Un énorme merci à Rosae Blue, pcam, Alice, Fleur d'Ange, CharlotteduCat & DI5M pour vos reviews ! Merci à ma merveilleuse bêta Polka60 pour sa correction !
Warning : Violence
Ce chapitre est extrêmement long encore une fois ! Bonne lecture !
XXV. Behind Closed Doors
« Non… » chuchota Ginny Weasley d'une voix à peine audible, ses yeux écarquillés sous l'ébahissement. « Pas toi… »
Assise à ses côtés, Daphné Greengrass affichait la même expression stupéfaite.
Draco Malfoy.
Draco fichu Malfoy.
Elle ne pouvait pas y croire. Une horde de questions sans réponses fusèrent dans son esprit à toute allure. Était-ce lui qui les avait enfermées dans cette pièce ? Pourquoi avait-il agi de la sorte ? Pourquoi les avait-il attaquées ? Pourquoi et comment Draco Malfoy pouvait-il être lié à la disparition de Millicent ? Ça n'avait aucun sens.
Ginny fixait toujours Draco avec un air mêlant perplexité et dégoût. Elle était probablement tombée de haut.
« Ce… Ce n'est pas possible. » murmura Ginny, l'air désemparé. « C'est une plaisanterie, je suis en train de faire un cauchemar. »
Elle ne semblait pas vouloir accepter la vérité que ses yeux lui exposaient pourtant clairement.
« C'est pourtant le cas, Ginny. » répondit Draco Malfoy de sa voix traînante.
Daphné vit une lueur curieuse passer dans les yeux de Ginny.
« Pourquoi ? » cracha soudainement Daphné à l'attention de Draco. « Pourquoi tu nous as enfermées ici ? »
Draco se tourna dans sa direction, posant un regard haineux sur elle. Daphné fut surprise par l'animosité qu'elle décela dans ses yeux.
« Parce que c'est exactement ce que vous méritez, toutes les deux. » répondit-il entre ses dents.
« Qu'est-ce que tu as fait à Millicent ? » insista Daphné. « Ça aussi, c'était toi ? »
« C'est une longue histoire. » répliqua Draco. « D'ailleurs, c'est moi qui pose les questions ici, alors ferme-là tant que je ne t'aurais pas autorisée à parler, Greengrass. »
Daphné garda le silence, décelant les menaces à peine voilées dans le ton de son condisciple. Il avait serré les points, visiblement contrarié par son intervention. Elle fut surprise par sa réaction. Draco Malfoy dégageait habituellement un flegme et une maîtrise de soi à toute épreuve. Jamais elle ne l'avait vu perdre son sang-froid.
Daphné n'était toutefois pas stupide. Malfoy était visiblement impliqué et il était primordial qu'elle obtienne le fin mot de l'histoire. Le provoquer ne l'avancerait à rien. Elle ne savait pas exactement de quoi il était capable. S'il avait effectivement tué Millicent et agressé Granger avant de les enfermer dans cette pièce, cela signifiait qu'il était dangereux.
« Pourquoi tu nous as enfermées ici, Draco ? » répéta Ginny, d'une voix posée. « Pourquoi dans le bureau du professeur Black ? »
Daphné fut étonnée par le calme soudain audible de sa voix. La réaction de Weasley la rendait perplexe. Après tout, elle venait d'apprendre que son petit-ami, son béguin ou peu importe le statut de leur relation, les avait violemment attaquées sans motif apparent.
« Parce que je savais que vous le soupçonniez, Ginny. » répondit Draco. « Je savais qu'il serait plus facile de vous attirer ici. »
« Black est impliqué dans tout ça ? Est-ce ton complice ?» interrogea avidement Daphné.
« Je t'ai dit de la fermer, Greengrass. » rugit Draco, levant sa baguette dans sa direction, les traits tirés par la colère. « Ne me force à pas te taire par la force. Tu sais très bien que je le ferais sans problème. Tu as vu ce que j'ai fait à ta copine Bulstrode. Je n'hésiterai pas à recommencer avec toi. »
Daphné sentit son estomac se retourner vivement à ces mots. Draco Malfoy venait de l'avouer. Il était responsable de la mort de Millicent, réalisa-t-elle avec horreur.
« Calme-toi, Greengrass. Ce n'est pas le moment. » prévint Ginny en haussant un peu le ton, lui adressant un regard appuyé.
