Bonjour

Voici le chapitre 33. Désolé pour le jour de retard mais la reprise de mon boulot m'a pas mal occupé et j'ai en plus deux stagiaires dont je dois m'occuper.

Merci pour tous vos messages et surtout pour votre fidélité.

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Sydney8201

Musique du chapitre :

Madness de Muse

Chapitre 33 : Frayeur

« Le courage consiste à dominer sa peur, non pas à ne pas avoir peur. »

François Mitterrand

Dean ne parvenait pas à prendre une décision définitive concernant la proposition de Stan. Parfois, il était convaincu qu'il devait accepter. Il s'apprêtait à le faire. Prenait son téléphone pour appeler Ellen. Puis, les doutes revenaient. Il réalisait qu'il n'en avait pas forcément envie. Que cette option n'était pas nécessairement la meilleure. Et qu'il devait encore réfléchir.

Il tournait en rond et passait son temps à peser le pour et le contre. Cela ne l'aidait pas vraiment et après trois jours à se torturer, il n'avait pas vraiment avancé.

Il savait très bien pourquoi il ne parvenait pas à s'arrêter sur un choix pour de bon. Ce n'était pas de Stan dont il doutait. Bien au contraire. Il l'appréciait beaucoup et il était convaincu que son client était parfaitement incapable de lui faire le moindre mal. Il était sûr qu'il serait en sécurité avec lui. Il ne doutait pas non plus de sa capacité à le satisfaire sur le long terme. Il le connaissait suffisamment pour savoir comment lui procurer un maximum de plaisir. Il savait comment se comporter avec lui. Et ce n'était pas non plus la peur de voir Stan s'attacher à lui qu'il redoutait. Il avait déjà vécu cela avec Brian. Il avait su le gérer. Stan finirait peut être par développer des sentiments pour lui. Mais Dean saurait quoi lui dire. Il saurait quels mots employer pour lui faire comprendre que ce n'était pas réciproque. Et il n'aurait pas le moindre scrupule à cesser leur contrat si toutefois cela devait arriver.

Ce dont il avait le plus peur concernait Castiel. Accepter la proposition de Stan revenait à renoncer à travailler avec son ami. Si cela lui avait semblé être une chance sur le moment, il n'en était plus aussi sûr maintenant. Il voulait croire que Castiel et lui étaient vraiment ami. Qu'ils avaient réussi à construire quelque chose de solide et de vrai qui allait au-delà de leur relation au travail. Mais il avait commencé à en douter ces derniers jours. Il avait commencé à se demander si Castiel et lui auraient pu devenir amis s'ils n'avaient pas travaillé ensemble. S'ils n'avaient pas dû passer la majeure partie de leur temps côte à côte. Et il commençait sérieusement à se demander s'ils continueraient à être amis une fois qu'ils se verraient moins. Ils n'avaient pas grand-chose en commun. Ils étaient extrêmement différents. Castiel tisserait peut être des liens avec d'autres une fois ses distances prises. Et il oublierait Dean. Ce que le jeune prostitué refusait de voir arriver.

Il n'avait donc pas réussi à dire « oui ». Peu importait que Sam et Charlie soient plutôt enthousiastes. Peu importait qu'Ellen l'encourage à le faire. Il avait bien trop peur de perdre Castiel pour se lancer pour le moment. Il aurait vraiment aimé avoir une preuve que son ami serait toujours là malgré tout. Il aurait aimé pouvoir être sûr de ne pas le perdre. Et tant qu'il n'y parvenait pas, il continuait à douter et à repousser le moment où il prendrait sa décision. Quitte à voir cette opportunité lui filer sous le nez.

Heureusement pour lui, le travail le maintenait occupé. Il avait un emploi du temps plus chargé que d'ordinaire et un nouveau client à gérer. L'homme s'était présenté à Ellen avait le désir de voir Dean et personne d'autre. Il accepta de discuter longuement avec elle. Il parvint à la convaincre d'appeler le jeune prostitué. Et leur rencontre se passa merveilleusement bien.

Roger avait tout du client idéal. Il n'avait pas d'exigences particulières. Il semblait s'intéresser sérieusement à Dean et vouloir le satisfaire. Il ne protesta sur aucune de ses limites. Il les accepta toutes sans broncher. Il était souriant et drôle. Il était également incroyablement riche. Dean aurait apprécié d'avoir un nouveau client dans son genre en temps normal. Mais depuis quelques jours, il avait du mal à retrouver ses automatismes d'avant. Et l'idée de devoir découvrir une nouvelle personne, de nouvelles envies et un nouveau rôle à jouer le fatiguaient. Il n'avait plus envie de faire ces efforts. Il ne voulait toutefois pas arrêter non plus. Il se força donc à accepter un premier rendez-vous. Si toutefois les choses ne se passaient pas bien, il pourrait tout arrêter.

Il n'avait pas vraiment besoin de prendre de nouveaux clients. Même après en avoir perdu quelques temps ces dernières semaines, il gagnait toujours bien sa vie. Il aurait même pu diviser le nombre de ses clients par deux sans réellement le ressentir. Mais si l'idée de gérer une nouvelle personne l'angoissait sensiblement, c'était également quelque chose qui lui occupait l'esprit et l'empêchait de trop penser à tout le reste. Il avait besoin de distraction. Besoin de quelque chose ou de quelqu'un qui lui permettrait de ne plus penser uniquement à lui. A Stan. A Castiel. Si Roger était cette personne alors c'était tant mieux.

