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LA CONTRE-ATTAQUE DU SERPENT

Pendant tout le mois de novembre, une série de phénomènes étranges et inquiétants frappa Umbridge. Elle se réveilla un matin couverte de verrues, comme si de la poudre à Verrue avait été répandue dans ses draps. À de nombreuses reprises, elle glissa subitement dans les escaliers alors qu'aucune autre personne ne se trouvait à proximité. De nombreux élèves la virent se brûler en touchant des poignées de porte. Alors qu'elle marchait dans un couloir, elle bascula en avant et découvrit avec horreur que les lacets de ses chaussures s'étaient noués entre eux. Des vitres explosèrent sur son passage dans un couloir, lui éraflant les bras. Chaque fois, elle ne put trouver personne à accuser – de toute manière, les témoins ne se bousculaient pas. Chaque fois, Megan se trouvait dissimulée à proximité, un sourire carnassier étirant ses lèvres. Les professeurs et les préfets avaient reçu pour ordre d'ouvrir l'œil afin de découvrir ce qui se cachait derrière ce terrible phénomène, mais aucun ne semblait réellement impliqué dans sa tâche, sauf peut-être Pansy Parkinson, mais il semblait que Draco n'était pas d'une grande aide. Les réunions de l'A.D. commençaient désormais par un résumé joyeux des derniers malheurs d'Umbridge. Hermione n'y participait pas : même si elle détestait la Grande Inquisitrice, elle trouvait les méthodes du rebelle inconnu trop radicales. Les jumeaux, quant à eux, profitèrent de la dernière réunion de novembre pour se glisser à côté de Megan.

- On sait que tu fais ça à cause de notre renvoi de l'équipe de Quidditch, murmura Fred.

- Et on trouve ça excellent, ajouta George. On peut participer ?

- Je fais aussi ça pour Hagrid, souffla Megan. Et non. C'est entre Umbridge et moi. Je ne veux pas que vous preniez le risque de vous faire prendre.

- Qu'est-ce qu'elle pourrait nous faire ? Elle nous a déjà privés de Quidditch, et on se fiche bien d'être renvoyés de Poudlard, lui fit remarquer Fred.

- McGonagall m'a fait comprendre qu'elle avait un pouvoir très étendu. On ne sait pas ce que ce sera, la prochaine fois, si vous vous faîtes attraper.

- Et toi ? chuchota George. Si tu te fais attraper ?

- Je ne sais pas pourquoi, mais Umbridge n'a jamais essayé de me punir. Alors si jamais elle finissait par découvrir que c'est moi, je pense que je ne risque pas très gros. Dumbledore ne me laisserait pas quitter Poudlard, de toute façon : il ne veut pas perdre le contrôle qu'il pense avoir sur moi.

Décembre arriva en apportant encore plus de neige et une véritable avalanche de devoirs pour les cinquième année. Megan subit de nouveau les assauts d'Angelina, qui voulait la convaincre de remplacer Potter dans l'équipe, mais elle refusa tout net elle avait appris que Ginny se présentait, et préférait amplement donner sa chance à la plus jeune des Weasley. Les obligations qui incombaient à Ron et à Hermione dans leur rôle de préfets devinrent également de plus en plus écrasantes à mesure que Noël approchait. On fit appel à eux pour superviser la décoration du château (« Essaye donc de poser des guirlandes quand c'est Peeves qui tient l'autre bout et qu'il cherche à t'étrangler avec », dit Ron), surveiller les première et les deuxième année qui devaient passer leurs récréations à l'intérieur du château à cause du froid (« Ils sont d'une insolence incroyable, ces petits morveux, on n'était sûrement pas aussi mal élevés quand on était en première année », dit encore Ron), et patrouiller dans les couloirs en alternance avec Filch qui pressentait que l'esprit de Noël pourrait bien se traduire par une multiplication de duels magiques (« Il a de la bouse de dragon à la place du cerveau, celui-là», commenta Ron avec fureur). Ils étaient si occupés qu'Hermione avait cessé de tricoter des chapeaux pour les elfes et se rongeait les sangs à l'idée qu'elle n'en avait plus que trois.

- Tous ces pauvres elfes que je n'ai pas encore pu libérer et qui vont être obligés de passer Noël ici parce qu'il n'y a pas assez de chapeaux !

Megan n'accorda aucune attention aux plaintes de sa meilleure amie – d'après les jumeaux, de toute façon, le nombre d'elfes à Poudlard ne semblait pas avoir diminué. Elle était plongée dans une lettre qu'Eleyna venait de lui rapporter de Roumanie. Fort heureusement, sa chouette ne semblait pas avoir été agressée sur la route.

Megan,

Je ne m'attendais pas à avoir de tes nouvelles, mais ça m'a fait plaisir. J'ai effectivement été très pris l'année dernière, et je n'ai pas pu rester longtemps en Ecosse. J'avais prévu de venir assister à la troisième tâche avec ma mère et Bill, mais je n'ai pas pu me libérer. Etant donné ce qui s'est passé, j'aurais mieux fait de m'arranger pour être là. On m'a beaucoup raconté ce qui s'est passé ce soir-là. J'ai lu ce qui se disait dans la presse, bien sûr. Nous avons un journal ici, Vrăji (pour Vrăjitorul a informat, le « Sorcier informé » si tu veux tout savoir), qui nous a relayé les propos de la Gazette du Sorcier. Tu-Sais-Qui n'est pas aussi célèbre ici qu'au Royaume-Uni, mais beaucoup de sorciers connaissent son existence et s'inquiètent de ce qu'il se passe de ton côté de l'Europe. En ce qui me concerne, je fais confiance à Dumbledore. Or, Dumbledore te croit et croit Harry. Alors je vous crois. Bill ne pense pas que tu sois une menace pour la famille, ou il ne le pense plus, j'ai eu des contacts avec lui récemment. Je sais qu'il s'est comporté comme un crétin, mais il faut le comprendre, il cherchait uniquement à nous protéger. Ce n'est pas toi qui as tué Cedric Diggory, Megan. Tu as vécu des choses horribles, et je comprends tout ça. Le reste du monde magique finira par le comprendre aussi.

J'espère que les choses ne sont pas trop difficiles à Poudlard. Ta prof a l'air horrible. Mais je suis super content pour Ron ! Il m'en a parlé, c'est vraiment chouette. Je suis content que tu dises qu'il se débrouille bien, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu jouer. Ça doit lui faire du bien d'avoir obtenu ce poste. Je n'ai rien contre Harry, hein, mais ce n'est pas une mauvaise chose que Ron obtienne un peu de gloire à son tour.

