Bonjour!

J'ai voulu publier ce chapitre plus rapidement, mais ensuite j'ai plutôt opté pour une longueur plus généreuse (En espérant que ça compense!) ;)

Je me suis longtemps demandé si j'arriverais à me rendre à cette scène ou si j'abandonnerais avant. Je suis très contente d'avoir continué!

Il s'y passe beaucoup de choses et j'espère avoir évité des longueurs (c'était ma plus grande crainte)

Enfin, bonne lecture!

- Charlie

P.S. Et maintenant, fini de jouer! Mhahahaha!

.


.

CHAPITRE 20

Noctis attrapa le poignet d'Ignis et tourna la rolex vers lui pour y lire l'heure, mais il ne put distinguer les aiguilles dans l'obscurité. Il le lâcha, retenant le soupir qui lui montait au nez.

Ils étaient accroupis, un genou au sol, attendant le coup de grâce, dissimulés par les hautes herbes d'un champ sauvage à l'entrée de la porte sud. Il savait que ses Glaives étaient cachés tout autour de lui, couchés un peu partout dans la brousse, mais il ne pouvait pas les voir : les herbes étaient fournies et la pénombre les enveloppait avec talent.

Après le chaos au camp, le silence l'entourant lui sembla étrange, irréel. Ses oreilles vibraient toujours sous le souvenir du rugissement de la foule qui avait suivi son discours improvisé, se répétant en boucle comme un ver d'oreille, mais au-delà de ce spectre, seul le vent s'entremêlant aux herbes brisait le silence.

C'était, bien sûr, le calme avant la tempête.

Dans quelques minutes, le soleil se lèverait et la bataille serait déclenchée. Noctis prit conscience que sa nervosité s'était assagie. Il ressentait bien sûr l'effet de l'adrénaline, à la veille du moment fatidique, mais il ne sentait plus l'anxiété incontrôlable qui l'avait envahi plus tôt. Il pensa que c'était peut-être le fait qu'il ne pouvait plus reculer de toute façon, ou encore un effet secondaire de la confiance soudaine de ses soldats. Ou encore… peut-être que c'était l'impact du tireur accroupi à ses côtés.

Oui, il serait probablement mort d'impatience si ça n'aurait pas été de la main de Prompto sur son épaule qui le calmait. Elle s'était posée là quand ils s'étaient accroupis et elle n'était plus partie, comme s'il n'y avait rien de plus naturel qu'elle soit déposée à cet endroit précis dans tout l'univers.

Ce n'était qu'une main sur une épaule, mais pour Noctis, ça signifiait plus. C'était une façon de dire :

Peu importe notre situation, je serai là pour toi.

Noctis n'avait jamais espéré tant. Et il en était heureux.

Devant lui, entre les longues brindilles vertes, il pouvait voir la porte du mur. Elle était gardée par deux soldats seulement, deux impériaux vêtus de l'uniforme métallique, qui ne semblaient pas particulièrement sur leurs gardes. Derrière eux, dans l'obscurité flottant au-dessus des rues de la cité, Noctis pouvait apercevoir une rangée de magiteks aux yeux éteints et, plus loin, des daemons aux formes variées. Il y en avait tant que le jeune roi ne pouvait même pas les compter. Certains tournaient en rond, comme blasés par l'ennui, d'autres volaient dans des mouvements paresseux. Deux d'entre eux, à l'apparence de félins déformés par les stéroïdes, se provoquèrent soudainement en grognant et en claquant de la mâchoire, puis s'éloignèrent aussitôt l'un de l'autre.

Noctis leva les yeux vers le ciel. Les étoiles au-dessus de sa tête le narguaient, lui rappelant que le soleil ne se levait toujours pas. Il se demanda quelle heure était-il.

Et soudainement, pour la première fois, il eut un doute.

Les bombes exploseraient-elles? Avaient-elles été découvertes? Et si le dôme ne s'effondrait pas tel qu'espéré?

Il se retint de soupirer d'impatience, désireux de garder sa nervosité pour lui-même, et se mordit les lèvres. Il avait la désagréable impression que des centaines de bestioles grimpaient sur sa peau sous son uniforme et il espéra que ce n'était qu'une illusion. Il avait envie de se gratter partout, mais il n'osait pas bouger de peur d'attirer l'attention.

Alors, il resta immobile et attendit. Et attendit.

Et puis, enfin, merci aux dieux, le ciel changea de couleur. Ce fut si subtil au tout début que le jeune roi se demanda s'il hallucinait, mais après quelques secondes, il comprit que la scène au-dessus de lui était bel et bien en train de se transformer.

Son coeur se mit à tambouriner à une vitesse folle alors que la pénombre se peignit peu à peu d'un orange de plus en plus vif et qu'une sphère lumineuse apparut au-dessus de la ligne d'horizon.

Et soudainement, tout ce passa rapidement. C'était comme ces films tournés à haute vitesse, où l'on voyait la nature se transformer à une vélocité irréelle. Le soleil se leva si vite dans le ciel que celui-ci passa de l'orange au rose, puis au violet et au bleu à une vitesse surprenante. La lumière enveloppa peu à peu chaque parcelle de paysage au loin, commençant par les montagnes, puis les arbres, les herbes et finalement Insomnia.

Noctis pensa que c'était la plus belle vision qu'il n'avait jamais vu de toute sa vie.

Puis, il regarda Prompto et il dut se rétracter. La plus belle vision de sa vie était certainement le regard que son camarade avait posé sur lui.

Ses yeux, enfin illuminés par la lumière après avoir été dans l'obscurité si longtemps, étaient d'un bleu azur absolument hypnotisant, ses pupilles réduites au maximum. C'était un océan incroyable, pétillant et puissant, qui coupa le souffle du jeune roi. Sa peau était bercée par la lueur dorée du soleil et ses joues étaient parsemées de marques de rousseur orangées, comme un champ de dahlias. Ses cheveux étincelants et légers étaient dressés dans toutes les directions, tels les rayons d'un soleil.

Son soleil.

– Prêt?, lui demanda un Prompto souriant qui rabattait sa capuche sur sa tête.

Noctis n'avait jamais été aussi prêt de toute sa vie.

Il se retourna vers la porte et, constatant que les daemons avaient bel et bien disparus, il appuya sur le bouton de son oreillette, connectée à celles de ses soldats. Puis, malgré les coups de tambours qui battaient puissamment dans sa poitrine, ce fut d'une voix ferme et confiante qu'il lança son premier ordre à la tête de l'armée lucisienne :

– Chargez.

D'un coup, Noctis se leva puis courut droit devant lui, le coeur battant et le feu au ventre, et vit ses soldats en faire tout autant, apparaissant soudainement au-dessus des herbes et se ruant sur la porte dans un même mouvement de foule. Des éclairs bleutés apparurent de partout et Noctis lança un cri de guerre, emporté par une passion si forte qu'elle menaçait de lui faire exploser la poitrine. Tout autour de lui, il entendit ses Glaives répondre à son cri à coups de «Pour le Lucis!», «Pour le roi Regis!», «Pour l'Eos!». Prompto hurla «Pour Robocoooop!» et Noctis pensa brièvement qu'il devait y avoir quelques soldats autour d'eux qui se demandaient pourquoi bordel ce type se battait pour Robocop.

Noctis ne se téléporta pas vers l'avant. Il tenait à traverser la porte côte à côte avec ses Glaives et ce fut exactement ce qu'il fit.

