Merci à pouik, brigitte26, Daidaiiro30 pour leur fidélité sans faille. Merci à Temi-Chou pour me supporter et corriger les horreurs que j'écris parfois (vous avez pas idée). Merci à Lamourloi qui est en train de me pourrir de reviews depuis quelques jours et me booste à fond.

Sans plus attendre, le chapitre !

... Comment ça, on approche de la fin ?


XXII. La lente descente

21 avril 1999

Square Grimmaurd

Londres

En toute honnêteté, Ron ne s'était pas attendu à ça. L'atmosphère calme et paisible du carré de verdure que constituait le Square Grimmaurd. Les fenêtres des demeures moldues éclairées pour certaines, témoignant des dernières activités de la journée qui se terminait pour leurs habitants. Le vrombissement lointain de la circulation dans le quartier de King's Cross, étouffé par les hautes façades des bâtiments. L'air frais du mois d'avril, soutenu par l'humidité résiduelle de l'orage qui avait précédemment éclaté.

L'absence totale d'individus autour d'eux.

En toute franchise, Ron ne savait pas à quoi il aurait dû s'attendre.

Quand Drago et lui avaient transplané dans une alcôve de l'imposante Station St Pancras, l'ambiance avait été tendue. Mains fermement fourrées dans leurs poches où étaient cachées leurs baguettes. Le visage dirigé vers le sol tout en gardant un œil attentif sur leurs alentours. Ils s'étaient rapidement mêlés à la foule qui commençait tout juste à l'éclaircir dans la gare en ce début de soirée et avaient quitté les lieux, s'engageant sur les trottoirs bondés. Le klaxon des nombreuses voitures, la lumière vive des phares et des feux de signalisation, les rires et les éclats de voix avaient pesé sur les deux jeunes hommes comme une chape de plomb menaçante. Ils étaient trop proches de King's Cross et de potentiels sorciers. Ils étaient en danger, ainsi à découvert, anonymes qu'ils essayaient de rester.

Pourtant, rien ne s'était placé sur leur route et ils avaient pu entrer sans problème dans l'impasse du Square, toujours sur le qui-vive dans la peur d'une embuscade.

C'était trois heures plus tôt.

Depuis, rien ne bougeait.

Conformément à ce qu'ils avaient décidé avant de quitter Abbey Road, leur mission de ce soir se limitait à repérer les lieux. Vérifier ce qui les attendait une fois sur place, ami ou ennemi. Cependant, le résultat se révélait neutre. C'était comme si l'endroit n'avait rien à voir avec la société sorcière et ses tourments.

Et Ron, tout proche d'un de ses frères qu'il se savait, ne pouvait s'empêcher de sentir sa frustration grandir. Il était là, droit devant lui, mais ne pouvait se faire voir.

Caché dans l'ombre des arbres du petit parc, le rouquin observait le 11, Square Grimmaurd. Au premier étage, la lumière s'éteignit, ajoutant à l'aspect apaisé des lieux. Au 13, on entendait le bourdonnement incessant d'une télévision et les cris réguliers du Moldu qui la regardait, encourageant sans doute quelconque équipe qu'il supportait. Mais le numéro 12 restait invisible. Le duo avait beau savoir qu'il existait, qu'il était là, caché sous le plus puissant des sortilèges de confidentialité. Mieux – ou pire – sous une double couche de ce plus puissant des sortilèges de confidentialité.

Pas le moindre mouvement. Pas la moindre étincelle de magie. Pas le moindre individu suspect. Pas la moindre présence révélée par les Homenum Revelio qu'ils avaient lancés plusieurs fois dès leur arrivée. Tout laissait à croire que rien ne se passait dans ce Square.

Ron adorait comme il maudissait l'ingéniosité des jumeaux. Car, même s'il savait que l'ancien Quartier Général de l'Ordre était occupé par des alliés, ils n'avaient aucun moyen de signaler leur présence sans se révéler à un potentiel ennemi.

D'où leur immobilité actuelle. D'où leur prudence alors qu'il ne souhaitait qu'une chose, leur crier qu'il était là, qu'il était vivant et qu'il était heureux de les avoir retrouvés.

Passant une main fatiguée sur son visage, Ron cessa de parcourir les deux façades qu'il scrutait. Il soupira, parfaitement conscient qu'insister, plisser les yeux, projeter son esprit, ne ferait pas apparaître le numéro. Accroupi près de lui, caché par le grillage et le lierre qui faisaient le tour du petit parc, Drago se mordit la lèvre puis s'écarta légèrement pour se redresser à l'abri des regards.

— On fait quoi ? chuchota-t-il, commençant à se sentir frustré par la longue attente infructueuse.

Rapidement et fébrilement, Ron énuméra mentalement toutes leurs possibilités. Rester toute la nuit ici ? La télévision au numéro 13 s'éteignit à son tour, confirmant l'heure déjà bien avancée. Rien ne semblait être sur le point de changer sur les lieux si ce n'étaient les quelques hululements nocturnes maintenant plus sonores. Le Square Grimmaurd dormait à cette heure. Partir et revenir plus tard ? Ils risquaient de louper quelque chose. N'importe quoi. Peut-être que les actuels propriétaires allaient sortir pour une escapade discrète pour la seule et unique fois pendant un long temps. Signaler leur présence ? Autant se tracer une cible sur le visage et demander à se faire tirer dessus. Ce n'était pas le moment, pas si proches du but.

Drago retint un grognement, agitant nerveusement sa baguette au bout de ses doigts. Pendant que Ron avait efficacement lancé les sortilèges de détection, lui s'était chargé de rechercher toute trace de Magie Noire. Mais rien. Ni récente, ni même plus ancienne. Plus remarquable aussi, aucune trace de transplanage. Donc, quiconque ici se gardait bien d'apparaître ailleurs que sur le porche. Et, après ce premier examen des lieux, personne ne semblait avoir approché l'endroit. Mais ils savaient parfaitement que ça ne voulait rien dire. Qu'ils ne pouvaient pas se contenter d'un premier examen des lieux.

Pour l'instant, ils n'avaient rien. Ni pour prouver que l'endroit était sûr – bien que l'émission leur ait apporté confirmation sur l'identité des occupants – ni pour se signaler en toute sécurité.

Ron s'écarta légèrement de son tronc, l'air frustré et les lèvres pincées. Drago lui jeta un coup d'œil, intérieurement inquiet de son état mental, se sachant si proche mais si loin des siens. Pourtant, il avait l'air ferme et sûr de lui. Et Drago le savait maintenant, quand le roux arborait cet air, c'était qu'il s'était fait son idée.

