Annexe 1 : Annotations supplémentaires.
Choix des translations de noms et prénoms :
LEVI :
« Le berger »
L'édition française Pika a favorisé la traduction « Livaï » mais je préfère conserver la traduction anglaise pour des raisons onomastiques. Si « Livaï » n'a aucune signification particulière, « Levi », ou « Lévy », est à la fois un nom et un prénom très répandu parmi la communauté juive. Ses origines hébraïques me paraissent très volontaires de la part de l'auteur, c'est pourquoi je tiens à les souligner. Hajime Isayama a déjà prouvé qu'il ne laissait rien au hasard, et les corrélations de sa fiction avec l'Exode d'Egypte (Exode des Eldiens qui quittent le continent pour fuir l'empire de Mahr et gagner l'île de Paradis) et les persécutions que subissent les Eldiens restés sur le continent, isolés dans des quartiers fermés comme des ghettos, avec, en prime, l'apparition du fameux brassard rappelant la croix de David, prouvent qu'un lien fort peut exister avec cette traduction.
Dans la Bible, Levi est l'un des douze fils de Jacob, aussi connu sous le nom d'Israël. (Oui, la représentation de Paradis comme une « Terre Sainte » ne peut nous échapper non plus, et l'on pourra superposer cette réflexion : « Levi est un fils d'Israël ; ici un fils de Paradis »). Il s'installe en Egypte avec son père et ses frères. Bien plus tard, son petit-fils, Moïse, libérera le peuple hébreu de l'esclavage de Pharaon en le conduisant vers la Terre Promise. Levi est le fondateur de la tribu des lévites, l'une des douze tribus d'Israël. Cette tribu, sans terres, est préposée au déroulement des rites sacrificiels, au sacerdoce et à la protection des trésors divins de Jérusalem. La pierre précieuse qui leur est associée, sur leur symbole représentant les douze tribus, est l'émeraude verte (là, il s'agit d'une information connexe et bien moins objective concernant la relation entre Levi et Eren, mais qu'il me plait bien de la mettre en valeur, naturellement.)
Les racines sémitiques du nom renvoient à « enclore » ou « guider un troupeau », ce qui prend toute sa signification dans le parcours du personnage. Levi : « celui qui guide ».
Réponse à une lectrice ayant des doutes sur mon choix de translation et préférant l'orthographe "Livaï" :
(Je t'invite à lire/ou relire, avant ce qui suit, mes propos ci-dessus pour bien comprendre toutes mes affirmations.)
Pour donner suite à tes commentaires, j'ai revérifié une énième fois et je reste convaincue que les traductions françaises du prénom de Livaï/Rivaille sont foireuses. Tu n'es surement pas la seule à douter encore de la meilleure façon de l'écrire, et te répondre permettra aussi à d'autres de se faire un avis. En fait, je n'avais jamais ouvert le manga en version originale et, grâce à toi, j'obtiens une preuve de plus que j'ai raison ?! Laisse-moi t'expliquer, et pardon si c'est long :
Tout d'abord, comme tu l'as remarqué toi-même, les japonais utilisent une écriture syllabique, c'est à dire une sorte d'alphabet où les caractères ne représentent pas des lettres mais des syllabes entières (Ka, Ki, Ku, Ko...etc.) à l'exception de quatre voyelles (A, E, I, O, U). Ces dernières ont leurs propres caractères lorsqu'elles sont inscrites isolément des consonnes qui, elles, ne peuvent jamais être seules. Il faudra toujours les transformer pour les écrire.
Exemples :
Lelouch (fr) = Lelouch-u (jp) ;
Brad (fr/eng) = Blad-o (jp) ;
Magic/magique (fr/eng) = magic-u (jp) .
Le « L », le « V » et le « Y » seul n'existent pas en japonais. Le « L » est remplacé par le « R » car celui-ci est roulant, et le « V » se prononce « B », qui n'est pas un « B » aussi puissant que le nôtre mais légèrement plus happé, ou même « F » en fonction du mot. Bref, tu vas comprendre après pourquoi je te dis tout ça (ou pas car je suis tout sauf prof, et je n'ai aucun don pour la pédagogie, désolée...?).
