Titre : Amnésie / Rating : M / Pairing : Harry Potter & Tom Jedusor / Disclaimer : JK ROWLING / Résumé : voir résumé au "chapitre 23"
Bonne lecture
Chapitre 27 : Un assassin bien inattendu
Tom contemplait le village de Pré-au-lard et ses ruelles désertées par les étudiants de Poudlard. En période estivale, les habitants semblaient préférer d'autres lieux de villégiature et rares étaient les boutiques ouvertes. Cela l'arrangeait bien. Il n'avait pas spécialement envie d'être remarqué.
Ce qu'il s'apprêtait à faire n'était pas, à proprement parler, répréhensible mais il n'avait pas envie que Dumbledore sache qu'il était là. Il voulait récupérer seul son horcruxe, c'était son devoir. De plus, il ne faisait pas encore entièrement confiance à ce vieux fou… Rien ne lui garantissait après tout que derrière ses boniments ne se cachait pas l'identité de l'assassin.
Seul Harry avait désormais sa pleine et entière confiance.
Tom contempla la carte du maraudeur et les nombreux passages secrets qui menaient à l'école. S'il voulait être discret, c'était encore le meilleur moyen d'entrer.
Moins de trente minutes plus tard, Tom observait le pan de mur qui lui était à présent bien familier.
« J'ai besoin de l'endroit où tout est caché », supplia-t-il dans sa tête. La porte se matérialisa à son troisième passage.
Il l'a franchit et la referma derrière lui.
Malgré sa hâte de trouver le diadème, Tom ne put retenir une exclamation de surprise, fasciné par ce qu'il voyait. Il était dans un espace de la taille d'une cathédrale, qui avait l'apparence d'une ville, ses murs imposants constitués d'objets cachés là par des milliers d'élèves depuis longtemps disparus. Il y avait des allées, des rues même, bordées de meubles cassés ou endommagés, entassés en piles vacillantes, relégués là pour dissimuler peut-être les effets de mauvaises manipulations magiques ou entreposés par des elfes de maison fiers de leur château. On voyait aussi des livres par milliers, sans aucun doute interdits, couverts de graffiti ou volés des catapultes ailées et des Frisbee à dents de serpent, certains encore dotés d'assez de vie pour voltiger sans conviction au-dessus de montagnes d'autres objets prohibés des flacons ébréchés de potions coagulées par le temps, des chapeaux, des bijoux, des capes il y avait également des coquilles d'œufs de dragon (et Tom espérait secrètement que les occupants des œufs étaient morts depuis longtemps), des bouteilles bouchées dont le contenu brillait encore de lueurs maléfiques, plusieurs épées rouillées et une lourde hache maculée de sang.
La pièce était exactement la même que dans son souvenir.
Tom poussa un soupir dédaigneux. Comment avait-il pu imaginer que personne ne viendrait jamais ici ? Alors qu'il avait justement la preuve flagrante devant les yeux que, au contraire, beaucoup de monde étaient déjà venus et que beaucoup d'autres viendraient encore… Il se fit la promesse que lorsqu'il aurait enfin réunifié son âme, il reviendrait ici et découvrirait tous les trésors cachés de cette Salle fabuleuse.
Il s'enfonça dans l'une des nombreuses allées qui sillonnaient ces amas de trésors cachés. Se remémorant la vision qu'il avait eu, il tourna à droite, passa devant un énorme troll empaillé, courut un peu plus loin, tourna à gauche et s'arrêta enfin à côté d'un grand placard couvert de cloques comme s'il avait reçu des giclées d'acide. Tom jeta un regard circulaire autour de lui. Le diadème devait être quelques parts par là. Il se revoyait précisément le poser au milieu d'un bric-à-brac d'objets, sans aucune autre protection que l'anonymat d'un objet solitaire au milieu d'un millier d'autres. Peut-être n'était-ce pas une si mauvaise idée après tout… Il avisa le buste écaillé d'un vieux sorcier très laid, il s'en était servi comme point de repère à l'époque. Il baissa les yeux et un sourire victorieux étira ses lèvres. Le diadème était là, posé au pied du buste, simplement abandonné au sol comme s'il n'avait aucune valeur.
