Between the raindrops-Lifehouse


Vendredi 26 février 2016

. . . . . . . .

Les deux Avengers arpentaient l'un des interminables couloirs en discutant aimablement de tout et de rien, ne voyant plus le temps passer. Au bout d'un moment, l'homme s'arrêta d'avancer lorsqu'ils furent arrivés devant une large porte maintenue ouverte et se mit à réfléchir rapidement.

−Hum… Cela fait un moment que nous parlons, n'est-ce pas ?

−Hum… Oui, je crois… Pourquoi ?

−Eh bien, n'avais-tu pas prévu d'aller te reposer ? J'ai l'impression de te retenir depuis tout à l'heure, de monopoliser tout ton temps libre.

−Ah, oui… Je ne suis plus tellement fatiguée, lui confia-t-elle en haussant les épaules. Je pense que c'était à cause du surmenage, mais maintenant que tout est plus came, j'ai l'impression d'avoir récupéré toute mon énergie, affirma-t-elle. Et puis, je te rappelle que c'est surtout moi qui te colle aux basques, juste pour m'assurer que tu ne vas pas aller essayer d'encastrer la tête de ton frère dans un mur…

Thor ne put s'empêcher de sourire en l'entendant parler ainsi. Il tourna ensuite la tête sur la gauche et regarda un moment la porte, avant de reporter son attention sur son amie.

−Dans ce cas, veux-tu aller faire un tour ? lui proposa-t-il en désignant l'extérieur de la main. Je pourrai éventuellement te faire visiter l'entièreté de la plateforme, il y a des lieux intéressants à découvrir, et certains endroits sont parfaits pour observer les alentours.

−Volontiers, lui répondit-elle en souriant également en sortant la première, rapidement suivie du dieu nordique qui laissa Mjolnir au sol, à l'intérieur.

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L'heure avait beau être avancée, le soleil n'était toujours pas encore couché. Il commençait seulement à disparaitre derrière l'horizon, donnant au ciel une teinte orangée magnifique et hypnotique. Ses rayons filtraient à travers les feuilles des magnifiques érables de la même couleur que les cieux qui bordaient le chemin que les deux individus décidèrent d'emprunter, éclairant justement à certains endroit le sentier doré sur lequel ils progressaient tranquillement. Un vent léger soufflait et faisait frissonner les branches au-dessus de leur tête, et la température était suffisamment élevé pour qu'ils n'aient pas froid, malgré cette petite brise brusquement survenue. Madison marchait d'un pas assez lent aux côtés de l'asgardien, mains derrière le dos, regardant avec curiosité tout ce qui se trouvait autour d'eux. Cette ambiance lui plaisait énormément. Cette sensation de se sentir libre… C'était tout ce dont elle avait besoin. Thor, lui, avait presque l'impression de se trouver chez lui.

−… Quelle journée, pas vrai… ? commença-t-il, brisant ce silence.

−Tu l'as dit… soupira la jeune femme. J'ai bien cru que j'allais finir par perdre tous mes moyens face aux ambassadeurs. J'étais à deux doigts de me sauver en courant pour aller me cacher dans un coin…

−Tu te serais défilée, vraiment ? lui demanda-t-il, mi surpris, mi amusé. Toi, qui es pourtant si pleine d'assurance et qui détient cette petite pointe d'arrogance qui te permet toujours de t'en sortir si merveilleusement bien, même dans les pires situations qui soient ?

−Comme quoi, les apparences sont parfois… Souvent trompeuses, déclara-t-elle, enjouée. Je te jure, avoir tous ces regards rivés sur toi, et savoir que tu es sur le point de perdre toutes tes libertés, c'est… Assez troublant et déstabilisant, je dois dire.

−Tu t'en es pourtant admirablement tirée, lui dit-il d'un ton sûr de lui, contemplant les environs.

−Mh… Mais pourquoi moi ? Représenter une planète toute entière, c'est quand même quelque chose d'assez important… Et je suis loin d'être exemplaire.

−Tu es une battante, tu n'abandonnes jamais. Tu es capable de tellement de choses, Madison, mais tu t'imposes toi-même certaines limites qui t'empêchent de croire en toi et en tes nombreuses capacités. Dis-moi, qu'est-ce qui t'effraie à ce point pour que tu n'oses presque jamais montrer aux autres qui tu es vraiment ?

−Mais, rien ne m'effraie, lui assura-t-elle en esquissant un petit sourire en coin, se forçant à paraitre aussi sincère que possible. Je t'assure, se sentit-elle obligée d'ajouter en le voyant lever un sourcil, peu convaincu par sa réponse, alors elle soupira et baissa la tête en poursuivant sa route. Je crains simplement que les gens ne s'attendent à trop de ma part si je leur montre ce que je sais faire.

