Bonjour !

Vous trouverez dans ce chapitre la réponse à un mystère supplémentaire et vous aurez droit à un petit cliffhanger.

Bonne lecture !


Elysium

Chapitre 21

"Good night, sweet prince."

"Bonne nuit, doux prince."

Hamlet, acte V, scène II.

oOo

Regina n'avait pas particulièrement envie de débouler au milieu du festin que les dieux avaient organisé pour fêter la victoire d'Emma mais ce qu'elle avait découvert ne pouvait tout simplement pas attendre le lendemain. Quand elle arriva près du palais, Zeus s'apprêtait visiblement à prendre la parole : elle se résolut donc à attendre qu'il ait terminé pour prendre Hadès à part et lui jeter ses quatre vérités au visage.

« Bien, » fit Zeus d'une voix assurée. « Il ne vous reste donc plus qu'une épreuve à affronter, Emma. »

Celle-ci fit la grimace, et Regina savait parfaitement pourquoi : le dernier héros dont elle allait devoir égaler l'exploit était celui qu'elle redoutait le plus.

« Achille et Hector, » reprit Zeus. « Vous aiderez Emma à se préparer. »

La mâchoire d'Achille se décrocha sous le choc. Hector, qui se tenait aussi loin de lui que possible, écarquilla les yeux.

« Pourquoi Hector? » jeta Achille à Zeus, ne se souciant guère de s'adresser à lui respectueusement. « Je n'ai pas besoin de lui ! Il n'a rien d'un héros, il n'a rien à faire à Elysium, ce n'est qu'un... »

« Assez ! » coupa Zeus, furieux qu'on s'oppose à lui. « Ceci n'est pas négociable ! »

Mais Achille ne décolérait toujours pas. Son teint virait au rouge brique et seule l'intervention d'Apollon l'empêcha de faire quelque chose de regrettable, comme se jeter sur Zeus. Hadès, comme à chaque fois qu'une dispute dans laquelle il n'était pas impliqué éclatait, semblait bien s'amuser. Ce fut au tour de Regina de s'énerver : elle ne parvenait toujours pas à croire qu'Hadès lui ait volontairement dissimulé un détail d'une telle importance. Elle commençait à sérieusement penser qu'il se jouait d'elle depuis le début et qu'il avait bel et bien tué son père.

Zeus avait terminé de parler et s'éloigna en compagnie d'Héra. Emma était quant à elle occupée à répéter pour la énième fois le récit de sa dernière épreuve – quelque chose qui impliquait un combat contre un cyclope, d'après ce qu'elle comprit. Même si elle était dévorée par la curiosité, elle se résolut à se diriger directement vers Hadès. Elle s'intéresserait à l'épreuve d'Emma plus tard – de toute façon, tout le monde n'allait faire que parler de ça pendant plusieurs jours.

Hadès fronça les sourcils quand il la vit débouler sur lui.

« Qu'est-ce que... »

« Vous êtes un menteur, » attaqua Regina.

« De quoi parlez-vous ? »

« Je sais pourquoi les dieux ont perdu l'accès à Elysium. Vous n'êtes qu'un... »

« Pas ici, » la coupa t-il sèchement alors que les autres dieux leur jetaient des regards curieux.

Il l'attrapa par le bras et l'entraîna à l'écart de la foule. Regina sentit les yeux interrogateurs d'Emma dans son dos. Il allait falloir qu'elles aient une conversation, au moins pour se tenir au courant des choses qu'elles avaient découvertes chacune de leur côté.

« Vous avez monté un complot pour renverser Zeus, » explosa Regina une fois qu'elle fut certaine que des oreilles indiscrètes ne pouvaient plus les entendre.

« Je... »

« Et à peine quelques jours plus tard, Cronos a été retrouvé mort. Je trouve ça gros pour une coïncidence ! Vous m'avez menti, vous... »

« Taisez-vous, petite idiote, » siffla Hadès. « Vous ne savez rien du tout ! »

Sa chevelure s'embrasa. Regina eut un mouvement de recul face aux flammes bleues.

« Zeus devait être arrêté, » reprit Hadès. « L'Olympe était dans un état déplorable depuis que notre père l'avait laissé seul aux commandes. Tout n'était plus que luxure et décadence. Je devais faire quelque chose ! »

Mais Regina ne se laissa pas berner : comme toujours, Hadès présentait les choses à son avantage et faisait de lui-même un sauveur héroïque. Elle était certaine que si elle demandait à Zeus, celui-ci lui tiendrait un discours tout à fait différent.

