'avançant vers le coin de couloir où il était recroquevillé.
Harry ferma les yeux très fort et déglutit.
S'il vous plait, je vous en supplie, qu'il ne me voit pas... Qu'il ne me voit pas...
Les chaussures s'arrêtèrent dans un son menaçant devant lui, presque contre un coin de sa cape qui traînait par terre. Lentement, Harry saisit sa baguette.
- Je sais que vous êtes là. Sortez.
Harry ne savait pas si "vous" voulez dire "lui", Harry. Il bloqua sa respiration, totalement pétrifié. Personnellement, je me moque de Potter. je veux juste vous aider dans la tâche qui est la votre. Il plaqua ses deux mains contre sa bouche ouverte, ses poumons criant leur besoin d'air.
Dorénavant, ne m'approchez plus jamais.
- Sale petit fouineur ! Vous ne savez pas tous les sévices que je vais vous infliger, parce que je vais vous retrouver, soyez-en sûr... !
Il allait le tuer, il allait le tuer cette fois... Pourquoi avait-il pris la peine de lui raconter tout ça, alors ? Harry ne savait plus, il ne savait plus rien. Snape l'avait torturé, il avait cru finir de lui pardonner, au moins un peu, assez pour le croire sincère. Mais voilà qu'il surprenait cette conversation, et... les doutes revenaient de nouveau. Après tout, Snape n'avait-il pas intérêt à gagner sa confiance ? N'est-ce pas ce qu'il aurait fait, s'il avait véritablement voulu tromper Dumbledore ? Oh, Merlin... sa tête bourdonnait, ses poumons allaient éclater et Snape ne s'éloignait pas. Il était là, tout près... si près...
Vous voulez dire... Pour moi ? Vous avez fait le serment inviolable pour moi ?!
Respirer, il avait besoin de respirer, maintenant. Il dégagea ses mains, ouvrit la bouche. Ca ne marchait pas. Il ne contrôlait plus, il ne contrôlait plus rien. Ses mains, puis ses membres commencèrent à s'agiter, comme parcourus de petites secousses nerveuses qui s'intensifièrent sous la panique. Il tendit le cou, tout le sang montant à son visage et la boule, dans son sternum, augmentant de secondes en secondes. Elle devint si énorme qu'elle prit toute la place et l'angoisse l'envahit, paralysant l'intégralité de son cerveau... son genoux libéré patina avant de riper contre la pierre, hors de la cape. Le regard de Snape, qui errait ailleurs dans le couloir à la recherche du moindre indice, se rua dessus. L'instant d'après, la cape d'invisibilité volait en l'air.
- Vous ?! Mais qu'est-ce que vous faites là ?! Espèce de petit...
Snape avait levé sa baguette instantanément, réinstallant le sort de silence qu'il avait enlevé quand Drago était parti. Harry haletait comme un poisson hors de l'eau, raidi dans une étrange position. les veines saillantes sur sa gorge tendue, son visage violacé.
- Potter, arrêtez cette comédie !
Snape l'observa quelques secondes de trop avant de s'agenouiller précipitamment, posant les mains sur sa gorge. Harry laissa échapper une sorte de gargouillement paniqué, les yeux révulsés figés dans les siens.
- Mais qu'est-ce qui vous arrive, Potter ? Respirez. Respirez, non d'un chien !
Il aurait rit, si ça ne faisait pas aussi mal. "Respirez", voilà un conseil qui l'aidait beaucoup ! Le malaise atteignit des sommets inquiétants et sa vision se brouilla. Snape devint trouble devant lui. Il pouvait l'entendre l'appeler comme s'il l'entendait sous l'eau et la seule chose qu'il vit ensuite fut le couloir basculer.
- Revenez ! Potter, revenez ! Revenez ! Potter !
