Harry James Potter était l'homme le plus heureux du monde. Si l'annonce de son divorce avait quelque peu fait parler de lui, chacun de deux partis avait réussi à trouver un terrain d'entente. Ginny et lui avaient convenu de se partager la garde des enfants. Albus et James passeraient les semaines paires chez leur père et les semaines impaires chez leur mère. Lily Luna, elle, ne commencerait à changer de maison qu'une fois sa deuxième atteinte mais, pour une question de justice, il pourrait la voir et profiter d'elle dès que les deux garçons changeraient de maison.

Si, au départ, Ginny avait proposé à Harry de garder Lily pour lui éviter le malaise de garder le fruit d'un adultère, il s'y était fermement opposé. Il avait déclaré Lily comme étant sa fille et il comptait honorer son rôle même si elle n'était pas de son sang. Elle restait sa petite fille et rien ne pourrait réellement changer cela.

Harry, dans sa grande bonté, avait choisi de laisser à Ginny le choix de rester vivre dans leur maison à Godric's Hollow mais, cette dernière ne se sentant plus légitime pour vivre dans la maison qu'avaient jadis occupée Lily et James Potter avait choisi de la lui laisser pour s'en trouver une nouvelle. Elle avait cependant accepter de vivre au Square Grimmaud en attendant de trouver chaussure à son pied.

La famille Weasley, s'attendant à ce retournement de situation, n'avait rien dit, acceptant les choix du couple et remerciant Harry de ne pas avoir jeté la cadette comme une malpropre. Harry avait pris chaque frais à sa charge, préférant laisser à son ex-épouse une somme plus que confortable qui lui permettrait de trouver un agréable nouveau foyer.

Cette semaine, c'était Ginny qui avait les garçons et lui, il était là, installé dans le canapé avec un verre de vin à la main. Il regardait le nouveau mobilier qui l'entourait. S'il avait choisi de rester vivre ici, il avait changé chaque meuble, chaque pièce. Le grand salon blanc auparavant était maintenant d'une douce couleur crème et il avait changé le canapé de cuir noir contre un divan de velours rouge. Quelques plantes vertes étaient venues prendre place et une table basse en verre était recouverte d'un plateau repas contenant deux assiettes encore fumantes.

Il sourit en entendant la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer. Il y eu le bruit des talons sur le carrelage puis le froissement d'un vêtement que l'on déposait sur un porte-manteau.

– Tu nous as préparé quoi ? Je croyais que tu désirais sortir ce soir.

– Finalement, rester ici me plaisait plus puis j'avais envie de manger des pâtes au saumon. Tu aimes ça j'espère ?

– J'aime énormément.

Temperence s'approcha de lui, elle était en chaussettes sur le sol tiède. Ses longues mèches étaient retenues dans un chignon flou et elle semblait exténuée. Il ne put s'empêcher de la contempler. Elle était jolie donc son jean ajusté et son pull un peu trop grand pour elle. Elle ressemblait à une poupée de porcelaine sur qui le temps ne semblait avoir aucune emprise. Elle déposa un rapide baiser sur sa joue avant de se laisser tomber contre Harry avec la finesse d'un éléphant. Il se mit à rire franchement.

– Qu'est-ce qui t'amuse ?

– Toi.

– Mais tu ne vas toujours pas t'en remettre ? Je suis peut-être une mannequin mais je n'en reste pas moins un être humain alors oui, quand je rentre le soir, j'aime bien m'affalée puis honnêtement, je ressemble à un squelette ! Je suis mannequin car je suis un squelette. J'aimerai tellement être plantureuse. Avoir des hanches, un peu plus de cuisses mais, surtout, avoir un petit ventre. Je trouve ça tellement plus… femme.

Harry sourit tendrement avant d'attirer la française contre lui. Elle n'était pas comme tout le monde et il trouvait ça charmant. Elle était la première femme qu'il croisait qui désirait grossir et il ne pouvait s'empêcher de trouver ça attendrissant.

– Pourquoi ne changerais-tu pas de métier ?

– J'y ai déjà pensé mais pour faire quoi ?

–Tu n'as fait aucune étude ? Tu n'as pas de passion ?

– La botanique. J'ai une maîtrise en botanique mais je préfère les fleurs en elles-mêmes. J'aime les bouquets, j'aime aussi m'en occuper.

