Une nouvelle année dans le doute et le sang
Pour l'une des premières fois, la maison Serpentard était complètement silencieuse. Les Serdaigles et les Poufsouffles respectèrent leur silence mais certains Gryffondors n'eurent pas cette délicatesse. Heureusement, Hermione ainsi que les préfets les plus âgés y mirent bon ordre rapidement.
Pour une fois, Albus Dumbledore n'eut pas à attendre pour prendre la parole.
-Mes chers élèves, fit Albus. J'espère que vous avez passé de bonnes vacances. Vous avez dû noter l'absence du professeur Snape et je suis au triste regret de vous annoncer qu'il n'assurera pas son poste pour une durée indéterminée. Jusqu'à ce qu'un nouveau professeur de potions soit nommé, les cours seront suspendus et l'intérim de la maison Serpentard sera assuré par le professeur Sinistra. Bon appétit.
Les plats apparurent et chacun se servit. Draco se retint d'hurler sur le directeur. Tout le monde savait que le professeur Snape était l'une des victimes de l'explosion dans les cachots et que son état de santé n'était pas excellent. Pourquoi ne leur avait-il pas donné de nouvelles ? Pourquoi n'avait-il pas rassuré les vert et argent quant à l'avenir de leur directeur de maison ?
Mais on parlait d'Albus Dumbledore.
Le sorcier avait toujours eu que mépris pour les Serpentards et avait œuvré la mise à l'écart de toute la maison dès qu'il avait mis le pied à l'école en tant que professeur. Il s'était toujours montré plus dur avec eux, encore plus quand ils étaient des victimes, et ne se préoccupait pas de leurs états d'âme ni de leurs besoins. Heureusement que la majorité des héritiers des fortunes de Grande Bretagne passaient par cette maison ou sinon, elle aurait disparu depuis belle lurette.
Le blond observa les alentours. En l'absence de Severus Snape, le départ de la Grande Salle était ordonné par les deux préfets de septième année. Il n'était pas le seul à avoir l'estomac noué et il semblait clair que les vert et argent n'allaient pas faire long feu, quitte à demander des encas dans la salle commune pour les moins anxieux.
Le signal fut donné exactement quarante minutes après le discours du directeur et leur sortie fut observée en silence. Cependant, Théo nota que le dernier d'entre eux avait à peine eu le temps de quitter les lieux que la Grande Salle explosa en commentaires étouffés. Tous cheminèrent en silence jusqu'à leur salle commune et le conseil de maison commença.
-De toute façon, le maître n'était pas sûr de la loyauté de Snape, déclara un élève de septième année en haussant des épaules.
Théo plissa le regard pour l'identifier. Il s'agissait d'un né de sorciers, Calvin Delors, qui visiblement, adorait vomir l'idéologie nauséabonde de Voldemort sans même prendre le temps de vraiment la comprendre. Or, Severus Snape, même si les enfants de mangemorts savaient qu'il portait la marque, les avait toujours poussés à réfléchir par eux-mêmes au lieu de croire bêtement ce que leurs parents leur enfonçaient dans le crâne.
-Oh, vraiment ? railla Blaise
-Il avait une mission, s'irrita Calvin. Une mission qu'il n'arrivait pas à remplir. Une mission que …
-Oh, tu es en train de nous dire que tu aurais réussi à amener le professeur Potter à rejoindre la cause ? railla à son tour Draco. Si lui n'a pas réussi en un an et demi, je doute qu'un élève qui lui a plusieurs fois manqué de respect aurait pu y arriver.
Les plus jeunes ne purent s'empêcher de pouffer pendant que l'aîné rougissait violement. Il ne faisait plus preuve d'arrogance mais d'un optimisme délirant digne des plus purs Gryffondors.
-Comment est-ce que tu aurais pu le savoir ? grogna Calvin
-Je ne sais pas, de mon père peut-être ? sourit machiavéliquement Draco
Delors dut se taire. Même si Lucius Malfoy avait été arrêté en juin dernier et porté disparu par les troupes de Voldemort, il n'en restait pas moins un membre du cercle intérieur des mangemorts, au même titre que Severus Snape. Il était donc impossible qu'il n'ait pas été mis au courant de la mission du maître de potions.
-De toute façon, peu importe, puisque cette soi-disant mission ne vous concerne pas, intervint une voix.