— On ne va pas rester ici, on risque de se faire découvrir si quelqu'un venait à arriver. Je sais qu'il n'y a rien à signaler pour le moment dans la rue, mais…

La frustration de Drago franchit un nouveau cap, rejoignant celle de Ron, et il se résigna en sentant parfaitement qu'après ces trois heures de planque ils n'étaient plus en bon état d'esprit pour rester prudents. Ils n'étaient pas les seuls à avoir de quoi surveiller la présence du camp ennemi. Ils n'étaient pas les seuls à chercher. Ils n'étaient pas les seuls à user de la magie pour atteindre leurs objectifs. Pire, entre Ron et lui présents ce soir, seul Drago utiliserait des sortilèges de magie noire en cas d'attaque. Les Mangemorts, eux, ne se priveraient pas.

— Voyons le bon côté des choses, céda Drago tout en remontant sur sa tête la capuche du sweat-shirt qu'il avait mis sous sa veste en cuir. Nous savons que les lieux nous sont acquis et actuellement l'endroit paraît sûr. Il nous ne nous reste plus qu'à nous faire remarquer.

Ron hocha la tête et soupira avant de rabaisser sur ses yeux la casquette qu'il portait depuis leur départ de la Réserve. Drago posa sa main sur son épaule puis se détourna, passant par-dessus le grillage une fois qu'ils furent éloignés des numéros 11 et 13. Ils restaient déçus et frustrés de leur soirée, mais après tout c'était ce qu'ils avaient décidé de faire, bien qu'ils eussent espéré davantage.

Comme l'avait dit Hermione, si rien ne se passe ce soir, nous pourrons essayer d'établir un plan de secours demain.

oOo

Les missions de guérilla et de propagande se ralentirent légèrement, les Résistants d'Abbey Road s'accordant sur le fait qu'il leur était important de reprendre possession de l'Ancestrale Demeure Black.

Chaque jour, ils écoutaient l'émission clandestine pour s'assurer que les jumeaux étaient toujours présents dans le Square. Chaque jour, ils parlaient des nouveaux actes de résistance dont ils avaient écho. Chaque jour, ils commentaient les apparitions de Harry et les actions rédhibitoires du Gouvernement. Et chaque jour, ils confirmaient d'une manière ou d'une autre leur localisation. Il fallait avouer que Mrs Black n'était pas une personne des plus discrètes, ni même leurs allusions aux nombreuses caractéristiques précises de la demeure.

Pourtant, chaque jour, une ou plusieurs équipes comportant un Weasley se rendaient sur place, mais ils n'étaient jamais repérés. Après avoir discrètement ensorcelé les vitres des Moldus pour qu'ils ne fassent pas attention à des individus rodant dans leur impasse, deux ou trois résistants se relayaient pour se tenir devant là où aurait dû se trouver le numéro 12. Assez visibles pour les fenêtres qu'ils savaient se trouver ici. Assez discrets pour ne pas tant attirer l'attention aux yeux de tierces personnes.

Il aurait fallu voir du positif à ce que leur présence ne résulte en aucun ennui. Pourtant, aucune réussite n'en résultait non plus.

Frustré, Charlie jeta sa veste sur le canapé, tirant un grognement de Neville qui y était assis et manqua de s'en retrouver recouvert. Le roux s'excusa d'un vague signe de la main et se laissa tomber au sol devant la cheminée avant que le brun ne puisse bouger, dans le peu de place qu'il restait dans la pièce. Tout commençait sérieusement à lui porter sur les nerfs.

— Toujours rien ? demanda inutilement Neville en écartant la veste et la reposant correctement sur l'accoudoir.

— Rien, enchaîna Percy en rentrant après son frère dont il avait partagé le tour de garde, venant se pencher sur le dossier du canapé. On est restés plantés là-bas toute l'après-midi, comme on le fait depuis une semaine, et toujours rien. J'aime mes frères, mais là ils me cassent les couilles.

— Perce ! s'écrièrent son aîné et leur père qui était présent.

Neville se contenta de hausser les épaules et de se serrer un peu plus sur le canapé quand Harry arriva lui aussi, l'air tout autant frustré que ses partenaires.

— Non, il a raison, ils cassent les couilles, ajouta-t-il en se laissant tomber dans le maigre espace créé par son ancien camarade de dortoir.

— Harry !

— Hm, j'aurais plus imaginé ces mots dans la bouche d'un dragonologiste plutôt que d'étudiants, dit distraitement Hermione sans lever les yeux de la liasse de documents qu'elle parcourait et touillant sa tasse de thé.

— Ok, vous savez quoi, allez vous faire m—

—Charlie !

L'aîné ravala son « tre » à l'intervention de son père et se contenta de se masser les tempes. La situation allait de mal en pire avec cette promiscuité. Sur le canapé, Harry soupira et s'autorisa à légèrement se détendre. Si c'était possible avec cette ambiance tendue. L'équipe du soir venait tout juste de prendre la relève et ils étaient restés sous les arbres, à peine protégés de la pluie printanière, sans résultats. À l'autre bout de la pièce, l'émission de radio se terminait joyeusement sur un nouvel appel à la Résistance et le prochain horaire. On n'entendit plus que le crépitement du feu et le clic de l'appareil qu'on éteignit. À côté de lui, Neville se tortilla légèrement.

— Dites…

Seuls des grondements épuisés et dépités lui répondirent et l'Écossais dut se rappeler qu'il était un contrebandier dont la tête valait plusieurs milliers de gallions pour ne pas se recroqueviller devant la mauvaise humeur de ses complices. Il se racla la gorge.

— S'ils nous ont contactés via la radio pour nous signaler où ils se trouvaient, pourquoi on n'utiliserait pas notre propre journal pour faire de même, vu qu'ils rappellent tous les jours qu'ils le lisent ?

Jamais le crépitement du feu ne parut aussi fort à ses oreilles quand tous les regards se tournèrent vers lui. Il sentit le rouge lui monter au visage.

— Euh, je veux dire… quelque chose du genre « on sait où vous êtes, laissez-nous entrer » ? Ou quelque chose…

Le reste de sa phrase ainsi que le cri qu'il lâcha furent soudain étouffés par Harry qui s'était élancé sur lui pour le serrer dans ses bras, Percy manquant lui aussi de l'étrangler et Charlie faisant de même en s'étant jeté sur ses jambes depuis sa place au sol. Un nouveau couinement lui échappa quand le brun lui claqua un gros baiser sur le crâne.

— Un génie ! Un putain de génie !