– J'aurai dû m'en douter puisque tu as absolument tenu à mettre des plantes chez moi.

– Mais c'est plus joli puis c'est sain tu sais. Toutes ces fleurs, là, elles purifient l'air puis c'est plus agréable. J'ai tort ?

– Tu as parfaitement raison mais pourquoi n'ouvrirais-tu pas une boutique pour vendre de telles fleurs ?

– Honnêtement Harry, les gens n'en ont rien à faire des fleurs. Ils en achètent et les laisse mourir dans un coin. Ils ne pensent pas au bien que cela procure.

– Tu es stupide de ne pas essayer, tu pourrais les convaincre ces gens tu sais, tout comme tu m'as convaincu d'en acheter.

– Oui mais toi ce n'est pas pareil.

– Ah oui ? Et en quoi ?

– Parce que.

– Ce n'est pas une réponse tu sais.

– Tu m'embêtes.

– J'aime ça.

– Mangeons avant que ce ne soit froid.

Il se mit à rire légèrement, déposant un baiser dans le creux de son cou avant de la pousser un peu en avant. Elle se rassit et tendit à l'homme une assiette avec une fourchette avant de commencer à manger dans un silence serein. Seul le bruit des couverts résonnait dans la pièce. Temperence prit la liberté de faire venir une carafe d'eau avec deux verres d'un tour de poignet. Le repas se déroula ainsi, dans la quiétude la plus totale.

– J'ai reçu une invitation pour le bal d'hivers des Malfoy.

– Moi également. La première fois que j'en reçois une. Une attention de Lucius sûrement.

– Je n'y suis jamais allée.

– Pourquoi ?

– Je n'avais pas la force de retourner dans le manoir et les mondanités de ce genre ne m'ont jamais intéressé.

– Je te comprends parfaitement. C'était un peu le genre de mes parents mais je n'y étais que rarement conviée.

– Et si on y allait ensemble ?

– Est-ce que le célèbre Harry Potter serait en train de bafouiller pour m'inviter au bal comme un débutant ?

– On dirait.

– J'accepte alors.

Ils se sourirent une nouvelle fois. Un sourire complice à souhait. Ils n'étaient pas vraiment ensemble mais on ne pouvait nier qu'il y avait entre eux un petit quelque chose. Temperence venait dîner le soir avec Harry lorsqu'elle participait à un shooting photo ou autre à Londres. Jamais ils n'étaient allés plus loin que quelques baisers à des endroits impromptus. Tantôt Harry lui embrassait le cou, tantôt la joue. Il lui faisait des baise-mains dans la rue pour l'amuser. Elle, elle aimait embrasser ses joues, déposer de petits baisers sur son épaule lors d'une étreinte. Lorsque les enfants n'étaient pas chez leur père, elle restait dormir. La première fois, elle avait loupé son portauloin car ils n'avaient vu le temps passé en parlant si bien qu'il était déjà 4h du matin lorsqu'ils avaient pris conscience de l'heure tardive de la nuit.

– Et John ? Des nouvelles ?

– Non. Plus aucune depuis que j'ai choisi de le quitter. Il n'a pas fait d'esclandre, il n'a rien dit, il a juste accepté et depuis silence total. J'ai bien essayé de le croiser pour savoir comment il se portait mais en vain.

– Peut-être aurons-nous des nouvelles un jour qui sait. Il reste le père de Rose et celui de Lily Luna.

Temperence n'ajouta rien, déposant leurs assiettes vides sur la table basse pour s'allonger de tout son long, sa tête reposant naturellement sur les genoux d'Harry. La main du Survivant glissa d'elle-même sur la peau pâle pour venir caresser la joue et se poser sur l'angle de la mâchoire. Son esprit était parti de la pièce, il était parti du moment présent pour voguer sur les flots de sa vie passée.

Les mardis soir chez Draco ne se ressemblaient que rarement. Il y avait les petites choses habituelles : le dîner, la douche, l'histoire du soir, le thé ou le verre de cognac siroté en lisant un livre ou en échangeant sur tel ou tel sujet. Ce soir-là, il n'était pas pareil. Il ne ressemblait en rien aux autres.