Tous les élèves se levèrent pour accueillir leur nouveau chef de maison. Sélène Sinistra invoqua un élégant fauteuil qu'elle plaça tout à côté de la cheminée ronflante en prenant grand soin à ce qu'il n'y ait personne derrière elle. Elle observa silencieusement les élèves qui ne baissèrent pas les yeux.
-Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Sélène Sinistra, maître d'astronomie, se présenta le professeur. Le professeur Snape étant toujours plongé dans le coma, la responsabilité de la maison Serpentard m'est revenue. Tout comme lui, j'entends faire respecter les préceptes de Salazar Serpentard : l'ambition, la ruse mais également le respect de la Magie, ce qui passe par la connaissance des us et coutumes magiques.
-Vous suivez donc les préceptes du seigneur des ténèbres, sourit largement Calvin. Il entend rendre le monde sorcier à qui de droit.
-En quoi tuer ou faire tuer les sorciers, peu importe leurs origines, permettrait de respecter la Magie ? pointa Sélène
Un malaise s'installa. Le professeur Sinistra n'avait pas tort. En quoi tuer tout le monde assurerait que leurs traditions perdurent ?
-Peu importe, l'idéologie de Voldemort ne concerne que les adultes qui sont assez stupides pour le croire sur parole, balaya Sélène. Et malgré tout ce que vous pouvez penser, tout ce que je vois, ce sont des gamins qui veulent jouer aux grands sans se rendre compte de tous les enjeux. Bref, les règles du professeur Snape seront toujours valables. Présentez un front uni au reste du monde, ne réglez vos problèmes qu'entre ces murs. En revanche, je vais être claire sur un point : il est hors de question que j'entende que l'un d'entre vous s'est amusé à attaquer verbalement, physiquement voire même magiquement à un autre élève. La réputation de cette maison n'est pas un avantage, ce n'est pas une raison pour qu'on nous croie et qu'on nous voie capables du pire. Faites taire les mauvaises langues en vous comportant comme des sorcières et des sorciers aptes à se conduire en société et non des gamins capricieux. Des questions ?
Les élèves décortiquèrent les paroles du professeur. Certes, le professeur Snape n'avait jamais fait ouvertement la distinction entre les préceptes de Serpentard et ceux de Voldemort – cela devait avoir un rapport avec la marque qu'il portait – mais maintenant qu'on leur mettait le nez dessus, la plupart notait qu'il y avait des nuances à prendre en compte.
-Le seigneur des ténèbres … scanda Calvin.
-Ne va sûrement pas passer les examens à votre place, asséna Sélène. Et exécuter toutes les personnes qu'il vous ordonnera de tuer n'est pas exactement un métier … gratifiant, vous ne pensez pas ?
Plus personne ne se gêna pour ricaner plus ou moins ouvertement. Les élèves finirent par se calmer, voyant qu'elle attendait le silence pour reprendre la parole.
-Je refuse d'entendre parler de Voldemort dans cette école et encore moins par les vert et argent sauf si vous pouvez me prouver avec des arguments qui tiennent la route qu'il œuvre pour la Magie, décréta Sélène. En attendant, je vous conseille fortement de vous replonger dans les chroniques de Salazar pour que vous puissiez vous remémorer de première main les raisons pour lesquelles il a fondé cette maison.
La sorcière se leva et fit disparaître son fauteuil.
-Je serais présente ici tous les soirs au couvre-feu pour une durée d'une heure environ, annonça Sélène. Vous serez libre de me poser toutes les questions que vous voulez sans pousser dans l'irrespect. Bonne soirée à tous.
Tranquillement, elle quitta la salle commune sous le regard calculateur de certains élèves.
§§§§§
-Maintenant que tu as ta petite femme à domicile, tu comptes en faire quoi ? ricana Chaos
Loki grimaça. Depuis que Lorean et Sina avaient lancé l'idée qu'il serait attiré par Severus Snape, personne n'en démordait, les Entités en premier et Chaos plus encore. Certes, sans les consignes de haine, il appréciait de plus en plus le maître de potions mais de là à imaginer une relation plus intime … il y avait des limites.
-Severus est d'accord pour endosser définitivement la personnalité de Seth Prince, souffla Loki. En revanche, il ne sait pas quand il va faire mourir Severus Snape.
-Tu as une idée de ce qui se passe dans la tête de Voldemort et de Dumbledore ? fit Chaos
-Pas encore, avoua Loki. Tout ce que je sais, c'est qu'ils sont tous les deux aveugles sur le camp de l'autre. Ce qui m'embête, c'est l'attaque du quai neuf trois quarts.