Tom ramassa le vieux diadème bosselé et une onde de chaleur familière lui traversa le bras. Il avait trouvé son horcruxe. Maintenant… il devait trouver le moyen de réunifier son âme et aussi, retrouver le voleur du médaillon de Serpentard !
Sortant de la Salle du Demande, il quitta le château par le même chemin qu'il avait emprunté.
Les rues de Pré-Au-Lard étaient toujours aussi désertes et la nuit commençait à tomber. Tom s'apprêtait à transplaner pour retourner au Square Grimmaurd quand un mouvement au bout de la rue lui fit tourner la tête. Une silhouette qu'il reconnaîtrait entre mille marchait sur un chemin s'éloignant du village.
Harry ?
Que faisait-il là ?
Tom se mit à le suivre, imaginant tous les scénarios pouvant expliquer sa présence ici. Était-il à sa recherche ?
C'était possible mais comment Harry pouvait-il savoir qu'il était à Pré-au-lard ? Était-ce dû à ce lien mystérieux qui les unissait ?
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Harry se laissa tomber sur le matelas de sa chambre au Terrier en poussant un long soupir. Cela avait été extrêmement compliqué d'arranger la situation auprès des Weasley après le départ de Elvy. Ils avaient fini par comprendre que Harry n'avait pas amené Elvy. Il s'était invité seul au mariage et c'était un concours de circonstance malheureux qui avait conduit à l'incident. Mais la blessure de George, bien que non-mortel, restait grave.
Il revoyait la scène encore et encore dans son esprit les cris, les larmes alors que tout le monde s'afférait auprès de George. Mrs Weasley avait arrêté l'hémorragie mais une ouverture nette et béante ornait désormais l'endroit où s'était trouvée l'oreille de George. Et il était impossible qu'elle repousse. C'était impossible quand la blessure était infligée par la magie noire.
La magie noire.
Elvy en avait fait usage. Délibérément.
Certes, ce n'était pas la première fois. Harry se souvenait parfaitement de l'éclair vert qui avait pris la vie de Bellatrix Lestrange. Mais il l'avait fait pour le sauver lui et il lui avait pardonné l'impardonnable.
La situation n'était pas si différente, si ?
Elvy avait après tout lancé ce sortilège en réaction à une attaque. Mais… La situation était différente.
Il avait attaqué son assaillant dans le but de lui faire mal et non pas pour s'en protéger. Harry porta ses poings à ses yeux et les appuya avec force, pour s'empêcher de pleurer. Ça lui faisait peur. Il ne voulait pas voir Elvy agir ainsi. Était-ce inévitable ? Le mal en lui était-il irréversible ? Était-il né ainsi ? Était-ce sa nature profonde ?
Evidemment, Dumbledore, alerté par la trace qu'il avait imposée sur la baguette de Tom, était arrivé au Terrier, peu de temps après les événements. Il avait rapidement compris la situation mais même lui ne pouvait rien faire pour guérir George. Il avait essayé également de traquer la signature magique de l'assassin mais cette fois encore sans succès. Ce sorcier ou cette sorcière était malheureusement extrêmement doué pour brouiller ses traces.
Harry lui avait raconté le changement de comportement récent de Elvy, suite à la dernière réunification de son âme. Le vieil homme avait paru préoccupé par cette information, mais comme à son habitude, n'avait pas fait part de ses réflexions au jeune homme. En revanche, il avait pris très au sérieux la nouvelle de l'intrusion au Square et du vol du Médaillon. Il était immédiatement parti à la recherche de Mondingus pour essayer d'en savoir plus.
Harry avait pesté contre le vieux sorcier. Retrouvé Elvy n'était-il pas plus important que de partir en quête des chimères ?
Toutefois, après ce qu'il s'était passé entres eux, Harry se devait de se l'avouer qu'il n'avait pas spécialement envie de voir Elvy dans l'immédiat. Et il pensait qu'il devait en être de même pour lui. Il était sans doute mieux pour eux qu'ils se laissent le temps de la colère avant d'envisager le temps des réconciliations. Après tout, d'après son amie Hermione, les disputes étaient monnaie courante dans les couples. Et le temps cicatrisait tout. Mais Elvy et lui n'étaient pas un couple ordinaire.