−En quoi est-ce une mauvaise chose ? Cela prouve simplement qu'ils ont confiance en toi.

−Peut-être, répondit-elle en haussant les épaules. Mais pour combien de temps ? Jusqu'à ce que je fasse exploser une autre ville ? déclara-t-elle en récupérant un semblant de bonne humeur. Non, sérieusement, j'aurais très bien pu faire subir à cette plateforme le même sort qu'à North Olmsted… Une toute petite étincelle et… Boum, dit-elle en mimant une explosion avec ses mains. Oh, et au fait, je te remercie de nous avoir défendu face aux Doyens…

−C'était tout naturel, déclara-t-il. Et encore merci à toi pour tout à l'heure, avec Loki…

Elle ne répondit pas, se concentrant sur chacun de ses pas pendant une dizaine de secondes environ avant de reprendre la conversation en changeant brusquement de sujet.

−Tu peux me parler de toi ?

−De moi ? s'étonna l'asgardien en riant légèrement.

−Oui, de toi, ton enfance, et puis Asgard, lança-t-elle joyeusement en le dépassant un peu en se mettant à marcher devant lui à reculons, le regardant droit dans les yeux et gardant ses mains derrière son dos. Tu connais tant de détails sur mon monde et moi si peu sur le tien, c'en est presque injuste, poursuivit-elle en se remettant à marcher normalement aux côtés de l'homme. Et puis, je te rappelle que tu sais un bon nombre de choses à mon sujet, donc c'est à mon tour d'en savoir davantage sur toi, Majesté, dit-elle, joyeuse.

−J'ignore par où commencer, avoua-t-il, pris au dépourvu.

−Eh bien, ton parcours, par exemple ? Tu n'es pas arrivé là où tu es aujourd'hui en un claquement de doigts, n'est-ce pas ? Comment le jeune Thor a-t-il grandi, qu'est-ce qui l'a aidé à progresser et devenir le célèbre superhéros qui se tient actuellement à ma gauche ? lança-t-elle d'un air espiègle.

−Hum… Que dire, souffla-t-il, ignorant réellement par quoi il devait commencer. Eh bien… Je suis le descendant du roi Odin et de la reine Frigga, ce qui fait de moi l'héritier du trône d'Asgard comme tu le sais déjà… Lorsque j'étais très jeune, si jeune que je suis incapable de m'en souvenir, mon père a ramené au Royaume le fils d'un ennemi qu'il voulait à tout prix protéger… Ce n'était qu'un bébé à l'époque. Puis… Lui et moi avons grandis ensemble, élevés comme des frères. Mon enfance… Était particulièrement joyeuse, à vrai dire, affirma-t-il en échangeant un bref coup d'œil avec son amie. Bien sûr, je convoitais le trône déjà enfant… C'était là mon désir le plus cher… Devenir roi à mon tour. Puis un jour… J'ai commis une énorme faute.

−Tu as dit « bonjour » au lieu de « bonsoir » ? proposa-t-elle, ne le croyant pas capable de faire quelque chose de plus grave que cela.

−J'ai désobéi à mon père… Et il m'a banni, expliqua-t-il, et la jeune femme redevint sérieuse. J'ai déclenché une guerre entre Asgard et Jotunheim parce que je me laissais aveugler par mon désir de gouverner et régner sur Asgard. Ma punition a été de me retrouver sur ta planète, sans pouvoirs, sans marteau et sans échappatoire…

−Et tu es tombé sur Jane, se souvint Madison grâce aux récits qu'on lui avait contés. Littéralement…

−Oui, enfin, plutôt sur sa voiture… J'ai ensuite appris à découvrir les terriens, et je me suis rendu compte d'à quel point vous étiez plus importants que nous. Vous avez beau en savoir beaucoup moins à propos de l'Univers que les autres Royaumes d'Yggdrasil, vous êtes, en un sens, bien plus évolués que nous autres. Plus réfléchis et compatissants. Je me suis rapidement attaché à Midgard et à ses habitants, et pour une fois, j'avais l'impression que mes actions avaient un réel but. J'avais chassé de ma mémoire l'idée de succéder à mon père, et ce n'était pas plus mal…

−… Et aujourd'hui… Tu te demandes encore si tu en es capable…

−Je lui ai dit que je n'étais pas prêt, et il a compris. Il a vu là un acte très sage de ma part. Il paraissait fier… J'espère qu'il l'est encore actuellement après ces premiers jours passés sur Arcturus IV, car je sais qu'il compte sur moi pour glorifier les valeurs de notre monde.