Tous les journaux en avaient parlé pendant toutes les vacances. Certes, ça l'avait arrangé puisque la célébration de Yule était presque passée inaperçue mais stratégiquement parlant, ça n'était pas la meilleure chose à faire pour Voldemort.
-Tu es inquiet, comprit Chaos.
-Je me demande simplement ce qui a déclenché cette attaque à cet endroit précis, marmonna Loki. Il aurait pu faire tuer toutes ses nouvelles recrues ou se les aliéner en tuant leurs proches.
-Je préfère la théorie qui veut qu'il ait voulu connaître tes véritables capacités, proposa Chaos. C'était une mission donnée par Voldemort, si on en croit le mangemort qui a parlé.
Loki se renfrogna avant de se résigner. Depuis son arrivée, il avait réussi à garder intact le mystère autour de lui mais il aurait dû se douter qu'un jour ou l'autre, ses adversaires voudraient savoir ce qu'il valait réellement. Ça pourrait expliquer pourquoi les aurors avaient tant tarder mais également pourquoi certaines protections ne s'étaient pas enclenchées.
-Qu'est-ce que je peux faire ? soupira lourdement Loki
-Tu l'as dit toi-même, il est temps que tu prennes une part plus active dans cette guerre insensée, rappela Chaos. Faire les choses en sous-marin, c'est bien, mais au bout d'un moment, il est temps de prendre les armes ouvertement.
-Je serais vicieux, j'entrerai dans l'Ordre du Phénix pour le pousser à attaquer Voldemort et je les laisserai s'entretuer, fit Loki.
-C'est une idée qui a son charme, concéda Chaos. Mais ce serait laisser Dumbledore avoir une trop grosse emprise sur toi. Sans oublier le lien de fidélité qu'il ne se gênera pas de t'imposer.
Dès les premiers examens de Severus aux Abysses, Loki avait compris que tout comme Voldemort, Dumbledore avait un droit de vie et de mort sur les membres de l'Ordre du Phénix. S'y soumettre amènerait inévitablement le directeur à mettre au point un plan pour se débarrasser de lui pour récupérer Harry en tant que brebis sacrificielle et le clan Potter pour alimenter ses fantasmes les plus fous.
-Mais il faut que tu vois plus loin, reprit Chaos. Nous savons qu'un plan bien plus destructeur que le sacrifice d'Harry est en train de se mettre en place. Il ne serait pas délirant d'imaginer que soit Voldemort, soit Dumbledore en soient à l'origine. Il va falloir creuser chez chacun d'entre eux.
-Et comment ? bougonna Loki. A moins de corrompre leurs meilleurs éléments, et encore, parce que je ne suis pas sûr qu'ils aient la confiance de leurs maîtres. Lucius Malfoy a été exfiltré en France sur l'ordre de son chef de famille, Severus est considéré comme mort … personne ne semble être à leur hauteur concernant leur utilité pour nos chers chefs de guerre.
-Mais tu sais où trouver les informations, pointa Chaos.
Loki s'arrêta. Effectivement, jusqu'à preuve du contraire, l'Ordre du Phénix tenait encore ses réunions au manoir Black à Londres, malgré la disparition du propriétaire des lieux. Avec l'autorisation de Sirius, il pourrait aisément installer des espions pour connaître tous les sombres petits secrets de cette organisation. Au sujet des mangemorts, maintenant que Severus – ou plutôt Seth, il ne fallait plus se tromper – n'avait plus la marque des ténèbres, il n'était plus lié à Voldemort et pourrait sûrement révéler son adresse.
-C'est une idée, concéda Loki.
-Ça, c'est fait, ricana Chaos. Tu vas faire quoi de ton mini-toi ?
-Je voudrais qu'il puisse profiter de son adolescence, soupira Loki.
-Avec Voldemort dans le dos ? s'indigna presque Chaos. Serais-tu un mauvais remake de Dumbledore ?
-Non merci, grogna Loki, vexé par la comparaison. Il sait déjà beaucoup plus de choses que moi à la même période.
-En même temps, tu étais presque un mouton mené à l'abattoir, rappela Chaos. Ce n'était pas difficile de faire mieux.
-Je vais finir par croire que c'est ma fête, grogna Loki.
-A peine, ricana Chaos. Il serait temps que tu saches si tes enseignements ont porté leurs fruits.
