Elle se sentait si fatiguée. Tellement las de cette guerre qui n'en finissait pas, de ces combats acharnés, de cette ambiance étouffante, des cœurs lourds en permanence. La tristesse et la souffrance avaient fait leur temps. Désormais, elle n'aspirait plus qu'au repos. Reprendre le cour de sa vie d'antan. Elle qui se plaignait tant de sa routine autre fois, par tous les cieux, à présent elle aurait vendu un rein pour y retourner. Et le deuxième pour oublier les dernières heures.
La mort de Willo avait été une épreuve violente pour l'esprit perturbé d'Athénaïs. Elle ne s'était jamais réellement remise de son voyage dans l'autre monde, de l'autre coté du voile de la vie. Et quelques heures auparavant, elle avait vu la mort emporter les derniers fragments de vie de la jeune femme. Elle avait vu la Faucheuse au loin, accueillant l'âme de celle qui avait été autrefois sa protégée et l'emmener dans son royaume. Elle avait vu la peine et le regret, la douleur et le désespoir de si près qu'elle doutait d'en être réellement revenue indemne.
Elle n'avait rien dit. Murée dans un silence assourdissant, elle avait quittée le vaste champ remplit d'épis de blé. Elle avait fui la tombe, s'était éloignée du nouvel esprit qui faisait le deuil de son aînée. À son retour au Pôle, elle avait projeté son souvenir sur un mur, faisant vivre à des Gardiens horrifiés l'enfer que furent ces dernières heures. Bunny se frotta la tête, attristé. Sab baissa les yeux. North vida une bouteille de rhum cul-sec. Fée laissa échapper une larme.
Et puis il y eu un énorme vacarme, semblable à un tremblement de terre. Mais c'est simplement le bruit d'un cœur qui se brisait. Jack avait lâché son bâton. Ses yeux d'ordinaires si vifs étaient comme morts. Vides. Sans vie. Ce fut la deuxième fois qu'Athénaïs vit ce regard terne en une soirée. Jack ne dit rien. Il tourna simplement les talons et quitta la pièce.
North s'assit dans un fauteuil en poussant un profond soupir. C'était la première fois qu'un esprit passait dans l'autre monde. Athénaïs n'avait pas été choisi par l'Homme de la Lune lorsqu'elle perdit la vie, elle n'était qu'un cauchemar à l'époque. Mais Willo était une légende, le feu-follet, l'esprit guidant les voyeurs égarés sur le chemin de la vie. Sa mort le touchait plus qu'il ne l'aurait pensé. Il n'était pas proche de l'esprit. Personne ne l'était à vrai dire. Willo n'aimait pas particulièrement les gens. Sauf Jack. Elle l'avait laissé pénétrer dans son cœur. Elle l'avait aimé sans doute, ou du moins lui avait elle porté une légère affection. Les sentiments sont difficiles à identifier chez les esprits. Tous bercés par une certaine solitude, une douce mélancolie et le temps qui passait, qui filait sans fin sans jamais les atteindre ne laissait que difficilement le temps aux sentiments de se frayer un chemin dans les cœurs trop malmenés par l'éternité des esprits.
Et puis Willo les avait trahi. Attirée par la reconnaissance, elle s'était approchée des ténèbres comme un papillon le faisait avec la lumière jusqu'à s'en brûler les ailes. Mort l'avait emmené avec douceur, presque avec tendresse. Il avait toujours su qu'un jour, Willo resterait à jamais avec lui. Il avait simplement espéré que cela n'arrive pas de si tôt.
Sab et Fée avaient quittés la pièce depuis longtemps maintenant. Partis rendre un dernier hommage à la défunte. Ils ne l'avaient que peu fréquentés, mais ils avait un profond respect pour elle. Bunny ne les avait pas accompagnés. Après leur départ, il s'était approché d'Athénaïs. Assise dans le sofa, elle restait immobile, le regard perdu si loin que Bunny se demandait si elle reviendrait un jour. Du sang maculait son visage de porcelaine, son nez était visiblement cassé alors que son poignet pendait mollement dans le vide, sûrement foulé et son épaule formait un angle inquiétant.
-Athénaïs, dit'il en la secouant légèrement en prenant garde à ne la brusquer. Viens maintenant.
Elle ne le bougea pas. Ne lui accorda pas l'ombre d'un regard. Au final, rien ne prouvait qu'elle ne l'avait seulement entendu. Son esprit était perdu, quelque part dans un brouillard lourd et compact de culpabilité, de remord et de peur, rejouant la scène sans cesse. Du sang, du sang partout. Tellement de rouge. Elle avait toujours détesté cette couleur. Elle avait tué. Pour la deuxième fois de sa courte existence, elle avait volé une vie. D'abord celle d'un enfant, c'était un accident mais les faits étaient là. Et maintenant, une légende, l'une des leurs. Fée avait raison depuis le début tout était de sa faute.
Bunny la fixa longuement. Il n'y avait aucune pitié dans son regard. Seulement une lourde compassion. Prendre la vie était un fardeau que l'on portait à vie. Triste ironie pour des immortels qui se faisaient la guerre. La culpabilité restait à jamais, elle empoisonnait les cœurs, alourdissait les souvenirs. On avait beau la fuir, la maudire, la haïr. Peut importe que personne ne veuille jamais d'elle. Elle attendait sagement son heure, bondissant lorsque l'on était affaibli afin de nous porter le coup fatal. Bunny connaissait tout cela. Lui aussi avait fait la guerre de nombreuses fois. Lui aussi avait défendu sa vie et en avait volé. Chacun avait son histoire et ce que les autres pensaient savoir des leurs n'était qu'une illusion, une pâle copie tout simplement parce que l'originale avait sa part d'ombre qu'il ne souhaitait ne jamais voir révéler, car cela la rendrait bien trop réelle.
