Salut la compagnie ! Comme annoncé sur mon Facebook, nous sommes le 9, et voici le chapitre suivant de ma fanfiction. Comme d'habitude, merci pour les reviews, et j'espère que cette suite vous plaira. Il s'y passe des choses nouvelles, et j'avoue apprécier faire quelque chose de différent, pour une fois !
En ce qui concerne la suite, le chapitre suivant n'est pas encore commencé, mais je ne sais pas encore si je vais écrire sur cette histoire ou une autre dans les jours à venir, donc je ne vous promets rien. Dans tous les cas, cela dit, vous aurez la suite, c'est promis :D
En attendant, bonne lecture, et à pluch', chers lecteurs et lectrices !
Disclaimer :
La plupart des personnages sont à M. Kishimoto, mais j'y ai mêlé de mon imagination, surtout pour les personnages secondaires. L'histoire se déroule en France, par soucis de maniaquerie. Ainsi, au moins, je suis sûr de connaître le système scolaire.
Chapitre 33 :
Je suis gay.
Samedi 8 février
La semaine s'est terminée tranquillement. Enfin, si l'on exclut mon état émotionnel. La nouveauté se fait en effet toujours ressentir et je me sens d'excessive bonne humeur. Autant dire que ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Le seul truc qui me chiffonne encore reste cette histoire avec Yahiko. Alors oui, j'ai décidé que ce n'étaient pas mes oignons, et je n'aborderais pas le sujet par pure curiosité, mais si la situation s'y prêtait, je prévois de lui poser la question. Cela dit, en attendant, je me fais la promesse de ne pas ruminer dessus, parce que ça n'a pas l'air de lui poser problème. En plus, ça pourrait être vrai, tant qu'il ne fait de mal à personne, je n'ai rien à redire sur le sujet. Je veux dire, il est jeune, il a le droit de flirter ou… de s'envoyer en l'air s'il en a envie, non ? Assez fier de moi lorsqu'il a fallu prendre une décision que je considère comme mature, ma vie se poursuit donc, Omoï étant la principale attraction du moment.
Début d'après-midi. Chez moi, je m'occupe pour l'instant d'Akamaru qui, sans comprendre les tenants et aboutissants, a bien vu qu'il se passait quelque chose de chouette dans ma vie, lui aussi. Là, il est sur le dos, les quatre fers en l'air, à me quémander des caresses en poussant des grognements de bien-être, sous l'œil amusé de ma sœur.
- Ton chien est comme toi, se moque-t-elle. Il n'a aucune tenue et il est insortable.
Je ricane, mais ne me rebelle pas. Après tout, je suis assez conscient de ma personne pour savoir que, en effet, ce ne sont pas les normes sociales qui m'empêcheront de faire un truc juste parce que, soi-disant, ça ne se ferait pas.
Alors que, accroupi, mes doigts s'activaient encore dans la fourrure de mon compagnon canin, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche et le sors, machinalement. En remarquant que j'ai reçu un message d'Omoï, ma concentration redouble toutefois d'intensité et j'affiche un sourire. Je me relève en ouvrant le message.
« Je sais que je préviens au dernier moment, mais je n'avais pas spécialement envie que tu te prennes la tête. Je préfère si on reste comme d'habitude, et je suis en bas de chez toi. Dispo pour le fameux… rencard ? :p »
Je perds mon sourire, et sens la panique monter. Hana le voit tout de suite.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiète-t-elle.
- Omoï est en bas de l'immeuble, dis-je sans quitter l'écran des yeux, cherchant à vérifier que je n'ai pas compris un truc de travers. Il veut qu'on sorte. Genre, tout de suite.
Cette fois, c'est elle qui ricane.
- Tu m'as fait peur, me reproche-t-elle malgré tout. Mais non, c'est juste mon petit frère qui va à son premier rendez-vous galant.
- Juste ? répété-je. Juste ? Il dit qu'il ne voulait pas que je me prenne trop la tête sur ma préparation, mais je ne suis pas prêt du tout, là !
Ma réaction ne fait que déclencher d'autres rires.
- Ecoute, Kiba, fait-elle, cherchant les bons mots pour me mettre à l'aise. Je sais que c'est un peu stressant au début, mais tu le connais déjà, ce n'est pas un inconnu. Si ça te peut te rassurer, tu es toujours aussi canon que d'habitude, tu sors de la douche, et je peux même te filer un peu d'argent pour l'après-midi. Tout va bien se passer, frérot !
Je détache enfin mon regard du téléphone et l'observe. Elle a un sourire amusé mais bienveillant, et je comprends définitivement que, à ce stade, gay ou pas, elle m'aime vraiment et ça n'a plus aucune sorte d'incidence. Ce n'est pas juste un faire-semblant qu'elle se sent obligée de porter. Etonnamment, même si ça n'a aucun rapport avec Omoï, cette réalisation m'aide à me détendre.
- D'accord, lâché-je. Tu as raison. Je… J'y vais, alors ?
- Et amuse-toi bien ! m'encourage-t-elle. Prends un peu d'argent dans mon porte-monnaie, il est sur le meuble à côté de la porte.
Un peu dépassé par les événements, je suis un peu dans un état second lorsque j'enfile mes chaussures et m'exécute en prenant un billet de vingt euros – pour le repas de ce soir – dans ses affaires. Akamaru, un peu sceptique du revirement soudain de situation, me suit partout. Il doit avoir compris que je sortais, mais espère encore que je le prendrais avec moi.
- Désolé, grosse bestiole, fais-je pour lui, une main caressant sa tête. Tu restes ici, toi. Promis, je me rattraperai demain et on ira faire un truc ensemble.
- Arrête de parler à Akamaru pour retarder l'échéance, Kiba, me rappelle Hana à l'ordre. Va retrouver ton mec !
C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à m'empêcher de rire. Et… D'accord, elle a peut-être vu juste.
- Allez, j'y vais.
