CHAPITRE 25
OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. N'hésitez pas à laisser des reviews. Ça fait toujours plaisir.
Nickel vérifia les numéros de chaque bâtiment.
R3462. R3464. R3466.
Ah. Elle le trouva enfin.
R3470. Conformément à ce qui était indiqué sur le dossier médical. Quand elle leva le menton, elle fit face à un immense bâtiment grisâtre, plutôt délabré. A travers les fenêtres en plexiglas, elle put apercevoir du monde à l'intérieur.
Trois ou quatre clients faisaient la queue. Nickel hésita avant d'entrer. Elle se demanda si cela ne serait pas une visite importune. Après tout, elle n'avait pas idée d'entrer pour acheter du matériel.
Après quelques minutes à peser le pour et le contre, elle se jeta à l'eau. Elle pressa le bouton d'ouverture et pénétra à l'intérieur, se joignant à la file d'attente.
A l'accueil, Australis échangeait avec un robot, probablement un habitant de Presidium. La fembot jaune et rose ne la remarqua pas tout de suite. Nickel fit semblant de s'intéresser aux articles.
Des bureaux, des chaises, d'autres mobiliers…
Conformément à ce que disait Borealis. Quand elle arriva à hauteur du bureau, Australis la chercha du regard. Nickel l'appela, lui indiquant de baisser la tête.
Quand leurs optiques se croisèrent, celles d'Australis se plissèrent de surprise.
« Vous ? Le medic ? »
Nickel acquiesça.
- Contente de vous revoir, Australis.
- Vous êtes intéressée par le mobilier ? Vous souhaitez un article en particulier ?
Elle marqua un temps.
- J'imagine que vous avez eu le temps de parcourir la boutique.
- Hé bien…il y a effectivement un ou deux articles que je pourrais acquérir.
Nickel se racla la gorge.
- Mais je ne suis pas venue pour cela.
- Ah bon ?
Elle paraissait contrariée de l'apprendre. La Minicon croisa les bras, sans détacher son regard d'elle.
- Pour quoi donc, alors ?
- Je suis venue voir Borealis. Sauriez-vous où je peux la trouver ?
Elle devait le savoir. Forcément.
- Qu'est-ce que vous lui voulez ?
Australis se plaça immédiatement sur la défensive.
- Du calme. Je suis simplement venue la remercier, précisa immédiatement Nickel.
- Elle n'est pas disponible.
- Hé bien, je vous donne mes coordonnées pour qu'elle me contacte.
- Puis-je savoir pour quelle raison ?
Ouah.
Elle savait déjà que les jumeaux, ceux qui partageaient un même spark, partageaient un lien particulier et pouvaient être extrêmement protecteurs l'un de l'autre. Elle avait entendu dire que si l'un d'eux étaient tué, une partie de l'autre était détruite au tel point qu'ils ressentaient la mort, même à l'autre bout d'une galaxie.
Et l'attitude d'Australis était certainement fondée vu ce que sa sœur avait traversé.
Mais elle montait sur ses grands chevaux…Nickel n'avait pas de mauvaise intention.
- Elle m'a envoyé un colis. Avec de l'energon.
- De l'energon ?
- Pour me remercier de l'avoir soignée.
Les lèvres d'Australis se pincèrent.
- …Donnez-moi vos coordonnées. Je lui dirai que vous êtes passée.
- Merci.
Nickel les lui dicta. Une fois que cela fut fait, le visage d'Australis se ferma à nouveau. La Minicon remarqua que d'autres clients attendaient. Le message était clair.
- Je vais vous laisser. Je vois que vous êtes occupée.
- N'hésitez pas à revenir.
Australis accueillit le suivant avec un large sourire. Elle s'était immédiatement métamorphosée. Un vrai contraste avec son attitude précédente.
Nickel soupira et finit par sortir, après avoir lancé un vague « au revoir ». Une fois dans la rue, elle se dirigea vers son appartement.