Il attrapa Athénaïs entre ses pattes et la porta jusqu'à l'infirmerie. Étrange spectacle que ce grand lapin gris déambulant dans les couloirs avec son précieux fardeau qui avait enfouie sa tète ensanglantée dans sa fourrure. Il la déposa délicatement sur la table et s'affaira à trouver de quoi désinfecter les plais. Mais Bunny n'avait pas de doigts, pas de mains. Il ne pouvait pas recoudre des blessures ni se servir correctement d'une bande de gaz. North prit alors le relai. Les mains de bûcheron du Père Noël, caleuses et fortes n'effrayèrent même pas sa patiente. Elle ressentait si peu la douleur. Son nez la gênait à peine malgré son angle bizarre, son poignet ne la perturbait guère, elle n'avait pas envie de bouger de toute façon. Quand à sa cuisse qui abordait un hématome plus noir qu'un cauchemar, le picotement était si léger qu'elle ne l'avait même pas remarqué. Elle était bien trop loin pour faire attention à ces détails.
Délicatement, North désinfecta les plais. Il banda son poignet. Appliqua un baume sur le bleu. Remit dans un craquement sinistre l'épaule en place, puis le nez. Il guettait attentivement le moindre signe de douleur chez la fillette, la moindre grimace ou tressautement, rien qu'un battement de cil. Mais rien. Alors North recula et Bunny l'allongea dans le lit blanc de la pièce. Elle détonnait parmi les draps si propres, avec ses cheveux roux maculés de sang et de boue séchés, ses vêtements déchirés et sa mine terreuse. Elle ne dit rien, n'opposa aucune résistance. Bunny et North non plus. Ils sortirent simplement la pièce, éteignant la lumière, laissant simplement la porte entre ouverte afin de lui laisser un peu de réconfort, de l'espace et de l'intimité. Cela ne servait à rien de la presser. Elle allait devoir affronter ses démons. Ils savaient tout deux que le deuil serait long et apprivoiser la culpabilité bien plus encore.
Les larmes mirent longtemps à venir. Seule, allongée dans une semi-obscurité, les yeux grands ouverts, Athénaïs ne se rendit pas compte tout de suite qu'elle pleurait. Se reconnecter à la réalité fut difficile, douloureux mais cela valait mieux que de revivre en boucle la scène au milieu des épis de blés. Elle regardait le plafond, légèrement éclairé par la faible lumière qui provenait du couloir, elle le regardait à travers ses larmes, levant ses yeux au ciel et en se demandant ce que pensait l'Homme de la Lune tout là haut dans les cieux, si il veillerait encore sur elle après toutes ses erreurs. Une partie d'elle était morte en même temps que Willo, c'était bien là l'une des tragédies de la mort, le fait de n'être plus jamais réellement soi-même, d'avoir enterré une partie de soi avec l'autre. Elle avait volé à Willo sa vie, en retour elle lui avait pris son insouciance. Elle doutait fort à présent que son innocence soit toujours intacte. Elle avait joué les héroïnes mais à présent, elle était simplement fatigué d'essayer d'être ce qu'elle n'était pas. Fée avait raison. Fée avait raison depuis le début. Elle était un monstre. Il était grand temps qu'elle l'accepte à présent. Alors elle se leva, ouvrit la fenêtre et disparut dans la nuit glacée.
Il suffoquait. Il avait la terrible impression de ne plus parvenir à respirer, l'air refusait d'atteindre ses poumons, l'obligeait à prendre de grandes goulées oxygène qui lui rappaient la gorge, le laissant haletant. Il se sentait si vide, si seul. Willo était partie. Et elle ne reviendrait pas, il le savait. L'Homme de la Lune ne lui offrirait pas une seconde chance.
Il ne l'avait pas aimé. Jack ne croyait pas au coup de foudre. Après avoir passé sept cent ans seul, l'amour n'était devenu qu'un mot à ses yeux, une chimère qui ne concernait que les mortels. Mais il n'avait pas été insensible à ses jolies yeux. Elle était belle et cela était devenu un jeu pour lui de la faire rire ou rougir. Il se sentait enfin important pour quelqu'un. Maintenant, il était à nouveau seul. C'était incroyablement égoïste et il le savait. Mais il s'en fichait. Elle était partie et lui était retourné à la case départ. Un garçon figé pour l'éternité dans l'adolescence et qui n'aurait plus jamais personne pour le comprendre. C'était comme ça qu'il voyait les choses. Certes, il lui restait bien Athénaïs. Il l'aimait bien, c'est vrai. Mais ce n'était qu'une enfant à peine à l'aube de ses treize ans. Elle ne voyait pas le monde comme lui.
Jack était en colère. Contre lui pour être aussi égoïste. Contre Willo pour l'avoir abandonné. Contre Athénaïs parce que c'était elle et non Willo qui était revenue vivante. En colère contre la vie qui était aussi injuste, contre Pitch Black sans qui tout cela ne serait jamais arrivé. Il haïssait cette guerre. Oui, il était grand temps d'y mettre un terme.
-Où sont Fée et Sab ?
Bunny se retourna, fixant l'esprit de l'hiver qui venait d'arriver dans la bibliothèque. Son visage crispé ne comportait aucune trace de pleure. Jack Frost avait grandit. Il savait que le temps n'était pas propice au deuil. Autant profiter de sa rage pour sa battre et finir le travaille. Il aurait tout le temps de pleurer plus tard. Bunny soupira d'un air las.
-Dans la grande salle, avec North. Ils sont rentrés depuis quelques minutes.
-Et Athénaïs ?
-Elle dort dans l'infirmerie. Laisse la tranquille, elle est dans un sale état et à besoin de repos.
Jack hocha doucement la tête. Alors qu'il s'avançait en silence avec Bunny en direction de la grande salle, chacun perdu dans des pensées peu réjouissantes, des éclats de voix leurs parvinrent. Trop incompréhensibles pour qu'ils puissent en saisir le sens, elles poussèrent néanmoins les deux esprits à accélérer le pas. Débouchant enfin dans la pièce, ils trouvèrent North et Fée en train de se disputer alors que le Sab les fixait avec gravité.
-C'est entièrement de votre faute, grogna Fée avec un air mauvais. Je vous ai toujours dit qu'on ne pouvait se fier à elle. Aucun de vous ne m'a écouté et maintenant, nous en payons le prix fort !
-Nous n'avions pas le choix. C'était s'allier avec elle ou tous nous faire massacrer !
-S'allier avec elle ? Et où vois-tu encore une alliance North ? Elle est partie, elle nous a trahit. Pourquoi persister à lui donner votre confiance alors qu'elle ne fait que de nous poignarder dans le dos.