Les deux impériaux n'eurent aucune chance. Surpris par l'attaque soudaine, ils n'eurent même pas le temps de dégainer leurs armes et furent neutralisés en moins de deux. Derrière eux, les magiteks s'activèrent, mais leur temps de réaction fut trop lent et les vingt premiers furent au sol avant même qu'ils ne puissent bouger.

Il n'eut pas de mots assez forts pour décrire l'exaltation que ressentit Noctis lorsqu'il enfonça son épée dans le torse d'un premier magitek, lorsqu'il vit de la fumée noire s'échapper du trou béant qu'il avait créé et qu'il le sentit tomber mollement au sol dans un bruit métallique. Il se retourna et décapita un deuxième cyborg d'un geste habile, puis abattit son arme sur la tête d'un troisième. Il entendit derrière lui des coups de feu familiers et se retourna pour apercevoir Prompto qui tirait sur plusieurs magiteks avec une agilité exemplaire, chaque balle se longeant parfaitement à un endroit fatal. À ses côtés, Ignis dansait littéralement avec ses dagues, fauchant un premier, puis un deuxième impérial, le cuir de son uniforme reflétant la lumière bleutée et ses yeux verts brillant encore plus fort sous sa capuche. Plus loin derrière eux, Gladio jonglait avec son épée disproportionnée, assommant les cyborgs les uns après les autres tout en hurlant des vulgarités à chacun d'entre eux.

Noctis pensa qu'il n'avait rien de plus satisfaisant de botter le derrière à des saloperies de Niflhes pour enfin les foutre dehors de sa cité. Il avait rêvé de ce moment depuis le tout début; depuis qu'il avait vu les Impériaux abattre des Insomniens sans défense au journal télévisé, depuis qu'il avait entendu les explosions ravager les rues.

Ce jour-là, il avait regardé, impuissant, les flammes dévorer la citadelle et avait dû fuir sans pouvoir rien y faire. Mais aujourd'hui, il n'avait plus la moindre once d'impuissance dans ses veines. Aujourd'hui, enfin, il allait se battre comme il se l'était juré ce jour-là.

Le Niflheim allait payer pour tout ce qu'il a fait, avait-il promis à Prompto.

Il démolit deux autres cyborgs avec facilité. Autour de lui, ses Glaives faisaient apparaître des armes bleutées, maniant leurs épées, leurs arcs ou leurs masses de façon exceptionnelle, portés par des années d'entraînement et la rage de libérer leur foyers. Les voir aller était impressionnant.

L'effet de surprise eut l'efficacité escomptée. Les impériaux, mal préparés à la disparition soudaine de leurs daemons, étaient désorganisés et tentaient de répliquer sans ordre logique. L'armée lucisienne en faucha une partie considérable dans les premières heures de la bataille sans trop de difficulté.

Peu à peu, cependant, les cyborgs devinrent plus nombreux, se rassemblant sur le lieu de la bataille et ralentissant considérablement leur avancée, et Noctis, comme ses soldats, se retrouva au centre d'une mêlée générale. Malgré l'effort soutenu qu'il déployait pour se battre et la chaleur du soleil qui plombait sur sa tête, il se sentait en contrôle. À ses côtés, ses camarades, les yeux brillants sous leurs capuches, ne semblaient pas montrer de signe de fatigue et travaillaient en parfaite symbiose.

Lorsque le nombre de soldats rendit ses manœuvres plus complexes, Noctis fit apparaître ses dagues, plus appropriées pour le combat rapproché. Il en planta une sans ménagement entre les côtes d'un soldat ennemi, puis il se retourna pour frapper un cyborg qui allait abattre sa hache sur lui; cependant, au même moment, un troisième Niflhe l'attrapa par derrière dans une clé de tête.

"Protégez le roi.", fit la voix autoritaire de Cor dans son oreillette.

Noctis n'avait pas réellement besoin d'être protégé : il s'était libéré avant la fin de sa phrase et avait pivoté pour faire face à son opposant. Gladio apparut cependant de nulle part et frappa le soldat du dos de son épée si fort que le type décolla littéralement pour atterrir à quatre mètres d'eux.

– J'étais en train de m'en occuper, râla Noctis en bloquant du même coup une nouvelle attaque de cyborg.

– Ordre du commandant!, s'exclama Gladio en sourire en coin.

Le colosse abattit son épée sur un magikek qui n'eut aucune chance.

– Dis, t'es pas trop serré dans ton uniforme?, demanda Noctis en repoussant un soldat du pied.

– Si tu t'apprêtes à faire un commentaire sur mon poids, tu peux aller te faire foutre tout de suite.

Gladio frappa un magitek du revers.

– Nah, c'est juste que je sais que t'es habitué à te battre les mamelons au vent, je me demandais comment tu t'en sortais habillé.

Noctis entendit Prompto éclater de rire derrière eux au même moment où il enfonçait sa dague dans la fente sous le casque d'un impérial.

– Putain les conneries que vous dîtes parfois, c'est pas croyable, fit le blond, hilare.

– Je me demande pourquoi je suis toujours ton bouclier, marmonna Gladio en enfonçant son poing dans le visage d'un cyborg qui tomba à la renverse.

Noctis aurait pu continuer à lancer des vannes infiniment, mais il dut se concentrer sur le combat. Des cyborgs continuaient de le charger avec une relative efficacité, mais celle-ci ne rivalisait pas avec sa technique de combat, perfectionnée dans les semaines précédentes par des entraînements extrêmes. Il passait d'une arme à l'autre sans problème, se téléportant parfois pour contrer certaines attaques, la lueur bleutée aveuglant ses ennemis et ses lames s'abattant de partout.

«Attention, Noct, tu t'éloignes.»

Il s'était déroulé une bonne demie heure lorsqu'il fut surpris par la voix d'Ignis dans son oreillette. Il leva la tête et comprit pourquoi : dans le chaos de la bataille, il s'était éloigné de ses camarades avec lesquels il était maintenant trop loin pour communiquer. D'une main, il enfonça son épée dans la gorge d'un magitek et de l'autre, il appuya sur l'appareil à son oreille :

– Compris.

Il tenta de se frayer un chemin vers eux, mais il constata rapidement que tout déplacement était devenu difficile, des dizaines d'ennemis étant apparus entre eux et lui. Il projeta son épée dans une ouverture entre deux machines, mais n'eut pas le temps de se téléporter : un soldat se précipita sur lui et le plaqua de toutes ses forces. Noctis roula sur l'asphalte, pris de court.

– Fuck!, échappa-t-il.

Il se releva rapidement, les coudes vibrant de douleur par le choc, et agrippa le soldat par le collet métallique de son uniforme. Ce dernier possédait des réflexes misérables et n'avait même pas eu le temps de se relever; il était toujours à genoux lorsque le jeune roi abattit son poing de toutes ses forces sur son casque. Celui-ci s'envola sur le choc et Noctis fit apparaître sa dague, prêt à la planter dans la gorge de son ennemi, lorsqu'il s'arrêta subitement.

Devant lui, de grands yeux terrorisés le regardaient. Des yeux de gamin, pas tout à fait ceux d'un homme.

Le soldat était affreusement jeune.

– T'as quel âge, bordel?!, s'exclama Noctis d'un ton abasourdi.

Des larmes coulèrent sur les joues du garçon et il balbutia des mots que le jeune roi, sous le bruit chaotique de la bataille, ne put saisir.

– Je t'ai demandé ton âge, merde!, hurla-t-il de nouveau en le secouant.