- Oui, c'est ça. À plus ! Et tu ne fais pas de bêtises.
Je ne sais pas si elle pensait à ça, mais sa discussion sur les préservatifs et la sécurité me revient en tête, et je sens mes joues se réchauffer. Avant de lui donner une raison de me jeter dehors une bonne fois pour toute, j'attrape ma veste, mes clés, et quitte l'appartement. Je referme derrière moi, prends une seconde pour inspirer un grand coup, puis me dirige vers l'ascenseur. Et bien… c'est parti ?
- Salut Kiba, me salue-t-il lorsque je le retrouve, une sucette dans la bouche.
- Hey. Désolé, j'ai été un peu pris de panique, j'ai oublié de te répondre pour te dire que j'avais vu ton message.
- Aucun problème. J'avoue que je commençais à me poser des questions, mais c'est un peu de ma faute aussi. Tu vas bien ?
La situation est plus détendue que je ne l'avais espérée. Non, vraiment. L'idée de sortir à un rendez-vous reste nouvelle, et je sais que je vais être un peu gauche à un moment ou un autre, mais on a réussi à garder notre entente habituelle. C'est un peu ce qui arrive quand on a la chance de sortir avec un ami, je suppose ? En plus, Omoï a l'air de partager le sentiment, si j'en crois son sourire.
- La surprise passée du rencard, ça va, avoue-je. Ma sœur a dû me jeter dehors, cela dit.
Il ricane.
- Dans mon cas comme le tien, je suis sûr qu'on aurait tourné en rond si j'avais prévenu à l'avance. Trop d'anticipation.
- Point accordé, réponds-je.
- Alors… On y va ? Je pensais te faire visiter les quais. Tu verras, il y a des trucs vraiment cools. Et ce soir, on va manger au Kumo, comme prévu, si tu es toujours chaud ?
- Je te suis !
Sans un mot de plus, il me fait signe de le suivre, et nous partons à l'aventure.
Au début, je ne fais pas forcément attention à la direction que nous prenons, trop concentré sur notre discussion animée. Fidèles à nous-même, les répliques fusent dans un sens ou dans l'autre, passant d'un sujet à l'autre sans le moindre mal. Puis, au bout d'un moment, je me rends compte que je ne reconnais absolument pas les lieux. Le quartier est tranquille, les grands immeubles ayant laissés leur place à des petites maisons individuelles, un peu comme celle qu'Hana et moi partageons là où Gaara et mes amis sont toujours. Le temps est clément, ni trop froid ni trop chaud. Je remarque aussi qu'il se dégage une délicieuse odeur de friture, de sucre, et un effluve d'eau m'indique que nous devons probablement approcher de notre destination. Omoï a l'air de connaître les lieux comme sa poche, car il emprunte des chemins parfois peu engageants, assez sombres, sans hésitation aucune. Sa confiance en lui me suffit à être à l'aise, et je le suis sans me poser de questions.
Mon intuition était toutefois la bonne, et je comprends que nous sommes arrivés lorsque les bâtiments disparaissent et que nous arrivons dans un espace vert qui semble longer les quais. Deux rangées parallèles d'arbres encadrent un petit chemin de graviers rouge, parallèle à l'eau, et c'est des deux côtés de cette route que l'on trouve tout un tas de petits stands plus moins espacés. Certains vendent des souvenirs, d'autres des bibelots, tandis que d'autres encore proposent de la nourriture. Du genre que les papilles adorent, mais qui pourraient nous faire prendre trois kilos juste en les regardant.
- Ce n'est pas grand-chose, commente Omoï en me voyant observer les lieux, mais je viens souvent ici. Parfois même tout seul. J'adore cette ambiance, comme si nous étions à une fête foraine.
En effet. Maintenant qu'il le dit, je comprends d'où vient cette sensation de familiarité et d'excitation. L'endroit ressemble à une vogue, comme celle à laquelle ma sœur et moi allons tous les ans, parfois avec mes amis. Il n'y a pas toutes ces installations électroniques, cette musique forte, et ces grands manèges, mais l'ambiance, elle, est très similaire.
- Je partage l'avis, dis-je en me tournant vers lui. Rien que d'être là, ça me met de bonne humeur !
Un sourire qui ne pourrait pas être feint s'étale sur le visage d'Omoï.
- Et tu n'as pas encore tout vu ! fait-il, clairement content de la direction que prend notre rendez-vous. Viens, je vais te faire visiter.
- C'est toi le chef, dis-je en mimant – probablement très mal – un salut militaire.
Il rit, puis nous nous engageons sur la voix en graviers. Rapidement, je comprends qu'il ne mentait pas, parce que tous les vendeurs le saluent en le voyant passer, la plupart utilisant son prénom. Omoï a en tout cas l'air dans son élément, et je le vois naviguer entre les petits stands nomades, jusqu'à ce qu'il s'arrête devant une échoppe dont s'échappe une délicieuse odeur de friture.
- Salut Ebizô ! se fait-il connaître.
Un vieil homme assis derrière son stand, une canne posée à côté de lui, le remarque. Un sourire on ne peut plus heureux s'étale sur son visage tandis qu'il se lève, attrape sa canne, et boitille vers nous.
- Bonjour Omoï, l'accueille-t-il chaleureusement. Il faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu.
Le vieil homme, que je devine être chauve, a des sourcils étrangement longs et touffus, et une tâche de vieillesse conséquente sous l'œil droit. Je pense qu'il n'a plus de cheveux, mais je suis incapable de le vérifier, car le fameux Ebizô a enroulé des bandages autour de son crâne comme si ça lui servait de chapeau. Je devine qu'il fait ça pour éviter les insolations, mais je me demande pourquoi il ne se contente pas de porter un chapeau, comme tout le monde. Cela dit, un sourire amusé s'impose à moi lorsque je me fais la réflexion que je suis loin d'être bien placé pour dire à quelqu'un de faire « comme tout le monde ».