« Plusieurs héros et dieux étaient d'accord avec moi. Nous étions si proches du but... et puis tout est allé de mal en pis. Apollon n'a pas su tenir sa langue et en a parlé à Calliope, qui l'a appris à toutes les autres Muses. Zeus n'a même pas eu la décence de leur révéler la vraie raison de leur bannissement... Cependant, elles n'étaient pas au courant des détails, elles ignoraient que j'étais derrière tout ça. J'aurais pu réussir... si, par un moyen que j'ignore encore aujourd'hui, Zeus n'avait pas tout découvert. »

Hadès ignorait donc bien que c'était Orphée qui l'avait dénoncé, et Regina estima que ce n'était pas à elle de le lui apprendre.

« Les autres dieux et héros qui avaient pourtant juré de me suivre jusqu'au bout ont tous docilement courbé la tête devant Zeus... même Apollon. »

Regina se souvint alors de quelque chose.

« Apollon a dit que vous aviez eu un différend avant votre départ de l'Olympe... c'est de ça qu'il parlait, pas vrai ? »

« Apollon est un lâche, » rétorqua t-il avec colère.

« Vous êtes injuste. Il venait de perdre Calliope. »

« Et alors ? N'avais-je pas perdu Perséphone ? »

Il semblait qu'Hadès n'avait toujours pas pardonné à Apollon de lui avoir fait défaut des siècles plus tôt.

« C'est votre ami, » rappela t-elle.

Il soupira longuement, plus las que véritablement furieux.

« Bien sûr que c'est mon ami. »

Elle ne chercha pas à en savoir plus sur ce qu'Hadès ressentait réellement : ses propres émotions étaient déjà bien assez compliquées à gérer. Elle hésita un instant à lui révéler la cause réelle de sa mort, qu'elle avait apprise de la bouche de Poséidon, mais se ravisa. Savoir que c'était le Cristal Olympien qui l'avait envoyée tout droit à Elysium n'allait rien lui apporter. Par ailleurs, après un tel mensonge, elle n'était pas prête de lui confier de nouvelles informations.

« Je sais ce que vous pensez, » lâcha Hadès. « Je sais que les preuves semblent s'accumuler contre moi... »

« Vraiment ? » ironisa Regina.

« ...mais je vous assure que je n'ai pas tué mon père. »

« Hmm. »

Regina tourna les talons et s'éloigna de lui. De retour aux abords du palais, elle s'aperçut qu'Achille ne décolérait toujours pas et était en train de faire un véritable scandale. Hector avait visiblement compris qu'il valait mieux pour lui qu'il s'éclipse puisqu'elle ne le vit nulle part. Quant à Emma, elle était livide et se demandait probablement comment elle allait faire pour survivre à un entraînement avec ces deux là, pendant lequel elle allait très certainement se transformer en dommage collatéral. Quand elle aperçut Regina, elle lui fit un signe hésitant de la main, qu'elle lui rendit. Rassurée, la blonde se leva et se dirigea vers elle.

« Je n'en peux plus, » confia t-elle alors qu'Achille continuait de vociférer. « Je l'étranglerais bien s'il n'était pas déjà mort. »

« Oui... je te comprends, » répondit-elle en jetant un coup d'oeil au héros en furie. Pour rien au monde elle n'aurait voulu se retrouver entre lui et son plus vieil ennemi.

Elles échangèrent encore des banalités et pendant quelques instants, Regina eut l'impression que rien n'avait changé entre elles. Cependant, elle revint vite à la réalité : une certaine gêne persistait entre elles, comme si elles ne savaient plus très bien comment se comporter.

« J'ai des informations qui pourraient t'intéresser, » fit Emma.

Elle lui résuma alors l'étrange découverte qu'elle avait faite quelques jours plus tôt en compagnie de Poséidon.

« Un cercueil ? » répéta Regina, perplexe.

« Poséidon affirme que quelqu'un y a reposé pendant une très longue période... et Zeus ne voulait pas que quiconque découvre son existence, sinon il n'aurait pas verrouillé la pièce par magie. Oh, et Rigel était dans la confidence. »

Cette dernière précision ne lui échappa pas.

« Tu penses que ça a un rapport avec ce qu'il fabrique avec Zeus ? »

« Eh bien... c'est possible, » répondit Emma.

« Moi aussi, j'ai appris des choses. »

Pour la deuxième fois de la soirée, elle répéta ce qu'Orphée lui avait dit, cette fois beaucoup plus calmement – contrairement à Hadès, Emma ne l'insupportait pas à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche. Enfin, sauf quand elle s'entêtait à rester à tout prix sur l'Olympe.

« Tout ça ne joue pas en la faveur d'Hadès, » remarqua Emma.

« Il persiste à affirmer qu'il est innocent dans l'affaire Cronos. »

« Ouais, tu avoueras que ce n'est pas le genre à prendre ses responsabilités. »

« Certes... »

« Maintenant que tu me dis ça, je comprends pourquoi Orphée avait l'air de se sentir coupable, ces derniers temps. »

« C'est quelqu'un de bien. »

« Oui, je suis d'accord. »

Elles ne trouvèrent alors plus rien à se dire et un silence pesant les enveloppa. Regina soupira intérieurement. Elle avait encore une information à partager, à savoir la cause réelle de sa mort, mais ce moment ne lui paraissait pas idéal pour lui faire une telle révélation.