-Tu es aveuglée par le ressentiment et ta haine envers elle. Reprend toi et…
-Et quoi ? Tu vas me dire de garder espoir, que tout va s'arranger ? Regarde les choses en face ! Willo n'est plus de ce monde et elle était la seule à pouvoir faire face à Pitch et à l'Alliance des Ténèbres. On va tous y passer, c'est finit et c'est de votre faute !
-Merde mais est-ce qu'on pourrait savoir ce qui se passe ici ? finit par craquer Bunny dont les nerfs d'acier commençaient pourtant à céder.
Fée réprima une réplique cinglante qui lui brûlait la langue. Elle inspira fortement avant de tourner résolument le dos aux autres. Elle les avait prévenu depuis le début et voilà où ils en étaient maintenant.
-Athénaïs est partie, dit finalement North. Jack'O Lantern a du la suivre car il a disparu lui aussi. Nous sommes seuls face à Pitch et les autres à présent.
-La désertion de Jack'O Lantern n'est pas si surprenante, ajouta Fée en marmonnant. Il a toujours dit qu'il se rangerait du côté d'Athénaïs même si pour cela il doit la suivre jusqu'en Enfer.
-Mais Athénaïs ? demanda Bunny. Pourquoi être partie rejoindre Pitch alors que s'est par sa faute à lui que Willo s'est éteinte.
-Peut être, murmura Jack, peut être qu'elle est convaincue que c'est de sa faute à elle. Personne ne lui a dit qu'elle n'y était pour rien dans tout ça. Aucun de nous ne s'est occupé de la rassurer, ni même de tenter de chasser un minimum sa culpabilité.
-Nous étions bien trop occupé à nous persuader de notre propre innocence, soupira Bunny.
-Nous tous, reprit Jack, nous savons ce que cela fait d'être seul, livré à sois même et à ses doutes. Et Athénaïs plus que quiconque. Je, ses épaules s'affaissèrent… Je lui avait promis de l'attendre à son retour, quoiqu'il m'en coûte. Mais au final, je n'ai pas été là pour elle.
Bunny se passa une main sur le visage, las de lui même et de ses erreurs alors que Fée échangeait un regard coupable avec Sab. Si Bunny s'était certes occupé des blessures de la fillette avec North, ils n'avaient pas été là pour soigner son cœur. La plaie la plus béante n'avait reçue aucun pansement, laissée sanguinolente, laissant s'engouffrer culpabilité, remords, regrets et une profonde détresse. Fée avait toujours méprisé la rouquine, il n'était pas étonnant que la guerrière ne se soit pas préoccupée d'elle mais Sab ? Sab qui se disait être son ami, Sab qui s'était toujours senti lié d'une certaine façon à cette petite fille issue des rêves les plus fous du Croquemitaine et née de cauchemars. Qu'avait-il fait pour elle ? Rien. Tout comme il n'avait rien fait pour Pitch.
Le Marchant de Sable savait, il savait que si Pitch, le Croquemitaine, avait si mal tourné, cela était en parti de sa faute. Il aurait pu le rassurer, lui faire comprendre qu'il leur était possible de travailler ensemble, main dans la main car d'une certaine façon, Pitch aussi travaillait pour les enfants, leur soufflant suffisamment de peur pour qu'ils deviennent des enfants prudents et plus tard, des grandes personnes raisonnables. Mais il avait préféré lui tourner le dos et laisser le Croquemitaine à ses propres démons. Et aujourd'hui, Sab avait refait exactement la même erreur avec Athénaïs.
-Il faut la retrouver, dit North. Avant qu'il ne soit trop tard pour elle comme pour nous.
-Je crains que cette fois, souffla Fée avec le visage si abattu qu'on aurait pu croire que son monde s'effondrait sous ses yeux, nous ayons définitivement perdu. C'est finit North.
Il y avait une telle fatalité dans ses paroles, une telle résignation, qu'aucun d'eux n'eut la force de la contredire. Aucun esprit ne prendrait la peine de risquer sa peau en s'alliant avec les Gardiens à présent. Willo y avait été contrainte car elle avait une dette à payer et Athénaïs, eh bien aucun d'eux ne savait si elle avait accepté par défis ou simplement parce qu'elle était complément folle et sans aucune mesure des enjeux ni du danger qui découlerait de cette guerre. Mais à présent, l'une comme l'autre étaient parties. Et les autres légendes avaient tout intérêts à ne pas se mêler à ce conflit.
Cupidon, aussi appelé Éros, l'esprit de l'amour, était l'un des uniques rescapés de l'époque des Dieux et de l'Olympe. Il avait vécu bien trop de guerres, vu bien trop de légendes mourir, pour se lancer à nouveaux dans un quelconque conflit.
Luciole, la bonne étoile, appréciait suffisamment Pitch pour ne pas avoir envie de venir contre carrer ses projets. Et bien qu'elle n'avait certes aucun ressentiment envers les Gardiens, elle n'avait aucun intérêt de les aider non plus. Car après tout, si ils disparaissaient, elle, l'étoile filante à qui on faisait des vœux, récolterait ainsi bien plus de croyants
Et les nymphes au service de Dame Nature se moquaient comme d'une guigne de ce genre de querelles. Jack qui s'entendait d'ordinaire bien avec elles, avait été confronté à leurs esprits pleins de colère. Contrairement à lui, elles ne travaillaient pas dans le but d'apporter du bonheur aux humains. En réalité, elles les méprisaient.
Quand à Styx, Messorem, Caelum, Mortem et Jack'O Lantern, des esprits mineurs au service de la Mort elle même, il ne fallait rien attendre d'eux. Le royaume des Morts était gouverné par la Faucheuse mais elle était assistée par cinq esprits. Styx et Messorem aidaient la Mort à récupérer les âmes ayant achevées leur vie dans le monde des vivants, soulageant ainsi leur maître de l'énorme charge de travaille. Caelum et Mortem eux, se chargeaient de garder l'au-delà en ordre quand leur maître s'absentait. Quand à Jack'O Lantern, il était le gardien des fantômes des âmes que la Mort se refusait à voir dans son royaume, leur interdisant le repos éternelle ou la réincarnation, les condamnant à errer pour l'éternité. Jack le savait, si la Mort avait accepté pour une quelconque raison de se battre, cela n'était pas le cas de tous ses employés. Et même Pitch savait qu'il fallait ne pas empêcher le royaume des Morts de fonctionner correctement.
