Le hasard ou le monde parfait de Chaos

Pour une fois, Ragnok ne se promenait pas dans les couloirs de Gringotts Grande Bretagne mais dans ceux de Gringotts Scandinavie, à la plus grande rage de Beran, le directeur de la filiale, qui lui vouait une rancune tenace depuis que Ragnok avait courtisé et s'était uni à la gobeline qu'il convoitait.

Le gobelin fut conduit dans un salon privé où un sorcier l'attendait.

-Directeur Ragnok, salua le sorcier. C'est un plaisir de vous revoir.

-Lord Black, répondit Ragnok. Vous ne m'avez jamais paru en aussi bonne forme !

Ledit lord eut un sourire canaille.

Quand Bellatrix avait lancé le sort sur Sirius pour le faire tomber à travers l'arcade de la mort, les choses s'étaient très vite enchaînées. Le sort avait effectivement touché le sorcier mais seule sa cape avait passé l'arcade. Le sorcier, lui, portait un portauloin qui s'était enclenché à l'instant même où il avait été touché. Il s'était retrouvé dans une salle dans la nation gobeline où les soigneurs s'étaient précipités vers lui. Sirius était donc resté deux semaines dans le coma et trois semaines supplémentaires sous surveillance médicale avant de pouvoir rentrer chez lui. Les gobelins lui ayant annoncé qu'il était considéré comme mort par les sorciers, il avait opté pour investir une maison dans les environs d'Oslo afin de mener à bien ses projets sans le souffle glaçant de Dumbledore dans le cou. Il en avait profité pour ranger définitivement derrière lui médicalement parlant son séjour à Azkaban et mettre à jour ses affaires, notamment son innocence dans la mort de Lily et James Potter.

Le dossier était entre les mains du conseil international des sorciers depuis presqu'un an et une note leur avait indiqué que s'il voulait avoir des précisions, de contacter Ragnok de Gringotts Grande Bretagne. Ce dernier, averti que son client était très loin d'être mort, avait trouvé sa localisation et arrangé une entrevue dans la filiale Gringotts la plus proche de lui.

D'où leurs présences à tous les deux dans cette pièce.

-Parlons peu mais parlons bien, décréta Ragnok après s'être installé. Le CIS m'a contacté et ils ont examiné votre dossier. La directrice Bones lui a aimablement transmis tout ce qui vous concernait officiellement, c'est-à-dire votre ordre d'emprisonnement et l'ordre d'Embrasser à vue. Vous imaginez bien qu'ils ont fait votre procès dans la foulée, comme le compte-rendu était absent de votre dossier, et que vous êtes d'ores et déjà acquitté de la complicité de meurtres sur Lily et James Potter, puisqu'il n'y a rien qui prouve que vous avez été leur gardien du secret au moment de leur mort et que les examens que vous avez passé à la banque le confirment. Concernant la mise en danger d'un mineur, je leur ai transmis la preuve de votre lien de parrainage donc vous êtes également acquitté de cette accusation.

-Il reste donc le meurtre des douze moldus et de Peter, grinça Sirius.

-En fait, uniquement de Pettigrow, corrigea Ragnok. A l'époque, les victimes moldues n'étaient guère prises en compte dans les procès sorciers et c'est toujours le cas de nos jours. Ce qui vous a valu la condamnation du peuple sorcier, c'est le fait que le seul sorcier pris dans votre « attaque » ait été presque complètement « vaporisé ».

-Comment on fait pour prouver que ça ne s'est pas passé comme ça ? soupira Sirius

-Je leur ai transmis votre souvenir de la scène, déclara simplement Ragnok. Couplé au souvenir d'Harry avec les aveux de ce rat, vous êtes totalement acquitté.

-Merci, souffla Sirius. Que pouvons-nous faire maintenant ? Je ne me vois pas revenir en Grande Bretagne pour le moment.

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, abonda Ragnok. Mon avis est que vous devriez profiter du fait que personne ne sait que vous êtes toujours de ce monde pour mettre en ordre vos affaires. Cela fait plusieurs dizaines d'années que les finances du clan Black ne sont plus à leur plus haut niveau. Sans oublier les tentatives de spoliation, qu'elles proviennent des membres de votre famille ou non.