Il fallait bien que l'une d'entre elles se décide à faire le premier pas, faute de quoi l'abcès ne serait jamais crevé.

« Écoute, Emma... je... je suis désolée de t'avoir fait de la peine. Ce n'était pas mon intention. »

« Bah c'est réussi... »

Elle se mordit la lèvre. Emma reprit alors la parole :

« Je comprends pourquoi tu veux que je rentre à Storybrooke. Ce que je ne comprends pas, c'est comment tu as pu penser que t'éloigner de moi comme ça me ferait quitter l'Olympe. »

« Je... »

Emma l'interrompit d'un geste de la main.

« Ne parlons pas de ça maintenant. Nous en discuterons une fois que j'aurai réussi ma dernière épreuve. »

Regina faillit protester mais se ravisa quand elle se heurta au regard déterminé de la Sauveuse.

« Je serai là, » se contenta t-elle de répondre.

Emma hocha sèchement la tête puis tourna les talons, mettant fin à la conversation.

« Emma ? »

Celle-ci se figea.

« Mes sentiments n'ont pas changé. »

L'ombre d'un sourire se déploya sur ses lèvres.

« Les miens non plus. »

Et elle reprit sa route.

oOo

« Franchement, Lyra, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée... »

« Moi non plus, mais c'est la seule que j'aie en réserve, » trancha t-elle.

Henry et elle s'étaient réfugiés près de la bibliothèque où ils finalisaient leur plan, et il n'était toujours pas convaincu que celui-ci allait fonctionner.

« Bon... » fit Lyra. « Voyons si ça fonctionne. »

Prudemment, elle déposa la kunée sur sa tête et disparut aussitôt.

« Génial ! » s'exclama t-elle.

Puisque Rigel refusait de leur dire ce qu'il faisait avec Zeus et ce qu'ils cherchaient exactement à la bibliothèque, Henry et Lyra avaient pris la décision de le découvrir eux-mêmes. La jeune fille avait eu l'idée de prendre la kunée de son père pour se rendre invisible, celle-là même qui avait permis à Zeus de tous les espionner à Pandémonium.

« Tu lui as demandé l'autorisation ? » fit Henry.

« Bien sûr que non, » répondit-elle en roulant des yeux. « Il m'aurait demandé pourquoi j'en ai besoin, et je ne pense pas qu'il aurait été ravi à l'idée que je m'en serve pour aller espionner Zeus et Rigel... »

Henry, même s'il ne le dit pas, était de cet avis : Zeus était bien trop intelligent et précautionneux pour ne pas avoir pensé à l'éventualité que quelqu'un serait tenté de le suivre. Même invisible, il était certain que Lyra allait se faire repérer. Cependant, son amie était têtue, et il n'était pas parvenu à la faire changer d'avis.

Lyra retira alors le casque magique et redevint visible.

« Plus qu'à attendre que Zeus et Rigel arrivent... »

Tous deux firent la grimace quand Pandore apparut de nulle part et se dirigea vers eux. Henry espéra que sa présence n'allait pas remettre en question toute l'opération, qui était déjà suffisamment hasardeuse comme ça.

« Lyra, Henry, » les salua t-elle.

Ses yeux noisette se posèrent immédiatement sur la kunée que Lyra tenait.

« Joli casque... »

Les deux adolescents échangèrent un regard inquiet.

« Vous avez beaucoup de culot, » s'esclaffa Pandore, qui avait sans aucun doute deviné ce qu'ils prévoyaient de faire.

« Vous allez nous dénoncer ? » demanda Henry d'une voix inquiète.

Elle inclina la tête sur le côté et plissa les paupières.

« Je n'en vois pas l'intérêt... je pense qu'il est temps que ce que cache Zeus éclate au grand jour. »

« Et moi, je pense que vous savez ce dont il s'agit, » remarqua Lyra avec aplomb.

Henry fut impressionné par l'audace de son amie.

« Il y a beaucoup de choses que je ne sais pas, » éluda Pandore. « Mais ce serait mentir que de dire que, à l'image de beaucoup de monde sur l'Olympe, je nage dans l'ignorance la plus totale. »

S'il n'avait pas été habitué aux énigmes à répétition de Pandore, Henry aurait probablement été agacé par sa réponse qui n'en était pas une.

« Si vous savez, vous pourriez tout nous révéler, » dit-il. « Ça nous éviterait d'avoir à espionner Zeus. »

Ses lèvres s'étirèrent en un petit sourire.