Ainsi, Fée avait raison. Les Gardiens étaient seuls face à l'Alliance des Ténèbres. Pitch avait réussi à trouver des esprits pleins de haine et de colère, lassés d'attendre sans fin dans l'ombre. Éris, déesse de la Discorde, n'avait jamais pu accepter que son heure de gloire prenne fin, peu après la disparition de l'Olympe et des Dieux. Le Farfadet était devenu tout comme Pitch, un simple mot, une blague destiné à faire rire les enfants. Grinbar, ayant conclu un pacte avec le Diable, s'était vu condamner à errer jusqu'à la fin des temps dans les ténèbres, il avait donc tout intérêt à aider Pitch, car l'éternité est moins longue si l'on trouvait une occupation. Et si la Faucheuse et Jack'O Lantern étaient retournés aux royaumes des Morts, les Gardiens ne faisaient toujours pas le poids face à la haine de Pitch.
-On n'a pas le choix, dit enfin Bunny. Autant nous battre pendant qu'il nous reste encore assez de force et de rage. Je doute fort qu'Athénaïs ai rejoint Pitch, elle a simplement du partir se mettre à l'abri. Elle reviendra quand ça sera plus calme.
-Bunny a raison, continua North. Il faut que cette guerre cesse.
-Ça sera eux ou nous. Il n'y a pas d'autre issue. Alors si c'est là la fin des Gardiens, faisons en sorte que tout le monde s'en souvienne. Jack, tu es avec nous ?
Jack le fixa dans les yeux, hésitant. Il n'était un Gardien que depuis peu. Il pourrait partir, les laisser à leur sort. Pitch en le voyant déserter, le laisserait sûrement en paix, ce n'était pas contre lui que sa colère était réellement destinée après tout. Mais était-il prêt à les abandonner ? Lui qui avait toujours rêvé d'une famille. Lui qui haïssait tant d'être laissé pour compte. Non, plutôt mourir aujourd'hui que de retourner à la solitude pour l'éternité. Il sourit.
-Jusqu'à la fin.
Comment en étaient ils arrivés là ? Ça n'avait aucun sens. Pour une fois que la chance semblait enfin leur sourire, voilà que tout était encore gâché de la plus sinistre des manières.
Tout avait pourtant si bien commencé. Les Gardiens, plus déterminés que jamais, s'étaient rendus jusqu'à l'antre de Pitch. Leur colère brûlant comme un feu du diable dans leur poitrine avait écarté toutes craintes. Il était grand temps de faire face. Ils avaient déboulés hors du traîneau comme des lions enragés. Tous conscient que tout allait se jouer maintenant. Que peut être hier soir était-ce les derniers rêves des enfants, la dernière récolte de dents. Peut être qu'il n'y aurait plus jamais de Pâque, plus de Noël. Ni de rire et de joie en voyant tomber les premières neiges.
Bunny, ses boomerang à la main, les poils hérissés et ses oreilles tendues à l'extrême, ne s'était jamais sentit aussi vivant de toute sa vie. Fée, dont les ailes bourdonnaient d'une façon presque effrayante, fixait sans mot dire l'antre du Croquemitaine elle n'avait pas peur, elle sentait monter doucement en elle l'adrénaline de la bataille qui approchait. Peut être était-ce bien sa dernière. Peut importe, elle était prête. North n'avait pas encore dégainé son sabre, il attendait patiemment pour une fois, le Père Noël ne riait plus. La situation n'avait plus rien de drôle à présent. Sab, regardait tour à tour ses camarades. Peut être que cela était-ce la dernière fois qu'il les regarderait vraiment. Il réalisa que malgré toutes ses années passés ensemble, peut être ne se connaissaient t'ils pas si bien que cela.
Il n'avait jamais remarqué que les moustaches de Bunny réagissaient selon les expressions que celui-ci ressentait. Ou que Fée avait un tic nerveux, clignant plusieurs fois du même œil lorsqu'elle était concentrée. A quel point North avait une voix de ténor au point où il aurait du faire de l'opéra. Ni que Jack avait des doigts de violoniste. Il aurait aimé les connaître tous un peu plus. Alors pour apporter encore des rêves aux enfants, pour continuer à découvrir ses camarades et pour rester lui même en vie, il devait se battre même si cela incluait détruire ceux qui cherchaient à leur nuire.
Et puis, il y avait eu un rire sinistre.
Émergeant de l'ombre de sa tanière, Pitch Black était apparu. Un sourire mauvais étiré sur ses lèvres minces, il s'était approché d'eux avant de s'arrêter à une distance raisonnable, suffisamment prés pour parler sans crier mais assez loin pour avoir le temps de d'esquiver en cas d'une offensive trop brutale. Bunny repéra sans mal Grinbar sous sa forme lupine, rodant aux abords de la clairière. Il le haïssait. Le loup avait plusieurs fois réussi à pénétrer dans ses terriers, saccageant tout sur son passages, volant et détruisant des œufs dans le seul but de s'occuper. Dans l'ombre de l'antre, la silhouette envoûtante de la déesse de la Discorde patientait. Les ricanements du Farfadet résonnaient quelque part non loin de Pitch. Mais aucune trace de la Mort ou de Jack'O Lantern et encore moins d'Athénaïs.
-Alors, c'est ici que tout se termine, souffla finalement le Croquemitaine.
-Tout ça n'a que trop duré Pitch. Mettons y un terme, répondit ferment Bunny.
-Nous ne sommes pas obligés de nous battre. Laissez les enfants en paix et arrêtons cette guerre inutile, dit Fée.
-Comment peut tu dires ça ? siffla Éris en sortant finalement de l'ombre. Tu ignores ce que cela fait d'être vénérée, adorée, respectée et du jour au lendemain tomber dans l'oublie. Voir toute la vénération, toute l'adoration des êtres humains être offerte à d'autres esprits. C'est à votre tour de connaître ce supplice.
-Pitch, le monde à besoin de toi, dit Jack. Sans la peur, les humains mourront tous. Nous pouvons travailler ensemble, pourquoi vouloir s'acharner à nous combattre ?