Une voix agaçante l'appelait incessamment et Harry était trop bien pour bouger. Il avait envie de rester là... Mais une sensation désagréable le tirait peu à peu de l'endroit merveilleux où il flottait. Une sensation... sur sa joue. On le giflait. Snape. Le couloir. Drago. Il rouvrit les yeux bien d'un seul coup et sa poitrine en feu se souleva trop vite. Snape était penché au dessus de lui, les mains agrippées à son col de pyjama défait. Harry voulut bouger, s'enfuir, mais ne parvint qu'à ne faire déraper un bras sur le sol sur lequel il était étendu.
- Respirez, Potter, respirez. Inspirez, expirez...
Malgré lui, il suivit les respirations de Snape qui rythmèrent les siennes. Enfin, l'homme se releva et Harry s'assit tant bien que mal.
- Potter, vous allez m'expliquez ce que c'était, ça ?!
- Cri... crise de...
Snape le surplombait entièrement. Harry, appuyé sur un coude, essaya de donner une impulsion pour se relever aussi.
- Oui je peux voir ça ! Mais qu'est-ce que vous faites à ma porte à une heure pareille à épier mes conversations privés ?! Espèce d'horrible petit...
- Je n'ai rien épié du tout j-je ne voulais pas... j'ai juste...
Il ferma les yeux dans un soupir.
- Vous voulez pas m'aider à me relever ?
Snape expira nerveusement.
- Oh, pour l'amour du ciel.
La force avec laquelle il l'empoigna n'avait rien de tendre et Harry, remit sur ses pieds, s'entoura de ses bras en cherchant sa baguette autour de lui.
- Je ne voulais pas vous surprendre, je me suis juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, je voulais juste...
Il passa une main dans ses cheveux pas coiffés.
- Peu importe.
Il se pencha pour ramasser sa cape et sa baguette restées par terre et sans un regard, retourna vers les escaliers, les épaules basses.
- Oh, non, certainement pas, Potter, vous allez m'expl...
La vitesse avec laquelle Snape le rattrapa n'eut d'égal que la vitesse avec laquelle il fit volte-face, coupant court à ses menaces déguisées.
- Non, vous, vous allez m'expliquez ! Vous allez m'expliquer ce que Drago mijote et ce dont vous parliez à l'instant, vous allez m'expliquer ce que cette histoire de serment inviolable - c'est quoi, un serment inviolable, d'abord ?! - et de Potter m'appartient, quoi ?! Non d'un chien mais de quoi est-ce qu'il parlait ?! Je n'appartiens à personne et si j'appartenais à quelqu'un, ce ne serait sans doute pas à cet enfoiré de Malfoy ! Et vous, le soutenir pendant - toutes ces années - être là quand... Vous êtes son parrain ?! Alors j'avais raison ! C'est Drago dont vous vous souciez depuis le début, Drago et personne d'autre !
La colère qui incendiait les yeux de Snape se métamorphosa sous ses exclamations maladroites et vibrantes d'une colère aussi sincère qu'immature en une lueur d'amusement à peine dissimulée. Il n'était pas surprenant finalement, que de tout ce qu'il avait entendu, ce fut cela qui le dérange le plus.
- Charmante petite crise de jalousie, Potter... Quoi, vous vous aussi, vous auriez voulu sauter sur mes genoux en gazouillant comme le petit Drago à l'époque ?
Son sourcil haussé, son ton profondément sarcastique firent monter le feu à la tête d'Harry et il se serait regardé, à l'instant même, il aurait sans doute pensé à Mme Weasley quand Fred et George font une énorme bêtise et qu'elle enfle comme une cocotte minute sur le point d'exploser. Mais Harry était loin, très loin de ces frugalités.
- Potter, nous nous sommes déjà tout dit, poursuivit Snape d'un ton las. Vous savez tout ce que vous devez savoir et je refuse de me justifier d'avantage, en revanche, afin d'éviter tout conflit supplémentaire, je vais devoir oublietter vos souvenirs de...