— OK, on peut m'expliquer pourquoi mon mec en embrasse un autre ? lâcha un Drago stupéfait qui était sur le point d'entrer avec un Théo tout aussi confus.

Harry relâcha Neville tout aussi vite qu'il l'avait serré dans ses bras et se précipita vers son petit-ami pour l'embrasser – directement sur les lèvres – alors qu'Hermione avalait cul sec le contenu de sa tasse et se pressait pour sortir de l'endroit et rejoindre le bureau. Harry, souriant sincèrement pour la première fois depuis longtemps, écarta Drago, abasourdi, et pointa Neville qui essayait désespérément de se dégager de l'étreinte de Charlie et de Percy qui ne continuaient que pour l'embêter davantage.

— Qu'on donne un cookie à cet homme !

Puis il quitta la pièce tout aussi vite que sa meilleure amie. Ils avaient enfin la solution !

oOo

26 avril 1999

12, Square Grimmaurd

Londres

— T'as vu ?

L'édition de L'Espoir du jour fut déposée sur la table, l'autre l'attrapa et ses yeux s'écarquillèrent devant la Une.

Harry, assis à un bureau de fer forgé dans une grande pièce parée de tentures sombres, le visage et les lieux éclairés par les candélabres sur les colonnes de marbre adjacentes, semblait comme un chef de guerre en plein conseil. Devant lui des papiers, des cartes… le tout savamment disposé de manière à ce qu'on remarque leur contenu principal : des avis de recherche. Mais loin d'être le sien, Lucius Malefoy, Jonathan Nott, Augustus Rockwood… Toutes concernant des membres actuels du Ministère, antérieures à 1998. Comme un rappel – évident – que ceux qui se dressaient aujourd'hui comme les sauveurs du monde sorcier n'étaient que d'anciens meurtriers et criminels, fondamentalistes. Comme un rappel que les rôles avaient été inversés.

Mais, plus important à leurs yeux à instant dans la mise en scène que ces documents, la radio installée près d'Harry, sa main nonchalamment posée à côté comme s'il était sur le point de l'allumer. Et, écrits en légende de l'image, comme pour lancer un message au monde entier tout en sachant pertinemment à qui ils s'adressaient réellement, ces mots :

« Je vous ai entendus. Ouvrez-moi la porte. »

Les regards se croisèrent, puis se glissèrent vers les rideaux qui restaient en permanence tirés dans le salon comme pour mieux les cacher du monde dangereux au-dehors, qu'ils n'osaient plus qu'affronter une fois par mois.

On se déplaça et, prudemment, la lumière inonda à nouveau le 12, Square Grimmaurd.

oOo

26 avril 1999

Ministère de la Magie

Londres

Dans les couloirs du Ministère, on faisait front. Sous la direction – la poigne – de Lucius Malefoy et de son entourage, le gouvernement tenait la barre du monde sorcier. Les employés étaient dévoués à leur tâche. Chacun mettait du sien et vouait son âme à la grandeur retrouvée de leur société depuis que le Grand Gouverneur et les siens avaient repris la main un an plus tôt. Eux aussi étaient membres à part entière de la reconquête de leur gloire passée, quand les Moldus n'étaient que de pauvres individus ignorants et tellement inférieurs !

C'est pourquoi, quand leur Ministère avançait parmi eux, traversant l'Atrium comme il le faisait chaque jour depuis un an tout en leur accordant un regard magnanime, sa longue robe effleurant les dalles de marbre polies par le temps et sa canne frappant le sol en soutenant sa démarche altière, ils s'inclinaient, souriaient, ravis de faire partie de cette importante œuvre salvatrice. Et si, par un quelconque hasard, le Grand Gouverneur était présent lui aussi, leur motivation et leur ardeur n'en étaient que plus fortes. Ils faisaient partie de ce grand organisme qu'était le Ministère de la Magie et feraient tout pour seconder leurs sauveurs dans leur quête de restauration.

Que de foutaises.

Ils s'inclinaient. Répondaient au plus vite à leurs demandes. Faisaient leurs tâches telles qu'on leur avait confiées. Cherchaient à s'attirer les faveurs de ceux qui les dominaient. Certains montraient leur zèle. D'autres vomissaient leurs compliments et leur soutien.

Mais, contrairement à la plupart des Mangemorts qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez, il en fallait bien plus pour que Lucius Malefoy ne ferme les yeux.

Oui, dans les couloirs du Ministère, on faisait front. Sous la cape des sorciers, la discorde et le doute étaient encore bien trop présents. Thémis, depuis le début, avait planté les graines de la résistance et en avait récolté certains fruits. Puis Potter et ses petits amis avaient continué à répandre l'engrais nauséabond de la rébellion. Et ce n'était pas Lord Voldemort et son comportement actuel qui allaient empêcher ce verger de résistance civile d'être plus abondant.

Lucius avait beau garder la tête haute, il savait que la situation pouvait très prochainement dégénérer. L'étau semblait se resserrer de jour en jour. Pour l'instant, il gardait la main sur le Gouvernement et sur la vie politique. Pour l'instant, la société sorcière le suivait encore, le regardait avec les yeux d'un enfant à qui l'on promettait monts et merveilles. C'était à lui qu'on attribuait les avancées sociales et restauratrices. C'était son nom qui était cité quand on parlait des réformes qui avaient discrètement bouleversé la vie des sorciers sans qu'ils ne s'en rendent totalement compte. Et malgré les batailles acharnées de Thémis, de cette Hermione Granger qui leur avait échappé il y a des mois, il gardait la main sur leur lutte. Lui, et lui seul.

Cependant, il restait l'homme de main du Lord. Officiellement, et bien que n'ayant qu'un rôle représentatif, le Lord Noir tenait le monde entre ses mains. Le monde sorcier britannique. Et par ses représentants à l'étranger, le Monde Sorcier Européen.

L'aristocrate, de par sa position à la tête du Gouvernement, était le premier contact des Présidents des Assemblées, des Chanceliers et autres systèmes. Il savait ce qui se passait ailleurs. Il savait en quel état se trouvait le continent.

Il savait à quel point les autres factions étaient imbéciles.

Quand l'Assemblée Nationale Sorcière Française avait été dissoute et en faveur aux partisans de Voldemort, quand l'Allemagne avait elle-même élu son Chancelier qui soutenait leur cause, quand le coup d'état italien avait placé un Presidente del Consiglio dei Ministri qui louait ouvertement un culte au Lord… Quand tous ces pays étaient tombés sous la coupe de ses idéaux en cette année 1998 passée, Lucius avait cru que son rêve se réalisait enfin. Que la pureté du sang allait redevenir la priorité dans leur Monde, que la magie allait revenir à ses ayants droit légitimes. Tous luttaient dans le même sens, avaient les mêmes objectifs.

