Yo,

R.A.R (Une review fera toujours plaisir):

Trolocat : Et oui, coup dur pour Byakuya ! Merci encore et toujours pour ton suivi et je suis touchée que l'écriture te plaise. Allons voir maintenant ce que deviennent Grimmjow et Ichigo ! Bonne lecture à toi !

Voici le chapitre 24. Bonne lecture à tous !


Grimmjow tomba rudement la tête la première par terre, ainsi attaché à la chaise par les poignets et les chevilles. Il aurait espéré que l'assise qui l'emprisonnait céderait sous le poids mais il n'en fut rien et le haut du dossier en bois sembla vouloir lui briser la nuque quand il buta le menton par terre sans aucune réception possible. Il aurait voulu crier mais un bâillon lui fatiguait les mâchoires et allait presque renfoncer sa langue au fond de la gorge. Il gémit de douleur, tant par sa chute que par le coup de pied dans les côtes qu'il venait de prendre et qui avait fait valser la chaise.

— Eh merde ! Je pète le feu, moi ! Ramassez-le, j'en ai pas fini avec lui ! Il est encore plus drôle que Kuchiki !

Le dit capitaine était aussi attaché à une chaise mais sans bâillon. Pour cause, il n'allait pas faire grand bruit, il était évanoui depuis plus de dix minutes maintenant. Les hommes s'étaient alors mis à battre Grimmjow à la place. Le bleuté avait vu le capitaine, en sang, fermer ses yeux en larmes cachés derrière des mèches de cheveux qui collaient à son visage humide et tuméfié.

Ils avaient été emmenés ailleurs. Les bourreaux avaient préféré continuer à un étage plus discret où ils s'assuraient de ne pas être gênés par quiconque : la réserve d'archives. Une salle sombre et silencieuse, où l'écho des coups résonnait entre les murs de béton blanc et les rangées de classeurs en fer qui encadraient tout l'espace. Ils les avaient installés à des chaises pour s'assurer de les avoir bien à disposition sans aucun moyen de se défendre.

— Vas-y, cogne-le, ça te fera le plus grand bien !

Grimmjow tenta de hurler quand on attrapa la chaise pour le redresser brusquement mais cela n'eut aucun effet et il reçut une nouvelle droite en pleine mâchoire qui le fit suffoquer et réduisit au silence toute sa véhémence criarde.

— Si c'est ça Anarkheia, je pourrais faire ça toute la journée ! J'ai une de ces pressions à purger, c'est si satisfaisant !

Les autres rires et tournèrent autour de Grimmjow pour lui tirer les cheveux, lui enfoncer le poing dans le ventre ou le gifler au visage. Le bleuté n'en pouvait plus. Il était épuisé.

Au début, il avait été plus que décontenancé. Le DPM déserté. Les bruits de coup. Et en acteurs principaux : des hommes en uniforme de police en train de frapper leur propre capitaine et s'en donner à cœur joie. Mais il avait rapidement compris. Äs Nödt était forcément passé par là. Il l'avait peut-être même manqué de peu. Pas étonnant que Byakuya ne répondait pas au téléphone. Pas étonnant qu'Ichigo lui avait dit de se méfier de la police. Certains avaient trahi leur serment sous l'influence d'Anarkheia. Mais, visiblement, le message d'une paix par la purification de ses péchés ne les avait pas plus atteints. Ils semblaient avoir interprété le message d'Äs Nödt sous l'angle qu'ils préféraient : un mélange de haine et de violence gratuite qu'ils cherchaient à vouloir assouvir sur quelconques victimes choisies au hasard, comme lui en cet instant.

Cette histoire le faisait enrager. Sans compter qu'il perdait du temps pour chercher Ichigo. Mais c'était sans doute fait exprès. Äs Nödt aurait parié qu'Ichigo partirait seul le rejoindre et il avait déjà prévu de s'en prendre à Kuchiki pour le stopper, si l'explosion au Palais de Justice ne l'avait déjà pas fait plus tôt.

— Ahah ! Regarde comme tu l'achèves ! Il arrive même plus à crier !

En effet, Grimmjow remarqua que sa voix s'éteignait peu à peu. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes. La douleur était bien là, lancinante, présente dans chaque parcelle de son corps pris par surprise entre les mains violentes et robustes de ses hommes. Pourtant, il commençait à avoir l'impression de ne plus rien ressentir. Un coup ou deux, peu importait, il ne verrait bientôt plus la différence.

Il voulut se ressaisir mais un nouveau coup de poing en pleine mâchoire tua de plein fouet cette envie. Son bâillon sortit de sa bouche dans l'action et le morceau de tissu resta autour de son cou .

Tu vas te laisser faire, c'est ça ?

Grimmjow rouvrit les yeux, frappé par la voix familière qu'il entendit soudain, bien différente de celles de ses bourreaux. Il vit alors, comme un brouillard sous l'écran humide qui emplissait son regard, au fond de la pièce, une fine silhouette plus petite et sombre que ses ravisseurs. Ulquiorra.

Le bleuté ravala un gémissement et plissa les yeux, s'empêchant de pleurer. Il avait l'impression que tout le quittait à chaque coup qu'il recevait, que son courage s'évanouissait peu à peu comme sa volonté et ses espoirs. Ulquiorra venait l'accuser de cela.

— J'aimerais bien t'y voir, toi… ; murmura-t-il entre ses dents.

Le bourreau échauffé conserva son poing en l'air sans l'abattre, soudainement interloqué. Il saisit sa victime par sa chevelure bleue, tirant violemment pour lui faire redresser la tête et découvrir son visage marqué par la douleur :

— Qu'est-ce tu racontes, toi, maintenant ?!

Grimmjow ne répondit pas mais conserva un regard sévère vers un point, au fond de la salle: là où la silhouette fantomatique, dans l'ombre de la pièce, le regardait sans bouger. Le bourreau, offensé de ne pas être la marque d'attention, empoigna ses cheveux pour le balancer avec la chaise de toute ses forces sur le côté afin qu'il s'écrase à nouveau par terre.

— Tu t'fous d'ma gueule, c'est ça ?! renchérit-il en envoyant un coup de pied dans le ventre.

Pour toute réponse, Grimmjow cracha du sang en toussant, manquant de s'étouffer.

— Laisse tomber, il délire. Comme l'autre orangé, il est pas net. C'est ça de s'en sortir vivant de l'assaut d'Anarkheia ; expliqua le plus vieux qui restait les bras croisés.

Grimmjow vit la silhouette d'Ulquiorra s'approcher un peu de lui et pencher sa tête sur le côté. Il semblait se moquer de lui. Existait-il ou non ?

— Tch. Pauvre taré.

Le bourreau enchaîna un autre coup.

— Passe la boisson, il me donne soif, ce con.

Un autre, qui continuait sans cesse de boire et de rire, se sentit pris sur le fait et balaya sa bouche d'un revers de manche pour effacer la trace d'alcool qui humidifiait ses lèvres. Puis, il passa la flasque qu'il tenait.