Le soldat était paralysé par la peur et, alors que Noctis pensa qu'il était mieux d'abandonner car les magiteks continuaient d'affluer autour de lui, le jeune soldat répondit enfin d'une voix tremblante :

– T-Treize… J'ai treize ans!

Noctis se mordit l'intérieur de la joue. Treize ans. Putain, ce n'était qu'un gamin. Comment l'empire avait-il osé imposer un uniforme militaire à un enfant de treize ans et l'envoyer sur le front. Le jeune roi sentit une colère noire grimper dans sa poitrine.

Il lâcha le soldat et, d'une voix sèche, il lui ordonna :

– Fous le camp.

Le garçon, confus, fixa Noctis de ses yeux bleus et exorbités par la peur – putain, ils étaient de la même couleur que ceux de Prompto – et ne bougea pas d'un millimètre.

– FOUS LE CAMP, J'AI DIT, MERDE!, hurla Noctis en le poussant d'un coup sec à l'épaule.

Le garçon sursauta, puis bougea enfin, se levant difficilement sur ses jambes flageolantes, se demanda visiblement s'il s'agissait d'un piège. Noctis échappa un soupir exaspéré, pressé par la bataille autour de lui, et le poussa de nouveau.

– Dégage, putain! T'es qu'un gamin, t'as rien à faire ici! Cours et fuis la ville au plus vite!

Et enfin, enfin, le garçon comprit. Il se retourna et prit les jambes à son cou, sprintant en direction de la porte sud du mur, contournant les Niflhes et les Glaives sans même un dernier regard vers l'arrière.

Noctis se mordit les lèvres en le voyant fuir à toute vitesse. Combien de ces soldats impériaux, qui se battaient maladroitement parmi les cyborgs, étaient des gamins comme lui, forcés de se battre plutôt que d'aller à l'école?

L'image de la mère niflhe et de ses trois garçons qu'il avait rencontrés dans le train lui vint à l'esprit.

Il savait que le Niflheim était connu pour appliquer une conscription très sévère, contrairement au Lucis dont ses Glaives étaient des volontaires qui décidaient par eux-mêmes de défendre leur patrie, mais bordel, il n'aurait pas cru que l'empire descendrait aussi bas au point d'obliger des enfants de treize ans à prendre les armes. C'était tout simplement inhumain. La guerre était une création d'adultes et pas un seul gamin ne devrait mourir sur un champ de bataille à leur place.

Il prit une seconde pour étudier les soldats Niflhes œuvrant dans la bataille autour de lui et il prit conscience que peu d'entre eux semblaient expérimentés. Des Stormtroopers, les surnommait Prompto.

Il soupira, puis, tout en évitant d'un mouvement du torse un cyborg qui l'attaquait, il appuya sur l'appareil à son oreille :

– Détruisez les machines, ordonna-t-il, mais tentez de capturer les soldats vivants et de les faire prisonniers.

Il eut un silence dans son oreillette et Noctis imagina Cor fronçant les sourcils. Après quelques secondes, pendant lesquels Noctis se débarrassa de plusieurs magiteks à coups d'épée, la voix de Cor se fit enfin entendre :

«Veuillez répétez.»

Noctis échappa un soupir irrité. Le son dans son appareil était parfaitement clair et il était certain que Cor avait bien compris la première fois. Il se doutait bien que le commandant n'appréciait pas l'idée, mais Noctis était catégorique.

Il savait son ordre nuirait à son armée. Il était plus facile d'abattre les soldats ennemis plutôt que de s'efforcer de les maintenir en vie, particulièrement dans la balance des forces actuelle. Mais il refusait de tuer des gamins, peu importe les risques que ça comportait. Les Lucisiens ne descendraient pas aussi bas que les Niflhes.

Il répéta donc son ordre d'une voix ferme. Un nouveau silence suivit et Noctis se demanda si Cor oserait désobéir à son roi. Il fut soulagé lorsqu'il entendit enfin :

«Bien reçu, votre altesse.»

Satisfait, il se tourna à nouveau vers ses camarades, dont la folie de la bataille avaient emmenés encore plus loin. Les magiteks autour de lui semblaient plus nombreux que jamais et il redoubla d'ardeur pour se frayer un chemin hors de leur nid d'attaque, mais il n'arriva pas à se dégager.

Un peu plus loin, il vit que ses Glaives avaient le même problème et il fut soudainement évident que leur sous-nombre était problématique. Peu à peu, les Niflhes s'étaient rassemblés avec plus d'efficacité et, déjà, une ligne de défense avait été créée devant les Lucisiens, empêchant leur progression. Noctis vit du coin de l'oeil ces derniers continuer le combat sans ralentir, mais ils semblaient débordés, tout comme lui.

Il rapporta rapidement sa concentration sur les cyborgs qui l'encerclaient. Il bloqua la lame d'une machine qui venait sur lui, puis se pencha pour en éviter une deuxième qui venait de sa droite. D'un mouvement vif, il enfonça son épée dans la gorge du premier cyborg, mais il comprit immédiatement qu'il venait de faire une erreur : son mouvement exposa ses côtes au second et celui-ci en profita pour entailler son flanc. Noctis échappa un cri lorsque la douleur aiguë résonna jusqu'au bout de ses doigts, et il pencha brièvement les yeux pour apercevoir un filet de sang rouge couler de son uniforme. Il n'eut pas plus de temps pour vérifier la blessure; il dut contrer rapidement une nouvelle attaque du même magitek et, alors qu'il n'avait même pas terminé son mouvement, il sentit un soldat appuyer le canon de son semi-automatique sur sa tempe. Il recula brusquement et le coup de feu passa si proche de son visage qu'il en eut le souffle coupé. Il recula à l'aveuglette, les oreilles sifflant désagréablement, et fonça à pleine force contre la poitrine d'un cyborg derrière lui. Il rebondit et tomba au sol; son genou s'écrasa sur l'asphalte et le choc résonna le long de sa jambe.

– Merde!

Il avait le coeur qui pompait si fort qu'il avait l'impression qu'il allait lui défoncer les côtes et ses poumons ne fournissaient plus assez d'air pour respirer. Il ne prit pas le temps de réfléchir et il se releva d'un coup en se projetant vers l'avant, les deux mains sur son épée pointée devant lui. Il embrocha la main du soldat qui échappa un cri de douleur. Son arme tomba à ses pieds.

Noctis évita la hache d'un cyborg d'un pas de côté et arracha le casque métallique du soldat de la pointe de son épée.

Il aurait espéré autre chose.

Mais devant lui se tenait une gamine, quatorze, quinze ans au maximum, à la tête échevelée et au visage couvert de saleté.

Saloperie.

Et Noctis ne pouvait rien y faire. Il ne pouvait pas lui expliquer de s'enfuir, parce qu'il était encerclé par des cyborgs qui continuaient à l'attaquer continuellement, ne lui laissant pas une seule seconde de répit.

Alors il se retourna et l'ignora, exposant son dos à elle, espérant à tout prix qu'elle ne ramasse pas son arme pour lui planter une balle entre les omoplates.

C'était risqué.

Non. C'était stupide.

Mais après une minute, deux minutes de combat ininterrompu, la réplique n'arriva pas et quand Noctis fut en mesure de jeter un coup d'oeil derrière lui, elle avait disparu. Il espéra à tout prix qu'elle avait fait comme l'autre gamin, qu'elle avait prise les jambes à son cou et avait déguerpi loin d'ici.

