Aloha, chers lecteurs !

Peut-être ne vous y attendiez pas, mais me revoilà pour un nouveau chapitre qui, d'après mes standards, est pas mal long. Héhé. Le prochain est également en cours d'écriture – comme souvent, ce chapitre était plus long que prévu, donc je l'ai coupé en deux – et j'espère arriver à vous le boucler pour le mois prochain, et ainsi vous avoir offert quatre chapitres en quelques mois. Ce qui est, vous en conviendrez, pas mal dans mon cas. Aha.

Sur ce, merci encore pour celles et ceux qui laissent des reviews, et je vous laisse à votre lecture, en vous souhaitant un bon moment !

Disclaimer :

La plupart des personnages sont à M. Kishimoto, mais j'y ai mêlé de mon imagination, surtout pour les personnages secondaires. L'histoire se déroule en France, par soucis de maniaquerie. Ainsi, au moins, je suis sûr de connaître le système scolaire.


Chapitre 32 :

Pourquoi pas ?

Histoire de m'occuper, et accessoirement pour me rendre un peu plus présentable pour la journée de demain, je décide de prendre une douche. La situation étant ce qu'elle est, je ne traîne toutefois pas – comme il m'arrive parfois de le faire – et moins de cinq minutes plus tard, je suis déjà dans la chambre, en boxer, prêt à aller me coucher. Même si j'essaye de me persuader que je suis tranquille, que tout va bien, je craque et saute sur mon téléphone dès que j'aperçois la loupiotte qui clignote pour m'indiquer un nouveau message. Sans attendre, je m'installe sur le lit, et ouvre notre discussion.

« Désolé pour tout à l'heure. C'était bizarre. Et je suis désolé de ne pas avoir eu le courage de le demander en face à face, mais ça te dirait qu'on sorte, un de ces quatre ? »

« Pas de problème. Je n'étais pas plus à l'aise que toi. Et… excuse-moi si je comprends mal, d'accord, mais quand tu parles de sortir, tu veux dire comme un rencard ? »

« Tu n'es pas obligé de dire oui si tu ne veux pas, mais oui. Un rencard. »

Au moins, maintenant, les choses sont dites. C'est le premier truc qui me passe par la tête lorsque je vois sa réponse. Cela dit, très rapidement, je me rappelle que je suis censé répondre à sa proposition, et je me pose un milliard de questions. Est-ce qu'il me plaît vraiment ? Est-ce que je suis prêt pour ça ? Me savoir gay et agir comme tel, ce n'est pas la même chose. Est-ce que… je suis amoureux ? On dit bien qu'on est supposé sentir ce genre de choses, non ? Lui dire oui alors que je le voyais seulement comme un ami hétéro, et rien de plus, jusqu'à encore avant-hier, ce n'est pas lui mentir, lui qui pourrait avoir des sentiments ?

Entre ma douche et mon indécision, mon délai de réponse use sa patience, lui qui doit être aussi fébrile que moi de l'autre côté du téléphone, et je reçois un nouveau message.

« Tu peux vraiment dire non, Kiba. Ce n'est pas grave. »

Là, j'inspire un grand coup. Le faire poireauter de la sorte, ce n'est vraiment pas cool de ma part, parce que je devine que je ferais les cent pas dans ma chambre si j'étais à sa place. Je décide d'être honnête, parce que ce sera plus simple pour nous deux.

« Désolé. J'avais tellement la trouille de ta réponse que je suis allé prendre une douche pour m'occuper. Quant à ta question, j'ai juste été pris de court. Je n'avais même pas imaginé une seule seconde que tu puisses être gay, donc je ne m'étais jamais demandé sincèrement si ça me tenterait. »

J'appuie sur le bouton envoyer. Et là, après cinq secondes à fixer l'écran de mon téléphone en espérant une réponse rapide, je me dis qu'il a vraiment fait preuve de patience. Dans mon cas, je suis déjà en train de devenir fou. Heureusement, un nouveau message s'affiche très vite sur mon appareil.

« Excuse-moi. Je me suis montré un peu impatient à te relancer aussi vite. Mais… du coup ? Si tu préfères me dire non, tu as le droit. Ce n'est pas parce que je suis intéressé que tu dois absolument accepter. Il n'y a que les hétéros qui croient que c'est comme ça que ça marche :p »

Même s'il a tenté un trait d'humour, je comprends bien qu'il n'a vraiment pas la tête à plaisanter, et je me force à réfléchir sérieusement à la question. En vrai, mes amis ont raison. Je l'aime bien. Je le trouve plutôt agréable à regarder. Ses amis sont cools et s'entendent bien avec les miens. Honnêtement, mis à part mes sentiments confus, toutes les conditions sont plutôt favorables, non ? La vache ! Ce n'est vraiment pas une décision facile à prendre. Lorsque mon téléphone vibre à nouveau, je réalise que j'ai encore pris trop de temps à répondre.

« Tu préfères attendre demain pour me répondre ? Ne dis pas oui juste pour me faire plaisir. C'est la seule chose que je demande, et je ne veux pas te coincer pour te forcer à me répondre tout de suite. »

J'avais déjà remarqué qu'Omoï avait une propension à toujours imaginer le pire, mais dans notre situation, si sa boule d'angoisse ressemble à la mienne, je n'ai aucun mal à me mettre à sa place. Etonnamment, c'est de le voir si compréhensif malgré tout qui me fait prendre ma décision.

« Non, c'est bon. En vrai, je ne sais pas trop ce que ça donnerait, mais ça me tente bien ! »

Cette fois, il doit battre un record de vitesse, car j'ai à peine le temps de relire ma réponse que mon portable vibre.

« Vraiment ? Tu veux bien ? »

Je pense qu'un petit travail sur son égo ne lui ferait pas de mal, parce que même si je ne lui ai pas dit oui tout de suite, le voir remettre en doute ma décision me rappelle qu'il ne voit pas toutes les raisons qui me donnent envie de tenter.

« Je ne m'amuse pas à te faire tourner en bourrique, Omoï. Vraiment. C'est encore trop tôt pour dire que je suis amoureux, mais je n'arrive pas à trouver de bonnes raisons de te dire non, donc c'est peut-être qu'il n'y a pas, tout simplement. »

Encore une fois, j'essaye d'être transparent. Il ne faut pas qu'il s'attende à ce que je lui saute au cou en lui criant que je l'aime – ce que j'ai du mal à m'imaginer faire un jour, de toute manière, vu les difficultés que j'ai à parler de ce que je ressens – mais disons que je suis intéressé. Cette fois, sa réponse met plus de temps à arriver, et ça me laisse le temps de relire mon dernier message un certain nombre de fois. Je commence à paniquer en me demandant si mon choix de mots était mauvais, ou si je me suis montré désagréable sans m'en rendre compte. Quand, enfin, mon portable m'informe de l'arrivée d'un nouveau texto, je peux dire que je suis une boule de nerfs.