Velocity lui avait proposé de sortir ensemble pendant leur jour de repos. Mais Nickel n'était pas franchement d'humeur. Elle avait envie de se poser et de ne rien faire.
« Psst. »
Nickel se figea. Elle se retourna.
Dans le recoin d'une ruelle, Borealis. Cette dernière lui faisait de grands signes, l'invitant à s'approcher.
Eh bien…
Nickel obtempéra et la rejoignit. Se tenant droite, Borealis avait les « mains » jointes le long du corps.
C'était étrange de la voir comme ça. Après, elle ne l'avait pas croisée en-dehors de l'hôpital.
- Borealis.
- Je vous ai vue sortir. Je souhaitais vous parler.
Elle se justifiait d'elle-même sans que la medic ne lui pose de questions. Nickel haussa un sourcil.
- Vous vivez ici ?
- Oui, affirma Borealis.
Elle se gratta le haut du casque, signe de nervosité.
- Vous avez reçu mon colis ?
- En effet, répondit Nickel.
- Qu'en pensez-vous ?
- Heu, c'est gentil. Je suis touchée mais…
Elle marqua un temps.
- Mais vous savez…vous n'étiez pas obligée.
- Vous disiez que vous vous inquiétiez pour moi. Je voulais aussi m'excuser pour les désagréments que je vous ai causée.
Nickel secoua la tête.
- Je vous le répète. Ce n'était pas la peine.
- Je suis contente que cela vous plaise.
Borealis aurait souri si elle avait pu. Nickel le sentait.
Son ton était doux et calme. Rien à voir avec son attitude à l'hôpital.
La Minicon chercha ses mots, un peu prise au dépourvu. Elle qui était venue lui poser des questions, elle se demanda si elle ne devait pas trouver une excuse pour partir.
- Comment vous sentez-vous ? finit-elle par lui demander.
- …Mieux.
- Vous êtes sûre ?
Elle n'avait pas oublié leur dernière rencontre pour autant. Borealis haussa simplement les épaules en guise de réponse.
- Vous vous reposez ?
- Oui. Cette nuit, j'ai bien rechargé et…j'étais en forme pour travailler. Cela m'a fait du bien.
Cela tétanisa Nickel.
Huit en douleur…Et elle travaillait ?
- J'ai dit à votre sœur de ne pas vous laisser reprendre le travail.
- C'est moi qui aie insisté ! la défendit immédiatement Borealis. Elle ne pouvait pas s'en sortir seule.
- Vous pouvez quand même fermer l'entreprise un jour ou deux pour que vous vous remettiez, non ? Vous risquez de ne pas tenir !
- On ne peut pas, déclara-t-elle tristement.
Même quelqu'un de très impliqué dans son travail saurait s'arrêter quand trop était trop.
Nickel soupira. Elle comprenait qu'elle voulait aider sa sœur mais il y avait quand même des limites.
La medic était à court d'argument. Peut-être que Borealis était aussi gamine que ne l'étaient les membres de la DJD quand ils subissaient leur contrôle technique. Mais la Minicon n'arrivait pas à monter le ton avec elle.
Borealis…quelque chose chez elle l'empêchait de s'énerver complètement.
- …Vous savez quoi ?
- Hm ?
- Vous allez m'accompagner. On va boire cet energon ensemble.
Borealis se figea, déroutée.
- Mais…
- Maintenant.
- Je ne peux pas. Ma sœur Australis…elle compte sur moi dans l'atelier !
- Vous pouvez quand même prendre une pause d'une heure, non ?
Elle secoua la tête.
- Borealis. Vous avez le droit de vous reposer. Même une petite heure. C'est même recommandé avec votre état.
- Mais…Australis…
Elle jeta des coups d'œil répétés en direction de la boutique, où elles pouvaient apercevoir sa sœur jumelle accueillir d'autres clients.
- Surtout que vous n'êtes pas en manque de clients, renchérit Nickel.