« Écoute Ginny et tu t'en sortiras peut-être vivante. » ajouta Draco d'un ton plein de malice.
Daphné finit par obtempérer, à contrecœur. Sortir ainsi de ses gonds n'était pas dans son caractère habituel. Pourtant, tous les évènements récents l'avaient mis à fleur de peau. Se retrouver devant l'assassin de son amie réveillait une rage incontrôlable en elle. Elle ne comprenait pas comment Ginny pouvait réagir de manière si… sereine.
« Tu m'as menti tout ce temps, Draco ? » demanda Ginny, arborant une expression blessée sur son visage. « Même quand tu m'as dit que tu m'aimais ? C'était pour mieux me tromper ? »
Daphné leva les yeux au ciel. Était-ce vraiment le moment pour ce numéro d'amoureuse éplorée ?
« Oui. » répondit Draco, après quelques secondes de réflexion. « Je voulais m'assurer que tu baisses la garde. »
Daphné lui jeta un regard surpris. Sa propre relation avec Draco Malfoy avait duré près d'un an et il n'avait jamais une seule fois prononcé ces mots. Comment Weasley avait-elle pu croire une seule seconde à sa déclaration alors qu'ils ne sortaient même pas officiellement ensemble ? Ces Gryffondor étaient décidemment bien naïfs.
Ginny s'apprêta à répondre mais fut interrompue par un murmure étouffé. Tous les regards de la pièce se dirigèrent vers Hermione Granger, attachée sur une chaise, non loin du meuble où Daphné avait trouvé les potions de Black. Elle remuait lentement, comme si elle commençait elle aussi à recouvrer sa conscience. Daphné crut voir une lueur de panique passer dans le regard de Draco. Elle disparut tellement vite qu'elle fut certaine de l'avoir imaginée.
« Elle se réveille. » commenta Ginny, l'air soulagé.
Draco agita sa baguette en direction d'Hermione et sa chaise commença à léviter dans l'air. Hermione ne tiqua pas, toujours inanimée. Draco la conduisit vers une pièce adjacente au bureau. Quelques secondes plus tard, Draco faisait de nouveau irruption dans le bureau, arborant un air impassible. Il jeta un regard bref vers l'horloge accrochée au mur, au-dessus d'une armoirie.
« Pourquoi tu l'as emmenée, là-bas ? » interrogea Ginny, mal à l'aise. « Qu'est-ce que tu comptes lui faire ? »
« Elle s'est cognée la tête. Elle a besoin de repos. » répondit évasivement Draco.
Daphné ignorait s'il était sérieux ou s'il s'agissait de sarcasme.
« Draco, nous sommes supposées être au bal pour l'élection. Ils vont se rendre compte que nous avons disparu d'un moment à l'autre. » rappela Ginny. « Notre absence va probablement causer des questions. Si tu nous libères maintenant, je te promets que… »
« Je ne peux pas faire ça. Pas avant que vous ne sachiez la vérité. » répondit froidement Draco.
« Dans ce cas, accouche. Nous n'attendons que ça. » répliqua Daphné en levant les yeux au ciel.
« Je voulais vous donner une petite leçon. » répondit-il. « Vous avez toutes les deux joué avec mes sentiments. »
« Tu es en train de dire que tu nous as enfermées ici parce que nous avons brisé ton petit égo de mâle fragile, Malfoy ? » interrogea Daphné, sidérée.
« Exactement. » répliqua-t-il.
Daphné resta pantoise pendant de longues secondes. Puis, incapable de se contenir plus longtemps, elle éclata d'un rire si bruyant qu'il en était presque hystérique. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Elle avait passé des semaines à investiguer la mort de Millie pour ça ? Un motif aussi stupide et ridicule ?
« Que tu en veuilles à Weasley, très bien. Après tout, elle te mène par le bout de la baguette depuis des mois. Mais en quoi, moi, j'ai joué avec tes sentiments ? Si je me souviens bien, c'est toi qui as emballé ma demi-sœur alors que nous étions ensemble. Si quelqu'un devrait avoir quelque chose à reprocher à qui que ce soit, c'est bien moi. » avança Daphné avec frustration.
« Tu as fait circuler des fausses rumeurs sur moi pendant des mois, après ça. » rappela-t-il. « Pour te venger. »
« Et ça justifie tes actions disproportionnées ? » interrogea-t-elle. « Je suis passée à autre chose après ça, comme tous les gens normaux. Fais-de même, loser. »
« Tu es mal placée pour parler des actions disproportionnées des autres. » fit-il remarquer.