Sinon moi ça va, je suis assez occupé à la Réserve – où tu es la bienvenue quand tu veux – et avec mes autres activités, mais tout ça se passe bien. D'ailleurs, j'ai presque oublié de te répondre, désolé. Je ne sais même pas quand tu vas recevoir cette lettre, c'est un long trajet pour une chouette, mais la tienne a l'air en forme. Enfin, si jamais elle met plus de temps que prévu à arriver : joyeux Noël.

Charlie.

Le message fut source de réconfort pour Megan. Les choses rentraient dans l'ordre. Il était d'ailleurs prévu qu'elle se rende au Terrier pour les vacances de fin d'année. Hermione, elle, allait faire du ski avec ses parents, ce qui amusa grandement Ron : il n'avait encore jamais entendu dire que les Moldus s'attachaient des planches aux pieds pour glisser au flanc des montagnes. Megan ne savait cependant pas quels étaient les projets de Potter, et n'avait pas l'intention de lui poser la question. Elle espéra qu'il se rendrait au square Grimmaurd : elle ne voulait pas que Sirius fête Noël seul avec Kreacher. Il n'avait pas une seule fois pu fêter Noël avec des gens qu'il aimait depuis quinze ans. Ses dernières fêtes de fin d'année, il les avait passées dans une grotte à manger des rats en compagnie d'un hippogriffe, aussi sympathique soit-il.

- Toi aussi, tu viens ! s'exclama Ron quelques jours plus tard lorsque Potter lui demanda comment lui, Megan, Ginny et les jumeaux se rendraient au Terrier. Je ne t'avais pas prévenu ? Maman m'a écrit il y a déjà plusieurs semaines pour me dire de t'inviter !

Megan leva les yeux de la réponse qu'elle préparait à la lettre de Charlie. Potter semblait aux anges. Hermione leva les yeux au ciel, scandalisée par tant de négligence. Megan se renfrogna. Qu'allait-il advenir de Sirius ? Serait-il possible qu'il soit autorisé à quitter Londres pour les rejoindre au Terrier ? Molly accepterait-elle sa présence ? Se promettant de soumettre la question, elle reporta son attention sur sa lettre et y mit un point final. Ils ne pouvaient rien se dire d'important, le risque d'interception était trop grand, Charlie avait déjà été imprudent d'évoquer Voldemort et ses propres convictions dans son courrier. Elle se contenta de le remercier pour sa confiance, de lui donner quelques nouvelles de Poudlard, et de lui souhaiter de joyeuses fêtes de fin d'année en lui promettant de venir lui rendre visite dès que l'occasion se présenterait.

Le dernier lundi avant les vacances, Megan attendit que les couloirs se vident pour se rendre au cinquième étage. Elle s'arrêta devant le mémorial érigé pour Cedric, s'adossa au mur qui lui faisait face, croisa les bras sur sa poitrine et fixa les yeux gris de son ami. Elle avait consciencieusement évité l'endroit depuis qu'elle l'avait découvert, mais ce soir elle avait envie de penser à lui. Quelqu'un s'était occupé de changer régulièrement les bouquets de fleurs qui se trouvaient là. De nouvelles babioles avaient été ajoutées au pied du cadre. Comme l'avait souhaité Dumbledore, les autres élèves de Poudlard ne l'oubliaient pas. Ses parents allaient passer leur premier Noël sans lui. Machinalement, Megan frotta son bras gauche. Ses yeux devinrent brûlants. Une larme lui échappa, roula sur sa joue, disparut dans ses cheveux. Aucune des personnes figurant sur sa liste ne devait mourir. Elle ne pourrait plus accepter de perdre un seul de ses proches. Tous les autres pouvaient bien mourir, elle se battrait jusqu'à son dernier souffle pour sauver ceux qui comptaient réellement. De toute manière, elle ne se sentait pas capable de survivre à un nouveau deuil. Cedric n'était qu'un ami avec qui elle aimait jouer au Quidditch et qu'elle avait encouragé dans le Tournoi des trois sorciers. Ils n'étaient même pas proches, et pourtant elle avait senti son cœur brûler en le perdant. Une nouvelle séparation était inenvisageable.

- C'est horrible, ce qui lui est arrivé.

Megan tressaillit imperceptiblement. Elle avait baissé sa garde quelques secondes, et une autre élève s'était approchée sans qu'elle s'en aperçoive. Cathy déposa une petite bougie au pied du cadre. Megan cligna des yeux, tâchant de dissimuler son émoi, mais aussi de comprendre ce qui prenait à la jeune fille d'agir ainsi. Personne de sain d'esprit ne voudrait se recueillir en sa présence, encore moins devant le portrait de celui qu'on la soupçonnait d'avoir tué.

- Pardon ? dit-elle enfin.

C'était la première fois qu'elle lui adressait la parole, elle avait jusqu'ici tout fait pour rester une inconnue aux yeux de la petite sœur de Cal.

- C'est vraiment aberrant, de toute manière, d'avoir organisé ce tournoi dans un lycée, poursuivit tranquillement la Mutmag sans la regarder. Dans l'école où j'étais avant, il fallait une autorisation parentale et un certificat médical rien que pour participer aux courses à pieds organisées par les profs de sport, et ici on peut se faire tuer par des créatures magiques sous les yeux de tout le monde avec la bénédiction des autorités.

- Les Moldus n'ont pas le goût du risque des sorciers, répondit aussitôt Megan. Mais Cedric n'a pas été tué par une « créature magique ».

- Oh, je ne sais pas… Enfin, je veux dire (elle leva innocemment les yeux vers Megan), je sais que ce n'est pas toi qui l'as tué, contrairement à ce que certains racontent. Mais j'ai entendu dire qu'il y avait un sphinx dans le labyrinthe ! Et ce n'est pas la seule horrible créature qu'il y avait là-bas, sans parler des sorts, et de –

- C'est Voldemort qui l'a assassiné, la coupa sèchement Megan.

Il était amusant de constater combien les nés-Moldus pouvaient ne pas s'émouvoir de l'évocation du nom maudit. Cathy eut pour toute réaction un pincement de lèvres.

- Tu dis ça parce que –

- Parce que je l'ai vu. J'étais là.

- Je ne connais pas bien toute cette histoire, mais je ne suis pas sûre d'y croire. Je veux dire, si le mage noir le plus dangereux et horrible de l'histoire de la magie était vraiment en vie, on le saurait, non ?