Il continua de se battre interminablement, le flanc droit douloureux et le souffle court, sans compter le nombre de cyborgs qu'il démolissait, le nombre de coups qu'il recevait et le nombre de fois qu'il crut mourir. À chaque fois qu'il avait une seconde pour regarder plus loin que les machines devant lui, il voyait un de ses Glaives tomber sous l'attaque d'un ennemi. Ils étaient trop peu nombreux et épuisés, visés de toutes parts par des cyborgs qui ne connaissaient pas la fatigue.

Noctis se demanda, le coeur serré, si la bataille était déjà perdue.

Mais il refusa de ralentir. Le soleil tombait sur lui à plein régime et il crevait de chaleur, de grosses gouttes de sueur lui roulant dans le dos. Lui-même commençait à se fatiguer, après s'être battu continuellement pendant plusieurs heures, mais il ne s'arrêta pas. Et alors qu'il repoussait l'attaque d'un cyborg qui avait levé son arme vers lui et qu'il en frappait un second du pied, il fut surpris par un nouveau coup de feu qui siffla à son oreille.

– Putain!

Il recula de quelques pas, mais manqua de peu de se faire décapiter par la hache d'un magitek qu'il évita de justesse. Il frappa du revers de son épée le cyborg qui avait failli l'abattre, lui faisant échapper son arme, et, d'un coup du poignet, planta la pointe de sa lame dans l'articulation de son l'épaule. Dans son oreillette, des voix paniquées s'entremêlaient et Noctis n'y comprenait rien, trop concentré sur les dizaines d'ennemis autour de lui.

Il leva brièvement les yeux vers ses camarades. Ils continuaient de s'éloigner malgré eux, se battant au travers des éclairs bleutés, tout aussi débordés par le flot constant de Niflhes qui les attaquaient de tous les côtés. Noctis se mordit les lèvres, cherchant rapidement un endroit où se téléporter pour s'approcher d'eux, mais il dut reporter son attention sur plusieurs cyborgs qui le chargeaient simultanément.

Il avait soudainement l'impression que tous les foutus magiteks à des kilomètres à la ronde étaient sur lui.

Ils débarquaient de partout : à sa droite, à sa gauche, derrière et devant lui, tous en même temps, rendant difficile d'éviter les coups qui le visaient sans arrêt. Il leva les yeux rapidement, cherchant en panique un endroit en hauteur pour s'y téléporter, mais il n'en vit pas. Il mania ses dagues le plus rapidement qu'il en était capable, plantant celles-ci stratégiquement dans les espaces faibles des articulations, mais il était soudainement des dizaines contre lui et il se sentait débordé.

Une voix dans son oreillette confirma son impression :

«Attention», fit la voix d'un haut gradé dont Noctis avait oublié le nom, «ils ciblent le roi. Allez lui prêter main forte.»

La voix affolé d'un soldat lui répondit :

«Putain c'est plus facile à dire qu'à faire! Ils l'ont encerclé, ces cons!»

«Protégez le roi!»

«On est trop peu nombreux!»

«Fuck! Fuck!»

L'acide lactique brûlait dans les bras de Noctis et ses muscles étaient devenus douloureux par l'effort. Il enfonça sa dague directement dans le cœur d'un magitek qui avait levé son semi-automatique vers lui,et, sans avertir, celui-ci explosa.

Il fut projeté vers l'arrière, la chaleur lui irradiant le visage et il atterrit durement sur les fesses. Le souffle coupé, étourdit par le choc, il eut à peine le temps de lever les yeux qu'une hache passa à quelques centimètres de son nez pour s'enfoncer directement entre ses jambes ouvertes.

– Saloperie!

Affolé, il recula sur l'asphalte comme il put devant le cyborg qui reprenait un nouvel élan en levant la hache au-dessus de sa tête, mais le jeune roi fût arrêté lorsque son dos se buta aux jambes d'un autre magitek.

Celui-ci posa le bout de son canon directement sur le dessus de son crâne.

Pendant une seconde, il ne se passa rien et Noctis se demanda, le coeur coincé dans la gorge, s'il était déjà mort. Mais, étrangement, le cyborg derrière lui n'appuya pas sur la détente : il tomba mollement de face, par-dessus le Lucisien, qui le reçut en partie sur la tête.

Le jeune roi repoussa le corps métallique, qui roula et exposa l'arrière de son crâne. Celui-ci était déformé comme si une énorme pierre avait été projetée à pleine force sur sa tête, enfonçant le métal jusqu'aux oreilles.

Noctis ne put enquêter sur ce qui venait de se produire, car au même moment, il prit conscience avec horreur que le cyborg devant lui était toujours là, l'arme relevée au-dessus de sa tête. Il fit apparaître sa lance dans un grand éclat lumineux et bloqua l'attaque juste à temps; puis, d'un mouvement sec, il la planta dans le torse du magitek, qui abaissa enfin les bras et laissa tomber son arme.

Noctis se leva rapidement, tournant sur lui-même. Pour une raison qui lui échappait, les Niflhes avaient semblé soudainement moins nombreux sur lui et il comprit enfin pourquoi.

Des renforts.

Mais pas les renforts dont il s'attendait. Des renforts armés de pelles, de bâtons de baseball et de pierres : des civils.

Des Insomniens.

Ces mêmes Insomniens que Noctis avait vus émerger de leurs tentes le matin même, engourdis par la fatigue et leur quotidien difficile, victimes des raids impériaux et sans défense à peine quelques heures plus tôt. Ils étaient maintenant partout autour de lui, frappant les Niflhes à coups de barres et leur lançant des projectiles, mêlés à la bataille comme de vrais soldats.

– Putain, c'est quoi ce bordel, murmura Noctis pour lui-même.

Il dut s'arrêter une minute, haletant, pour reprendre son souffle et tenter de comprendre le chaos au centre duquel il était mêlé. Il jeta un coup d'œil circulaire autour de lui pour observer les nouveaux arrivants avec ébahissement. Ils étaient vieux, jeunes, femmes et hommes; des citoyens ordinaires qui, pourtant, semblaient envahis par une telle rage, par une force si déchaînée, qu'ils n'avaient plus rien d'ordinaire.

– C'est toi qui les a fait sortir de leur camp.

– Quoi?

Ignis était soudainement à ses côtés, haletant et penché vers lui, le dos légèrement voûté pour se protéger des projectiles. La dispersion des Niflhes lui avait permis de courir jusqu'à lui.

– C'est ton discours qui les a enflammés, reprit-il.

Noctis regarda une nouvelle fois ses citoyens. Il y avait un vieillard qui enfonçait à répétition sa pioche dans le crâne de tous les cyborgs qu'il pouvait atteindre, soulevant son arme comme si elle était aussi légère qu'une plume. Une femme particulièrement musclée frappait de ses poings le torse d'un magitek. Un jeune homme lançait des pierres comme un baseballeur, atteignant ses cibles à chaque fois. Et à leurs côtés, ses Glaives se battaient tout aussi férocement, maniant leurs armes bleutées avec agilité.

Et tout à coup, Noctis comprit.

Il comprit que les Insomniens avaient été lassés d'être les victimes de cette guerre et avaient décidé de prendre le taureau par les cornes; de ne plus attendre, cachés dans leurs abris précaires, que leur sort soit scellé pour plutôt s'activer et participer eux-mêmes au sauvetage de leurs familles.

Noctis ressentit une énorme fierté de les voir ainsi. Et le cœur battant, il pensa qu'avec cette nouvelle force, ils avaient peut-être une chance de reprendre Insomnia.