Une idée machiavélique surgit dans la tête de Loki.
-Tu as parfaitement raison, ricana Loki. J'ai envie de voir comment il se débrouille en situation réelle …
§§§§§
-Malfoy, tu dois être dans le bureau du directeur tout de suite, annonça l'un des préfets de Gryffondor.
-Et pourquoi ce n'est pas le préfet de ma maison qui me le dit ? cingla presque Draco
-Ce n'est pas mon problème, haussa des épaules le préfet. Je fais juste passer le message.
Le blond fronça des sourcils. De mémoire, quand un Serpentard se rendait dans le bureau du directeur, c'était parce que le professeur Snape exigeait avoir leur version des faits avant toute punition. Il était extrêmement rare que Dumbledore veuille voir un Serpentard seul à seul et avec son amour immodéré pour les vert et argent, personne n'aurait l'idée d'y aller sans prendre quelques précautions.
-Tu ne vas quand même pas y aller ? fit Blaise
-Ça reste une convocation, déclara Draco en fouillant son sac. Même si je ne l'apprécie pas, je ne peux pas me le mettre à dos pour le moment.
Il ensorcela une plume pour qu'elle enregistre toute la conversation puis augmenta au maximum les protections de sa bague d'héritier. Il n'avait pas l'intention de prendre de risques. Il avisa l'un des préfets de septième année et le mit au courant de sa convocation pour qu'il puisse prévenir leur chef de maison puis il se mit en marche, accompagné de ses amis. Le groupe ne passa pas inaperçu, d'autant plus qu'il se dirigeait vers le bureau du directeur. La gargouille apparut et Draco inspira un bon coup. Danser avec Dumbledore était une chose que même Voldemort faisait avec précaution donc ce n'était pas lui, petit sorcier de dix-sept ans à peine, qui allait pouvoir rouler un vieux singe comme lui.
-Entrez, monsieur Malfoy, fit Albus. Asseyez-vous.
Draco obtempéra et garda le silence. Ce n'était pas lui qui avait demandé à venir ici.
-Je viens de recevoir ce document concernant vos responsables légaux, commença Albus. Je vois toujours votre mère, Narcissa Black épouse Malfoy, mais qui est ce Léon … Demalefoi ?
-Léon de Malfoy, corrigea Draco en souriant presque. Il s'agit du cousin de mon père et le chef du clan Malfoy.
-Je pensais qu'il s'agissait de votre père, fronça des sourcils Albus.
-En vérité, non, fit Draco.
Comme la réputation des Malfoy en Grande Bretagne et des de Malfoy en France était équivalente, un néophyte comme Dumbledore ne pouvait savoir quelle famille avait la prédominance sur l'autre. Léon et Draco avaient discuté des informations qu'ils pouvaient donner au directeur de Poudlard et lui apprendre qui avait réellement la mainmise sur les Malfoy était l'une d'entre elles.
-J'imagine que vous êtes son héritier, fit Albus.
-Pourquoi est-ce que vous imaginez cela ? fit tranquillement Draco. Je suis pourtant certain que vous n'avez aucun intérêt avec le clan Malfoy.
Ou comment dire qu'il n'avait pas à mettre le nez dans les affaires des Malfoy. Draco savait de source sûre que Dumbledore avait eu l'occasion de traiter avec les Malfoy quand il avait feint gérer les affaires des Potter en tant que garant de l'héritier. Loki Potter s'était de toute façon arrangé pour renégocier tout ce que le vieux fou avait pu « conclure », y compris des contrats à l'avantage net de Dumbledore et non du clan Potter.
Albus Dumbledore observa le jeune Malfoy par-dessus ses lunettes en demi-lunes. Il pesa le pour et le contre pour savoir s'il pouvait demander plus de précisions sur l'organisation du clan Malfoy avant de laisser tomber. Dans le cas contraire, ça allait vraiment lui retomber dessus, car autant il pouvait à peu près prévoir les réactions de Lucius Malfoy, mais il ne savait rien de ce Léon de Malfoy, qui plus est le chef du clan Malfoy.
-Tout me semble en ordre, déclara Albus. J'ai cru comprendre que vous avez eu des problèmes avec monsieur Weasley concernant vos fonctions de préfet ?