-Oui Jack Frost. Toi et moi pouvons travailler ensemble. Mon offre n'a jamais cessé de tenir. Mais j'ai une revanche à prendre sur les Gardiens. Ils m'ont volés tout ce que j'avais, sans jamais essayer de comprendre. Maintenant, je vais reprendre ce qui me revient de droit.
-On ne peut pas te laisser faire ça, grogna North en dégainant son sabre. Si tu t'en prends aux enfants, alors tu t'en prends à nous.
-Précisément, ricana Pitch. Tu ne comprends pas Jack, je ne désire pas faire la paix avec tes amis. Je veux les détruire. Je vais vous rendre au centuple ce que vous m'avez fait !
Un concert de hennissement s'éleva alors des fourrés. Une véritable armée de cauchemars encercla les Gardiens. Jack sentait la peur monter doucement mais il n'avait plus le choix. Il devait se battre. Il devait vaincre. Au milieu des cauchemars, le roi des Ténèbres, son immense faux à la main, perché sur un imposant étalon noir fixa les Gardiens.
-Vous vouliez en finir maintenant. Alors qu'il en soit ainsi.
Ils s'étaient tous battus. Longtemps. L'Alliance des Ténèbres était puissante, une mer déchaînée et violente mais si désordonnée. Éris se battait contre North. Cette fois, le Père Noël n'avait pas refait l'erreur d'affronter le Farfadet qui faisait face à Fée, la seule à pouvoir rivaliser avec la vitesse et l'agilité de l'esprit irlandais.
La déesse avait bien du mal avec le Gardien de l'émerveillement. Ses fouets de désespoirs n'affectaient en rien North et si ils lui entaillaient méchamment la peau, la douleur restait on ne plus superficielle pour lui. Il en avait déjà vu bien d'autre. Quand on faisait des combats de boxes avec des yétis, ce n'était certainement pas deux ou trois entailles aux bras qui aillaient réussir à vous arrêter. Éris n'avait pas l'avantage, elle s'en rendait bien compte. Et l'Alliance des Ténèbres, contrairement aux Gardiens, était bien loin d'être une famille soudée. C'était chacun pour soi. Qu'allait il se passer si le Père Noël réussissait à l'attraper ? La tuerait il ? Elle avait bien vu que Willo n'était jamais revenue. Athénaïs l'avait tué selon les murmures des nymphes. Est-ce qu'elle allait subir le même sort ? Elle ne voulait pas disparaître. C'était hors de question. Dans un cri de rage et un tourbillonnement de tissus, elle disparue. Prenant la fuite, préférant créer la discorde depuis l'ombre plutôt que d'être éliminée à son tour. Débarrassé de son adversaire, North partit prêter main forte à Bunny qui se battait contre Pitch.
Quelques mètres plus loin Sab faisait le grand ménage parmi les cauchemars, laissant les autres se concentrer sur l'Alliance des Ténèbres. C'est ce à quoi s'appliquait Fée avec le Farfadet. Avec lui, pas question de se battre. Le Farfadet était l'esprit de la ruse. Pour le vaincre, elle allait devoir le piéger à son propre jeux.
-Très bien mademoiselle la jolie fée, dit le Farfadet. Et si on faisait un jeux ?
-Quel sorte de jeux ? demanda t'elle prudemment.
- Je vous propose un duel d'énigme. Si vous gagnez, je disparais et ne reviendrais plus jamais me mettre en travers de votre chemin. Si je gagne, je vous couperai les ailes. Marché conclu ?
-C'est hors de question, ricana Fée.
-Je vous demande pardon ? demanda t'il incrédule, peut habitué à ce qu'on s'oppose à lui. Les parts du marché sont pourtant tout à fait équitables.
-Il en faut bien plus pour duper une fée. Vous ne vous mettrez plus jamais en travers de ma route, certes. Mais cela ne vous empêchera donc pas de m'attaquer dans le dos ou de vous en prendre à un autre Gardien.
-Bien vu. Je vous félicite de l'avoir remarqué. Vous êtes maligne. D'habitude les gens tombent toujours tous dans le panneau. Les expressions sont très dangereuses lorsqu'elles viennent pendre place dans les règles d'un pari.
-Si je gagne, reprit Fée, vous vous engager à ne plus vous battre dans les intérêts de l'Alliance des Ténèbres ou dans les votre et vous retournerez en Irlande sans plus vous opposer à moi et aux autres Gardiens.
Le Farfadet fronça les sourcils, mécontent. Il s'arrangeait toujours pour gagner quelque soit l'issue du duel. Mais la fée était rusée et l'avait eu. Refuser les nouvelles conditions serait déclarer immédiatement forfait. Il n'avait plus le choix.
-Soit. Une seule fausse réponse fait de nous un perdant.
-Très bien. Je commence. Je peux tenir dans l'immensité du ciel étoilé comme dans le creux de la main. Qui suis-je ?
-Facile, répondit du tac au tac le Farfadet. L'avenir. Les centaures le lisent dans les étoiles et les voyantes dans les lignes de la main.
-Bonne réponse.
-A moi, chantonna gaiement le Farfadet. Nous sommes deux sœurs, fragiles et rapides, nous pouvons faire disparaître le monde. Qui sommes nous ?
Fée ne répondit pas. Il y eu un long très long silence.
-Veux tu que je répète ma question jolie, très jolie petite fée ?
-Inutile, j'ai très bien entendue, répliqua t'elle sèchement. Nous sommes sœurs… disparaître le monde…
-Le temps passe petite fée, j'attends ta réponse.
Fée sentit son estomac se nouer. Cela s'annonçait bien plus dur que prévu. Si elle perdait, il lui couperait ses ailes. Une fée ne pouvait vivre sans elles, cela revenait à la tuer. Elle n'arrivait pas à réfléchir, ses pensées se succédaient si vite, elles s'emmêlaient sans aucune logique ni cohérence. Elle commençait à avoir peur. Un violent frisson lui secoua l'échine.
-Réfléchis aller, vite, se murmurait Fée. Fragiles et rapides…
Elle ferma les yeux, essayant de mieux se concentrer. Elle les ouvrit de nouveau, avant de les refermer encore. Nous pouvons fairedisparaître le monde... Mais bien sur !
-Alors ma charmante petite fée, dépêche toi je...
-Les paupières ! le coupa violemment Fée avec soulagement. Ce sont les paupières.
-Très bien, reconnu t'il alors que l'agacement commençait à monter en lui. A ton tour.