Sirius prit quelques instants pour réfléchir. Sans personne pour lui tirer dans les pattes, il pourrait mettre en place toutes les vengeances qui lui passaient par la tête, à commencer par celle à l'encontre de Dumbledore. Mais il y avait déjà une personne qui faisait des merveilles sur le sujet.

-Est-ce que vous pensez que ce serait une bonne idée que j'annonce à Loki Potter que je suis toujours en vie ? demanda Sirius

-Pourquoi voulez-vous prévenir la seule personne qui le sait déjà ? ricana Ragnok

Sirius resta bouche bée.

§§§§§

-Comment ça, les cachots sont inaccessibles ? gronda Albus

-Il y a une barrière magique qui empêche tout le monde d'y aller, déclara Minerva. Essayez, vous verrez. Cela fait trois heures que nous tentons de la passer !

Le directeur tourna des talons pour voir cela de ses propres yeux.

Alors que les vacances étaient pour la fin de la semaine, le château avait été secoué par une intense explosion. Surpris, tous les directeurs de maison s'étaient précipités vers l'épicentre et n'avaient pu constater que la fuite des élèves de sixième année du cours de potions avant qu'une barrière magique n'apparaisse. Minerva et Filius s'étaient acharnés dessus tandis que Pomona veillait à ce que les élèves pris dans l'explosion soient pris en charge aussi bien au niveau psychologique que médical. Dumbledore, parti au ministère pour se soumettre à ses fonctions de président du Magenmagot, était revenu tranquillement pour apprendre la nouvelle.

-Où est le directeur ? demanda Pomona qui revenait de l'infirmerie

-Parti vérifier que nous ne pouvions effectivement pas entrer dans les cachots, renifla Filius. Notre parole n'a pas l'air d'avoir de valeur pour lui.

-Est-ce que vous lui avez dit pour Snape et Weasley ? demanda Pomona

-Il aurait fallu qu'il nous en laisse le temps, déclara Minerva, agacée par les manières déplorables de son supérieur hiérarchique.

Les trois professeurs soupirèrent. La condamnation des cachots avait entraîné le déplacement de toute la maison Serpentard vers une tour. Les elfes de maison de l'école avaient juste eu le temps de récupérer leurs affaires avant que l'accès ne leur soit également interdit. Mais le plus inquiétant était qu'il restait deux personnes dans les cachots.

Severus Snape et Ronald Weasley.

D'après les témoignages, ils étaient les deux derniers à quitter la salle lorsqu'une potion instable avait finalement explosé, entraînant la forte vibration qui avait fait trembler le château. Ils étaient également les seuls à ne pas être sortis et sans pouvoir entrer dans les cachots, impossible de connaître leur état de santé.

Laissant le directeur gérer la crise, les trois professeurs retournèrent à leurs quartiers pour se changer puis aller rassurer les élèves. Minerva prit sur elle d'informer les Serpentards de l'indisponibilité de leur directeur de maison ainsi que des changements qui allaient les impacter et écrire une lettre à Molly Weasley pour l'avertir des événements concernant son dernier fils, comme le règlement l'y obligeait.

§§§§§

Harry avait appris de la bouche même d'Hermione ce qui s'était passé dans les cachots et en discutait avec Loki le soir-même.

-Hermione m'a dit qu'il n'y avait qu'une contamination « involontaire » qui aurait pu causer une aussi forte explosion, résuma Harry.

-Je ne peux que la croire, sourit Loki. Je te rappelle que mes connaissances en potions sont très loin d'égaler les siennes.

-Tu ne peux pas les aider ? demanda Harry, qui n'avait pas vu son tuteur avec les autres professeurs

-Les explosions magiques sont très délicates, déclara Loki. Sans oublier les vapeurs de potions qui doivent encore envahir la salle. Si le château a établi une barrière, cela veut dire qu'il y a un danger pour les élèves et le personnel enseignant.

-Ron est toujours là-bas ! rappela Harry

-Tu t'inquiètes pour lui ? s'étonna Loki. Je pensais que tu avais coupé les ponts.

-C'est vrai, soupira Harry. Mais il a été mon ami pendant si longtemps …

Loki se mordit la langue. Il était à deux doigts de dire quelque chose qu'il ne fallait pas.

-Nous ne pouvons rien faire pour le moment, souffla Loki.

-Je m'en doute, fit Harry. Est-ce que Neville, Hermione et moi pouvons passer la soirée ici ?