- On le sait. Tous ceux qui n'ont pas eu le cerveau trop ramolli par la Gazette du Sorcier le savent.

- Mais le ministère de la magie est d'accord avec ce que dit le journal…

- Parce que le ministère dicte au journal ce qu'il doit dire, s'agaça Megan. Et le ministère ne veut pas entendre la vérité à propos de Voldemort. Sois plus maligne que ça. Prépare-toi à ce qui arrive. Pour lui, tu es une Sang-de-bourbe, je te ferais remarquer. Si tu n'es pas prudente, tu te feras tuer dès qu'il décidera de se faire remarquer.

Cathy hésita, à peine troublée par l'insulte ou le fait que Megan connaisse son ascendance moldue. Elle reporta son regard sur Cedric. Que faisait-elle seulement là ? Elle n'était qu'en deuxième année, elle ne l'avait quasiment pas connu. Elle n'était qu'une enfant venue déposer une bougie par solidarité envers cet autre élève qui était tragiquement mort dans l'école. Elle était parfaitement inconsciente des dangers qui l'entouraient, elle était trop naïve. Mais Cal serait dévasté si quelque chose lui arrivait. Elle était une faiblesse du Moldu, et le Moldu était une faiblesse de Megan. La jeune fille se reprocha intérieurement de n'y avoir pas pensé plus tôt.

- Qu'est-ce que tu fais, mercredi soir ? lança-t-elle.

- Pardon ?

- Réponds à la question.

- Euh… Le soir, rien de spécial… Pourquoi ?

- Présente-toi à sept heures devant la tapisserie de Barnabas le Follet, au septième étage. Et n'en parle à personne, pas même à tes meilleures amies, d'accord ?

- Pourquoi ? insista Cathy. Qu'est-ce qu'il y aura, là-bas ?

- D'autres élèves de l'école, qui ne sont pas assez bêtes pour croire que Voldemort est vraiment mort. Si tu veux survivre, ça va t'être utile. Mais c'est un secret. Si tu décides de venir, tu devras inscrire ton nom sur une liste. Et si tu trahis le secret, la liste se retournera contre toi. C'est clair ?

Troublée, la fille hocha la tête, et Megan tourna les talons. Le lendemain, elle trouva Derek Barish, assis tout seul dans la cour de récréation, et lui fit la même offre. Voilà qui aurait le mérite de lui changer les idées.

La réunion du mercredi était la dernière de l'A.D. avant Noël. Megan revenait du stade de Quidditch, où l'équipe de Gryffondor venait de recruter, sans enthousiasme, Ginny comme attrapeur et Andrew Kirke et Jack Sloper comme batteurs. Chad ne s'était pas présenté cette fois, et les autres candidats étaient franchement mauvais. La saison s'annonçait mal. Lorsqu'elle pénétra dans la Salle sur Demande en compagnie de Ron, Hermione et Neville, Megan trouva Angelina encore furieuse d'avoir dû remplacer ainsi ses meilleurs joueurs.

Cathy et Derek étaient tous deux venus. D'un ton monocorde, Megan fit de rapides présentations, et les nouveaux élèves furent accueillis chaleureusement par les autres membres du club. Impressionnés par ce groupe de défense secret, les deux petits protégés de Megan inscrivirent avec enthousiasme leur nom au bas de la liste des membres. Megan pria pour que Cathy n'évoque pas trop le sujet avec Cal : elle craignait toujours que le garçon découvre sa vraie identité, mais c'était un risque à courir pour protéger sa sœur.

- Bien, dit Potter en demandant l'attention de tous les élèves, j'ai pensé que ce soir, nous devrions revoir tout ce que nous avons fait jusqu'à maintenant, puisque c'est notre dernière réunion avant les vacances et qu'il ne servirait à rien de commencer quelque chose de nouveau à la veille d'une interruption de trois semaines. Et puis ce sera un bon moyen pour Cathy et Derek de découvrir un peu ce que nous faisons ici.

- On ne va rien faire de nouveau ? protesta Zacharias Smith dans un murmure de mauvaise humeur assez sonore pour être entendu dans toute la salle. Si j'avais su, je ne serais pas venu.

- Dans ce cas, on regrette tous beaucoup qu'Harry ne t'ait pas prévenu à temps, dit Fred à haute voix.

Il y eut quelques ricanements.

- Nous allons reformer des équipes de deux, reprit Potter. On commencera par le maléfice d'Entrave pendant dix minutes, ensuite, on remettra les coussins en place pour la Stupéfixion.

Ils se répartirent docilement par deux. Bientôt, des « Impedimenta » retentirent par intermittence d'un bout à l'autre de la salle. Des élèves se figeaient sur place et demeuraient ainsi immobiles une bonne minute pendant laquelle leurs partenaires soudain inoccupés regardaient autour d'eux les autres équipes à l'œuvre. Puis, dès qu'ils avaient retrouvé leur liberté de mouvement, ils essayaient à leur tour de lancer le maléfice. Megan n'avait pas passé beaucoup de temps avec Kevan en dehors des entraînements, et elle profita de cette séance sans difficultés pour rattraper le temps perdu.

- Les deux nouveaux, pourquoi tu les as invités maintenant ? demanda le jeune homme une fois qu'ils eurent fini de se raconter quelques nouvelles sans intérêt.

- Oh, je ne sais pas, l'occasion ne s'était pas présentée avant. Je ne les connais pas bien, crut-elle bon de préciser. Mais ça a l'air de leur faire plaisir…

- Depuis quand tu te soucies de ce qui fait plaisir aux autres ?

- Impedimenta !

Le sortilège d'Entrave prit Kevan par surprise, et il ne posa plus de questions au sujet des deux nouveaux élèves.

Au bout de dix minutes, ils disposèrent des coussins sur le sol et s'exercèrent à la Stupéfixion. Il n'y avait pas suffisamment d'espace dans la salle pour qu'ils puissent jeter le sort tous en même temps. La moitié des équipes regarda faire l'autre moitié pendant un moment puis on inversa les rôles. Megan dut reconnaître que tout le monde avait fait d'énormes progrès, bien que Neville ait stupéfixé Padma Patil au lieu de Dean qu'il prenait pour cible.

Au bout d'une heure, Potter mit fin à la séance.

- Vous devenez excellents, dit-il en leur adressant un grand sourire. Au retour des vacances, nous pourrons attaquer des choses plus difficiles – peut-être même les Patronus.

