CHAPITRE 24
OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. N'hésitez pas à laisser des reviews. Ça fait toujours plaisir.
Quinze minutes…
Tarn les compta, l'une après l'autre.
Honnêtement, il avait été clément. Quinze minutes, c'était déjà trop long, surtout quand il savait de qui il s'agissait.
Il n'avait pas menti à Vos quand il lui avait rapporté que le crime de Fulcrum était celui d'avoir vécu. Parce que c'était la vérité : Fulcrum avait été un lâche depuis le commencement. En charge de l'éco-structure sur B'lahr 39, il avait déserté son poste quand les Autobots avaient attaqué. Capturé par Deathsaurus, il avait été envoyé à la prison de Styx quand cette dernière existait encore. Là-bas, il avait été condamné à mort et aurait dû être exécuté par la « Roue du Traître », l'un des plus bels instruments de torture que les Decepticons aient pu inventer (Tarn en gardait encore un exemplaire dans les sous-sols du domaine sur Messatine). Mais Fulcrum avait été chanceux : ils avaient besoin de chaire à canon et tous les prisonniers devaient ainsi participer à l'attentat suicide par bombe de la K-class, spécialisée formée pour organiser la propre destruction du volontaire.
Fulcrum serait mort pour la Cause. Une bonne façon de laver ses péchés.
Mais non. Il avait survécu. Au moment de sauter et mourir avec sa propre escouade, Fulcrum avait encore fait preuve de lâcheté et était resté immobile et silencieux. Et suite à une nouvelle ironie du destin, il n'avait pas explosé au moment où il s'était écrasé au sol.
Autant l'éradiquer une bonne fois pour toute. Les lâches n'avaient pas leur place parmi les Decepticons.
« Et nous rendons grâce à notre Seigneur et fondateur pour que son courage et sa sagesse éclairent le chemin vers la paix éternelle et la tyrannie inlassable. »
« La paix à travers la tyrannie »
Vos leva la main pour se faire entendre. Il souhaitait être le premier à torturer Fulcrum.
« Ce n'est pas juste ! C'est toujours toi qui commences, grogna Helex.
- Laisse-le tranquille, lui rétorqua sèchement Tesarus.
- Premier arrivé, premier servi, ricana Tarn.
Cela lui faisait plaisir de les voir faire preuve d'autant de ferveur dans leur mission. Kaon se tourna vers Tarn.
- Temps écoulé, on dirait.
- Je leur ai accordé une demi-minute supplémentaire, remarqua Tarn.
Ils devaient avoir fait leur choix. Peu importe lequel. Tarn réactiva la communication. Une fois la connexion ré-établie, Tarn éleva la voix.
- Mes camarades Decepticon, je-
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase.
La silhouette de l'un des Scavengers, que Tarn reconnut comme étant Krok, apparut à l'écran et le coupa :
- Ta cible est morte, Tarn. On a laissé son cadavre dehors pour que tu puisses le récupérer.
Le silence tomba.
Un cri d'agacement et de déception général résonna dans tout le Peaceful Tyranny. Tesarus eut même un geste d'humeur, frappant le mur. Tarn haussa un sourcil, plutôt surpris par un tel revirement inattendu.
Ils n'avaient pas mis longtemps à faire leur choix. Trahir leur camarade était quelque chose de prévisible pour avoir la vie sauve.
Au moins, Fulcrum avait été chanceux. Il n'aurait pas enduré la torture qui l'attendait. Pour calmer ses camarades qui commençaient à s'agiter, Tarn intervint, répondant d'une voix calme :
- Dans ce cas, vous devriez sortir. J'apprécierais vous rencontrer pour pouvoir vous remercier…
Il marqua une pause, d'un ton laissant entrevoir la menace et l'irritation sous-jacentes.
- …Même j'aurais préféré me débarrasser de Fulcrum personnellement.
Il coupa la communication.
Le vaisseau était déjà en train d'atterrir. Il chargea son canon et se tourna vers ses camarades qui s'étaient déjà préparés au massacre. Kaon tenait Vos en son mode fusil sniper tandis que Helex et Tesarus s'approchaient des portes.