Elvy n'était pas ordinaire.
Il était temps pour Harry qu'il prenne pleinement conscience que l'homme qu'il aimait était aussi l'homme qui avait tué ses parents. Qu'il ne faisait qu'un et qu'il fallait qu'il l'accepte pleinement s'il voulait espérer avoir un futur avec lui.
Il devait l'accepter dans son entièreté. Avec sa part d'ombre dont il ne se départirait sans doute jamais complètement.
Etait-il prêt à l'accepter ?
Il n'avait pas encore trouvé la réponse à cette question.
Dans la pénombre de sa chambre, Harry se redressa brusquement, une pointe de glace lui ayant soudainement traversée le cœur. Il agrippa sa poitrine et se mit à hurler dans le silence de la nuit.
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Tom fronça les sourcils. Il suivait Harry depuis plusieurs minutes mais le jeune homme marchait d'un pas déterminé en direction de la Forêt Interdite. Qu'allait-il donc faire là-bas enfin ?
Curieux, Tom continua de le suivre discrètement.
Sans l'ombre d'une hésitation, Harry pénétra au cœur de la forêt. Le jour, faiblissant déjà avant leur arrivée, se transformait en crépuscule sombre sous le feuillage dense des arbres mais Harry ne sembla nullement avoir besoin d'éclairer son chemin et Tom choisit de faire de même.
Ils finirent par arriver à une clairière.
Harry s'arrêta.
Tom s'arrêta.
Harry se retourna.
Ce n'était pas Harry.
Il avait le visage de Harry, la taille de Harry, ses yeux verts et sa cicatrice mais l'homme qui était face à lui et qui le regardait avec un regard aussi froid que la glace et aussi noir qu'une nuit sans lune n'était définitivement pas Harry. Jamais, même dans ses accès de colère les plus grands, jamais Harry ne l'aurait regardé de cette manière. Un regard empli de haine.
Un rictus étira les lèvres de l'inconnu.
Tom pointa immédiatement sa baguette vers la personne qui était face à lui.
- Qui êtes-vous ? Pourquoi avez-vous pris l'apparence de Harry ? s'écria-t-il avec colère.
Qui osait ainsi prendre l'apparence du jeune homme, en tout impunité ? Qui que ce soit, il allait le payer.
- Harry ? répéta le faux Harry.
Il se mit à rire.
Tom commençait à perdre patience quand une lueur dorée au niveau du col du faux Harry attira son regard.
Le sorcier retira le médaillon qu'il portait autour du cou.
- C'est amusant qu'entre tous ce soit lui que vous souhaitiez le plus voir ? murmura l'homme en face de lui. Quelle ironie.
L'illusion s'était estompée.
Tom braqua son regard dans les yeux redevenus noirs de son vis-à-vis.
- Bonsoir, Maître, le salua Rogue, d'une voix étrangement sereine, comme s'ils étaient enfin arrivés à la croisée des chemins.
Le sorcier pointait sa propre baguette sur lui, le médaillon de Serpentard clairement visible se balançant lentement dans une oscillation hypnotique dans son autre main.
Les pièces du puzzle s'imbriquaient enfin. Les masques étaient tombés.
Brusquement, Rogue lui lança le Médaillon de Serpentard que Tom rattrapa maladroitement de sa main qui tenait déjà le Diadème de Serdaigle. Il n'y avait aucun doute, la sensation de chaleur diffuse le prouvait, c'était bien son Médaillon. Confus, Tom leva de nouveau les yeux vers Rogue.
- Pourquoi Professeur ? Pourquoi essayez-vous de me tuer ?