Il y eut un murmure d'enthousiasme, Derek et Cathy ouvrirent des yeux ronds et brillants puis, peu à peu, les élèves quittèrent la salle par groupes de deux ou trois comme d'habitude. En partant, la plupart d'entre eux souhaitèrent un « joyeux Noël » à Potter. Satisfaite d'elle-même, Megan aida Ron, Hermione et Potter à ranger les coussins. Tous trois quittèrent cependant la salle avant Potter, celui-ci leur ayant fait comprendre qu'il les rejoindrait. Avant de partir, Megan remarqua du coin de l'œil que Cho traînait elle aussi.

Elle décida de consacrer la soirée à terminer ses devoirs afin d'avoir l'esprit libre pendant les vacances. Le Terrier lui manquait, c'était la première fois qu'elle passait autant de temps loin de la demeure des Weasley. Fille unique, élevée seule par les Boyd, elle n'avait quasiment jamais vu les familles de ces derniers. Leur statut de Cracmols était une honte pour la plupart de leurs proches, et ils n'invitaient jamais personne chez eux à cause de l'instabilité de Megan. A Corsham, tout était toujours calme, propre, rangé et silencieux, oppressant. Le Terrier en était l'exact opposé, effervescent, animé, sonore, tout le monde se croisait sans cesse dans les escaliers, les rires et les éclats de voix retentissaient partout, la maison était constamment en désordre, vivante. Retrouver cette atmosphère familiale et chaleureuse serait un véritable plaisir.

Hermione s'installa à côté d'elle pour rédiger ce que Megan identifia comme une très longue réponse à la dernière lettre de Krum. Ron, allongé sur le tapis, ne cessait de lever la tête pour poser à Megan des questions au sujet du devoir de métamorphose qu'il essayait de finir. Bientôt, ils furent presque seuls dans la salle commune, savourant la chaleur du feu qui craquait dans la cheminée et un silence paisible.

Après une longue demi-heure, l'arrivée de Potter vint rompre cette atmosphère tranquille. Sans un mot, il s'enfonça dans un fauteuil à côté d'eux.

- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda Ron.

Potter ne répondit pas. Megan leva un œil désintéressé de ses devoirs.

- Ça va bien, Harry ? s'inquiéta Hermione en le regardant par-dessus l'extrémité de sa plume.

Le garçon haussa les épaules d'un air incertain.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ron qui se hissa sur un coude pour mieux le voir. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il y eut un nouveau silence.

- C'est à propos de Chang ? demanda Megan, fatiguée d'attendre que le garçon se décide à répondre. Elle t'a coincé après la réunion ?

Pris par surprise, Potter, l'air hébété, acquiesça d'un signe de tête. Ron ricana mais il s'interrompit en croisant le regard d'Hermione.

- Et... euh... qu'est-ce qu'elle voulait ? demanda-t-il d'un ton faussement désinvolte.

- Elle..., commença Potter, la voix rauque.

Il s'éclaircit la gorge et recommença :

- Elle... euh...

- Vous vous êtes embrassés ? demanda vivement Hermione.

Ron se redressa avec une telle brusquerie que sa bouteille d'encre se renversa en projetant son contenu un peu partout sur le tapis. Indifférent au désastre, il regarda Potter d'un air avide.

- Alors ? demanda-t-il d'une voix pressante.

Megan poussa un soupir. Elle n'avait pas fait une telle histoire lorsqu'elle avait embrassé Kevan pour la première fois.

Potter regarda tour à tour Ron, dont l'expression se mêlait de curiosité et d'hilarité, Megan qui le fixait d'un air condescendant, puis Hermione qui fronçait les sourcils. Enfin, il répondit « oui » d'un simple hochement de tête.

- HA !

Ron lança le poing en l'air dans un geste de triomphe et éclata d'un rire si bruyant qu'il fit sursauter, à l'autre bout de la pièce, quelques élèves de deuxième année à l'air effarouché. Un sourire contraint s'étala sur le visage de Potter tandis que son meilleur ami se roulait sur le tapis. Hermione jeta à Ron un regard de profond dégoût et reporta son attention sur sa lettre.

- Alors ? dit enfin Ron en levant les yeux vers Potter, comment c'était ?

- Humide.

Ron fit un bruit qui pouvait exprimer au choix la jubilation ou la répugnance. Megan haussa un sourcil.

- Parce qu'elle pleurait, reprit Potter d'un ton abattu.

- Oh, dit Ron, son sourire s'effaçant légèrement. Tu embrasses si mal que ça ?

- Sais pas, répondit le garçon, soudain inquiet. C'est possible.

- Bien sûr que non, dit Hermione d'un air absent, sans cesser d'écrire sa lettre.

- Comment tu le sais ? dit Ron d'un ton abrupt.

- Parce que Chang passe la moitié de son temps à pleurer, ces temps-ci, répondit Megan d'un ton exaspéré. Elle pleure pendant les repas, aux toilettes et un peu partout dans le château.

- Un bon baiser, ça aurait dû lui remonter le moral, commenta Ron avec un sourire.

- Ron, dit Hermione d'un air très digne en trempant la pointe de sa plume dans son encrier, tu es le butor le plus insensible que j'aie jamais eu l'infortune de rencontrer.

- Ça veut dire quoi, ça ? s'indigna Ron. Tu connais des gens, toi, qui pleurent quand on les embrasse ?

- Oui, c'est vrai, dit Potter, d'un ton où perçait le désespoir, tu en connais, toi, des gens comme ça ?

Hermione les regarda tous les deux avec une expression proche de la pitié.

- Vous ne comprenez donc pas ce que Cho peut ressentir en ce moment ? demanda-t-elle.

- Non, répondirent les garçons d'une même voix.

Hermione soupira et posa sa plume.

- Eh bien, évidemment, elle est très triste à cause de la mort de Cedric. En plus, je pense qu'elle ne sait plus très bien où elle en est parce qu'elle aimait Cedric et que maintenant elle aime Harry sans arriver à déterminer qui elle aime le plus. Ensuite, elle se sent coupable en pensant que c'est une insulte à la mémoire de Cedric d'embrasser Harry et elle se demande ce que les autres vont penser d'elle si elle se met à sortir avec lui. D'ailleurs, elle n'arrive sans doute pas à définir ses sentiments pour Harry parce que c'est lui qui se trouvait avec Cedric quand il est mort et donc, tout cela est très embrouillé et très douloureux. Ah oui, il faut aussi ajouter qu'elle a peur d'être exclue de l'équipe de Quidditch de Serdaigle parce qu'elle vole très mal en ce moment.