−Oh, il l'est sûrement… Il doit peut-être se dire qu'après ton petit conflit de tout à l'heure, tu dois simplement apprendre à canaliser ta colère et cette pointe d'impulsivité qui t'anime, mais si ce n'est que ça, je pense que tu n'as pas tellement de souci à te faire, le rassura-t-elle. Tu sais, je n'ai pas suffisamment confiance en moi, c'est vrai. Mais toi… Tu as du mal à voir que malgré tes petits défauts et écarts insignifiants, tu es quelqu'un de bien.

−On ne banni pas les gens bien, tu es au courant ?

−Mais c'était il y a longtemps, ça…

−Pas à l'échelle asgardienne, soupira-t-il, la mine attristée.

−Ne joue pas sur les mots, le gronda-t-elle gentiment en gardant son sourire. On a tous fait des erreurs, je te rappelle. Bon, dit comme ça, ça ressemble au début de l'un de ces discours bateaux qu'on voit dans les films… Tu sais, lorsque le personnage principal essaye de remonter le moral de tout le monde après une grosse remise en question globale sur l'entièreté de sa vie ? ajouta-t-elle, mais elle vit qu'il n'avait plus trop l'air de la suivre. Bon, ça ne fait rien, laisse tomber, enchaina-t-elle en secouant les mains. Tout ce que j'essaye de te dire, c'est qu'il est grand temps que tu arrêtes de te torturer mentalement en essayant de te persuader que tu ne t'es pas encore suffisamment racheté pour tes quelques faux pas. Tu es digne des bonnes choses qui t'arrivent, compris… ?

−Mh…

−Pardon ? Je n'ai pas entendu, Majestéle taquina-t-elle.

−Compris, répéta l'asgardien un court instant après, ayant retrouvé sa bonne humeur.

Elle s'apprêta à ajouter quelque chose, mais les quelques gouttes de pluie qui commencèrent à tomber sur eux interrompirent ses pensées et firent lever la tête aux deux individus, qui fixèrent le ciel où quelques nuages clairs s'étaient formés pendant qu'ils discutaient.

−Je croyais qu'il y avait un dôme au-dessus de nos têtes pour nous protéger ? se questionna la mutante.

−En effet, mais ce n'est que pour atténuer la chaleur des rayons d'Arcturus… Et il est plutôt rare qu'il pleuve sur cette planète, expliqua-t-il. Nous ferions peut-être mieux d'aller nous mettre à l'abris avant que cela ne se transforme en une violente averse, lui proposa-t-il en lui ouvrant la voie d'un geste de la main, et ils se remirent à marcher, puisqu'ils s'étaient arrêtés pour observer les cieux.

La pluie se fit plus importante, mais c'était comme une légère pluie d'été ; peu menaçante et rafraichissante après de fortes hausses de températures. Thor fut le premier à aller trouver refuge sous le porche d'une porte moins imposante que celle par laquelle ils étaient sortis un peu plus tôt dans la soirée mais lorsqu'il se retourna, il se rendit compte que Madison ne l'avait pas suivi jusque-là. Elle s'était arrêtée à quelques mètres de là et demeurait immobile sous les gouttes d'eau qui tombaient sur son visage partiellement dirigé vers le ciel. Il fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle ne l'avait pas rejoint, et il la vit fermer les yeux en esquissant un maigre sourire, semblant apprécier ce moment.

−Madison, que fais-tu ? Ne préfères-tu pas t'abriter ? lui demanda-t-il calmement.

−… J'ignore pourquoi, mais… J'ai toujours adoré la pluie, commenta-t-elle simplement, écartant lentement les bras et profitant de cet instant.

L'homme resta sous le porche, mais il fit quand même quelques pas en avant, puis il croisa les bras et alla s'appuyer contre une colonne de marbre, happée par cette vue qui s'offrait à lui. Au bout de quelques secondes, les gouttes cessèrent de la toucher, s'arrêtant à quelques centimètres seulement de sa peau déjà humide.

−Est-ce toi qui est à l'origine de cette averse ? lui demanda-t-il.

−Je pensais que cela venait de toi, avoua-t-elle avant de rouvrir les yeux pour ensuite plonger son regard dans le sien. Mais puisque tu sembles avoir si peur de quelques petites gouttes d'eau parfaitement inoffensives, disons que je vais écarter cette théorie, ajouta-t-elle, amusée, et l'asgardien se mit à rire doucement en secouant négativement la tête. Alors, qu'est-ce qui t'effraie à ce point ? lui lança-t-elle, disant exactement les mêmes mots qui lui-même lui avait sortis un peu plus tôt. Un petit rhume, peut-être ? proposa-t-elle en plissant les yeux comme pour le narguer.