Ce fut Gladio qui le tira de ses pensées en le faisant sursauter. Il était apparu soudainement aux côtés des deux hommes, essoufflé, le visage couvert de sueur et les yeux exorbités. Prompto était avec lui, les joues rougies par l'effort.

– Saloperie, on dégage!, fit le bouclier d'un ton paniqué. Vite! Vite, putain!

Il regardait derrière lui, affolé, en tirant le bras de Noctis.

– Qu'est-ce qui se passe?!, demanda Noctis.

– Il y a cette femme, là, cette folle aux bigoudis qui m'avait frappé comme une dingue quand on tentait de fuir Insomnia!

Le jeune roi regarda au-dessus de son épaule et aperçut une vieille femme à la mâchoire carrée et aux rides profondes, des bigoudis pendouillant de sa chevelure folle. Il reconnut instantanément l'octogénaire que Gladio avait tenté de dissimuler dans une penderie alors que des soldats niflhes défonçaient les fenêtres de son balcon pour attraper Noctis, lors de leur fuite effrénée sur les toits d'Insomnia. Elle portait d'ailleurs la même robe de chambre rose fushia et le jeune homme se rappela instantanément de l'odeur de tarte aux pommes et de cannelle qui régnait dans son appartement.

Elle avait une poêle en fonte dans chaque main et elle était occupée à donner la raclée du siècle aux quelques pauvres Niflhes qui avaient le malheur de s'approcher de trop près. Elle leva les yeux soudainement vers eux et son regard se fixa sur celui de Gladio. Le colosse devint blême :

– OH MERDE COUREZ, BORDEL!

Au diable la bataille, le roi ou même Insomnia : Gladio démarra au quart de tour et s'enfuit à pleine vitesse, abandonnant ses trois camarades sur place, pendant que la vieille femme hurlait en brandissant une poêle en leur direction :

– VOUS! JE VOUS RECONNAIS! VOUS AVEZ TOUT SALOPÉ MON PLANCHER, BANDE DE PETITS CONS!

Noctis, Ignis et Prompto décidèrent instantanément qu'il valait effectivement mieux courir; ils décampèrent aussitôt à la suite de Gladio, profitant de la confusion de la bataille pour se faufiler entre les soldats. Ils entendirent la femme leur lancer des insultes alors qu'ils couraient pour leur vie.

Les Niflhes étaient maintenant plus dispersés et désorganisés par la soudaine hausse du nombre d'ennemis qui les combattaient, ce qui permit aux quatre hommes d'avancer avec une relative efficacité. Ils repoussèrent facilement les quelques machines qui tentèrent de les ralentir à coup d'épée, de dague ou de projectiles, et peu à peu, ils éloignèrent tant du centre de la bataille qu'ils se retrouvèrent presque seuls.

Ils continuèrent de courir malgré tout, les poumons en flammes et la sueur coulant sur leur front et ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils atteignirent une ruelle vide de danger.

Noctis se pencha vers l'avant, le flanc engourdi, la respiration saccadée et la gorge irritée. Un coup d'œil à Gladio, dont le visage était rouge pivoine, le fit sourire.

– Mon putain de bouclier n'est même pas foutu de faire face à une dame âgée!

– T'as couru toi aussi, pauvre connard, répondit Gladio le souffle toujours court, alors arrête de faire chier!

– Elle doit avoir assommé au moins dix magiteks à elle seule!, s'exclama Prompto.

– Elle est l'arme secrète du Lucis, semblerait-il, fit Ignis en remplaçant ses lunettes. La bonne nouvelle, c'est nous venons de percer les lignes ennemies.

Noctis jeta un coup d'œil en direction d'où ils venaient de s'enfuir. Les coups de feu continuaient de claquer en un rythme disparate mais effréné, se mêlant aux bruits de ferraille qui s'entrechoquaient et les cris des hommes et des femmes qui se battaient. Les combats continuaient de faire rage sans que personne ne semble avoir remarqué les quatre hommes qui venaient de glisser entre les mailles.

Lorsque Ignis prit la parole, Noctis l'entendit à la fois à ses côtés et dans son oreillette :

– Le roi et ses gardes ont traversé les lignes ennemies, dit-il, la main levée vers son oreille. Nous nous dirigeons vers le palais.

La réponse de Cor suivit une seconde plus tard :

«Bien reçu. Bonne chance, messieurs. Et dites à Ardyn que les Glaives l'envoient se faire foutre.»

Noctis sourit.

– Compris, fit-il en appuyant à son tour sur l'appareil à son oreille. Je ferai le message personnellement.

.


.

Après la folie de la bataille, le bruit rugissant des combats et le surplus d'adrénaline qui les avaient engloutis, la marche vers le palais était si dénudée d'événement particulier que Noctis eut l'impression de flotter dans un rêve étrange.

Insomnia ne ressemblait plus à Insomnia. Elle était si différente, avec ses rues vides, ses voitures abandonnées, ses commerces déserts et son silence irréel, qu'elle semblait être devenue une étrangère aux yeux du jeune roi.

La blessure au flanc qu'il avait subi s'était révélée être plus superficielle que l'écoulement de sang en laissait paraître et il refusa la potion que Gladio lui proposa. D'ailleurs, il n'eut besoin que d'à peine quelques minutes de pause, pendant lesquelles les quatre hommes s'assirent pour grignoter leurs rations militaires – des barres énergétiques fades et sans saveur qu'ils eurent du mal à avaler – pour que la blessure n'arrête de saigner.

Lorsqu'ils reprirent leur route, ils s'assurèrent de prendre plusieurs précautions malgré l'absence de soldats niflhes qui avaient probablement été réaffectés sur les lieux de la bataille : ils n'utilisèrent que des rues secondaires et firent l'effort d'être le plus silencieux possible.

Un silence que Noctis ne réussit à respecter que pendant la première heure. Ensuite, il ne ferma plus la bouche.

– Putainnnnn c'est loinnnn, râla-t-il pour la millième fois.

Le palais lui semblait encore tout petit à l'horizon.

– À quoi tu t'attendais?, demanda Gladio. Qu'on y aille en bus?

– Mais ça va nous prendre un million d'années pour s'y rendre à pied! On peut pas emprunter une voiture?

Ignis, qui marchait plus loin devant eux, ne prit même pas la peine de se retourner pour lui répondre :

– Quelle bonne idée, empruntons une voiture dont le moteur sera entendu à des kilomètres pour être certains d'être facilement repérés avant même d'arriver.

– C'est du sarcasme?

– C'est une question?

Noctis roula les yeux. Il marcha en traînant les pieds, soupirant bruyamment et son silence perdura pendant un temps record de trente-cinq secondes.

– Putainnnnn, grogna Noctis une nouvelle fois. Quand on arrive? C'est interminable, merde!

– Ça n'ira pas plus vite si tu râles sans arrêt, fit Gladio.

– Je vais râler si j'ai envie de râler!

– Wow, fit le colosse d'un ton peu impressionné. Et c'est ce type qui est supposé sauver le monde.

Noctis lui donna un coup de pied sur le mollet, mais Gladio n'en sembla pas affecté.

– Noctis a raison sur un point, fit Ignis en s'arrêtant soudainement.

– Quoi? Vraiment?

Le conseiller se retourna vers eux.

– La marche jusqu'à la citadelle prendra trop de temps.

– T'as un plan?, demanda Prompto.

Bien sûr qu'Ignis avait un plan. Il en avait toujours un.

.


.

– C'est un plan stupide.