Il n'eut pas le loisir de poursuivre. Incroyablement vif, Harry se rua sur lui et saisissant le col de sa robe en deux poignes brutales, il le plaqua contre le mur. Il aurait voulu aller plus loin mais le regard de Snape planté dans le sien l'en empêcha. Ils s'affrontèrent furieusement, silencieusement. Leurs corps, si près de se toucher, leurs lèvres si proches... Harry baissa les yeux vers celles de Snape, sa propre bouche entrouverte sur un souffle chaud où le désir était audible. Oh, comme il voulait l'embrasser, l'embrasser sauvagement et presser leurs corps l'un contre l'autre, comme il voulait sentir la friction dans son bassin, apaisant enfin la brûlure insoutenable, comme il le voulait, là tout de suite. Il ferma les yeux, totalement inconscient du regard de Snape posé sur lui, à la fois terrifié, inquiet, admiratif et profondément menaçant. Harry s'arracha à lui et bascula de quelques pas en arrière vacillants, affrontant d'un oeil insolent et enflammé la fureur de Snape qui le transperçait. Harry, haletant et un peu chancelant, passa une main dans ses cheveux et, l'entrejambe enflée de désir, s'enfuit dans les escaliers. Il ne retournerai pas dans son dortoir, ce soir là, pas tout de suite... Il avait rendez-vous avec son reflet face au lavabo de la chambre des secrets.
Les mois qui suivirent, Harry passa bien trop de temps en seule compagnie de Mimi Geignarde, dans les toilettes du deuxième étage. En apparence, pourtant, les choses semblaient s'être améliorées dès la fin des vacances, Harry put reparler un peu à Ron, rien d'extraordinaire, rien de vraiment profond, mais sans renouer les liens qu'ils avaient pu partager, la tension était retombée, leur permettant de cohabiter plus facilement. Hermione avait depuis longtemps cessé de l'embêter avec le prince et, si Harry se sentait souvent seul, la vie était plus simple. Les repas à la grande salle n'étaient plus un calvaire, Hermione avait pardonnée à Ron son comportement à son égard depuis qu'il l'avait défendu dans les couloirs, ils se rapprochaient de plus en plus et la haine de Malfoy, bien que visible, demeurait silencieuse.
Non, c'était autre chose qui le maintenait éveillé tard le soir et hantait toujours ses cauchemars, autre chose qui le faisait sangloter presque silencieusement en pleine nuit et sortir immanquablement du dortoir sous le regard anxieux de Ron qui n'osait pas intervenir. Les semaines et les mois s'écoulèrent, sans heurts, sans cris, et même des rires, quelque fois. C'était une noirceur invisible, silencieuse et sournoise que le rythme traître du quotidien déguisait sans peine et que quelques rires suffisaient à maquiller. Elle était là, pourtant, cachée par les cours qui s'enchaînent et quelques réponses justes qui tombaient au hasard, comme un certificat de bonne santé mentale.
Pourtant, tout cela était factice. Harry n'allait pas bien. Il avait l'impression d'aller mieux, non, en fait, pour être exact, ça ressemblait à une longue anesthésie qui prenait fin le soir, lorsque le sommeil se faisait peu à peu dans le dortoir et que le silence venait fissurer les murs derrières lesquels il s'enfermait.
Et les voix, toutes les nuits.
Les mêmes, en boucle.
Les désirs. Les brûlures. Le dégoût.
Mais le prince n'était plus là… Alors Harry sortait. Il marchait dans le château, il allait se réfugier dans les toilettes du deuxième étage. Et parfois, il se coupait. Et le sang coulant sur la surface électrique rendait l'insupportable un peu plus supportable.
Mimi ne parlait plus. Ca faisait bien longtemps qu'elle ne geignait plus ni poussait de longs hurlements de joie sanglotant. Elle lui parlait, simplement, et parfois Harry lui répondait. Et dans ses yeux de fantôme, il le voyait. Il voyait ce qu'elle voyait en lui. La mort prenant possession peu à peu de son corps, plus monstrueux encore qu'un coeur qui s'arrête de battre, c'est le poison qui s'infiltre dans les veines, comme une promesse d'un voyage duquel on ne revient pas. Il ne reviendrait pas. Pas même sous la forme de fantôme. Et l'éternelle jeune fille le savait.