« Je ne sais rien, jeune Henry. Je suppose, tout au plus. Je soupçonne, j'imagine, j'invente peut-être. Je ne dispose d'aucune certitude. J'ai bien peur de ne pas pouvoir éclairer pour vous le chemin de la vérité. Je vous souhaite bonne chance... »

Après un petit signe de tête cordial, elle s'éloigna tranquillement.

« Pourquoi est-ce que je ne comprends jamais où elle veut en venir ? » s'agaça Lyra.

Il haussa les épaules et lui sourit.

« Bah... ça fait partie de son charme. »

L'attente commençait à devenir longue, ce qui inquiéta Henry. Lui et Lyra avaient bien observé Zeus et Rigel ces derniers jours et il ne leur avait pas échappé qu'ils venaient toujours à la même heure. Or, il se trouvait qu'aujourd'hui, ils étaient en retard.

« Au fait, » dit Lyra. « Ça s'est arrangé entre tes mères ? »

Ce sujet de discussion eut au moins le mérite de chasser son inquiétude. La tristesse vint la remplacer.

« Pas vraiment, » répondit-il. « Enfin... elles ont eu une discussion, hier, pendant le festin, mais je ne sais pas de quoi elles ont parlé. »

« C'est un début, non ? »

« Ouais, j'imagine... »

Elle lui pressa affectueusement le bras pour le réconforter. Toutefois, elle se garda bien de lui assurer que tout allait s'arranger entre Emma et Regina : il lui suffisait d'observer Hadès et Zelena pour comprendre que les choses n'étaient pas si simples.

« Henry ? »

« Oui ? »

« Est-ce que tu penses que tout va rentrer dans l'ordre quand nous serons de retour à Storybrooke ? »

« Eh bien... c'est difficile à dire... »

« J'ai l'impression que rien ne compte. Toutes ces années à Pandémonium, ce qu'il y avait entre mes parents, entre Rigel et moi... ça n'a pas compté. Il ne reste presque plus rien. »

Henry détestait la voir aussi triste et décida de la serrer contre lui.

« Ce qu'il y a entre nous... ça compte, » assura t-il.

Elle lui offrit un petit sourire quand elle s'écarta de lui, mais le reste de la conversation devrait attendre.

« Regarde, les voilà ! » fit Lyra.

Elle enfonça alors la kunée sur sa tête.

« Bonne chance, Ly, » fit Henry, mais il ne sut jamais si Lyra était encore là pour l'entendre ou si elle avait déjà disparu.

oOo

Rigel se dirigeait d'un pas déterminé vers l'entrée du palais où il devait retrouver Zeus avant que tous deux ne partent pour la bibliothèque. Il grimaça. Il avait le sentiment qu'ils avaient déjà épluché des milliers de livres sans pour autant trouver ce qu'ils cherchaient. Par ailleurs, le temps leur manquait. A moins d'un miracle, ils ne trouveraient pas de solution. Non, non, il ne leur restait plus qu'un seul espoir, et celui-ci ne dépendait pas d'eux... pas directement, du moins.

Il était à peine sorti de sa chambre que quelqu'un l'appela aussitôt.

« Rigel ! »

Violet s'était postée à l'angle du couloir et semblait l'attendre de pied ferme. Elle lui adressa un sourire si radieux qu'il n'eut pas le courage de lui dire qu'il était pressé.

« Bonjour, Violet. »

Elle se jeta alors littéralement sur lui et il sentit ses bras s'enrouler autour de sa taille. Peu à l'aise avec les effusions de sentiments – à l'image de son père, même si il occulta ce détail – il lui rendit maladroitement son étreinte.

« Tu recommences à m'éviter, » dit doucement Violet quand elle s'écarta de lui.

« Écoute... »

« Non, toi, écoute. Tu me manques, Rigel. Ça me brise le cœur de te voir si distant avec moi. Je... j'ai l'impression que tu ne ressens plus rien pour moi. »

Rigel était de plus en plus mal à l'aise, à la fois à cause de la direction dans laquelle s'aventurait cette discussion et parce qu'il allait vraiment être en retard. Zeus devait déjà probablement l'attendre...

« Ce n'est pas vrai. Je te l'ai déjà dit, Violet... mes sentiments n'ont pas changé. »

« Alors pourquoi une telle attitude ? Je t'aime, je t'aime tellement. »

Sans prévenir, ses lèvres douces s'écrasèrent contre les siennes, et soudainement tout le reste devint secondaire : Zeus, Emma, ses parents... le monde s'était réduit à Violet et à leur baiser. Rigel n'avait pas oublié qu'il l'aimait. Il avait simplement oublié à quel point.

Ils se séparèrent à bout de souffle.