- Mais…si elle a besoin de moi…
- Mieux vous vous reposerez, plus vite vous pourrez reprendre le travail.
Surtout si elle était dans la menuiserie.
Borealis resta stationnée sur le trottoir, ne détachant pas son attention de la boutique.
- Borealis. Vous n'étiez même pas supposée reprendre le travail.
- Je—
- Australis comprendra. Je vous le garantis. Je suis medic, j'ai des arguments en béton. Allons prendre un cube ensemble.
Nickel lui tendit la main.
Borealis la fixa sans rien dire.
- …J'ai le droit ?
- Bien sûr que vous avez le droit.
La Minicon la sentit encore hésitante.
Borealis tourna les talons. Elle était sur le point de rentrer à l'intérieur de la boutique.
Nickel laissa pendre son bras le long de son corps.
Elle ne l'écouterait pas.
A sa grande surprise, Borealis revint quelques minutes plus tard par la même ruelle. Elle l'invita à la suivre.
- J'ai dit à Australis que j'allais en ville acheter des outils.
Nickel soupira.
Australis pourrait comprendre. Pas besoin d'inventer un mensonge. Mais bon…c'était elle qui voyait. Elle n'était pas responsable d'elle.
« Donc…tu construis ? Tu te charges de l'atelier ? »
Elles étaient assises sur un banc, le colis entre elles, chacune un cube d'energon à la main.
Ou plutôt, dans le cas de Borealis…Nickel ne put s'empêcher de l'observer tandis qu'elle le consommait.
Borealis approuva du chef.
- Oui. Australis se charge de la clientèle, je me charge de la construction.
- C'est intéressant.
- Australis a toujours été plus sociable que moi. Toujours l'art d'accueillir le client, de le conseiller. Moi…je suis trop timide pour aborder les gens.
- Pourtant, tu me parles à l'heure actuelle.
Borealis sursauta légèrement avant d'approuver du chef.
- C'est vrai.
- Mais toi, tu es douée dans ton domaine. J'ai vu tes articles…ils sont très beaux, la complimenta Nickel.
- Merci.
Elle prenait son compliment au spark, mais une part d'elle ne la croyait pas.
Avait-elle l'habitude des compliments ?
- C'est vrai, insista la Minicon. Ta sœur ne te le dit pas ?
- Oh. Après des années à travailler ensemble, on ne se le dit plus. C'est devenu habituel.
- Hm.
Nickel soupira.
- Mais…les clients ne jurent que par elle. Elle se débrouille très bien avec eux.
- Et toi, tu ne les rencontres pas ?
- Australis dit qu'ils seraient durs avec moi. Que je les effrayerai.
Nickel la toisa, choquée. Immédiatement, Borealis la calma.
- Mais elle a raison. Elle dit pour me protéger. Elle ne veut pas que je sois davantage agressée. Je morfle déjà bien. Vous…vous avez bien vu. Comment…je suis… ?
- Même. C'est arrivé comment ?
Borealis posa son cube sur les genoux, pensive.
- …Il n'y avait pas de raison particulière. Je…je pense que c'était parce que moi et ma sœur, on était construites à froid.
- Et tu es devenue Decepticon ?
- Oui. Avant, j'affichais fièrement mon insigne. Je le montrais à tout le monde.
- Et tu ne le portes plus ?
- Si…là.
Elle ouvrit son châssis.
Nickel s'approcha pour regarder. A l'intérieur, l'insigne de leur faction y était gravé. Borealis le referma doucement.
- Un membre du Conclave a assisté à la cérémonie. Je suis devenue Decepticon en même temps qu'Australis et une dizaine d'autres. C'était impressionnant. Je n'ai jamais été aussi fière que durant ce jour-là.
Nickel sourit à ce constat, compréhensive.
- Je n'en doute pas.
- Mais…toi ? Tu ne le portes pas ? L'insigne ?