Le rictus de Rogue se transforma en une grimace de rage pure, déformant son visage. Le dégoût et la rancœur étaient clairement visibles dans chacun de ses traits. Perdant son calme, il se mit à hurler :
- Pourquoi ? POURQUOI ? VOUS OSEZ DEMANDER POURQUOI ? VOUS QUI OSEZ PRÉTENDRE A UNE SECONDE CHANCE APRES TOUT LE MAL QUE VOUS AVEZ FAIT ! VOUS QUI OSEZ VIVRE AUPRÈS DE SON FILS ! VOUS QUI AVEZ ÔTÉ LA LA VIE A MA LILY !
Tom abaissa lentement sa baguette alors que chaque mot, chaque phrase hurlée par Rogue s'implantait dans son cœur tels des poignards acérés.
- Comment pouvez-vous vous tenir auprès de lui, comment pouvez-vous prétendre l'aimer ! Alors que vous avez tué sa mère que vous m'aviez promis d'épargner ! Alors que vous avez essayé de le tuer lui ! Vous n'êtes qu'un monstre ! cracha Rogue avec hargne.
Le sorcier s'agitait face à lui, les yeux fous. Paroles incohérentes et décousues se déversaient, lui habituellement si maître de lui-même, relâchait enfin tout ce venin accumulé depuis des mois. Depuis des années.
Depuis 16 longues années.
Tom ferma les yeux, son corps tremblant, la main tenant ses horcruxes étroitement serrée contre son cœur. Ils se mirent doucement à luire et une douleur désormais familière parcourut son corps, comme une lave incandescente.
Il avait si mal. Il tomba à genoux et se mit à pleurer.
« Lily ! Prends Harry et va-t'en ! C'est lui ! Va-t'en ! Cours ! Je vais le retenir… »
Le retenir sans baguette à la main ! Il éclata de rire avant de jeter le sort…
« Avada Kedavra ! »
La lumière verte emplit le hall exigu et James Potter tomba, telle une marionnette dont on aurait coupé les fils…
Il entendait crier la femme à l'étage, elle était prise au piège mais si elle se montrait raisonnable, elle, au moins, n'avait rien à craindre…
Elle était là, tenant l'enfant contre elle. Lorsqu'elle le vit, elle laissa tomber son fils dans le petit lit, derrière elle, et écarta les bras, comme si cela pouvait l'aider, comme si en cachant le bébé à sa vue, elle espérait qu'il la choisirait elle plutôt que lui…
« Pas Harry, pas Harry, je vous en supplie, pas lui !
Pousse-toi, espèce d'idiote… Allez, pousse-toi…
Non, pas Harry, je vous en supplie, tuez-moi si vous voulez, tuez-moi à sa place…
C'est mon dernier avertissement…
Non, pas Harry ! Je vous en supplie… Ayez pitié… Ayez pitié… Pas Harry ! Pas Harry ! Je vous en supplie… Je ferai ce que vous voudrez…
Pousse-toi, idiote, allez, pousse-toi… »
Un nouvel éclair de lumière vert illumina la pièce et elle tomba comme son mari.
Il pointa soigneusement la baguette magique sur la tête de l'enfant qui se mit à pleurer. Il n'aimait pas l'entendre pleurer, il n'avait jamais supporté les cris et les gémissements des tout-petits, à l'orphelinat…
« Avada Kedevra ! »
Il était brisé : il n'était plus rien, plus rien que douleur et terreur.
Tom hurlait sa souffrance aux étoiles. Son dos s'arqua et son corps dans son entier se contorsionnait dans des positions normalement impossibles pour le corps humain. Des larmes de sang s'écoulaient sur ses joues émaciées alors que ses ongles venaient griffer la terre de manière compulsives. Le Médaillon et le Diadème brillaient plus forts que jamais, incrustés dans le torse du jeune homme, brûlant gravement sa peau et renvoyant des éclairs de lumière.
La scène était difficilement soutenable à regarder. Rogue posait ses yeux sur lui sans ciller, sa bouche s'étirant en un léger sourire de satisfaction. Il ne savait pas ce qu'il se passait mais l'homme qu'il avait juré de détruire semblait souffrir mille morts.
Rogue s'avança, la haine creusant les traits rudes de son visage et observa son ancien maître lutter dans les ténèbres. Il ne semblait plus être conscient de rien hormis d'un monde de tourments. Rogue patienta, savourant enfin son triomphe contre l'être qui avait plongé sa vie dans un enfer de culpabilité et d'affliction.