« J'ai effacé et réécris mon message déjà trois fois, parce que je ne sais pas quoi te dire. J'ai l'impression d'être l'héroïne hyper émotive d'un mauvais roman à l'eau de rose. Lol. »

Sa réponse me fait rire, ce qui me soulage de la quasi-totalité de mon angoisse.

« On est deux, comme ça ! »

Une petite chaleur agréable se répand dans mon ventre et je me glisse sous la couette, un peu euphorique. Visiblement, si mon cerveau avait des doutes, le reste de mon corps n'est pas autant en proie à l'hésitation (en tout bien tout honneur, évidemment). Avec le sourire, je m'allonge sur le dos et lève mon téléphone pour lire le dernier message d'Omoï.

« Fiou. Maintenant que j'ai ma réponse, je me rends compte que je suis lessivé, et épuisé. Je vais t'imiter. Aller prendre une douche, puis me coucher. On se revoit demain ? »

« Difficile de faire autrement, même si je ne suis pas sûr d'avoir envie d'aller en cours. Je suis épuisé aussi, cela dit, donc je vais bien dormir. Bonne nuit ! »

« Bonne nuit, Kiba :p »

Lorsque je me tourne sur le côté pour poser mon portable sur ma table de nuit, je réalise que nous n'avons même pas reparlé de ce fameux rencard. Où ? Quand ? Je ne sais pas. Cela dit, on aurait bien le temps d'y réfléchir et même d'en reparler demain.

Et là, je réalise. J'ai un mec, non ? Et bien, ça fait bizarre. Pourtant, le sourire que je n'arrive pas à me décoller du visage malgré la fatigue me laisse comprendre que, malgré tout ce qui a pu m'arriver depuis le début de l'année, c'est agréable de s'imaginer avoir un peu de mal à s'endormir non pas parce que je rumine, mais plutôt parce que je suis excité par tout ce qui m'arrive.

Jeudi 6 février

En me voyant arriver dans la cuisine, Hana sursaute presque, et manque de s'étouffer dans son café.

- Kiba ? demande-t-elle, surprise. Mais qu'est-ce que tu fais debout à cette heure-ci ? Tu sais qu'on n'a pas changé d'heure ? Non, parce que tu as bien une bonne heure d'avance.

En m'asseyant en face d'elle, je n'arrive pas à lui en vouloir de se payer ma tête si tôt le matin. De toute manière, je suis de bien trop bonne humeur, et même ses remarques ne vont pas m'enlever mon sourire.

- Bonjour aussi, Hana, dis-je, amusé. J'ai bien dormi, oui, et toi ?

Elle me jauge du regard, l'air sérieux, avant de craquer à son tour, et son sourire fait miroir au mien.

- Tu as l'air excessivement heureux, fait-elle remarquer. La soirée a été bonne ?

- Oui, dis-je sans hésiter. Mais il s'est passé un truc inattendu surtout une fois que je suis rentré.

Je la vois hausser un sourcil, tandis que je garde le silence, volontairement, pour créer une tension dramatique. Cela dit, je suis tellement excité à l'idée de lui en parler que je craque avant elle.

- L'un de mes amis m'a invité à sortir, lâché-je, tout sourire.

Plusieurs émotions se succèdent sur le visage d'Hana. Etrangement, c'est plutôt sur une forme de contrariété qu'elle s'arrête.

- On est d'accord, hein ? demande-t-elle, alors que je ne comprends pas où elle veut en venir. On parle d'un ami. Un garçon. Livré avec un service trois pièces.

J'éclate de rire. Pourtant, sa remarque me touche aussi bien plus personnellement, quand bien même je ne le montre pas.

- Oui, oui, un garçon.

Son visage se détend tout de suite. Puis, je la vois réfléchir une seconde, et je la vois se prendre au jeu.

- Suigetsu a finalement avoué qu'il était gay ? tente-t-elle.

- Quoi ? laché-je, encore étonné de la direction dans laquelle allait la direction. Non ! Je te l'ai déjà dit, il est hétéro.

- Si tu veux mon avis, il ne dirait pas non à faire des galipettes avec toi. Vu ce que tu me dis, même s'il préfère les femmes, il a l'air curieux.

Je constate à ce moment que ma sœur s'est bien penchée sur le sujet, même peut-être plus que moi. Est-ce que c'est encore parce que je ne vois rien lorsque ce type de sujets est abordé ? Pourtant, Yahiko n'a rien dit non plus, et je pense sincèrement que Suigetsu est surtout très ouvert et accepte tout le monde pour ce qu'il est. Enfin, ce n'est pas le sujet.

- Non, je ne sors pas avec Suigetsu, répété-je.

- D'accord, je te crois, acquiesce-t-elle. Et du coup ?

- Le jeune homme qui a été dans mon groupe débutant du week-end de ski, Omoï. Celui qui a organisé le festival de musique, aussi. Suigetsu m'a fait remarquer plus tôt dans la semaine qu'il avait l'air de s'intéresser à moi, et il l'a confirmé en m'invitant à sortir hier soir.

Comme je n'avais aucune raison de le faire alors qu'on a traîné ensemble presque tous les jours depuis cette sortie en sports d'hiver, je n'ai pas caché la présence d'Omoï à Hana, et je sais qu'elle voit de qui je parle.

- Pas trop mon genre, commente-t-elle, parce que je préfère les garçons plus grands, mais je dois reconnaître qu'il est mignon, de ce que je me souviens avoir vu quand je suis passée te chercher au lycée. C'est bien le jeune homme à la peau bronzée et les cheveux blancs ?

- Avec une description pareille, difficile d'imaginer que tu te sois trompée, oui.

Je ne lui dis pas, mais je sens mes oreilles se réchauffer lorsqu'elle décrit Omoï – mon copain ? Ce n'est vraiment pas un truc auquel je m'habitue vite – comme étant bel homme. Pour le coup, déconcentré, je remarque son visage sérieux seulement lorsqu'elle réengage le dialogue.

- Bon, dit-elle. Je n'ai pas plus envie que toi d'en parler, mais ce n'est pas parce que tu ne peux pas tomber enceinte que tu dois faire n'importe quoi, Kiba. Je ne veux surtout pas savoir ce que tu fais dans ta chambre, et je n'y rentrerais plus jamais sans taper à la porte, mais tu dois te protéger, d'accord ?

Là, je pique un fard et même mes tatouages ne cacheront pas mes joues rouges. Celle-là, je ne l'ai pas vue venir.

- Je sais, Hana, fais-je, espérant cacher mon malaise par un trait d'humour. Je ne suis même pas sorti en tête en tête avec lui, je ne vais pas m'envoyer en l'air dans les toilettes du lycée.