Draco retint un reniflement de dédain. Weasley numéro six n'avait pas eu un problème avec lui comme préfet de Serpentard, il en avait eu avec tous les préfets, y compris ceux de sa maison. Quand il avait été en poste, le roux n'avait jamais rempli ses obligations, se déchargeant allègrement sur sa condisciple Granger. De nombreuses fois, ses manquements avaient été remontés aux directeurs de maison mais le directeur n'avait rien voulu entendre : Ronald Weasley resterait en place. Pour ce à quoi il servait …
-Nous n'avons clairement pas les mêmes méthodes de travail, renifla Draco. Je lui ai simplement demandé d'arrêter de s'en prendre ouvertement aux Serpentard pour des raisons fantaisistes alors que d'autres élèves enfreignaient le règlement sous ses yeux.
-Si monsieur Weasley punit vos condisciples, c'est qu'ils étaient en tort, assura Albus.
Draco s'empêcha de lever les yeux au ciel devant tant d'aveuglement … ou pour être d'accord avec ce que le roux faisait : s'il punissait les Serpentard, c'était uniquement pour mener à bien sa vendetta personnelle.
-Nous ne serons jamais du même avis sur le sujet, conclut Draco. Puis-je vous être utile dans un autre domaine ? Je suis attendu.
-Non, merci d'avoir répondu à mes questions, répondit Albus.
-Je vous en prie, salua Draco.
Le blond quitta rapidement le bureau et ses amis furent assez surpris que ça ait été aussi court. Ne voulant pas tenter le diable, ils s'éloignèrent et se changèrent les idées. Mais le soir venu, ils se dirigèrent vers un endroit bien particulier.
-Prêts à souffrir, les mômes ? ricana Loki
§§§§§
Même si Hagrid avait été renvoyé de son poste de professeur de soins aux créatures magiques, il avait gardé sa casquette de garde-chasse de Poudlard. Il faisait donc régulièrement des incursions dans la forêt interdite pour vérifier qu'il n'y avait pas de problème. La plupart du temps, quand il n'avait pas cours, Charlie Weasley l'accompagnait. La même passion pour les créatures dangereuses les unissant, ils savaient qu'ils pouvaient compter sur l'autre si les choses dégénéraient. Ils en profitaient pour mettre en commun leurs connaissances pour faire en sorte que les élèves restent intéressés par la matière et lui permettre de lui redonner ses lettres de noblesse.
Ce soir-là, les deux amis étaient tombés sur les traces d'une meute de fenrirs, des loups magiques extrêmement timides mais encore plus féroces que des loups garous s'ils venaient à être attaqués. Particulièrement braconnés durant les derniers siècles, on ne pouvait en trouver que dans des zones au climat tempéré et continentaux où les humains, sans pouvoirs comme sorciers, ne pouvaient accéder, ou avec beaucoup de difficultés. Puisque la dernière fois où des fenrirs avaient été vus dans la forêt interdite remontait à presque cent ans, Rubeus et Charlie voulaient avoir l'occasion de les observer à l'état sauvage avant de révéler leur découverte.
La nuit était déjà bien avancée quand leur instinct les mit en garde. Avec des gestes parfaitement silencieux – ce qui était assez impressionnant pour un demi-géant connu pour son enthousiasme débordant – Rubeus banda son arbalète tandis que Charlie échangeait sa bonne vieille baguette magique britannique contre une manchette de cuir – le roux avait dû changer d'item de concentration magique dès sa première journée à la réserve de dragons puisqu'une baguette n'était clairement pas adaptée pour faire du rodéo avec ces grands reptiles – avant de continuer leur avancée. La forêt était devenue silencieuse puis clairement oppressante, ce qui voulait dire qu'il y avait un danger qui rôdait. Aucun n'osait parler, de crainte de prévenir un ennemi éventuel. Ils arrivèrent devant une avancée rocheuse et observèrent les mouvements qu'il y avait au pied de celle-ci.
Les cadavres d'une douzaine de loups adultes jonchaient la trouée. Plusieurs autres formaient une ligne sanglante devant un dernier loup vivant tenant à peine sur ses pattes. Le bouclier bleuté tremblotant leur indiquait qu'ils avaient finalement trouvé la meute de fenrirs dont ils étaient sur la piste. Quelques paires d'yeux métalliques et électriques derrière l'adulte leur montrait l'existence de louveteaux.
Mais ce n'était pas cela qui attirait réellement leur attention.