Un silence un peu étonné accueillit ce discours. Parfaitement indifférente, Megan entreprit de ranger ses devoirs, elle n'allait visiblement plus pouvoir travailler tranquillement ce soir.

- Il est impossible de ressentir tout ça à la fois sans exploser, dit enfin Ron.

- Ce n'est pas parce que tu as la capacité émotionnelle d'une cuillère à café qu'il en va de même pour tout le monde, dit Hermione d'un ton féroce en reprenant sa plume.

- C'est elle qui a commencé, affirma Potter. Moi, je n'aurais rien fait... Elle est venue vers moi... et elle s'est mise à me pleurer dessus... Je ne savais plus comment réagir...

- Ça, je te comprends, dit Ron, alarmé à cette seule pensée.

- Il suffisait d'être gentil avec elle, dit Hermione en levant vers Potter un regard anxieux. J'espère que tu l'as été ?

- Ben, heu..., hésita le garçon en rougissant, je lui ai... donné des petites tapes dans le dos.

Hermione semblait se retenir à grand-peine de lever les yeux au ciel, ce que Megan ne se gêna pas pour faire.

- J'imagine que ça aurait pu être pire, soupira Hermione. Tu vas la revoir ?

- Il faudra bien, non ? répondit Potter. Nous avons d'autres réunions de l'A.D.

- Ce n'est pas de ça qu'elle parle, ricana Megan.

Le garçon resta silencieux.

- Oh, de toute façon, dit Hermione d'un air distant en se replongeant dans sa lettre, tu auras sûrement plein d'occasions de l'inviter.

- Et s'il n'en a pas envie ? dit Ron qui avait observé Potter avec une sagacité inhabituelle.

- Ne sois pas stupide, dit Hermione, un peu absente. Harry aime Cho depuis une éternité, n'est-ce pas, Harry ?

Il ne répondit pas. De toute évidence, il était complètement dépassé par la situation.

- Megan, lança Ron, c'est toi l'experte en relations amoureuses, tu ferais quoi toi ?

La jeune fille se retourna vers son meilleur ami. Son expression n'aurait pas été différente s'il venait de l'insulter.

- Pardon ?

- Ben oui, tu es avec ce garçon, Garrow, depuis des années…

Megan laissa échapper un rire moqueur.

- Ça n'a rien à voir avec Chang.

- Et puis Megan est une fille, elle ne peut pas se mettre à ma place, bafouilla Potter.

Ron poussa un grognement.

- À qui tu écris ce roman ? lança-t-il à Hermione en essayant de lire le morceau de parchemin qui traînait à présent par terre.

Hermione le tira vers elle pour le mettre hors de vue.

- À Viktor.

- Krum ?

- On connaît combien d'autres Viktor ?

Ron ne répondit pas un mot mais parut mécontent. Ils restèrent ainsi silencieux pendant une vingtaine de minutes. Ron termina son devoir de métamorphose à grand renfort de grognements et de ratures, Megan se plongea dans la lecture d'un livre laissé là par un élève de sixième année,Hermione écrivit avec constance jusqu'au bas de son parchemin, le roula et le cacheta soigneusement et Potter contempla le feu d'un air absent. La vigueur des flammes diminua peu à peu jusqu'à ce que les braises rougeoyantes tombent en cendres. Encore une fois, ils étaient les derniers élèves présents dans la salle commune.

- Eh bien, bonsoir, dit Hermione qui bâilla longuement et se dirigea vers le dortoir des filles.

Megan leva les yeux vers elle, les baissa sur le livre puis décida de le garder et de suivre Hermione.

- Ron est jaloux de Viktor ?

La tête dans le pyjama qu'elle était en train d'enfiler, Megan s'empressa de finir de s'habiller pour se tourner vers Hermione, les sourcils levés.

- C'est une question ou une affirmation ? s'enquit-elle à voix basse pour ne pas réveiller Parvati et Lavender.

- Une question.

- Il le percevait comme un rival de Potter pendant le tournoi…, réfléchit Megan à voix haute.

- Oui mais le tournoi est terminé, et pourtant il est toujours vindicatif…

Megan pinça les lèvres en réfléchissant. Se pouvait-il que Ginny ait raison ? Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle, Ron et Hermione étaient amis comme Megan était amie avec Ron. Ou peut-être pas ?

- Ça te plairait que ce soit de la jalousie ? interrogea-t-elle son amie.

Les joues de Hermione devinrent écarlates.

- Non, c'est agaçant, répondit-elle aussitôt. Je me demandais juste… Enfin, peu importe. Ça finira par lui passer.

Avec un geste désinvolte de la main, elle chassa le sujet. Les deux filles se mirent au lit. Allongée dans le noir et le silence, Megan réfléchit. Comment se sentirait-elle si ses deux meilleurs amis sortaient ensemble ? Se sentirait-elle exclue ? Après tout, elle-même avait son propre petit ami, mais sa relation avec Kevan n'avait pas grande importance, elle ne le plaçait pas au premier plan comme Ron et Hermione. Elle avait également Fred et George, mais tous deux consacraient beaucoup de temps à Angelina et Alicia. Elle aurait dû vouloir passer tout autant de temps avec Kevan, mais ce n'était pas le cas. Allait-elle se retrouver seule sous prétexte qu'elle avait une relation amoureuse bancale ? Il resterait toujours Lee, Chad et Danny, mais les deux premiers semblaient l'apprécier un peu trop, et Danny était distant depuis qu'elle l'avait invité à rejoindre l'A.D. De plus, ils n'étaient pas ses meilleurs amis. Elle n'aimait pas tous ces changements dans son entourage, elle avait trouvé un équilibre à Poudlard ces dernières années, un équilibre qui l'aidait à se maîtriser et à être un tant soit peu heureuse, et elle ne voulait pas le voir disparaître.

Elle s'endormit avant d'avoir réussi à démêler toutes ses émotions. Comme d'habitude, elle retrouva Cedric, Pettigrew et Voldemort. Mais ses cauchemars furent de courte durée, puisque des bruits dans le dortoir voisin finirent par avoir raison de son sommeil. Hermione, Parvati et Lavender dormaient toujours profondément. Intriguée, Megan se glissa hors de son lit et, en silence, entrouvrit la porte de son dortoir pour écouter ce qu'il se passait. La voix du professeur McGonagall lui parvint, chuchotant étrangement.

