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Comment Hela vit-elle sa captivité prolongée sur Jotünheim ?
Chapitre n°24 :
Captive
« Tu ne pourrais me tuer même si tu essayais pendant des centaines d'années. »
Sur Jotünheim, Hela n'avait eu d'autre choix que de poursuivre sa vie de captive. Depuis longtemps déjà, elle avait abandonné tout fol espoir de voir son père venir à son secours. Elle survivait, parce qu'elle n'avait pas d'autre choix.
Il semblerait que la Déesse de la Mort ne pouvait mourir.
Pourtant, elle avait essayé, maintes fois. Plutôt mourir dignement, de son propre chef, que de croupir éternellement dans cet enfer glacé.
Seulement, la Mort qu'elle chérissait tant avait chaque fois refusé de venir la saluer.
La Princesse déchue vivotait depuis de longs siècles dans une cellule étroite, dépourvue de mobilier, perpétuellement enchaînée et toujours sous le coup du maléfice qui la privait de ses pouvoirs. Ses guenilles étaient irrégulièrement remplacées, et ses longs cheveux noirs, coupés anarchiquement lorsque ses ravisseurs les considéraient trop longs. Les repas qui lui étaient servis étaient abominables, et elle n'avait pas accès à une hygiène régulière, ni à des soins de base.
D'ailleurs, elle arborait encore des sillons de sang séché le long de son visage amaigri, provenant des dernières plaies que Laufey lui avait infligées lors de sa dernière visite.
Car, malgré toute l'ingéniosité de ses geôliers, malgré leurs trop nombreux sévices, Hela avait toujours refusé que la captivité lui enseigne le respect. Leurs séances de torture et leurs railleries plus quotidiennes la voyaient toujours répliquer avec sarcasme.
Le regard hagard, dans le vide, l'ancienne Exécutrice entendit à peine ses gardiens ouvrir les grilles de sa cellule. Elle n'eut pas plus de réaction lorsqu'ils la soulevèrent pour l'emmener à l'extérieur.
Elle savait parfaitement ce que ce transfert signifiait, pour l'avoir vécu de trop nombreuses fois, et elle était consciente que rien ne lui permettrait d'échapper à son sort.
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~oOo~
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Les deux gardes la déposèrent au centre d'une pièce qui n'était rien d'autre que la chambre de Laufey. Ils s'éclipsèrent sans un mot. Hela se contenta de rester prostrée à l'endroit où elle se trouvait.
Les premières fois, des siècles plus tôt, elle avait encore l'énergie et la rage de se débattre, en vain. Désormais, elle se soumettait sans broncher, déconnectant son esprit de l'instant présent dans un instinct primaire de conservation.
Les Jotüns étaient tous des créatures hermaphrodites, qui se reproduisaient par ce biais, même si leur apparence restait majoritairement mâle au cours de leur vie. C'était ce que Laufey lui avait expliqué, autrefois, pour justifier son attirance malsaine pour elle, seul individu femelle sur toute la planète, ce qui représentait aux yeux du Roi un exotisme appréciable.
Laufey, pour satisfaire pleinement sa curiosité, avait tout expérimenté sur elle. Hela ne souhaitait même pas se remémorer toutes ces longues heures passées à la place d'un cobaye plus ou moins docile.
Si elle n'avait jamais pu s'ôter la vie, une part d'elle avait tout de même irrémédiablement péri dans les entrailles du palais royal de Jotünheim.
Le pas lourd de Laufey précéda de peu son apparition. Hela n'eut aucune réaction alors qu'il avançait vers elle. Son esprit s'était automatiquement fermé au monde. C'était comme si elle ne voyait plus ni n'entendait plus son tortionnaire.
- Le chamane qui est passé te voir m'a fait son rapport, fit-il néanmoins. Il a détecté une grossesse dans ton organisme, mais a été incapable de la dater convenablement. Dès aujourd'hui, et jusqu'à la naissance de cet hybride que je ne manquerai pas d'examiner sous toutes ses coutures, il te sera réservé un traitement... spécial.
Tandis que Laufey continuait son monologue, Hela n'avait capté, inconsciemment, que l'essentiel du message. Elle n'en ressentit rien.
Elle n'était plus qu'un objet, après tout.