- J'ai été jeune avant toi, dit-elle, toujours sérieuse, même si je remarque maintenant qu'elle n'est pas plus à l'aise que moi. Peut-être que tu as du mal à imaginer que c'est vrai pour l'instant, parce que tu n'as encore rien expérimenté, mais une fois que ce sera fait, ça changera. Je ne dis pas que c'est mal, mais tu risques d'être obsédé par l'idée de te retrouver à poil avec lui, alors je prends les devants.

- Hana ! m'exclamé-je en la voyant rajouter une couche. C'est bon, j'ai compris. Promis, je ne ferai pas de bêtises. On peut passer à autre chose ?

Cette fois, elle ricane, et je comprends que le sujet est arrivé à sa conclusion.

- S'il fallait que je te mette la honte pour que tu t'en souviennes, voilà chose faite, poursuit-elle en riant. Et donc, il t'a invité où ?

Heureux d'aborder un sujet qui ne me mette pas mal à l'aise, je saute sur l'occasion de lui répondre.

- On n'en a pas encore parlé. On était pas mal occupés par les détails qui allaient autour. Je ne savais pas qu'il était gay, même si Suigetsu m'avait suggéré l'idée. Logiquement, je ne m'étais donc jamais posé la question à savoir s'il m'intéressait. Nos échanges par texto ont été un peu hésitants. On s'est couchés sans avoir résolu le lieu de rendez-vous.

Repenser à la question me fait rire à nouveau, et je vois Hana qui me sourit, de ce sourire qu'elle ne garde que pour moi.

- Je suis contente pour toi, tu as l'air heureux, lance-t-elle. Ça faisait longtemps.

Je ne réponds rien, me contentant d'un sourire désolé, tandis qu'une main fourrage dans mes cheveux. Puisque le but n'était pas de tuer la conversation, elle enchaîne toutefois sans attendre de réaction orale de ma part.

- Omoï, donc ? fait-elle, l'air pensive. Tu te rends compte que ton rencard est un cliché, n'est-ce pas ?

- Ah bon ? suis-je complètement surpris.

- Et bien, oui, confirme-t-elle. C'est un musicien, chanteur dans un groupe. Il ressemble aussi à un surfeur, avec sa peau caramel, et c'est en plus un sportif.

Sa description d'Omoï me fait boguer. Une seconde, puis deux.

… Merde. Elle a raison, en plus. J'ai été invité par un cliché d'histoire à l'eau de rose. Enfin, je suppose, je ne lis pas vraiment de romans en général, mais si ma sœur le dit, c'est que c'est vrai. Après une énième seconde de réflexion, je me fais toutefois la remarque que je n'en ai rien à faire. En fait, je comprends même pourquoi ça plaît, parce que je trouve ça génial d'imaginer que c'est mon mec qui puisse être sur scène, à chanter. Moi qui croyais qu'elle allait me dire qu'il était un cliché gay, même si je ne comprenais pas en quoi, je ne m'attendais pas à ce qu'elle parle d'autre chose.

- Au moins, me sort-elle de mes rêveries, ça explique pourquoi tu avais la tête ailleurs, cette semaine. Tu n'avais pas l'air malheureux, mais juste concentré sur quelque chose en particulier, donc je n'ai rien dit. Cela dit, j'avais bien vu que quelque chose était différent. Contente de savoir que c'était une bonne surprise !

Encore une fois, ça me rappelle combien il m'est impossible de cacher quelque chose à ma sœur bien longtemps. Je lui offre un sourire désolé.

- Je ne voulais pas t'inquiéter, m'excusé-je.

- Non, non, tout va bien, assure-t-elle. Je te l'ai dit. Je voyais bien que tu n'étais pas malheureux, mais tu étais juste moins concentré sur ce que tu fais, c'est tout. J'attendais de voir. Je m'en serais peut-être mêlée si ça avait duré trop longtemps, mais j'étais plus curieuse qu'inquiète. On était loin de ce qu'on a connu tous les deux depuis le début de l'année.

- C'est vrai, reconnais-je. Mais ne t'en fais pas. Pour l'instant, je vais vraiment bien !

Un silence confortable s'installe tandis qu'elle avale quelques gorgées de café. Le sujet arrivé à ce que je pense être sa conclusion, je choisis de me lever et attrape de quoi me faire un petit déjeuner. C'est toutefois lorsque je suis à nouveau dos à elle qu'elle reprend.

- Tu feras quand même attention, d'accord ? me sort-elle de mes rêveries. Je sais que tu as des amis qui te soutiennent, et que tu es mieux dans ta peau que tu ne l'as été depuis le début de l'année scolaire, mais tu ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. Je me suis renseigné sur le net, et je sais que les crimes homophobes existent toujours, malheureusement.

Son ton sérieux est également empreint d'une inquiétude sincère qui ne m'échappe pas. J'ai vraiment l'impression qu'elle se renseigne plus que moi sur beaucoup de sujets qui me concernent plus qu'elle. J'ai honte de me l'avouer, mais je me demande même si, à ce stade, elle ne sait pas mieux que moi comment se déroule le sexe entre hommes, c'est peu dire. Pourtant, ici, ce sont ses doutes qui retiennent mon attention.

- Je suis désolé, m'excusé-je. J'aurais peut-être dû rester dans le placard, au moins ici.

- Non, surtout pas, me coupe-t-elle avant que j'élabore. Tu ne sortirais pas avec Omoï si c'était le cas, et on a tous les deux vu ce que ça donne quand tu te caches. C'est bien que tu puisses être toi, avec tes amis ou à la maison.

Je hoche la tête lentement, assimilant ce qu'elle me dit avec soulagement.

- Même si je suis une grande gueule, je te jure que je ne m'amuse pas à agiter mon homosexualité au visage de tous. Je ne cherche pas à provoquer, ou quoi que ce soit du genre.

- Je te crois, affirme-t-elle. Je me doute que ce n'est pas facile de trouver l'équilibre entre les deux. Qu'on soit bien d'accord, même avec Omoï, je ne te demande pas de te cacher, me précise-t-elle, les sourcils froncés. Si tu pouvais seulement éviter de lui rouler un patin dans la cafétéria, ou au milieu de la cour, ça éviterait d'attiser les mauvaises langues.

- Je ne pense pas que j'en aurais envie même si j'étais hétéro, mais je comprends le principe. Et je suis d'accord.

- Si tu as envie de lui tenir la main ou de l'embrasser pour lui dire bonjour, ne te gêne pas. Tu as le droit de vivre. Par contre, si ça se passe mal, dis-le-moi tout de suite. J'engagerais l'armée s'il le faut !

Son inquiétude à peine voilée par son trait d'humour, je ris, plus pour la rassurer qu'autre chose. Puis je me fais la promesse d'essayer d'inhiber mon sale caractère si ça me permet de nous éviter des situations compliquées.