Grimmjow, de son côté, avait du mal à retrouver son souffle. Il vit néanmoins l'ombre ondulante d'Ulquiorra se mouvoir jusqu'à lui sans que personne ne le remarque. Il tira sur ses liens, essayant de bouger légèrement son buste pour tourner plus facilement la tête et le voir de plus près. Il se tenait debout, à quelques centimètres de lui. L'image se fit plus nette : ses jambes courtes et fines dans un pantalon noir, l'éternelle tache de sang sur son polo blanc et sa chevelure noir corbeau toujours indisciplinée. Son visage était très pâle et ses yeux verts semblaient sonder son âme profondément.

Je suppose que tu as besoin de mon aide…

Le bleuté en aurait pleuré plus encore. Il voulait que tout ça s'arrête. Que ce cauchemar cesse. Ichigo si loin de lui et en danger. Äs Nödt dans la nature. Un centre de police désert et personne pour venir les aider. Des policiers traîtres qui le battaient. Son seul espoir, Byakuya Kuchiki, en sang et inconscient sur une chaise.

— Je t'en supplie… Il faut… aller aider Ichi'... ; parvint à dire Grimmjow dans un souffle.

Un petit sourire apparut sur le visage d'Ulquiorra. Ces yeux verts semblèrent briller encore plus. Grimmjow ne sut pas pourquoi il lui souriait, s'il avait compris ce qu'il disait, s'il pouvait bien y faire quelque chose. Il sentit une larme couler sur sa joue. S'il se mettait à parler à un fantôme, à une pure projection de son esprit, c'était donc qu'il était bel et bien fini et qu'il n'y avait plus d'espoir. Pourtant, au même moment, à cet instant précis, une alarme se déclencha.

— Putain d'merde, c'est quoi ça encore ?!

Le plus énergique avait du mal à rester en place et se mit à tourner en boucle dans la salle. Le plus vieux décroisa les bras et alla jeter un coup d'œil à un coin de la pièce. L'alarme incendie se déclenchait dans tout l'établissement et faisait clignoter en rouge un voyant au plafond.

— Fais chier, qu'est-ce qu'il se passe ?!

— On devrait partir !

— Ouais, ça craint de rester ici ! Les hauts gradés vont être mis au courant et vont rappliquer !

— Mais pourquoi elle sonne, cette foutue alarme, déjà ?! cria le plus énergique pour couvrir le bruit.

— Qu'est-ce que j'en sais ?! Abruti ! fit le plus vieux, visiblement énervé ; on dégage de là, maintenant et on poursuit le plan ! À l'aéroport et on s'arrache de cette ville de merde !

— Et… et eux ? fit le plus alcoolisé en hoquetant, montrant du doigt le capitaine inconscient penché sur sa chaise et le bleuté à terre.

— On les bute ?!

— Non ! Bougre d'idiot. On sera poursuivi moins longtemps pour quelques gifles ! Ils clamseront peut-être d'eux-mêmes avec ce qu'on leur a mis. Allez, on dégage ! Par l'issue de secours !

Grimmjow vit les hommes quitter la salle des archives sans un seul regard, sans les détacher, sans même leur dire un dernier mot. Ils avaient comme plan de quitter la ville… voire même le pays… Sans doute Äs Nödt leur avait-il fabriqué un adéquat ticket de sortie après leurs méfaits.

Il essaya de se mouvoir avec la chaise, aplati contre terre, pour se tourner vers le capitaine. On ne voyait plus son visage. Seuls ses longs cheveux pendaient dans le vide, son corps affaissé sur la chaise, les mains attachées au dossier, les chevilles aux pieds. Grimmjow donna un bref coup de pied à la chaise mais cela n'eut aucun effet.

— Kuchiki !

Il l'avait vu en sang. Avait-il succombé ? Non, il ne pouvait pas le croire… Il avait besoin de lui !

— Kuchiki… Eh merde !

Grimmjow frotta son front contre le sol, prenant une profonde inspiration en serrant les dents. Il voulait que tout s'arrête. Le temps passait. Et si Ichigo avait déjà trouvé Äs Nödt ? Et s'ils s'étaient affrontés et qu'Ichigo avait été tué ? Et si, à l'heure même où il se sentait partir, son amant avait déjà quitté ce monde ?

Tu ne comptes pas te laisser mourir comme ça, j'espère…

En soulevant un peu son regard, il tomba sur Ulquiorra, accroupi près de sa tête, les mains sur les genoux. C'était un fantôme, n'est-ce pas ? Le pur fruit de son imagination ? Mais… était-ce lui qui venait de le sauver avec cette alarme ? Ou était-ce juste… une coïncidence ?

Ce n'est pas ici que tu dois mourir.

— Je suis… fatigué…

Il te manque juste de l'espoir et du courage…

Grimmjow aurait pu avoir un rire cynique s'il était dans une meilleure posture mais ce n'était véritablement pas le cas et, à souffrir autant, il ne ressentait maintenant plus qu'une profonde fatigue mêlée de haine. Il était attaché. Il était blessé. Il avait perdu beaucoup de temps pour sauver Ichigo. Et Byakuya…

Grimmjow regarda Ulquiorra. Le voyait-il seulement ? Qu'était-il en train de vivre ? Et que voulait-il dire ?

Je crois que cette fois, tu vas vraiment avoir besoin de mon aide.

Aussitôt, il vit son ami se relever avec grâce. Il se dirigea ensuite vers la porte et se glissa dans l'embrasure laissée par les policiers après lui avoir glissé un dernier regard entendu.

— Attend… Attend ! Ulquiorra !

Soudain, il ne sentit plus sa présence. Comme s'il s'agissait d'une fumée dont on ne voyait plus les vapeurs. Comme un brouillard dissipé et une impression de contact perdu.

— Non… non, non ! Ulquiorra ! Me laisse pas !

Sans lui et avec un capitaine évanoui, il devenait vraiment seul. Seul, attaché et blessé, dans une salle des derniers étages les plus profonds d'un DPM désert. Il devenait comme un fossile, coincé dans un espace-temps, laissé à l'abandon pour des milliers d'années à venir.

— Reviens ! Reste avec moi ! Ulquiorra ! hurla-t-il en y mettant toutes ses forces, couvrant largement le bruit de l'alarme.

OoOoOoOoOoOoOo

Soleil couchant

Forêt Aokigahara

— Z'êtes sûr qu'vous voulez entrer là-dedans à cette heure-ci, m'sieur ?

On aurait dit que le garde-forestier ne voulait pas le laisser avancer. Il le bloquait sur le parking à l'orée de la forêt. Il n'était pas forcément plus grand ni plus fort que lui mais son aspect rude et plus ancien donnait raison à Ichigo de ne pas en finir de manière impolie. Néanmoins, ses nerfs étaient à vifs depuis sa sortie de Tokyo. Il opta donc pour une troisième solution : une voix froide correspondant assez fidèlement à l'état de sérieux et de gravité dans lequel il se trouvait, coupant ainsi court à la conversation:

— Oui et je n'ai besoin d'aucune aide pour m'y retrouver. Je passe maintenant.

Il crut bon de le prévenir pour ne pas qu'il s'insurge de la main qu'il posa sur son épaule pour l'écarter de son chemin et poursuivre sa route vers l'entrée de la forêt. Il crut qu'il en avait fini mais le gare-forestier lui lança, de sa voie bourrue et rauque :

— Faut pas en finir comme ça m'sieur. C'est pas mes affaires mais… il y a toujours un soleil les lendemains de pluie.