Il prit cela comme un défi, sachant pourtant que ce n'était qu'une plaisanterie de sa part, mais il quitta son abri et s'aventura plus loin, s'attendant à ressentir la pluie lui tomber dessus, mais ce ne fut pas le cas, alors il leva la tête et se rendit compte qu'une sorte de couche protectrice s'était formée tout autour d'eux, et il ne lui fallut qu'une petite seconde pour se rendre compte qu'il s'agissait là de l'œuvre de la mutante, dont les cheveux étaient un peu mouillés.

−Très courageux, reconnut-elle. Mais…

Il fronça les sourcils, voulant connaitre la fin de sa phrase et ce n'est que lorsqu'il sentit une douche froide s'abattre sur lui et la vit rire qu'il comprit son petit jeu.

−Très imprudent, s'exclama-t-elle en riant, étant toujours protégée, et elle fut soulagée de constater qu'il prenne cela à la rigolade, car il tendit le bras pour essayer de l'attraper mais elle recula à temps pour l'éviter. Raté… Essaye encore, le nargua-t-elle en s'éloignant davantage, quittant ainsi la zone qui l'avait pendant un moment protégée de la pluie.

Il la regarda brièvement en souriant et s'élança à sa poursuite.

. . . . . . . .

Natasha reposa son verre en soupirant, appuyée contre le comptoir et faisant voyager son regard d'un bout à l'autre de la pièce, analysant visuellement chacun des invités. Elle fut interrompue dans ses pensées lorsque l'homme à sa gauche se servit un verre pour ensuite se mettre à lui aussi observer les individus présents.

−Tu ne vas plus discuter avec les ambassadeurs ?

−Je suis fatiguée de devoir réfléchir à ce que je dois dire pour être sûre de ne blesser personne, se justifia-t-elle. Et toi ? La foule environnante serait-elle en train de t'inquiéter ?

−Non, pas spécialement, répondit-il avant de boire une gorgée de son breuvage. Je trouve simplement cela malpoli de laisser seule une demoiselle à ce genre de soirée.

La rouquine étouffa un petit rire amusé et le regarda.

−James Barnes, tu as vraiment l'art et la manière de présenter les choses.

−Que veux-tu dire ? lui demanda-t-il, une vague d'incompréhension traversant ses yeux, se faisant cependant rapidement remplacer par un regard espiègle, faisant ainsi comprendre à l'espionne russe qu'il ne faisait que se moquer d'elle gentiment. Où sont passés tous les autres ? J'ai comme l'impression qu'il n'y a déjà plus que nous deux.

−Maximoff est parti se coucher, ordre de Stark… Tony, justement, est retourné dans sa chambre pour bénéficier d'un peu de tranquillité, Madison et Thor font un tour des environs, et les amis de Thor sont partis je ne sais où il y a quelques minutes. En gros… Oui, il ne reste que toi et moi, conclut-elle en reprenant son verre, qu'elle porta à ses lèvres. Entre adultes.

− « Entre adultes » ? répéta-t-il en achevant son verre d'un ton enjoué.

−Oh, eh bien… Peter n'est encore qu'un enfant, techniquement… Même chose pour Thor, vu la façon dont lui et son frère se sont chamaillés tout à l'heure, et puis… Peut-on vraiment qualifier les Stark de personnes matures ? enchaina-t-elle malicieusement. Ils peuvent parfaitement l'être quand ils veulent, mais souvent… Enfin bon, passons. Des projets, pour l'avenir ?

−Toi, tu as l'art de changer de sujet, fit-il remarquer, amusé. Tu as des plans, de ton côté ?

−Mh… Non, pas tellement, soupira-t-elle. J'imagine que d'autres missions vont me tomber dessus, alors je risque de ne pas avoir beaucoup de temps pour décompresser, mais bon, j'ai l'habitude. J'irai peut-être rendre visite à Clint, aussi, qui sait…

−Et si tu avais davantage de temps libre ? Que ferais-tu ?

−Mh… commença-t-elle à réfléchir. Je partirais loin pendant un moment… Je changerais sûrement de continent et je prendrais quelques vacances… Probablement pas loin de tout, car je préfère le contact humain à la solitude. L'Europe, sûrement. J'ai toujours voulu visiter la France… J'y suis déjà allée, expliqua-t-elle, mais c'était pour le boulot… Je jouerais à la parfaite petite touriste et je verrais tout ce qu'i visiter… Et toi ?