« Promets-moi que tout rentrera dans l'ordre dès que nous quitterons cet endroit, » murmura Violet. « Promets-moi, Rigel. »

Il avait beaucoup grandi au cours de cette année passée sur l'Olympe, il avait appris que certains sacrifices devaient être faits pour le plus grand bien, il s'était résigné à mettre ses sentiments personnels de côté pour aider Zeus, par bien des aspects il était devenu adulte, mais Rigel restait malgré tout un adolescent, un adolescent qui tenait la fille qu'il aimait contre son cœur, elle avait les yeux brillants, les lèvres douces et lui parlait d'un futur où ils seraient ensemble, comment aurait-il pu ne pas promettre ?

« Je te le promets. »

Rassurée, elle consentit à s'écarter de son passage. Rigel courut alors plus qu'il ne marcha. Son cœur battait bien trop vite, ses émotions étaient reflétées sur son visage et il était en retard. Zeus n'allait pas être content...

Comme il s'y attendait, son oncle l'attendait devant l'entrée du palais et se frottait la poitrine.

« Tu es en retard, » dit-il sèchement.

« Je sais. Je vous prie de m'excuser, mon oncle... »

Zeus balaya ses excuses d'un revers de la main, comme si, après tout, quelques minutes de perdues n'allaient rien changer – ce qui était probablement le cas.

« Allons-y. »

oOo

Suivre Zeus et Rigel s'avéra plus compliqué que Lyra ne l'aurait cru. Certes, elle était invisible, mais certainement pas inaudible : de plus, elle avait toujours été maladroite. Peut-être aurait-elle dû donner la kunée à Henry, qui, après avoir passé des années à se faufiler partout à Pandémonium, semblait bien plus apte qu'elle à réaliser ce genre de tâches.

Elle n'osa pas s'approcher trop près du rayonnage où ils étaient et se posta un peu plus loin pour tenter d'entendre ce qu'ils disaient.

« Ce livre est inutile, » dit Zeus. « Comme tous ceux qui se trouvent dans cette bibliothèque, semble t-il. »

« Il y a encore des dizaines d'ouvrages que nous n'avons pas consultés, » répondit Rigel.

« Nous perdons notre temps, ici. »

La voix de Zeus faiblit brusquement et il poussa un gémissement.

« Écoute, ce ne sera plus très long... je le sens. Il ne me reste plus qu'à attendre la dernière épreuve d'Emma... »

« Nous avons encore quelques jours pour trouver... »

« Même toi tu n'y crois pas. Je n'ai plus la force de passer mes journées ici... partons, Rigel. »

Son frère et Zeus passèrent alors devant elle et Lyra retint sa respiration. Elle n'avait pas fait de bruit, ils n'avaient donc pas pu remarquer sa présence. C'est pourquoi elle fut frappée d'horreur lorsque Zeus dit à Rigel :

« Pars devant. J'ai une dernière chose à faire ici. »

Le Prince-Lumière fronça les sourcils mais obéit sans protester. Les yeux gris orage de Zeus se posèrent alors sur l'endroit exact où elle se trouvait. Lyra regretta alors de ne pas avoir pris les avertissements d'Hadès plus au sérieux. Que disait-il, déjà ? Ah, oui : Zeus a des pouvoirs dont vous n'avez pas idée.

« Tel père, telle fille, » lâcha Zeus. « Hadès aussi a la fâcheuse tendance de se mêler de ce qui ne le regarde pas... »

Il ne semblait même pas en colère : il était amusé. Oubliant toute prudence, oubliant qu'Hadès lui avait répété encore et encore de ne pas se retrouver seule en présence de Zeus, elle retira la kunée et vint se planter devant lui.

« Hadès n'est pas mon père, » rétorqua t-elle rageusement.

Il s'esclaffa et lui sourit ironiquement.

« Bien sûr qu'il l'est. »

Et il la planta là sans rien ajouter. Refusant de penser plus longtemps à Hadès, Lyra se précipita vers le rayonnage que Zeus venait de quitter. Comme partout ailleurs dans la bibliothèque, il contenait des livres sur des sujets divers, ce qui la découragea immédiatement : jamais elle ne pourrait retrouver celui qu'il venait de consulter. Toutefois, cette mission d'espionnage n'était pas un échec total : d'après ce qu'elle avait compris, Zeus souffrait de quelque chose. Cherchait-il un traitement depuis tout ce temps ?

La tête basse, elle prit le chemin de la sortie. Zeus racontait n'importe quoi. Son père, son véritable père était coincé aux Enfers depuis bientôt dix-sept ans. Son véritable père était un héros au cœur pur, son véritable père ne lui aurait jamais menti de la sorte pendant toutes ces années.

Hadès n'est pas mon père, se répétait-elle. Hadès n'est pas mon père. Hadès n'est pas mon père.

Alors pourquoi les paroles de Zeus tournaient-elles en boucle dans sa tête ?

Bien sûr qu'il l'est.

oOo

Lorsque Zeus lui avait annoncé qu'elle allait s'entraîner avec Achille et Hector, Emma s'attendait à passer un moment particulièrement difficile.