- J'ai été pas mal occupé, s'excuse Omoï, un sourire gêné. Un week-end au ski, un concert à planifier, et… Enfin bref, j'étais occupé.
Je devine que son troisième point me concernait, mais il s'est rendu compte de ce qu'il s'apprêtait à dire et a préféré ne pas en dire davantage. Pourtant, ça ne l'empêche pas de faire attention à moi.
- Je ne t'ai pas présenté Kiba, fait-il en me désignant. C'est un bon ami à moi. Et le vieil homme, c'est Ebizô.
- Enchanté, affirme-t-il en m'offrant un sourire engageant.
- De même, lui réponds-je sur le même ton.
Au passage, j'observe la réaction d'Omoï, et j'ai l'impression qu'il pourrait bien se faire une crampe au visage à force de sourire, tant il a l'air de bonne humeur. Evidemment, ce n'est pas pour me déplaire.
- Je sais qu'on a mangé il n'y a pas si longtemps, enchaîne mon ami, mais ça te dirait des churros ? Ebizô en vend, et ils sont mortels !
Face à son enthousiasme, je ne peux m'empêcher de ricaner.
- Ton amour pour les friandises ne s'arrêtent donc pas aux sucettes ?
- Bien sûr que non. Ce serait un sacrilège de refuser un churro de temps en temps.
- Parfois, je me demande comment tu fais pour rester svelte, avec toutes ces cochonneries.
- Mon organisme ne stocke pas les graisses, je suis chanceux. Autant en profiter, je suis encore jeune. Cela dit, on s'en fiche. Revenons à la question : des churros, oui, ou non ?
Je ne peux m'en empêcher, et un éclat de rire m'échappe.
- Je suis jeune aussi, et j'aime le gras. Bien sûr que je veux des churros !
Avec un sourire complice mais sans rien ajouter, Omoï se tourne vers le vieil homme.
- Tu nous en prépares six, Ebizô ?
- Aucun souci, les jeunes.
- Tu les mets de côté ? demande Omoï. Je vais voir grand-mère en attendant.
Ebizô rit.
- Tu as peur que tes friandises disparaissent dans les cinq minutes qui viennent ? se moque-t-il gentiment. Allez, va. Je m'occupe de tout.
- Merci, grand-père. Tu gères !
Le vieil homme n'ajoute rien, mais je le vois sourire, une affection évidente pour mon ami dans les yeux. Omoï, apparemment habitué, se détourne d'Ebizô et se dirige vers le stand d'à côté. Comme je l'avais compris, c'est ici une dame âgée qui nous accueille. Ou plutôt, elle devrait. Cela dit, derrière son stand, elle est affalée, le front contre le métal de sa table, et je lance un regard à mon ami, sceptique. Tandis que, moi, j'ai l'impression qu'elle pourrait avoir fait un malaise, il a quant à lui l'air de trouver ça normal, et je le vois même sourire.
- Grand-mère Chiyo, commence-t-il sur un ton amusé, je te rappelle que ça ne marche pas avec moi. Tu peux arrêter de faire la morte.
Contre toute attente, il semblerait qu'il a vu juste, puisque que le corps de la vieille dame commence à tressauter en même temps que je distingue un rire mal contenu. Lorsqu'elle se relève, elle éclate finalement de rire.
- Ebizô est un meilleur public que toi, confie-t-elle entre deux éclats de rire. Je peux lui refaire le coup trois fois par jour qu'il finit toujours par paniquer.
Un peu sidéré de voir qu'une dame de cet âge puisse trouver amusant de jouer la morte, je suis sans voix un moment. Omoï semble en rire avec elle, et je les entends taquiner plus ou moins gentiment le vendeur de churros.
- Oh, j'ai oublié de te présenter mon ami, Kiba, fait finalement Omoï en mettant sa main sur mon épaule le temps des présentations. Elle, c'est Chiyo, la sœur d'Ebizô. Mais tu peux l'appeler grand-mère.
- Enchanté, jeune homme, m'accueille la dame. Je suis la vendeuse préférée de ce petit jeunot.
- Difficile de le nier, confirme l'intéressé.
Ce disant, je prends enfin le temps d'observer mon entourage. Si je n'y avais pas fait attention jusque-là à cause de son petit manège, je comprends en effet que Chiyo vend des sucreries en tout genre. Du bonbon acidulé au caramel beurre salé, en passant par les fameuses sucettes à la cerise, elle semble en effet avoir une très large sélection de bonbons, et d'après les écriteaux posés ci et là, j'apprends qu'ils sont pour la plupart tous d'origine artisanales. Ce qui suffirait presque à me faire saliver, parce que cette qualité est souvent synonyme de très bon goût.
- Bonjour, dis-je simplement.
- Tous tes amis sont toujours trop polis, Omoï, dit-elle à son attention, un air taquin sur le visage.
- Ils le seraient peut-être moins si tu ne jouais pas la morte pour les intimider à chaque fois, lui jette-t-il au visage sur le même ton.
Sans répondre, la vieille dame éclate d'un rire franc. J'en profite d'ailleurs pour la détailler un peu. Des cheveux blancs lui tombent jusqu'aux épaules et elle porte un petit chignon à l'arrière du crâne pour essayer d'en discipliner certains. Comme son frère, Ebizô, elle porte quelques tâches de vieillesse sur le visage, mais tout dans son comportement laisse une impression de vitalité. Âgée ou pas, Chiyo semble en pleine forme.
- Bon, assez de lèche-vitrines pour aujourd'hui, reprend Omoï. Je n'ai pas pu venir depuis des semaines, et les bonbons du commerce me tapent déjà sur le système. Je veux une quantité astronomique de tous mes trucs préférés !
- Compris, gamin ! lui répond Chiyo. Je te fais ça de suite.