C'était ce genre de situation grise que Tarn avait souvent du mal à résoudre. D'un côté, ils avaient accompli leur tâche et avaient obéi à la Cause Decepticon. Mais de l'autre, ils avaient empêché la DJD de mener leur mission.
Tant pis. Autant attendre et voir le cadavre de ses propres yeux avant de décider.
Dès l'instant où le vaisseau se posa au sol, Tarn sortit le premier dehors. Son canon prêt, Tarn récita les mots de Vers la Paix :
- « On vous a trompés ».
Il se transforma en son mode tank. Au loin, un petit groupe de cinq individus les attendait. Leur seule vue suffisait à dégoûter Tarn même s'il se concentra surtout sur le cercueil qu'ils avaient laissé à disposition.
On dirait qu'ils avaient dit vrai.
- Combien de fois le cri de ralliement de Megatron nous vient à l'esprit ?
Il s'arrêta devant le cercueil. Tarn se pencha dessus, la curiosité ayant raison de lui. Ils n'avaient jamais résisté à l'envie d'ouvrir un cercueil.
Les Scavengers se tenaient tous aux aguets, immobiles.
Ils avaient peur…Tarn pouvait le sentir.
Mais…autre chose ?
Autre chose qu'ils…
Tarn commençait déjà à ouvrir.
Ce ne fut que trop tard qu'il entendit l'un d'eux souffler le mot maudit.
Maintenant.
Un clic…
Et une silhouette gigantesque surgit de travers le cercueil. Tarn n'eut le temps de rien voir qu'il reçut un coup de poing en pleine mâchoire ainsi qu'un autre en plein entrejambe.
Il vit des étoiles. Au moment où il récupéra sa vision, ce fut pour voir une abomination qu'il aurait aimé oublier et effacer de sa mémoire fondre sur lui.
Grimlock…
Ils avaient fait équipe avec GRIMLOCK !
Ils étaient morts.
Tous autant qu'ils étaient. Tesarus se jeta sur Grimlock pour le mettre à terre. Tarn s'élança et se transforma pour lui rouler dessus, encore et encore.
Mange la terre…mange la terre…
« J'avais oublié combien je te détestais ! »
Il ne laissa pas le temps à Grimlock de se relever. Il l'agrippa par le casque pour lui tirer la tête en arrière, se mettant à hauteur de son visage.
« Cette sensation est enivrante… » susurra-t-il d'une voix mielleuse.
Ce fut le signal pour ses camarades pour intervenir.
Eux qui souhaitaient un massacre, ils étaient servis. Surtout que les Scavengers étaient déjà en train de se séparer. Règle numéro un dans un groupe face à un danger : on ne se sépare pas ?
Derrière lui, Helex barrait déjà le chemin de Misfire.
Ton timing est aussi mauvais que ton ciblage.
Et comment…
Le combat ne serait même pas équitable. La lutte venait à peine de commencer et la totalité des Scavengers était déjà maîtrisée. Helex en avait mis deux à terre (Spinister et Crankcase). Kaon et Vos faisaient équipe et s'occupaient d'un chacun (Misfire et Krok). Quant à Tesarus, il venait de capturer Flywheels avec aise.
Primus, aie pitié de mon spark !
C'était déjà fini pour lui. L'un d'eux cria le nom de son camarade décapité et scié par Tesarus. Kaon le redressa et Vos en profita, retirant son propre visage pour l'enfoncer sur celui de sa victime. Tarn était trop occupé à lutter contre Grimlock et à le garder à terre pour voir la suite mais il comprit que Misfire souhaitait aider son camarade en tirant sur Kaon et Vos…sauf qu'il visa mal et tira sur son propre camarade à la place. Helex avait raison : un génie du ciblage. Surtout qu'il ne parvint même pas à maîtriser le Chien qui sauta sur lui à son tour.
Cette lutte ne servait à rien.
Et Fulcrum qui profitait pour s'enfuir. Encore.