« Pourquoi as-tu attaqué Millie si c'est après nous que tu en avais ? » rétorqua Daphné avec irritation.
Le discours éploré de Malfoy commençait à l'agacer.
« C'était un accident. C'est toi et Ginny que je visais. » admit-il.
« Comment tu as fait ? »
« J'ai mis de l'Élixir Soporifique dans un verre de jus de citrouille. Ça a dégénéré. Elle… Elle n'était pas supposée mourir. La potion devait simplement la mettre dans un coma temporaire. » expliqua-t-il, les yeux fuyants. « Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. »
Daphné décela presque de la culpabilité dans son regard. Elle n'en avait toutefois que faire. Quelques soient les circonstances, Malfoy était responsable de la mort de Millicent. Et il devait payer pour ses actes.
« Tu te rends compte à quel point tu es pathétique ? » cracha-t-elle. « Tuer une innocente pour un fichu amour de jeunesse ? »
« Tu … Tu ne comprends pas. Tu ne sais pas ce que ça a été pour moi. Si tu savais… » commença-t-il à se justifier.
Daphné eut presque l'impression qu'il se parlait à lui-même. Comme s'il tentait d'expliquer l'injustifiable. Elle sentit la colère la parcourir de nouveau. Elle avait envie de hurler toute sa frustration. Apprendre que Millicent avait perdu la vie pour une raison aussi stupide la rendait malade. C'était injuste, horrible, petit. Millie ne méritait pas un sort aussi tragique. Pas après toutes les horreurs qu'elle avait traversé dans sa vie.
« Et le reste ? L'attaque d'Hermione ? Le sabotage des autres ? C'était toi ? » intervint soudainement Ginny.
Draco hocha la tête.
« Je voulais brouiller les pistes. Vous empêcher de comprendre mon véritable motif. » admit-il.
« Comment tu as fait pour trouver le journal de Greengrass dans mes affaires ? » s'enquit Ginny.
« Je vous l'ai déjà dit, c'est moi qui pose les questions. » coupa Draco d'un ton sec, soudainement exaspéré.
Il jeta un nouveau regard vers l'horloge, alerté. Daphné fronça les sourcils. C'était la seconde fois qu'il répétait ce geste. Pourquoi était-il tant pressé par le temps ?
« Je reviens. Restez tranquille sinon vous le regretterez. » prévint-il, les observant tour à tour, agitant sa baguette de façon menaçante, avant de quitter la pièce.
Un silence s'installa dans la pièce lorsqu'il eut disparu. Daphné jura bruyamment.
« Draco fichu Malfoy. » s'exclama-t-elle. « Je n'aurais jamais imaginé qu'il soit impliqué dans tout ça. »
Pourtant, elle n'avait pas non plus imaginé que Tracey puisse la trahir. Était-ce donc si improbable que Draco Malfoy soit un psychopathe, excellant dans l'art de la manipulation ? Qu'il ait réussi à couvrir ses traces avec brio ? Daphné était toutefois interpellée par cette volonté soudaine de faire ses aveux. Après tout, personne ne soupçonnait Draco Malfoy. Il s'agissait du meurtre parfait. Dans ces conditions, pourquoi insistait-il pour leur avouer la vérité ? Rien de tout cela n'avait de sens. Sauf si Malfoy ne comptait pas les laisser partir, réalisa-t-elle brusquement avec angoisse.
« Moins fort Greengrass. » plaida Ginny, à ses côtés, la sortant de ses pensées.
Daphné se tourna vers elle, un sourcil levé.
« Peut-être que cette personne est encore dehors et qu'elle nous écoute. Parle moins fort. » ajouta Ginny à voix basse.
« Cette personne ? » répéta Daphné en l'observant comme si elle était obtuse. « Cette personne est Draco Malfoy. Tu as besoin de lunettes ? »
« Ce n'est pas Draco. » répondit Ginny d'une voix déterminée.
« Qu'est-ce qui te rend si certaine ? » s'étonna Daphné en fronçant les sourcils.
« Ginevra. » déclara Ginny d'un ton plat, haussant les épaules.
« Quoi ? » interrogea Daphné avec confusion.