[…]

Comme j'aurais pu m'y attendre, ma concentration en cours aujourd'hui bat de nouveaux records. Impossible de me sortir Omoï de la tête, un sourire niais ou stupide – les deux ? – collé au visage depuis ce matin. Parfois, je me demande même comment il est possible que tout le monde ne soit pas au courant. Nous sommes en début d'après-midi, et je ne l'ai pas encore croisé. Il nous avait prévenu la semaine dernière qu'il avait de la vie scolaire à faire – étant le délégué de sa classe, il avait une réunion concernant une sortie pour sa classe européenne – donc nous n'avons mangé qu'avec Karui, mais il m'a semblé évident qu'elle était au courant. Il faudra d'ailleurs que j'en touche un mot à mes propres amis. Vu comment ils m'ont soutenu depuis le début, ça me paraît logique de les mettre au parfum.

Tout ça pour dire que, de retour en cours, rien n'a changé. Si ce n'est que, cette fois, Hinata craque. Je ne lui ai pas raconté la récente tournure des évènements, mais mon comportement ne lui est pas passé inaperçu.

- Tu t'es juste levé du bon pied, ou il s'est vraiment passé quelque chose ? me chuchote-t-elle après que je me sois installé.

Sans vraiment savoir pourquoi je ne lui ai rien dit jusque-là alors que je meurs d'envie d'en parler à tout le monde, je ne me fais pas prier.

- J'ai un mec ! m'exclamé-je dans un chuchotement, ce qui, en effet, est paradoxal. Enfin, je crois.

Sans attendre, toute sa gestuelle m'indique qu'elle est sincèrement heureuse pour moi.

- Tu crois ? se moque-t-elle un peu tout de même.

- Et bien il m'a filé un rencard, et j'ai dit oui. Est-ce que ça suffit ?

- Donc tu as un mec.

D'un point de vue extérieur, je pense renvoyer l'image d'une princesse qui vient de rencontrer son prince charmant dans l'un de ces contes pour enfants. Et en temps normal, j'aurais trouvé ça ridicule. Mais je suis tellement de bonne humeur que même dans cette situation, j'arrive à trouver ça cool. Je suis un cas désespéré. Heureux, mais désespéré.

- Et… est-ce que tu peux me parler de lui ? s'intéresse Hinata.

Mis devant cette fameuse question, je perds mon sourire. Je dois avouer que je me suis demandé la même chose un certain nombre de fois. Clairement, Omoï n'a pas fait son coming-out, même si le mien a été fait de manière très discutable. En fait, depuis ce matin, je stresse un peu à l'idée de le croiser, même si j'en meurs d'envie. Je suis censé faire quoi ? S'attend-t-il à ce que je lui serre la main ou que je l'embrasse ? Doit-on rester amis en apparence au lycée ? Je ne crois pas que ça me dérangerait si c'était le cas, mais je ne veux pas le froisser si je choisis la prudence et qu'il le prend pour de la réticence. Et, comme d'habitude lorsqu'il s'agit de moi, je n'ai pas osé lui envoyer de messages pour lui poser clairement la question. Oui, oui. Mon courage atteint lui aussi des sommets. Consciente de mon conflit intérieur, Hinata reprend avant moi.

- Mon petit doigt me dit que tu dois d'abord en parler avec lui, constate-t-elle simplement.

- Désolé. Tu as raison, on n'en a pas discuté, et je ne veux pas le mettre mal à l'aise.

- Ce n'était pas un reproche, me rassure-t-elle. Je suis curieuse, mais je ferais avec, promis. Mais tu dois me promettre quelques potins de temps en temps. Ce n'est pas négociable.

Son ton amusé ne manque pas de me faire rire. Un rire que je ne retiens pas, même si notre professeur vient d'arriver.

- C'est promis ! dis-je en essayant de me concentrer sur le cours qui commence.

Avec un succès discutable, évidemment.

[…]

Bon. Allez. Foutu pour foutu, et de toute manière incapable de rester concentré sur autre chose pendant plus d'un quart d'heure sans revenir dessus, je sors discrètement mon téléphone et écris un message à l'attention de Suigetsu et Yahiko.

« Je suppose que vous vous en doutez, mais Omoï est bien gay. Il m'a filé un rencard, hier, et j'ai dit oui. Par contre, je ne sais pas où il en est, alors rester discrets, okay ? C'est pour ça que je préfère vous envoyer un message. »

Et… envoyé ! Guettant leur réaction, je les observe. Yahiko est le premier à réagir, et je le vois sortir son téléphone de sa poche pour l'observer discrètement. Il fait alors un signe à Suigetsu, assis de l'autre côté de l'allée la plus proche de lui, pointant son appareil. Comprenant le message, il répète les mêmes étapes. Un sourire se colle à son visage, et je le vois pianoter un truc.

« Aha, je le savais ! Yahiko me doit un repas, du coup ! On sort quand ? »

« Merci, Kiba. On va en entendre parler pendant des lunes ! »

Je retiens difficilement un petit ricanement qui attire l'attention d'Hinata. Je lui fais comprendre que ce sont des messages de Suigetsu et Yahiko qui me font rire, puis tape une réponse à mon tour.

« Désolé, Yahiko. Cela dit, c'était sérieux. Il faut d'abord que j'en discute avec lui, donc on évite les effusions de sentiments, ou même de le taquiner sur le sujet. Surtout toi, Suigetsu. »

« Hé ! Pourquoi juste moi ? »

« Parce que Kiba n'est pas bête, et on sait tous que, si quelqu'un doit faire une bourde, la probabilité que ce soit toi est assez forte. »

« C'est de la discrimination ! Je vais porter plainte ! »

« Si tes avocats sont aussi doués pour choisir des tenues de ski que pour te défendre, on ne risque pas grand-chose. »

À nouveau, je ricane, retenant de plus en plus difficilement un grand éclat de rire.

- Monsieur Inuzuka ? m'interpelle alors le prof. Vous voulez peut-être partager avec la classe ce qui vous fait tant rire ?

Pris sur le fait alors que toute la classe se tourne vers moi, je baragouine des excuses et tente de me faire oublier. Pourtant, du coin de l'œil, j'aperçois Suigetsu qui me fait un clin d'œil en levant un pouce en l'air, ce que j'interprète comme un « Bien joué, mec ! » de sa part. En fait, je jurerais presque l'avoir entendu, tout en sachant que c'est impossible. Dans tous les cas, voilà une bonne chose de faite !

[…]

Quand – enfin ! – la fin des cours arrive, mes amis et moi nous dirigeons vers la sortie. Devant la grille qui débouche sur la rue devant le lycée, Omoï nous attend toutefois, et mon cœur se serre. Non, je n'ai toujours pas résolu le problème de comment je suis censé me comporter avec lui. Pourtant, la question ne se pose pas car, les mains dans les poches et une sucette dans la bouche, il s'approche dès qu'il nous aperçoit.

