Le lendemain, 9h52
Robin entra dans la salle de pause du poste de police, un café à la main, avant de saluer ses collègues. À l'une des tables, Emma, Regina et Kelly discutaient autour d'un café ou d'un thé. Évidemment, le regard de l'homme sembla prendre une teinte plus lumineuse quand il salua la rouquine. Justement, elle lui adressa un regard de défi, comme pour le taquiner.
« Panne de réveil, Scarface ? » demanda-t-elle en riant tandis qu'il s'asseyait en face des trois femmes.
« Non, » répliqua-t-il en riant. « J'ai été voir une de mes sources ce matin. C'est pour ça que je suis en retard. »
Amusée, la trentenaire gloussa avant de prendre une gorgée de son café.
« Je devrais peut-être appeler mes coups d'un soir comme ça, » déclara Kelly en gloussant. « Ça fait quand même très classe et bien plus professionnel. J'ai été voir une de mes sources… » Elle fit jouer ses doigts fins autour du mug, comme pour se donner une contenance, tandis que son amie de toujours riait également.
« Je ne pense pas que les enquêteurs du crime organisé aillent voir leurs sources après vingt-et-une heures, trois soirs par semaine, » la taquina Emma.
« Bah, ce sont des sources très spéciales, justement, » rétorqua la rouquine.
« Assez pour que tu ne répondes pas quand j'ai besoin de ton aide pour réparer un truc chez moi, » ironisa Regina.
« Je t'adore, Roni, mais si tu crois sincèrement que je vais abandonner un coup hors du commun sous prétexte que ton four ne daigne plus faire son travail, tu te mets le doigt dans l'œil, » ricana sa meilleure amie.
De son côté, Robin baissa les yeux vers son gobelet de café, pensif. La profiler remarqua d'ailleurs son mutisme, réalisant que l'homme était en proie à des sentiments bien complexes envers la détective. À l'inverse, Regina préféra provoquer encore son amie pour voir s'il allait intervenir ou non.
« Ça ne te tente vraiment pas d'avoir une relation plus stable ? » s'enquit la portoricaine. « Genre, quelqu'un qui serait là tous les soirs, avec qui tu ne partagerais pas juste des moments purement charnels.
-Ça me tenterait si les hommes n'étaient pas tous des abrutis, seulement motivés par ce qu'il y a dans leur pantalon.
-Beau cliché sur la gent masculine, » la taquina Emma.
« Crois-moi, » répliqua Kelly. « J'en ai essayé assez pour savoir ce dont je parle.
-Assez, mais certainement pas tous, » protesta alors Robin.
Surprise par son audace, Regina lui adressa un regard encourageant, tandis qu'Emma songeait qu'elle ne supporterait certainement pas une scène de flirt maladroite venant du trentenaire. À l'inverse, Kelly parut totalement prise au dépourvu. Elle reprit immédiatement son sérieux, comme désireuse de changer de sujet.
« Faut que je te briefe pour le test de polygraphie, d'ailleurs, » indiqua-t-elle d'un ton calme. « On va aller voir Benfield ce matin, toi et moi. J'ai déjà préparé la liste de questions mais il y a quelques petites choses à revoir.
-J'ai déjà fait ce genre de test sur des suspects, » répondit le spécialiste du crime organisé.
« Ouais… euhm… mais c'est un peu différent pour les enquêtes autour d'homicides. Euhm… On va aller dans mon bureau, ça sera plus simple pour t'expliquer… »
Sans rien ajouter, elle se leva d'un air décidé. Elle contourna alors la table avant de rejoindre le couloir du poste de police. Surpris, Robin la suivit en silence, se demandant s'il n'avait pas dépassé les limites…
« Est-ce qu'il est au courant qu'il n'a aucune chance ? » ricana Emma quand les deux eurent quitté la salle de pause.
« Je ne sais pas, » répondit la portoricaine d'un air pensif. « Je me demande si Kelly ne pourrait pas tomber sous son charme, justement.