J'avais déjà bien intégré le fait qu'Omoï était un client on ne peut plus régulier, mais c'est lorsque je vois la tenancière naviguer sans hésitation parmi tous ces choix, à la recherche des friandises préférées de mon ami, que je comprends à quel point c'est vrai. Je la vois même fouiller dans son stock de sucettes pour en sortir une bonne majorité de cerises, et ça me fait sourire.
Rapidement, Chiyo nous prépare un sac dont la taille se décrirait difficilement par autre chose que gargantuesque. Après qu'Omoï ait payé une somme qui me semble inversement proportionnel à son contenu, nous saluons la vieille dame avant de repasser prendre nos churros chez son frère. Lorsque je sors de quoi payer, Omoï m'affirme qu'il m'invite, et je n'insiste pas, ayant appris avec Ino que ce n'est pas toujours une honte de laisser les autres payer pour nous, surtout quand ça leur fait plaisir. C'est donc avec un butin à même de nous faire prendre quelques kilos chacun – et probablement quelques carries – que nous reprenons notre marche sur le sentier de graviers. Et autant dire que nous n'attendons pas pour ouvrir le paquet d'Ebizô et obéir à nos petites papilles qui nous supplient de les laisser partager un moment avec nous.
- Ce sont tes vrais grands-parents ? demandé-je en enfournant avec précaution un nouveau churro brûlant.
- Non, confie-t-il en faisant de même. Mais je passe ici tous les week-ends, quand j'ai du temps libre, et on est devenus proches. Je n'ai pas vraiment connu mes grands-parents, parce que je suis le dernier enfant de mes parents, donc ils sont décédés quand j'étais très jeune.
- En tout cas, ce sont de sacrés numéros !
- Oui, hein ? Je les adore. Tu n'imagines pas le nombre de fois où j'ai eu envie de leur dire que j'étais… enfin, tu vois. Mais j'ai tellement peur que ça change tout, et ils sont déjà vieux. Je préfère ne pas les perdre et profiter d'eux un maximum, plutôt que risquer de tout perdre.
Je ne lui réponds pas, incapable de savoir quoi dire. Ma seule famille étant ma sœur, j'ai du mal à me mettre à sa place. Cela dit, comme la dernière fois, il interprète mal mon silence.
- Tu penses que c'est hypocrite de ma part ? me demande-t-il.
- Quoi ? fais-je, surpris. Non, pas du tout. Je ne savais juste pas quoi te répondre. Je n'ai pas de grands-parents non plus, et je n'ai pas trouvé de substitutions comme toi. Cela dit, si j'avais connu Chiyo et Ebizô avant, j'aurais été ravi de faire comme toi. Ils ont vraiment l'air cool.
Omoï tourne la tête vers moi et m'offre un sourire franc.
- Je les aime vraiment, déclare-t-il.
- Ça se voit, le rassuré-je. D'ailleurs, redonne-moi un churro. Tu avais raison, ils sont vraiment trop bons.
Lorsqu'il rit, je ne comprends pas. Pourtant, il retourne le sac devant moi et le secoue, me faisant appréhender avec effroi que nous avons déjà tout englouti.
- Désolé, Kiba. On a déjà tout mangé. On en reprendra la semaine prochaine, si tu veux. Mais là, j'ai quelque chose d'autre à te montrer, si ça te va ?
Sa proposition titillant ma curiosité, j'en viens presque à oublier le manque de churro à me mettre sous les dents. Sa proposition tacite de ressortir ensemble la semaine prochaine ne passe toutefois pas inaperçu.
- D'autres surprises ? m'intéressé-je. Tu as mis le paquet.
- Je te fais juste découvrir ma vie hors de l'école. Tu connais déjà le Kumo et mes grands-parents adoptifs. Il te reste à découvrir encore quelques trucs, mais tant qu'on est là, autant en profiter.
Je ne le dis pas parce que j'ai peur d'être niais en l'énonçant à voix haute, mais dieu seul sait à quel point j'aime ce que j'aperçois de sa vie. Je me vois vraiment bien être le mec d'Omoï, et plus j'apprends à le connaître, plus ce sentiment se concrétise.
- C'est un sans-faute pour l'instant, alors je serais bien bête de te dire non ! m'exclamé-je, mon ton reflétant ce que je ressens. Ouvre la marche, je serai juste derrière.
Je n'ai aucun mal à deviner son état d'esprit en observant le grand sourire sur son visage, écho de celui que je dois avoir collé sur le mien.
- Suis-moi, alors, dit-il en quittant les graviers pour se diriger vers les quais.
Comme d'habitude, Omoï sait clairement où il va, et il ouvre la marche sans avoir besoin de chercher son chemin. En cours de route, j'ai l'honneur de goûter certains des bonbons de Chiyo, et je reconnais qu'ils ont vraiment très bon goût. Je pourrais facilement m'habituer à ça et ne plus réussir à apprécier ceux des grands commerces, moi aussi.
Après une centaine de mètres, toutefois, Omoï nous fait emprunter un escalier qui amène directement sur les quais, là où une toute autre ambiance m'attend encore. Pour faire simple, après la fête foraine, j'ai l'impression d'être arrivé dans le quartier des artistes en tout genre. Il y a tellement de choses qui se passent partout autour de moi que mes yeux ont du mal à s'arrêter longtemps sur quelque chose. J'aperçois un groupe de skateurs faire des figures que je ne tenterais jamais à moins de vouloir me briser les deux jambes, mais aussi un jeune homme qui fait tourner des bolas à tout vitesse, les flammes léchant son visage à chaque mouvement, sans que cela semble l'effrayer. De l'autre côté, j'observe un apprenti magicien qui répète ses sorts d'illusionniste, ainsi qu'une jeune femme qui jongle avec un nombre ahurissant de petits ballons. Lorsque nous passons à côté, je la vois en perdre un des mains, et tout le reste s'écroule juste après. Si elle semble contrariée et laisse s'échapper une insulte, ça ne la décourage pas et elle recommence aussitôt.