- Hey, se contente-t-il de nous saluer.

- Salut la popstar ! l'accueille plus chaleureusement Suigetsu. Tu n'as pas eu trop de mal à esquiver les groupies, aujourd'hui ?

Sa manière d'être met tout de suite plus à l'aise quand je vois Omoï sourire en se prenant au jeu.

- J'ai dû couper quelques mains trop baladeuses, mais je m'en suis sorti, répond-t-il. La routine, quoi.

Suigetsu éclate de rire, comme toujours, mais n'ajoute rien. Pourtant, je vois sur son visage qu'il meurt d'envie de faire une remarque dont je devine le sujet, et je comprends que sa retenue ne durera pas si personne ne détourne son attention. Yahiko, qui le connaît mieux que nous, prend les devants.

- Allez, j'ai un bus à prendre, dit-il, et ton chauffeur t'attend, alors on devrait y aller, Suigetsu.

Comprenant le message, l'interpellé acquiesce, à contrecœur, tandis qu'ils s'éloignent en nous souhaitant une bonne soirée.

Maintenant seul avec Omoï, j'avoue toutefois ne pas être bien plus à l'aise qu'hier soir, au Kumo.

- Tu voulais quelque chose ? demandé-je après m'être raclé la gorge.

Je le vois inspirer et se redresser avant de me répondre.

- Je me disais que je pourrais t'accompagner chez toi, si ça ne te dérange pas ?

- Ça ne te fera pas faire un trop grand détour ?

- Non, ça va. Personne ne m'attend avant dix-neuf heures, donc j'ai le temps. Je prendrais le bus depuis chez toi. J'ai regardé, ça se fait assez vite.

Sachant que nos cours se sont terminés aux alentours de dix-sept heures trente, je vois le bien-fondé de sa réponse.

- Pas de problème, alors. Je passe prendre mon vélo et on y va ?

Il acquiesce, apparemment soulagé que j'ai accepté.

Alors, pas de problème, c'est vite dit. En effet, il n'a pas l'air beaucoup plus à l'aise que moi, et il faut quelques minutes de marche avant que je ne craque.

- Bon, fais-je, j'en ai marre. C'est fatiguant, cette situation tendue, non ? On ne peut pas juste faire comme d'habitude ?

Je le vois rire doucement.

- Ça te va bien de dire ça, dit-il. Mais tu as raison. C'est ridicule d'être aussi stressés. Donc… tu as passé une bonne journée ?

Content de voir le dialogue continuer, mon sourire revient en même temps que ma bonne humeur et mon euphorie de la journée.

- Je mentirais si je disais avoir réussi à rester très concentré sur mes cours. J'ai pas mal pensé à nos messages d'hier. Et à toi, du coup, je suppose.

Comme d'habitude, j'essaye d'être honnête, parce que ça me permet d'être moins tendu. Mes explications lui collant un sourire au visage, je devine que c'était plutôt une bonne idée.

- Pareil, avoue-t-il. Et ça va, ça ne t'a pas donné envie de faire marche arrière ?

- Pas du tout ! Et toi ?

- Oula, non. Mais si je me rappelle bien ce que tu as dit hier, j'ai eu plus longtemps que toi pour me poser la question.

Je devine qu'il fait référence à mes aveux sur son orientation sexuelle, comme quoi je n'y avais pas pensé du tout. Puisqu'on est en plein dans le sujet, j'en profite donc pour mettre des mots sur les questions qui me tournent dans la tête depuis ce matin.

- Juste pour être certain, mais en dehors de Karui et Samui, personne ne sait de quel bord tu es, non ?

- Exact, fait-il après une seconde ou deux de réflexion. Enfin, A et B s'en doutent peut-être un peu, aussi. Pour être tout à fait honnête, les filles étaient avec moi hier soir quand je t'envoyais ces messages. Karui m'a presque forcé à le faire. De toute manière, plus personne n'était dupe, selon elle, alors ça ne servait à rien de tourner autour du pot.

Etonnamment, je n'ai aucun mal à imaginer ces mots sortir de la bouche de notre amie.

- Je l'aurais probablement été sans Suigetsu, me confie-je. Il m'a dit en début de semaine que tu t'intéressais à moi, mais je n'avais rien vu avant. J'ai eu du mal à y croire, parce que ça me semblait un peu égocentrique.

- C'est fou d'être aussi peu conscient de son sex-appeal, me dit-il en riant.

- Suigetsu a dit quelque chose du genre, lui aussi, réponds-je sur le même ton.

Un instant de flottement passe, agréable, où nous profitons simplement de la présence de l'autre sans avoir à angoisser de ne rien se dire.

- Du coup, ils sont au courant ? me demande-t-il finalement. Yahiko et Suigetsu, je veux dire.

- Oui. Je leur ai fait un résumé d'hier soir. Je l'ai dit à ma sœur, aussi, parce que j'étais trop excité sur le moment.

Je le vois se tasser dans son écharpe.

- Tu me mets la pression, à parler de moi à ta famille.

- Je vais te passer sous silence le moment où elle s'est sentie obligée de me parler de protection, alors, d'accord ?

Honnêtement, je ne l'aurais pas fait de toute manière, et ça continue à me mettre mal à l'aise d'y penser, mais l'envie de taquiner Omoï sur le sujet s'est faite trop forte. Et vu son grognement, je devine que ça valait le coup, même si ça montre aussi que j'ai des tendances sadiques.

- Je leur ai dit que tu ne souhaitais pas forcément que ça s'ébruite pour le moment, enchaîné-je.

D'abord, il ne me répond pas.

- Merci, dit-il. C'est vrai que ça m'arrange. Je ne suis pas prêt à faire comme toi, surtout avec ma famille.

Le sujet semblant épineux, je n'ajoute rien. Cela dit, il l'interprète de la mauvaise façon.

- Est-ce que ça te gêne ?

- Non, pas vraiment, le rassuré-je. Savoir que je suis gay et me voir avec un mec sont deux choses différentes pour les gens au lycée. Je n'ai pas spécialement le besoin de le crier sur les toits. Mes amis et ma famille sont au courant, c'est déjà bien.

- Cool, se contente-t-il de dire. Du coup, au lycée… On continue comme avant ?

- Ça marche pour moi, confirmé-je. Et en dehors ?

Une fois encore, il prend un instant pour faire du tri dans ses idées.

- Pour l'instant, reprend-t-il, il faut déjà que j'organise notre sortie.

- Le rencard, tu veux dire ?

Alors que je ne pensais pas ça possible, face à mon choix de mots, il rentre encore davantage la tête dans les épaules.