Il n'y avait que Grimlock qui en valait le détour. Tarn lui agrippa les joues avant d'approcher son visage, ce dernier se retrouvant à quelques centimètres de celui du Dinobot.
- Tu ne seras pas surpris d'apprendre que j'ai lu les fichiers du Banzai-tron sur chacun des Decepticons, l'informa-t-il d'un ton douceâtre. Ce sont tous les Decepticons. Du membre du Conclave le plus titré jusqu'au plus insignifiant maître de pelletage d'energon.
Ses mains descendirent, serrant les câbles de la gorge de cette erreur.
- Je les classe, tu vois. Dans ma tête. Je les classe selon leur force, leur intelligence, leur loyauté. Un classement, un ordre d'importance.
Il avait attendu ce moment tout ce temps. Sa voix devenait de plus en plus sourde. Derrière son masque, sa bouche se posait presque sur l'audio du Dinobot :
- Au sommet, Megatron, notre fondateur. Le Tarnien qui a osé élever la voix et poser des questions. Et en bas…hé bien. Voilà le sujet. Je ne sais pas comment tu as réussi. Je ne sais sincèrement pas comment tu t'es débrouillé. Mais tu as rejoint les six pires échecs de tous.
Il aurait pu continuer…
Jusqu'à ce qu'un poids l'enfonce dans le sol. A nouveau, sa vision disparut. La douleur fut brève et sans importance comparée au coup infligé.
Quand il rouvrit les optiques il vit un pied géant au-dessus de sa tête.
Un robot géant, digne des plus grandes séries Cybertroniennes.
« MIGHTY MEGA PUNCHER ! »
Avec le symbole Decepticon sur le genou.
Quelle honte ! Il devina qu'il s'agissait de Crankcase. Tarn se redressa, essayant de sortir du trou qu'avait formé l'accessoire grotesque. Ses camarades ne devaient pas hésiter. Il s'agissait simplement d'un Cybernought. Ce n'était pas la première fois qu'ils en rencontraient un.
Kaon s'élança le premier, rassemblant son électricité avant de viser le traître. Tarn parvint à se relever et à se transformer pour tirer dessus.
Le Cybernought s'effondra comme un château de cartes. Merci d'être passé.
C'était n'importe quoi. Ce qui aurait dû être un massacre s'était transformé en une cour de récréation.
Il y en a marre. Tarn reprit son apparence robotique et pressa sur le bouton de son châssis.
- Fulcrum ! Ca suffit ! Sors et affronte la musique !
- En haut, Tarn.
Le leader de la DJD releva la tête.
Enfin…Fulcrum.
Sur une plateforme, en hauteur. Une silhouette. Lui-même.
- J'ai préparé un discours.
Sérieusement ? soupira Tarn.
- Crois-moi, on n'en a rien à bran—
- Silence. Je vais parler et vous allez m'écouter après ce qui vient de se produire.
On va dire que ce sont ses dernières volontés ? Dites-moi que ce sont ses dernières volontés, supplia intérieurement Tarn.
- J'ai été chanceux : j'ai été forgé quand l'empire Decepticon était à son apogée. On a combattu nos oppresseurs, on a brûlé un système qui servait seulement à ceux au sommet et on est allés encore plus loin : nous avons redéfini la galaxie en la nettoyant des races organiques. Ils étaient trop sous-développés pour reconnaître leur nature inférieure.
Oui…Ils le savaient. Tous le savaient.
- Et vous savez pourquoi tout cela a tourné mal ? A cause des gens comme vous. Les bandits, les sadiques, les psychopathes…Les gens qui utilisent la guerre comme excuse pour infliger la souffrance aux autres.
C'est faux. Tout cela est faux. Qui es-tu pour dire quoi que ce soit ?
Tu es juste un traître.
- Hier, ma foi en la Cause a été restaurée. J'ai rencontré six Scavengers. Ils étaient ordinaires, normaux et brillants. Ils se sont battus pour moi quand vraiment, je ne le méritais pas.
C'était supposé l'émouvoir ?
Oui, il ne méritait pas qu'on se batte pour lui. Mais ils faisaient partie de la même catégorie.