Omoï, jusque-là silencieux pendant que nous avancions dans le dédale d'artistes, finit par se rappeler à ma présence en me mettant un petit coup de coude amical.
- Ferme la bouche et n'oublie pas de cligner des yeux, se moque-t-il, ravi de ma réaction.
Pour info, ladite bouche n'était pas vraiment ouverte, mais ça ne m'empêche pas de sourire à pleines dents en me tournant vers lui.
- Tout cet attroupement… c'est tellement surprenant ! Tu connais un sacré paquet de trucs qui semblent sortir de nulle part.
- Je le prends comme un compliment.
- C'en est un. J'adore !
Je le vois se tasser un peu face à mes compliments, mais je suis tellement émerveillé par ce qu'il se passe autour de moi que je n'arrive même pas à avoir envie de m'excuser. D'ailleurs, la surprise va en grandissant lorsque je m'arrête, un peu plus loin, et me concentre sur un mur recouvert de tags. Même pour un néophyte comme moi, je reconnais que son auteur a un talent fou, et les couleurs s'assemblent si bien que je trouve ça dommage de se contenter de dessiner sur des murs. Je dis d'ailleurs que le mur est recouvert de tags, mais ça ressemble en fait plus à une longue frise regroupant plusieurs tags pour en former un immense, avec des transitions subtiles mais efficaces entre chacun d'eux. Le plus proche de moi représente une version stylisée en mode comics américain d'un jeune homme plutôt quelconque, mais le rendu est malgré tout superbe. Incapable de ne pas voir mon intérêt pour les dessins, Omoï se poste à côté de moi.
- Ce qu'il fait est vraiment cool, hein, affirme-t-il sans vraiment attendre une réponse de ma part. Là où c'est dommage, cela dit, c'est qu'il refuse de laisser ses dessins, et il finit toujours par les recouvrir. C'est un peu comme une galerie qui change tous les mois, ici. Tu as de la chance, vu l'état d'avancement de celle-ci, à une semaine près, Jûgo l'aurait sûrement effacée pour en commencer une autre.
- Il fait toujours ça ? Pourquoi ? C'est dommage.
Curieux, je le vois cette fois hésiter sur la réponse à donner.
- Il n'y a pas vraiment de raisons, explique-t-il. Jûgo est… un peu spécial.
Je m'apprêtais à demander des détails quand du mouvement me fait réaliser que l'auteur en question est ici. Assis près de l'un des angles de la fresque, je ne l'avais pas vu, trop concentré sur le dessin, mais c'est lorsqu'il se lève que je me dis qu'un rendez-vous chez l'opticien est vital. Le mec doit en effet faire environ deux mètres, et il est taillé comme une armoire à glace. Un sourire en coin apparaît également quand j'aperçois ses cheveux roux, mais je n'ajoute rien. D'autant plus qu'il s'approche de nous, et… disons les choses telles qu'elles sont : il est intimidant.
- Salut Jûgo, l'apostrophe Omoï, bien plus confiant que moi.
L'intéressé se tourne vers nous – apparemment, il avait la tête ailleurs et ne nous avait pas vus – puis son regard se pose sur moi. Il me scrute avec une intensité réservée habituellement par ceux qui ne savent pas que je les observe également. Lorsque mes pupilles en fente croisent ses yeux d'un rouge-orange peu habituels, c'est même moi qui détourne le regard, gêné de ne pas savoir comment réagir. Apparemment, mon ami y est habitué, car il est quant à lui parfaitement à l'aise. Enfin, en tout cas, il est impossible que cette observation minutieuse de ma personne lui soit passée inaperçue, et ça ne l'empêche pas pour autant de faire comme si de rien n'était.
- Je n'ai pas pu passer ces dernières semaines, mais tu as été aussi productif que d'habitude, le complimente-t-il. Tu as bientôt fini ?
S'intéressant enfin à quelque chose d'autre que mon visage, Jûgo se tourne vers Omoï.
- Oui, réponds l'autre, avec une voix aussi grave que je l'imaginais. Je pense en commencer une autre la semaine prochaine.
Maintenant que je ne suis plus son sujet d'observation principal, j'arrive à le détailler un peu plus, et sourit presque en voyant les tâches des peintures un peu partout sur lui. Il tient une bombe de peinture rouge dans les mains, et on retrouve des traces de couleurs diverses et variées sur ses mains, ses vêtements, et même son visage. Ses cheveux mi-longs semblent partir dans tous les sens malgré un élastique qui tente d'en domestiquer certains en ce qui devait être au début une queue de cheval. Il porte un pull à capuche violet troué en divers endroits – bien plus confortable qu'esthétique – ce qui n'a pas l'air de lui poser problème malgré les températures.
- En tout cas, reprends Omoï, tu t'es encore donné à fond. C'est vraiment chouette. Je peux prendre une photo ?
Un air toujours calme et impassible sur le visage, Jûgo se décale d'un pas sur le côté.
- Tu m'imprimeras la photo ? demande-t-il simplement.
- Comme d'hab' !
Sans un mot de plus, Omoï sort son téléphone, cadre la frise du mieux qu'il le peut, et un clic retentit quand il active son appareil. Après ça, nous ne nous attardons pas plus que nécessaire, Jûgo n'étant pas du genre très bavard. Si je devais être honnête, je dirais même que je suis soulagé à l'idée de partir, parce que je ne sais pas comment réagir avec lui. Je sais qu'il s'en est parfaitement rendu compte quand Omoï éclate de rire, une vingtaine de mètres plus loin.
- Je t'avais dit qu'il était spécial, me dit-il.
- Je n'aime pas juger les gens, mais c'est encore un niveau au-dessus. Même moi, je n'ai pas l'habitude qu'on me dévisage comme ça.