C'était invisible… invisible. Le secret immonde des toilettes du deuxième étage. Et parfois, Mimi le laissait seul. Et Harry, alors, regardait son reflet dans la glace, ses yeux verts prématurément cernés, cette chair qui était la sienne et qu'il meurtrissait sans pouvoir toucher et alors, il essayait de se regarder droit dans le coeur, droit dans l'âme. Et ça faisait peur. Ca le terrifiait si fort qu'il ne se supportait plus, en fait.
Car Snape avait eu raison. Il l'avait mis en face de quelque chose en lui profondément enfoui, bien plus grave que la torture de laquelle son corps avait guéri. Il aimait la souffrance. Une partie pervertie de lui était rassurée, attirée par le fait d'être maltraité. Ce n'est pas qu'il aimait les Dursley ou qu'il voudrait y retourner, non. Ce n'est pas vraiment quelque chose qui peut s'expliquer aussi simplement. Son corps, son attirance sexuelle mentalisée et physique. Ressentie. Était attirée par la souffrance. Comme si la souffrance… quand on lui faisait mal… était le seul contact possible. La seule façon de ressentir quelque chose car, lui, juste Harry, il n'existait pas, pas pour ressentir quelque chose. Il ne devait rien ressentir. Ou tout ce qu'il devait ressentir... n'était pas ça. Ca concernait forcément Voldemort. La vérité, c'est que voilà, ça ne concernait pas Voldemort. A l'heure actuelle, Harry ne souffrait pas vraiment à cause de Voldemort. Bien sûr, il le haïssait… mais c'était son destin, ça. Presque un soulagement tant c'était, en fait, la seule chose de stable. Non, ce qu'il était plus difficile de s'avouer, c'était qu'il ressentait des choses particulières. Il avait besoin de contact. Un besoin désespéré duquel on l'avait privé et qui ressortait, fortement, d'une façon pervertie et mauvaise. Et il aurait préféré de rien ressentir, il aurait préféré ne jamais exister, même, que de faire face à ça.
On était presque au printemps, les vacances approchaient et soir là, de toute les personnes qui auraient pu franchir le seuil, Drago n'était vraiment pas celui auquel Harry aurait pensé. Mais le jeune homme se tenait là, ses cheveux blond pâle comme ternis par une noirceur invisible, un éclat blême dans le regard, l'air épuisé, et Harry ne put s'en empêcher. Il éclata de rire. C'était comique, c'était comique que ce soit lui, parmi tant d'autres, qui fut là. Affalé à même le sol dans une position qui un jour avait du être une position assise et qui y ressemblait à peine à présent, Harry essaya de refermer ses doigts autour de sa baguette, sans succès. C'était comme si son corps ne lui appartenait plus tout à fait, comme si tout était engourdi et lointain et peut-être, peut-être qu'il rêvait, peut-être qu'il s'était endormi ou sombrait quelque part et que Drago n'était qu'un cauchemar comme un autre...
- Potter... ?
Un cauchemar agaçant, un cauchemar qui parlait et Harry passa une langue paresseuse sur ses lèvres.
- Humm la ferme...
Le frémissement dans le regard de Drago, la peur qui envahissait ses yeux pâles et le vacillement qui l'emmena contre le lavabo étaient presque touchant.
- Putain Potter, t'as vraiment une tête épouvantable.
Harry rit de nouveau et son rire se répercuta, dément, sur le carrelage glacé. Il y avait une sorte de terreur et de fascination dans le regard de Drago alors qu'il fixait le sang qui s'écoulait de ses poignets meurtris. Ce n'étaient pas deux coupures claires et nettes, c'était un amas de trop de coupures purulentes et sanguinolentes. Il y eut un instant de vide, et Drago arracha sa veste noire et sa cravate, s'appuyant contre le rebord d'un lavabo. Il éclata de rire. Un rire qui aurait pleuré s'il était possible et qui tombait en miette, s'effritant sur le carrelage sombre au pied d'Harry.
- Qu'est-ce qui y a de drôle ?
Drago lui lança un regard de trois quart.