Elle s'était trompée.

Ce qu'elle vivait était un cauchemar, ni plus ni moins.

En deux jours passés à leurs côtés, elle n'avait absolument rien appris. Achille passait en effet son temps à envoyer des piques à son vieil ennemi, lequel encaissait sans jamais répondre. Ce qu'Emma avait d'abord pris pour de l'indifférence était en réalité de la résignation.

« Pourquoi vous ne vous défendez pas ? » lui avait-elle demandé à l'issue du premier jour.

Il lui avait jeté un regard dépité.

« A quoi bon ? Il me hait. Il me hait tellement... rien de ce que je pourrais dire n'y changerait quelque chose. »

Le troisième jour, la fureur d'Achille atteignit son point culminant, et Emma décida qu'elle en avait assez de l'entendre vociférer en permanence.

« Ça suffit ! » s'exclama t-elle en venant se planter devant Achille.

« Ne vous en mêlez pas, » prévint-il.

« Dois-je vous rappeler que je suis censée me préparer à une épreuve que j'affronterai dans deux jours à peine ? Une épreuve dangereuse ? »

Hector se glissa alors à ses côtés, comme si elle venait de lui offrir une opportunité de s'exprimer.

« Elle a raison, tu sais, » dit-il d'une voix hésitante. « Nous pourrions peut-être... »

« Il n'y a pas de nous, Hector ! » cingla Achille. « Ta seule présence m'est insupportable, je refuse de coopérer avec toi. »

« Achille... » tenta Emma.

« Non ! »

Tel un lion en cage, il se mit à faire les cent pas et semblait sur le point de s'arracher les cheveux.

« Tu as tué Patrocle ! » rugit-il. « Tu l'as tué ! Tu l'as arraché à moi ! »

La mâchoire d'Emma se décrocha. Elle avait entendu parler de Patrocle, bien sûr, elle savait qu'il avait été un des compagnons d'Achille pendant la guerre de Troie, mais elle pensait que c'était tout ce qu'il était pour le héros grec : un compagnon. Un ami.

Oh, comme elle s'était trompée... la douleur qu'elle pouvait lire dans ses yeux...

Achille avait le cœur en mille morceaux.

« Nous étions en guerre, » tenta de protester Hector. « Nous... »

« Tu l'as tué, tué ! »

Il leva le poing, comme s'il allait le frapper, mais se ravisa au dernier moment et s'éloigna d'un pas rageur.

« Il aimait Patrocle, » murmura Emma.

Tout devenait clair, à présent. Achille ne s'était jamais remis de la perte de celui qui lui était si cher, celui dont il était condamné à être séparé pour l'éternité. S'il s'était moqué d'elle pour la réaction qu'elle avait eue quand Regina lui avait annoncé qu'elle allait prendre ses distances avec elle, c'était sans doute parce qu'il se détestait pour éprouver précisément le même sentiment depuis des siècles.

« Nous étions en guerre, » répéta Hector, des regrets dans la voix. « Une guerre stupide... nous étions ennemis. Je n'avais pas le choix. »

« Alors c'est pour ça qu'il vous déteste à ce point ? Par vengeance ? »

Hector laissa échapper un rire amer.

« Par vengeance ? Mais il s'est déjà vengé. Il m'a tué peu après la mort de Patrocle. »

« Oui, il me l'a dit. »

« Mais ce n'était pas suffisant, bien sûr. Sa fureur n'était en rien apaisée. Il a attaché mon cadavre à son char et pendant onze jours l'a traîné autour du tombeau de Patrocle. Les dieux ont réprouvé son comportement et Zeus l'a obligé à rendre mon corps à mes parents. »

« ...oh. »

Elle n'avait rien trouvé de plus pertinent à dire.

« Je devrais le haïr moi aussi... mais je le plains, » dit finalement Hector. « Je le plains sincèrement. »

Emma lui pressa le bras pour le réconforter et se lança sur les traces d'Achille. Elle le trouva assis un peu plus loin, au bord de la rivière qui traversait Elysium.

« C'est de ma faute si Patrocle est mort, » lâcha Achille. « Je lui avais dit de ne pas attaquer les remparts de Troie de front... je le connaissais par cœur, j'aurais dû savoir qu'il me désobéirait. »

« Achille... »

« Ulysse vous a probablement raconté que Zeus l'a puni pour son arrogance en le séparant de son fils... il m'a fait subir le même châtiment. Ce que j'ai fait à Hector... c'était un acte inqualifiable. »

« Ce n'est pas vraiment Hector que vous haïssez, pas vrai ? » comprit-elle. « C'est vous-même. »

Il leva deux yeux égarés vers elle.