Dean mit de l'application à se préparer pour ne pas prendre le risque de décevoir son nouveau client. Il opta pour une tenue classique qui plaisait au plus grand nombre. Il aviserait par la suite si toutefois cela ne convenait pas. Il étudia longuement son reflet dans la glace. Son costume semblait avoir été cousu à même son corps. Il était rasé de près et parfaitement coiffé. Il espérait que cela suffirait.

Castiel ne parla pas durant le trajet jusqu'à l'hôtel. Les choses étaient tendues entre eux depuis qu'ils avaient discuté après l'entretien avec Stan. Dean savait que son ami était un peu en colère contre lui. Il n'aurait probablement pas du ramener sur la table le choix que Castiel avait fait de conserver son travail plutôt que de continuer à voir Dean. Il lui avait probablement fait de la peine en se comportant ainsi. Et il ne savait pas vraiment comment arranger les choses. Il espérait que le temps les aiderait. Que tout finirait par se tasser et par revenir à la normale sans qu'il ait à faire quoi que ce soit dans ce sens.

Mais pour le moment, il devait avant tout se concentrer sur son rendez-vous. Il ignora donc Castiel et se prépara mentalement à être aussi charmant et enthousiaste que possible.

Roger les accueillit dans sa chambre avec un large sourire. Il semblait parfaitement détendu et finalement bien plus calme que Dean. Il accepta la présence de Castiel sans sourciller, répondit à toutes ces questions et lui assura qu'il ne comptait pas faire de mal au jeune prostitué. Il était tout aussi charmant que lors de leur première rencontre et Dean ne put s'empêcher d'être un peu plus rassuré. Castiel semblait l'être lui aussi puisqu'il n'insista pas et finit par les laisser rapidement seuls.

Dean le regarda sortir avec un pincement au cœur. Il n'était pas inquiet pour sa sécurité mais il n'aimait pas l'idée que Castiel pouvait souffrir de le savoir avec un autre. Il 'n'était pas sûr que cela soit toujours le cas bien sûr. Mais cela ne changeait rien à la culpabilité qui le dévorait de l'intérieur depuis un moment maintenant.

Il chassa toutefois ces idées de sa tête et se força à se concentrer uniquement sur son client. Roger l'observait en souriant toujours. Il était grand temps de passer aux choses sérieuses. Et Roger ne semblait pas enclin à faire le premier pas. Dean devait prendre l'initiative.

- De quoi est-ce que tu as envie aujourd'hui ? demanda t-il en faisant un pas dans la direction de Roger.

Ce dernier le dévisagea une seconde avant de croiser ses bras sur son torse. Il ne bougeait pas. Ne semblait pas pressé de passer à l'acte. Dean était un peu surpris. D'ordinaire, ces clients ne perdaient pas de temps à le regarder. Ils n'avaient que deux heures avec lui et les utilisaient au mieux.

- Et bien pour commencer, j'aimerais assez que tu te taises et que tu te déshabilles, finit par répondre Roger.

Dean fut surpris par le ton qu'il employa pour lui parler. Lui qui avait été charmant et doux jusque-là semblait brusquement dur et froid. Prut être était-il plus stressé qu'il ne voulait bien le dire. Dean était habitué à ce genre de situation. Il savait parfaitement comment les gérer. Il allait commencer par faire ce que Roger lui demandait. Puis il l'encouragerait à se détendre. En général, cela fonctionnait à merveille.

- C'est toi le patron, répliqua t-il en souriant.

Roger ne dit rien. Dean acquiesça et entreprit alors de se déshabiller. Il ne chercha pas à faire le spectacle. Il n'était pas en représentation. Mais il prit tout de même son temps pour laisser à Roger une chance de réagir. Il était étrange qu'il ne l'ait pas encore fait. Etrange qu'il se contente de regarder Dean se dévêtir sans chercher à le toucher. Le plus souvent, c'était ainsi que cela se passait. Même avec les clients les plus stressés.

Une fois nu, Dean plia ses vêtements et les posa soigneusement sur une chaise. Il se tourna ensuite vers Roger et se tint bien droit pour lui laisser l'opportunité de l'observer. Il tourna une fois sur lui-même avant de s'immobiliser et de faire signe à son client de s'approcher. Il fut une nouvelle fois surpris quand ce dernier resta immobile.

- Tu peux me toucher tu sais … tu peux faire ce que tu veux de moi. Il est normal d'être un peu nerveux la première fois mais je peux te promettre que ça passera vite. Je sais parfaitement comment te détendre. Si tu veux bien te déshabiller à ton tour, je te montrerais comment je m'y prends.

Il se passa la langue sur les lèvres après avoir dit cela pour que son message soit le plus clair possible. Roger fit enfin un pas dans sa direction. Mais contrairement à ce à quoi Dean s'attendait, il ne retira pas ses vêtements. Il ne posa pas la main sur le jeune prostitué non plus. Il se contenta de continuer à le regarder. Et Dean remarqua alors combien son regard avait changé. Son visage était fermé. Ses yeux étaient froids. Il ne ressemblait plus du tout à l'homme charmant qu'il avait été jusque-là. Quelque chose clochait. Et Dean commençait à se demander si tout ceci n'était pas un piège. Il ne voulait toutefois pas se montrer alarmiste pour rien et choisit de laisser une chance à Roger de lui prouver qu'il se trompait.