- Je n'y suis que depuis quelques mois. Et un membre du Conclave doit être présent pour m'accueillir en tant que telle.
Elle imaginait qu'elle devait encore attendre.
Le silence tomba. La medic prit une gorgée de son cube.
- Borealis…
- Oui ?
- Tu ne veux vraiment pas me donner des détails sur ton agression ?
Borealis se figea.
- Vous remettez encore le sujet sur le tapis ?
- C'est important, déclara Nickel. Je ne l'ai pas oublié. Je ne t'ai pas oubliée. Donc…puisque tu as souhaité reprendre contact avec moi, on peut éclaircir cela ensemble.
La fembot n'ajouta rien.
Encore…encore cette attitude.
- Borealis ? S'il te plaît. J'ai besoin de savoir. Je t'ai observée. Tu souffrais en marchant. Je doute que tu m'aies menti donc…aide-moi à y voir plus clair.
- Je vous l'ai dit…J'ai bousculé quelqu'un et il me l'a fait payer.
- Ca a dû être terrible. Pour que tu souffres à ce point.
Borealis se raidit.
- Et tu n'as pas subi d'agression quelques heures, voire quelques jours avant ton admission à l'hôpital ? J'imagine qu'Australis a dû te cuisiner à ce sujet.
- Oh…oui.
- Alors ?
La fembot détourna le regard.
- Je…je ne veux pas en parler.
- Pourquoi ? Si tu as été agressée, on peut t'aider, tu sais. Je suis sûre que ta sœur peut t'aider si tu lui en parles.
Borealis demeura muette.
Avait-elle…honte ?
- Hé. On a tous subi des moments durs à gérer, lui lança Nickel en posant plutôt brutalement son cube à côté d'elle. Je le sais. J'en ai eu aussi. Des moments qui sont impossibles à contrôler.
Le massacre de Prion…La mort de ses amis, de sa petite amie qu'elle aurait pu empêcher.
- Et il ne faut pas en avoir honte. Il faut juste prendre les mesures pour ne pas recommencer.
- …Je le sais. C'est ce que je me dis. Mais…
Elle voulut dire quelque chose.
Elle n'y parvint pas.
- Borealis…tu as subi des sévices. Une agression ne peut pas être laissée impunie.
Borealis se recroquevilla.
Son attitude fut comme un signal d'alarme qui résonna à travers le processeur de Nickel.
A moins que…
Nickel sentait qu'elle tenait quelque chose. D'une voix prudente, elle lui demanda :
- …A moins que ce ne soit pas seulement une agression ?
- Je crois que l'heure est passée. Je dois retourner au travail.
- Borealis.
- Ecoutez. Je comprends que vous vouliez m'aider. Mais…
Elle s'était déjà levée de son banc.
- Cela ne vous concerne pas. Je ne vois pas en quoi cela vous concerne. Je ne vois pas pourquoi vous croyez avoir votre mot à dire. Je dois finir mon travail. Et si je ne finis pas à temps, je n'aurais pas le temps de voir mon petit ami.
- Votre petit ami ?
- Oui. S'il vous plaît, ne cherchez pas plus loin.
- Borealis…
Borealis était déjà en route pour retourner à la boutique.
- Je ne voulais pas t'importuner, acheva Nickel, le ton bas.
- Ne vous excusez pas. Vous êtes gentille. Je vous envie. J'envie votre assurance. Être medic…surtout avec votre taille, vous avez de quoi être fière.
Elle se dénigrait tellement…
- …Tu as de quoi être fière aussi, Borealis. Je ne te connais pas assez mais…je pense que tu n'as pas à rougir.
Borealis se contenta de se retourner pour s'incliner, avant de la remercier une nouvelle fois.
- Au plaisir.
Puis, la fembot s'éloigna et disparut à l'horizon.
Nickel savait où elle habitait.
Elle était sur une piste.
Cette piste était dangereuse, glissante…Mais il s'agissait de la plus pertinente.
Ce n'était pas une agression.