Sur cette note presque poétique, Ichigo acquiesça, faisant mine de remercier ses paroles et s'en alla définitivement.

Le garde-forestier faisait référence, il le savait, à la forêt elle-même et à l'image populaire qui s'était faite d'elle en quelques dizaines d'années : la forêt Aokigahara était appelée « la forêt des suicides ». Et encore aujourd'hui, de discrètes personnes désespérées venaient là à la tombée de la nuit pour en finir avec leur vie de la manière qu'il trouvait la plus appropriée. Ichigo était au courant de cela. Quand il l'avait appris, plus jeune, il en avait été terrifié. Le nom de la forêt résonnait en lui comme l'endroit où il avait été retrouvé plus jeune par la police suite à la disparition d'Äs Nödt qu'il appelait encore Ana. Mais y attribuer une telle connotation lui avait fait encore plus froid dans le dos alors qu'il se souvenait de l'effroi qu'il avait eu à se retrouver seul dans cette forêt, séparé de tous, abandonné, laissé pour compte à errer comme un fantôme. S'il n'avait pas été retrouvé, que serait-il devenu ?

Ichigo balaya l'image de son enfance de sa tête. Depuis qu'il revenait dans cette forêt, depuis même qu'Äs Nödt l'avait retrouvé, ses souvenirs d'antan étaient bien trop présents dans son esprit et sonnaient à chaque fois comme des avertissements. Il ne devait plus trembler. Il n'y avait pas de fantôme dans cette forêt. Mais c'était exactement ce que le meneur d'Anarkheia voulait qu'il ressente.

Il s'aventura un peu plus dans la forêt. Les feuilles mêlées à la terre et aux cailloux crissaient sous chacun de ses pas. Il fallait qu'il reste prudent. Il n'avait pas plus d'information sur l'apparition d'Äs Nödt dans cette forêt. Où serait-il ? Pour quoi faire ? Serait-il seul ou accompagné ?

Äs Nödt le retrouverait où ils s'étaient laissés douze ans auparavant. Cependant, il fallait pour Ichigo resituer un lieu dont l'image demeurait profondément enfouie dans sa mémoire. Heureusement, il s'était toujours souvenu de cette voiture de police dans laquelle il avait attendu, enfant, après avoir été retrouvé. Les équipes s'étaient attelées à éteindre le feu, établir la scène de crime et avaient voulu fouiller un peu plus la forêt pour retrouver Äs Nödt, en vain. Pour Ichigo, l'attente avait été insupportable. Seul dans la voiture de police, enroulé dans une couverture de survie, il avait regardé pendant de longues minutes le panneau en bois à l'entrée du parking : NS65 était peint en blanc dessus. Ce souvenir avait émergé dans la mémoire d'Ichigo quand il était encore au volant. Il avait ainsi pu savoir quelle entrée de la forêt choisir. Quant à l'endroit exact… il fallait qu'il retrouve cet endroit qui hantait ses rêves.

Il sentit le poids du revolver dans sa poche de veste. Il avait l'impression de pencher sur le côté en marchant tellement l'arme lui paraissait lourde.

Il avait eu le temps d'y songer pendant le trajet et rien ne lui semblait plus évident et utile à faire. En tuant Äs Nödt, il stopperait la propagation déjà commencée d'une véritable et dangereuse manière de penser. Si ce groupe s'incarnait réellement, que resterait-il de la justice d'un Etat ? De la sécurité d'une population ? Tout finirait-il dans le chaos d'une justice par soi, sanglante et impulsive ?

Et, de manière plus personnelle, Äs Nödt était sans doute la personne qu'il haïssait le plus et qu'il craignait aussi tout autant. Il l'avait fait souffrir. Il avait tué ses parents. Il l'avait enlevé. Il avait hanté sa vie, comme une ombre qu'il traînait depuis toujours. Il avait blessé son frère et son amant. Il avait tué de manière si passionnelle, si sensationnelle, pour être vu, craint, admiré, suivi.

Il lui paraissait maintenant qu'Äs Nödt était plus qu'une personne ; une sorte d'entité incarnant un violent déséquilibre dans tout ce qu'on connaissait, dans tout ce en quoi on pouvait croire. Un déséquilibre si dangereusement provoqué qu'on ne pouvait qu'être terrifié à l'issue d'un tel bouleversement. L'apogée d'Anarkheia signifierait sans doute la fin de tout.

Et son frère lui avait ordonné de prendre cette arme pour arrêter tout cela avant qu'il ne soit trop tard.

OoOoOoOoOoOoOo

Keishicho

Au même moment

L'alarme l'avait profondément interloqué. Le bruit tonitruant avait résonné dans tout l'étage du DPM et avait mis un terme au profond silence mortifère dans lequel il était plongé. Mais depuis deux secondes, il tendait encore plus l'oreille. Il avait eu l'impression d'entendre un hurlement. Fruit de son imagination ?... Cela faisait presque une heure qu'il écoutait chaque bruit, tapi dans sa cachette, à épier le moindre mouvement, le moindre chuchotement. Que se passait-il ? Pouvait-il seulement faire quelque chose ? Lui, le petit et faible Rikichi… le garçon toujours dans le dos de Byakuya pour éviter d'avoir trop de choses à faire.

À l'assaut des policiers – ces brutes épaisses qu'il détestait d'ordinaire – il avait compris que quelque chose de grave se passait. Une petite mutinerie gréviste contre le capitaine sonnait faux. Après tout ce qu'il s'était passé, cela devait être bien plus gros. Aussi, quand il avait entendu la clique crier, tout renverser, détruire dans le hall principal qui menait au bureau de Byakuya et assommer les rares personnes qui étaient là, il était resté figé où il était, dans la salle de repos au fond du couloir.

Il revenait du terrain. Au Palais du Justice, tout le DPM semblait s'être déplacé, à la grande surprise de Kyoraku qui conduisait l'opération. Mais cela était bien tombé : des mouvements de foules avaient demandé un contrôle assidu et des méfaits avaient éclaté aux quatre coins de la ville, obligeant de petites unités à se déplacer. L'ex capitaine du DPM lui avait ordonné de se retirer et d'aller trouver Kuchiki qui devait sortir de l'hôpital et qui irait sans doute au Keishicho.

Rikichi était arrivé avant lui. Aussi, avait-il pris la liberté de flâner un peu dans les bureaux, aux étages supérieurs. C'était bien la première fois qu'il voyait le DPM si vide. Ensuite, il avait décidé de retourner à son pallier pour boire un café dans la salle de repos. Il n'avait pas vérifié si son capitaine était arrivé au préalable. Puis, alors même que la cafetière venait de se taire, tirant sur le dernier grain de la dosette de café, le groupe d'hommes était arrivé en criant et en cognant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Terrifié, il n'avait pas réussi à bouger. Pourquoi des policiers faisaient-ils tout ça ? Surtout, que pouvait-il leur dire, lui, qui était le « bleu raté » sorti par miracle de l'Académie ? Ces hommes-là s'étaient habitués à le traiter de moins que rien et à se moquer de lui dans son dos, du moment que Byakuya n'était pas trop prêt. Son grade de second sonnait comme « le chouchou » pour eux et ils ne manquaient jamais une occasion pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas sa place ici.