−… J'ai prévu de m'éloigner un peu de tout et tout le monde, à vrai dire.

−… Je sais, souffla-t-elle, je vous ai entendus en parler, toi, Steve et Maddie. Alors c'est sérieux ? Tu t'en vas ?

−Mh. Ouais, j'imagine. Pourquoi, cela t'attriste ? lança-t-il, un sourire en coin naissant sur son visage.

−Pas le moins du monde, sergent, répondit-elle en entrant dans son petit jeu, puis elle redevint sérieuse. En tous cas… J'espère sincèrement que tout se passera bien pour toi.

−Je l'espère aussi, même si je crains que ça ne soit pas le cas, déclara-t-il tandis que la jeune femme tourna la tête vers lui à l'entente de cette phrase. Je pense plus ou moins savoir à quoi m'attendre, de toutes façons… dit-il, son regard se perdant dans le vide.

−… Veux-tu en parler ?

−…

−James… ?

−Non, finit-il par répondre. Je… Ne préfère pas.

−Pourquoi ? demanda-t-elle, tandis que sa voix perdit un peu d'assurance.

−… Tu sais pourquoi, lâcha-t-il en posant son verre vide sur le comptoir avant de s'éloigner sans rien ajouter.

–… Ce n'est pas ça qui te préoccupe le plus, déclara-t-elle, cherchant à le retenir, et en effet, il s'arrêta. Et… tu peux être certain que je pense à la même chose que toi, tout comme je me pose très certainement les mêmes questions à cause d'un détail en particulier.

Bucky soupira en se retournant et leur regard se croisèrent.

–Pourquoi n'ont-ils pas tout dit ? enchaina-t-elle, songeuse.

–Ils auraient pu, lança l'homme d'un ton plus bas en revenant vers elle.

–Je sais. Seulement, ils ne l'ont pas fait, alors que c'était justement ce qui aurait pu faire craquer Madison. Et moi aussi, par la même occasion, et je pense que toi aussi, ça t'aurait plutôt énervé d'entendre quoi que ce soit ayant un rapport avec ça, devina-t-elle, et ce pour des raisons qui me paraissent évidentes. Ils ont l'air de tout savoir sur chacun d'entre nous, et lorsqu'ils ont commencé à parler de ce qu'on avait fait par le passé, j'étais persuadée qu'ils aborderaient ça. En revanche, lorsque Madison s'est défendue et a ouvertement montré quelques éléments la concernant, je comprends parfaitement qu'elle ait préféré écarter ce passage.

–Les autres sont au courant ? l'interrogea-t-il en reprenant un verre avant de s'accouder au comptoir, fixant un point inexistant devant lui.

–Les autres ? répéta-t-elle.

–Les Avengers, précisa-t-il. Ou les X-Men ajouta-t-il. L'un d'entre eux est au courant de ce qui s'est vraiment passé ?

–Clint le sait, affirma-t-elle, sans le lâcher des yeux. Fury, aussi, et puis quelques agents du Shield.

–Et Tony ?

Natasha ne répondit pas et garda les yeux baissés. N'obtenant donc aucune réponse, Bucky se tourna et la regarda d'un air interrogateur sans pour autant avoir besoin de mots afin de comprendre que la réponse était bien évidemment « non ».

–C'est peut-être mieux ainsi, finit-elle par dire. Moins il y aura de personnes au courant, plus il y aura de chances pour qu'on parvienne à laisser tout ça derrière nous. Enfin, surtout toi et Madison. Disons que je n'étais qu'au second, voir troisième plan.

–Mais ça te concerne tout autant, affirma-t-il avant de boire une gorgée de son breuvage. Tu sais, j'ai beau me dire qu'il y a en effet des chances que je finisse par aller totalement mieux, mais on dirait que tout finit toujours par revenir au point de départ. Quoi qu'on fasse, on est bloqués dans une sorte de boucle qui nous empêche d'avancer. Ça fait deux ans maintenant qu'on pense en être sortis, mais je n'ai pas l'impression que ça soit vraiment terminé.

–… Je déteste te donner raison pour une telle chose, mais je suis du même avis, avoua-t-elle en reprenant elle aussi un verre, en en ayant vraiment besoin. Sauf que cette fois, on saura agir à temps.

–Tu en es sûre ? lui demanda-t-il, peu confiant à cause de ce qu'il craignait qui les attende.

–Oui. Je ne peux plus laisser de telles choses arriver, acheva-t-elle, son regard se perdant dans le vide.