– C'est un plan absolument parfait, répondit Ignis d'un ton catégorique. Tu es trop difficile, Noct.

Le jeune roi croisa ses bras sur sa poitrine.

– Hors de question que je roule sur l'un de ces trucs. J'aurai l'air d'un vrai con!

– Comme si ça changeait quoi que ce soit, répondit Gladio.

– Ha. Ha.

– Ces vélos sont un moyen de transport idéal, interrompit Ignis avec ce ton qu'il utilisait lorsqu'il faisait semblant d'avoir cinquante ans. C'est une façon efficace de traverser la ville rapidement et discrètement.

Noctis soupira bruyamment. Si seulement Ignis leur avait trouvé des bicyclettes acceptables… Mais non, il semblerait que les seules qu'il ait dénichées étaient les engins les plus laids que le jeune roi n'avait jamais vus de toute sa vie. D'ailleurs, il s'agissait clairement de bicyclettes pour enfants.

Il était un roi en chemin vers le combat de sa vie, putain!

– Arrête de faire la gueule, Noct!, fit Prompto d'une voix joyeuse. Ils sont parfaits ces vélos!

Il avait arrêté son choix, sans surprise, sur la bicyclette jaune canari, donc la selle banane et le cadre étaient ornés du logo des Powerpuff Girls. Lorsqu'il grimpa dessus, l'engin grinça bruyamment et Noctis pensa qu'il n'y avait aucune chance que le truc ne survive jusqu'au palais.

– Et en plus, il n'y en a que trois, bordel!, s'exclama-t-il d'un grand mouvement du bras.

– C'est la raison pour laquelle tu partageras celui de Gladio, fit Ignis en enfourchant un vélo au motif de camouflage vert forêt.

– Pourquoi?!

– Parce que tu n'arrêtes pas de te plaindre. Et aussi parce que Gladio possède les jambes les plus fortes. Allons-y maintenant, nous avons déjà perdu un temps considérable.

Son ton indiqua clairement que la discussion était terminée et Noctis roula les yeux. Il se tourna vers Gladio et s'arrêta net.

Le colosse était assis sur un vélo rose au siège banane, des franges brillantes pendouillant des poignées. Non seulement l'engin était beaucoup trop petit pour lui et le forçait à remonter les genoux jusqu'à sa poitrine, mais en plus il avait décidé d'enfiler le casque rose aux oreilles de chat qu'il avait trouvé avec ledit vélo, casque beaucoup trop petit pour lui et qui lui donnait un air encore plus stupide.

Noctis le dévisagea.

– Vraiment? Le casque aussi?, fit-il d'une voix découragée.

– La sécurité avant tout!, répondit son colosse d'un sourire narquois.

Le jeune roi soupira. Décidément, il devait se faire à l'idée que son ego ne survivrait pas au trajet.

.


.

La route jusqu'à la citadelle fut effectivement plus rapide, mais le prix à payer avait été cher aux yeux de Noctis. Il avait dû passer la totalité du trajet assis derrière Gladio, au bout de la selle banane qui était clairement trop petite pour les deux hommes, les jambes relevées pour éviter que les pédales ne lui défoncent les tibias. Non seulement les muscles de ses cuisses le faisaient horriblement souffrir, mais à chaque fois que le colosse se relevait pour prendre de la vitesse, Noctis manquait de recevoir son cul en pleine gueule.

Si seulement ce serait ça, le pire.

– SALOPERIE GLADIO! ÉVITE LES TROUS, MERDE! J'AI LES TESTICULES EN FEU PUTAIN!

– Bordel, comment veux-tu que je les évite tous?!, on est dans une zone de guerre je te signale!

– FAIS UN EFFORT MERDE!

Gladio roula sur une millième crevasse et Noctis jura.

– PUTAIN MES COUILLES! TU FAIS EXPRÈS OU QUOI?!

– Arrête de râler! Je fais ce que je peux!

– J'aimerais pouvoir marcher après, si ça ne te dérange pas! Je ne vais pas combattre Ardyn sans être capable de mettre un pied devant l'autre!

Il entendit Prompto et Ignis éclater de rire.

Les salauds.

.


.

À trois kilomètres du palais, Noctis déclara qu'il en avait plein le cul – et les testicules – et décida qu'ils marcheraient pour le reste du trajet.

– Tu sais, déclara Gladio, Ardyn aurait été probablement terrifié de nous voir arriver sur nos vélos.

– C'est de ton casque de chat qu'il aurait été terrifié, répondit Prompto.

Noctis ne dit rien. Il se doutait que ses compagnons tentaient de détendre l'atmosphère, mais il n'avait plus envie de rire.

Autour de lui, c'était le désespoir.

Le centre-ville était méconnaissable. L'endroit, que Noctis avait connu bondé de gens, bordé par des vitrines étincelantes et de grands arbres feuillus, n'était plus qu'une carcasse. Les flammes avaient dévoré tout ce qu'elles avaient touché, ne laissant que des vitres brisées, des murs noircis et des charpentes chancelantes. Le long des trottoirs, et parfois au plein centre de la rue, s'alignaient des squelettes de voitures calcinées. Dans un parc, des plateformes de jeux, auparavant colorées, étaient devenues grises avaient fondues pour devenir des formes tordues et étranges. Les panneaux de signalisation, les lampadaires, le mobilier urbain, tout était recouvert d'une fine couche de cendres sombres qui donnait l'illusion d'être dans un cauchemar en noir et blanc.

L'odeur, un mélange de bois et de caoutchouc brûlés, était insupportable, mais ce qui empêchait réellement Noctis de respirer librement était noeud gigantesque qu'il sentait dans la gorge et qui empêchait tout air de circuler vers ses poumons.

Voir Insomnia n'être plus que l'ombre d'elle-même, brisée et outragée par les Niflhes, était horriblement douloureux. Les Impériaux avaient tout brûlé, comme si cette cité, si glorieuse et source de réconfort pour tant de citoyens, n'avait été qu'un déchet de plus à raser dans l'avancement de leur armée. Comme si cette ville, qui avait tant d'histoire et qui avait résisté si longtemps à l'envahisseur, n'était qu'un nid d'abeilles gênant qu'il avait été facile de détruire et ses habitants, de vulgaires bestioles sans importance à écraser.

Cette même ville qui aurait dû être protégée par la famille royale.

Noctis sentit les larmes monter, mais il les ravala.

Il avait bien vu le centre-ville brûler le jour de l'invasion, les flammes orangées engloutissant les bâtiments et détruisant les arbres dans une danse macabre. Il avait bien regardé le brasier transformer tout ce qu'il touchait en une neige de cendres grises et de braises incandescentes, qui virevoltait dans le vent comme d'horribles feuilles d'automne. Il avait bien vu, de ses propres yeux, l'histoire d'Insomnia être ravagée par les lances-flammes et les explosions.

Et pourtant, Noctis n'était pas préparé à rencontrer le cadavre de sa propre cité, un squelette calciné et sans vie, loin de celle qu'il avait tant aimée et dont il avait été si fier.

Une main déposée sur son épaule et le tira brutalement de ses pensées.

– Hey, fit la voix de Prompto.

Noctis se racla la gorge bruyamment et pencha la tête comme pour faire craquer ses vertèbres, feignant de s'intéresser à quelque chose au loin. Il ne voulait pas que son camarade ne remarque ses yeux humides et son expression tourmentée.