-Alors qu'elle aspire clairement à quelque chose de différent ? » s'enquit la profiler. « Ce gars la regarde comme s'il allait la demander en mariage sur le champ. Autant dire que Kelly va l'envoyer promener dès qu'il va essayer de flirter avec elle.
-Je garde espoir qu'elle va un jour trouver quelqu'un qui la complète, » admit Regina.
« C'est effectivement de l'espoir plus qu'autre chose, » se moqua la blonde. « Le jour où Kelly aura une relation stable, je pense que j'aurais besoin d'une déclaration signée pour le croire.
-C'est très pessimiste de ta part, » remarqua la brune en prenant une gorgée de son thé.
« Réaliste serait plus exact, » s'amusa la criminologue. « On y retourne ? » proposa-t-elle en se levant.
Elle se dirigea jusqu'à la machine à café afin de se servir une nouvelle tasse, espérant que le nectar sombre finirait de la réveiller. Elle avait du mal à trouver le sommeil tant l'enquête autour du Lightning Killer l'obsédait. Pourtant, elle avait l'impression qu'ils tournaient en rond et ne voyaient pas l'évidence. Les dernières informations qu'elles avaient trouvées menaient vers Judith Graham. Cependant, bien des choses ne correspondait pas au profil qu'elle avait établi sur le tueur. Lorsqu'elle revint vers la portoricaine pour l'inviter à la suivre, Regina la toisa d'un air curieux. Elle se mordilla la lèvre inférieure, hésitante, avant de parler.
« Euhm… Emma… Je me demandais ce que tu faisais ce week-end… » bredouilla-t-elle timidement. Surprise par le changement de sujet, la profiler serra un peu plus la tasse entre ses mains, peu certaine de la réponse qu'elle souhaitait donner.
« Je n'ai rien de prévu, a priori, » admit-elle. « En fait je pensais relire le registre de l'université, pour voir si on n'a rien manqué. Et sûrement aller au musée ou au cinéma… Enfin… Je ne sais pas, pourquoi ?
-Je voulais aller à Abbotsford pour cueillir des pommes parce que je pense que c'est un des derniers weekends avant qu'il ne fasse trop froid euhm… J'ai proposé à Kelly mais elle passe la fin de semaine avec une de ses sources, Victoria va au chalet avec son mari et Mary-Margaret accompagne son fameux vétérinaire voir un match de hockey… Enfin bref… Je me demandais si ça te tentait de venir avec moi. »
Regina avait parlé plus vite que d'habitude, comme si elle était pressée d'admettre à la criminologue ce qu'elle avait sur le coeur. De son côté, Emma restait surprise d'une telle invitation, mais essaya de ne pas le laisser transparaître.
« Cueillir des pommes… euhm ouais… ok… c'est d'accord, » répondit-elle, hésitante.
« Ok… euh… Je viendrais te chercher samedi en début d'après-midi, si ça te va ?
-Aucun problème, » articula la profiler. Tandis que son coeur battait à ses tempes, elle fit volte face pour quitter la salle de pause, Regina sur ses talons. Au moins, la brunette pourrait passer un moment avec Emma, en dehors du travail. Néanmoins, elle ne savait pas jusqu'à quel point elle parviendrait à ne pas aborder le sujet de conversation qui l'entêtait depuis plusieurs jours. Si elle mettait toute son énergie sur l'enquête, elle ne pouvait effectivement pas s'empêcher de penser à son avenir avec la criminologue.
17h28
Une nouvelle fois, la salle de réunion était occupée par les principaux enquêteurs du poste de police. Pourtant, en ce vendredi après-midi, l'équipe en charge de l'affaire « Lightning Killer » paraissait plus harassée que jamais. Les détectives avançaient pas à pas sur le dossier, sans jamais obtenir de preuve véritable sur le tueur. De plus, le meurtrier avait fait une victime de plus, la veille au soir. C'est en courant dans le Stanley Park qu'une jeune femme de l'université de Colombie-Britannique avait découvert le corps inanimé -et particulièrement mutilé- d'un quadragénaire. D'après les premiers résultats du laboratoire, il s'agissait d'un chargé de communication d'un journal populaire de la ville. Quelques jours auparavant, il avait encouragé l'un de ses journalistes à faire un dossier complet sur le tueur en série. Apparemment, cet article n'avait pas plu à la personne concernée, puisqu'elle avait choisi de prendre sa revanche le plus vite possible. Toutefois, le tueur laissait de nouveau un cadavre derrière lui, sans aucun indice sur son identité. Au moins, certains enquêteurs avaient pu récolter de nouvelles informations sur les dernières victimes du criminel. Justement, Mary-Margaret s'était levée, avec Belle, pour faire part à ses collègues de ce qu'elle avait trouvé dans la journée.