. . . . . . . .

Thor et Madison se trouvaient à nouveau à nouveau à l'intérieur de l'immense bâtiment flottant, se dirigeant vers les quartiers de la jeune femme. Ils étaient restés un bon moment dehors et avaient décidé de rentrer lorsque le soleil avait disparu derrière la ligne d'horizon et que la température s'était mise à chuter. L'asgardien, après avoir récupéré Mjolnir, s'était débarrassé de sa longue cape rouge et l'avait passé autour des épaules de son amie, malgré les protestations de cette dernière, qui lui avait pourtant assuré maintes et maintes fois qu'elle n'en avait aucunement besoin, mais il avait préféré ne pas l'écouter et le faire quand même.

−Tu sais… L'an passé, lorsque vous vous amusiez tous à essayer de soulever le marteau…

−Oui, eh bien… ?

−Je suis très favorable au fait que Steve ait en quelques sortes bluffé.

−Vraiment ? s'étonna la jeune femme en souriant, puis ils arrivèrent devant sa chambre. Notre cher sauveur de l'Amérique aurait donc menti ?

−Peut-être, qui sait ? Mais si c'est bel et bien le cas, j'en ignore la raison…

-Pour éviter que tu te sentes mal ? Je n'en sais rien, en fait. Peut-être que je me trompe, ce qui est la chose la plus probable. Pour ma part, je n'en savais rien, jusqu'à ce qu'en reculant tout à l'heure, je me trouve à portée de ton marteau. Disons que j'ai seulement tenté ma chance, et que ça a fonctionné… Alors, pas trop triste qu'il y ait une personne supplémentaire qui en soit capable ? lui demanda-t-elle par la suite en ouvrant la porte.

-Pas tellement, lui confia-t-il. Je suis content qu'il y ait enfin quelque chose pour prouver au reste de l'univers que les midgardiens ont autant d'importance que quiconque, voire même très souvent plus.

La mutante haussa simplement les épaules avant d'entrer dans la pièce, tandis que Thor resta debout devant elle dans le couloir.

-Evite de veiller trop tard, lui conseilla-t-elle gentiment avant de lui rendre sa cape.

-Cela ne risque pas, promit-il. Enfin, je vais quand passer une bonne partie de la nuit à réfléchir à un moyen de me racheter pour ma conduite de ce soir, ajouta-t-il, sentant toujours la culpabilité le ronger.

Elle se mit à réfléchir à la réflexion de son ami.

-Disons que tu me devras une danse, et ça sera oublié, lui lança-t-elle finalement avant de lui souhaiter bonne nuit et de refermer derrière elle, puis l'asgardien s'éloigna, les pensées confuses.

. . . . . . . .

Sif était confortablement installée dans l'espace commun dédié aux asgardiens, dégustant un verre de vin tout en lisant un ouvrage concernant la Terre et ses débuts. Assis un peu plus loin, Hogun méditait, yeux clos tandis que les deux autres guerriers disputaient un bras de fer autour d'une table. La femme but une gorgée de la boisson bordeaux puis quitta son ouvrage des yeux un instant, pensive. Le combattant asiatique ouvrit alors les yeux et prit la parole ;

−Suis-je le seul à avoir remarqué des changements dans l'attitude de Thor, dernièrement ?

−Qu'entends-tu par « dernièrement » ? lui demanda le blond sans trop se laisser distraire afin de vaincre son ami au duel qu'ils s'étaient lancé.

−Disons, depuis quelques mois, reprit son ami. Il demeure beaucoup plus distant avec tout le monde, y compris envers chacun d'entre nous. Il est moins ouvert et nous fait nettement moins part de ses états d'âme.

−C'est normal, il se concentre sur son avenir, justifia Volstagg en abattant la main de son acolyte sur la table, un air de victoire se lisant dans son regard rieur. Il a du travail, et il essaye de savoir comment il pourrait diriger Asgard aussi adroitement que notre bon roi Odin…

−Peut-être pense-t-il qu'il n'est pas important de nous impliquer à ses craintes, proposa Fandral en quittant sa chaise. Mais… Il est vrai que réflexion faite, je le trouve très secret… ajouta-t-il en croisant les bras, dubitatif.