Mais après ce qui parut une durée bien trop courte aux yeux de Rogue, les cris de Tom commencèrent à s'épuiser, ne devenant plus que vagissements insupportables.
Il était temps d'en finir.
Dans le flou de son regard embrumé par la douleur, Tom observa Rogue lever sa baguette et la pointer droit sur lui.
- Avada Kedavra !
Un jet de lumière vert jaillit de la baguette de Rogue.
- Nonnnn !
Une silhouette surgit subitement d'entre les arbres et s'interposa entre eux.
Le cri d'horreur que Tom aurait voulu pousser ne parvint pas à sortir de sa gorge. Ses cordes vocales n'avaient pas supporté ses hurlements mais son cœur déjà en lambeau sembla se déchirer de l'intérieur alors qu'il observait impuissant la silhouette qu'il aurait reconnu entre mille se faire frapper en pleine poitrine par le sortilège de mort.
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Harry haleta, le souffle court, la main toujours crispée sur son cœur. La douleur était atroce mais ce n'était pas lui qui souffrait. C'était Elvy !
Il le sentait. Il le voyait.
Hurler dans cette clairière sous les étoiles.
Harry se précipita en dehors de la maison sous le regard incrédule de la famille Weasley. Il courut aussi vite qu'il le pouvait en dehors des limites de la propriété et, pour la première fois, il transplana seul. L'idée même qu'il pouvait échouer ne l'effleura pas une seconde tandis qu'il était emporté à plusieurs centaines de kilomètres de là, en direction de la Forêt interdite.
Harry se matérialisa à la lisière de la forêt mais il était encore tellement loin ! Un pic de souffrance faillit le mettre à terre. Chancelant, il se redressa péniblement. Il devait avancer ! Il devait le rejoindre vite ! Se forçant à mettre un pas devant l'autre, il marcha vers la source des cris. Il marcha vers Elvy.
Après ce qui lui parut une éternité d'errance sous les feuillages de la Forêt Interdite, il arriva enfin à la clairière où il distingua la forme de deux personnes, une debout près de l'autre allongée à ses pieds. A sa vue, le cœur de Harry bondit.
Les cris faiblissaient devenant gémissements plaintifs et tout aussi douloureux à entendre pour le jeune homme.
- Avada Kedevra !
Émergeant d'entre les arbres, Harry vit l'éclair de lumière verte se diriger inexorablement vers Elvy, recroquevillé au sol :
- Nonnnn !
Sans plus réfléchir, Harry s'interposa et… tout disparut.
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Il était étendu face contre terre, écoutant le silence, totalement seul. Personne ne le regardait. Personne d'autre n'était présent. Il n'était même pas sûr d'être présent lui-même. Toutefois la souffrance avait disparu et Harry prit alors conscience que la personne qui souffrait avait aussi disparu. Il ne le sentait plus. Nulle part.
Il ouvrit alors brusquement les yeux. Il était couché dans une brume claire, brillante, une brume telle qu'il n'en avait jamais connue. Ce n'était pas comme un nuage vaporeux qui aurait marqué les alentours, c'était plutôt que les alentours ne s'étaient pas encore formés au sein de ce nuage. Il se redressa en position assise. Un bruit de pas lui parvint alors à travers le néant informe qui l'entourait. Distant et lointain, Harry n'arrivait pas à déterminer si les pas venaient vers lui ou si au contraire, ils s'en éloignaient.
Il se leva et regarda autour de lui. Se trouvait-il dans une sorte de grande Salle sur Demande ? Plus il regardait, plus il y avait de choses à voir. Un immense toit de verre en forme de dôme étincelait au soleil, loin au-dessus de sa tête. Peut-être s'agissait-il d'un palais. Tout était immobile et silencieux, en dehors des bruits de pas qui semblaient être plus rapides et rapprochés qu'il y a quelques instants. Harry tourna lentement sur place pour tenter de distinguer la personne qui venait à lui et le décor environnant sembla se créer de lui-même. Un vaste espace ouvert, propre et brillant, une salle plus grande, de très loin que la Grande Salle, sous ce dôme de verre lumineux. L'endroit était vide. Il était la seule personne présente, en dehors de… Elvy.