- Il faut vous réveiller maintenant. Non, vous n'avez pas le temps de vous habiller.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? bégaya la voix endormie de Ginny.

- Il est arrivé quelque chose à Arthur.

Megan se raidit.

- Comment ça ? gémit Ginny, visiblement soudain plus alerte. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? Il va bien ?

- Chut, siffla la voix de McGonagall, ne réveillez pas toute la tour ! Je ne peux pas vous en dire plus, je sais seulement que Mr Potter l'a vu blessé.

« Vu blessé » ? Où pouvait-il avoir vu Arthur ? Le cœur battant, Megan saisit sa baguette sur sa table de chevet, enfila des chaussures et quitta son dortoir. La salle commune était déserte, il était visiblement plus de minuit. La porte du dortoir des garçons s'ouvrit, et Fred et George en sortirent, en pyjama, livides.

- Megan ! s'exclama Fred. Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Aucune idée. J'ai entendu McGonagall dire à Ginny qu'Arthur avait été blessé.

- C'est aussi ce qu'elle nous a dit, elle a parlé de Harry, je ne comprends pas.

- Miss Buckley !

McGonagall venait de sortir du dortoir des filles en compagnie de Ginny. Vêtue d'une robe de chambre écossaise, ses lunettes perchées de travers sur son nez osseux, elle dardait sur elle un regard de reproches.

- Que faîtes-vous debout à cette heure ? s'exclama-t-elle.

- S'il est arrivé quelque chose à Arthur je veux savoir ce qu'il en est, répliqua la jeune fille. Qu'est-ce que c'est que cette histoire avec Potter ?

La directrice de Gryffondor n'avait visiblement pas de temps à perdre à tenter en vain de la convaincre de retourner se coucher. Rigide, elle leur fit signe d'avancer et les mena dans le bureau de Dumbledore. Échevelés, tous quatre en pyjama malgré le froid de décembre, ils tremblaient avant tout d'inquiétude. Lorsque McGonagall poussa la porte du bureau du directeur, ils y trouvèrent Ron et Potter, qui faisaient face à Dumbledore, tous trois en robe de chambre. Le directeur haussa les sourcils lorsque son regard se posa sur Megan.

- J'ai trouvé mademoiselle Buckley debout dans la salle commune et elle a insisté pour venir, expliqua McGonagall d'un ton exaspéré.

- Arthur est comme mon père ! S'exclama-t-elle d'un ton sans réplique.

- Harry... Qu'est- ce qui se passe ? demanda Ginny, l'air effrayé. Le professeur McGonagall nous a dit que tu avais vu papa blessé...

- Votre père a été attaqué pendant qu'il accomplissait une mission pour l'Ordre du Phénix, expliqua Dumbledore avant que Potter ait pu ouvrir la bouche. Il a été transporté à l'hôpital Ste Mangouste pour les maladies et blessures magiques. Vous allez tous retourner dans la maison de Sirius qui est beaucoup plus pratique que le Terrier pour se rendre à l'hôpital. Vous retrouverez votre mère là-bas.

- On y va comment ? demanda Fred, visiblement secoué. Par la poudre de Cheminette ?

- Non, répondit Dumbledore. Trop risqué, le réseau des cheminées est surveillé. Vous prendrez un Portoloin. (Il montra une vieille bouilloire posée sur son bureau.) Nous attendons simplement que Phineas Nigellus vienne faire son rapport... Je veux être sûr que la voie est libre avant de vous donner le feu vert...

Il y eut soudain un éclair de flammes au beau milieu du bureau et une unique plume d'or virevolta doucement vers le sol.

- C'est un avertissement de Fawkes, dit Dumbledore en rattrapant la plume. Le professeur Umbridge doit savoir que vous avez quitté vos dortoirs... Minerva, allez l'occuper... Racontez-lui une histoire quelconque...

Le professeur McGonagall sortit dans un tourbillon de tissu écossais.

- Il dit qu'il sera ravi de les accueillir, annonça une voix morne derrière Dumbledore.

Le dénommé Phineas, un sorcier à la barbe en pointe, venait d'apparaître dans un tableau, sous une bannière des Serpentard.

- Mon arrière-arrière-petit-fils a toujours manifesté un goût étrange dans le choix de ses invités.

Megan fit fonctionner son cerveau malgré l'urgence de la situation. Il s'agissait de Phineas Nigellus Black, le mari d'Ursula Flint Black, le directeur de Poudlard le moins aimé de toute l'histoire de l'école, et ancêtre de Sirius. Elle ignorait qu'il avait également un tableau à son effigie au square Grimmaurd.

- Venez ici, dit Dumbledore aux six élèves. Et dépêchez-vous avant que quelqu'un n'arrive.

Megan et les autres se rassemblèrent autour du bureau.

- Vous avez tous déjà utilisé un Portoloin ? demanda Dumbledore.

Ils acquiescèrent d'un signe de tête et chacun d'eux tendit la main pour toucher la bouilloire noircie.

- Bien, attention, à trois... Un... Deux... Trois.

La main soudain collée contre la bouilloire, Megan ressentit une puissante secousse au niveau de son nombril et le sol se déroba sous ses pieds. Elle se cognait contre les autres tandis qu'un tourbillon de couleurs les emportait dans un sifflement semblable à celui du vent... jusqu'à ce que ses pieds atterrissent si brutalement que ses genoux fléchirent. La bouilloire tomba par terre dans un bruit de ferraille et une voix toute proche marmonna :

- De retour, les sales petits gamins traîtres à leur sang. Est-il vrai que leur père est à l'agonie ?

- DEHORS ! rugit une deuxième voix.

Megan était parvenue à conserver son équilibre. Ils étaient arrivés dans la sinistre cuisine aménagée au sous-sol du 12, square Grimmaurd. La puanteur et l'humidité de la maison ne lui avaient pas manqué. Il n'y avait pour toute lumière que le feu de la cheminée et une chandelle qui éclairait les restes d'un dîner solitaire. Avant de disparaître par la porte qui donnait sur le hall, Kreacher leur lança un regard mauvais en remontant son pagne. Sirius se précipita vers eux, l'air anxieux. Il était encore habillé et ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours. Une vague odeur d'alcool rance, à la Mundungus, flottait autour de lui.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en tendant une main à Ginny pour l'aider à se relever. Phineas Nigellus a dit qu'Arthur avait été gravement blessé...

- Demandez à Harry, dit Fred.