- Oui. Le… rencard. Tu as l'air de tenir à ce mot, dis donc. Comme je le disais, je pense que A et B sont au courant, alors ça te dirait qu'on aille au Kumo ?

Pas besoin de réfléchir longtemps à la question.

- Ce serait top, dis-je. En vrai, je serais plus à l'aise si on était en territoire connu, moi aussi.

Ma réponse semble le soulager aussi, car je jurerais voir ses épaules se détendre. C'est là que je me rends compte que, même si nous sommes plus à l'aise depuis qu'on a commencé à parler, mes muscles restent tendus d'appréhension, l'inconnu de la situation se faisant ressentir.

- Peut-être ce week-end, poursuit-il. Je ne sais pas encore, il faut que je m'organise.

- Tout me va, le rassuré-je. Ne te prends pas la tête. Je ne m'y connais pas plus que toi, mais je pense que ça va être bien.

Alors que nous marchons côté à côté, son visage se tourne vers moi et j'aperçois un sourire en coin, du genre qu'on peut difficilement simuler. Comme les choses deviennent encore plus réelles, je me surprends à penser qu'il est quand même sacrément mignon. Avant d'aller plus loin dans mes pensées, je me reconcentre toutefois sur le chemin devant moi.

Les sujets importants expédiés, le reste du trajet se fait dans la bonne humeur. Nous parlons de nos journées respectives, de la météo, de tout et rien, juste pour le plaisir d'être en présence l'un de l'autre, et la discussion coule toute seule. Non, vraiment, j'ai du mal à imaginer comment ce rendez-vous pourrait mal se passer. Une fois arrivé chez moi, il ne s'attarde pas plus longtemps que nécessaire, son bus arrivant dans la minute, et il me laisse sur le pas de mon immeuble, un grand sourire collé au visage.

Vendredi 7 février

Je baille. Très inélégamment, devrais-je préciser. Hinata, assise à côté de moi, ne pourrait pas passer à côté, un long grognement accompagnant le geste.

- Fatigué, Kiba ? se moque-t-elle. Ne me dis pas que ton fameux compagnon mystère t'épuise déjà la nuit ?

Ça ne manque pas, et j'éclate de rire.

- Oui et non, fais-je évasivement. Je ne lui ai pas parlé de la soirée, sauf deux trois messages. Mais ça se passe tellement bien et c'est tellement nouveau pour moi que je suis tout excité en permanence. J'avoue avoir un peu de mal à trouver le sommeil.

Pour preuve, j'étais encore levé en avance ce matin, et Hana a manqué la syncope de près, à en croire sa réaction en me voyant si tôt le matin deux jours de suite.

- Contente pour toi, dit-elle. En fait, tu es même tellement communicatif que j'ai presque l'impression que ça m'arrive aussi !

- Sans vouloir te faire de la peine, la taquiné-je à mon tour, tu es une fille, et ni lui ni moi ne serions très enthousiastes à l'idée de faire un ménage à trois avec toi.

- Dommage, fait-elle, faussement déçue.

Nous rions de nos bêtises tous les deux, en chœur. Puis, alors que je sors mes affaires pour le premier cours, je trouve ridicule de ne pas lui dire qui est Omoï. En plus, quand nous en avons discuté, il n'a jamais été question de nous cacher devant nos amis, et Hinata est définitivement ma meilleure amie ici.

- On a décidé de rester discret au lycée pour des raisons évidentes, chuchoté-je en me rapprochant d'elle, mais pas de nous cacher. Tu veux toujours savoir qui c'est ?

La question est de pure rhétorique, je connais déjà la réponse. Mais je suis un adolescent, et j'ai besoin de m'amuser.

- Evidemment ! me répond-t-elle sur le même ton.

- Le mec qui m'a filé un rencard, c'est Omoï, de la classe européenne. Je l'ai rencontré au week-end de ski.

Je la vois réfléchir, les yeux perdus dans le vague.

- C'est le jeune homme très typé, c'est ça ? Je me rappelle que tu l'avais décrit comme ça, et ça prend tout son sens, d'un coup.

- Je pense qu'on parle du même mec, oui. Mais attention, tu t'en doutes, tu ne dois pas le répéter aux autres.

- Tu as l'impression que j'ai beaucoup de monde qui vient me parler ? Grâce à Neji, ton secret est bien gardé.

Même si sa réponse s'est faite amusée, je lui offre un sourire triste. C'est quand même injuste de voir à quel point son cousin rend sa vie infernale.

- Tu as réfléchi à l'idée de parler à ton père ? demandé-je soudainement. Tu es jeune, et tu es en train de rater ce que les gens appellent les plus belles années de notre vie parce que ta famille a des principes archaïques. Je suis désolé si ce que je dis est blessant, ajouté-je rapidement par acquis de conscience, mais ma vie est tellement à l'opposé de la tienne que tout me paraît si absurde.

Son sourire disparaît, sans surprise.

- Ne t'inquiètes pas, je comprends ce que tu veux dire. Et je mentirais en disant que je ne suis pas un peu jalouse de ta vie. Mais… pour répondre à ta question, oui, j'y ai pensé. Depuis que tu m'en as parlé, j'y pense beaucoup. Je le savais déjà, évidemment, mais voir un étranger mettre des mots dessus aussi facilement, alors qu'en général, tout le monde évite de me dire ce qu'il pense à cause de mon nom de famille, ça m'a faite réfléchir.

Sa confidence me fait outrageusement plaisir. Hinata est une fille vraiment bien, et ça me fait trop de peine de la voir comme ça, à vivoter sans en profiter vraiment.

- Dès que tu es libre, m'exclamé-je, c'est promis, je t'emmène manger dans un bar trop bien !

Elle ricane.

- Chouette, fait-elle, moqueuse. Maintenant, c'est le gay qui me file un rencard. J'ai vraiment dû toucher le fond.

- C'est à prendre ou à laisser ! dis-je sans me départir de ma bonne humeur.

Je la vois m'observer et soutenir mon regard, son cheminement de pensées inconnu de ma personne. Pourtant, son sourire ne la quitte pas, parfait reflet du mien.

- Je prends, dit-elle simplement, ses réflexions étant arrivées à une conclusion. Merci, Kiba.

- De rien, réponds-je du tac au tac. Rappelle-toi juste que je suis ton meilleur ami quand tu arriveras à la tête de ta famille et de toute sa fortune. J'accepte les chèques, les espèces, et les virements automatiques.

Une fois n'est pas coutume, nous rions de concert. Je n'ai pas l'habitude d'arriver tôt le matin, mais je vais peut-être essayer de la prendre, cette habitude. Discuter comme ça, avec Hinata, pendant que la classe se remplit doucement, est vraiment agréable.