Mais seul le Royaume-Uni avait commencé à prendre de prudentes distances avec le Lord. Ailleurs, il était toujours proclamé exemplaire. Toujours adulé et loué comme celui qui était au-dessus de tout, comme celui qui dirigeait les réformes et la purification de leur monde.

Des imbéciles. De parfaits crétins qui n'allaient que se saborder eux-mêmes et leurs objectifs s'ils maintenaient leur cap sans voir l'iceberg meurtrier qu'était devenu Lord Voldemort.

Pourtant, Jonathan leur laissait des indices. Pointait du doigt ses actions folles sans jamais le remettre clairement en cause.

Ne pouvaient-ils voir ce qui se passait au Royaume-Uni ? Ne pouvaient-ils voir que celui qu'ils suivaient aveuglément – tout comme Lucius et les siens l'avaient fait dès le départ – allait aujourd'hui devenir celui qui les précipiterait dans leur chute ?

Il suffisait d'un homme, d'une femme du peuple qui se soulève contre les crimes de Voldemort, qui montre qu'il n'agissait pas dans leur bien à eux, sorciers, pour que tout s'effondre comme un vulgaire château de cartes. Pour que ces Gouvernements qui avaient réussi à prendre le pouvoir ne perdent toute leur légitimité et ne soient destitués, éradiqués.

Ce que Lucius devait absolument éviter ici. Ce qu'il s'efforcer de faire sans trop risquer sa propre place. Sans risquer que le Lord ne le considère comme un traître et ne se débarrasse de lui.

Non, le monde sorcier britannique avait besoin que Lucius Malefoy reste à sa tête. Pour son propre bien.

Serrant la main sur le pommeau de sa canne, il s'enfonça dans les profondeurs du Ministère en direction de son bureau. Sa prochaine proposition de loi, visant à entériner les Grandes Réformes Magiques, était enfin prête. En un sens, il devrait remercier Thémis de l'avoir poussé dans ses derniers retranchements et de l'avoir obligé à s'assurer qu'elles seraient dorénavant inattaquables. Des mois de lutte politique, de failles et de textes judiciaires ancestraux qui lui avaient été renvoyés en pleine face à chaque fois. Des mois à essayer de clôturer le premier acte des réformes, à rendre ses Lois Sanguines incontournables, à faire en sorte que le monde sorcier ne puisse plus jamais s'ouvrir à la moindre impureté de la part du monde moldu… Lucius ne put empêcher un sourire satisfait de se glisser sur ses lèvres. Oui. Il tenait enfin le bon bout.

L'homme arriva à son bureau dans le couloir désert, murmura l'incantation qui en verrouillait l'accès à quiconque n'y était pas autorisé puis tourna la poignée et s'introduisit.

Avada Kedavra !

Lucius Malefoy se figea alors qu'une vive lumière rouge l'enveloppait.

Debout devant le bureau, l'air déterminé, mais les traits tirés de quelqu'un qui n'avait pas dormi de toute la nuit, Pansy Parkinson brandissait sa baguette avec le sourire dément de quelqu'un qui n'attendait que de hurler ces mots. À ses pieds, le chatoiement d'une cape d'invisibilité abandonnée pour faire en sorte que sa victime sache parfaitement qui la tuait.

Puis, dans la même seconde, le craquement du bois qui explose et la lumière rouge qui se diffracte soudainement à travers la pièce, le sourire de Pansy qui se fane et ses yeux qui s'écarquillent d'effroi.

Puis, dans la seconde suivante, la main tremblante de Lucius Malefoy qui sort sa baguette des restes de sa canne brisée et la pointe sans attendre vers la jeune fille qui ne pensa pas à bouger à son tour.

Stupéfix.

Elle se figea et fut projetée lourdement par-delà le bureau et contre la chaise de velours où elle s'affaissa comme une poupée brisée. Lucius secoua sa baguette pour la débarrasser des éclats de bois de sa canne qui y étaient restés incrustés quand l'artefact de magie noire contenant les Protego Sorbere salvateurs, renouvelés et ajoutés par chacun de ses propriétaires dans la famille Malefoy, avait explosé sous la force de l'Impardonnable. Lucius savait que le sortilège n'était pas conçu pour résister à l'incantation mortelle et jamais il ne serait attendu à ce que sa protection familiale ne trouve telle fin tout en lui évitant la sienne.

D'un geste prudent qui lui permit de retrouver un peu de son calme, il referma totalement la porte et apposa plusieurs sortilèges de verrouillage, gardant un œil sur la jeune femme. Une fois assuré que personne ne puisse à nouveau rentrer, il lui lança un Incarcerem et analysa la situation.

Pansy avait été présente avec une cape d'invisibilité avant qu'il ne condamne l'accès à son bureau pour la nuit.

Pansy avait attendu son retour et avait essayé de l'assassiner sitôt entré.

Pansy avait prémédité son acte.

Pansy obéissait.

Il se dirigea vers la cheminée.

oOo

Oxford

Le corps de la jeune femme reposait sur la causeuse verte de la chambre. Elle bougea légèrement, sa conscience revenant peu à peu, prenant la place des rêves troubles qui emplissaient son esprit. Elle devina une main sur son front qui repoussa les mèches brunes et elle se sentit froncer les sourcils, un mal de tête poindre à l'horizon.

— Pansy ?

Miss Parkinson a attenté à ma vie.

Elle geignit légèrement en portant un bras sur ses yeux, chassant dans le même temps la main qui se trouvait là. Elle connaissait la voix.

— Pansy, tu m'entends ?

Le Lord se méfie et veut m'éliminer. Nous devons accélérer.

Le moelleux des tons graves qui étaient dans ses oreilles lui parut familier, presque… réconfortant. Oui, elle savait qui lui parlait, elle avait longuement fréquenté la personne. Pansy se força à rabaisser son bras et ouvrir prudemment les yeux.

—Mr Nott ?...

Jonathan, ramène-la chez toi.

Les yeux sombres de son ex-futur-beau-père la rassurèrent légèrement et il s'écarta d'elle, la laissant se redresser avec précaution.

— Tu es venue tout à l'heure et tu t'es assoupie dans la chambre de Théo.

Pansy regarda autour d'elle et reconnut enfin les lieux. C'était la chambre où elle avait passé tant de temps avec son ancien ami et fiancé, où elle avait passé des nuits à… des nuits à ?

— Tu as dit que Théo te manquait et tu es venue, continua Jonathan d'une voix neutre.