- Je sais que vous les regardez de haut. Mais un seul d'entre eux vaut dix de vous.
Tarn se battrait pour ses camarades s'ils étaient en danger. Fulcrum n'était pas meilleur que lui ou les Decepticons les plus haut-gradés.
Non. Fulcrum n'était pas meilleur qu'eux.
Les Scavengers n'étaient pas meilleurs qu'eux.
Il étendit les bras.
- Alors, voilà ce que je vais faire pour eux et pour tous ceux que la DJD a tué. Pour tous ceux qui ont tourné le dos et ont protesté contre ce que la Cause Decepticon est devenue.
Tarn secoua la tête.
Inconcevable. Il n'apprendra rien ?
- Je n'y crois pas : tu cours !
- Non, Tarn. Je saute.
Fulcrum se jeta dans le vide.
Tarn comprit immédiatement ce qu'il comptait faire quand il le vit se transformer en bombe en plein vol.
Tout de suite, il se mit à courir, criant à ses camarades d'évacuer la zone.
Ce lâche s'était transformé en kamikaze.
Et il s'écrasa…laissant une petite fumée à l'endroit où il avait atterri.
Bon, il était sûrement mort maintenant. Il pensait que la K-class causerait plus de dégâts.
Il était sur le point d'ordonner à ses camarades d'achever les autres quand Kaon se précipita vers lui avant de lui attraper le bras, un grand sourire excité :
- Tarn. Je l'ai trouvé ! Enfin, je l'ai trouvé ! Sa signature énergétique !
Tarn écarquilla les optiques.
- Je sais où il est !
- Overlord ?
Sa bonne humeur revint.
Enfin. Enfin…
Il ordonna aux autres de rejoindre le vaisseau. Ils avaient une meilleure cible à traquer. Une cible avec beaucoup plus de valeur que les Scavengers réunis.
Avant d'entrer au Peaceful Tyranny, Tarn prit le temps de s'adresser une dernière fois au groupe des erreurs qui leur avait fait perdre leur temps.
- A ceux qui peuvent encore m'entendre : mes félicitations. Vous avez été ajoutés à la Liste.
Ah. Il oubliait. Bien sûr.
- Et Grimlock, rassure-toi. On reviendra éventuellement vers toi.
Oh oui. C'était sûr.
Le Peaceful Tyranny décolla.
Tarn s'installa sur son siège, reprenant lentement sa respiration.
Cette traque avait été plus intéressante que ce qu'il n'avait prévu…
Mais cela s'était bien terminé. Et surtout…
Tarn sourit derrière son masque, sentant l'excitation monter en lui.
Overlord, j'arrive.
« Borealis.
Faction : Decepticon.
Antécédents : admise en urgence le XX/XX/XXXXX après agression. Arrêt pendant dix jours.
Admise en urgence le XX/XX/XXXXX pour perte de vision. Diagnostic négatif. Retour chez elle le jour d'après.
Admise en urgence le XX/XX/XXXXX pour douleur au spark. Diagnostif négatif. Retour chez elle le jour d'après. »
Nickel parcourut le dossier de sa patiente en long et en large.
En-dehors de la première admission aux urgences, où le diagnostic s'était révélé positif, les autres visites à l'hôpital s'étaient soldées par un retour au domicile.
Les dires de son confrère étaient manifestement fondés. Toutefois, avait-ce réellement été du cinéma comme le soupçonnait le medic ? Nickel ne saurait le dire. C'était encore flou pour qu'elle fasse sa propre opinion.
La Minicon quitta la salle pour se rendre à la chambre de Borealis. En chemin, elle continua de lire le Pad.
« Situation professionnelle : menuisière.
Situation personnelle : a une sœur jumelle Australis. Situation professionnelle de cette dernière : menuisière. »
Nickel éteignit le Pad. Elle pressa sur le bouton d'ouverture de la chambre pour entrer.
Borealis était encore allongée. Mais cette fois-ci, elle paraissait bien éveillée. Nickel n'eut pas le temps de faire deux pas que Borealis éleva la voix :
« Encore vous ? On vient à peine de se quitter. »
Nickel plaça les mains sur les hanches.