En plus de cela, le japonais use de deux syllabaires distincts et des fameux kanji. Ces trois façons d'écrire s'emploient et se mélangent couramment car chacune, de par ses règles d'utilisation et ses propriétés particulières, donne de la profondeur au sens d'une phrase ainsi que des indices contextuels. Pour faire simple :
· Les kanjis sont des symboles complexes qui qualifient les noms communs, noms propres, chiffres...
· Le syllabaire des hiraganas est le plus courant. Il est utilisé pour structurer les phrases, agencer les tournures grammaticales (terminaisons verbales) et écrire les particules. On l'utilisera parfois pour les noms dont on a oublié le kanji ou qui n'en ont simplement pas.
· Le syllabaire des katakanas sert à retranscrire des mots étrangers ou des onomatopées, ou encore comme figure de style (exagération, emphase...) mais cela est plus rare.
· Le romaji, enfin, est la transcription phonétique directe d'un écrit japonais en caractères dits « romains ».
Il faut savoir que les japonais écrivent leurs noms en kanji, voir en hiragana s'ils n'ont pas appris les kanjis ou qu'il n'en existe aucun pouvant les qualifier. Ce qui est intéressant, justement, c'est que la graphie de « Levi » sur laquelle tu t'es appuyée et que j'ai repérée directement dans la version originale du manga (リヴァイ) est en katakana ! Cela prouve bien qu'il s'agit, pour l'auteur, d'un prénom étranger.
En général, même les idiomes proches ou connexes (tel que le mot « Livaï » semble clairement dériver) incluent une graphie en hiragana ou kanji. C'est si systématique que c'est une règle de reconnaissance principale pour trier ce qu'un japonais souhaite éloigner de sa culture ou intégrer. Autrement dit, Isayama souligne clairement le caractère étranger de « Levi ». Et pourquoi le ferait-il, si ce n'est pour faire référence à un autre nom de consonance identique à celui qui nous a induits en erreur, et que nous, occidentaux connaissons aussi bien que « Pierre », « Paul » et « Jacques » ? Justement car c'est tout un symbole ?
Cela recoupe avec mes précédentes théories selon lesquelles Isayama n'a pas choisi les prénoms de ses personnages au hasard et a probablement cherché à les enrichir de connotations mystiques, mythologiques, bibliques, historiques ou autres. Épluchons ça phonétiquement et internationalement :
リ = RI
ヴ = le kana ウ(u) avec un petit « tenten » (ヴ) est la marque très explicite du « V » contemporain (je ne dirais pas « romain » car celui-là se prononçait « u »... lol, on va pas s'y retrouver si je commence à faire des blagues pourries ? ! Ça ne fera rire que ceux qui ont fait du latin, les autres, oubliez, j'ai honte...).
ァ = A
イ = I
Ce qui, effectivement, nous donne 'RI-V-A-I' en romaji, et donc ˈliːvaɪ phonétiquement. Il apparaît que les traducteurs français se sont arrêtés là alors que le bon sens a poussé les éditions étrangères à creuser davantage la question. Si Isayama n'a pas doté son personnage d'un simple prénom japonais (comme semble l'avoir supposé les français malgré le fait évident, dans son orthographe, que ce n'était pas le cas) alors de quelle origine peut-il bien être ?
Puisque le prénom Livaï/Levi/Rivaille n'est pas japonais (et, non, il ne l'est pas, c'est définitif au vu de sa construction. « Livaï » pourrait être finlandais ou même russe, mais pas japonais !) d'où vient-il et à qui ou quoi fait-il référence ? C'est là que peuvent débuter toutes nos spéculations, mais ce que j'ai avancé jusqu'ici concernant sa simple transcription reste irréfutable.