« Ok donc j'ai reçu les mandats ce matin pour récupérer les appareils électroniques de Harry Benfield, mais aussi de Stevenson. Avec Belle, on a donc fouillé l'intégralité de leurs téléphones et surtout de leurs appels et messages récents, » débuta l'agent-enquêtrice d'une voix assurée. « Tout d'abord, Benfield nous a menti quant à ses récentes communications. Mais aussi par rapport à son alibi, le soir du meurtre.
-Je confirme, » indiqua Robin. « Il a raté quelques questions du test de polygraphie.
-En fait, dans ses derniers appels reçus, on a pu retrouver le fameux numéro à carte qui appartiendrait au Lightning Killer, » expliqua Belle d'un air enjoué. « D'après le rapport de son téléphone, le meurtrier l'aurait appelé la veille du meurtre de Stevenson, pendant exactement 34 secondes.
-C'est assez long pour donner un ordre ça, » remarqua Regina d'un air las.
« Ou menacer quelqu'un, » corrigea la française, sûre d'elle. « D'ailleurs, Stevenson a reçu un appel semblable de la part du meurtrier, quelques minutes avant Benfield.
-Mais il ne nous en a pas fait part, » soupira Emma, dépitée. L'homme avait peut-être eu des menaces directes de la part du tueur mais n'avait pas jugé bon d'en faire part aux policiers qui surveillaient sa demeure. S'il avait agi, il serait sûrement encore vivant. À moins qu'il n'ait eu bien trop de choses à se reprocher pour oser admettre la vérité aux patrouilleurs…
« Toujours est-il que notre Lightning Killer est un adepte des communications, » ricana Belle, toujours très insouciante quant aux affaires qu'elle traitait. « Mais ce n'est pas le plus intéressant concernant Benfield et Stevenson.
-Dans les semaines avant le meurtre d'Edward, il a énormément communiqué avec un autre numéro de téléphone, qui correspond à un appareil à carte, » expliqua Mary-Margaret. « On parle principalement de courts appels, mais aussi de messages indiquant des lieux et des heures de rencontre. Dans le téléphone de Stevenson, ce numéro était identifié sous le pseudo « Dr Jekyll ».
-Original, » se moqua la portoricaine, peu encline à résoudre une nouvelle énigme.
« Alors notre première théorie, c'est qu'il s'agissait d'un autre numéro appartenant au tueur, » déclara l'agent-enquêtrice d'un air confiant. « Mais… à un moment, Stevenson a échangé quelques messages plus… engageants ? Enfin…
-En gros, y a deux semaines, Stevenson et ce numéro-là ont sextoté pendant à peu près une heure, » rectifia Belle, amusée par l'innocence de sa collègue. « Je vous passerai les détails, mais le fameux Dr Jekyll est clairement de genre féminin, d'après ce que j'ai pu lire. D'ailleurs ce cher Edward avait un talent caché pour l'écriture parce que c'était très très croustill…
-Venez-en aux faits, » la coupa Ingrid, les bras croisés sur sa poitrine.
« Donc on a pensé que ledit Dr Jekyll pourrait en fait être une amante de Stevenson, ou du moins une personne qu'il fréquentait. La seule chose qui est étrange, c'est le fait que cette jeune femme communiquait uniquement grâce à un numéro à carte.
-C'est plus simple pour dissimuler leur relation, » comprit la profiler. « Mais ça signifie que leur fréquentation était soit compromettante pour elle, soit pour lui.