Fée inspira profondément. Si ils continuaient ainsi, elle allait perdre, c'était évident. Il connaissait bien plus d'énigmes qu'elle. Comment faire ? Fée sourit. Le Farfadet aimait les énigmes ? Très bien.
-Quel est mon vrai nom ?
Fée vit avec satisfaction la stupeur, la colère puis l'amertume se succéder sur le visage de son adversaire. Personne ne connaissait le nom de la fée dans sa vie de mortelle. Cela était un secret si bien gardé que même les Gardiens l'ignoraient. Le Farfadet avait perdu. Profondément vexé de s'être fait berner, celui-ci tourna les talons, quittant la clairière. Et deux de moins ! Peut être allaient ils enfin y arriver finalement. S'envolant à tire d'aile, elle rejoignit North et Bunny pour se battre contre le Croquemitaine.
Jack lui, semblait s'amuser follement. Ses éclats de voix moqueurs retentissaient jusqu'aux oreilles de Pitch, pourtant à l'autre bout de la clairière, le faisant grincer des dents. Que ce gamin était agaçant ! Ne pouvait il pas prendre tout ça au sérieux ? Il était vrai que voir Grinbar lui courir après en espérant désespérément l'attraper alors qu'il était perché à deux bons mettes au dessus de lui était risible. Grinbar ne faisait clairement pas le poids face à l'esprit de l'hiver qui ne faisait que de s'amuser avec lui.
-Eh Jack ! hurla Bunny qui venait encore de se prendre un vilain coup de faux à la patte droite et dont la mauvaise humeur était grimpée en flèche. Quand tu auras fini de faire mumuse avec le chien, tu pourras peut être venir nous aider !
Jack roula des yeux. Évitant agilement les crocs acérés du loup qui lui frôlèrent dangereusement la nuque, il se retourna, visant le poitrail de la bête. Un jet de glace frappa net l'animal qui s'enfuit dans les fourrés en gémissant, la queue entre les jambes, alors que le givre commençait à recouvrir son pelage. Lorsqu'il prêta de nouveau attention aux Gardiens, Jack sentit son cœur s'alléger.
Pitch était seul. Il ne restait plus que lui. Ses alliés avaient tous pris la fuite et il ne restait plus que quelques cauchemars éparpillées ici et là. Aucun des Gardiens n'avait l'air en mauvais état. Ils avaient presque gagnés.
-C'est finit Pitch, dit North.
Encadré par Bunny et Fée, surplombé par Jack et Sab, les paroles du Père Noël firent l'effet d'une bombe dans la tête du Croquemitaine. Il éclata de rire.
-Finit ? s'esclaffa t'il. Ho, mais ce n'est que le début.
Il claqua des doigts. Et une ombre émergea de son antre.
Bunny sentit son cœur cesser de battre. Alors Fée avait dit vrai. Athénaïs les avait trahi. Elle s'était retournée contre eux. Debout, face aux Gardiens, la petite fille se tenait aux côtés de son père. Ses yeux gris n'étaient plus, ils n'étaient à présent que noirceur, roulant dans leur orbite comme habités d'une volonté qui leur était propre. Elle ne bougea pas. Ne dit rien. Elle était comme désarticulé.
-Athénaïs, mais qu'est-ce que tu fais là ? cria Jack.
-Ho elle ne t'entend pas, dit négligemment Pitch en caressant les cheveux de l'enfant. Je l'ai attrapé alors qu'elle s'enfuyait du Pôle et l'ai ramené à son état originel grâce aux pouvoirs que Willo m'a offert. Elle est redevenue un cauchemar, obéissant à mon unique volonté. C'est à peine si elle a conscience de votre présence.
-Pourquoi ? Tu lui avais dis que tu ne lui ferais aucun mal, murmura Bunny écœuré. Comment peut tu faire ça à ton propre enfant ?
-Justement, hurla Pitch ! C'est ma fille, mon enfant que m'a volé l'Homme de la Lune. Je l'ai récupéré et plus jamais personne ne me la volera ! Et si pour ça elle doit se battre à mes côtés afin de vous faire tomber, alors ainsi soit t'il.
-Ton véritable but n'a jamais été d'obtenir plus de croyants n'est-ce pas ? dit Jack. Tu te moques qu'on croit en toi, tu voulais te venger depuis le début de l'Homme de la Lune. Pour avoir créé les Gardiens et pour t'avoir volé ta fille. Nous n'avons jamais été ta véritable cible, nous sommes juste le seul moyen pour toi de te venger de lui. Les membres de l'Alliance des Ténèbres n'étaient que des pions pour t'y aider.
-Tu es malin Frost. Mais pas suffisamment pour sauver ta peau en t'enfuyant d'ici quand tu en avais encore le temps. Athénaïs, tue-les.
L'enfant s'élança vivement vers eux. Concentrés à essayer de neutraliser la fillette sans la blesser, ni Bunny ni North ne virent l'immense faux de Pitch s'abattre sur eux. Sonnés, ils s'écrasèrent violemment sur le sol terreux dans un grand fracas.
- Bunny, North ! hurla Fée.
-T'inquiètes pas pour nous, grommela Bunny d'une voix pâteuse.
-Jack, grogna North en se relevant difficilement, occupe toi d'Athénaïs. On se charge de Pitch.
Jack hocha la tête et s'éleva dans les airs. Redevenue un cauchemar, la fillette pouvait de nouveau voler et n'eut aucun mal à le suivre dans les nuages. Jack réfléchissait à vive allure. Il était hors de question de lui faire du mal, il devait exister un autre moyen, une issue de secours. Il avait déjà perdu Willo par la faute de Pitch, il était hors de question que la fillette y passe aussi. Si Pitch était parvenu à la ramener à son état originel grâce à la magie, alors peut être y avait t'il un moyen d'inverser le sort.
L'esprit de l'hiver continua à foncer, zigzaguant à travers les arbres, se dissimulant dans le brouillard. Si lui était déterminé à ne pas faire de mal à la fillette, ce n'était pas le cas de son adversaire. Aussi vive et silencieuse qu'une ombre, elle frappait vite et fort, surgissant hors des nuages avant de disparaître à la vitesse d'un boulet de canon. Jack commençait déjà à fatiguer, il arrivait avec peine à esquiver les attaques, mais si ça continuait elle allait finir par l'avoir. Jack serra les dents, très bien si elle voulait jouer à cache-cache dans le brouillard alors ils allaient jouer.