— Oui, je suis venue… il me manquait ?

Nous allons la manipuler.

Ah, oui. Théo. C'est vrai qu'il lui manquait. Pourtant, il lui semblait qu'elle faisait quelque chose… Elle reposa les pieds au sol, essaya de focaliser son esprit sur ce qu'elle était en train d'oublier.

— Je vais devoir te laisser, Pansy, dit l'homme en lissant les plis de son veston noir. Je dois passer au journal puis j'ai rendez-vous avec Lucius Malefoy.

— Lucius Malefoy ?

Nous ne pouvons pas lui faire oublier sa mission. Mais maintenant que la legilimencie a répondu à tout ce que nous voulions savoir, autant se servir d'elle.

Oui, la mission. L'ordre du maître d'assassiner le Ministre de la Magie. Peu à peu, les souvenirs lui revinrent et elle refit le chemin de sa journée. Elle était allée au Ministère la veille. Elle était entrée dans le bureau sous sa cape d'invisibilité puis elle s'était laissée enfermer. Puis l'occasion n'était jamais venue. Et elle s'était souvenue de Théo. Un élan d'émoi lui traversa le cœur à la pensée de celui qu'elle n'avait pas su chérir.

La main de Jonathan Nott se posa sur son épaule et leurs yeux s'ancrèrent dans ceux de l'autre.

—Tu peux rester si tu le souhaites, offrit-il. Tu es ici encore chez toi.

— Merci Mr Nott…

Puisque le Lord se sert de cette petite idiote comme d'un pion, nous allons en faire le nôtre aussi.

L'aristocrate lui sourit et la relâcha, se détourna et sortit de la pièce. En fermant doucement la porte derrière lui, il lui sembla entendre un soupir languissant et il ne cacha pas le rictus qui tordit ses traits, ravala cependant la colère sourde qui lui donnait envie d'éventrer cette imbécile qui avait failli faire tomber le monde sorcier dans le chaos. Pendant quelques instants, il songea avec fascination au pouvoir de l'esprit et de sa manipulation quand on ne possédait pas la force mentale nécessaire pour s'en défendre.

Dorénavant, Pansy était sous leur coupe.

Elle oublierait que la tentative d'assassinat de Lucius était en cours sous quelconque prétexte. Elle oublierait qu'elle n'avait des comptes à rendre qu'à son Lord bien-aimé. Elle oublierait que Théodore n'était qu'un traître qui aurait dû mourir il y a des semaines déjà. Avec un peu de chance, en bonus, elle servirait à retrouver ce bon à rien et lui permettrait de définitivement le punir comme il se devait, puisqu'il ne pouvait pas employer la même incantation que les Malefoy préparaient pour faire revenir leur fils.

Jonathan quitta sa demeure. Les choses s'accéléraient.

oOo

28 avril 1999

12, Square Grimmaurd

Londres

Harry se roula avec délectation dans la couverture chaude qui l'enveloppait. Le matelas et l'oreiller dans lesquels il s'enfonçait lui semblaient encore bien trop oniriques et bénis pour appartenir à la réalité. Soupirant de bien-être dans l'état pré-éveillé qui était maintenant sa condition, il remonta le tissu jusqu'à ses joues, savoura la chaleur et le confort, se roula à nouveau sur lui-même comme pour s'enfermer dans un cocon de sécurité dont il ne voulait plus sortir. À ses côtés, un grondement se fit entendre et il se sentit soudainement basculer en sens inverse, son écrin lui être arraché. Il ouvrit les yeux, sur le qui-vive, et chercha pendant une seconde paniquée sa baguette. Un bras agacé s'abattit sur son torse et l'obligea à rester couché.

— 'rrête de prendre la couverture, Potter.

Sa respiration et sa panique se calmèrent aussitôt quand la menace fut associée à son grincheux de partenaire. L'autre membre sur les yeux et la tignasse ébouriffée, Drago se réveillait à peine, le torse hâtivement caché par le tissu qu'il avait difficilement récupérée. Harry se détendit et dégagea le bras du blond pour le passer sous sa tête puis revient se caler contre lui, rabattant correctement la couverture sur eux deux cette fois-ci. Drago lâcha un grognement appréciateur et ramena Harry contre lui, le serrant contre son flanc. Il soupira de contentement en sentant le Gryffondor l'enlacer, prêt à reprendre sa grasse matinée.

— Non Potter, je suppose que c'est l'heure.

— On est vraiment obligés ? rechigna-t-il en essayant de retrouver son état léthargique d'il y a quelques instants.

Une main se glissa dans ses cheveux et joua légèrement avec les mèches épaisses, tentant inutilement de les démêler. Harry n'avait vraiment pas envie de quitter la sécurité de son étreinte. Drago retira le bras qui le protégeait de la lumière qui filtrait à travers les épais rideaux rouges et attrapa sa baguette, lança un Tempus qui l'informa de l'heure. Avec un nouveau soupir en voyant qu'il était presque neuf heures, il reposa l'objet et se tourna pour mieux enlacer son brun. Harry frissonna en le sentant entremêler leurs jambes et déposer les lèvres sur son crâne, sa main effleurer le long de son épaule jusqu'à ses reins, les caressant délicatement.

— Cinq minutes, souffla-t-il en reprenant ses baisers, les glissant sur la tempe puis la mâchoire du brun.

Harry n'en demandait pas moins. Il entoura la taille de son petit-ami, se cachant totalement contre lui, sous la couverture et savoura les quelques minutes de répit qui leur étaient accordées, effleurant et câlinant le corps qui était contre le sien. Le retour à la réalité serait bien trop rapide, il ne voulait pas perdre une seconde pour déguster l'instant.

Il bougea légèrement de bien-être, sentant les mains chaudes contre son corps, sentant les lèvres embrasser les surfaces auxquelles elles avaient accès, sentant une jambe serrer la sienne… Un nouveau soupir lui échappa avant qu'il ne fût avalé par un baiser de Drago qui le plaqua contre le matelas, sous sa personne presque parfaite. Oui. Dans la sécurité de la chambre de Sirius qui était devenue maintenant la leur, il apprécia les moments qui leur étaient accordés et ne voulait pas sortir affronter le monde.

Un toc contre la porte le coupa dans sa redécouverte du corps de Drago et il geignit en stoppant ses mains dans le boxer qui servait de pyjama à son petit-ami. Le blond soupira et rompit leur baiser, légèrement frustré.

— Si vous voulez manger, il serait temps de se lever !

— C'est bon, Weasley, on se lève !