« Draco m'appelle toujours 'Ginevra'. Il ne m'a jamais appelée Ginny. Pas une seule fois. Cette personne m'a appelée 'Ginny' quand elle s'est adressée à moi. Au début, j'ai cru que j'avais mal entendu mais il ou elle l'a répété au moins deux fois. » répondit Ginny.
Cela expliquait désormais son étrange tranquillité face à Malfoy.
« Je voulais en être certaine. Je lui ai demandé si c'était pour me manipuler qu'il avait dit qu'il m'aimait et il a confirmé. Draco et moi n'avons jamais eu de conversation de ce genre. Mais ça, Drake ne pouvait pas le savoir. »
« Drake ? » répéta Daphné, sans comprendre.
« C'est plus facile pour différencier le vrai Draco du faux. » indiqua Ginny.
Elle jeta un regard hautain vers Daphné.
« Vous êtes sortis ensemble, toi et Draco. » rappela-t-elle. « Comment tu n'as pas pu remarquer que ce n'était pas lui ? Tu devrais savoir faire la différence. »
Daphné réprima son envie de l'insulter.
« Weasley, ce n'est vraiment pas le moment de te vanter du fait que tu connaisses Draco Malfoy mieux que moi. Et très sincèrement, ça n'a rien d'un exploit. » rétorqua Daphné, piquée au vif. « D'ailleurs, tu fais croire à toute l'école que tu es cette diva inaccessible et qu'il ne se passe rien entre vous alors que tu sais pertinemment que c'est faux. Ça se voit comme une pustule éclatée sur le visage d'Éloïse Midgen. »
« Tu as l'air d'être bien renseignée sur le statut de ma relation avec Draco. Bizarre pour quelqu'un qui prétend être passée à autre chose. » lança Ginny d'une voix doucereuse.
Merlin, elle était si irritante, pensa Daphné.
« Mais ce n'est pas le moment pour les crêpages de chignons. Nous avons des choses plus pressantes à régler. » rétorqua Ginny.
Daphné hocha la tête, approuvant silencieusement ses paroles. Pour une fois, elles étaient d'accord sur quelque chose.
« Si Drake n'est pas Draco Malfoy, qui est-ce dans ce cas ? Sirius Black ? » interrogea Daphné.
« Tu penses qu'il a utilisé du Polynectar ? » demanda Ginny en fronçant les sourcils.
« C'est fortement probable. J'ai vu du Polynectar en fouillant dans l'armoire, avant que Drake ne m'assomme. D'ailleurs, j'ai aussi trouvé de l'Élixir Soporifique au même endroit. C'est lui, le responsable. Black. Il a assassiné Millicent. » affirma Daphné avec conviction.
« Mais pourquoi il aurait changé d'apparence ? » insista Ginny.
« Réfléchis deux secondes, Weasley. Il veut s'assurer que personne ne le soupçonne lui. Et ça peut fonctionner s'il utilise l'apparence de quelqu'un d'autre. Souviens-toi qu'il était Auror avant d'être prof. Il sait probablement mieux que quiconque comment maquiller un crime. Il a une expérience extensive dans le domaine. » ajouta Daphné en grimaçant.
« Si c'était le cas, on ne l'aurait pas soupçonné sur des preuves complètement circonstancielles. » fit remarquer Ginny.
« Ces preuves n'ont rien de circonstancielles, Weasley. Il savait qu'il y avait des grandes chances pour que Millicent parle de leur relation à quelqu'un d'autre. Elle était fragile. Black a sans doute pris peur en pensant qu'elle était imprévisible. » avança Daphné avec certitude. « Elle était probablement un danger pour lui. Il ne pouvait pas totalement la contrôler. »
Daphné savait mieux que quiconque à quel point Black était dangereux. Elle se souvenait encore des noms de toutes ces femmes mentionnées dans le dossier de Sleezer.
« C'est un manipulateur qui n'a jamais souffert des conséquences de ses actes. Il a voulu faire taire Millie, c'est aussi simple que ça. Et c'est exactement ce qu'il essaie de refaire avec nous. Nous faire taire. » expliqua Daphné d'un ton sombre. « Parce qu'il sait que toi et moi sommes au courant de ses indiscrétions avec une élève. »
Une pensée soudaine lui traversa l'esprit.
« D'ailleurs, attends une seconde…Comment se fait-il que tu l'aies soupçonné ?» demanda Daphné.
« Avec tout ce qu'il s'est passé récemment, on commençait à penser que quelqu'un était après les candidates de Miss Fondatrice pour une raison ou une autre. » répondit Ginny.