Il se trouve que « Levi » se prononce également ˈliːvaɪ dans énormément de langue, y compris l'anglais et l'allemand (ce n'est pas un détail si l'on considère que la grande majorité des noms propres et références historiques de l'œuvre ont cette langue pour source ou racine). Il n'y a quasiment qu'en français où la prononciation diffère et c'est, d'après moi, ce qui a généré cette erreur de traduction (les Français se regardent toujours le nombril, ils ont peut-être raté le fait qu'Isayama se basait sur autre chose que la langue des Lumières... ?). Pourtant, vous auriez tort de vous y fier car si Isayama s'est appuyé sur une phonétique particulière, elle sera en toute logique germanique ou saxonne.
Voilà, j'espère avoir été assez claire (certainement pas concise, j'en ai bien conscience et je m'en excuse, gloups...). J'ai préféré vous mettre un maximum d'explications pour vous prouver mon raisonnement, mais je ne suis pas sûre que cela rende les choses plus simples à comprendre pour autant. En tout cas, ça m'a fait réviser les quelques cours d'initiation au japonais que j'avais pris dans le temps !
ACKERMAN :
« Celui qui travaille la terre »
Nom germanique (voire Flamand) très courant, pouvant se traduire par « l'homme des champs », « le cultivateur », « le laboureur » ... Si Levi, dans la Bible, est à l'origine d'une tribu sans région ni terres attribuées, on nous rappelle ainsi que les Eldiens, et en particulier Levi Ackerman, en ont enfin trouvé une, même si Mahr n'a cessé de les pourchasser et de la leur rendre hostile (difficile, encore, de ne pas faire le rapprochement avec Israël). De plus, cette connotation renvoie aussi aux liens très forts qu'une civilisation tisse avec son sol natal.
« Mais, la terre, c'est la seule chose qui vaut que l'on peine pour elle, que l'on se batte, que l'on se sacrifie pour elle.
Parce que c'est la seule chose qui dure ! »
Autant En Emporte Le Vent, adaptation cinématographique du roman de Margaret Mitchell par Victor Fleming, 1939.
(Et sachez que je refuse de participer aux polémiques liées à ce film ou au roman en lui-même. C'est simplement un Grand Classique et j'ai assez de recul pour remettre les choses dans leur contexte quand je le regarde. J'espère, bien sûr, que tout le monde est capable d'en faire autant...)
EREN :
Héros du mythe grec.
Beaucoup attribuent à ce prénom une origine turque ou arabe, mais je ne suis pas forcément d'accord. Pour ma part, je crois que l'ensemble des traductions aurait pu être altéré (si aucune question étymologique n'a été posée à l'auteur ou que celui-ci a sciemment laissé le prénom être détourné pour en cacher les racines trop voyantes). En effet, le « r » et le « l », en japonais, se prononcent de la même manière, et ce n'est pas toujours évident, pour les traducteurs, de s'y retrouver lorsqu'il s'agit de noms propres. La véritable origine du prénom pourrait être, d'après moi, « Elen » ou plutôt « Hellen ».
Si ce dernier est fortement féminisé à notre oreille française, son origine, elle, est plus intrigante...
Hellen est un héros de la mythologie grecque duquel celle-ci tire son nom (peuple des hellènes, civilisation hellénique...etc.). Les historiens ne sont pas tous d'accord concernant son ascendance, certains pensant qu'il est le fils de Prométhée, d'autres de Zeus...
En vérité, l'histoire d'Hellen n'a pas une réelle importance. Pour moi, ce nom est plus un symbole qu'une métaphore. Il cache toute l'inspiration mythologique lié à cette grande civilisation méditerranéenne, et dont je vous ai déjà fait part au cours du récit. On lui doit notamment le mythe des neuf Titans primordiaux, ou fondateurs, à l'origine du monde et supplantés ensuite par les dieux de l'Olympe.
Jäger :
« Le Chasseur »
« Chasseur » en langue germanique. « Jaeger » signifie la même chose avec une orthographe plus contestée, et « Yaeger » ne veut tout simplement rien dire (ce qui pourrait aussi être juste si l'on tient à rester objectif, les choses n'ayant pas toujours de sens...).