Alors, il était resté figé. Il n'avait pas agi. Il n'avait même pas son arme ni son téléphone, laissés sur son bureau personnel ! Que pouvait-il faire ? Et comment leur faire face ?! Contre des montagnes de muscles enragées comme celles-ci, il ne faisait clairement pas le poids.

Il avait préféré se cacher. Dans un casier en fer laissé vide, parmi les autres dans lesquels on avait l'habitude de poser des effets personnels. C'était une grande armoire rectangulaire. Il entrait aisément son petit corps frêle à l'intérieur en se courbant comme dans un œuf.

Se cacher et attendre que cela passe. Peut-être… élaborer un plan ? Il ne savait pas vraiment où les hommes se trouvaient car depuis la salle de repos on ne voyait rien, ni combien ils étaient ni ce qu'ils cherchaient à faire. Et si c'était un groupe entier de tout le DPM qui renversait l'ordre établi ? Et si c'était des traîtres ? À leur arrivée, Rikichi les avait très clairement entendus insulter leur capitaine. Et s'il l'avait manqué de peu et qu'il se trouvait déjà dans son bureau ?

Il n'était pas parvenu à agir. Il avait tremblé tout du long. Puis, il avait entendu l'ascenseur sonner. Des pas lourds. Une porte s'ouvrir– celle du bureau du capitaine ? et encore un grand remue-ménage difficilement compréhensible. Puis un temps interminable avant d'entendre à nouveau des bruits de portes, de l'agitation, et l'ascenseur sonner à nouveau. Puis plus rien. Comme si les voix paraissant si proches s'étaient éteintes peu à peu. Il avait cru perdre l'ouïe pendant un moment tellement il était étrange de ne plus rien entendre. L'alarme incendie l'avait réveillé de sa léthargie et il s'était tapé la tête contre la hauteur du casier dans son sursaut.

Il devait y aller.

Il devait sortir de sa cachette et agir comme un vrai policier.

Avec courage et détermination.

Il ouvrit légèrement la porte du casier pour jeter un œil. L'alarme incendie n'était pas le seul fait marquant et étrange : la lumière était éteinte comme si les plombs avaient sauté. C'était la fin d'après-midi mais les derniers rayons du soleil ne pénétraient pas complètement dans l'étage, bloqués par les stores descendus à chaque fenêtre. Malgré cette semi obscurité, Rikichi ne vit personne dans la salle de repos.

Il prit son courage à demain et sortit du casier, grimaçant au moment d'étirer son corps laissé trop longtemps recroquevillé. Heureusement, c'était dans cette pièce que se trouvait le boîtier contrôlant l'alarme incendie de l'étage. Il brillait et clignotait rouge. Rikichi trouva rapidement une chaise sur laquelle monter pour atteindre le dispositif et éteindre l'alarme le plus rapidement possible tant le bruit était insupportable.

Tout devint calme.

Un calme mortuaire.

Rikichi trembla en redescendant à terre. Il n'y avait plus de lumière. L'étage était désert et silencieux. Même sa respiration lui paraissait trop forte.

Le jeune homme serra les poings. Il devait agir avec autant de courage que son capitaine qu'il admirait tant. Et s'il était en danger, il devait le sauver maintenant. Et ne plus jamais avoir peur.

Il sortit de la salle de repos avec prudence et à pas légers. En longeant le couloir, il aperçut peu à peu le hall central de l'étage. Pas un homme ni une femme debout. Les bureaux assiégés, sans-dessus dessous. Des corps à terre. Et parmi eux…

— Mademoiselle Kuchiki !

La jeune sœur du capitaine était allongée à terre et bougeait légèrement, se réveillant peu à peu. Rikichi s'agenouilla à côté d'elle pour l'aider à se réveiller et à s'asseoir. La jeune policière passa une main dans ses cheveux de jais, massant son crâne qui avait dû être assez fortement frappé pour la tenir évanouie autant de temps.

— Ah, ma tête… ça fait mal…

— Je… Je vais appeler une ambulance et…et !

— Aaah, chut, tais-toi, ça me fait encore plus mal…

Le jeune Rikichi ne pipa pas un mot de plus et rougit en mordant sa lèvre inférieure, honteux d'avoir gêné la sœur du capitaine qui souffrait sans doute d'une migraine carabinée.

— Ça va aller, je vais bien, Rikichi…

Il resta un instant bouche-bée. Elle se souvenait de lui ? De son nom ? Une joie le brûla à l'intérieur.

— Je… Qu'est-ce qu'il s'est passé ? dit-elle, l'air confus en regardant autour d'elle ; Où est tout le monde ? Et la lumière ?

— Les plombs ont dû sauter en même temps que l'alarme incendie qui s'est déclenchée. Mais… il ne semble pas y avoir de feu… Je crois plutôt que ce sont ces hommes qui sont arrivés et qui…

Soudain, la jeune femme se leva d'un bond, le diable au corps :

— Où sont ces traîtres ?! Et le capitaine, où est-il ?!

Elle le regarda avec sévérité :

— Réponds !

— Je… Je ne sais pas… J'étais caché… Et… Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé…

— Une trahison, voilà ce qu'il s'est passé ; murmura-t-elle comme pour elle-même ; pour faire payer à mon frère l'honneur d'être capitaine ! Ça ne semblait pas leur convenir à ses idiots. Du moins, c'est tout ce que j'ai pu comprendre avant que l'on ne m'assomme…

— Mais… Mais, alors il est là ?!

Les deux se regardèrent et se précipitèrent en un éclair à la porte du bureau. Ils l'ouvrirent à la volée. Mais il n'y avait personne. Une table laissée en bazar. Des chaises par terre.

— Il est là… Il est forcément là ; se persuada Rukia.

— Les officiers ont dû partir au moment de l'alarme… S'ils sont des traîtres comme vous avez dit, ils se sont sans doute enfuis. Ce serait trop dangereux de rester ici, si quelqu'un les surprenait. Ils seraient immédiatement jugés sur place. Ils ont dû quitter à la hâte le DPM pour ne pas se faire prendre.

La policière le regarda avec intérêt en pliant les yeux :

— Bien vu.

Cela fit bien évidemment rougir le plus jeune.

— Mais il reste encore à trouver où est mon… je veux dire, le capitaine. Et je sens que le temps presse.

Les deux longeaient le hall en regardant partout autour d'eux, le moindre indice, la moindre trace, le moindre message laissé par les ravisseurs ou leur capitaine lui-même. Mais rien n'indiquait où il se trouvait. Et l'établissement était assez grand pour ne pas le trouver à deux avant la fin de la journée.

— On doit demander de l'aide, tout de suite. Ne serait-ce que pour les personnes blessées ici… Il faut que tout le monde revienne au DPM, j'ai un mauvais pressentiment ; expliqua la jeune femme.