Pas de réponse. On leur laissait la décence de s'habiller plutôt que d'ouvrir leur porte, contrairement à leur premier réveil au Square. Personne n'avait franchement apprécié. Ni Drago et Harry coupés en pleine gâterie, ni Ginny qui avait été envoyée pour les tirer du lit.

Harry retira les mains des fesses où elles se trouvaient et leur donna une légère claque.

— Allez, descends de là, dit-il à regret.

Un dernier baiser lui fut volé avant que Drago ne roule à côté de lui et ne s'asseye, chassant rapidement l'érection matinale qu'il aurait préféré mettre à profit. Peut-être ce soir si cette fois ils ne tombaient pas raides morts dans la douceur du matelas qui leur avait tant manqué… Il se laissa faire quand Harry se pencha par-dessus son épaule et l'embrassa sur la joue puis se leva, essayant de se motiver pour enfiler le jeu de vêtements plutôt propres qui étaient devenus les siens au fil des approvisionnements dans la Réserve. Drago observa ses lignes quelques secondes avant d'en faire de même. L'instant était passé.

Une fois prêts, Drago attrapa la main d'Harry et les fit descendre dans la cuisine où les attendaient sans aucun doute le reste des nouveaux habitants du Square. En les voyant entrer, Seamus leur fit de grands signes en fin de table pour leur signaler où il leur avait gardé de quoi déjeuner. L'aristocrate se glissa sur la chaise devant lui et Harry en fit de même, se dépêchant d'attraper les dernières saucisses qui n'avaient pas encore été dévorées par la foule. Jin Lei, face à lui, sourit dans sa tasse de thé.

— Deuxième fois que vous avez failli ne rien avoir, fit-il remarquer en poussant vers lui la panière de pains.

— L'attrait d'un bon matelas et d'une vraie nuit de sommeil dans un vrai lit, je comprends, déclara Blaise d'un ton docte avec la tête de celui qui n'était pas réveillé depuis bien plus longtemps.

Jonas, l'air tout aussi peu présent que ses comparses qui l'avaient devancé de peu, traversa l'intégralité de la pièce, se laissa tomber tout en bout de table, présidant l'assemblée des derniers levés à la gauche d'Harry.

— Je n'ai pas dormi dans un vrai lit depuis juillet. Évidemment que s'en sortir reste compliqué, surtout les premiers jours. En plus, continua-t-il en désignant vaguement Harry et Drago qui attaquaient leur petit déjeuner, ces deux-là découvrent enfin les joies du lit commun. J'aimerais tellement faire de même avec Mademoiselle Oriane, mais elle ne cède pas à mes avances.

Harry manqua de recracher le jus de citrouille qu'il avait commencé à boire alors que Drago, rougissant, envoyait un bout de pain à la tête de Jonas qui se contenta de l'attraper au vol avec sa bouche.

— Occupe-toi de tes fesses, Jonas, grommela-t-il.

— Avec une telle attitude, pas étonnant… commenta Jin Lei tout en s'amusant de la gêne des jeunes hommes.

— Non, ce matin il n'y avait pas de bruits bizarres derrière la porte contrairement à hier, se contenta de rajouter Ginny en se glissant au coin de la table à côté de Jonas une fois qu'elle eut fini de réveiller tout le monde dans la demeure.

Harry se décala légèrement sur sa droite pour lui laisser plus qu'un petit coin, sa gêne immédiatement oubliée pour être remplacée par un élan de peine et de culpabilité.

— Harry, tu me passes la panière ? lui demanda-t-elle comme si de rien n'était. Elle est trop loin.

Trop loin. Évidemment qu'elle était trop loin. Elle était entre Drago et Harry. À droite. Et Ginny ne pouvait pas l'attraper.

Parce que Ginny n'avait plus de bras droit.

Là où aurait dû se trouver le membre de la jeune fille, la manche de son pull pendait lamentablement, inexorablement dirigée vers le sol par l'action de la gravité, suivant le peu d'os et de muscles qui lui restait de ce côté.

Harry s'empressa de lui faire passer la panière, ravalant toute parole malheureuse ou compatissante qu'il pourrait avoir.

Un Sortilège de Nécrose, avait-elle expliqué quand les membres de l'Ordre avaient enfin pénétré l'ancestrale demeure Black et avaient découvert ses deux habitants. George a coupé aussi vite qu'il a pu, s'était-elle contenté de dire alors que le visage de son aîné avait pris des plis plus durs et plus réels que le sourire enjoué et soulagé qu'il leur présentait depuis leur retour, partagé entre rage et culpabilité, son bras enlaçant les épaules de sa sœur de manière protectrice.

Leur histoire était tristement aussi simple que celle que nombre d'entre eux avaient vécu ce jour-là.

La défaite. La fuite précipitée avec la personne la plus proche d'eux à ce moment-là. La mise en sécurité la plus rapide possible. La plus efficace possible.

George, en joue, avait vu sa sœur se faire torturer par un Sortilège de Nécrose, une baguette plantée dans sa main pour faire partir lentement l'affliction, les doigts, la paume, la main. L'onde dorée avait jailli des artefacts protecteurs que leur avait fournis Drago avant qu'ils ne se consument. Il avait empoigné Ginny, sanglotant, par l'épaule. Ils avaient transplané sur le perron du 12, Square Grimmaurd. George avait fait entrer sa sœur brutalement. Puis il avait dû, dans les secondes qui avaient suivi, prendre deux décisions.

Sauver sa sœur.

Empêcher quiconque de les suivre.

Le reste était incohérent. George ne se souvenait plus clairement de ce qu'il avait fait, son esprit avait été embrumé par la panique, la détermination et la culpabilité. La fatigue physique et magique. Il ne savait plus l'ordre. Il ne savait plus exactement comment.

Il avait lancé le sortilège de Fidelitas qu'il avait longuement étudié avec Fred dans l'éventualité de l'utiliser un jour. Il avait coupé toute possibilité qu'un ennemi ne les atteigne. Tout en coupant toute possibilité à leurs alliés, leurs amis, leur famille de venir se réfugier ici.

Puis c'était le bras de Ginny qu'il avait coupé. Son bras avait nécrosé jusqu'au coude.

Ni l'un ni l'autre ne se souvenait si ça avait été fait de manière magique. Ou pas.

Il y avait eu du sang. Des hurlements de douleur à se briser les cordes vocales. Des pleurs. Le parfum de la chair brûlée pour cautériser. Les vomissements.

Puis l'infection, la fièvre, les hallucinations.

Des pleurs et encore des pleurs.