Le Chasseur aurait pu être un très bon nom pour l'Assaillant, si on y regarde bien. D'un autre côté, il n'est pas nécessaire que j'illustre davantage, car le personnage le fait aisément lui-même.
ZEKE/SIEG :
Conquérant ou Prophète ?
Choix difficile. D'un côté, le prénom « Sieg » dérivé de « Siegfried » a une origine connue, non seulement germanique, mais qui pourrait bien coller au personnage qui le porte : « la paix par la victoire »; tandis que « Zeke » est un prénom hébraïque dérivé d'« Ezechiel », un prophète de l'Ancien Testament (ayant notamment Levi pour aïeul). Le point intéressant à citer, par rapport aux dernières explications que vous venez de lire, c'est que ce prophète était un contemporain de la Grèce antique.
ARLELT :
L'équation à (x) inconnus ?
J'ai cherché mais j'ai fait choux blancs. Comme quoi, tout le reste n'est peut-être qu'extrapolations... ? Ou je n'ai pas été suffisamment efficace. Il y a forcément quelque chose. Ce nom signifie forcément quelque chose. Qu'il ait pu être mal traduit ou que je sois nulle en recherche de sources ! Cette plage d'incompétence ouvre le débat; et je vous attends avec intérêt ?.
REISS :
L'Âme d'un Roi ou d'un Conseiller ?
Encore une fois, faisons un effort pour ne pas prononcer ce patronyme de façon trop « françisée ». « Raïs » ou « Reïs » sont des mots arabes (رئيس, raʾīs) signifiant « chef » (dixit Wikipédia). Intéressant, qu'en dites-vous ? À noter que « Reis » est un titre de dignitaire ottoman (et nous pouvons, ici, faire une liaison nouvelle avec la civilisation turque), pouvant aussi qualifier un chef politique musulman.
Rappelons aussi la simple et pure étymologie latine « rex » (« roi ») qui – de prononciation mondiale et graphie – reste singulièrement proche, n'est-ce pas ?
L'origine allemande, ou prussienne, nous note une forme relative à « Conseil » :
« RISSE : Nom fréquent en Lorraine, rencontré en Alsace sous la forme Riss. C'est selon M.T. Morlet un nom de personne germanique, Ragizo (racine ragin = conseil). On le trouve aussi sous les formes Reis, Reiss, Reisse. Autres possibilités : toponyme avec le sens de lieu broussailleux, sous-bois (Reis = branche). »
(Source : ).
NAICHA :
Belle et insouciante enfant de bohème...
Naïcha est un prénom rare qui m'est venu en cherchant une accentuation à la fois très féminine, hébraïque et tzigane. Il n'a pas de signification particulière mais me semblait « chanter » parfaitement les notes que je cherchais à évoquer. Un prénom peut souvent exprimer beaucoup de choses sur les origines et le mode de vie d'une personne. Ainsi, Naïcha, telle que je l'imagine, est une gamine dépossédée, misérable mais pleine de vie et d'optimisme. J'aime l'imaginer avec un côté bohémien qui lui donne une touche de féminité très marginale et une culture des arts de ces peuples nomades, comme les chants ou les danses, et avec tout le mysticisme qui les entouraient.
En tant que femme, il n'est pas toujours aisé d'écrire en se plaçant dans la peau d'un homme. Nous sommes très différents sur bien des aspects. Le manque de romantisme, au travers de ma fic, n'est pas stylistique, c'est ce que m'inspire la réalité d'hommes évoluant dans un contexte militaire et rude. J'essaye toujours d'être au plus près du réalisme anthropologique, et intégrer la douceur et la féminité paradoxales des femmes au récit était un défi que je voulais relever. Et je ne parle pas seulement de souligner tous les complexes œdipiens qu'Eren et Levi sont susceptibles d'avoir développés avec leurs enfances dramatiques, mais de tout ce que Naïcha a pu leur laisser en héritage...
(Vingt-dioux ! Cette partie est une véritable théorie du complot !)