−Il doit avoir une bonne raison de ne pas vouloir nous parler de ses tourments, déclara alors Sif, attirant l'attention des trois hommes sur elle. Peut-être décidera-t-il à un moment de se confier à nous, même s'il juge que ce n'est pas encore le moment, nous nous devons de respecter ce choix. Je sais que vous voulez bien faire, tous les trois, et le fait que nous soyons ses amis renforce notre dévouement, mais je pense sincèrement qu'il a surtout besoin d'espace pour le moment…

−Tu sais forcément quelque chose, reprit Fandral, soucieux. Il te dit toujours tout ce qui le tracasse…

−Quand bien même je le saurais, il a confiance en moi, donc quoi qu'il ait à dire, il faut que cela vienne de lui et non de moi, expliqua-t-elle et cela sembla satisfaire son ami, qui haussa simplement les épaules.

La porte principale s'ouvrit alors en grand laissant apparaitre l'héritier du trône, qui referma calmement derrière lui une fois entré dans la pièce. Il accorda un bref coup d'œil à chacun de ses acolytes pour les saluer puis il s'éloigna et s'engouffra dans une pièce voisine, qui était sa chambre personnelle. Les quatre autres se dévisagèrent durant un court instant, un peu surpris par ce comportement mais ne firent aucun commentaire. La femme soupira et se redressa après quelques secondes de réflexion, déposa son livre ainsi que son verre presque vide sur la table basse se situant devant elle puis elle marcha dans la même direction que le nouvel arrivant et alla frapper doucement contre la porte. Elle n'obtint aucune réponse, mais n'entendant également aucun bruit, elle préféra entrer afin de s'assurer que tout allait bien.

−Thor ? l'appela-t-elle doucement.

Il ne répondit pas, mais elle le vit cependant se tenir sur le balcon, bras croisés. Il pleuvait toujours, mais cela ne semblait pas le déranger.

−… Tout va bien ? lui demanda-t-elle gentiment.

−… J'ai vu quelqu'un rôder à l'étage réservé à Midgard, dit-il, le regard porté vers l'horizon. Mais je n'ai su le rattraper. Je crois que les choses sont en train de dégénérer bien plus rapidement que ce à quoi nous sommes vraiment préparés, Sif, poursuivit-il en se tournant vers elle.

−Quoi qu'il arrive, nous trouverons un moyen d'arranger les choses, comme toujours, le rassura-t-elle, un sourire naissant au coin des lèvres. Mais je doute que tu puisses le faire dehors et par ce temps, enchaina-t-elle en regardant les nombreuses gouttes d'eau lui tomber dessus. Pourquoi ne rentres-tu pas ?

Le blond regarda brièvement le ciel qui s'était assombri et où quelques étoiles commençaient à apparaitre.

−… J'aime bien la pluie… finit-il par lui dire.

. . . . . . . .

Un coup de tonnerre retentit lorsque Madison s'empara d'une magnifique cruche en argent avant de se servir un verre d'eau. Elle reposa ensuite le récipient et se saisit de son verre en soupirant, puis elle marcha d'un pas lent en direction de l'immense porte vitrée qui donnait sur le balcon, mais elle ne l'ouvrit pas. Elle se contenta de regarder dehors en buvant une première gorgée du liquide transparent, pensive. Il y eu un deuxième coup de tonnerre accompagné cette fois-ci de quelques éclairs aveuglants ainsi que d'un bruit distinctif ; celui d'une porte qui s'ouvre. La jeune femme soupira et prit la parole.

−Désolée d'avoir quitté la réception aussi rapidement, il fallait absolument que j'aille prendre l'air… se justifia-t-elle.

Elle se retourna quelques secondes plus tard n'ayant obtenu aucune réponse, et fut surprise de voir que personne n'était entré malgré la porte désormais entrouverte. Elle appela en premier lieu son frère, se disant que c'était certainement lui qui avait dû regagner les appartements des terriens mais une fois encore ce fut le silence qui régna dans l'immense pièce faiblement éclairée. Elle prononça ensuite le prénom de sa meilleure amie et obtint le même résultat. Elle était seule. Après un court instant de réflexion, elle haussa légèrement les épaules, se disant que cela devait être l'œuvre d'un simple courant d'air.

Elle fronça cependant les sourcils, soucieuse et lorsqu'elle tourna à nouveau la tête de l'autre côté, elle eut un bref mouvement de recul en voyant son reflet lui renvoyer une expression faciale différente de celle qu'elle pensait afficher. Elle se voyait sourire tristement, ce qu'elle ne faisait pourtant pas. Elle s'approcha prudemment de la vitre contre laquelle battait la pluie, observant avec attention ce visage qui était le sien sans pour autant l'être à cent pourcents. En revanche, l'image suivait ses moindres faits et gestes. Il n'y avait que ce sourire qui n'était pas le même, ce qui donnait à son reflet un air mélancolique et plaintif. Cependant, elle fut capable de conserver son calme malgré la situation qui prenait une étrange tournure.