-Pourquoi ? s'étonna Loki

-Ginny m'agace, grogna Harry. Ron est dans les cachots dans on ne sait quel état et elle veut que je la console alors qu'elle se fiche royalement de lui. Soit on s'éloigne, soit elle ne retourne pas chez sa grand-tante en bon état.

-Mon petit lion a envie de se faire les crocs, ricana Loki.

-Oh, arrête ! bougonna Harry en rigolant

§§§§§

Quelques heures plus tôt …

Lorsque tous les élèves eurent leur attention tournée vers leur fuite, Severus se dépêcha de lancer un sort de croc-en-jambe sur Ronald Weasley. Ce dernier, les pieds déjà collé au sol par les bons soins d'Hermione Granger, s'était effondré, ce qui avait permis au professeur de l'assommer puis de lui jeter un sort pour qu'une bulle d'air les entoure. L'aîné se remémora ce que Loki Potter lui avait dit.

Flash-Back

-Ça vous dirait de détruire les cachots ? proposa soudainement Loki

Hermione, Harry, Neville et Severus le fixèrent comme s'il était fou.

-Et non, je ne suis pas fou, soupira Loki. Mais ça ferait une pierre deux coups.

-J'ai une idée assez tordue qui voudrait qu'on fasse exploser les cachots et qu'on en condamne l'accès suffisamment longtemps pour que le professeur Snape puisse examiner Ron, fit Neville.

-C'est exactement ce que je veux faire, sourit Loki.

-Mais pourquoi une pierre deux coups ? demanda Hermione

-Il semblerait que notre ami commun réserve d'atroces souffrances à Severus s'il n'arrive pas à me convaincre de rejoindre son camp, déclara Loki.

A la plus grande surprise de Severus, aucun adolescent ne broncha quand ils comprirent qu'il parlait de Voldemort.

-Cela ne vous choque pas de savoir que je suis en contact avec Voldemort ? haussa un sourcil Severus

-Ma grand-mère siégeait déjà au Magenmagot quand vous avez été jugé après la première guerre, haussa des épaules Neville.

-Je n'ai jamais pris pour acquis les affirmations de Ron et je sais lire, professeur, renifla Hermione. Votre procès a fait la dixième page de la Gazette du Sorcier, si mes souvenirs sont exacts.

-Vous pensez franchement qu'il ne me l'aurait pas dit ? demanda simplement Harry en désignant Loki

Severus capitula.

-Qu'est-ce que cet ultimatum vient faire là ? demanda Severus

-Tu vas disparaître, annonça Loki.

Un regard bovin lui répondit.

-D'accord, d'accord, souffla Loki.

Il se leva pour prendre un épais grimoire dans la bibliothèque et le déposer sur la table. Hermione hoqueta de surprise en découvrant le titre.

-« Histoire de Poudlard » ? demanda Severus

-Ne me demandez pas comment mais il s'agit de l'un des grimoires orignaux qui répertorie tous les secrets de cette école, y compris la Chambre des Secrets, révéla Loki. L'unique autre exemplaire est à la disposition du véritable directeur de cette école.

-Donc chez le professeur Dumbledore, traduisit Hermione.

-Je n'en suis pas si sûr, fit Neville. C'est en rapport avec la légende qui veut que l'école choisisse elle-même ses directeurs ?

-Cette partie ne m'est pas lisible, avoua Loki. Mais bref. Il est indiqué dedans que si la structure du château est menacée, le château met exactement trois minutes pour édifier des barrières autour de la zone dangereuse et une heure pour interdire à quiconque d'entrer ou sortir par moyens magiques. Dans ce laps de temps, la barrière anti-transplanage est levée pour permettre l'arrivée des secours.

-Ou l'arrivée des renforts pour l'adversaire, pointa Severus. C'est un plan extrêmement dangereux.

-Si on ne le crie pas sur tous les toits, non, assura Loki. Et puis, ce n'est pas notre problème. C'est au directeur de s'assurer que l'école est bien protégée et la barrière d'anti-transplanage n'est que l'une des protections de Poudlard. Si elle est la seule, je demanderai simplement ce qu'il fout à la tête de cette école.

-Ce sont des questions existentielles qui ne nous concernent pas, coupa Hermione. Loki, vous êtes sûr de vos informations ?

-Toutes celles que j'ai pu vérifier sont exactes, confirma Loki.