- Ce n'est pas de sa faute, tu sais, enchaîne mon ami. Il est atteint d'une forme d'autisme. Au début, sa famille l'amenait ici parce qu'il aimait l'ambiance, mais il a fini par se mettre à dessiner, et il n'a jamais paru aussi bien dans sa peau depuis, donc ils l'ont laissé faire. Tout le monde ici l'apprécie, et beaucoup ont de quoi contacter ses parents si jamais il devait arriver quelque chose. Cela dit, ça n'arrive jamais, mais dans le doute, tu sais ? Sa famille nous a expliqué qu'il avait tendance à être violent, avant qu'il se mette à dessiner.
- Sérieusement ? fais-je, surpris d'une telle explication. Et bien… Je suppose que ça explique quelques trucs. Et ça n'enlève rien au fait qu'il se débrouille vraiment bien.
La discussion aurait pu s'attarder encore quelques minutes sur Jûgo, mais un groupe de jeunes nous interpelle quand nous approchons. Ou plutôt, ils interpellent Omoï, qui se dirigent vers eux, un grand sourire sur les oreilles. Je reste un peu en retrait, observant mes alentours, émerveillé par toutes ces personnes aux profils atypiques qui se retrouvent en un seul endroit. Je crois même apercevoir un peu plus loin un mime, de ce genre qui me file le bourdon. Pour en revenir à mon ami, je le vois échanger vivement avec plusieurs personnes qui doivent s'identifier comme gothiques. Loin du cliché, ils sont toutefois très souriants, et échangent vivement avec Omoï, se pavanant avec leurs guitares flambant neuves. Rapidement, ce dernier les abandonne toutefois, prétextant qu'il n'a pas trop le temps de rester pour papoter, et nous repartons ensemble.
- Ce sont des musiciens, comme toi, je suppose ? demandé-je.
- C'est même encore un peu plus que ça, puisque c'est avec eux que j'ai appris à jouer. Nous ne sommes plus aussi proches qu'on l'était à l'époque où je passais mon temps ici, mais ce sont des gens importants pour moi. Je te les présenterai mieux une prochaine fois, mais on a déjà passé un moment à flâner, là, donc je me disais que ce serait bien qu'on aille vers le Kumo, vu l'heure et le temps qu'il faudra pour y aller. C'est okay pour toi ?
- Parfait ! fais-je, enthousiaste. On ne peut pas vraiment dire que j'ai faim après les churros, mais je salive déjà à l'idée d'enfourner l'un des burgers de A.
Omoï rit.
- Allez viens, on y va, conclut-il en me faisant signe de le suivre.
L'hiver aidant, le soleil est déjà couché lorsque nous arrivons sur place. Comme je m'y attendais, il y a plus de monde maintenant que la dernière fois, mais comparé au peuple qu'il y avait pour le concert de la semaine dernière, ça reste raisonnable. Après nous avoir salué et guidé jusqu'à une table, A nous laisse avec des menus, qu'Omoï ne prend d'ailleurs même pas le temps d'ouvrir.
- Je sais déjà ce que je veux, fait-il en réponse à ma question muette.
- C'est vrai que tu vis ici, j'avais oublié.
Ma remarque le fait sourire, mais il me laisse le temps de parcourir le menu sans trop me déranger. Mon choix s'étant enfin porté sur une recette à base de fromage de montagnes, je pose le menu à côté de moi. Vif comme toujours, et peut-être un peu curieux de nous voir seulement tous les deux, A revient vite pour prendre notre commande, puis disparait en cuisine.
- Il se doute vraiment de quelque chose, non ? fais-je en me penchant au-dessus de la table, comme pour essayer de rester discret.
- Je te l'ai déjà dit, mais ça ne me surprendrait pas, oui, me répond-t-il. Il a déjà fait quelques allusions que j'ai ignorées. Mais là, il est presque trop prévenant pour être innocent. Je me sens limite observé, et c'est un peu stressant.
- Ne fais pas attention, lui conseillé-je. Je ne pense pas que ça le gêne. Ou alors, il a une drôle de manière de te le montrer.
- Désolé, j'ai trop l'habitude d'être sur mes gardes. À part avec Karui et Samui, je n'ai tellement pas l'habitude de parler de tout ça. Et ça m'a pris des années pour en arriver là.
Le sujet étant abordé, j'avoue avoir des tas de questions à ce propos, alors je décide de profiter du moment pour mettre des mots dessus. Le brouhaha ambiant nous donne paradoxalement de l'intimité, et personne ne semble faire attention à ce qu'on dit.
- Tu as compris que tu étais différent il y a longtemps ? m'intéressé-je sincèrement.
- Depuis toujours, en fait, dit-il en haussant les épaules. Avant même d'avoir eu le temps de me poser des questions, j'ai remarqué que ce n'était pas les atours féminins qui titillaient mon imagination.
Sa description, avec un sourire en coin, force un ricanement de ma part.
- J'aimerais bien dire que ça a été aussi simple pour moi, mais je suis passé par une phase de dégoût, puis une autre de déni, avant de finalement réussir à trouver un équilibre. Mes amis et ma sœur ont aidé.
- Moi, je suis toujours dans le placard, donc je ne suis pas certain que ma situation soit mieux que la tienne, fait-il avec un sourire triste, cette fois.
Cherchant les bons mots pour ne pas le vexer, je prends le temps de tourner sept fois la langue dans ma bouche et ainsi éviter de dire une ânerie.
- Tu crois que tu te sentirais prêt à en parler à ta famille ? demandé-je. Pas que je sois pressé, on peut prendre notre temps. Mais je trouve que devoir mentir à ses proches est quelque chose de difficile pour les nerfs.
C'est à son tour de me dévisager, et je pourrais presque voir les rouages dans sa tête s'activer.
- Pour être honnête, ça dépend surtout de toi et moi, avoue-t-il. Je sais que ma famille n'est pas très ouverte sur le sujet, donc je n'avais pas de raison d'en parler avant. Je pensais le faire une fois que je serais indépendant, pour pouvoir prendre mes distances avec eux si ça se passait mal.