Prenant une grande inspiration, serrant son bâton le plus fort possible dans ses main, il se concentra un instant. Il sentait le vent jouer avec ses cheveux, les murmures des nymphes qui l'encourageaient discrètement malgré tout, les bruits lointains de combat en provenance de la clairière. Il sentait la magie affluer dans son corps, se concentrer, grandir elle bouillonnait, impatiente. Et puis il l'entendit, le sifflement d'un corps se déplaçant à toute vitesse dans les airs. Le vent le propulsa hors du sol et Jack ouvrit brutalement les yeux.
Un énorme rayon de glace surgit hors de son bâton alors que le vent projetait la magie de l'esprit le plus loin possible, augmentant ses chances de victoire. Le brouillard s'était figé, prit dans une glace immortelle. Jack se posa délicatement au sol et écouta de nouveau le sifflement s'était tu. Prudemment, il s'avança parmi ses sculptures de glace, les détruisant au fur et à mesure, libérant la végétation et les pauvres animaux qui avaient été pris au piège. Jack cherchait sa cible, mais aucune trace d'Athénaïs. Avait elle pressentie le danger et s'était elle enfuie ? Non, Pitch avait bien précisé qu'elle n'avait plus de volonté propre, elle était à peine plus consciente des choses qu'une machine pour le moment.
Un grognement furieux le stoppa net. Cela venait de derrière ce buisson. Lentement, Jack écarta les branchages, découvrant la rouquine dont le corps était gelé jusqu'au torse. Elle s'acharnait sur la glace qui la retenait prisonnière, frappant sans aucun effet sa prison improvisé. Par précaution, Jack créa une immense cage de glace, emprisonnant pour de bon la fillette. Jack se rendit compte alors à quel point l'Athénaïs qu'il connaissait était bien loin. Jamais elle ne se serait acharnée ainsi au risque de se blesser, non elle aurait attendu patiemment qu'une occasion de filer en douce et d'attaquer dans le dos de son ennemi se présente. La petite fille qui se trouvait devant lui n'était rien d'autre qu'un pantin. Que pouvait il bien y faire ? Il ne connaissait rien à la magie qu'avait employé Pitch et Willo contre elle.
-Athénaïs, tenta t'il d'une voix qui se voulait rassurante. C'est moi, Jack. Tu me reconnais ?
Mais elle ne lui accorda pas un regard, continuant vainement à essayer de détruire les barreaux de sa cage que Jack avait construit d'un simple tour de main. Elle ne réfléchissait plus, elle n'agissait que par instinct. On aurait dit un animal prit au piège. Elle gronda, ce n'était pas des mots qui s'échappaient de sa bouche mais simplement un feulement furieux qui roulait dans sa gorge. Ses pensées étaient embrumées, incohérentes. Qui était ce Jack ? Peut importe, elle devait l'éliminer. Pourquoi devait elle faire ça ? Aucune idée, elle le devait, au plus profond d'elle, son instinct le lui ordonnait. Alors elle frappait avec rage sur les barreaux, essayant vainement d'attraper l'esprit de l'hiver qui se tenait debout devant elle, juste là, si prés mais hors de porté pour les bras trop courts de l'enfant.
-Je sais que tu es là, quelque part. Tu n'es pas la marionnette de Pitch. Tu es Athénaïs, l'esprit des Mauvais Tours et du Pardon. Voilà qui tu es, c'est ainsi que l'on t'appelles. Nous sommes amis tout les deux. Je t'ai offert une broche. Tu l'as jeté ? Non, Pitch a du le faire à ta place sans doute. Tu as vu la mort, tu l'as vécu et tu en es revenue. Tu es bien plus forte que ça, tu peux lutter contre ce sortilège. Tu as toujours revendiqué ton indépendance, pourquoi tout abandonner maintenant ?
Athénaïs avait cessé de frapper contre le barreaux. Jack ignorait si elle l'écoutait mais au moins cela constituait t'il un léger progrès.
-Tu n'y es pour rien dans la mort de Willo. Elle avait fais son propre choix. Lorsqu'elle était encore une esprit libre, elle avait beaucoup de respect pour toi, t'abandonner à Pitch n'était pas ce qu'elle aurait voulu. Elle est l'unique responsable de son destin. Je regrette de ne pas t'avoir dit ça plus tôt. J'étais tellement en colère contre tout le monde. Je suis désolé, cela n'aurais jamais du arriver. Tu ne devrais pas payer le prix de nos erreurs.
Seul le doux sifflement du vent lui répondit. Les orbites noires Athénaïs semblaient le fixer, mais n'exprimaient aucune émotion.
-Je ne t'aimais pas. Pour moi tu n'étais que la fille de Pitch, une enfant de l'ombre. Tu étais forcement mauvaise. Et j'ai finis par comprendre que le monde doit nécessairement avoir sa part de ténèbres, sans quoi la lumière ne pourrait exister. Je l'ai compris très tard, c'est vrai. Athénaïs écoute moi s'il te plaît, demanda t'il en s'approchant de la cage. Tout le monde ne faisait qu'entendre ce que je ressentais mais toi tu as prit le temps d'écouter.
Sans bruit, il pénétra dans la prison. Sa main fermement serrée sur son bâton, prét à se défendre, il s'arrêta à quelque centimètre de la fillette qui n'avait pas bougé d'un cil. Immobile et silencieuse, elle semblait l'inviter à poursuivre.
-Il faut plus qu'un regard pour voir en toi. Je sais que quelque part, tu es toujours là et que tu m'entends. Athénaïs reviens et bat toi. Nous avons besoin de toi, nous, les humains et même Pitch. Nous avons besoin d'Athénaïs, pas d'une marionnette, pas d'un cauchemar. L'Homme de la Lune t'a choisi, je refuse de croire que cela soit un hasard. Ne laisse pas Pitch gagner, ne laisse pas sa haine et son amertume voler ton cœur.