— Moi aussi… Et si…

Rikichi réfléchissait à toute vitesse, s'imaginait tous les scénarios possibles, le regard perdu dans le vide à ses pieds :

— Et si cette trahison était l'œuvre d'Anarkheia ? Je veux dire… par rapport à hier… tout ce qui s'est passé… C'est comme si tout allait trop ensemble pour n'être qu'une coïncidence…

Rukia serra ses poings et se sentit pâlir. Une sueur froide longea son dos. Elle avait bien appris ce qu'il s'était passé la veille avec le Palais de Justice en feu. Elle avait tellement craint pour la vie de son frère qu'elle avait veillé à l'hôpital pendant une bonne partie de la nuit. Elle savait aussi la méthode d'Anarkheia : la punition de crimes pour une société plus pure. Et l'image de l'avocat Aizen qui s'était dessinée dans son esprit à la lecture du rapport –pendu en croix et la langue coupée- lui revint à l'esprit.

Et si son frère était la prochaine victime ?

D'un seul regard avec le second, elle sut qu'il pensait exactement la même chose au même instant.

— Je… j'appelle le capitaine Kyoraku… Il va venir nous aider… ; bafouilla-t-elle en tentant de se rassurer tout en décrochant le téléphone fixe au premier bureau qu'elle trouva ; on va commencer à le chercher… Il est… Il est forcément là…

Rikichi acquiesça et s'avança un peu plus loin dans le hall, laissant Rukia communiquer avec Kyoraku. C'est ce qu'il aurait dû faire depuis le début. Il arriva à son bureau et saisit son portable ainsi que son arme. Il aurait dû agir plus tôt. Ne pas se cacher. Affronter ses hommes, même s'ils étaient plus grands et plus costauds que lui, même si Äs Nödt chapotait toute l'opération. Il aurait peut-être pu changer quelque chose à la situation. Maintenant, il craignait pour la vie de son capitaine et se sentait coupable.

— Il est forcément là… ; se murmura-t-il pour lui-même en plongeant son regard autour de lui ; Il est forcément là…

Soudain, il n'aurait su dire pourquoi ni comment, son regard se posa sur la porte fermée des escaliers de secours. Soit il permettait de monter aux étages des départements suivants, soit il descendait au service des archives. Un souffle sembla le pousser en avant. Cette porte l'hypnotisait. Il n'entendait même plus la voix de Rukia au téléphone. Il était focalisé sur cette porte à une dizaine de mètres de lui. Il ne pouvait même plus bouger. Il avait l'impression, au plus profond de lui, qu'il fallait passer par là.

Et alors qu'il regardait cette porte sans comprendre vraiment ce qu'il faisait, à cet instant précis, tout sembla prendre une tournure des plus étranges et Rikichi se sentit observé. La porte des escaliers de secours, cette porte qu'il regardait attentivement, s'ouvrit soudain d'elle-même. Comme si une brise venait la pousser lentement, elle joua sur ses gonds en une lente lamentation et finit de s'écarter complètement, dévoilant ainsi les premières marches descendantes de l'escalier.

Rikichi réprima un frisson et sursauta soudain quand il sentit une main s'abattre sur son épaule. Mais ce n'était que Rukia qui le regardait d'un air étrange, avec ses beaux et grands yeux noirs.

— Tout va bien Rikichi ?

— Mademoiselle… Mademoiselle Kuchiki… Là… La porte… ; bégaya-t-il en pointant la dite porte de secours d'un doigt tremblant.

Rukia regarda dans l'horizon indiquée et parut soudain aussi interdite que lui. Décidément, rien ne semblait aller dans le sens habituel des choses :

— Pourquoi la porte de secours est ouverte… alors qu'elle se bloque toute seule ?

C'était en effet une porte qu'on ouvrait en abaissant un lourd battant horizontal. Une fois ouverte, la porte était trop lourde et finissait par se refermer toute seule. Rikichi y avait aussi pensé en la voyant parfaitement ouverte et à présent immobile. Il eut l'impression de sentir son cœur s'affoler dans sa poitrine.

— C'est… C'est peut-être ; tenta-t-il sans grand espoir ; l'alarme incendie qui l'a automatiquement déverrouillée… ça se pourrait, n'est-ce pas ?

— Mh… Ou alors ce sont les traîtres qui sont passés par là et la porte est restée étrangement ouverte. On devait y aller. Le capitaine Kyoraku sera là d'ici dix minutes.

Rikichi eut du mal à ravaler sa salive et à acquiescer de cet impératif. Se jeter dans la gueule du loup, hein ?

Il la suivit pour faire disparaître rapidement les dix mètres qui les séparaient de la porte. Il voulait bien croire que les ravisseurs du capitaine étaient passés par là, pour une raison encore inconnue, mais il avait bel et bien vu la porte s'ouvrir tout seule… dans une pièce dépourvue de courant d'air. Avec cette maudite impression d'être sans cesse épié. Mais peut-être que son imagination débordait comme ses hallucinations auditives à force de rester plongé dans sa cachette et de tendre l'oreille pour savoir ce qu'il se passait au dehors. Son esprit était fatigué d'avoir peur.

Quand ils franchirent le pas de la porte et se retrouvèrent face à l'escalier gris en colimaçon, ils ne surent pas quoi faire. Monter ou descendre ?

Encore une fois, Rikichi sentit très clairement un souffle passer par ses oreilles et le pousser en avant vers la descente, s'engouffrant dans l'obscurité plus forte des escaliers.

— Il faut descendre ; dirent-il en même temps.

Rukia et Rikichi se regardèrent, surpris. Ils faisaient la même taille et n'eurent aucun mal à plonger leurs yeux dans ceux de l'autre. Ils semblaient dire « Moi aussi, je l'ai ressenti. » à son partenaire. Rikichi voulut paraître courageux –ou gentleman- et se força à ouvrir la marche en descendant les premières marches.

Rukia le retint en lui prenant la main. Rikichi s'empourpra aussitôt et espéra que l'obscurité cacherait son visage. Il la regarda. Elle le lâcha :

— On devrait avancer armes en main… On ne sait jamais…

Rikichi acquiesça vivement. Mais il ne savait pas s'il était rassuré de porter son arme à bout de bras ou plus angoissé à l'idée d'avoir peut-être besoin de tirer.

Ils descendirent silencieusement, bras tendus, viseurs des revolvers pointés vers le bas. La porte des archives leur apparut. D'ordinaire, ce service n'avait jamais eu une allure très vivante, accueillante ni chaleureuse. Mais à ce moment-là, sans lumière ni bruit alentour, l'image de cette porte était plus affreuse et effrayante encore.

De manière académique et studieuse, ils se mirent de part et d'autre de la porte en préparant leurs armes, ne se perdant pas du regard. « À trois… » put lire Rikichi sur les lèvres de Rukia. Il la fixa en train de compter, trouvant que le décompte allait bien trop vite et en ne sachant pas comment se préparer à ce qu'il pouvait potentiellement voir à l'intérieur de cette pièce.

Au dernier chiffre, les deux s'élancèrent sur la porte à double-battant pour pousser d'une épaule et braquer un point au hasard en pénétrant dans la pièce. Quand ils virent un peu mieux ce qui se présentait à eux, ils se figèrent un instant.

Un homme assis à une chaise, les bras dans le dos. Un autre à terre, sur le flanc, la chaise collée à lui. De longs cheveux noirs pour le premier. Une allure bleutée pour le second. Rikichi les reconnut immédiatement mais Rukia le devança dans sa surprise, plus orientée sur son frère :

— Byakuya !