- Est-ce que tu es déçu ? Est-ce que tu … tu m'imaginais peut être différemment ? Si c'est le cas, alors je suis sincèrement désolé. Tu peux encore renoncé. Tu peux choisir quelqu'un d'autre. Je te promets que personne ne te le reprochera.

- Est-ce que tu vas finir par fermer ta gueule ou est-ce que je vais devoir te forcer à le faire ?

Dean s'était attendu à tout sauf à ce genre de réaction. Le ton de Roger était clairement menaçant. Il émanait de lui quelque chose de dangereux.

- Je sais que tu me paies pour te satisfaire mais j'ai été clair sur ce que j'acceptais ou non quand on a signé notre contrat et … tu sais que je ne tolère pas qu'on m'insulte ou qu'on me traite comme …

- Comme la pute que tu es ? Comme le salopard qui écarte les cuisses pour n'importe qui du moment qu'on lui signe un bon gros chèque ? Parce que si c'est le cas alors désolé mais je m'en fiche. Je te traiterais comme tu mérites qu'on te traite … comme l'être répugnant que tu es … celui qui couche avec n'importe qui sans se soucier que cela puisse ensuite briser des couples et des vies.

Dean ne comprenait pas du tout ce qui était en train d'arriver. Ce que Roger disait n'avait pas le moindre sens. Mais il était évident qu'il était parfaitement sérieux. La haine qu'il ressentait pour Dean était claire comme le jour maintenant qu'il avait laissé tomber le masque.

- Je ne te suis pas, souffla le jeune prostitué.

Il avait laissé son téléphone dans sa poche de veste. Il ne pouvait pas l'atteindre sans alerter Roger sur ce qu'il prévoyait de faire. Sa seule option si les choses dégénéraient était de prendre la fuite. Il se fichait de le faire entièrement nu. Il espérait juste être suffisamment rapide.

- J'étais marié avant tu sais … marié avec un homme que j'aimais et qui prétendait m'aimer en retour. Et je l'ai surpris un jour avec un type dans ton genre … un type qui se fichait de savoir qu'il était marié … cet homme a détruit mon couple et ma vie. Et il l'a payé … il l'a payé chèrement.

- Alors pourquoi m'avoir demandé si tu détestes autant que ça les hommes dans mon genre ?

- Pour venger tous les hommes comme moi dont tu as du briser la vie sans le savoir … sans t'en soucier.

Dean déglutit avec peine. Il était terrifié. Il était évident que Roger était sérieux. Il ne s'agissait pas de menaces en l'air. Et le jeune prostitué devait absolument prendre la fuite pendant qu'il le pouvait encore. Il jeta un rapide coup d'œil à la porte de la chambre. Il pouvait l'atteindre en quelques enjambées. Il avait une chance de l'ouvrir avant que Roger ne puisse l'en empêcher. Il pourrait alors courir dans le couloir, descendre les escaliers rapidement et rejoindre Castiel. Il avait une vraie chance de s'en sortir. Mais il devait agir maintenant.

Il pria mentalement pour que son plan fonctionne avant de se jeter en direction de la porte. Il eut le temps de poser la main sur la poignée avant que Roger ne réagisse. Il n'eut toutefois pas le temps de l'ouvrir. Son client l'attrapa par les cheveux et tira sa tête en arrière avant de la pousser en avant. Son front heurta violemment le bois, l'étourdissant une seconde. Heureusement pour lui, l'adrénaline qui circulait dans ses veines l'empêcha d'avoir mal. Il parvint à se dégager de l'emprise de Roger en prenant appui contre la porte et en se propulsant en arrière. Son adversaire perdit l'équilibre une seconde mais revint à la charge presque aussitôt. Il asséna un coup de poing sur la joue de Dean puis sans que ce dernier n'ait réellement le temps de comprendre ce qui se passait, il sortit un couteau de sa poche.

Dean observait la longue lame, convaincu qu'il allait mourir. Il songea une seconde à Castiel qui l'attendait en bas et qui se sentirait inévitablement coupable. A Sam qui allait devoir continuer sans lui. Il songea à tous ceux qu'il allait laisser derrière. Et il refusait de les abandonner. Il devait se battre. Il frappa Roger au torse. Ce dernier riposta avec son couteau. La lame entailla le bras de Dean profondément, lui arrachant un cri de surprise et de douleur. Il n'y prêta toutefois pas plus attention que ça. Il frappa Roger au visage avec son autre main. Il y mit toute la force qu'il possédait et fut satisfait de le voir basculer en arrière.

Le jeune prostitué ne perdit pas une seconde de plus. Il profita de son déséquilibre pour prendre la fuite. Il avait le cœur quittait fort et vite dans sa poitrine. Il était déjà à bout de souffle. Et son bras lui faisait atrocement mal. Il pouvait sentir le sang couler jusqu'à sa main puis goutter au sol. Il l'ignora autant que possible et ouvrit la porte de la chambre. Il courut dans le couloir, descendit les escaliers à une vitesse folle puis franchit la porte qui menait dans le hall.