« On ? » répéta Daphné.
« Harry et moi. Il y a eu tellement d'évènements louches en si peu de temps, ça ne pouvait pas être une coïncidence. La mort de Millicent Bulstrode. L'attaque d'Hermione. La drogue retrouvée dans les affaires de Mandy Brocklehurst. Le contenu de ton journal rendu public. Susan Bones envoyée à Ste Mangouste à cause de son allergie. » énuméra Ginny avec concentration. « C'était clairement du sabotage envers les candidates. »
« Pas Susan Bones. » interrompit Daphné.
« Quoi ? » s'étonna Ginny.
« Susan Bones. C'était un coup de ma part. Mais ce n'est pas la question. Continue ton histoire. » ordonna Daphné.
Ginny lui lança un regard empli de jugement mais accepta de poursuivre.
« J'ai décidé de parler de mes doutes à Hermione car je commençais à m'inquiéter. Et c'est elle qui m'a mis au courant de la relation de Black avec Millicent. »
« Pardon ? » s'exclama Daphné, les yeux écarquillés. « Comment diable Granger pouvait-elle être au courant ? »
« Elle m'a avoué les avoir surpris un jour dans un couloir. Ils s'embrassaient. »
Lorsqu'elle entendit les paroles de Ginny, Daphné resta silencieuse pendant de longues minutes, perdue dans ses réflexions.
« Je n'avais pas pensé à ça. Ça change la donne. » dit finalement Daphné en grimaçant.
« Comment ça ? » s'étonna Ginny, sans comprendre.
« Que Black s'en prenne à Millicent à cause de leur relation, ça fait totalement sens. Je veux dire… Il voulait la faire taire, après tout. Mais pourquoi Black se soucierait-il de l'élection ? Pourquoi voudrait-il écarter les candidates ? Ça n'a aucun sens. Il n'a aucun motif pour ça. C'est une élection stupide d'adolescentes. Pourquoi irait-il saboter les candidates ? » interrogea Daphné.
Ginny ne répondit pas immédiatement, semblant elle aussi réfléchir.
« Tu penses que quelqu'un d'autre pourrait être impliqué ? » questionna-t-elle finalement, l'air grave.
« Je pense qu'il y a deux situations. Cette histoire d'élection et le meurtre de Millie. Commençons par la première. Imaginons que quelqu'un en ait après toutes les Miss. Quelle serait le motif le plus évident, à ton avis ? » interrogea Daphné.
« La couronne. » répondit Ginny, sans aucune hésitation.
« Exactement, Weasley. La couronne. » confirma Daphné avec satisfaction. « La personne voudrait s'assurer de gagner. Donc ça veut dire que c'est probablement une candidate. Ou quelqu'un proche d'elles. »
« Dans ce cas, on peut exclure toutes celles qui ont été éliminées ou déclarées forfait. » décréta Ginny.
« Qui reste-t-il ? » demanda Daphné.
« Toi et moi, Hermione, Tracey Davis, Pansy Parkinson, Lavande Brown et Luna Lovegood. » énuméra Ginny. « On peut d'ores et déjà nous éliminer toi, moi et Hermione. Sinon on ne serait pas attachées ici. Il en reste donc quatre. Tu penses que Parkinson serait capable de faire ça ? »
« De saboter les autres filles ? Absolument. Mais elle ne se salirait pas les mains. Et surtout, elle est incapable de garder un secret. Ça la démangerait trop. » répondit Daphné en levant les yeux au plafond.
Elle ne pouvait pas imaginer Pansy rester silencieuse aussi longtemps.
« Et Davis ? J'imagine que non mais… »
« Je ne sais pas de quoi elle est capable. » coupa froidement Daphné. « Elle m'a bien trahie en te donnant l'accès à mon journal personnel, donc c'est une possibilité. »
Ginny parut interloquée par le ton hostile qu'avait emprunté Daphné pour parler de Tracey.
« Greengrass, elle n'avait pas d'autre choix. Je l'ai presque torturée pour qu'elle le fasse. Elle n'était pas dans son état normal. » informa Ginny. « Et puis franchement, mettre ''Rock'N'Troll'' comme mot de passe ? J'aurais pu le trouver seule si j'avais pris le temps de chercher. »
« C'est le mot de passe qu'elle t'a donnée ? » demanda Daphné d'une voix lente.