— Jaggerjack !

Ils rangèrent leurs armes après s'être assuré qu'ils étaient bien seuls et se précipitèrent sur les deux pauvres hommes pour les détacher. Rukia défaisait les liens de son frère mais comprit immédiatement qu'il était inconscient. Elle se posta alors face à lui et souleva sa tête. Elle se sentit soudain tremblante. Sa voix avait du mal à sortir de sa gorge serrée et demeurait chevrotante :

— Non… Byakuya… Réponds-moi… Oh non…

Il n'était pas mort. Sa bouche légèrement entrouverte laissait passer un mince filet d'air. Mais il paraissait profondément inconscient, ne répondant à aucune stimulation.

Rikichi, lui, défit les liens de Grimmjow pour le libérer de cette chaise qui lui tordait les bras et les épaules. Il vit l'homme s'aplatir à terre en retrouvant l'usage de son corps. Il serrait un poing en se cachant le visage dans son bras.

— Eh merde… j'peux pas… j'peux pas…

— M-Monsieur Jaggerjack ?

Soudain, il arrêta de marmonner et planta ses yeux bleus électriques sur lui, le faisant frissonner. Jamais Rikichi n'avait vu d'yeux pareils le fixer aussi intensément. Il y avait dans son regard un sentiment fort de haine mêlé d'un profond désarroi, si bien que Rikichi se demanda comment on pouvait ressentir autant d'émotions en même temps.

— Il faut aller le chercher…

Grimmjow se levait peu à peu, gardant encore un genou à terre en serrant les dents.

— Attendez, attendez ! Vous êtes blessé ! Il faut que…

Le bleuté passa une main sur sa tête pour s'assurer qu'il ne saignait pas. Il se diagnostiqua une fêlure aux côtes et des contusions sur le flanc et aux épaules. Sa fatigue avait disparue avec l'adrénaline et l'espoir retrouvé. Il avait mal mais il devait continuer.

— Ça ira. Il faut que je sauve Ichigo…

Rikichi ouvrit les yeux en grand :

— Monsieur Kurosaki est en danger ?

— Mais évidemment ! cria presque Grimmjow avant de se rendre compte que ça le faisait mal aux côtes ; On a assez perdu de temps.

— Attendez.

La voix féminine les stoppa tous les deux. Le bleuté, enfin debout, se tourna vers la jeune fille qu'il reconnut rapidement comme la sœur de Kuchiki. Elle leur avait montré à Ichigo et lui la maison de haute sécurité.

— Vous avez été attaqué. On ne sait pas où sont vos assaillants. Et c'est de quelque chose de grave dont il s'agit ! Mon fr… Le capitaine est grièvement blessé ! Le capitaine Kyoraku ne va pas tarder et on ne devrait pas prendre de décision à la légère sans lui !

Face à l'assurance de la jeune femme, qui n'était pas sans rappeler la personnalité de Byakuya, Grimmjow se garda de lui répondre. En plus, elle avait raison. Il avait envie de sauver Ichigo, oui. Mais il n'avait aucun plan. Si un flic gradé arrivait, il le prendrait avec lui pour aller chercher Ichigo armé.

Il s'approcha donc de Kuchiki lentement. Rukia, au départ interloquée, le laissa faire en voyant ses gestes à l'intonation tout à fait professionnelle. Grimmjow passa deux doigts sur le cou du capitaine en comptant dans sa tête, jetant un regard à sa montre. Puis il regarda ses yeux en soulevant les paupières, tâta son crâne agilement, passa à ses vertèbres, puis ses épaules –l'une était démise- et descendit aux côtes –deux sans doute fracturées- avant d'arriver au ventre, tâtant avec douceur mais fermeté cette partie pour s'assurer qu'aucune hémorragie interne n'avait lieu en vérifiant au niveau de sa bouche.

— Il est dans le coma et a plusieurs blessures sévères. Mais il n'est pas en danger de mort ; conclut-il cliniquement.

Rukia acquiesça, reconnaissante et légèrement gênée de s'être emportée envers lui alors qu'il venait de lui rendre service.

— Nous… Nous devrions monter si nous ne voulons pas manquer le capitaine Kyoraku !

Ils s'exécutèrent avec lenteur. Grimmjow, en tête, se tenait à la rampe pour monter les escaliers, prudent quant à l'état de son corps mais déterminé à quitter cet endroit infernal et sombre. Rukia et Rikichi portaient de part et d'autre leur capitaine mais étaient tous deux assez petits pour le soutenir aisément. Sur les dernières marches, le bleuté les aida. Ils l'assirent sur le siège le plus proche dans le hall principal.

Rikichi indiqua les vestiaires à Grimmjow à sa demande. L'homme s'y rendit pour asperger son visage et ses cheveux d'eau, essuyant par-là la sueur et le sang accumulés. Il trouva dans une petite étagère un tee-shirt blanc qu'un policier mettait généralement sous sa chemise de costume. Il se changea et reprit enfin son souffle.

Soudain, il entendit de l'agitation dans le hall et une voix grave s'élever. Il rejoignit la salle principale.

Kyoraku était là. Il le devina tout de suite à sa corpulence massive et à son aura imposante. Il ne l'avait jamais vu mais, en imaginant l'ancien capitaine du DPM et le sauveur d'Ichigo, ce ne pouvait être que lui. Dans son long manteau beige, ses cheveux bruns bouclés attachés lâchement en une queue de cheval et sa barbe de trois jours, il était la figure de proue d'une équipe entière de policiers et d'infirmiers qui le suivirent dans le hall, se précipitant de suite sur les quelques rescapés de la pièce qui avaient été lourdement assommées.

— Mademoiselle Kuchiki ? présuma-t-il avec justesse en voyant une petite femme s'approcher ; Au rapport.

— Oui, monsieur. Après votre appel, le second Rikichi et moi-même avons pris la décision d'avancer les recherches. Nous avons trouvé le capitaine Kuchiki ainsi que Grimmjow Jaggerjack, un ancien témoin des agissements d'Anarkheia qui accompagnait l'enquête, dans la salle des archives. Ils ont été gravement attaqués par la bande présumée d'officiers de police en mutinerie. Ces derniers auraient fui l'établissement quand une alarme incendie s'est déclenchée.

— Une alarme incendie ?

— Oui, Monsieur. Mais, aucun feu ni danger de ce genre ne semble s'être déclaré car seule l'alarme s'est enclenchée : les portes coupe-feux ne se sont pas fermées et les douches ne se sont pas allumées.

— Bien…

— Ils veulent quitter la ville ; s'exprima soudain Grimmjow pour entrer dans le champ de vision du capitaine ; ils partaient pour rejoindre l'aéroport, je les ai entendus.

Shunsui Kyoraku sembla l'observer sévèrement. Le bleuté crut le prendre pour une offense mais comprit que ce n'était pas cela : il le regardait plutôt avec étonnement. Il était vrai qu'il s'en sortait mieux que Byakuya. Il avait été chanceux. Si l'alarme ne s'était pas déclenchée, il cracherait encore du sang sous les coups de ces ordures.

— L'aéroport ?