Tous les regards se tournèrent presque aussitôt sur lui. Il était nu et avait un bras couvert de sang. Il devait probablement avoir l'air d'un fou dangereux. Il avait la tête qui tournait. C'était très certainement dû aux coup reçus au visage. Il se força toutefois à continuer d'avancer. Il se fichait qu'on puisse le regarder. Il voulait trouver Castiel.

Il le répara rapidement dans un coin du hall et se précipita vers lui. Quand son ami le vit à son tour, il se leva en un bond et courut dans sa direction. Dean sentit ses jambes céder sous son poids quand il fut à sa hauteur. Castiel le saisit par la taille pour l'empêcher de tomber par terre.

- Dean, qu'est-ce qui … commença Castiel.

Le jeune prostitué ne le laissa pas finir sa phrase.

- Appelle une ambulance, le coupa t-il.

Il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il savait que ce n'était pas dû à sa blessure au bras. Il avait probablement perdu un peu de sang mais pas suffisamment. Il n'avait pas non plus de traumatisme crânien ou de commotion cérébrale. C'était sans doute dû au choc et à la peur.

Qu'elle qu'en soit l'explication, il perdit rapidement contact avec tout ce qui se passait autour de lui. Il entendit Castiel parler à quelqu'un puis il sentit qu'on le posait sur un canapé. On le couvrit avec une veste qui avait l'odeur de son ami. Elle lui apporta un énorme réconfort.

Il n'aurait pas su dire combien de temps il resta allongé mais deux hommes finirent par apparaitre dans son champ de vision. Deux hommes qu'il ne connaissait pas. Les ambulanciers probablement. Dean les laissa le manipuler jusqu'au brancard sur lequel on l'installa.

Il ne reprit vraiment ses esprit que lorsqu'il fut dans l'ambulance, au chaud et loin de la menace que Roger représentait.

- Je vais appeler Ellen, expliqua Castiel qui semblait avoir été autorisé à monter dans l'ambulance avec lui.

Dean était curieux de savoir comment il avait réussi à convaincre les ambulanciers. Il lui poserait la question plus tard. Il y avait plus urgent à gérer.

- Non, pas … pas tout de suite. Pas tant que je ne suis pas à l'hôpital et pas tant que je n'ai pas été pris en charge et soigné.

Castiel ne semblait pas vraiment ravi de devoir attendre mais il accepta tout de même. Il avait sans doute des scrupules à refuser quoi que ce soit au jeune prostitué dans son état.

- Laisse-moi au moins appeler la police. Il pourrait toujours être dans l'hôtel … commença t-il.

- Il a pris la fuite. Et je … je ne suis pas sûr de vouloir … je préfère qu'Ellen gère tout ça quand elle sera au courant. Je lui fais confiance.

Dean n'avait pas l'intention de porter plainte mais il ne voulait pas le dire à Castiel pour le moment. Il savait que son ami serait furieux en l'apprenant. Et il n'avait pas la force de se disputer avec lui pour le moment.

L'ambulancier à côté de lui examinait son bras.

- C'est une jolie entaille que vous avez là. Rien de très grave mais on va devoir vous recoudre. Et vous examiner la tête aussi. Vous avez une sacrée bosse et un bel hématome.

Dean hocha la tête. Il se soumettrait aux examens nécessaires. Il détestait les hôpitaux et les médecins. Mais il savait que Castiel refuserait de le laisser tranquille sans qu'un professionnel lui ait assuré qu'il ne craignait rien.

- Je sais que je t'ai fait peur Cas … je suis désolé, souffla Dean en reportant son attention sur son ami.

Ce dernier était extrêmement pâle. Il était évident qu'il avait probablement eu la frayeur de sa vie. Dean pouvait également sentir qu'il ne tarderait pas à s'en vouloir. A se croire coupable. Il n'était toutefois pas responsable de ce qui venait de se passer. Roger avait parfaitement mené sa barque. Il avait réussi à duper tout le monde. Ellen lui avait donné le feu vert. Dean s'était cru en sécurité avec lui. Personne n'avait senti le danger qu'il représentait. Castiel n'y était pour rien. Il avait juste été aveuglé par les sourires et les mensonges de Roger.

- J'ai effectivement eu la peur de ma vie Dean mais … je suis rassuré de voir que tu n'as rien de grave … et franchement je suis plus en colère qu'autre chose maintenant. Si je mettais la main sur ce salopard, je peux te promettre que je …

- Cas, non … tu … tu dois laisser Ellen gérer ça d'accord ? J'ai juste … contente toi de rester avec moi d'accord. Je déteste les hôpitaux et j'ai besoin … j'ai besoin que tu sois là.

Castiel sembla réfléchir une seconde mais finit par hocher la tête et prendre la main de Dean dans la sienne. Le jeune prostitué se sentit aussitôt mieux. Il se sentit soutenu. Il devinait combien il devait être difficile pour Castiel de contenir sa rage mais il espérait qu'il en serait capable au moins jusqu'à ce que Dean soit autorisé à quitter l'hôpital. Il avait confiance en Ellen pour retrouver Roger et lui faire payer ce qu'il avait tenté de faire. Il savait qu'elle avait des relations et qu'elle était prête à tout. Il ne voulait pas que Castiel y soit mêlé de près ou de loin. Il le voulait à côté de lui, là où il pouvait garder un œil sur ce qu'il faisait. Et là où son ami pourrait continuer à le rassurer et le réconforter. Il en avait bien besoin.