« … Il faut que tu t'attendes au pire… » lui souffla son image. « … Tu n'as pas idée… »

−… Comment cela… ?

« … Je suis tellement désolée... Sache que j'aurais aimé pouvoir t'en dire plus… »

−… C'est vous, Eléa ? lança-t-elle, intriguée.

Son reflet se modifia alors peu à peu pour prendre l'apparence de la déesse, qui arborait toujours ce même sourire triste. Madison soupira, presque soulagée de la revoir, puisqu'elle n'avait pu lui parler que très peu avant qu'elle ne disparaisse.

−… Vous n'êtes pas réelle, comprit cependant la terrienne. Vous n'êtes… Qu'une vision… Issue de mon imagination, parce que j'aurais aimé pouvoir vous parler plus longuement… ajouta-t-elle, et son reflet acquiesça doucement. Mais… Pourquoi ? Comment cela se fait-il que je vous voie maintenant si… Si je ne me parle qu'à moi-même, en fin de compte… ?

Avant que la divinité ne puisse lui répondre, Madison eut l'impression de voir le décor l'entourant se volatiliser brusquement, puis un violent flash lumineux l'aveugla temporairement mais elle resta immobile. Elle se vit alors allongée sur une sorte de banc, sous un immense arbre dont l'épais feuillage lui procurait un peu d'ombre, yeux clos, une main derrière la tête et l'autre reposant sur son ventre. Après cela, ce « double » ouvrit les yeux et tourna la tête sur la gauche avant de se redresser en position assise, et sourit à quelqu'un que la mutante ne pouvait voir. Le paysage lui était étranger, de même que cette robe qu'elle portait. En revanche, la marque sur son avant-bras… Elle baissa les yeux et y aperçut la même, mais cela ne la perturba pas plus que cela. Puis un autre flash survint et les lieux se modifièrent à nouveau. Son autre « elle » était adossée à un arbre, mais pas parce qu'elle le voulait. Elle avait l'air d'avoir été propulsée avec force contre ce dernier, comme si elle se battait contre un adversaire plus redoutable qu'elle. Son arcade sourcilière droite était ensanglantée et ses yeux semblaient prêts à lancer des éclairs. Le tronc de l'arbre contre lequel elle s'appuyait commença à noircir sous ses doigts puis elle s'élança vers l'avant, puis tout disparut subitement, et la mutante se retrouva à nouveau dans sa chambre, devant la grande fenêtre, abasourdie, déstabilisée même. Elle releva les yeux vers Eléa, qui paraissait toute aussi surprise qu'elle.

« … Tu n'étais pas supposée voir cela… » souffla le reflet.

−Quoi donc ? Qu'est-ce que c'était ? Pourquoi je me battais ?

« … »

−Où étais-je ? Est-ce que c'est quelque chose qui va se produire… ? demanda-t-elle, mais elle n'obtenu aucune réponse de la part de son interlocutrice. Dites-le-moi… !

«… Peu importe… » soupira finalement l'image de la déesse. « Tout ce que je peux te dire, c'est que lorsqu'Il viendra… Il te prendra quelque chose qui compte pour toi… »

−… Qui… ? murmura la mutante, se disant que sa fatigue devait être en train de lui jouer des tours et qu'elle n'avait rien à perdre en questionnant ce qu'elle croyait être une hallucination, et l'autre soupira en secouant légèrement la tête, presque dépitée.

« Il va falloir que tu sois forte… Il va tout vous prendre… »

−Dites-moi de qui vous parlez, répéta calmement Madison. Je saurai le repousser, qui qu'il soit, poursuivit-elle, sûre d'elle. Donnez-moi son nom…

−Quel nom ? lui lança une voix masculine derrière elle, ce qui l'incita à se retourner et elle aperçut Tony, se tenant dans l'embrasure de la porte, puis elle remarqua que les lumières de la salle commune étaient à nouveau toutes allumées.

Elle se tourna à nouveau vers la fenêtre afin d'observer son reflet, mais celui-ci était redevenu parfaitement normal, et elle fronça les sourcils.

−De quoi parlais-tu ? reprit l'homme, intrigué.

−… De rien, finit-elle par répondre d'un ton peu assuré. Je… J'ai dû rêver, c'est sûrement parce que je manque de sommeil… déclara-t-elle en allant à la rencontre de son grand frère. Je ferais mieux d'aller me coucher, lui dit-elle avant de déposer un rapide baiser sur sa joue, puis elle s'éloigna en lui souhaitant simplement « bonne nuit ».