Malgré leurs connaissances étendues selon les critères britanniques sur les créatures magiques, c'était la première fois que Rubeus et Charlie voyaient celles-ci. Au premier abord, ils auraient pu penser qu'il s'agissait de canidés se tenant sur leurs pattes arrière mais leurs mâchoires démesurées et leurs doigts anormalement longs pourvues de griffes tout aussi longues démontraient le contraire. Leurs dents affûtées luisaient de salive et de sang dans l'obscurité et il n'était pas bien difficile de comprendre que les deux créatures avaient l'intention de faire d'un festin l'adulte mourant et les pauvres louveteaux.
Un trait d'arbalète traversa de part en part la tête de la première créature. Celle-ci s'écroula dans un vacarme assourdissant, alertant sa congénère qu'ils n'étaient plus seuls. Charlie en profita pour lancer un bouclier vers les fenrirs le temps qu'il arrive vers eux pour tracer un nouveau bouclier avec des runes, plus solide. La deuxième créature voulut se jeter sur le roux mais le demi-géant intervint en lui balançant son poing en pleine figure. Cela ne le sonna que quelques instants et en retour, les griffes entrèrent profondément dans son bras, à un tel point qu'on voyait l'os.
Les fenrirs protégés, Charlie n'hésita pas à user des sorts bien plus dangereux que les si classiques impardonnables pour éloigner la créature d'eux. Notant que le feu avait plus d'effet, il lança des sorts élémentaires et la créature fut définitivement vaincue après une douche particulièrement glacée.
-Il faut que nous partions d'ici, haleta Rubeus.
-Pas en les laissant là, se rebiffa Charlie en indiquant les fenrirs.
Recroquevillés les uns sur les autres, les quatre louveteaux tentaient désespérément de réveiller leur dernier protecteur qui luttait pour ne pas succomber à ses blessures. Charlie s'approcha et lança un sort de diagnostic mais le résultat fut sans appel : ses blessures étaient trop graves pour qu'il puisse être sauvé.
-Il va falloir faire brûler les corps si on ne veut pas que les charognards n'arrivent, indiqua Rubeus après avoir fait le tour des lieux. Peux-tu mettre une barrière pour qu'on soit tranquille ? Je m'occupe d'eux.
Délicatement, le demi-géant prit le loup agonisant dans ses bras pendant qu'il s'asseyait et laissa les louveteaux grimper sur ses jambes pour qu'ils puissent le soutenir dans ses derniers instants. Charlie, les larmes aux yeux, se détourna d'eux pour créer une puissante barrière autour d'eux. Le temps qu'il finisse, le loup avait rendu son dernier soupir et les petits pleuraient l'aîné qui s'était sacrifié pour eux. Laissant Rubeus les calmer, Charlie rassembla avec respect les cadavres puis y mit le feu. Il fut tenté de ramener l'une des créatures avec eux mais sans plus de détails sur elles, il ne pouvait pas les mener directement à l'école.
-Partons d'ici, fit Rubeus.
Chargeant les petits dans l'une des poches de son grand manteau, le demi-géant prit les devants tandis que le dragonnier faisait en sorte de ne laisser aucune piste olfactive, visuelle ou magique de leur passage. Quand ils sortirent de la forêt, ils soupirèrent de soulagement.
-Je n'aime pas l'idée de confier ces petits êtres au professeur Dumbledore, avoua Charlie.
-C'est un grand sorcier, déclara Rubeus. Mais depuis ce qui s'est passé avec Touffu, je ne lui confierai plus personne.
-Je sais où ils seraient en sécurité, déclara une voix féminine.
Charlie fut surpris de découvrir derrière eux Luna Lovegood mais c'était moins le cas de Rubeus.
-Je croyais que nous nous étions mis d'accord pour que tu ne te promènes plus toute seule en pleine nuit, gronda doucement Rubeus.
-Je vous attendais, répondit simplement Luna. On y va ?
Sans attendre leur réponse, la blonde se dirigea vers le château. Ils lui emboîtèrent le pas et eurent de la chance de ne tomber sur personne jusqu'à des appartements près des cachots. Luna frappa à la porte et quelques instants plus tard, un Loki Potter endormi leur ouvrit.
-J'imagine que tu as une bonne raison pour être là, jeune fille, bailla Loki.
Rubeus allait défendre la Serdaigle lorsque l'un des louveteaux parvint à sortir de sa poche. Intrigué, Loki le prit dans ses bras et l'examina brièvement tout en le câlinant.
-Je sens une histoire croustillante, déclara simplement Loki. Entrez, j'aimerai en savoir plus.