Castiel n'avait jamais autant douté de sa vie. Il ne s'était jamais posé autant de questions. Il en avait perdu le sommeil. Il ne parvenait plus à réfléchir à quoi que ce soit. Il pensait avoir pris une décision qui lui permettrait enfin de voir l'avenir avec plus de sérénité mais il devait se rendre à l'évidence. Ce n'était pas aussi simple.

Dean était présent dans sa tête à chaque moment de chaque journée. Peu importait qu'il ne soit pas physiquement là. Castiel continuait de penser à lui. Il se posait des questions. Il envisageait de nouveaux scénarios. Il s'inquiétait surtout. Il avait peur de voir Dean accepter la proposition de Stan. De le voir signer cette exclusivité. Il était terrifié à l'idée que son ami puisse passer autant de temps avec un homme qui avait tout pour le séduire. Un homme qui ferait très certainement le petit ami idéal. Il était terrifié de le perdre.

La situation était clairement devenue invivable pour lui. Il avait vraiment cru qu'en choisissant de mettre un terme à sa relation avec Dean, il s'épargnerait des souffrances. Qu'il pourrait enfin retrouver un certain équilibre. Il continuerait à passer du temps avec lui. Il pourrait continuer également à veiller sur sa sécurité. Et cela avait fonctionné pendant quelques jours. Mais Stan avait tout gâché. Sans le vouloir, il avait compliqué les choses à nouveau et Castiel était perdu.

Il était peut-être temps pour lui de prendre une décision plus radicale encore. Il pouvait démissionner. Bien sûr, il ne verrait plus Dean aussi souvent. Il ne pourrait plus veiller sur lui comme il en ressentait le besoin. Mais si le jeune prostitué finissait par accepter la proposition de Stan, Castiel serait de toute façon mis de côté. Il était peut être préférable pour lui de prendre les devants. D'anticiper quelque chose qu'il sentait inévitable.

Il espérait bien sûr que cette décision, s'il en arrivait là, ne mettrait pas une distance définitive entre Dean et lui. Qu'ils pourraient rester amis. Continuer à se voir en dehors des heures de travail. Continuer à partager des choses. A rire de tout et de rien. A discuter.

Il aurait aimé pouvoir demander à son ami s'il croyait tout ceci possible. Mais il n'osait pas le faire. Il était convaincu qu'une telle question se retournerait inévitablement contre lui.

Il devait continuer à réfléchir et tenter de faire son choix par lui-même. En attendant, il continuait à travailler avec Dean malgré les tensions évidentes entre eux. Et le jeune prostitué avait un nouveau client. Castiel savait combien cette situation pouvait être délicate. Cela nécessitait qu'il soit totalement concentré sur son travail. Il devait laisser tout le reste de côté. Et veiller à ce que cet homme ne représente pas une menace pour son ami.

Dès qu'il rencontra Roger, son inquiétude s'envola. L'homme était charmant. Il souriait, semblait calme et détendu. Il avait tout du client parfait. De celui qui ne pourrait jamais représenter la moindre menace pour Dean. Castiel ne voyait aucune raison d'annuler le rendez-vous. Dean semblait tout aussi détendu que lui. Et Roger termina de le rassurer en lui promettant de bien veiller sur son ami. De ne jamais dépasser ses limites. De respecter ses décisions. Et de ne pas dépasser le temps imparti.

Castiel laissa donc le jeune prostitué et son client seuls après seulement quelques minutes à discuter avec Roger. Il descendit les attendre dans le hall le cœur léger et l'esprit serein. Bien sûr, dès qu'il fut assis et seul, il recommença à se poser trop de questions sur la suite des évènements. Sur ce qu'il devait faire pour arranger les choses. Sur l'avenir de sa relation avec Dean. Il préférait toutefois cela au fait de s'inquiéter pour sa sécurité.

Il n'aurait pas su dire combien de temps s'écoula avant que tout ne bascule. Il avait été trop occupé à penser à tout ce qui lui arrivait en ce moment pour se soucier de l'heure qu'il était. Il avait les yeux perdus dans le vague, l'esprit occupé quand il vit apparaitre Dean dans son champ de vision.

Il avait peut être perdu la notion du temps mais il savait que les deux heures ne s'étaient pas encore écoulées. Et le fait que le jeune homme soit déjà là était forcément mauvais signe.

Castiel mit étonnamment plusieurs secondes à réaliser que son ami était entièrement nu. Il venait de débarquer dans le hall de l'hôtel sans le moindre vêtement sur lui. Il semblait sous le choix. Paniqué et totalement perdu. Il était évident qu'il cherchait Castiel.

Ce dernier se leva aussitôt de son fauteuil et se précipita dans sa direction. Il remarqua le sang sur son avant-bras au moment où il arrivait à sa hauteur. Dean semblait complètement paniqué. Castiel l'était au moins autant que lui. Il perdait beaucoup de sang. Il avait un énorme hématome sur le front. Il s'effondra finalement quand Castiel fut devant lui. Heureusement pour lui, ce dernier parvint à lui éviter une chute au sol.