- Désolée d'exercer mon métier.
Borealis tressaillit. La Minicon ne s'attarda pas et la questionna :
- Vous avez été admise la première fois ici en urgence. Pour agression. Vous pourriez m'en parler ?
Borealis se mura dans le silence.
- J'aborde le sujet, précisa Nickel, parce que vous avez peut-être d'anciennes blessures qui se sont rouvertes. C'est une possibilité.
- …Ce n'était rien.
- Rien ?
- Une agression de rue. J'avais bousculé une personne et…voilà.
- Je ne suis pas certaine que se faire bousculer soit un motif d'agression, grimaça Nickel. J'espère que la personne a été punie.
Borealis ne commenta rien.
- Vous avez souffert de douleurs similaires à celles que vous ressentez actuellement ?
- Je vous assure que ce n'est rien. Je vais mieux.
- Répondez simplement à la question.
La patiente soupira.
Elle parut réfléchir, comme si elle fouillait dans ses souvenirs.
- Je ne me rappelle plus. Peut-être. Mais ce n'était pas grand-chose.
- Pas grand-chose ? Vous avez été en arrêt pendant dix jours. Je le sais. C'était dans votre dossier.
- Ce n'était pas la peine de me mettre en arrêt pendant dix jours. C'était plus que ce qui était nécessaire.
Nickel croisa les bras, incrédule.
- Et actuellement ? Comment vous sentez-vous ?
- Beaucoup mieux. Vous n'avez pas besoin de vous inquiéter davantage, docteur.
Elle ne la croyait pas. Elle mentait encore.
- Je vous touche à peine que vous avez déjà mal.
- Je suis juste un peu douillette. C'est moi qui fais du cinéma.
- Borealis, je ne suis pas là pour vous juger.
Nickel posa le Pad sur la table de chevet avant d'activer ses fusées pour se rapprocher d'elle.
- Parlez-moi. S'il vous plaît.
- Je vous dis que je vais bien. Il n'y a pas lieu à s'inquiéter.
- Et moi, je m'inquiète.
La medic sentit Borealis se tendre.
- Vous…vous inquiétez ?
- Bien sûr que je m'inquiète. C'est mon rôle en tant que medic. Et si vous ressortez d'ici alors que vous n'étiez pas en état, cela sera de ma responsabilité.
La patiente laissa les bras pendre le long de son corps.
- …Je n'envisageais pas les choses sous cet angle.
- Alors, laissez-moi vous aider. Que ressentez-vous actuellement ? Sincèrement ?
Borealis tourna sa tête, comme pour la fixer droit dans les optiques.
Cette réaction était déjà meilleure que ce qu'elle n'espérait.
- Je me sens…
Elle ne finit pas sa phrase.
Nickel se mordit la lèvre, réfléchissant à une question moins directe.
- Sur une échelle de 1 à 10…à combien vous la notez ? Votre douleur ? Ce n'est pas quatre, hein ?
Borealis n'émit aucune réaction immédiate.
- Donnez-moi le chiffre exact.
Il n'y avait aucun intérêt pour elle de mentir.
Un silence tomba. Nickel crut qu'elle ne lui répondrait jamais. Elle était sur le point de reculer, de récupérer le Pad.
- …Huit.
Huit ?
- Huit ? La douleur ?
- …Je me sens…c'est insupportable.
La voix de Borealis tremblait dorénavant.
Il n'y avait plus de masque…c'était beaucoup plus sincère que tous les mensonges qu'elle avait utilisés pour fuir les questions de Nickel.
Si c'était le cas…
Nickel était sur le point d'appeler un infirmier pour qu'on lui administre un traitement afin de la soulager quand le même medic qu'elle avait croisé dans les couloirs fit irruption à l'intérieur de la chambre.
D'une voix ferme et sans émotion, il déclara à Borealis :
- Vous quittez l'hôpital. On a contacté votre sœur Australis. Elle vient vous chercher.
- Merci, balbutia Borealis.