Sans les réserves médicales qu'avaient accumulées l'Ordre dans les lieux et l'aide précieuse de Kreattur, la situation finale aurait été bien différente.

Une fois qu'il eut fini, avec sa sœur qu'il ne lâchait pas malgré la présence rassurante des siens, George refusa d'en reparler. Personne ne le força à faire autrement. Leur père s'était contenté de les enlacer tous les deux, de leur dire qu'ils avaient fait ce qu'il fallait pour rester en vie.

Depuis, George était redevenu tout sourire. Plaisantant à tout va dès qu'il le pouvait. Se délectant du retour de sa famille et de ses amis. Enlaçant tous ceux qui passaient. Se réjouissait de leurs retours et parlait avec hâte du moment où ils se retrouveraient tous. Après tout, il ne manquait plus que Fred et leur famille serait réunie. Et si lui avait pu s'en sortir, évidemment que son jumeau était tout aussi malin pour avoir trouvé une bonne planque.

Ginny, quant à elle, gardait la tête haute tout en prenant soin de son frère d'abord, puis des autres maintenant. Elle retrouvait avec plaisir la compagnie humaine, elle qui n'avait pas pu sortir depuis un an. Elle apprenait à manier sa main gauche comme si ce qui lui était arrivé n'était qu'un banal accident. Elle refusait l'aide de tous exceptée de George. Elle ne voulait pas qu'on la voie comme inutile ou comme un poids mort, comme une petite fille qu'on devait maintenant prendre en pitié à cause de son handicap.

Harry n'était pas certain qu'elle n'accepte la situation que pour éviter à George de s'effondrer sous le poids de ses actions. Harry n'était pas certain que George se remette un jour de toute cette culpabilité, même si ses choix drastiques leur avaient offert un abri plus que sûr.

Tout ça parce que Harry n'avait pas réussi à accomplir la prophétie à vaincre Voldemort. Tout ça parce qu'il avait été faible.

Mais l'était-il moins maintenant ?

Ses pensées furent rapidement interrompues par le bruit soudain d'une dispute qui éclatait à l'étage. Les têtes se tournèrent vivement vers le plafond d'où provenaient les voix.

— … Ron ? reconnut Harry, perplexe.

La mine de Jonas s'assombrit et il poussa un morceau d'omelette du bout de sa fourchette.

— Elle lui a dit.

Harry, perplexe, le regarda.

— Qui lui a dit quoi ?

Il se tendit en entendant la voix de sa meilleure amie répondre tout aussi fortement. Ron et Hermione ? Se disputer ? Harry se leva vivement. Ce n'était plus arrivé depuis leur départ de Poudlard, et à l'époque leur vie n'était pas aussi immédiatement en danger. Ce n'était pas normal. Jonas soupira puis repoussa son assiette et se leva, partagé.

— Allons-y, on doit se réunir à la Réserve, elle nous expliquera là-bas.

Harry ne l'écouta pas davantage et quitta la pièce sous les regards plus que curieux et concernés des autres.

— …rrive pas à croire que tu veux faire ça ! Tu es folle !

Je n'ai pas le choix !

Folle !

Sur le chemin vers le salon d'où s'élevaient les voix de ses meilleurs amis, il croisa Madeleine dont le visage était fermé, mais déterminé. D'un coup d'œil et d'un mouvement de tête, elle essaya de le dissuader d'entrer dans la pièce, mais il n'y fit pas attention et elle soupira, descendant à son tour dans la cuisine pour emprunter la cheminée. La dispute continuait, le ton montant crescendo.

— Il est hors de question que je te laisse faire, putain !

— Ron, je ne te demandais pas la permission, je t'informais juste en premier lieu.

Le bruit d'une chaise qu'on renverse et qui se casse sous la force de l'impact le poussa à accélérer et il entra dans la pièce, légèrement échevelé.

— Il se passe quoi, là ?

Hermione ferma les yeux et pinça les lèvres, mécontente de le voir débarquer alors qu'elle aurait voulu éviter ça.

— On en parlera quand on sera t—

— Elle veut aller voir Malefoy en personne et en public !

Le brun se figea sur place, incrédule. Presque inconscient du mouvement que faisait son corps il se tourna vers elle.

— Tu quoi ?

— C'est pour ça que je n'aurais pas dû te le dire avant, Ron, marmonna-t-elle entre ses dents serrées.

Elle ferma les yeux et inspira profondément alors que l'horreur des paroles de Ron faisaient route dans le cerveau d'Harry, jusqu'au moment où il comprit réellement.

— Non, mais tu es malade ?! cria-t-il à son tour.

Ron leva les bras vers le ciel comme s'il n'avait jamais entendu parole plus sage.

— C'est ce que je lui ai dit, c'est hors de question !

Le visage de la jeune femme se referma et prit un air sévère malgré les légères larmes qu'ils pouvaient voir poindre au coin de ses yeux. Elle se détourna de son amant et se dirigea d'un pas ferme vers la porte, poussant Harry qui était encore trop stupéfait pour résister et l'empêcher de sortir.

— On en parle tous ensemble à la Réserve. On nous attend.

Elle les planta tous les deux là, incrédules, malgré Ron qui redonnait de la voix pour lui ordonner de revenir et de s'expliquer mieux que ça. Harry, lui, sentit son cœur se serrer et son corps légèrement trembler, jusqu'à ce qu'il ne se force à fermer les poings.

Affronter directement Lucius Malefoy ?

oOo

Hermione n'avait pas menti. Son plan consistait bien à affronter directement le Ministre, sur son propre terrain, à visage découvert.

Les Lois Sanguines de Lucius Malefoy étaient prêtes. Thémis arrivait au bout de sa contre-attaque politique et cette fois-ci, une simple intervention par écrit auprès du Magenmagot ne suffirait pas. Non seulement elle devait davantage se mettre en danger pour le bien de la communauté sorcière, mais en plus sa fenêtre d'action était très courte, précipitée.

Le Ministre de la Magie l'avait annoncé : il avait de grandes nouvelles pour sa population et il comptait profiter des célébrations de la Restauration du Monde Magique Britannique pour les dévoiler.

Le 2 mai 1999

Triste anniversaire pour eux, jour de gloire pour le camp adverse. Évidemment qu'il n'allait pas laisser passer une telle date sans en tirer profit. Non seulement le Chemin de Traverse et Poudlard seraient en fête, un jour férié offert à tous, mais en plus il poserait le dernier clou sur le cercueil xénophobe et sectaire qu'était en train de devenir la société sorcière. Face à la foule en liesse, à son peuple, il exposerait les dernières lois, retravaillées, inattaquables qui concluraient les Réformes Magiques.