J'en étais là de mes réflexions que Yahiko apparaît dans mon champ de vision, attrape la chaise de la table devant nous – son occupant n'est pas encore arrivé – la rapproche, et s'installe.

- Hey vous deux, nous salut-il. La forme ? On n'a pas l'habitude de te voir si tôt, Kiba.

- Salut Yahiko, l'accueillé-je à mon tour. Dis-toi juste que, comme l'a suggéré Hinata, c'est mon compagnon mystère qui me tient éveillé.

Bien sûr, ce n'est pas un mensonge, mais c'était aussi une manière détournée de faire savoir à Yahiko que mon amie est au courant pour Omoï. Qu'il puisse parler librement si besoin. Même si je sais qu'il note l'information, il ne relève pas et, tout sourire, se tourne vers l'adolescente.

- Epargne-moi tes moments de débauche, merci, dit-il, souriant. N'hésite pas à lui dire s'il est trop sans gêne, Hinata. J'ai l'habitude avec Suigetsu, donc je peux te dire qu'il ne faut vraiment pas les laisser trop prendre leurs aises.

- C'est noté, s'amuse-t-elle.

- Dans tous les cas, enchaîne Yahiko en revenant sur moi, je voulais te dire que Suigetsu sera absent aujourd'hui. Apparemment, ses parents ont encore besoin de lui pour un truc de riches. Sans offense, Hinata.

Le petit aparté fait rire mon amie, mais nous ne relevons pas.

- Il sera parti longtemps, cette fois ? me renseigné-je en me rappelant qu'il avait été absent une bonne semaine lorsque je suis arrivé dans ce lycée.

- Aucune idée. Il n'a pas l'air d'en savoir plus lui-même. Ses parents le sollicitent drôlement plus souvent, en ce moment, cela dit. Mais on verra bien. Voyons le côté positif des choses : ça nous fera un peu de calme. Et il arrêtera d'essayer de t'allumer juste pour te mettre mal à l'aise.

Si sa remarque me fait rire, Hinata, elle, est surprise.

- Il fait vraiment ça ? demande-t-elle, le plus sérieusement du monde.

- Hélas, oui, dis-je. Mais ma sœur et lui ont l'air de trouver ça très drôle.

- Tu as raconté le coup du sauna à ta sœur ? s'étonne cette fois Yahiko en riant. Et bien, tu n'as peur de rien.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait au sauna ? poursuit Hinata, sa surprise allant en grandissant.

- Il a simplement trouvé normal de se promener le chevalier au vent, lui répond Yahiko pour moi, trop content de se payer ma tête. Et de lui faire un peu de rentre-dedans au passage.

Mon ami et moi voyons Hinata se figer. Puis, elle hésite un moment, mais ne tient pas.

- Mais… il est gay ?

Là, nous éclatons de rire.

- Non, non, l'informé-je. Il est juste sans gêne, en plus d'être un brin narcissique.

- Un brin ? répète Yahiko, abasourdi. Même l'ironie n'est pas suffisante pour décrire ce qu'il est. Il faut appeler un chat un chat. Suigetsu est carrément imbu de lui-même. Il s'aime assez pour ne même pas avoir besoin de se trouver une fille pour faire du bien à son égo.

Hinata hoche la tête lentement, assimilant les informations au fur et à mesure.

- Je connais ses parents via les miens, et j'ai du mal à imaginer qu'ils le laisseraient faire s'ils savaient.

- Bingo, la félicite Yahiko. Evidemment, ils ne sont au courant de rien, et il espère que ça dure longtemps.

- Ce n'est pas moi qui irai le dénoncer, nous rassure-t-elle, même si je n'avais pas besoin de l'entendre pour le savoir. Je suis juste un peu jalouse de savoir qu'il ose faire tout ce qu'il sait que sa famille n'autoriserait jamais.

Yahiko hausse les épaules, pas vraiment surpris de cette réaction.

- Je n'ai rien d'autre à dire que c'est Suigetsu. Il est comme ça. Et avant que tu n'y réfléchisses trop, je ne suis pas sûr que ce soit un super exemple à suivre. Je ne pense pas que te promener en petite tenue, devant tes amis, soit l'accomplissement potentiel de ta vie.

À l'entendre, cette possibilité fait rougir Hinata, mais ça ne l'empêche pas de rire.

Notre voisin de devant nous ayant rejoint, Yahiko nous quitte, encore amusé par l'échange.

- Je ne pensais pas qu'il était comme ça, pense Hinata à voix haute.

- Qui ça ? demandé-je. Suigetsu ? Pourtant, il n'est pas spécialement discret.

- Oui, lui aussi, fait-elle en hochant négativement la tête. Mais je parlais surtout de Yahiko. Il est sympa, en vrai.

Ma surprise allant en grandissant, je fronce les sourcils, pas sûr de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette révélation.

- Bien sûr, enchaîné-je. Pourquoi ? Tu avais des raisons de penser autrement ?

Un peu penaude, je la vois hausser les épaules.

- Je suis désolée, s'excuse-t-elle. Je sais que les rumeurs sont parfois infondées, mais on dit de lui qu'il flirte tout le temps et qu'il accumule les aventures. J'y ai cru, je suppose. Neji l'avait tout particulièrement tenu à l'écart dès le début, alors je n'ai pas eu le temps de me faire une opinion sur le sujet.

- Yahiko ? répété-je, abasourdi d'entendre ça pour la première fois. Tu es sûr qu'on parle du même homme ? Tu aurais parlé de Naruto, j'aurais pu comprendre, car il semble obsédé par l'idée de se trouver une copine, mais Yahiko ne parle même pas de filles. Même Suigetsu m'aurait paru plus logique.

Je la vois se tasser sur sa chaise.

- Je suis vraiment désolée, insiste-t-elle. Dès que Suigetsu s'absente, je le croise souvent dans la cour avec des filles différentes à chaque fois, donc j'y ai cru. Il est juste tellement discret en temps normal que je n'avais jamais eu l'occasion de discuter un peu avec lui.

Oui, ça, je peux lui accorder. Yahiko n'est pas du genre très démonstratif, et c'est souvent Suigetsu qui fait du bruit pour deux.

- Je ne t'en veux pas, ne t'inquiètes pas, la rassuré-je. Je suis juste surpris, et pas qu'un peu. Je ne le connais pas depuis longtemps, donc je ne sais pas tout de lui, mais clairement, ce n'est pas un sujet qui a été abordé, en tout cas.

- Je préfère croire en ton avis qu'en certaines rumeurs, complète-t-elle. Surtout qu'il m'a paru vraiment sympa, à l'instant.