Elle était violentée en permanence.
Rien.
Aucune trace d'Overlord. Tarn avait fait le tour de la totalité de ses agents. Aucun ne savait où se trouvait Overlord.
La colère s'accroissait en lui au fur et à mesure que les réponses négatives défilaient. Il essaya de se calmer en jouant The Empyrean Suite pour éloigner les pensées sombres.
Pff. S'il le voyait actuellement, il se moquerait sûrement bien de lui. Tarn le voyait déjà : « Hahaha. Bah alors, le toutou de Megatron n'est pas capable de m'attraper ? ». La seule image des lèvres immondes d'Overlord se tordant dans un sourire jusqu'aux audios lui donna envie de frapper le mur.
La musique monta d'un cran.
Bon. Autant continuer la Liste comme prévu en attendant de dénicher des informations. Helex l'interpella.
« Commandant. On est en approche de Luna 1. »
Luna 1…
Tarn se raidit.
Il était situé sur Luna 1. Crosscut le lui avait annoncé.
- …Tarn ? répéta Helex. Qu'est-ce qu'on fait ? On contourne ?
- …Non. On atterrit.
Il quitta la salle de contrôle d'un pas lourd. Il ferait une escale avant d'anéantir leur prochaine cible, peu importe où elle se situait.
Il avait envie de le voir. Enfin, de le revoir.
Il avait su l'approvisionner de façon plutôt efficace pendant toute la durée de leur relation commerciale.
S'il pouvait…
Tarn secoua la tête. Non. Il devait s'en tenir aux directives de Nickel.
La Cause était la plus importante…Largement plus importante qu'une addiction. Oui. Il s'agissait d'une simple addiction et il n'était pas encore totalement remis.
Il ne devait pas tomber dans ses vices.
Pourtant, il s'agissait d'un appel. Pas un appel à la transformation. Non. C'était autre chose.
Un appel à la puissance.
Un appel au contrôle. Au contrôle d'autrui, comme il l'avait toujours fait.
Alors que Luna 1 s'agrandissait devant eux, Tarn reprit un cube de haute qualité, qu'il engloutit en une seule gorgée.
Puisqu'il ne pouvait pas succomber à l'addiction de la transformation, il pouvait remplacer cette addiction par une autre.
Le besoin de rappeler qui il était.
Il n'avait pas changé.
Non. Il était toujours le même. La démarche assurée avec laquelle il apparut s'était transformée en choc incontrôlable dès lors qu'il aperçut Tarn se dessiner devant lui.
Cela ne changerait jamais. Il réagirait toujours comme ça avec lui. Tarn l'avait brisé à jamais.
L'aviateur se raidit en l'apercevant. Dans ses optiques, quelque chose s'était rallumé. Mais pas comme un spark serait ramené à la vie.
Non. C'était comme si Pharma ne possédait plus aucun spark et que son corps bougeait tout seul, sans étincelle, tel un cadavre.
« Bonsoir, Pharma. »
Pharma se tenait à distance de lui.
Avant, il se serait incliné, mis à genoux. L'époque de Delphi semblait déjà bien lointaine.
« Cela faisait longtemps. »
Pharma ouvrit la bouche.
Aucun son n'en émana.
Pitié.
« On dirait que les choses ne changeront jamais » remarqua Tarn. « Peu importe où tu vas, je finis toujours par te retrouver. »
Pharma leva le bras.
Tarn eut à peine le temps de reculer que la tronçonneuse coupa l'air près de l'endroit où il se tenait quelques instants plus tôt.
Surpris, le robot masqué releva la tête.
Il ne s'attendait pas à ce que Pharma agisse réellement.
L'aviateur était armé d'une tronçonneuse. Sur son expression, un sourire distordu que Tarn aurait reconnu chez les plus cruels.
Pharma avait toujours peur. Mais il n'agissait plus par la soumission.
Non. Il combattait, à présent.
« Belle arme », le complimenta Tarn.