- Oui, moi aussi, j'aimerais bien savoir, ajouta George.

Tous les regards se tournèrent vers Potter. Les pas de Kreacher s'étaient arrêtés sur les marches de l'escalier qui menait dans le hall.

- J'ai eu… J'ai eu une... une sorte de... vision..., bredouilla le garçon. Je dormais, et je me suis mis à rêver d'un endroit… sombre, un couloir. Et il y avait un serpent, un gros serpent. Et puis j'ai vu Mr Weasley, assis devant une porte. Il dormait, je crois, et d'un seul coup il s'est réveillé et a voulu attaquer le serpent alors, il… Il l'a mordu… Plusieurs fois. Et quand je me suis réveillé, je savais que ça n'était pas un rêve, j'en étais sûr.

- Comment tu pouvais en être sûr ? aboya Megan.

Elle dardait sur lui un regard flamboyant. Comment pouvait-il avoir assisté à cette scène ? Elle ne doutait pas que le serpent n'était autre que Nagini, la bête de Voldemort. Potter et elle étaient tous deux Fourchelang, mais cela ne leur donnait pas la capacité de voir où se trouvait le serpent, et elle-même n'avait rien ressenti au cours de la nuit. Ce n'était pas normal.

- Je le savais, c'est tout, répondit piteusement Potter.

Il n'osa cependant pas la regarder dans les yeux. Ron, toujours très pâle, lui lança un regard furtif, mais ne dit pas un mot. Megan, Fred, Georgeet Ginny continuèrent de le fixer pendant un bon moment. C'était comme s'ils attendaient d'autres explications. Il ne pouvait pas juste leur dire avoir assisté à l'attaque !

- Maman est là ? demanda finalement Fred en se tournant vers Sirius.

- Elle ne doit pas encore être au courant, répondit Sirius. L'important, c'était de vous éloigner d'Umbridge avant qu'elle ne puisse s'en mêler. Je pense que Dumbledore va prévenir Molly, maintenant.

- Il faut qu'on aille tout de suite à Ste Mangouste, dit Ginny d'une voix fébrile.

Megan s'aperçut qu'elle avait froid. Elle, Potter et les Weasley étaient toujours en pyjama. Ils ne pouvaient pas s'y rendre dans cette tenue.

- Sirius, tu pourrais nous prêter des capes ou autre chose ?

- Attendez un peu, vous n'allez pas vous précipiter comme ça à Ste Mangouste ! protesta l'homme.

- Bien sûr que si. On va à Ste Mangouste si on a envie d'y aller, dit Fred avec une expression butée. C'est notre père !

- Et comment allez-vous expliquer que vous êtes au courant de l'attaque dont il a été victime alors que l'hôpital n'a même pas encore prévenu sa femme ?

- Quelle importance ? dit George d'un ton véhément.

- C'est important parce qu'il ne faut surtout pas attirer l'attention sur le fait qu'Harry voit dans ses rêves des choses qui se passent à des centaines de kilomètres ! répliqua Sirius avec colère. Vous vous rendez compte de ce que le ministère pourrait faire d'une telle information ?

- Peu importe, Dumbledore se chargera de trouver une excuse ! S'exclama Megan.

Les agissements du ministère étaient le dernier de leurs soucis. Ron, lui, avait toujours un teint de cendre et ne disait pas un mot.

- Quelqu'un d'autre qu'Harry aurait pu nous prévenir..., dit Ginny.

- Qui, par exemple ? demanda Sirius d'un ton agacé. Écoutez-moi bien, votre père a été blessé au cours d'une mission pour le compte de l'Ordre. Les circonstances de l'attaque sont déjà suffisamment louches, si en plus on s'aperçoit que ses enfants étaient au courant quelques secondes plus tard, l'Ordre pourrait en subir de très graves conséquences...

- On s'en fiche complètement de cette idiotie d'Ordre ! s'exclama Fred.

- Tout ce qui compte, c'est que papa est en train de mourir ! s'écria George.

- Votre père savait à quoi il s'exposait et il ne vous remerciera pas d'avoir compliqué les choses ! répliqua Sirius, tout aussi furieux. Voilà pourquoi vous n'êtes pas membres de l'Ordre... Vous ne comprenez pas... Il y a des causes pour lesquelles il vaut la peine de mourir !

- Ça vous va bien de dire ça, vous qui restez toujours collé ici ! vociféra Fred. On ne vous voit pas beaucoup risquer votre peau !

- Fred ! protesta Megan.

Le peu de couleur qui restait sur le visage de Sirius disparut aussitôt. Pendant un instant, il sembla éprouver une envie irrésistible de frapper Fred et Megan s'apprêta à bondir entre eux, mais lorsqu'il reprit la parole ce fut d'une voix résolument calme :

- Je sais que c'est difficile, mais nous devons tous agir comme si nous ne savions rien. Il faut rester ici au moins jusqu'à ce que votre mère nous prévienne, d'accord ?

Megan observa la réaction du groupe. Fred et George avaient toujours l'air révoltés. Ginny, en revanche, se dirigea vers la chaise la plus proche et s'y laissa tomber. Ron fit un drôle de mouvement, entre le signe de tête et le haussement d'épaules, puis lui et Potter s'assirent également. Les jumeaux continuèrent de fixer Sirius d'un œil noir avant de se décider à s'asseoir à leur tour, de part et d'autre de Ginny. Megan s'assit à droite de George qui passa un bras autour de ses épaules.

- Très bien, dit Sirius d'un ton encourageant, on va tous... on va tous boire quelque chose en attendant. Accio Bièraubeurre !

Il leva sa baguette et une demi-douzaine de bouteilles s'envolèrent du garde-manger, glissèrent sur la table en éparpillant les reliefs du repas de Sirius et s'arrêtèrent net devant chacun d'eux. Pendant qu'ils buvaient, on n'entendit plus que le craquement du feu dans la cheminée et le léger bruit que produisaient les bouteilles lorsqu'ils les reposaient sur la table. Megan luttait contre une envie irrépressible de transplaner à Ste Mangouste pour prendre des nouvelles d'Arthur, mais elle savait que ce serait irréfléchi et inutile. Ils devaient lui prodiguer des soins en ce moment-même, on ne les laisserait probablement même pas approcher.

Potter reposa brutalement sa bouteille sur la table. De la bière gicla mais personne d'autre ne le remarqua. Tout le monde semblait anesthésié. Soudain, une flamme explosa dans les airs, illuminant les assiettes sales posées devant eux. Des exclamations de surprise s'élevèrent autour de la table et un rouleau de parchemin tomba avec un bruit sourd, accompagné d'une unique plume d'or.