– Je voulais…, fit la voix hésitante du blond. Je voulais hum... te parler… de tu-sais-quoi…

Noctis tourna brusquement la tête vers Ignis et Gladio, prenant conscience avec horreur que les deux hommes étaient loin devant eux et qu'ils avaient laissé leurs camarades marcher en retrait. Il se demanda, paniqué, si Prompto avait ralenti consciemment avec le désir de s'isoler d'eux, afin d'avoir l'occasion de se débarrasser de cette conversation qu'ils n'avaient pas pu avoir plus tôt.

Putain. Il n'existait pas de mot assez puissant pour décrire à quel point Noctis ne voulait pas tenir cette discussion. Surtout pas maintenant, au moment où il avait le coeur au bord des lèvres, où il avait du mal à retenir ses larmes et où sa respiration était difficile. Il ne pouvait pas recevoir un poignard de plus, alors qu'il sentait ses poumons en être déjà transpercés par des dizaines.

Mais il devait bien ça à Prompto, n'est-ce pas? Après lui avoir lancé tous ses états d'âmes d'un coup au visage, sans même lui laisser le temps d'encaisser le choc, il lui devait bien une discussion. Il lui devait bien la chance de lui répondre et, du même coup, abattre sa hache sur cet énorme chêne qui prenait toute la place dans le coeur de Noctis.

Il lui devait bien l'occasion de lui demander de ravaler son amour, de soulever qu'entre deux mecs c'était étrange, de spécifier que Noctis avait été un bon ami (l'avait-il vraiment été?), mais qu'il n'était plus vraiment à l'aise avec lui.

D'expliquer qu'il remplirait son devoir de garde, mais qu'il fallait comprendre que ça s'arrêterait à ça.

Il lui devait bien ça.

Le tireur avait au moins eu l'amabilité d'attendre qu'ils soient seuls, pensa-t-il, plutôt que le couvrir de ridicule devant Ignis et Gladio, ou même les autres Glaives. Il imagina qu'il s'agissait d'une consolation.

Il s'arrêta de marcher, le regard fixé sur ses bottes devenues grises par la cendre, et hocha faiblement la tête. La main quitta son épaule et glissa le long de son bras pour attraper du bout des doigts les siens.

Ce fut plus douloureux que le poignard.

– Écoute, dit Prompto d'une voix solennelle, il faut que tu saches…

Mais il s'interrompit et Noctis leva la tête, surpris par le silence soudain. Le tireur avait enlevé sa capuche et ses yeux azurs le fixaient, emplis de confusion.

– Tu pleures?!, fit-il d'un ton ébahi.

Noctis découvrit qu'il y avait effectivement de l'eau qui coulait le long de ses joues, qui traçait des lignes nettes sur sa peau et qui liquéfiait l'intérieur de son nez. Il jura intérieurement, se sentant complètement stupide. Bien sûr qu'il braillait, le con qu'il était, incapable du moindre contrôle de lui-même dès qu'il s'agissait de Prompto.

Il renifla bruyamment, ses yeux cherchant autour de lui une excuse pour justifier son état, comme si la réponse se trouverait dans l'une des vitrines détruites qui les entouraient. Il remarqua un commerce qu'il connaissait et il se libéra de l'emprise du blond pour pointer l'endroit d'un index.

– C'est l'arcade où on allait après l'école… Elle est massacrée, expliqua-t-il d'une voix faible.

C'était une excuse minable.

Prompto tourna la tête, observa en silence le local carbonisé, puis regarda de nouveau vers lui, une confusion évidente dans les yeux. Il était flagrant que le blond n'en croyait pas un mot, surtout qu'ils n'y étaient allés que deux fois lorsqu'ils avaient seize ans et avaient ensuite déclaré que l'endroit était complètement minable.

– Noct…, commença Prompto.

Mais il s'arrêta, hésitant. Le silence perdura pendant quelques secondes et Noctis sentit subitement qu'il n'en pouvait plus. Il ne pouvait plus supporter cette torture qui s'étirait depuis trop longtemps, qui lui rongeait péniblement les nerfs et qui noyait lentement ses poumons une goutte à la fois. Il aspira soudainement à l'exécution.

Maintenant. Que ça finisse.

– Vas-y, ordonna-t-il d'une voix tremblante. Crache le morceau.

Il prit une grande inspiration et abaissa la tête, incapable de regarder Prompto dans les yeux pendant que celui-ci lui planterait le dernier poignard qui compléterait sa collection. Celui qui l'achèverait certainement.

Mais le poignard n'arriva pas. Prompto fut interrompu avant même de placer le moindre mot par le son d'un moteur ronronnant, à la fois au loin et à proximité. Les réflexes vifs, Noctis attrapa le bras du blond pour le tirer à l'abri vers un mur de briques.

– Planquez-vous!, fit au même moment la voix de Gladio, juste assez fort pour qu'ils puissent l'entendre malgré la distance.

Ignis et lui s'étaient précipités vers la paroi d'un commerce et s'étaient accroupis au-dessus du trottoir couvert de cendres, le dos voûté, attentifs au son qui grimpait en volume.

Noctis jura. Plusieurs mètres se tenaient entre eux et leurs camarades, les plaçant dans une situation dangereuse. Ils avaient été négligents, faisant d'eux-mêmes des cibles faciles et éparpillées.

– On n'aurait pas dû être séparés, grogna Noctis, les dents serrées.

Il décida, sur un coup de tête, de régler le problème immédiatement : il attrapa le bras de Prompto et, tirant sans ménagement, entreprit de rejoindre ses amis de pas rapides, le dos toujours voûté. Il entendit derrière lui le tireur chuchoter d'un ton pressé :

– Attends, on va se faire prendre!

Noctis l'ignora, en partie parce qu'il voulait être regroupé avec les autres le plus rapidement possible, en partie parce qu'il ne voulait plus être seul avec le blond.

Prompto eut raison sur un point, pensa-t-il. C'était vrai qu'il changeait d'avis sans arrêt. C'était peut-être de la lâcheté, mais il avait une tonne de problèmes et s'il pouvait en étouffer un pour l'instant, il en profiterait.

Lorsqu'ils rejoignirent les deux autres, Gladio grogna dans un semi-chuchotement :

– Vous êtes des imbéciles, vous auriez dû attendre là-bas!

– C'est exactement ce que je lui ai dit, répondit Prompto à voix basse.

Noctis ne dit rien et après une bonne minute, le ronronnement faiblit enfin, la voiture s'éloignant. Noctis se releva, évitant Prompto du regard, et déclara :

– À partir de maintenant, on ne se sépare plus.

Il était effectivement un lâche.

.


.

Le reste du chemin vers les jardins derrière la citadelle se déroula sans nouvel encombre. Ils décident d'emprunter de petites ruelles longeant le palais, plutôt que de l'approcher de face, afin d'éviter de s'exposer à l'ennemi. Malgré ce détour, il leur était impossible de ne pas remarquer l'état du bâtiment dans lequel ils avaient vécu.

L'une des deux tours avait brûlée en grande partie, les colonnes habituellement blanches maintenant noircie par la suie, et la moitié des étages du haut s'étaient écroulés. Un peu partout, des trous béants ouvraient la pierre comme de larges blessures, exposant les étages et leurs planchers. L'explosion qui avait servi à détruire le pouvoir du cristal avait du même coup éventré le toit de la partie centrale de l'édifice et la passerelle entre les deux tours avait cédé, créant un amas de gigantesques pierres sous eux.