Nickel se figea.
Tout de suite, elle se retourna vers le medic. Il n'était pas sérieux ?
- Elle vient juste de me dire qu'elle ressentait huit au niveau de la douleur. Elle souffre beaucoup.
- Cela a été décidé, rétorqua le medic.
- Elle ne peut pas quitter l'hôpital maintenant.
Si la douleur était aussi intense, elle ne serait pas en état de rentrer chez elle. Encore moins de travailler.
- Je souhaite la garder en observation. Au moins pendant trois jours, s'exclama Nickel.
- Refusé.
- Pardon, je me suis mal exprimée : j'EXIGE la garder en observation au moins pendant trois jours.
- Ce n'est pas à vous de décider.
- Elle n'est pas en état de sortir maintenant !
- Vraiment ?
Le medic se retourna vers la patiente.
Dans ses optiques, une expression dédaigneuse.
Ce mépris…comment pouvait-il… ?
- Vous vous sentez en état de sortir ? grinça le medic.
Borealis se redressa.
Dis-lui ce que tu viens de me dire, l'incita Nickel.
- Je me sens parfaitement bien.
Quoi ?
Borealis prit une inspiration.
- Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps. Il faut que je retourne travailler maintenant.
Nickel la toisa, tétanisée par sa réaction qui était l'inverse de celle qu'elle avait eu quelques minutes plus tôt.
- Parfait. Affaire réglée, il me semble, décréta le medic, nonchalant. Evitez ces allers-retours inutiles à l'hôpital. La prochaine fois, on ne vous laissera même pas entrer.
- …Bien.
- Votre sœur arrive dans quelques minutes.
La Minicon allait protester. Quitte à crier, hurler pour que le medic reste et revienne sur sa décision. Mais ce dernier se contenta de la planter là, au bout milieu de la chambre, sans lui accorder davantage d'attention.
Nickel se retourna d'un bloc vers sa patiente.
- Vous vous fichez de moi ?
- Je suis désolée, répéta simplement Borealis en baissant la tête.
- Vous venez de me dire que votre douleur était à huit ! Je ne peux pas vous laisser partir comme ça sans d'autres examens complémentaires.
Borealis n'eut rien à dire.
- A moins que ce que vous m'avez dit tout à l'heure était un autre mensonge ? Pourquoi venir ici si vous n'avez rien ? Vous dites que vous deviez travailler pour faire survivre votre entreprise. Que le travail est toute votre vie. A quoi cela rime ? cria Nickel.
- …J'ai peut-être un problème.
- Un problème à la tête, ouais ! cracha Nickel.
Sa réaction fit sursauter la patiente. Borealis se recroquevilla dans son lit, et Nickel réalisa que ses épaules tremblaient.
Tout de suite, elle prit une inspiration pour se calmer.
Si en plus, elle l'effrayait, cela n'arrangerait rien. Elle pouvait crier contre les autres membres de la DJD. Mais Borealis n'endurerait pas de la même façon.
Non. Vu son attitude, elle n'endurerait sûrement rien du tout.
- Je veux seulement vous aider.
- Parce qu'on est membre de la même faction ? la questionna prudemment Borealis, le ton apeuré.
La medic soupira.
- Ouais. D'une certaine façon.
- J'adore raconter des mensonges, admit Borealis, penaude. Je suis désolée que vous en ayez été victime.
C'était l'hypothèse la plus probable.
Une menteuse en chef, un cinéma, une admission à l'hôpital pour être en repos quelques jours. Diagnostic fait.
Nickel ne répondit rien.
On frappa à la porte.
- Je vous entends crier. Qu'est-ce que vous faites à ma sœur ?
La Minicon se retourna.
Elle se figea en voyant la nouvelle arrivante. Il s'agissait d'une fembot aux couleurs dominantes jaune et rose, beaucoup plus imposante que Borealis.
Elles étaient jumelles mais elles ne se ressemblaient pas du tout.
Après, aux vues des conditions de Borealis, c'était peut-être le cas avant.
La visiteuse toisa Nickel avec un air méfiant. Nickel soupira.