La journée, en elle-même, n'avait pas été classique. Hermione avait fermé la boutique plus tôt que d'ordinaire parce que la vieille madame Fleury le lui avait demandé. Draco aussi avait terminé sa journée un peu plus tôt si bien que Narcissa avait levé les yeux aux ciels quand les deux parents étaient apparus presque en même temps dans l'appartement, mettant fin prématurément à son cours d'histoire. Narcissa avait tenu à faire la classe aux deux enfants. Elle s'était occupée de celle de Draco par le passé alors remettre le couvert lui provoquait une sorte de plaisir inexplicable. L'école ne leur serait obligatoire qu'à partir du mois de septembre et la matriarche Malfoy avait pour but d'emmener à l'Ecole des Petits Sorciers deux enfants parfaitement éduqués.

– Bon et bien je vous laisse. Je crois que leur faire apprendre ce qu'i savoir sur les fondements du monde magique est peine perdue lorsque vous êtes là. Je vous trouve beaucoup trop souple avec eux.

Narcissa embrassa les deux enfants avant d'embrasser la joue de son fils et d'étreindre Hermione. Elle passa par la cheminée sans même attendre un mot du jeune couple. Ils rirent doucement avant de se lancer dans une partie d'échec sous les regards envieux des deux enfants.

Rose était sur les genoux de Draco pendant que Scorpius se plaisait sur ceux d'Hermione. Ils observaient les adultes bouger les pièces de manière stratégique, mais, comme d'ordinaire, la victoire fut totale pour Draco.

– Il semblerait que l'esprit si fin de la meilleure sorcière de son temps ne soit qu'un mensonge. Je suis à ma 35ème victoire consécutive on dirait.

Il fixait Hermione, le regard fier et Rose sur ses genoux lui apposait sur la joue le baiser destiné au vainqueur.

– C'est pas grave parce qu'on va jouer aux Dames et Maman elle va te battre parce qu'elle est meilleure que toi.

Tous les regards étaient posés sur Scorpius qui rougissait.

– Pardon Hermione. Je… Je croyais que comme tu habitais ici et que tu étais la chérie de Papa j'avais le droit mais promis je vais plus recommencer.

Il sanglotait presque, il regardait Hermione et Draco tour à tour, s'attendant à ce que l'un des deux adultes hausse la voix mais rien ne venait. Il paniquait, il commençait à trembler légèrement.

– Scorpius, est-ce qu'à un seul moment nous nous sommes fâchés ?

– N-non.

– Alors pourquoi tu pleures ? Tu es triste ?

– N-non mais t-toi et Papa v-vous faites les g-gros yeux et vous p-parlez plus comme si j'a-j'avais fait u-une bêtise

Draco sourit tendrement en posant son menton sur l'épaule de Rose alors qu'Hermione enlaçait Scorpius avec toute la tendresse du monde. Elle le berça lentement contre elle et, lentement, il se calmait.

– Scorpius, nous avons juste été surpris mais si tu veux m'appeler comme ça, je n'y vois aucun inconvénient et je pense que cela ne pose aucun problème à ton papa non plus.

– C'est vrai ?

– Oui.

– Donc je peux t'appeler Maman ?

– Oui.

Hermione avait ce sourire tendre. Celui qui réchauffait les cœurs et faisait fondre les larmes comme glace au soleil. Scorpius se serrait contre elle, il laissait les bras d'Hermione le bercer doucement.

– Draco ?

– Oui, Rose ?

– Ça t'embête pas si moi je t'appelle pas Papa par contre ? Parce que Scorpius comme il a pas de Maman et que je lui prête ma Maman, c'est normal qu'il appelle Maman Maman mais moi comme j'ai déjà un Papa bah c'est compliqué de t'appeler Papa parce que si je t'appelle Papa et que j'appelle Papa Papa, on saura jamais de quel Papa je parle mais t'es comme mon Papa un peu quand même.

Draco se mit à rire doucement avant de déposer un baiser sur la joue de sa petite ingénue. Elle avait une innocence à croquer. Si, en cet instant, une personne avait demandé à Draco son niveau de bonheur sur une échelle allant de 0 à 10, il aurait répondu 11 sans la moindre hésitation. Les morceaux de son cœur brisé par Astoria se recollait enfin réellement. Il tombait amoureux un peu plus chaque jour de cette femme et de cette enfant.