-Au début, on s'est demandé s'il ne s'agissait pas d'un truc genre c'était l'ancienne copine de Benfield, du coup ils ne voulaient pas être vus ensemble, bla bla bla, » indiqua la française d'un air las. « Mais ce qui est intéressant, c'est que le Dr Jekyll a également communiqué avec Harry, la journée du meurtre de Stevenson.
-On a contacté les opérateurs téléphoniques, » précisa Mary-Margaret. « Et leurs deux numéros étaient dans la même zone de communication, moins d'une vingtaine de minutes avant qu'on n'arrive chez Benfield, » dit-elle à l'adresse d'Emma. « D'après la triangulation des tours, ils se seraient retrouvés près du Deer Lake Park, à Burnaby.
-Ce qui est assez proche de la demeure de Benfield, » réalisa la portoricaine.
« Mais aussi de celle de Stevenson, » soupira Emma.
« Ce qui nous laisse avec une nouvelle personne d'intérêt pour l'enquête, » résuma Regina d'un air las. « On sait d'où vient ce téléphone à carte ?
-Il aurait été acheté en argent dans un dépanneur du centre-ville, il y a trois mois, » expliqua Belle. « De toute évidence, on n'a aucune trace de carte bancaire, ni aucune caméra de surveillance pour identifier cette personne. La seule chose qu'on pourrait faire c'est…
-Interroger de nouveau Benfield, » lâcha la profiler, dépitée à l'idée de retourner voir leur suspect. Pour le moment, elles venaient d'obtenir la confirmation qu'il n'avait pas tué son meilleur ami d'enfance. C'était déjà un point positif pour son avenir.
« D'ailleurs, on a pu lire les résultats de son test de polygraphie, » indiqua Kelly en faisant tourner son stylo entre ses doigts. « Comme l'a dit Robin, il n'a pas répondu sincèrement à toutes les questions.
-C'est-à-dire ? » s'enquit la portoricaine.
« Il a déclaré n'avoir jamais eu de contact avec le tueur, ce qui était un mensonge, » débuta le spécialiste du crime organisé en lisant le dossier de Benfield. « Il a nié avoir eu un contact avec Edward la journée de son meurtre. Mais il a également menti quand on lui a demandé s'il avait dit la vérité depuis le début des interrogatoires.
-Tu oublies le moment où le polygraphiste lui a demandé s'il pensait connaitre l'identité du Lightning Killer et qu'il a répondu par la négative, » remarqua la rouquine d'un ton sérieux.
« Donc on est revenus vers le suspect qu'on avait depuis le départ, » résuma Ingrid qui était restée plutôt discrète depuis le début de la réunion. « Mais entre temps on a perdu une autre personne d'intérêt et deux patrouilleurs. Pour rien.
-Nous ne sommes pas revenus vers le premier suspect, » corrigea la profiler d'un air de défi. « On a eu des tas de développements depuis qu'on a interrogé Benfield pour la première fois et tout ça n'aurait pas abouti si on ne l'avait pas remarqué lors de l'enterrement. En plus, on a découvert bien d'autres suspects potentiels, des tas de nouvelles informations sur les relations de la première victime et une piste très fiable. Le meurtre de Stevenson et des deux policiers est vraiment regrettable, mais on n'aurait, de toute manière, pas pu le prévenir.
-Si on n'avait pas interrogé Stevenson pour rien, on aurait pu éviter un tel drame.
-Dit celle qui voulait l'envoyer en prison sans aucune preuve qu'il s'agissait du meurtrier, » contra la criminologue, sûre d'elle. De toute évidence, Ingrid lui adressa un regard mauvais, toujours agacée par son arrogance. Autour d'elles, le silence était désormais roi.
« Tu es ici pour établir un profil Emma Swan, » déclara la commandante d'un ton plus calme. « Mais en deux semaines, tu ne nous as menés sur aucune vraie piste. En attendant, les victimes continuent de pleuvoir sans que le tueur ne craigne pour sa liberté. Fais ce que tu as à faire, au lieu de questionner mes réflexions.