- Toi, Potter. Toi, L'Elu, le glorieux prince des Gryffondors, achevant lui-même le travail avant que Voldemort n'ai pu se donner cette peine ! Sais-tu combien d'efforts certains fournissent encore, tous les jours, pour toi, Potter ? S'ils savaient !
Il défit les boutons de sa chemise.
- Nul besoin de faire tous ces efforts, Potter sait très bien s'anéantir lui-même.
Harry voulut rire, c'est vrai, c'était presque drôle, à ce stade, mais son gloussement ne noya dans des quintes de toux fatiguées.
- Tu veux être celui qui m'achèvera, n'est-ce pas ? C'est ça que tu voulais dire ?
Drago se passa de l'eau froide sur le visage. Le robinet en se refermant émit un grincement aigu.
- de quoi tu parles ?
- « Potter était à moi ».
Il y eut un silence et pendant un instant, à l'immobilité froide et la tension dans le dos du jeune serpentard, Harry crut qu'il allait lui jeter un sort et le tuer immédiatement pour avoir espionner leur conversation. Mais il lorsqu'il se retourna complètement pour lui faire face en quelques pas qui sonnèrent sur la pierre, son visage n'arborait plus la moindre expression. Un peu terrifié, Harry leva les yeux vers lui, affrontant son regard livide.
- Te tuer ? Dit-il alors avec une forme d'incrédulité sarcastique, c'est ça que tu crois ? Que je veux te tuer ?!
Il éclata de rire, un rire long et nerveux et lorsqu'il le regarda de nouveau, un frisson lui parcouru l'échine. Il avait compris avant même qu'il n'ouvre la bouche.
- Je veux pas te tuer, Potter. Je veux te baiser.
Alors, Harry se sut pas vraiment ce qui déclencha ce qui allait être déclenché. Était-ce la tension, dans leurs regards ? Cette forme d'immobilité électrique… Mais lorsque Drago se rua brusquement sur lui, saisissant son visage d'une main ferme et méchante pour le forcer à le regarder, Harry, sorti de sa torpeur, sentit tous ses démons, tous ses démons qu'il essayait de tuer depuis des mois à coups de scarification quotidienne resurgir, faire céder ses barrages, envahissant tout son corps et son esprit, prenant possession de lui tout entier. Drago laissa échapper un demi-sourire sarcastique.
- Tu m'appartiens, Potter. Tu m'as toujours appartenu, depuis le premier regard, la première insulte, tu es à moi ! A moi et à personne d'autre ! Et je vais te faire mien avant que tu crèves, immonde bâtard !
C'était horrible et dégoûtant et Harry ne le voulait pas, pas du tout. Mais quelque chose en lui en avait besoin. Reproduire le schéma que Snape lui avait mis violemment dans la face sans plus rien en faire d'autre, le laissant se dépêtrer dans ses ombres. Et Drago savait, il savait sans doute qu'il allait le laisser faire car il n'avait pas le choix. D'un geste brusque, il arracha la chemise poisseuse de sang et froissée d'Harry, le laissant là, entre ses propres logues, nu, les cicatrices exposées, maigre et sans défense. La terreur traversa les yeux vert devant l'éclat sauvage, affamé et profondément mauvais qui illuminait Drago. Il était faible... si faible... trop faible pour seulement bouger, à peine parler... pas assez faible pour sombrer et ne rien ressentir. C'est comme être prisonnier de son propre corps à chaque seconde. Conscient de chaque cellule. Et la souffrance de la situation pour un instant, était comme une promesse d'oubli. Un poison que l'on veut boire.
- T'aimes la souffrance, Potter, Hein ? Ricana Drago en arrachant son pantalon tout en baissant précipitamment le sien, je vais te montrer, moi. Je vais te montrer ce que c'est, de souffrir.
Et d'un seul mouvement – magique ou pas, Harry ne sut jamais – il le redressa, écrasant brutalement son visage contre le morceau de mur contre lequel il était presque adossé trente secondes auparavant et s'empara d'une seule main de ses poignets qu'il leva au dessus de lui.