— Je ne sais pas lequel…

— Très bien. Je vais prévenir mes hommes pour qu'ils s'en chargent.

Il prit son portable et passa un rapide coup de fil. Pendant ce temps, une civière arriva pour Byakuya et deux ambulanciers le déposèrent dessus le plus délicatement possible. Rukia semblait vouloir l'accompagner.

Grimmjow serra les poings. Ce n'était pas tout. Ça ne pouvait pas être tout.

— S'il vous plaît. Écoutez-moi ; dit-il en s'accrochant au bras de Shunsui.

Ce dernier, qui rangeait son portable dans sa poche intérieure de veste, sembla un instant circonspect.

— Äs Nödt a tout prévu pour rencontrer Ichigo seul avec lui. Il compte ensuite quitter le pays et l'on perdrait alors sa trace. Il faut l'arrêter maintenant et aller sauver Ichigo !

— Ichigo… Kurosaki… ?

— Exactement. Le même que vous avez sauvé quand il s'agissait encore d'un môme. Il est en danger, il faut aller l'aider !

— Attendez… Mais où est-il censé être ?

— Dans la forêt Aokigahara.

Shunsui parut surpris et en même temps attristé :

— Alors, nous ne pouvons rien faire. S'il est parti avant, il est déjà loin et…

— Vous comptez l'abandonner ?!

— Non, bien sûr, mais de là à dire que nous allons le sauver… je suis pragmatique, jeune homme.

— Pragmatique ? Vous lâchez l'affaire !

Shunsui attira soudain le bleuté à lui en tirant sur le col de son nouvel habit :

— J'ai tout autant envie que toi d'attraper ce salaud, voire même plus que toi. Mais si tu me dis qu'il est censé disparaître dans la soirée, il n'y a aucune chance qu'on le retrouve à temps.

— Ichigo a pour projet de le tuer.

Shunsui marqua un temps d'arrêt. Pour lui, Ichigo était encore le petit garçon rouquin, orphelin et perdu. Comment pouvait-il suivre un tel but ?

— Mais si ça se passe mal… ou si…

Grimmjow ne voulait pas dire l'option qui le hantait à chaque minute : et si Ichigo mourrait ce soir ?

— On doit y aller. Il faut y aller. Il faut lui faire confiance et aller lui prêter main forte !

Shunsui sentait la poigne du bleuté sur son bras et la rage d'agir dans sa voix. Son lien avec Ichigo était particulier, c'était évident.

— Je suis désolé de te le dire, mais la volonté d'Ichigo était d'affronter seul son ennemi. Quand nous interviendrons, si nous partons à cette heure, tout sera déjà fini. Et je ne peux pas te garantir l'issue de ce combat, Äs Nödt comme Ichigo sont imprévisibles.

Grimmjow baissa la tête. Il serrait toujours le bras de Shunsui comme s'il tenait à une bouée, noyé en pleine mer. Les mots étaient durs à entendre. Une longue distance, quelques heures de décalage et tout était fini. Grimmjow s'en voulait de ne pas être là pour Ichigo, de ne pas le supporter, l'aider, le réconforter. Mais c'était sa volonté. Il devait s'y plier et arriver en retard. Mais arriver quand même.

— Il faut partir. Il faut partir maintenant, je vous dis…

Shunsui soupira une première fois.

— Le trajet se compte en heures.

— Alors il ne faut plus perdre de temps bêtement !

Shunsui soupira une seconde fois et plongea son regard dans celui de Grimmjow. Il avait envie de sauver ce gamin, c'était certain. Et la détermination de Grimmjow lui rappelait ses jeunes années. En y réfléchissant, si l'on savait qu'Äs Nödt n'était pas à Tokyo, cela ne servait à rien d'y rester. Sa place était au plus près possible du criminel à rechercher ou de la victime à sauver.

— Bien, allons-y. Je suppose que, de toute évidence, ce n'est pas la première fois que je vais sauver ce garçon dans cette forêt. Vous… vous sentez en mesure de me suivre ?

Grimmjow sentait encore son corps tout endolori et fatigué par ses émotions violentes. Mais, c'était l'adrénaline qui parlait pour lui :

— Je viens.

OoOoOoOoOoOoOo

Forêt Aokigahara

Ichigo s'était arrêté dans la forêt. Le silence l'avait envahi, parfois brusqué par le mouvement lointain d'un animal ou de la brise soulevant les feuilles. Il ne savait plus où il était et il sentait au fond de lui qu'il était arrivé. Le soleil orangé l'envahissait complètement, faisant flamboyer ses cheveux et briller son visage. Les rayons transperçaient un creux entre deux troncs d'arbres morts. Ils avaient séché et s'étaient tellement raidis qu'ils paraissaient bien plus frêles et fins que d'autres. Par-delà, s'étendait une clairière remplie de feuilles mortes, de buissons pourpres et de branches entrelacées de ronces. Le lieu avait changé mais il sembla résonner en lui comme s'il était dans un rêve. Il était arrivé.

Il resta donc planté là, se laissant envahir par toutes sortes d'émotions et de souvenirs, le regard perdu dans le soleil du soir qui creusait sa place dans les arbres. Il ne sut pas combien de temps se passa, ni même s'il n'était pas en train de rêver quand il entendit une voix grave et familière :

— Bienvenue, Ichigo.

Il se retourna précipitamment et faillit en perdre l'équilibre. Äs Nödt était là. Il portait un pantalon de camouflage et un col roulé noir qui moulait sa fine taille. Ses cheveux avaient été redressés en une queue de cheval, laissant apercevoir clairement son visage d'albâtre et ses yeux noirs en amandes.

Ichigo ne réfléchit pas plus longtemps, l'ennemi était clairement identifié. Il saisit son arme dans sa poche, enleva le cran de sûreté, poussa son bras en avant sans grande assurance et appuya sur la gâchette.

Le coup partit dans une explosion qui rappela celle du Palais de Justice. Après un si grand temps passé dans le silence de ses pensées, le bruit de détonation souleva violemment son cœur et le fit trembler de toutes parts. Il fut aussi surpris du ressort de l'arme qui le poussa en arrière avec la pression de la balle tirée. Il recula d'un pas avant de se prendre le pied dans une racine et tomba à la renverse. Il lâcha son arme dans sa chute et elle atterrit un peu plus loin par terre, encore fumante.

Ichigo eut l'impression d'ouvrir les yeux en cherchant son ennemi du regard. Les avait-il fermés en tirant ? Dans tous les cas, il avait été bien trop pressé et angoissé pour songer à réellement viser. Äs Nödt était toujours debout, souriant, et un tronc d'arbre à deux mètres de lui fumait. Un trou profond dans l'écorce marquait l'empreinte de la balle.

— Très bien, Ichi', très bien ! applaudit Äs Nödt un instant ; mais tu pouvais aussi simplement me saluer comme je l'ai fait !

Son étrange bienveillance et sa voix toujours mielleuse et faussement gentille firent tiquer Ichigo qui se redressa sur ses coudes. Sa colère commençait à réapparaître en lui, même s'il se sentait encore trop étourdi et apeuré pour tirer à nouveau.