- Je comprends, le rassuré-je de suite. Ne t'inquiète pas, je ne voulais vraiment pas te forcer à quoi que ce soit. J'étais simplement curieux.
Il semble se détendre, car je vois ses épaules perdre la tension qui les caractérisait. Visiblement, il a bien plus réfléchi à la chose que moi, et c'est quelque chose qui le travaille. Cherchant à changer de sujet pour appuyer mes dires, je me rabats sur d'autres questions qui m'étaient passées par la tête.
- J'ai dû paraître un peu stupide pendant le week-end au ski, non ?
- Hein ? lâche-t-il en fronçant les sourcils. Pourquoi ça ?
- Et bien… Avec le recul, je me dis que tu devais savoir que j'étais gay depuis le début, en fait ?
Là, même si c'est presque imperceptible, je devine qu'il rougit, plus à cause de sa réaction corporelle que des couleurs de son visage. Après tout, il fait nuit, et les lumières du bar ne suffisent pas à dévoiler ce genre de détails quand on a la peau sombre comme lui.
- Je dois dire que c'était la bonne surprise de la sortie, en effet, avoue-t-il. Je sais que tu ne t'en rends pas compte, mais tu es l'un des rares mecs ouvertement gays du lycée, et tu es objectivement probablement le plus canon d'entre eux. Du coup, tu es populaire, à ta manière.
- Donc quand tu disais que je ne passais pas inaperçu, ce n'était pas si innocent que ça ? le questionné-je en essayant d'ignorer mes oreilles qui chauffent face aux compliments.
- C'est un euphémisme de le dire. J'avais déjà flashé sur toi, mais je te pensais inaccessible. Quand je me suis rendu compte que tu étais très abordable et de bonne compagnie, ça n'a pas aidé ma tête à me convaincre de me pencher sur quelqu'un d'autre. Sans parler de Karui, qui m'aurait forcé à te sauter dessus si Samui et moi ne l'avions pas freiné.
Savoir que quelqu'un a pu penser à moi comme ça, sans que je me rende compte de rien, me fait définitivement prendre des couleurs. Certes, c'est bon pour l'égo, mais c'est aussi super intimidant.
- J'ai l'impression d'être le seul à n'avoir rien vu venir ! m'exclamé-je pour me moquer de moi. Suigetsu a deviné, Yahiko s'en doutait, Hinata m'a dit que c'était normal, et tes amis et toi en parlaient carrément franchement.
- C'est aussi pour ça qu'on s'intéresse à toi, explique-t-il. Tu es toi-même en permanence, sans arrière-pensée, et quand on fait attention à l'avis des autres en toutes circonstances, comme moi, ça paraît tellement extraordinaire.
- Donc… en résumé, je te plais parce que je suis un crétin qui ne réfléchit à rien ? fais-je sur le ton de la rigolade.
- Exactement ! répond-t-il sur le même ton.
Nous partons en four-rires tous les deux, ce qui me permet de passer à un autre sujet que les compliments d'Omoï sur ma personne, une chose que mes nerfs préfèrent de loin. Dire que je ne réfléchis pas est un mensonge éhonté, d'ailleurs. Je me prends la tête pour un oui ou pour un non en permanence, et ce n'est pas ma sœur qui dira le contraire !
À ce moment, A revient avec nos commandes, et une délicieuse odeur de viande, de gras, et de reblochon, me fait saliver d'emblée.
- Ah, ça sent tellement bon ! m'extasie-je.
Mon commentaire fait rire Omoï, tandis que notre serveur se contente d'un sourire en coin.
- J'espère que ça goûtera aussi bon que l'odeur le laisse penser, dans ce cas, affirme A.
- Aucun doute là-dessus, dis-je en enfournant déjà une frite. Oh, punaise, j'avais faim, en plus !
- Et toi, Omoï ? demande A en se tournant vers l'intéressé. Tu as réfléchi à notre proposition d'organiser une autre soirée ?
M'arrêtant dans mon engloutissement de nourriture aussi calorique que délicieuse, mon attention se tourne de l'autre côté de la table.
- J'ai besoin de m'organiser, réponds Omoï tandis que A pose son assiette devant lui. Samui a des examens à venir, donc on ne pourra pas tout de suite. Mais oui, on en tous envie. Le mois prochain, peut-être ?
- Ça marche pour nous, assure A. On a vraiment eu de bons retours, les clients seront contents de vous revoir.
Même s'il est rare de voir Omoï fier de lui, je reconnais cette expression d'emblée. Et j'avoue que son sourire est plutôt pour le mettre à son avantage. Je sens même mes oreilles se réchauffer quand je pense au fait que, oui, ce garçon est plus ou moins officiellement mon mec.
… Et oui, j'ai toujours autant de mal à utiliser ce mot.
Satisfait de la réponse de mon ami, A ne tarde pas à nous laisser, et je décide de battre le fer tant qu'il est encore chaud.
- Vous prévoyez de refaire un concert, alors ? Il faudra vraiment nous réinviter. Suigetsu et Yahiko seront ravis de revenir. Et puis je pourrais me la péter un peu en disant que c'est mon mec sur la scène, cette fois.
Là, je me fige un instant. Je voyais cette réflexion comme une petite boutade, mais le décrire comme « mon mec » à voix haute a fait une drôle d'impression. En plus, officiellement, même si nous savons très bien pourquoi nous sommes là tous les deux, rien n'a été dit vraiment, et j'ai peur d'avoir peut-être mis la charrue avant les bœufs. Pourtant, à mon grand soulagement, je vois son sourire s'élargir encore plus.
- Vous serez invités, ne t'inquiètes pas. On n'oubliera pas nos fans de la première fois. Et… tu auras le droit de te la péter.