Les gens autour d'eux les regardaient à présent. Castiel détestait l'idée qu'ils puissent se régaler du spectacle. Qu'ils puissent jouer les voyeurs comme tous ces idiots qui ralentissaient sur la route pour chercher des yeux les victimes des accidents de circulation. Mais Castiel n'avait pas le temps de leur hurler dessus ou de leur demander de regarder ailleurs. Il devait avant tout se soucier de Dean. Il tenta de lui demander ce qui lui arrivait mais le jeune prostitué le coupa avant qu'il ait le temps de finir sa phrase. Il lui demandait d'appeler une ambulance. Ce qui signifiait que la situation était vraiment grave. Le jeune prostitué détestait les hôpitaux et avait refusé d'y être conduit même quand il avait été drogué. Qu'il demande à s'y rendre témoignait de son inquiétude et du choc subi.

Castiel ne perdit pas une seconde à réfléchir inutilement. Il se sentirait coupable plus tard. Pour le moment, il devait s'occuper de Dean. Il sortit son téléphone de sa poche et appela le 911 sans attendre. Il expliqua rapidement à l'opératrice la situation dans laquelle son ami se trouvait. Puis, après avoir reçu la certitude que l'ambulance arriverait rapidement, il raccrocha et jeta son téléphone pour avoir les mains libres. Il aida Dean à s'allonger. Il s'apprêtait à le couvrir quand l'un des employés de l'hôtel lui offrit un drap sans un mot. Castiel le remercia d'un sourire en se promettant de le faire avec des mots plus tard. Puis, parce qu'il pensait que cela aiderait Dean, il ajouta sa veste sur le drap. Il eut la sensation que son ami appréciait de sentir son odeur mais ce n'était pas le moment de se faire des idées ou d'imaginer des choses.

Il eut la sensation que l'ambulance mettant des heures à arriver. Il ne quitta pas Dean des yeux durant tout le temps que cela dura. Il était fou d'inquiétude. Il n'avait pas la moindre idée de la gravité de ses blessures ou s'il en avait des plus sérieuses que Castiel n'avait pas vu. Il ne savait pas quoi faire. Il s'en voulait de ne pas avoir appris les premiers gestes d'urgence. Il se sentait impuissant et il détestait ça.

Les secours finirent par arriver et prirent Dean en charge aussitôt. Il avait perdu connaissance et Castiel n'avait jamais été aussi inquiet de sa vie. Il voulait croire que ce n'était que du au choc. Mais il ne pouvait pas être sûr. Et il avait peur du pire.

Il suivit les ambulanciers qui emmenaient Dean avait eux. Il ne leur laissa pas l'occasion de protester et monta dans l'ambulance sans leur demander leur avis. Il s'assit dans un coin pour ne pas les gêner et garda les yeux sur Dean. Il espérait que son ami pouvait sentir sa présence. Que cela l'aiderait à rouvrir les yeux rapidement.

Ils étaient en route depuis quelques secondes quand le jeune prostitué finit par rouvrir les yeux. Castiel en fut aussitôt soulagé. Il jeta un coup d'œil à l'ambulancier qui s'occupait de son ami et sentit son inquiétude disparaitre un peu plus encore quand il lui adressa un sourire.

Quand il informa qu'il souhaitait appeler Ellen, Dean refusa aussitôt. Tout comme il refusa que la police soit mêlée à cette histoire. C'était stupide. Castiel ne comprenait pas pourquoi il ne voulait même pas l'envisager. Mais il ne servait à rien de protester pour le moment. Il n'obtiendrait rien du jeune prostitué dans son état.

Il eut en revanche la confirmation qu'il avait bien fait d'imposer sa présence quand Dean lui signifia qu'il avait besoin qu'il soit à ses côtés. Castiel n'avait de toute façon pas l'intention de partir. Il ne laisserait jamais le jeune prostitué seul après ce qu'il avait vécu.

- Personne ne me fera quitter ton chevet. Je suis là et je resterais là tant que tu auras besoin de moi. Mais … je sais que tu as confiance en Ellen pour gérer le problème et je sais qu'elle en est effectivement parfaitement capable. Mais imagine qu'il ait le temps de … de faire du mal à quelqu'un d'autre en attendant ? Je ne sais pas si je pourrais vivre avec ça sur ma conscience.

- Je ne pense pas qu'il … il ne voulait pas me tuer Cas. Il voulait … juste me faire du mal. Il … c'est un malade mais ce n'est pas un tueur. J'en suis sûr.

Castiel ne vouait pas comment son ami pouvait en être aussi sûr. Et il ne voyait pas en quoi cela changeait vraiment les choses. Cet homme était dangereux et en liberté. Peu importait que ce ne soit pas un tueur, il pouvait encore le devenir.

- Je veux bien te croire sur ce point mais … il est de ta responsabilité de … de faire quelque chose pour empêcher un autre de subir le même sort … ou de subir pire. Je sais que tu ne veux pas avoir la souffrance ou la mort de qui que ce soit sur ta conscience.

Dean le dévisagea alors pendant une seconde avant de détourner les yeux. Il semblait furieux à présent. Castiel ne comprenait pas pourquoi. Il ne faisait que pointer l'évidence. Mais de tout évidence, Dean refusait de l'entendre.