Harry eut un sursaut.
Elvy marchait vers lui, avec un sourire. Il ouvrit largement les bras et accueillit Harry qui s'était précipité vers lui dans une étreinte rassurante et familière. Après de longues minutes où ils semblaient de plus jamais vouloir se lâcher, Tom se dégagea doucement des bras du jeune homme. Sans un mot, il lui prit la main et le conduisit vers un banc que Harry n'avait pas remarqué auparavant, installé un peu plus loin sous le haut plafond étincelant. Tom s'assit et Harry se laissa tomber à côté de lui, enserrant toujours étroitement sa main.
- Sommes-nous morts ? demanda Harry après un moment de silence.
- Ah, s'exclama Tom. Telle est la question, n'est-ce pas ? En ce qui te concerne mon cher Harry, je crois que non.
Ils se regardèrent. Son cher Harry ? Le jeune homme fronça imperceptiblement les sourcils.
- Non ? répéta Harry
- Non, confirma Tom.
- Mais… j'aurais dû mourir… Je me suis jeté devant le sortilège de mort ! Pour te protéger !
Tom lui adressa un sourire plein de tendresse, mêlé à une pointe de tristesse.
- Attends, qu'est-ce que tu entends par « En ce qui te concerne… », releva soudainement Harry, une angoisse lui vrillant douloureusement les entrailles. Le jeune homme ferma lentement les yeux avant de les rouvrir, plongeant son regard carmin dans celui si vert du jeune homme.
- Je ne suis pas Elvy, murmura-t-il.
Harry le regarda avec incompréhension.
- Je suis son horcruxe et c'est moi qui suis mort pour te protéger, termina-t-il avec douceur.
Son horcruxe mais…
- Le soir où Voldemort a essayé de te tuer lorsque tu avais un an, comme tu le sais, ta mère Lily a dressé entre vous deux sa propre vie comme un bouclier, le sortilège de mort a ricoché sur Voldemort et un fragment de son âme lui a été arraché. Ce fragment s'est accroché à la seule âme vivante qui restait dans cette maison dévastée. Je suis une partie de Lord Voldemort, vivant ainsi à l'intérieur de toi. C'est cela qui te donne le pouvoir de parler aux serpents et qui établit une sorte de connexion entre vous. Tu étais le 7ème horcruxe involontaire que Voldemort a créé…
Harry se leva du banc avec empressement. Qui était-là avec lui ?
Elvy ? Voldemort ? Ni l'un ni l'autre ? Il ne comprenait rien.
L'horcruxe se mit à rire devant la réaction effrayée de Harry.
- Je sais à quoi tu penses, Harry. Mais rassures-toi, je ne te veux aucun mal. Je ne suis ni vraiment Voldemort ni vraiment Elvy non plus.
Légèrement rassuré par le rire clair et franc qui ressemblait tant aux rires de Elvy et en rien aux rires de Voldemort, Harry se réinstalla sur le banc avec prudence.
- Dans ce cas, qui es-tu au juste ?
- Comme je te l'ai dit, je suis un horcruxe, un morceau d'âme… Je suis un souvenir mais aussi des sentiments. Je te haïssais quand Voldemort te haïssait. Je t'aime désormais et t'aimerais tant que Elvy t'aimera, voilà tout.
Harry digéra lentement l'information. Voilà tout ? Vraiment, c'était aussi simple que ça ?
- Tu as dit que tu étais mort pour me protéger, cela signifie que…
- Le fragment d'âme qui était en toi a été détruit. Ton âme a retrouvé son intégrité et t'appartient entièrement, Harry, expliqua sereinement l'horcruxe, comme si le fait d'évoquer sa propre destruction ne l'affectait aucunement.
- Pourquoi avoir fait-cela ?
- Parce que je t'aime, répondit-il, un sourire lumineux éclairant son visage.