« Vous me le rappelez tellement... »

Achille souffrait, alors il avait voulu que d'autres souffrent avec lui. Le pauvre Hector en avait fait les frais pendant toutes ces années. Il semblait tellement désemparé qu'Emma n'eut même pas la force d'être en colère contre lui et de lui en vouloir pour tout le mépris dont il avait fait preuve à son égard. Avec une extrême délicatesse, elle passa les bras autour de sa taille et le serra contre lui.

« Il me manque tellement... » gémit-il.

« Je sais... je sais... »

Elle sentit quelque chose d'humide lui couler dans le cou et comprit qu'il pleurait.

« J'ai besoin de votre aide, » reprit-elle. « Je ne sais pas ce que Zeus a en réserve pour moi cette fois, mais j'ai besoin de vous. Je ne vous demande pas d'enterrer la hache de guerre avec Hector... mais pouvez-vous au moins essayer de le tolérer ? S'il vous plaît. »

Il s'écarta d'elle et essuya ses larmes d'un revers de la main, puis acquiesça lentement.

« J'imagine que je peux essayer... »

Et Achille essaya.

Emma ne connut jamais la véritable raison de son changement de comportement : peut-être qu'avoir admis que le véritable objet de sa haine n'était pas Hector, mais lui-même, l'avait aidé à avancer. Peut-être que le souvenir de Patrocle, qu'il voyait à travers elle, le poussait à l'aider, même s'il lui avait été dans un premier temps insupportable.

Cela faisait du bien de manier à nouveau une arme, même s'il s'agissait d'un glaive et non d'une épée. Achille et Hector étaient de bons professeurs, surtout Hector – Achille manquait cruellement de patience. Il faisait énormément d'efforts pour se retenir d'agresser verbalement Hector et Emma lui en était reconnaissante.

La veille de son épreuve, tous deux décidèrent de reproduire devant elle leur dernier combat, celui au cours duquel le héros troyen avait perdu la vie. Cet affrontement ne fit rien pour rassurer Emma : même si elle se débrouillait plutôt bien, jamais elle n'atteindrait un tel niveau. Elle se surprit à espérer que Zeus se montre aussi peu ambitieux que la dernière fois et lui impose un affrontement à sa portée.

Cette fois encore, ce fut Achille qui l'emporta. Hector accepta la défaite de bonne grâce et tous deux échangèrent un léger signe de tête. Ils ne seraient probablement jamais amis mais Emma espérait vraiment qu'ils parviennent à mettre de côté toutes les rancoeurs du passé.

Le lendemain, elle se dirigea vers l'amphithéâtre où elle devait passer son épreuve en compagnie d'Apollon, lequel se réjouissait d'avance de sa victoire.

« Nous organiserons la plus grande fête que l'Olympe ait jamais connue ! » répétait-il.

« Ouais... faites donc ça... » répondait Emma, qui sentait l'angoisse monter en elle.

Tous deux arrivèrent à destination. Presque tous les autres dieux et héros étaient déjà sur place et un attroupement s'était formé en bas des gradins. Emma fronça les sourcils et s'avança pour voir de quoi il retournait.

Lily, les poings sur les hanches, faisait face à Zeus, qui avait l'air plus faible que jamais. Maleficient essayait sans grand succès de calmer sa fille.

« J'en ai assez de tous ces mensonges, » s'énerva Lily. « Je veux savoir pourquoi vous vous intéressez autant à moi. Je n'ai rien d'une héroïne, je n'ai pas ma place à Elysium, alors pourquoi ? Il y a des tas de héros bien plus intéressants que moi. »

Zeus la dévisageait avec une certaine tristesse.

« Vous n'avez toujours pas compris, pas vrai ? »

« Compris quoi ? Je vous jure que j'en ai assez de... »

« Vous êtes ma fille, Lily. »

Hadès, à quelques mètres de là, manqua de s'étrangler. Maleficient et August devinrent livides. Lily ouvrit la bouche, puis la referma, incapable de formuler une phrase cohérente.

« C'est impossible... vous mentez. »

Elle se tourna vers sa mère.

« Il ment, il ment forcément, pas vrai ? »

Mais Maleficient n'avait jamais su qui était le père de Lily, et se trouvait par conséquent incapable de démentir Zeus. En désespoir de cause, Lily se tourna alors vers Emma.

« Utilise ton super-pouvoir, Emma, » la supplia t-elle. « Dis-moi qu'il ment. »

La gorge serrée, elle plongea ses yeux dans ceux de Zeus. Elle n'y vit rien d'autre qu'une grande lassitude. Et puis, plusieurs choses lui revinrent en mémoire. Avant qu'elle entre dans le labyrinthe, Achille lui avait confié que les enfants de Zeus avaient leur place réservée à Elysium, même s'ils n'avaient rien accompli de particulièrement héroïque dans leur vie. Par ailleurs, quand elle avait surpris Hadès, Poséidon et Zeus boire dans les cuisines, celui-ci avait affirmé être capable de se changer en dragon...