-Alors il va falloir jouer sur le timing et être extrêmement précis, décréta Hermione en s'emparant d'un parchemin. Il faut trouver une potion qui soit étudiable par des élèves de sixième année, suffisamment délicate pour que le risque d'explosion soit plus élevé et que le château se sente suffisamment en danger pour isoler les cachots. Professeur Snape ?

-Ce que vous voyez en cours n'est qu'une minuscule portion des potions qui existent, mademoiselle Granger, assura Severus.

-C'est réglé, déclara Hermione. Il va falloir faire en sorte que Ron sorte en dernier et surtout, que tous les élèves évacuent avant lui. Je m'en occuperai puisque je suis la seule à suivre ce cours avec lui.

-Je vais fournir un portauloin vers les Abysses pour que Severus rejoigne Sina et Lorean, déclara Loki. Il les ramènera à l'école dès les examens terminés.

-Une heure ne sera pas trop juste ? s'inquiéta Neville

-Si on ne dispose d'une salle temporelle, oui, fit Loki.

-Tu peux me dire ce que ta fichue maison ne dispose pas ? railla Severus

-Un maître de potions grincheux, répondit Loki du tac au tac.

-S'il vous plait, soupira Harry. Le cas de Ron est réglé mais pas celui du professeur Snape.

-Si, puisqu'il ne rentrera pas à l'école, répondit Loki. C'est un golem plongé dans le coma qui reviendra avec Weasley.

Fin Flash-Back

Ils avaient rapidement réglé les détails avant de décider quand aurait lieu ce plan complètement fou. Ils avaient opté pour la dernière semaine avant les vacances pour éviter de trop inquiéter Molly et ne laisser aucune chance à Voldemort de manipuler le golem.

Severus attrapa le portauloin en forme de ruban, attacha le rouquin à un bout et prit l'autre avant d'activer l'objet. L'instant suivant, Sina et Lorean les réceptionnaient dans l'aile médicale des Abysses. Ils prirent l'adolescent pour l'installer dans un lit mais lorsque le plus vieux voulut gagner ses nouveaux appartements, il fut littéralement jeté dans un lit.

-Mais qu'est-ce que vous faites ? gronda Severus alors qu'il était délesté de tout ce qu'il avait sur lui sans qu'il ne puisse rien y faire

-Surprise, fit Lorean avec un sourire machiavélique qui le terrifia.

L'instant suivant, il était inconscient.

§§§§§

Harry fut surpris de voir un hibou de l'école arriver vers lui. Sans se cacher, il lança une série de sorts informulés pour garantir sa sécurité – il avait encore en tête la lettre de Voldemort sur son lit – avant de la prendre pour l'ouvrir. Il ne tint pas compte des regards exorbités des Gryffondors autour de lui qui s'étonnaient qu'il soit devenu aussi paranoïaque.

Le brun se garda de froncer des sourcils à sa lecture.

Harry,
Maman voulait être sûre que sa demande te parvienne bien donc elle m'a demandé de te la transmettre.
Papa, maman, mes frères et moi voudrions que tu viennes à la maison pour les fêtes de fin d'année. Je me souviens encore des Noël qu'on passait ensemble au Terrier et j'espère que tu voudras revivre de tels moments. Maman a même déjà commencé à tricoter ton pull Weasley !
S'il te plait, ça serait génial !
Avec amour,
Ginny

Sans trahir son état d'esprit, Harry rangea la lettre et reprit son repas. Conscients qu'il ne lâcherait pas un mot sur le sujet, Hermione et Neville reprirent leur conversation. Les Gryffondors autour de lui mirent un peu plus de temps à reprendre leur repas, car ils savaient parfaitement que si Harry ne répondait pas aux questions de ses amis, alors personne ne saurait.

Très vite, le sujet numéro un revint sur la table. L'explosion dans les cachots avait eu lieu deux jours auparavant et tous les élèves étaient finalement au courant de l'identité des deux manquants, Severus Snape et Ronald Weasley. Il y avait bien eu un début de rumeur comme quoi c'était le maître de potions qui serait à l'origine de l'incident mais la directrice adjointe était immédiatement montée au créneau et avait annoncé froidement devant toute l'école que ce n'était pas pour rien que le professeur Snape était si strict dans sa salle de classe et que c'était un accident qui pouvait arriver avec n'importe qui. D'ailleurs, elle avait assuré que dès l'année prochaine, les classes d'ASPICS en potions seraient de nouveau seulement accessibles aux élèves qui auraient obtenu un optimal dans la matière aux BUSES pour que ce genre d'événement n'arrive plus. Neville se souvint de la mine défaite d'Albus Dumbledore – il était arrivé en plein milieu de l'annonce de Minerva McGonagall – car c'était lui qui avait insisté pour ouvrir les classes d'ASPICS de potions alors que quand Severus Snape avait imposé la limite de l'optimal, il n'y avait jamais eu d'accident aussi grave.

