Chapître 27 – Vaste sujet que sont les fiançailles

Le Dîner s'était terminé dans un silence pesant aux Pignons Verts, après la maladresse qu'avait commise Anne durant le souper, chacun se contenta de regarder son assiette.

Marilla était visiblement dépassée, quel conseil pouvait-elle donner ? Ou quelle leçon pouvait-elle enseigner ? Cette dernière n'avait eu qu'une très courte expérience amoureuse alors qu'elle avait l'âge d'Anne, malheureusement pour elle, elle n'avait jamais pu poursuivre sa relation avec John Blythe, le destin en avait décidé autrement, de ce fait elle ignorait ce que pouvait vivre Anne en ce moment.

La femme au chignon était assise au coin du feu et était pensive, elle se mit à imaginer ce que aurait pu être sa vie avec ce dernier. Si elle l'avait suivi, le mariage aurait été la suite logique. Elle aurait sans doute profité de chaque instant du mieux qu'elle le pouvait avec son bien aimé, et peut-être aurait-elle agit comme Anne.

Malgré tout, les regrets qu'elle avait ressenti durant des années s'étaient transformés en quelque chose d'autre ces derniers temps. Après tout, si elle avait poursuivi sa vie aux côtés de John Blythe, elle n'aurait sans doute jamais connu cette petite rouquine, et elle serait on ne sait où à jouer les esclaves dans une famille nombreuse. Quant à Gilbert, il ne serait tout simplement pas de ce monde.

Les choses avaient dû évoluer ainsi pour cette raison, pensa-t-elle. Que serait l'île du Prince Edouard sans ces deux jeunes plein d'ambitions ? Son esprit s'égarant de plus en plus, elle décida de stopper ses rêveries, elle se leva de son fauteuil et monta à l'étage.

Une fois dans le corridor, elle allait se diriger dans sa chambre, lorsqu'elle s'arrêta et hésita un instant en jetant un œil à la porte de chambre de la jeune fille. Elle décida finalement de toquer à la porte, elle entendit Anne répondre timidement, « Oui ? », puis elle ouvrit la porte.

La jeune fille aux tâches de rousseur était prête pour aller se coucher, elle avait enfilé sa robe de chambre blanche, cette dernière était encore mal à l'aise du fait des derniers événements, alors soucieuse, elle haleta, « Oh Marilla ! Je sais maintenant de quoi ça avait l'air ! Mais, Gilbert, je n'avais pas eu de nouvelles depuis des semaines, lui aussi attendait visiblement de mes nouvelles, alors on s'est croisé à mi-chemin à la gare de Montréal, et puis.. »

Marilla s'approcha de la jeune fille et la tapota sur l'épaule, « Allons, allons, tu n'as pas à t'en faire. », la jeune rousse leva les yeux vers son aînée et lâcha un timide, « ah oui… ? »

La maîtresse de maison souri à la rouquine, « Pour être honnête, j'admire ton courage, je ne pense pas que j'aurais été si audacieuse que toi à ton âge, je ne crois pas que j'aurais voyagé seule pour retrouver un garçon. Une chose est sûre Gilbert a de la chance de t'avoir. D'ailleurs, je ne t'ai même pas demandé, vous avez pu arranger les choses ? », Finit-elle par demander soucieuse.

Les yeux de la jeune rousse s'écarquillèrent, « Oh oui bien sûr ! », puis elle ajouta en fronçant les sourcils et avec un sourire amère, « Malchanceuse… »

Marilla se mit à rire, « Eh bien… Ca ne m'étonne guère de toi.»

Anne se dirigea ensuite vers sa commode et sortit une brosse à cheveux, elle regarda cette dernière, « Marilla… Est-ce que tu veux bien me brosser les cheveux comme tu le faisais parfois ? »

Celle-ci acquiesça en prenant la brosse, elle commença à brosser la chevelure rousse, puis nostalgique elle se souvint, « Te rappelles-tu ici même lorsque je t'avais coupé les cheveux ? »

La rouquine s'exclama, « Comment pourrais-je l'oublier ?! J'étais au comble du désespoir, Non. J'étais dévastée !»

La femme au chignon ajouta en souriant, « Il est vrai… Mais je me rappelle surtout d'une jeune fille peu sûre d'elle, qui avait peur de ne jamais être aimé de cette façon, tu pensais ne jamais connaître ton premier baiser. Tes attentes étaient-elles trop grandes à ce sujet? », Demanda-t-elle avec un sourire espiègle.

S'extasiant, Anne s'écria, « Oh Marilla ! J'étais sans aucun doute loin du compte! », Tout à coup elle devint anxieuse, « Mais…J'étais loin d'imaginer tout ce qui allait s'en suivre, enfin si… mais c'est que… », Celle-ci ne sut comment terminer sa phrase.

Marilla fut tout à coup interloquée, « Mais quoi… ? »

Cette dernière ne tarda pas à répondre de manière maladroite, ne sachant comment aborder ce sujet, « Est-ce que… les garçons… s'attendent à des… fiançailles, une fois que nos sentiments ont été déclaré ? »

Cette question prit totalement de court la pauvre femme, qui ne savait déjà pas comment conseiller la jeune rousse sur un certain autre sujet. Elle s'arrêta de brosser la chevelure rousse, une question lui vint immédiatement, elle la posa d'un ton alarmé, « Gilbert t'as fait sa demande ?! »

La rouquine haleta, « Je-Je ne sais pas. » répondit-elle maladroitement.