- Rien. Je n'ai plus rien à faire ici.
- Bien. Borealis ? Comment vas-tu ?
Borealis tendit les bras vers sa sœur. Cette dernière l'aida à se redresser.
- Australis…je…je suis désolée.
- Lève-toi. On rentre. D'accord ?
Nickel l'observa se remettre debout.
Quand Borealis se dirigea vers la porte, la Minicon réalisa qu'elle boîtait. Avant d'atteindre la porte, elle manqua de trébucher. Plusieurs fois.
Non. Là, ce n'était pas un mensonge. Elle souffrait véritablement.
- …Au revoir, docteur, lui adressa Borealis piteusement.
Elle ne lui répondit pas.
La dénommée Australis était sur le point de la rejoindre quand Nickel l'interpella, l'invitant à rester quelques instants. Elle vit à son expression que cela l'agaçait, mais elle s'arrêta quand Nickel lui précisa qu'il s'agissait de sa jumelle.
- Comment est-ce arrivé ? la questionna la medic. Ses douleurs… ?
- Au travail, répondit Australis presqu'au tac au tac. On construisait un nouveau bureau et elle s'est effondrée au sol. C'est moi qui l'aie emmenée ici.
- Et elle ne montrait pas de signes avant-coureurs ?
- Non, pas vraiment.
Cela ne l'avançait pas vraiment.
Elle aurait espéré qu'Australis lui en apprenne davantage. Sur les circonstances de l'accident de sa jumelle.
Nickel se prit le menton, pensive.
- J'ai appris qu'elle avait souffert d'une agression lors de sa première admission en urgence.
- Oui, effectivement, approuva Australis après un temps.
- Vous croyez que la même chose est arrivée ? C'est possible que ses douleurs se soient éveillées plus tard. Même quelques heures après une agression.
Australis fixait le sol, les bras croisés autour de son châssis.
- C'est possible. Vous savez, Borealis a tendance à se laisser beaucoup faire. Cela ne me surprendrait pas.
- Donc, elle aurait été agressée ?
- J'imagine que vous savez—
- Oui.
- Cela n'a pas joué en sa faveur. Elle a toujours été la victime de tout le monde. Un punching-ball. Et cela n'a jamais évolué.
J'imagine, devina Nickel. Les victimes d'agression ont parfois tellement honte qu'elles n'osent rien avouer.
- Ecoutez, il faut que j'y aille, fit Australis. Mais je lui poserai des questions sur ce qui s'est passé. Peut-être qu'elle me parlera. En tant que jumelles, on sait ce qui perturbe l'autre. On le sent car on partage le même spark.
- Il ne faut pas qu'elle travaille. Pas immédiatement, en tout cas. Autant limiter les risques.
- Je vais l'enfermer dans sa chambre si besoin, sourit la fembot. Ne vous inquiétez pas. Merci, docteur.
Nickel opina du chef.
C'était déjà rassurant…
- …Vous n'êtes pas d'ici, hein ? s'étonna Australis alors qu'elle était sur le point de disparaître.
- Non.
- …Je m'en doutais.
Australis quitta la chambre.
« Les Scavengers recherchent le Necrobot. »
Tarn haussa les épaules à ce constat, ne détachant pas ses optiques de l'écran. Kaon pianota sur le clavier, moqueur.
- Les pires Decepticons, en effet.
- Le Necrobot serait sur Necroworld. On le savait déjà à l'époque quand on l'a appris. Mais bon. Le territoire est neutre. Il y a plus important à faire.
- En effet.
Ils étaient en approche d'Elba. Ironiquement, il s'agissait également du lieu où avait été localisée autrefois Garrus-9, que le Phase Sixer avait pris d'assaut avant d'y régner. Overlord devrait apparaître dans quelques instants sur l'écran. Le spark de Tarn eut un rythme plus rapide tant il était impatient. Overlord ne ferait pas comme les Scavengers. Il ne se rendrait pas de lui-même.
Tant mieux. Où était le fun ?