Quand le repas se termina, Hermione, Neville et Harry se dirigèrent directement vers les appartements de Loki. De cette manière, ils n'auraient plus à entendre Ginny s'inquiéter faussement de l'état de santé de son frère et chercher à tout prix qu'Harry la console. Les trois adolescents entrèrent sans problème, laissèrent les sorts agir avant de s'installer dans le salon pour étudier en paix. Loki arriva deux heures plus tard – c'était le jour où il restait dans sa salle de classe pour que les élèves puissent lui poser des questions – et passa à côté d'eux, non sans emmêler les cheveux d'Harry, pour ne pas les déranger. Mais à sa plus grande surprise, son pupille lui tendit une enveloppe.

-Je pense que tu vas rire, indiqua simplement Harry.

Sa curiosité piquée, Loki lut la missive.

-Depuis quand Molly passe par ses enfants pour une invitation pour les vacances ? demanda Loki en lui rendant la lettre

D'un regard, Hermione et Neville demandèrent la permission à Harry pour prendre également connaissance de la lettre.

-Avec Charlie en poste ici, je pense que Molly est au courant que tu n'es plus ami avec ses enfants, pointa Hermione.

-Et surtout, je pensais que le message était passé depuis l'année dernière, ajouta Loki. Toutes les demandes qui te concernent passent par moi et pour en avoir discuté avec madame Weasley, elle est au courant et elle y adhère. Donc cette invitation me semble illogique.

-Encore plus quand on sait que les Weasley n'habitent plus au Terrier depuis des mois, indiqua Neville.

-Et encore moins au QG de l'Ordre, abonda Harry. Ce n'est d'ailleurs pas un secret que personne ne sait où habitent Molly et Arthur et que Ginny et Ron doivent rester chez leur tante Muriel pendant les vacances scolaires.

-Je les ai repris l'été dernier quand ils ont envoyé cette fausse invitation, se rappela Loki. Dans tous les cas, qu'est-ce que vous en pensez ?

-Ginny veut absolument qu'Harry revienne vers elle, renifla Hermione.

-Les Weasley croient en leurs convictions mais ils savent quand ce n'est plus la peine de se battre, pourtant, réfléchit Neville.

-C'est vrai, concéda Loki. Madame Weasley croyait qu'elle serait toujours le meilleur pour Harry et ce n'est que quand j'ai pu discuter avec elle qu'elle a compris que ma seule priorité serait son bien-être.

Loki fit venir à lui du parchemin et commença à écrire.

-Je vais d'abord vérifier que cette invitation ne provient pas de madame Weasley, expliqua Loki. Autant faire les choses dans l'ordre.

-Je vais demander à Ginny des précisions sur cette invitation, proposa Harry. Je lui dirai qu'avec un délai aussi court, sans plus de détails, ce n'est pas sûr que tu acceptes.

-Tu en deviendrais presque Serpentard, taquina Hermione.

-Non, il commence simplement à savoir comment obtenir les réponses qu'il veut, corrigea tranquillement Loki en fignolant sa lettre.

Il la plia et le messager personnel de Loki s'approcha pour prendre la lettre et l'apporter à son destinataire.

-Nous aviserons selon les réponses que nous aurons, déclara Loki.

-On y va alors, poussa Neville.

Les trois adolescents saluèrent le professeur avant de partir. Ce dernier s'enfonça dans des pensées assez sombres.

§§§§§

Morick avait été chargé d'une mission particulièrement importante par le directeur de Gringotts Grande Bretagne et il n'avait pas l'intention d'échouer.