Je la remercie d'un sourire mais n'approfondit pas, mon regard se posant sur le dos de mon ami. Je me fais rapidement la réflexion qu'il a toutes les qualités pour être un tombeur, de son caractère optimiste et positif à son physique agréable. Pourtant, ça me paraît toujours étrange. Cela dit, il n'y a pas trente-six solutions si je veux avoir le fin mot de l'histoire. Soit je lui pose la question, soit… je la pose à Suigetsu ? Je n'ai toutefois pas le temps d'approfondir le sujet, car notre professeur passe l'embrasure de la porte et le cours commence.

À la pause, la situation se répète. Habituellement, Suigetsu et Yahiko restent à leur place, ou ils sortent prendre l'air, pendant que je profite des rares moments où je peux discuter avec Hinata sans risquer de me faire reprendre par le prof pour bavardage incessant. Cela dit, maintenant que notre richissime ami est absent, Yahiko préfère piquer la chaise de notre voisin de devant pour s'installer avec Hinata et moi. Jusque-là, la discussion semble assez animée entre eux, mais je ne participe pas, ou peu.

Je sais que ce ne sont pas mes oignons, mais ce que m'a dit Hinata tout à l'heure tourne en rond dans ma tête, et si je ne pense pas à Omoï, c'est vers Yahiko que mes pensées vont. En fait, j'ai réalisé m'être trompé. Dimanche dernier, lorsque nous avons discuté seuls un moment, je me suis fait la réflexion que mon opinion sur sa personne avait été renforcée. Sauf qu'en fait, c'est un peu plus que ça. Nous avons beau avoir discuté tous les jours depuis que je traîne avec eux, il ne s'était jusqu'alors jamais vraiment dévoilé, et je n'apprends à le connaître que depuis une semaine. Je sais qu'il est le plus discret de nous trois, d'autant plus que Suigetsu et moi avons tendance à être du genre excentrique. Du coup, si j'ai une idée de ce qui le fait rire, ou de son humour en général, je ne le connais pas tant que ça, personnellement. Il aura fallu que je dorme chez lui pour savoir qu'il vivait sans son père, alors que même la miss Hyuga discute plus facilement de sa vie privée.

En soi, ce n'est pas grave. J'en sais assez de lui pour savoir que je l'apprécie, et il me semble quelqu'un de bien. Mais je suis contrarié par l'idée de ces rumeurs qui le décrivent comme un goujat – même si Hinata n'a pas utilisé ce mot, j'ai tendance à penser qu'elle ne l'a pas fait uniquement parce qu'elle est un peu trop polie. Oui, contrarié, c'est le mot. Je n'aime pas quand les autres parlent des gens auxquels je tiens, surtout pour en dire du mal. Comme s'ils se mêlaient de ce qui ne les regarde pas. C'est comme la fois où… Mes pensées se dispersent à ce moment, repensant aux rumeurs à propos de Gaara. En définitive, il n'a jamais vraiment répondu à la question, se contentant d'avouer qu'une partie d'entre elles devait être vraie. Ah, ça ne fait que m'irriter davantage ! Les gens ne peuvent pas s'occuper de leurs fesses, un peu ?

- Tout va bien, Kiba ? me sort de mes pensées Yahiko.

- Hein ? fais-je. Oui, pourquoi ?

- Tu fronces les sourcils, et tu as l'air énervé.

Pris sur le fait, je n'ai pas spécialement envie de nier, mais dire ce qui me trotte dans la tête ne me tente pas des masses non plus.

- Je repensais juste à une discussion que j'ai eue avec Gaara, dis-je en omettant la partie qui le concerne. Mais ça date, maintenant, et ce n'est pas grave. C'est juste que ça m'a laissé de mauvais souvenirs.

- Okay, se contente-t-il de répondre, apparemment convaincu par mon manège.

J'ai honte d'avoir utilisé Gaara pour me trouver une excuse – même si elle n'est pas complètement fausse – mais je savais que balancer son nom empêcherait Yahiko de creuser plus loin. Contrairement à d'autres, comme Suigetsu, je sais qu'il a des notions de respect de la vie privée. Ceci dit, ce retour à la réalité m'a suffi, et je fais l'effort de me concentrer sur notre discussion pour ne pas m'égarer à nouveau. Et ce même si repenser à mes amis m'a remis un coup au moral. Je n'ai pensé qu'à Omoï ces derniers jours, mais je ne peux pas retenir le petit coup de blues qui me prend lorsque j'essaye d'imaginer ce que font Sakura, Ino, Shikamaru, et Gaara. Et je me dis aussi qu'il faudrait que je parle d'Omoï à Sakura. Je n'ai aucun mal à imaginer la discussion qui risque d'en découler, et c'est une perspective qui me met d'avance de bonne humeur !

Fin du chapitre 32 !

*ti ti li li ti tiiiiii ! *

Sous vos yeux ébahis s'affiche alors...

~°~ SHIKAMARU IS ALWAYS RIGHT ! ~°~

...

Shikamaru : Bon, c'est officiel. Cette histoire prend une mauvaise tournure.

Sehaltiel : Laisse-moi deviner. C'est parce qu'on ne te voit plus assez ?

Shikamaru : Exactement. Content de voir que les neurones qui te restent fonctionnent encore. Son idylle avec O-machin, c'est sympa, mais ça ne compense pas le fait qu'on ne m'a pas vu en chair et en os depuis un trop grand nombre de chapitres.

Sehaltiel : O-machin ? Sérieusement ? Tu pourrais essayer de te rappeler son nom, au moins.

Shikamaru : On s'en fiche. C'est moi le meilleur. Et Kiba est à moi. Point.

Sehaltiel : … Tu continues à voir ton psy ?

Shikamaru #surpris# : Oui, pourquoi ?

Sehaltiel : Arrête. Je te préfère dans le déni, coincé, frustré, ou tout ce que tu veux, en fait. Là, c'est trop facile. Tu vas tout le temps dans mon sens, et ça m'ennuie. Comment je fais pour m'adonner à mon passe-temps favori – te contrarier, au cas où tu as un doute – si tu es trop honnête ?

Shikamaru : Donc… ton passe-temps est plus important que mon bien-être ?

Sehaltiel : Ah ! C'est une question de rhétorique, j'espère ? Parce que si tu n'as pas la réponse à celle-là, tu peux oublier ton titre de génie.

Shikamaru #prend le temps de réfléchir l'espace d'un instant# : Peu importe. Les petites fesses musclées de Kiba sont à moi.

Sehaltiel #pousse un grand soupir# : Bon. Et bien je suppose qu'il ne me reste plus qu'à rendre visite à ton psy. On se retrouve la prochaine fois ?

Shikamaru : Chouette. Je vais lancer le générique. Tu verras, j'y ai ajouté des détails de mon cru.

*ti ti li li ti tiiiiii ! *

La musique du générique est accompagnée de photos de Kiba et Shikamaru agrémentées de petits cœurs. Sehaltiel en tombe de sa chaise, et a bien toutes les peines du monde à se relever.