- Tu aimes ? Elle est nouvelle, répondit Pharma d'une voix tremblante.
Un fou.
- Tu sais ? Tu l'aurais eu plus tôt, cela t'aurait évité toutes ces années de souffrance, lui fit remarquer le leader de la DJD. Je ne résiste jamais à de si belles armes.
- Que me veux-tu, Tarn ? Des T-cogs ?
Sa voix se perdait déjà.
Il était prêt à attaquer. Tarn n'avait pas peur. Pharma ne le terrifierait jamais.
Au contraire…Il était presqu'impressionné.
- Tu croyais que j'étais mort, hein ?
- En effet. Mais Crosscut a vendu la mèche. Je te promets que ce n'est pas moi qui aie commencé. On s'est déjà parlés par communication, Pharma. J'étais au Tribunal. Tu te souviens au moins de ça ?
Pharma lui montra les dents, sans cesser de sourire.
- Non ? Je me sens offusqué.
- Je n'ai plus vraiment de patient à tuer ou à achever pour te procurer en T-cogs…je travaille pour quelqu'un d'autre, maintenant.
- Je sais, Pharma. On en avait discuté. Tu te rappelles ?
Tarn croisa les bras, s'approchant sans peur. Pharma se braqua et s'arma immédiatement de sa tronçonneuse pour lui barrer la route.
- Voyons, Pharma. Pas de ça avec moi. Je t'ai offert une proposition. Rappelle-toi. Est-ce que tu y as réfléchi ?
- Oui.
Son discours n'avait plus rien de cohérent. Il disait ne pas se souvenir de leur conversation. Mais il se souvenait de la proposition faite par Tarn.
- …Du matériel. De meilleurs locaux. Un réseau aussi.
- Et Ratchet.
- Et Ratchet, approuva Tarn. Mais tu me fends le spark, Pharma. Je pensais qu'il n'y avait que moi qui savais apprécier tes talents.
Pharma se raidit.
Il était encore en train d'hésiter.
- …Je n'ai pas besoin de Ratchet.
- Pardon ? s'étonna Tarn.
- Je n'en ai pas besoin parce que…Ratchet arrivera d'ici quelques temps.
Pharma pointa sa tronçonneuse en direction de Tarn. Il paraissait avoir une folle envie de s'en servir contre lui.
Après, quoi de plus normal ? Ils avaient traversé tellement de choses ensemble.
- Libérer leurs camarades…On s'y attend. Et je vais l'accueillir à bras ouverts.
- Ravi d'apprendre que cela s'est bien terminé entre vous deux, releva Tarn, décontracté.
- Et le Grand Tyrest…il m'a donné de nouvelles mains. Celles que j'avais perdu. Et il m'a permis d'exploiter mon potentiel au maximum.
- Navré, Pharma. Mais je ne suis pas d'accord.
Tarn avait déjà disparu.
L'instant d'après, il agrippa le poignet de Pharma (celui qui tenait la tronçonneuse) qu'il serra si fort que l'aviateur cria de douleur. D'une poigne puissante, Tarn releva le bras armé de l'aviateur juste au-dessus de leurs têtes tandis qu'il le bousculait, le plaquant violemment contre un mur.
- Je n'aime pas quand on attribue mes mérites à d'autres, déclara Tarn, la voix sourde.
- Que…que veux-tu dire ?
Supplie, Pharma.
Rien ne me ferait plus plaisir.
Tarn rapprocha son visage du sien. Plus il s'avançait, plus le visage de Pharma se fissurait.
- C'est moi qui t'aie permis d'exploiter ton potentiel au maximum. Si je n'avais pas été là, tu n'aurais jamais su créer le virus qui exterminerait Delphi. Le virus dont tu es si fier. Juste pour pouvoir m'échapper.
- Je…
La voix de Pharma se brisa.
- Je suis un grand medic.
- Je sais, Pharma. C'est pour ça que je t'ai choisi. Que je te choisirai toujours.