Harry hurla. Il hurla si fort lorsque les doigts, les ongles saisirent violemment sa chair meurtrie. Plus fort encore que pour ce qui allait suivre. Ses pieds dérapèrent désespérément contre la pierre, ses membres tressautant à peine en un pauvre réflexe de défense.
- Arrête de faire ta fillette, Potter, t'es tellement raide que tu pourrais exploser. T'as envie que je te baise. T'en crève d'envie.
Non, il n'en avait pas envie. Il n'en avait pas envie du tout. Mais c'est vrai, il était dur. Son érection frottait douloureusement contre le mur et bon sang, s'il devait en passer par là…
Drago allait le prendre lorsque quelqu'un hurlement brisa la transe malsaine dans laquelle ils flottaient.
- MALFOY !
De tous, ce fut Ron. Ron. Et à vrai dire, Harry ne l'avait jamais entendu hurler comme il hurla à cet instant là. D'une seule poigne, trop rapide pour qu'Harry l'appréhende dans cet état et visiblement Drago aussi, il l'avait saisit pour l'envoyer loin de lui, le balançant contre la pierre. Harry se rhabilla en hâte dans un geste de honte et de protection bien inutile à présent. Devant lui, Malfoy était avachi sur le carrelage, défait et hébété et au dessus de lui, le dominant de toute sa hauteur, Ron. Il ne lui laissa aucune aucune chance. Il tomba à genoux sur lui comme la bourrasque qui s'abat immanquablement sur la terre.
- JE VAIS TE FINIR MALFOY !
- Ron… tenta Harry en se levant pour s'approcher sans vraiment savoir s'il voulait empêcher Ron de le tuer ou simplement se justifier lui-même pour ce qu'il venait de faire.
- LA FERME, HARRY !
Il le repoussa d'un coup de baguette et Harry alla cogner contre un mur. Ron retomba contre Draco, et le frappa. Il le frappa de ses poings seuls, sans magie, sans rien d'autre que sa force, la violence brutale de ses coups ne laissant pas le moindre répit au frêle jeune homme blond. Harry n'aurait jamais cru voir ça, il n'aurait jamais cru être témoin d'une telle puissance, une telle sauvagerie de la part de Ron. Ses cheveux roux mi longs, comme embrasés par un feu infernal, la rage à l'état brute qui traversait son visage, il ressemblait à un fauve, un lion en furie, et Harry, en un éclair et pour la première fois, se dit qu'il était beau.
- SALAUD ! JE VAIS TE FINIR, SALOPARD !
Il hurlait, en boucle, sans vraiment savoir ce qu'il disait et peut-être que Malfoy était inconscient à présent, peut-être qu'il était déjà mort, sa face toute couverte de sang. Harry se releva de nouveau chancelant et à bout de force, il essaya d'attraper Ron par les épaules pour le tirer en arrière.
- Ron, Ron, non !
Mais sans magie, Ron le repoussa une fois encore et Harry se cogna contre les lavabo. Ce ne fut pas le coup, bien que brutal, qui lui traversa le dos qui le poussa à s'agenouiller, c'est juste ses jambes qui cédèrent, la fatigue, et le froid. Il avait froid, putain.
- Ron… l'appela-t-il encore, appuyé sur des deux bras tremblants.
- Albus, pouvait-vous m'expliquer ce que... ?!
Il y eut des pas précipités, puis une grande vague d'énergie qui les traversa tous, ayant raison des dernières forces d'Harry qui tomba en chien de fusil sur la pierre et envoyant Ron loin de Drago, suivi d'un cri - un cri d'horreur aigu et si vrai qu'il pétrifia Ron. Mcgonagall. Alors, comme émergée d'un mauvais rêve et revenu à la normal, Ron tremblant leva les yeux vers Dumbledore qui les dominait tous de son incroyable puissance ; Dumbledore, baguette brandie, Mcgonagall pétrifiée et...
- Potter ! S'écria Snape en louvoyant souplement entre eux tous pour rejoindre Harry.
Snape. Oubliant la présence du directeur, alors, Ron se retourna dans une tentative échouée de lui saisir la cheville.