« Lily, je... je crois qu'il dit la vérité. »

« Non, » fit Lily. « Je refuse d'y croire. »

Zeus tendit une main vers elle mais elle recula brusquement et courut se réfugier tout en haut de l'amphithéâtre. Maleficient ne disait toujours rien mais le monde semblait s'être écroulé autour d'elle. Emma ne manqua pas le regard blessé d'Héra, pour qui les nombreuses trahisons de son mari étaient pourtant devenues une habitude.

« Nous verrons cela plus tard, » trancha Zeus. « Emma a une épreuve à affronter. »

Devant son regard orageux, tous les dieux et héros s'empressèrent de rejoindre les gradins en commentant à voix basse ce qu'ils venaient de découvrir. Devant les marches, Zeus hésita, comme s'il n'avait plus la force de les monter. Héra passa alors un bras autour de sa taille pour l'aider, et le respect qu'Emma ressentait pour la déesse augmenta encore. Poséidon et Hadès échangèrent un regard songeur.

« Emma ? »

Regina apparut derrière elle.

« Zeus, père de Lily, » souffla la Sauveuse. « Jamais je n'y aurais cru... »

« Ne t'occupe pas de ça pour le moment, » conseilla t-elle. « Tu y es presque... »

Elle lui donna alors un doux baiser qui fit exploser le cœur d'Emma.

« Comment veux-tu que je me concentre après ça ? » ironisa t-elle.

Après Regina, Achille et Hector vinrent lui souhaiter bonne chance.

« Merci pour ce que vous avez fait pour moi, » dit Emma.

« Vous nous remercierez plus tard, » rétorqua Achille. « Restez en vie. Je ne suis pas prêt à devoir cohabiter avec vous à Elysium... »

Henry, Lyra, Grace et Violet vinrent la saluer eux aussi avant de rejoindre les gradins. Rigel se frotta contre ses jambes sous sa forme de chat avant de bondir vers l'endroit où était assis Zeus. Décidément, Emma ne comprendrait jamais ce gamin...

Elle songea que c'était l'endroit exact où elle avait affronté Pégase pendant sa première épreuve. Si elle réussissait, la boucle serait bouclée.

Après quelques secondes d'attente interminable, une étrange forme humanoïde apparut devant elle. Sa consistance semblait être celle de la fumée, mais cette fumée avait l'air tout sauf naturelle : elle changeait de couleur et passait sans cesse du blanc au noir.

« Euh... »

L'homme de fumée la chargea alors et elle eut tout juste le temps de s'écarter. La panique la saisit : comment allait-elle venir à bout d'un être immatériel ? Elle fut cependant rapidement rassurée quand il la poussa sans ménagement : il avait une consistance solide. Comprenant qu'elle allait devoir reproduire le combat qui avait opposé Hector et Achille, Emma se remémora tout ce qu'ils lui avaient enseigné – ou du moins, elle essaya de le faire, et puis elle s'aperçut qu'elle n'était tout simplement pas faite pour réfléchir dans le feu de l'action. Elle pouvait facilement imaginer le regard dépité d'Achille dans son dos.

L'homme de fumée était coriace. Quand elle parvenait à le toucher avec son glaive, des petits volutes de fumée quittaient son corps et s'évaporaient dans l'air.

En revanche, quand lui la touchait, c'étaient bien des gouttes écarlates qui éclaboussaient le sol. Emma grimaça. Elle fatiguait mais elle tenait bon. Il était hors de question d'échouer si près du but. Emma pensait à Regina et Henry pour se donner du courage, et cela fonctionnait. Elle savait pour quoi elle se battait.

Après ce qui lui parut être une éternité, elle parvint à plonger son glaive dans la poitrine de l'homme de fumée, là où se serait trouvé son cœur s'il en avait eu un. Un silence de mort tomba sur l'assemblée et les chuchotements s'évanouirent.

La fumée se mit à changer de plus en plus rapidement de couleur, blanc, noir, blanc et encore noir avant de devenir grise. La créature disparut alors.

« Non ! » hurla quelqu'un.

Emma sursauta et lâcha son arme. Zeus, les yeux exorbités, s'était levé et c'était comme si le ciel venait de s'écrouler sur lui.

« Non ! » répéta t-il, désespéré. « Je suis... »

Mais Emma ne sut jamais ce que Zeus voulait dire. En fait, personne ne le sut jamais : le dieu porta la main à son cœur, le visage déchiré par la souffrance, et poussa un long gémissement avant de s'effondrer. Héra tomba à genoux et le secoua de toutes ses forces.

Il ne se releva pas.


Aviez-vous compris que Zeus était le père de Lily ? :)

(Félicitations SerdaiglePower pour avoir trouvé, Mr. Hyde sera donc la star de mon prochain OS !)

Le prochain chapitre est celui des grandes révélations, les mystères introduits dans Pandémonium y seront résolus.