Son plan, comme elle l'avait présenté et établi avec Severus et Madeleine en alliés, était simple. Malefoy monterait sur le podium devant Gringotts pour s'adresser au monde. Elle en ferait de même pour lui répondre et s'assurer que ses desseins n'aboutissent pas. Pour rappeler, autrement que par les journaux, que quelqu'un se battait pour eux. Que la menace ne venait pas que du Lord Noir mais aussi bien de leur Ministre de la Magie.

Si elle ne le faisait pas, les Réformes seraient terminées. Les Nés-Moldus, les Sangs-Mêlés seraient définitivement privés de leurs droits et revenir en arrière serait extrêmement difficile. Long. Impossible.

Dans les profondeurs d'Abbey Road, quand tout le monde fut présent pour assister à ce qui s'apparenter davantage à un conseil de guerre qu'une simple réunion, les récriminations furent nombreuses. Apparaître en public ? Confirmer son identité et donner sa position ? S'offrir au camp adverse ?

De la pure folie. Nombre d'entre eux étaient définitivement et fermement contre ce plan, notamment dans les anciens étudiants qui étaient les amis d'Hermione et qui ne souhaitaient absolument pas qu'elle se mette ainsi en danger.

Mais ceux qui concédaient qu'il était nécessaire d'intervenir à cette date étaient tous aussi nombreux. Et pas uniquement parmi les adultes ou les plus expérimentés.

Évidemment, comme Severus s'y était attendu en aidant Hermione sur ses dernières recherches, quand elle s'était rendu compte de l'impasse dans laquelle Lucius Malefoy l'avait poussée, la scission se faisait principalement entre Gryffondors et Serpentards.

Mais là où leur maison aurait dû faire d'eux les étendards du courage, ils se comportaient en lâches et en couards. Ces imbéciles ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en fin de partie politique. De l'autre côté, les Serpentards, longuement éduqués depuis leur plus tendre enfance aux jeux de pouvoir et de lutte, voyaient parfaitement qu'il s'agissait là de leur dernière action. Que si Lucius Malefoy n'était pas arrêté maintenant, il en serait fini de leur monde tel qu'ils le connaissaient et qu'ils voulaient le défendre.

Les jeunes Weasley plus particulièrement, ainsi que Potter – évidemment – étaient farouchement opposés à l'idée que leur précieuse amie ne se mette sur le devant. Severus ne s'était pas attendu à autre chose de leur part. Spinnet et Bell tout comme Finnigan et Crivey étaient de leur côté, forcément. Lupin joignait leur bande tout comme, étonnamment, Esat et Oriane.

Jonas et Luna paraissaient partagés, mais résignés.

Cependant, ce fut à nouveau Neville qui le surprit.

Sa lèvre pincée, le regard passant de Gryffondor à Gryffondor, il sembla déglutir, chercher ses mots, puis intervint.

— Ok.

Cela sembla couper la chique à Weasley junior dont le visage tourna plus rouge que ses cheveux et dont les poings se fermèrent.

Ok ?! Neville, tu déconnes ! Je refuse d'envoyer Hermio—

— On va pas « l'envoyer » sans rien ! se dépêcha de continuer Neville. Mais vous comprenez pas. Les lois sorcières, on les modifie pas comme on veut. Une fois qu'elles sont passées, il faut des années, des décennies pour revenir dessus.

Intérieurement, Severus remercia Augusta qui devait être à l'origine du semblant d'éducation politique de son petit-fils. Ce fut Drago qui reprit la parole en enfonça le clou.

— Si mon père arrive à faire ce qu'il souhaite – ce qu'Hermione empêche depuis six mois, je vous signale – autant considérer qu'il a gagné et que la société sorcière britannique est perdue. Même si on bat Voldemort, ce sera terminé.

La jeune femme sembla se détendre légèrement en entendant d'aussi clairs soutiens. Elle avait parfaitement compris, dès l'instant où elle avait dit à Severus qu'elle était au pied du mur, qu'elle devrait affronter les siens avant même les membres du gouvernement. Se savoir moins isolée lui retirait un poids des épaules. Jonas soupira et se frotta sa nouvelle barbe.

— Vous avez pas bossé comme on l'a fait depuis que je l'ai sortie de Sainte-Mangouste… si Herm' dit qu'elle a pas le choix, c'est qu'elle a pas le choix, dit-il plus particulièrement à l'attention de Harry et de Ron.

— Nous avions prévu de larguer sur la ville les affiches de recherche des Mangemorts ce jour-là pour gâcher leur fête, reprit Madeleine les bras croisés. Nous organiserons la sécurité d'Hermione et nous ferons tout pour pouvoir la sortir de là au moindre événement dangereux.

Ron grommela que la situation était dangereuse dès le départ et croisa les bras, ses doigts se plantant dans son pull de laine jaune. Son inquiétude était à peine cachée sous une bonne couche de colère, mais il sentait le vent tourner. Il n'allait pas avoir le choix. Hermione reprit plus doucement, s'adressant clairement à lui.

— Crois-moi, ça ne me fait absolument pas plaisir de sortir à l'air libre pour la première fois depuis un an de cette manière-là. Mais je n'ai pas le choix.

Il ferma les yeux et se massa les tempes, se mordit la lèvre jusqu'au sang. À côté de lui, Potter était devenu plus pâle qu'il ne l'était déjà, son regard hanté derrière ses lunettes rectangulaires à l'idée de mettre ainsi sa meilleure amie en danger. Des regards s'échangèrent, des doutes et des peurs tues, mais pourtant bien présentes, le poids de la décision se faisant sentir sur leurs traits tirés.

La vie d'Hermione contre le destin du monde sorcier.

Ce fut le roux qui céda en premier, ravalant sa fureur et tout son être qui lui hurlait de ne pas accepter.

— On la laisse pas y aller si on n'a pas un plan béton, lâcha-t-il d'un ton qui ne souffrait aucune contradiction.

Comme si sa parole marquait l'abandon de toute lutte, l'atmosphère changea, se fit plus solennelle, moins belliqueuse. Ron tremblait, mais se tenait droit, transformant ses doutes en conviction et en assurance. Severus reprit la parole et le regarda droit dans les yeux comme pour sceller l'accord.

— Nous mettrons tout en place pour sa sécurité, évidemment. Miss Granger affrontera Lucius Malefoy devant la population, mais nous serons en renfort au moindre instant.

Intérieurement, Harry avait envie de hurler, de vomir.

Combien de personnes qu'il aimait allaient encore se mettre en première ligne avant qu'il ne joue définitivement son rôle ?