Gêné, Harry détourna le regard. Il avait bien du mal à comprendre la situation et surtout… surtout, le sacrifice de l'horcruxe signifiait que Elvy avait encore perdu un morceau de son âme.
- Tu es vraiment gentil, Harry, murmura l'horcruxe. Même aux portes de la mort, tu penses encore à lui.
- Comment tu sais à quoi je pensais ?
L'horcruxe leva un sourcil mi- interrogateur, mi- moqueur.
- Non rien oubli, fit Harry, conscient que sa question était stupide. Ou sommes-nous, exactement ? poursuivit-il en balayant d'un regard l'immense hall où ils se trouvaient.
- C'est une bonne question Harry. Ne trouve-tu pas que cet endroit ressemble à la gare de King's Cross ? demanda-t-il, avec amusement.
- La gare de King's Cross ! Oui…, Oui, c'est ça mais vide et beaucoup plus propre, et aussi sans train d'après ce que je vois, s'exclama-t-il avec surprise. Est-ce que tout cela est réel ? Ou bien est-ce dans ma tête que ça se passe ?
L'horcruxe, un demi-sourire aux lèvres, ne lui répondit pas mais se leva lentement du banc.
- Il va falloir que je parte Harry.
- Où vas-tu ?
- Plus loin, répondit l'horcruxe, le regard vague.
- Attend ! Je… je ne t'ai même pas remercié.
- Tu n'as pas à le faire, Harry. Sans toi, je n'existerais plus de toute manière alors, si ça peut te rassurer, ce fut un honneur de sacrifier mon âme pour toi, fit l'horcruxe, la main sur le cœur, en lui adressant une inclinaison de la tête respectueuse.
Un train s'était soudainement matérialisé sur le quai. Fantomatique, il crachait des volutes de fumées pâles et attendait patiemment en silence les éventuels voyageurs. L'horcruxe caressa doucement le visage de Harry du bout de ses doigts pâles avant de se détourner.
- Une dernière chose Harry. Quand tu retourneras là-bas… N'oublie jamais qu'il t'aime et que, quoi qu'il arrive, il reviendra à toi.
Sur ses dernières paroles énigmatiques, il monta à bord, les portes se refermant derrière lui dans un chuintement feutré. Harry regarda disparaître l'horcruxe au loin, tandis que la brume lumineuse descendait à nouveau sur lui, masquant petit à petit sa silhouette.
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Il était à nouveau étendu face contre terre. L'odeur de la forêt lui emplissait les narines. Il sentait le sol dur sous sa joue, chaque centimètre carré de son corps lui faisait mal et à l'endroit où il avait reçu le sortilège de mort, il lui semblait qu'un point d'acier l'avait frappé violemment en laissant une meurtrissure douloureuse. Un silence pesant régnait dans la clairière. Les cris avaient cessé et plus rien ne bougeait. Harry tenta péniblement de soulever une paupière pour tenter de voir si Elvy avait survécu, comme l'horcruxe le lui avait annoncé.
A travers ses cils, il parvint vaguement à distinguer une silhouette recroquevillée, à genoux au milieu de la clairière, les cheveux bruns courts, pliés en deux, comme si elle souffrait d'un affreux mal de tête. Elvy... La vague de soulagement que ressentie Harry se transforma rapidement en un sentiment d'angoisse. Il ne sentait plus Elvy comme avant, le lien était coupé mais Harry pressentait que quelque chose n'allait pas. Que quelque chose avait changé. Harry voulut l'appeler mais ses mots moururent dans le silence de la nuit.
Tom venait de relever la tête, braquant ses pupilles écarlates droit sur lui... sans le voir. Des pupilles fendues telles des yeux de chat ou... de serpent.
- Qui suis-je ? murmura t-il en proie à une profonde confusion. Elvy ? Tom ?
Secouant fortement la tête, comme s'il essayait de se remettre les idées en place, il se releva de toute sa hauteur.
- Non...
Levant les bras, les yeux braqués sur les étoiles, il se mit à hurler dans un cri de pure jubilation triomphante :
- Non ! Non ! Je suis... JE SUIS LORD VOLDEMORT !
FIN
Nan je plaisante. A suivre...