- Je ne dois rien à personne Cas … je … personne ne s'est jamais réellement soucié de moi … mis à part mes proches bien sûr et je … je ne vois pourquoi je devrais faire quoi que ce soit de bien pour un monde qui de toute façon se fiche éperdument de ce qui peut m'arriver !

- Dean, tu … je peux comprendre ce que tu ressens mais tu n'as jamais été quelqu'un d'égoïste et je suis convaincu que tu finiras par le regretter si tu ne fais rien. Tu es sous le choc pour le moment mais quand tout sera fini, tu t'en voudras et je veux … je veux faire en sorte de t'éviter ça.

Dean secoua la tête et Castiel sut qu'il ne parviendrait pas à lui faire entendre raison. Il était inutile d'insister. C'était peut être uniquement du au choc reçu ou quelque chose qu'il pensait réellement. Castiel n'était pas sûr. Et il ne pouvait pas s'empêcher d'être en colère contre le jeune prostitué. En colère contre cette passivité face à quelque chose qui était bien trop grave pour être ainsi ignoré.

- Désolé de te le dire mais tu as une responsabilité vis-à-vis de ceux qui pourraient être victimes de ce montre à leur tour. Ca ne te plait peut être pas mais c'est comme ça … que tu le veuilles ou non.

Dean ne répondit pas et continua de l'ignorer. Cela ne faisait que le rendre plus furieux encore. Mais il ne voulait pas causer une scène devant l'ambulancier. Il faisait mine de ne pas les écouter mais Castiel savait qu'il entendait chaque chose et qu'il les jugeait probablement. Il était préférable d'attendre qu'ils soient seuls à nouveau pour en parler plus longuement.

Ils arrivèrent finalement à l'hôpital et Dean fut rapidement pris en charge par un médecin. Castiel fut contraint d'attendre en salle d'attente. Il aurait aimé pouvoir accompagner le jeune prostitué. Mais cet éloignement forcé était peut être préférable. Cela l'aiderait à reprendre le contrôle sur ses émotions et à mettre de côté la colère qu'il ressentait à l'égard de son ami.

Quand on revint le chercher en lui indiquant que la plaie de Dean avait recousu et qu'il n'avait aucune blessure sérieuse, Castiel était bien plus calme. Il se sentait prêt à affronter son ami. Il était visiblement le seul à avoir réussi à reprendre le contrôle sur ses émotions. A peine avait-il franchi la porte que Dean détournait le regard et faisait mine de ne pas l'avoir vu. Ce qui était profondément injuste. C'était lui après tout qui avait demandé à Castiel de rester.

- Dean tu peux m'ignorer autant que tu le veux mais je tiens à te rappeler que tu m'as demandé de rester … que c'est toi qui refusais que je te laisse seul. Et je trouve injuste que tu te comportes avec moi comme si j'étais l'ennemi.

Dean ne répondit pas et Castiel sentit alors la colère l'envahir pour de bon. Cette fois, il n'avait plus envie de faire d'effort pour la contenir. Il estimait avoir le droit de se lâcher et de dire à Dean exactement ce qu'il pensait de son attitude.

- Tu te comportes comme si ce qui t'arrive n'a aucun impact sur les gens qui t'entourent. Comme si te voir dans cet état ne m'affecte pas … comme si ce n'était pas grave. Mais ce que tu refuses de comprendre c'est que la situation n'est pas seulement difficile pour toi … elle l'est pour tous ceux qui tiennent à toi … ton frère, Ellen et moi … tous tes proches souffrent de te voir prendre tous ces risques. Ne cherche pas à minimiser ce qui vient de t'arriver. Et arrête de te comporter comme si notre avis n'avait aucune importance. Arrête de te comporter comme si nous étions l'ennemi quand nous sommes au contraire tes alliés ! Parce qu'en le faisant, tu te montres égoïste. Tu te fiches de ce qu'on peut ressentir. Tu te fiches qu'on puisse souffrir. Et c'est l'attitude d'un imbécile.

Dean soupira longuement avant de tourner le visage pour faire face à Castiel à nouveau. Il semblait blessé par ce qu'il venait d'entendre. Castiel espérait sincèrement que ses propos auraient de l'effet sur lui. Qu'il comprendrait enfin qu'il ne pouvait pas continuer ainsi plus longtemps.

- Je … sans doute que tu as raison Cas … je suis désolé si … j'ai eu peur d'accord. Et quand j'ai peur, j'ai tendance à me comporter comme un idiot. Tu as raison … je dois prendre votre avis en considération. Je ne peux pas continuer à courir des risques inutiles … pas maintenant que Stan l'offre une vraie porte de sortie. Je pense que je devrais accepter sa proposition. Cela soulagerait tout le monde.

Dean semblait penser que cette admission suffirait à arranger les choses. Mais ce n'était pas le cas. Il ne comprenait décidément rien. Il refusait peut être de comprendre. Castiel en avait assez de chercher à le protéger en mesurant ses propos. Cette fois, il allait tout lui dire. Que cela lui plaise ou non.

- Le problème Dean, c'est que tu ne comprends pas … tu ne comprends rien. Je ne sais pas si tu refuses de voir la vérité en face ou si tu n'as réellement aucune idée de ce qui se passe vraiment mais … j'en ai assez.