Jack se tu, guettant le moindre signe de prise de conscience de la part de l'enfant. Brusquement, elle se jeta dans ses bras. L'esprit de l'hiver l'y accueillit en soupirant de soulagement elle était revenue ! Rassuré que la situation s'améliore, il caressa les doux cheveux roux, humant le parfum de vanille qui s'en dégageait. Tout aillait bien, enfin. Il avait eu si peur, tellement peur de ne pas la voir revenir. De ne pas réussir à la ramener. Mais c'était finit, elle était de retour. Apaisé, Jack voulut s'écarter pour s'assurer qu'elle n'était pas blesser. Mais Athénaïs, refusa de s'écarter et enfoui simplement sa tête plus profondément dans le torse de l'esprit.
-Athénaïs, mais qu'est-ce que … ?
La douleur fut fulgurante. Se rependant dans son corps à la vitesse d'un poison. Son dos le brûlait si fort que ses poumons se bloquèrent sous l'effet de la morsure glacée du vent sur ses chaires à vif. Athénaïs le lâcha, reculant brusquement. Privé d'un appui, accablé par la souffrance, Jack bascula en avant, n'évitant de s'écrouler au sol que grâce aux barreaux de la cage toujours debout.
Et il les vit. Des yeux plus noirs qu'un cauchemar qui le fixaient avec une certaine satisfaction. Elle l'avait dupé. Elle n'était jamais revenue, non, le triste pantin qu'elle était s'était simplement servi de la ruse et la malice qui caractérisait si bien Athénaïs. Elle ne l'avait jamais écouté, rien de ce qu'il avait pu dire n'avait réussi à atteindre le cœur noirci de l'enfant. Elle l'avait amadoué et avait simplement attendu le bon moment pour frapper. Jack vit avec horreur dans le reflet de la glace, son dos lacéré par une plaie béante où du sable noir s'y était glissé, cherchant à pénétrer dans son organisme. Si cela se produisait, alors il serait perdu lui aussi.
Jack bascula sur le côté, se relevant difficilement, s'appuyant à la façon d'un vieillard sur son bâton. Plus que jamais, il prit conscience à quel point Pitch semblait déterminé à se venger. Il avait glissé dans le cœur de sa fille, toute la puissance de son amertume et de sa colère. Il ne voulait pas seulement évincer les Gardiens du devant de la scène, non il voulait les exterminer afin d'accabler au possible celui qu'il tenait responsable de tout ses malheurs, l'Homme de la Lune.
Athénaïs essuya le sang qui maculait sa main. Celui de Jack. L'esprit de l'hiver fixa le poignard qu'elle venait d'utiliser se métamorphoser en un cauchemar, un immense étalon qui se cabra. Jack roula sur le sol, évitant de peu les sabots de l'animal qui retombèrent violemment à l'endroit exacte où il se tenait une fraction de seconde plus tôt, avant de s'élever de nouveau et de venir frapper les barreaux de la cage qui explosèrent sous le choc. Avec un tressaillement, Jack réalisa qu'elle avait toujours été en mesure de sortir de sa prison, il était tombé dans le panneau comme un débutant.
Lorsqu'elle se tourna vers lui, Athénaïs n'avait aucun sourire victorieux sur son visage qui restait mortellement sérieux. Elle faisait ce qu'on lui avait ordonné. Jack s'envola avec difficulté. Son dos le faisait atrocement souffrir mais le vent souffla délicatement sur sa blessure, chassant le sable noir qui essayait de se faufiler jusqu'à son cœur.
Et puis tout alla si vite.
Athénaïs fonça sur lui, décollant du sol avec une violence inouïe et tira une flèche. Jack tourna la tête juste à temps et la pointe ne fit que lui entailler superficiellement la joue. Mais il avait détourné son attention d l'enfant. Cruelle erreur. Elle se dressa subitement devant lui, une faux semblable à celle de Pitch levée bien haut, prête à s'abattre sur sa victime. Ce fut instinctif. La magie de Jack, presque indépendamment de sa volonté, créa une une stalactite aussi aiguisée qu'une lame de rasoir.
Il y eu un hoquet de douleur. Un hurlement déchirant lointain. Un bruit de chute. Un nuage de poussière.
Jack s'étala au sol. Sa tête bourdonnait si fort. Tremblant, il se redressa sur ses coudes. Il sentit son sang se glacer. A quelques mètres de là, un corps était étendu et ne bougeait plus. Non, souffla Jack. Ça ne pouvait pas être vrai. Pas encore. Non. Il rampa aussi vite qu'il le pu. Il sentait les pierres lui griffer le ventre, ses coudes et ses genoux crier grâce, son dos se lamenter à chaque mouvement. Lorsqu'il parvient à sa hauteur, il ne respirait plus. Doucement, il retourna le corps inconscient. Non, répéta t'il la voix tremblante.
-Ne t'approche pas d'elle !
Pitch déboula dans la clairière, le regard fou, la lèvre en sang. Il était livide. Il écarta Jack d'un violent coup d'épaule. Il aurait pu l'achever, jamais l'esprit de l'hiver n'avait parut aussi vulnérable de sa vie. Mais Pitch ne lui accorda pas l'ombre d'un regard. Tout son être était concentré sur le corps désarticulé de sa fille. Délicatement, le Croquemitaine la prit dans ses bras. Comme elle semblait petite ainsi blottie contre le corps élancé de son père, comme elle avait l'air pâle appuyé contre la grande tunique noire de Pitch.
-Ma chérie, murmura Pitch à son oreille. Réveille toi mon petit cœur, ma grande sauterelle. Ouvre les yeux.
Mais ses paupières ne tressaillirent même pas. Pitch ne tenait entre ses bras plus qu'une petite poupée de chiffon. La stalactite plantée en plein cœur avait maculée de sang le corps mince de la petite. Horrifié, Jack recula. Sortant à leur tour des bois, essoufflés et ne comprenant pas se qui avait pu pousser Pitch à abandonner ainsi le combat, les Gardiens se figèrent. Puis Bunny se précipita et se laissa tomber aux côtés de l'esprit de l'hiver qui tremblait comme une feuille.
Pitch se sentit mourir.
Le monde lui parut soudainement si sombre.
-Mon ange, supplia t'il, je t'en prie, respire.
Alors, dans tourbillon de cauchemars, Pitch disparu, emportant avec lui son bien le plus précieux. Et depuis son palais lunaire, l'Homme de la Lune appela la Faucheuse afin qu'elle lui rende un dernier service.