Aucun des quatre hommes n'eurent la force de commenter les dégâts et le silence fut plus lourd que jamais lorsqu'ils arrivèrent enfin à l'entrée des jardins royaux. Sans même prononcer le moindre mot, Noctis lança son épée au haut du mur de pierre qui délimitait la cour, se téléporta à sa suite et sauta de l'autre côté.

Les jardins avaient été épargnés par les flammes, mais son apparence ne ressemblait en rien à celle que le jeune roi avait connu. Sous ses pieds, l'herbe, habituellement taillée à la perfection, avait allongé de plusieurs centimètres et était devenue rebelle. Les arbustes ne possédaient plus les formes sphériques que les jardiniers prenaient autrefois soin de tailler et les mauvaises herbes avaient déjà commencé à percer les sentiers de gravier. Une fine couche de cendres s'était propagée d'au-delà du mur, recouvrant les feuilles des arbres et des fleurs à proximité, les enveloppant d'une étrange neige grise.

Sans perdre de temps, Noctis se dépêcha d'ouvrir le loquet de la grille bloquant l'accès à ses amis. Voir ces jardins, dans lesquels il avait passé un nombre incalculable d'heures à jouer lorsqu'il était enfant, le rendait amèrement nostalgique et il préféra éviter de trop y penser.

– C'est par là, annonça-t-il à ses amis en empruntant un sentier vers leur gauche.

Il démarra sans attendre ses amis, qu'il entendit aussitôt emboîter le pas derrière lui. Il connaissait l'endroit comme le fond de sa poche et il savait exactement où était situé le tilleul sous lequel Cor avait indiqué avoir enterré le roi. Il savait qu'il rejoindrait l'arbre en quelques minutes à peine, mais maintenant qu'ils étaient si prêts du but, il se sentait anxieux.

Il n'était pas certain d'être prêt à voir la tombe de son père et de constater sa mort de ses propres yeux. Cette simple pensée était suffisante pour provoquer un frisson glacé qui glissa le long de sa colonne et il dut se retenir pour ne pas trembler. Le silence entre eux devint insupportable et il eut envie de le briser, mais il n'avait aucune idée comment.

Puis, ils débouchèrent sur une ouverture entre deux grands chênes et le tilleul apparut subitement devant eux.

Noctis comprit immédiatement qu'il y avait un problème.

Alors que les autres arbres avaient gardé leur épais feuillage verdoyant, flottant sous la brise dans toute leur vitalité, le tilleul au centre d'eux avait complètement brûlé. Ses branches tordues qui pointaient vers le ciel étaient complètement noires, dénudées de ses feuilles, et son tronc était fendu de haut en bas, comme si une hache géante l'avait déchiré d'un coup.

Noctis vit immédiatement qu'il ne s'agissait pas d'un feu ordinaire. C'était la foudre qui avait détruit cet arbre.

Et il n'y avait qu'une façon de faire tomber la foudre de façon si précise.

Avant même de prendre conscience de ce qu'il faisait, il courait vers le tilleul à pleine jambes, le coeur battant la chamade et une sueur froide coulant sur sa nuque. Lorsqu'il arriva près de l'arbre, il s'arrêta net.

À ses pieds, la terre avait été creusée.

Son cœur se serra si fort qu'il eut soudainement du mal à respirer. Il s'approcha de pas incertains, combattant de toutes ses forces le désir ardent de fuir, et s'arrêta devant le trou béant formée dans la terre brune.

Son père était au fond du trou, le bois de la boîte censée le protéger fendu en plusieurs morceaux. Sa peau était blanche, presque translucide. Ses joues étaient creuses. Ses cheveux et sa barbe étaient ébouriffés et jaunis. Ses paupières étaient nécrosées et possédaient une teinte violacée qui tournait au noir. Ses lèvres blanches étaient repliées sur elle-mêmes, dévoilant sa dentition dans un rictus déformé. Son habit royal était éraillé et déchiré de partout.

Ses bras étaient retournés dans des positions tordues qui n'étaient pas naturelles et Noctis sut immédiatement que quelqu'un avait cherché l'anneau sur ses doigts sans la moindre délicatesse. Une colère noire se déversa dans ses veines et il serra les dents.

Voici donc le dernier souvenir qu'il allait garder de son père. Non pas l'image de l'homme souriant qui l'avait serré dans ses bras alors qu'il lui avouait l'amour qu'il ressentait pour un garçon. Celle de l'homme qui l'avait réconforté, qui lui avait donné le droit d'aimer et le courage de se battre jusqu'au bout.

Non. Ce serait l'image de son visage putréfié au fond d'un trou dans la terre. Son corps profané. Son dernier repos perturbé.

Noctis ravala la boule qui enflait dans sa gorge et se pencha, posant les genoux dans la terre granuleuse. D'aussi proche, l'odeur de chaire nécrosée lui emplit les narines et il eut un haut le coeur qu'il réprima difficilement.

Il remarqua que l'épée du roi Regis était, elle aussi, dans ce qui restait de la boîte, déplacée entre le corps et le panneau de droite. Noctis tendit la main, l'attrapa calmement et l'extirpa doucement du cercueil.

Elle était identique à ses souvenirs, forte et légère à la fois, imposant un respect colossal à sa simple présence.

Il la tint à deux mains, prenant le temps de l'examiner. Il n'arriva pas à se rappeler de l'avoir déjà vue d'assez près pour en regarder tous les détails et il prit conscience que c'était parce qu'il ne l'avait jamais vue ailleurs que dans les mains de son père.

Des mains qui étaient maintenant incapables de tenir quoi que ce soit.

Il échappa un soupir tremblant et, la gorge toujours serrée, déposa la précieuse lame sur l'herbe derrière lui.

Puis, il se pencha de nouveau vers le trou et, dans un geste solennel, il prit délicatement la main gauche de son père dans les siennes. Il la souleva lentement, le froid de sa peau étrangement irréelle, et la déposa le long de son corps. Il prit ensuite sa main droite et la déposa méticuleusement sur son coeur, les doigts ouverts.

C'était la position dans laquelle l'on enterrait les morts au Lucis. Noctis avait vu des tonnes de gens – des oncles éloignés, des amis de la famille, des haut-gradés et sa propre mère – être placés ainsi dans leur cercueil pour leur dernier voyage. Il n'avait jamais imaginé devoir un jour le faire de lui-même.

Il ferma les paupières et garda le silence pendant quelques minutes, priant les dieux de prendre soin de son père.

Lorsqu'il se sentit prêt, il ouvrit les yeux, regarda son père une dernière fois, puis il enfonça ses deux mains dans la terre pour la pousser dans le trou.

Il sentit les racines entailler ses doigts et la terre s'enfoncer sous ses ongles lorsqu'il répéta le mouvement une fois, deux fois, dix fois, continuant de pousser le sol de toutes ses forces. Ses épaules devinrent rapidement endolories par le mouvement continu, son flanc blessé se réveillant sous ses muscles, mais il ne ralentit pas. Il continua jusqu'à ce que le cadavre blanchâtre de son père ne disparaisse sous la masse brune, telle une couverture le protégeant confortablement pour le préparer au grand sommeil.

Puis, lorsqu'il sentit enfin que le roi Regis avait retrouvé un semblant de dignité, il prit délicatement son épée, la leva devant lui, la déposa dans son arsenal au travers un éclat bleuté et déclara d'une voix grave :

– Je vais tuer Ardyn.

.


.

Voilà pour le vingtième chapitre. Je suis très touchée que vous aillez tout lu jusqu'ici! Merci infiniment! ^.^ -Charlie