J'ai peut-être – non, sûrement – l'air stupide, mais je n'arrive pas à m'arrêter de sourire. Alors voilà, c'est bon ? C'est officiel, je veux dire ? Je pensais que ce serait plus compliqué que ça. Pourtant, ni lui ni moi ne sommes vraiment des gens prises de tête, mais ça m'aura tout de même presque paru trop simple. Pourtant, non, la discussion s'arrête là quand je vois Omoï attraper son burger au poulet pané pour mordre un bon coup dedans. Affamé rien qu'à le regarder faire, je décide de céder à mes besoins primaires et l'imite. Et nom de Dieu, j'avais raison. Ça déchire !
Le repas, ainsi que ce qui suit, se passe particulièrement bien. J'ai même l'impression que le fait d'avoir un peu officialisé tout ça a rendu le tout encore plus génial. J'aurais eu envie de dire que tout est exactement comme d'habitude, mais la vérité est que c'est encore mieux. Je ne sais pas si c'est normal, mais je me sens exagérément bien. Une certaine euphorie m'accompagne, et je profite au maximum, me délectant de toutes ces nouvelles sensations. Vraiment, j'adore ce qu'il m'arrive.
Même une fois le repas terminé, nous continuons à échanger sur tout et rien, notre discussion ne semblant jamais s'épuiser. Parfois, il y a bien quelques secondes de silence, mais d'un genre agréable, sans pression. Pourtant, aux alentours de minuit, il vient un moment où nous quittons le bar. Sans avoir besoin de nous concerter, il semble logique qu'il me raccompagne jusque-moi, et nous partons ensemble.
Arrivés devant mon immeuble, je pousse un long soupir de contentement et me tourne pour lui faire face.
- Merci pour la journée, Omoï, dis-je. Je ne m'y connais pas, mais je suis sûr que c'était un super rencard.
- De rien, me répond-t-il, un sourire collé au visage. Pour moi aussi, c'était vraiment top. Je suis content d'avoir pu te montrer les quais, et la soirée a été tout sauf décevante également.
- Que d'émotions, en effet. Je vais bien dormir ce soir, je pense.
Même s'il continue de me sourire, un moment de flottement passe. Je réalise alors que, dans toutes les comédies romantiques que j'ai eues l'occasion de voir, c'est à ce moment qu'il est censé se passer quelque chose. Et ça me file un coup de stress. Pourtant, peut-être est-ce dû à notre officialisation tout à l'heure, mais Omoï a cette fois l'air plus sûr de lui que moi, et je n'ai pas le temps de me faire tout un film qu'il réduit la distance entre nous et m'embrasse. Ça n'a rien d'un grand baiser de cinéma, c'est simplement le contact de ses lèvres chaudes sur les miennes, mais j'y réponds. Même si ça reste un baiser chaste, je sens mon corps se réchauffer à ce contact, et c'est une sensation à laquelle je m'habituerais volontiers. Le contact ne dure qu'une seconde ou deux, mais ça suffit pour que des tonnes de nouvelles sensations s'immisce en moi, et c'est avec un sourire niais – cette fois, j'en suis sûr, je dois avoir un air benêt sur la tête – que nous nous séparons.
- Merci aussi à toi, Kiba. J'ai vraiment passé une super soirée, mais là, il faut vraiment que j'y aille, le dernier bus ne va pas tarder. Je te recontacte demain ?
- T'as intérêt !
Le visage un peu rougi par l'émotion, c'est donc sur cette note que nous nous séparons. Je le regarde partir en trottinant, son bus en tête, tandis que j'appréhende petit à petit tout ce qui vient d'arriver. Je m'attends à une réaction quelconque, peut-être même à un coup de flip, mais l'euphorie du moment ne semble pas vouloir laisser sa place à quelque chose d'autre.
Alors oui, putain, qu'est-ce que je suis gay ! Mais si ça veut dire que je pourrais revivre ce genre d'expérience tous les jours, je pense qu'il y a pire destin dans le monde que d'aimer un autre homme.
Fin du chapitre 33 !
*ti ti li li ti tiiiiii ! *
Sous vos yeux ébahis s'affiche alors...
~°~ SHIKAMARU IS ALWAYS RIGHT ! ~°~
...
Sehaltiel : Et voilàààààà ! Maintenant, il ne reste plus à Kiba que de se faire sauter ! Huhu.
Shikamaru : … Tu le fais exprès ?
Sehaltiel : Oui. Il faut que les gens comprennent qu'en vrai, toi et lui, c'est mort. Tu l'as dit toi-même : tu n'es pas gay.
Shikamaru : De toute manière, je m'en fiche. Tout se passe trop bien, Kiba et Omoï sont presque trop bien ensemble. Tu vas forcément nous sortir un truc.
Sehaltiel : Il faudra bien quelque chose pour garder l'intérêt des lecteurs, c'est sûr. Mais on verra, je ne suis pas pressé. J'aime bien écrire des trucs mignons !
Shikamaru : Non. Cette émission s'appelle « Shikamaru is always right ». Donc j'ai toujours raison. Il est temps que tu te le rentres dans le crâne.
Sehaltiel : Point accordé. Alors, qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
Shikamaru : Qu'on me voit ! Je ne suis peut-être pas gay, mais je suis son meilleur ami, et même à moi, je commence à me manquer.
Sehaltiel : Pour une fois, c'est une demande raisonnable. Promis, on va bientôt reparler de toi, et si tu attends un petit peu plus, on va même te revoir en chair et en os.
Shikamaru : Bien. Maintenant, écris. Sinon, tu seras privé de muffins.
Sehaltiel : Hé ! Tu n'as pas le droit de faire ça !
Shikamaru : Si. J'ai toujours raison. D'ailleurs, envoyez le générique, parce que mes objets de torture ne sont pas tout publics, je n'ai pas le droit de les sortir sur le plateau pendant l'émission.
# Sehaltiel s'apprêtait à crier au secours quand les lumières s'éteignent. Des bruits sinistres se font entendre, ainsi qu'un rire machiavélique #
*ti ti li li ti tiiiiii ! *