- Non ! Le touchez pas, sale bâtard, le touchez pas !
- Monsieur Weasley ! S'écria Mcgonagall en rejoignant Snape qui, les poignets d'Harry déjà entre ses mains, psalmodiait du bout des lèvres, baguette pointée sur ses blessures.
Dumbledore, penché sur Drago qui avait perdu connaissance, leva la main.
- Minerva, ce n'est pas le moment. Ramenez le jeune Weasley à son dortoir, je vais m'occuper de Monsieur Malfoy...
- Mais, non ! Protesta Ron qui se leva pour transpercer Dumbledore d'un regard furieux. Il a essayé de le violer ! Ce monstre a essayé de le violer !
Il y eut un silence et des regards blêmes, seul Dumbledore, guérissant Drago, ne semblait pas surprit.
- Je disais donc, Minerva, veuillez raccompagner ce jeune homme à son dortoir et lui offrir une tisane dont il a grand besoin.
- Albus,peut-être devrions-nous...
Ron, debout, les regardait tous tour à tour comme si le monde avait perdu de son sens.
- Mais je n'ai pas besoin de tisane, non d'un chien ! Si je n'étais pas arrivé, cet immonde pourceau l'aurait violé ! Je ne le laisserais pas, je ne laisserais plus personne, en fait, s'approcher de mon meilleur ami !
- Votre meilleur ami... susurra Snape d'un ton sarcastique, s'exprimant pour la première fois de l'entrevue.
Il leva vers Ron un regard glacé.
- Où étiez-vous, ces derniers temps ? Votre meilleur ami semble avoir d'autres sérieux problèmes que ceux engendrés par Monsieur Malfoy.
Pendant un instant, Ron fit preuve d'une ressemblance flagrante avec sa mère.
- Où étiez-vous, vous ? Où étiez-vous ces derniers mois quand il avait besoin de vous et pleurait toutes les nuits, espèce de... !
- C'ÉTAIT A VOUS DE VOUS EN OCCUPER ! DE PRÉVENIR QUELQU'UN ! VOTRE DIRECTRICE DE MAISON !
Mcgonagall, qui tenait Harry dans ses bras et en ne semblait pas encline à vouloir le lâcher, les fixait tour à tour.
- L'un de vous aurait-il l'obligeance de m'expliquer ce qui...
- Il n'y a pas le temps pour ça, coupa Dumbledore. Je veux vous entendrais, vous et Monsieur Malfoy, dès qu'il sera possible de le faire. Vous serez tous puni pour ce que vous venez de faire ce soir, mais plus tard.
C'était ce genre de ton auquel personne ne pouvait résister. Ron ne savait pas s'il parlait pour lui, pour Mcgonagall ou pour Snape lui-même, mais il hocha la tête.
- Maintenant, poursuivit Dumbledore d'un ton qui ne tolérait aucune protestation, veuillez s'il vous plait vous occuper de Monsieur Weasley, Minerva. Je vous expliquerai plus tard.
Après un dernier regard indéchiffrable à Snape, Mcgonagall abandonna Harry pour obéir à Dumbledore et entraîna Ron avec elle.
- J'emmène Drago, énonça Dumbledore une fois qu'il fut parti. Occupez-vous d'Harry. Personne ne doit être au courant. Est-ce clair ?
Severus hocha la tête, indéchiffrable.
- Je vous rejoins plus tard. Nous avons à parler.
Et voilà pour aujourd'hui ! Cette fanfiction se rapproche doucement de sa fin...
Quand je décris Dumbledore jeune, je fais la description de James Mcavoy, à l'âge où il jouait Charles, par exemple, j'imagine totalement Dumbledore à sa place et le Cherik est totalement l'image que je me fais de Grindelwald et Dumbledore. Qu'en pensez-vous ? :-)
Je pense également que l'acteur qui joue Alex dans 13 reasons why ferait un excellent Drago et j'ai souvent son visage en tête en écrivant les scènes où Drago apparaît, pour être honnête.
Voilà, dites-moi ce que vous en pensez ! Des bisous !