Pourtant, rien n'apparut. Kaon chercha encore et encore. Tarn croisa les bras, sentant l'agacement poindre.
- Rien ?
- Je croyais…pourtant, les résultats indiquaient qu'il était ici. A ces coordonnées. Sa signature énergétique…On l'a senti.
- Cherche encore.
Kaon s'exécuta. Mais au bout de dix minutes, les résultats furent négatifs.
Tarn manqua de frapper le bureau. Ils étaient si près du but. Comment une cible comme Overlord pouvait leur échapper ?
Et ce n'était pas le détecteur qui dysfonctionnait. Non. Les résultats étaient fiables. Tarn se prit le visage, se massant les optiques. Le Peaceful Tyranny se posa. Il fut le premier à quitter le vaisseau, suivi par ses camarades. Son canon prêt à tirer, il inspecta les alentours.
Garrus-9 n'existe plus. C'est tombé et définitivement. Rien à voir avec ses souvenirs.
Overlord était peut-être caché par ici. Ou peut-être les attendait-il déjà.
- Commandant, l'interpella Helex. Regardez.
Du bout du doigt, il lui montra quelque chose enfoncé dans le sol. Tarn se pencha pour examiner l'objet.
On dirait un optique…
Tarn le ramassa pour le contempler plus attentivement.
C'était un optique…un optique brisé, rouge, dont les fils pendaient encore.
Probablement celui d'un Decepticon qu'Overlord avait pris plaisir à massacrer. Ou peut-être était-il mort par la main d'un Autobot. Kaon s'approcha et pointa le détecteur dessus.
- Que fais-tu ? l'interpella Helex.
- Je me demande si—
Le détecteur bipa.
Tarn observa l'optique dans le creux de sa main avant de le broyer. Les bruits cessèrent.
- Fausse piste. Le détecteur a confondu la signature énergétique d'Overlord avec celle de son optique moisi.
Pas la peine de chercher plus loin. Tarn eut du mal à cacher sa déception. Il poussa un soupir et était sur le point d'appeler ses camarades à rentrer au vaisseau. Helex était encore penché près de l'endroit où ils avaient découvert l'optique.
- Tarn…Quelque chose est inscrit ici.
- Ah oui ?
- C'est de l'ancien Cybertronien.
Ah.
Vos s'approcha à son tour pour lire les inscriptions en Primal Vernacular.
- « Trouvez le cœur de vos souvenirs les plus importants au lieu : Memory Mansion. »
- Memory Mansion ? s'étonna Kaon.
- C'est quoi, ce charabia ? soupira Tesarus. Je m'ennuie. Où est Overlord ?
Cela intriguait également Tarn. Il se contenta de secouer la tête.
- Je l'ignore. Et je l'ignore aussi, Tesarus.
Memory Mansion…
Un lieu à retenir, alors. Même si Tarn n'était pas enclin à vouloir explorer ses souvenirs les plus importants. Il était très bien comme ça. Alors qu'ils s'avançaient vers le vaisseau pour quitter Elba, Tarn s'adressa à Helex :
- Contactez tous nos agents. Ils ont peut-être une piste sur Overlord.
Ce n'était que partie remise.
Il le tuerait comme promis. Et ce sera un moment inoubliable.
Elle était en repos quand on frappa à la porte de son appartement, tôt le matin.
Un coup. Deux coups.
Nickel grommela dans sa recharge, se retournant pour avoir la paix. S'il s'agissait de Knockout ou Velocity, ils seraient bien reçus.
Curieusement, les coups cessèrent. Nickel entrouvrit un optique et se redressa, perplexe.
On n'insista.
Elle finit par ramper vers la porte d'entrée et se laissa porter par ses fusées pour l'ouvrir.
Personne.
Mais…quelque chose était déposé sur le pas de la porte. Une sorte de colis. Nickel s'avança pour le ramasser.
Un mot avec.
« Merci de vous être inquiétée. A titre de dommages et intérêts. »
Signée Borealis.
Nickel fronça les sourcils avant d'ouvrir.
De l'energon. Juste pour elle.
C'était…étonnamment gentil.