Prudemment, Tarn abaissa lentement le poignet de l'aviateur. Derrière son masque, il souriait.
- Et tu es sûrement le deuxième meilleur medic que je n'ai jamais rencontré jusqu'à présent.
- …Je veux être le premier…Le premier…De tous. Même avant Ratchet. Personne ne peut me dépasser.
- Je le conçois.
Il était au bord des sanglots.
Des restes de l'ancien Pharma était encore présents. Celui qui pleurait, suppliait, implorait pour qu'on épargne sa vie avant celle des autres.
- Pharma. Tu sais. Quand j'ai appris que tu étais mort, que tu avais voulu exterminer tous tes patients, juste pour m'échapper, je…Je dois admettre que j'étais peiné. Je trouvais ça tellement dommage, un si beau talent gâché.
Tarn tendit la main et essuya une larme qui coulait sur la joue de Pharma. Comme il l'avait toujours fait pour le rassurer, le consoler.
- Mais tu vois…il y avait un moyen beaucoup plus radical et je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu ne l'as pas envisagé.
Le robot masqué agrippa à nouveau le poignet de Pharma. Le libre, cette fois. Pharma poussa un cri de surprise et Tarn l'attira vers lui, avant de recouvrir son corps de ses bras dans une étreinte moqueuse.
- Tu aurais pu utiliser ce virus contre nous. Moi, la DJD…Tu aurais sauvé Delphi. Tu aurais été libéré. Mais à la place, tu nous as choisi.
Tarn laissa descendre ses bras dans le dos du medic Autobot.
- Tu m'as choisi.
Pharma tressaillit tandis que Tarn effectuait des longs cercles dans son dos. D'abord petits qui s'agrandirent au fur et à mesure.
- Alors, je ne vois que deux hypothèses. Qui ne sont certainement pas incompatibles l'une l'autre. Sois tu es devenu fou…Sois…
Son châssis collait à présent le sien.
Leurs optiques se rencontrèrent.
- Sois tu t'es pris d'affection pour moi.
- …Je suis un grand medic…
- Mais tu sais. Je t'aime bien aussi, Pharma. Pour un Autobot, et c'est rare que je leur consacre autant d'attention…je t'aime bien.
Pharma ferma les optiques.
Il ne cherchait même pas à se dégager de lui. Ni même à utiliser sa tronçonneuse.
- Même encore maintenant, tu pourrais me scier en deux. Pas en largeur, non. En longueur. Tout de suite. Je n'aurais aucune chance de m'en sortir et tu serais libre. Mais tu ne le fais pas.
Pharma frissonna encore.
Tarn comprit qu'il avait touché un point sensible. Il remonta sa main droite, gardant l'autre dans le dos de Pharma, tandis qu'il lui caressait tendrement la joue avant d'attraper sa mâchoire pour la lui serrer fortement, lui ouvrant la bouche sans aucune résistance.
- Aah…gémit-il. Aaah…
Au fond de lui, il aimait ça. Au fond, il aimait ce traitement.
Tarn s'était assis au sol maintenant, Pharma encore dans ses bras. Maintenant il le gardait sur ses genoux.
Pharma ne cherchait même pas à se défendre. Il n'avait pas envie. Il demeura dans la même position, contre lui tandis que le robot masqué baladait ses mains sur le long de tout son corps, caressant le châssis en usant ses deux mains, formant à nouveau des ronds de plus en plus grands.
Il adorait ce son.
Les larmes coulaient le long des joues de Pharma. Mais à la place, il se contenta de se rapprocher de lui, comme pour lui rendre l'étreinte.
Tarn utilisa un doigt. Il commença à tracer le long du châssis avec son doigt, avant de descendre de plus en plus bas, atteignant les cuisses qu'il commençait lentement à masser.
Laisse-toi aller, Pharma. On sait tous les deux que tu adores la douleur.