— Je suis vraiment content que tu sois là pour moi, Ichigo. Vraiment. J'étais sûr que ton frère jumeau saurait t'aiguiller. C'est le destin qui t'a mené jusque-là… jusqu'à ce souvenir… pour que l'on se retrouve une dernière fois.

Ichigo ressentit soudain en lui la peur d'un stratège qui avait oublié de prévoir quelque chose d'important dans son plan : si lui avait une arme, qu'en était-il d'Äs Nödt ?

Il se redressa pleinement en récupérant son arme sans pour autant tirer. Il regarda son ennemi. Pas d'arme en vue ni de holster. Et pas d'acolyte dans les parages.

— Tu cherches mon bras droit ? Je t'assure que Bazz-B n'est pas là. Nous nous sommes quittés. Il part rejoindre la Russie dans un bateau clandestin qui ne va pas tarder à prendre le large. Nous voilà donc tous les deux car j'ai pu constater que tu n'avais pas pris la peine de venir accompagné.

Comment pouvait-il dire cela avec autant d'assurance ? Le suivait-il depuis son entrée dans la forêt ?

— Pourquoi… Pourquoi ce rendez-vous ?

— J'avais besoin de te voir une dernière fois avant de partir. Et… je supposais qu'après tout ce temps, tu pourrais choisir pour moi ma destination.

— Q-Qu'est-ce que tu veux dire ?!

Äs Nödt voulut marcher un peu autour de lui. Mais Ichigo ne se ferait pas berner facilement. Il marcha en sens inverse et tous deux finirent par tourner en cercle.

— Ou tu me tues ici ou je pars rejoindre mon acolyte pour poursuivre l'Œuvre d'Anarkheia.

Quoi ? Le tuer ? Äs Nödt s'attendait à ce qu'il tente de le tuer ?

— Ichigo, pourquoi ce regard effrayé ? On dirait que je t'impressionne encore trop… on se connaît depuis si longtemps pourtant…

— Non… je… tu peux pas savoir ce que je veux… tu peux pas…

— Tu ne crois pas que c'est évident ? sourit Äs Nödt voyons, petit, je lis en toi comme dans un livre ouvert. Si tu es là ce soir, c'est parce que je le voulais.

— Non ! Je l'ai décidé ! Je suis là parce que je l'ai décidé !

— Tu es là parce que tu ressens de la haine envers moi. Et c'est moi-même qui l'ai provoquée. Depuis le départ. Jusqu'à te prendre ton frère. Le retrouver t'a fait comprendre à quel point tu tenais à lui, n'est-ce pas ? Peu importe ce qu'il t'aurait dit, tu aurais obéi à la lettre. Et Shiro est trop combatif pour être sage. J'ai donc décidé de lui faire entendre un message et il a, comme prévu, jugé bon de te le faire parvenir. J'avais conçu cette petite devinette pour que toi seul la comprennes, pour que tu te sentes vraiment concerné. Et… c'est ce qu'il s'est passé, non ? Tu as voulu venir me retrouver, tu t'es dit que tu pouvais être le seul à le faire. Et tu ne voulais pas mêler Grimmjow à cela. Je pensais que tu allais être assez sage pour communiquer à la police ton départ aussi ai-je pris quelques dispositions… Et te voilà, comme prévu, rien que toi, et seul, armé comme je le pensais, essayant de trouver en toi la force de me tuer.

Ichigo sentait cette haine qu'évoquait Äs Nödt faire bondir son cœur et se noyer dans chaque veine de son corps. Il avait raison. Il avait encore raison. Et il détestait qu'il puisse avoir raison. Qu'il puisse autant le devancer.

— Je te déteste… ; dit-il d'une voix sourde qui avait du mal à sortir de sa gorge serrée ; Je te hais… Je te hais…

— Je le sais, Ichigo. Et tu as raison. Tu te sens un devoir à accomplir, n'est-ce pas ? Alors, fais-le.

Ichigo sentait son arme lourde dans sa main moite et encore tremblante. Il voulait tirer. Un tir pourrait tout arrêter, n'est-ce pas ? Un tir pour tout arrêter, pour tout oublier, pour tout annihiler.

— Fais-le, Ichigo, n'aie plus peur…

Plus peur ? C'est ce qu'il voulait oui. Mais il était submergé par cette émotion. Et par la colère. Il le haïssait. Et il haïssait encore plus le fait de ne rien pouvoir décidé. Äs Nödt était là parce qu'il le voulait. C'était son plan. Il s'attendait à ce qu'il soit armé. Il s'attendait à ce qu'il le tue car il était prêt à mourir de sa main.

— Pourquoi… mourir ? demanda Ichigo.

— Anarkheia purifie l'acte criminel. Je ne ferai pas exception. C'est à toi d'expier mes péchés. Tu es le seul à pouvoir le faire.

Le seul ? Parce qu'il avait plus souffert que les autres ? Parce qu'il le connaissait depuis plus longtemps ?

— Si je dois te tuer, je me fiche de tout ça…

— C'est ce que tu crois, petit Ichigo. Mais tu accomplis parfaitement ton devoir en le faisant. Tu incarnes aussi bien que moi Anarkheia.

— NON !

Ichigo recula, stoppant leur marche respective en fermant les yeux et en passant ses mains –dont l'une tenait l'arme- dans ses cheveux. L'air prostré, il tentait de réfléchir mais son cerveau bouillonnait, son être n'était mené que par les émotions qui avaient depuis longtemps endormi toute raison.

— Non, non, non… Je serai pas ton jouet… Je serai pas ta marionnette…

Pas comme avant. Pas comme quand j'étais enfant.

— Ichigo… ; commença plus calmement Äs Nödt ; ne te fais pas plus de mal…

— Non ! Stop ! À chaque fois que tu parles, c'est pour tromper tout le monde, c'est pour ordonner tout ce que tu veux ! Je veux plus t'écouter ! Je ne veux plus faire ça ! Je ne serai pas… Je ne serai pas… ton jouet…

Un seul tir. Et tout serait fini. Mais s'il lui tirait dessus… Serait-ce la fin de tout ? La peur, la haine, les cauchemars ? Et allait-il s'abaisser à son ordre ? Allait-il accomplir son plan ?

Un seul tir. Et tout serait fini.

Il regarda son arme au bout de sa main. Si lourde et imposante. Elle tenait la mort en elle, enfermée dans quelques billes de plomb qui supprimeraient toute vie sur son passage. Une toute petite balle de métal pour en finir avec tout ça.

Et pour en finir avec son contrôle.

— Un seul tir… un seul tir…

— Ichigo, écoute-moi…

Ichigo leva sa main. L'arme lui parut soudain moins lourde en redressant le coude. Il sentit le canon froid sur sa propre tempe, plaquant quelques mèches de cheveux orange en même temps contre sa peau. Il prit une profonde inspiration, réalisant ce qu'il était en train de faire. Il le comprit dans le regard surpris d'Äs Nödt.

— C'est terminé… C'est terminé ! Je serai plus ta foutue marionnette !

Le cran de sûreté avait été retiré. Il sentait la gâchette sous son index. Il n'avait plus qu'à tirer. Fermer les yeux et presser la détente. Laisser alors la balle anéantir tout le contrôle d'Äs Nödt sur lui. Et en finir.