Son aînée fut confuse, « Tu ne sais pas… ? », puis elle déclara d'un ton autoritaire, « Quoiqu'il en soit… Tu dois savoir qu'il y a un âge pour tout. Gilbert est un jeune homme qui va sur ses 19 ans, et toi tu es.. »

Elle fut coupée net par une Anne, affolée, « Je-je sais. Je-je n'ai même pas fêté mes 17 ans ! Oh Marilla ! Je ne me fais toujours pas à l'idée d'être une femme… Le suis-je ?! À quel moment le ressent-on ?! Je suis partie de la maison, je porte des corsets de temps en temps et des robes élégantes, mais je n'ai pas l'impression que cela fait de moi une femme. Une femme n'aurait pas peur de l'engagement, et du mot mariage. Je ne suis déjà pas sûre d'être une femme, comment pourrais-je ne serait-ce que penser à être une épouse ?! Winifred. Elle… Elle ne devait pas avoir peur de ça, et si Gilbert regrettait son choix?! »

Voyant la jeune fille sombrer peu à peu au comble du désespoir, Marilla prit Anne par la taille et la guida vers son lit pour s'y asseoir toutes les deux, elle passa sa main dans la chevelure rousse pour la calmer, « Allons, allons… Se marier ou simplement le désirer ne fera pas de toi forcément une femme, Anne. Tu as un exemple qui se tient à tes côtés tout de même, ne suis-je pas une femme pour toi ? »

Cette dernière balbutia aussitôt, « Oh bien sûr que si Marilla ! Voilà ça démontre bel et bien à quel point je suis encore immature, je parle à tort et à travers, et je finie par offenser les gens que j'aime. »

Pensant être sur la bonne voie pour apaiser la jeune fille, sereinement elle déclara, « C'est un début tu vois. Si tu prends conscience de tes erreurs passées, et que tu fais tout pour ne pas les reproduire, ça s'appelle grandir. Et tu as grandi irrémédiablement. Devenir une femme c'est tout simplement ça, et rien de plus, rien de moins. »

Anne regarda Marilla les yeux remplis d'une certaine admiration, puis la femme au chignon ajouta, « Et ne t'en fais pas pour Gilbert, aie confiance en ses sentiments pour toi. Et puis après tout, il n'a pas encore obtenu notre permission, tu n'es pas encore majeur après tout. » Conclut-elle en riant.

Ce qui sur le moment, ne fit pas rire du tout la rouquine, elle prit cette remarque très sérieusement. Et cela ne passa pas inaperçu aux yeux de la femme âgée, alors elle s'empressa d'ajouter soucieuse, « Il est évident que c'était une plaisanterie. De toute façon, comme je te l'ai dit, il est encore trop tôt pour penser à de telles choses. »

Mais la rouquine resta muette, et n'osa rien ajouter de plus, au même instant, elle se remémora la déclaration de Gilbert : « Anne, j'aimerais te faire ma demande. »

Elle se disait que si Marilla savait ceci, elle n'était plus sûre que sa plaisanterie en resterait une lorsqu'elle l'apprendrait. Mais comme elle-même n'était pas sûre que cela ressemblait à une vraie demande, il n'y avait aucune raison de s'étendre sur le sujet et de causer du souci à cette dernière.

Après avoir passé du temps avec Anne, Marilla était dans sa chambre, elle s'apprêtait également à aller se coucher. Lorsqu'elle entendit frapper à la porte, elle alla ouvrir, et c'est ainsi qu'elle vit Matthew, il avait l'air soucieux, sûrement à cause du petit incident qui avait eu lieu durant le dîner.

Il déclara alors timidement en se raclant la gorge, « Hum. Alors… euh… Tu as pu parler avec Anne ? »

Elle acquiesça de la tête et le fit entrer, « Bien, prends une chaise et assois-toi. », dit-elle un peu anxieuse, ce que fit celui-ci sans attendre. Elle ajouta ensuite, « Je sais que ce sujet n'est pas notre tasse de thé, et je ne pensais pas qu'on aurait à y faire face si tôt. Mais les interrogations d'Anne.. »

Celle-ci fut coupé par un Matthew quelque peu remonté, « Nous avions convenu de ne pas aborder ce sujet ce soir, tu n'as pas respecté ta promesse. »

Marilla s'emporta à son tour, « Tu es injuste avec moi, c'est Anne qui l'a abordé d'elle-même, que pouvais-je.. »

Il l'interrompit à nouveau, « Tu aurais dû ne pas poser de question voilà tout. Le principal c'est qu'Anne prenne toujours ses études au sérieux. Sa relation avec Gilbert… Ne nous regarde pas. », Conclut-il embarrassé.

La sœur aînée avait un air satisfait en pensant à ce qu'elle allait annoncer, « Bien. Et même si ce dernier a prévu de demander la main de notre Anne très prochainement ? »

Ce dernier resta muet pendant un long moment et se gratta la tête, puis il déclara finalement d'un ton ferme et se levant de sa chaise, « Ca ne change rien. Ce-cela… ne nous concerne pas. »

Avant que celui-ci ne franchisse le seuil de la porte, Marilla ajouta sûre d'elle-même, « Tu sais tout aussi bien que moi, qu'elle est trop jeune. Et cela n'a rien à voir avec Gilbert, nous l'adorons tous les deux. Mais il était parti pour épouser Winifred il y a des mois de cela, alors pourquoi ne le ferait-il pas avec Anne ? »

Matthew était agacé, il répondit alors, « Tu sais bien que ce n'était pas du tout les mêmes circonstances. Ni les mêmes…motivations. Maintenant que nous avons abordé le sujet, bonne nuit. »

Le vieil homme quitta alors la chambre de sa sœur. Ils ne partageaient pas tout à fait le même avis au sujet d'Anne, comme bien souvent, mais tous les deux étaient sûrs d'une chose, ils l'aimaient tous les deux et ne désiraient que son bonheur.