Encore en bas de la hiérarchie de la banque, il avait été particulièrement surpris d'être convoqué par Ragnok en personne pour une mission confidentielle. Après un très lourd serment, le gobelin avait eu pour ordre de répertorier tous les coffres de la filiale britannique – ce qui en faisait un sacré paquet – les identifier et en vérifier les protections. Cela faisait donc plusieurs semaines qu'il se promenait dans les souterrains avec la liste de tous les coffres, qu'il regardait si tout concordait et que l'artefact confié pour les protections ne réagissait pas outre mesure.

Il avait commencé par les coffres dont les locataires étaient des sorciers de première génération. Contrairement à ce que les sorciers extrémistes pouvaient penser, ils composaient une confortable majorité des clients sorciers de la banque. Sauf études particulières, il n'y avait aucun danger de leur part donc il ne s'y était pas attardé.

Les coffres des locataires nés de sorciers étaient un peu plus intéressants. A leur ouverture, les gobelins demandaient un échantillon de magie et de sang pour les insérer dans les clés qui ouvraient les coffres. Grâce à cela, ils étaient en mesure de retracer la généalogie des locataires et éventuellement les informer d'un possible héritage provenant d'une vielle famille sorcière qui avait disparu faute de descendants … quand les locataires n'en avaient pas déjà connaissance. Dans le cas contraire, sur demande, une recherche généalogique – payante, le business est le business – était possible mais seules les familles sorcières les plus anciennes – l'équivalent de la bourgeoisie moldue – étaient au courant de cette possibilité.

Les coffres des sangs purs étaient les plus délicats, à plus d'un titre. Ils ne se mariaient qu'entre eux, ce qui voulait dire qu'ils pouvaient hériter du coffre de leurs voisins sans réel problème, et la complexité de leurs héritages donnerait mal à la tête à n'importe qui. Généralement, leurs lignées pouvaient remonter sur plusieurs siècles et chaque membre de leur famille avait eu le temps de récupérer voire de créer des artefacts de grande valeur et de grande puissance, peu importe la branche de magie à laquelle elle appartenait. Comme la banque avait déjà fait ses preuves en matière de sécurité et de confidentialité, les sorciers de sang pur avaient pour habitude de faire stocker à Gringotts les artefacts qui pouvaient être dangereux pour eux, leurs familles comme pour les autres êtres magiques. Dans ces cas-là, les protections des coffres étaient ajustées selon leur contenu. Sans oublier qu'une famille sang pur disposait généralement de plusieurs coffres destinés à des buts bien précis. Les protections variaient donc d'un coffre à l'autre et on devait être extrêmement attentif pour ne laisser passer aucune faille.

Alors qu'il terminait de passer en revue les coffres des Selwyn pour passer à celui des Lestrange – les dernières guerres sorcières ne leur avaient pas du tout été profitables – l'artefact de contrôle de Morick vibra assez violement. Intrigué, le gobelin déposa l'artefact devant la porte pour qu'il puisse lui indiquer quelle barrière magique était sollicitée. Mais quand il s'aperçut que plus d'une était activée, il envoya un messager vers le directeur de la banque. Ce dernier arriva quelques minutes plus tard et étudia attentivement les informations relevées. Sans un mot, il posa la main sur la porte pour sceller le coffre. L'autorité du directeur n'était demandée pour sceller les coffres que pour deux raisons : quand il n'y avait plus d'héritier vivant et quand le contenu présentait un danger réel pour la banque et ses employés et que les barrières étaient dépassées. Morick avait très vite compris que le second cas s'appliquait et il attendait les ordres.

-Vos ordres n'ont pas changé, déclara Ragnok. Mais vous terminerez ce couloir à un autre moment, je vais envoyer une équipe intervenir sur ce coffre et selon ce qu'elle découvrira, je signifierai ou non la fermeture définitive aux locataires.

Tandis que le gobelin ramassait son artefact et passait dans le couloir suivant, Ragnok sortit de sa poche une sphère en verre qu'il enchanta pour qu'elle s'illumine à chaque fois que la même signature magique se retrouvait à proximité. Puisqu'elle brillait de mille feux, il se pourrait bien qu'il ait trouvé l'une des armes de ce cher Voldemort dans l'un de coffres de sa banque.

Dommage pour lui, puisque les Lestrange n'avaient pas configuré leur coffre pour le dépôt d'un artefact aussi puissant, ces derniers allaient en être dépossédés et le contenu reviendrait à la banque sans qu'ils ne puissent s'insurger.

Ruiner des sangs purs n'avaient jamais été aussi savoureux.