- Fawkes ! dit aussitôt Sirius en attrapant le parchemin. Ce n'est pas l'écriture de Dumbledore, il doit s'agir d'un message de votre mère. Tiens.

Il mit la lettre dans la main de George qui l'ouvrit aussitôt et lut à haute voix :

Papa est toujours vivant. Je pars pour Ste Mangouste à l'instant. Restez où vous êtes. Je vous enverrai des nouvelles dès que possible. Maman.

George regarda autour de lui.

- Toujours vivant..., répéta-t-il avec lenteur. On dirait qu'il est...

Il n'eut pas besoin de terminer sa phrase. Arthur était suspendu quelque part entre la vie et la mort. Le teint d'une pâleur exceptionnelle, Ron fixait le verso de la lettre de sa mère comme s'il avait pu y trouver quelques mots de réconfort. Fred prit le parchemin des mains de George et le lut pour lui-même. Puis il regarda Potter. Tout le monde pensait la même chose : il avait quelque chose à voir avec ce qu'il s'était passé. Mais quoi ? Megan ne put s'empêcher de constater qu'il était soulageant de ne plus être la cible de tous les soupçons.

À un moment, Sirius suggéra, sans grande conviction, qu'ils feraient peut-être bien d'aller se coucher mais le regard dégoûté des Weasley lui tint lieu de réponse. Ils passèrent la plus grande partie du temps assis en silence autour de la table à regarder la mèche de la chandelle s'enfoncer de plus en plus dans la cire liquide. Parfois, ils portaient une bouteille à leurs lèvres, ne parlant que pour vérifier l'heure ou se demander à haute voix ce qui se passait et se rassurer les uns les autres. Ils se disaient que s'il y avait de mauvaises nouvelles, ils le sauraient tout de suite car Molly devait être arrivée depuis longtemps à Ste Mangouste.

Fred tomba dans un demi-sommeil, la tête penchée sur celle de Megan qui s'était lovée contre lui, le regard dans le vide, les sourcils froncés. Ginny était lovée comme un chat sur sa chaise mais gardait les yeux ouverts. Harry y voyait le reflet des flammes de la cheminée. Ron était assis la tête dans les mains sans qu'on puisse savoir s'il était éveillé ou endormi. Arthur pourrait ne pas survivre à cette nuit, et Megan n'aurait rien pu faire. Elle s'était jurée de les protéger, mais elle n'avait pas pu être là. Elle avait oublié que les membres de l'Ordre menaient des missions chaque jour au péril de leur vie. Comment pouvait-elle veiller sur eux ainsi ?

À dix heures et demie du matin d'après la montre de Fred, la porte s'ouvrit et Molly entra dans la cuisine. Elle était d'une extrême pâleur mais, lorsque tout le monde se tourna vers elle – Megan, Fred, Ron et Potter se levant à demi de leurs chaises –, elle esquissa un sourire.

- Il va s'en sortir, annonça-t-elle, la voix affaiblie par la fatigue. Pour l'instant, il dort. On pourra tous aller le voir un peu plus tard. Bill est resté avec lui. Il a décidé de ne pas aller travailler ce matin.

Fred retomba sur sa chaise, le visage dans les mains. Megan poussa un soupir de soulagement et pressa l'épaule de et Ginny se levèrent et se précipitèrent sur leur mère pour la serrer dans leurs bras. Ron eut un petit rire chevrotant et avala d'un trait le reste de sa Bièraubeurre. Arthur était vivant. Megan n'allait pas à nouveau perdre un père. Tous les Weasley étaient sains et saufs.

- Petit-déjeuner ! dit Sirius d'une voix forte et joyeuse en se levant d'un bond. Où est ce maudit elfe de maison ? Kreacher ! KREACHER !

Mais Kreacher ne répondit pas à l'appel.

- Bon, tant pis, marmonna Sirius en comptant le nombre de personnes présentes. Alors, un petit déjeuner pour... – voyons – huit. Œufs au bacon, j'imagine, avec du thé et des toasts...

Potter se hâta vers le fourneau pour apporter son aide, mais à peine avait-il pris des assiettes dans le buffet que Molly les lui arracha des mains et le serra contre elle.

- Je me demande ce qui se serait passé sans toi, Harry, dit-elle d'une voix étouffée. Arthur serait resté là des heures avant qu'on le découvre et, alors, il aurait été trop tard. Mais grâce à toi, il est vivant et Dumbledore a pu inventer une histoire plausible pour justifier la présence d'Arthur là-bas. Sinon, tu ne peux pas imaginer les ennuis qu'on aurait eus, regarde ce pauvre Sturgis...

Elle le lâcha pour se tourner vers Sirius qu'elle remercia d'avoir pris soin de ses enfants tout au long de la nuit. Sirius répondit qu'il était ravi d'avoir pu se rendre utile et espérait les voir demeurer chez lui aussi longtemps que Arthur serait à l'hôpital.

- Oh, Sirius, je te suis tellement reconnaissante... Il devra rester un petit moment là-bas et ce serait merveilleux d'être un peu plus près... Bien sûr, ça signifie qu'on passera peut-être Noël ici.

- Plus on est de fous, plus on rit ! dit Sirius avec une telle sincérité que Molly lui adressa un sourire radieux.

Elle mit ensuite un tablier et aida à préparer le petit déjeuner. Megan observa la scène avec joie. Arthur était vivant et hors de danger, Molly n'était pas effondrée, et elle acceptait qu'ils passent Noël avec Sirius. Finalement, tout rentrait dans l'ordre. Elle sentit un poids disparaître et alléger son cœur.

Tandis que Sirius et Potter s'éloignaient vers le garde-manger, Megan et les Weasley organisèrent le petit-déjeuner avec un enthousiasme débordant. Leur père allait bien, et ils étaient en vacances avec deux jours d'avance. Megan eut une pensée pour Hermione, qui avait à cette heure déjà découvert son absence, celle des Weasley et de Potter. Elle espéra que McGonagall lui expliquerait la situation et qu'elle ne lui en voudrait pas de ne pas l'avoir prévenue.

L'épuisement finit par l'emporter sur la joie, et tout le monde passa le reste de la matinée à dormir. Megan retrouva la chambre qu'elle, Hermione et Ginny avaient partagée au cours de l'été et s'effondra dans son lit.