- Cas, je …

- Non tu vas me laisser parler … tu vas me laisser te crier dessus parce que j'en ai besoin et parce que j'en ai assez de me taire ! Cette fois, tu vas m'écouter. Tu prétends tout savoir et tout comprendre mais … tu as faux sur tout la ligne. Nous ne sommes pas uniquement inquiets parce que tu multiplies les clients … nous le sommes parce que tu continues à penser que tu ne vaux pas mieux que le métier que tu exerces … parce que tu refuses d'envisager les mille et une autre choses que tu pourrais faire. Et à force de refuser de prendre soin de toi … de veiller sur toi-même, tu vas finir par lasser ceux qui ont tenté de te faire comprendre … tu vas finir par les forcer à prendre leurs distances pour se protéger de toi !

Dean sembla accuser le coup pendant une seconde. Castiel savait qu'il lui avait fait du mal en tenant ces propos. Mais il l'avait fait parce qu'il estimait que c'était nécessaire. Dean avait besoin d'entendre toutes ces choses. Et s'il refusait de les accepter, alors ce serait tant pis pour lui. Castiel serait contraint de passer à autre chose.

- Est-ce que c'est une menace Castiel ? Est-ce que tu songes à prendre tes distances ? Parce que si c'est que tu veux alors surtout ne te gêne pas.

- Le problème Dean, c'est que tu joues les victimes en permanence. Tu te comportes comme si tout le monde en avant après tout … comme si le monde entier s'acharnait sur toi. Mais tu pourrais changer les choses. ? Tu pourrais améliorer la situation si tu faisais des efforts. Ce que tu ne fais et franchement … j'en ai assez. Alors oui … peut être qu'il s'agissait de menaces … à toi de voir ce que tu veux en faire maintenant.

Dean prit quelques secondes pour réfléchir et Castiel choisit de ne pas l'interrompre. La réponse qu'il allait donner aurait forcément des conséquences importantes sur leur relation. Castiel ne pouvait plus revenir en arrière. Si Dean refusait de prendre ses menaces au sérieux, il serait contraint de les mettre en application.

- Si tu veux démissionner alors vas-y … fais le. Si tu ne veux plus me voir … plus jamais entendre parler de moi … je ne chercherais pas à te retenir. De toute façon, c'est toi qui as commencé à mettre de la distance en premier et … je n'ai rien fait pour t'en empêcher à l'époque … je ne ferais rien pour t'en empêcher maintenant. Si tu veux partir … fais le … parce que je ne changerais pas d'avis … ni sur mon métier ni sur la manière dont je vais gérer ce qui vient de m'arriver. Tu ne peux pas l'accepter ? Tant pis. Ca te regarde. Ce n'est pas mon problème. C'est le tien.

Castiel soupira longuement. Dean ne comprenait pas. Et cette fois, ils avaient atteint un point de non-retour. Ils ne pouvaient plus revenir en arrière. Cela lui déchirait le cœur. Il n'avait pas envie de quitter Dean pour de bon. Il n'avait pas envie de ne plus le voir. De prendre ses distances. De démissionner. Mais le jeune prostitué ne lui laissait pas le choix. Castiel refusait de continuer ainsi. Refusait de supporter ce qu'il avait supporté aujourd'hui un jour de plus. Et tant pis si cela devait le faire souffrir pendant de longues semaines. Il était temps qu'il prenne les bonnes décisions.

- Tu as raison Dean … c'est mon problème et c'est à moi de le gérer. Et je vais le faire. Je vais même le faire dès maintenant. Je vais appeler Ellen … pas pour lui dire ce qui vient d'arriver parce que c'est ton problème comme tu le dis si bien … mais pour lui annoncer que je démissionne. C'est terminé Dean. Point final.

Le jeune prostitué ricana une seconde sur son lit. Il ne semblait pas y croire. Ne pas prendre Castiel au sérieux.

- Si tu comptes sur moi pour te retenir, tu vas être déçu. Je te supplierais pas Castiel. Je n'ai jamais supplié personne et ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer.

- Même si tu essayais, ça ne fonctionnerait pas Dean. Tu ne changeras pas d'avis et je ne changerais pas d'avis non plus. Nous sommes dans une impasse. Et il est grand temps pour moi que j'en sorte de mon côté.

Dean hocha alors la tête, le visage fermé et le regard froid. Il détourna ensuite la tête et Castiel sut ce que cela voulait dire. Il ne ferait rien pour le retenir comme il l'en avait averti. Castiel sentit son cœur se briser une nouvelle fois dans sa poitrine. Mais il allait tenir bon. Après un dernier regard en direction de Dean, il tourna les talons et quitta la chambre. Il ne se retourna pas même s'il en avait envie. Il garda la tête droite et ne laissa aucune larme déborder de ses yeux. Il devait tenir bon. Il était convaincu d'avoir raison. D'être le plus lucide d'eux deux. Il n'était pas stupide. Il savait combien tout cela allait être difficile pour lui. Mais il finirait par s'en remettre. Par surmonter cette épreuve. Il était grand temps pour lui de se montrer égoïste à son tour et de faire en sorte de se protéger. Peu importait qu'il ait à se protéger de l'homme qu'il aimait.