-La dernière fois que j'ai questionné tes réflexions, Ingrid Länder, j'ai sauvé un enfant. Je pense que ça en dit long sur la personne qui est en droit ou non de critiquer l'autre.
-C'est moi qui t'ai invitée pour cette enquête, Swan, mais je pourrais très bien te renvoyer au CSIS pour incompétence et demander à un de tes collègues de te remplacer.
-Aucune chance pour que le CSIS accepte une telle requête après deux semaines d'enquête, » se moqua la criminologue.
« C'est un défi ? » répliqua la commandante en lui adressant un regard mauvais.
La profiler s'apprêtait alors à répondre, quand quelques coups résonnèrent sur la porte ouverte de la salle de réunion. À l'entrée de la pièce se tenait une jeune policière en uniforme, dont le visage indiquait qu'elle était particulièrement pressée.
« C'est pour quoi ? » aboya Ingrid, encore énervée de son altercation avec la profiler.
« Vous devriez regarder TV6, » dit la policière. « Ils viennent d'annoncer qu'ils ont reçu une lettre du tueur. »
Sans hésiter, la commandante alluma le poste de télévision qui était accroché dans l'un des angles de la salle de réunion. Sur l'écran, une jeune reporter confirmait les dires de la patrouilleur. Quelques secondes après, l'image d'une feuille de papier apparaissait. On pouvait aisément lire les caractères qui avaient certainement été découpés dans des magazines ou des publicités. Ainsi, le message du Lightning Killer, lui, était parfaitement clair.
« Le vice a longtemps été pour moi un vêtement, maintenant il me colle à la peau. C'est la raison pour laquelle je déciderai égoïstement de la valeur de chacune de vos vies. Pervers, arrogant, tels sont les caractéristiques du Lightning Killer. Et je vous ferai tailler vos plumes, si je ne vous fais pas nettoyer vos canons. Mais l'Humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marqué en trait de sang. Après tout, les sots sont ici bas pour mes menus plaisirs… »
Après avoir affiché la lettre, la journaliste expliqua qu'elle serait évidemment envoyée aux forces de l'ordre pour identification. D'ailleurs, la policière expliqua à Ingrid qu'elle avait déjà contacté le laboratoire pour qu'ils s'occupent de cet élément. La commandante la remercia alors, avant de lui indiquer qu'elle pouvait disposer. Elle coupa ensuite le son de la télévision, poussant un long soupir de désarroi.
« Donc on a un tueur qui est poète à ses heures perdues, gé-ni-al, » lâcha-t-elle en adressant un regard sombre à la criminologue. De son côté, Emma paraissait assez pensive. Elle écrit rapidement la lettre qu'avait montré la journaliste au dos d'une feuille, essayant de la détailler plus justement. Quelques secondes plus tard, elle poussait l'objet en direction d'Ingrid d'un air triomphant.
« C'est un mélange de citations, » déclara-t-elle d'un air assuré. « Ça mêle au moins deux œuvres littéraires classiques. Il y a juste… Il n'y a qu'une seule partie que je ne parviens pas réellement à déterminer. Mais je pense que ça mérite quelques recherches supplémentaires.
-Ok et c'est quoi, ces deux œuvres ? Est-ce que ça aurait un lien avec l'enquête ? » s'enquit la commandante d'un ton las.
« À vrai dire, ça se pourrait très bien, » indiqua la profiler en se levant d'un air enjoué. Elle rejoint en quelques pas le tableau blanc qui se trouvait dans la salle, saisissant un feutre effaçable en toute hâte. Elle débuta son explication, sûre de pouvoir trouver de nouveaux indices sur le tueur en série. « La première, la quatrième et la cinquième phrase sont issues de l'œuvre Lorenzaccio, qui est une pièce de théâtre. » De toute évidence, Ingrid lui adressa un regard interrogateur, peu certaine de comprendre où elle voulait en venir. « Dans la pièce, c'est le personnage principal qui a ces vers. En fait, c'est un homme plutôt torturé, qui a passé sa vie dans le vice, mais est fou amoureux de son cousin et meilleur ami. Enfin, c'est un peu compliqué, mais il tue son amant à la fin de la pièce. Mais c'est un personnage complexe. Beaucoup pensent que la pièce est une ode à la folie, ou à l'homosexualité supposée de l'auteur. Enfin bref. » Tandis qu'elle parlait, Emma écrivait quelques termes importants sur le tableau, comme pour résumer les caractéristiques liés à chaque citation. « Et la dernière phrase, c'est un extrait du livre Les Liaisons Dangereuses.