Tarn rapprocha sa bouche de ses câbles.
Sans même enlever son masque, il usa de l'ouverture de ce dernier pour presser ses lèvres contre les câbles de Pharma.
Cela arracha un nouveau frisson à l'aviateur qui, immédiatement, fit disparaître sa tronçonneuse pour nouer ses bras autour de ses épaules.
- Hmm...
Tarn insista, pressant les lèvres sur les câbles de manière plus passionnée, laissant une traînée de petits baisers au fur et à mesure qu'il descendait, avant de remonter tandis qu'il massait toujours l'intérieur des cuisses du medic Autobot.
Si simple de les arracher…de boire son energon…de lui broyer la tête.
Pharma ferma les optiques. La bouche entrouverte, il releva la tête, lui accordant l'accès à sa mâchoire tandis que Tarn continuait de lui embrasser le cou.
- Aah…
Puis, Tarn se mit à rire.
Il finit par se relever et, sans y émettre le moindre effort, il rejeta violemment Pharma au sol.
- Tu es pathétique.
Pharma releva la tête vers lui, un rictus meurtri sur son visage.
Tarn s'épousseta avant de le toiser, méprisant.
- Tu es si simple à manipuler, à utiliser, Pharma. Moi ou Tyrest ou un autre…tu seras toujours manipulé par quelqu'un.
Pharma le foudroya du regard.
Enfin…La haine qu'il attendait.
- Tu ne seras jamais capable de t'en prendre à moi ou à la DJD, décréta Tarn. Ce n'était pas la peine de demander à cet incompétent de Crosscut de te transmettre le message. Peu importe ce que tu manigances de ton côté, tu es bien trop faible pour utiliser ton universal killswitch contre nous. Tu n'es même pas capable de me tuer, moi, alors que j'ai détruit ton processeur. J'imagine que c'est en raison de ton affection pour moi ? Parce que je t'ai donné plus d'attention que Ratchet ne t'en a jamais donné ?
Même ici, Pharma n'arrivait même pas à répondre.
Tarn secoua la tête. Il en avait fini, de toute manière.
- Tu es tellement faible, Pharma. Ce n'en est même plus drôle.
Il tourna les talons, plantant son ancien partenaire commercial là, au beau milieu de Luna One.
Pharma ne réagit pas. Il ne réagissait jamais.
Quand il remonta à bord du vaisseau, Helex le regarda, un peu perplexe.
- Tu n'as pas tué Pharma ?
Tarn haussa les épaules.
- Non. Il ne le mérite pas.
- Vraiment ?
- Même si j'essayais, il est tellement cassé qu'il ne s'en rendrait même pas compte.
Il lui ordonna de mettre le cap sur leur prochaine cible.
Quand le Peaceful Tyranny démarra, Tarn jeta un dernier coup d'œil à Luna One.
Tarn n'avait pas menti. Il avait peut-être développé une sorte d'affection pour lui durant leurs années de partenariat. Un sentiment proche de l'amitié.
Ce ne serait pas lui qui le tuerait, mais Pharma mourrait bientôt. Cet universal killswitch, peu importe la façon dont elle se présenterait, lui coûterait cher.
Mais tant que ses camarades et lui étaient hors de danger…ce n'était pas son affaire.
Quand le M.A.R.B fut détruit par l'explosion, Ratchet fut propulsé en arrière.
Il tendit la main vers Rodimus, ce dernier criant son nom.
Quand il reprit conscience, il eut à peine la force de se relever.
Il ne put qu'observer une ombre se rapprocher de lui.
Une ombre ailée…un aviateur…
Puis, la silhouette se dessina mieux. Les traits apparurent.
Des traits familiers…
Impossible…
Pharma souriait à Ratchet, sa tronçonneuse remplaçant sa main droite.
« Besoin d'un coup de main ? » lui demanda-t-il, sarcastique.
Rien d'autre.
Tout devint noir autour de lui et Ratchet s'effondra.