-C'est pas aussi un film avec Glenn Close ? » demanda Kelly d'un air amusé.
« Entre autre, » s'amusa la criminologue. « Mais c'est Madame de Merteuil, l'une des héroïnes, qui prononce cette phrase. Son personnage est issu de la haute bourgeoisie, sauf qu'elle va à l'encontre des règles puisqu'elle est libertine.
-Donc ? À quoi servent ces citations ? Sinon pour nous dire que le tueur est cultivé ? » demanda Robin, dans l'incompréhension la plus totale.
« Ce que ces deux personnages ont en commun, c'est le vice et la luxure, » résuma la profiler d'un air assuré. « D'ailleurs, je ne reconnais pas la citation centrale, mais je suis sûre que ça fait référence à un personnage semblable. On a même le terme pervers, pour jouer dans l'évidence.
-Donc ça veut dire que le tueur a une sexualité particulièrement dépravée, ou du moins en dehors de la norme, » comprit Mary-Margaret d'un air timide.
« Dépravée toi-même ! » rétorqua Kelly, hilare. « Ça veut juste dire qu'il couche à tout va, comme n'importe quelle personne saine d'esprit. Il n'est pas nécessaire de l'insulter pour ça !
-Comme toute personne qui a choisi ce mode de vie serait plus exact, » rectifia sa meilleure amie de toujours en riant.
« Ok mais pourquoi le tueur voudrait absolument nous en dire plus sur lui ? C'est plutôt contre productif, non ? » demanda Robin, peu habitué à ce genre de criminel.
« Parce qu'il s'ennuie, » admit Emma d'un air pensif. « Il veut absolument qu'on continue à le chercher et à se rapprocher du but, pour qu'il reste le centre de l'attention.
-En fait, ça voudrait dire que le Lightning Killer s'identifie, en quelque sorte, à ces deux personnages, » reprit la commandante. « Donc deux protagonistes qui vivent dans le luxe, la bourgeoisie, mais qui apprécient surtout les plaisirs de la chaire. Ça ne nous amène pas très loin, au final. Parce que si le tueur a fréquenté le lycée Queen Victoria, on sait déjà qu'il vient d'une famille particulièrement aisée. On n'avait pas besoin d'une lettre de confirmation.
-Mais le fait qu'il apprécie « les plaisirs » et le vice nous indique que, contrairement à ce qu'on pense, il ne faisait pas partie des personnes intimidées par Stephanie et ses amis. S'il met en avant ce trait de caractère, ça ne doit pas être uniquement relié à sa vie actuelle. Donc je crois qu'en fait, le meurtrier faisait partie de la même « caste sociale » au lycée que sa première victime. Il a beau avoir jeté son dévolu sur les victimes issues de la jet-set, il se peut très bien qu'il en fasse partie.
-Ça pourrait être un ou une amie à Stephanie, du coup, » résuma la portoricaine.
« Ou du moins une autre personne particulièrement populaire, qui aurait de la rancœur envers elle pour une raison ou une autre. Peut-être que cette personne lui en voulait parce que Stephanie l'a justement faite descendre de son piédestal, » suggéra Mary-Margaret, confiante. Pour l'heure, la semaine se terminait sur de nouvelles interrogations à propos du Lightning Killer. Mais les détectives savaient qu'ils pourraient retourner voir Harry Benfield dès le lundi pour le questionner de nouveau. Après deux semaines de recherche, il se pouvait que l'enquête avance enfin un peu plus...