« Oui. Elle m'a dit qu'elle avait réussi à l'ouvrir en utilisant le nom de ton groupe préféré. » expliqua Ginny.
Cette information apaisa légèrement le cœur de Daphné. Même si Tracey avait donné l'accès à son journal à Ginny Weasley, elle ne lui avait pas indiqué le vrai mot de passe. Le nom de sa mère, Renata. Malgré tout, Tracey n'avait pas révélé cette information intime à Ginny.
« Mais ce n'est pas la question. » coupa Ginny. « Lavande Brown ? »
« Elle aurait le motif mais elle n'est pas très futée. » répondit Daphné. « C'était trop bien organisé pour quelqu'un comme elle. »
Ginny hocha la tête, semblant partager son opinion sur Lavande.
« Il reste Luna Lovegood. » indiqua Ginny.
Elles échangèrent un regard peu convaincu.
« Ça me parait peu probable mais on ne peut pas écarter quelqu'un sans être certaines. » dit Daphné.
« J'aurais vraiment du mal à croire que Luna soit impliquée là-dedans. » murmura Ginny.
« Qui sait ? Pendant la dernière épreuve, elle parlait du harcèlement qu'elle reçoit régulièrement. Elle a peut-être pété un plomb et décidé de se venger. Ce ne serait pas improbable. » devina Daphné en haussant les épaules.
Encore une fois, elles semblèrent toutes les deux plongées dans des pensées existentielles.
« Mais il y'a quelque chose qui ne colle pas. Même avec cette théorie, il manque le lien avec Black. » rappela Daphné, en secouant la tête avec frustration.
« Pourquoi veux-tu forcément que les deux histoires soient liées ? On ne peut pas faire confiance à ce qu'a dit Drake. Il a peut-être menti pour nous mener en bateau. » avança Ginny.
« Regarde autour de toi, Weasley. Où sommes-nous ? Dans le bureau de Black ! J'ai trouvé du Polynectar et l'Élixir dans son bureau. Ça ne peut pas être coïncidence… Et Drake m'a aussi trouvée dans le bureau de Black. Pareil pour toi et Granger. Il savait que vous étiez ici. Donc il y'a forcément un lien avec Black. »
« Peut-être qu'une autre fille est liée à Black ? Une candidate à l'élection. » suggéra Ginny en haussant les épaules. « C'est la seule explication. »
« Ce n'est pas idiot, Weasley. J'ai fouillé dans le passé de Black. Il a passé sa vie à manipuler des femmes. C'est possible qu'il ait manipulé quelqu'un d'autre comme il l'a fait avec Millicent ou avec des dizaines de femmes avant elle. »
« Ce serait tellement plus facile si Hermione était encore avec nous dans la pièce. Elle pourrait peut-être nous aider. C'est la plus intelligente, après tout. » indiqua Ginny en soupirant de frustration.
Elle tenta de retirer les lianes autour de ses poignets, sans succès. Daphné fronça les sourcils, tandis que les paroles de Ginny percutaient dans son esprit.
« Pourquoi Granger n'est pas avec nous ? » demanda-t-elle lentement.
« Tu es aveugle, Greengrass ? » répliqua Ginny en levant les yeux au ciel. « Tu as bien vu Drake l'emmener dans la pièce d'à côté. »
« Sans blague, merci Weasley. » indiqua Daphné avec ironie. « Ce que je veux dire c'est… Pourquoi il l'a laissée avec nous pendant qu'elle était inconsciente et dès qu'elle a commencé à sortir des vapes, il l'a emmenée là-bas ? »
« Aucune idée. Mais j'ai trouvé ça bizarre, aussi. Drake avait peut-être peur qu'elle panique. Hermione est une stressée de la vie, il faut le reconnaître. » admit Ginny en haussant les épaules, jetant un regard vers la porte close à sa droite. « Elle aurait probablement fait une crise d'angoisse si elle était ici avec nous. »
Daphné ne répondit pas immédiatement. Elle avait vu une once de panique dans les yeux de Drake lorsqu'il avait réalisé qu'Hermione reprenait conscience. Elle avait cru l'avoir rêvée, mais elle était désormais certaine que ce n'était pas anodin.
« Je me demande si Granger sait quelque chose d'autre. » dit-elle finalement.
« Elle m'en aurait parlé si c'était le cas. » assura Ginny.
« Pourquoi vous n'êtes venues ici que maintenant ? » demanda Daphné avec curiosité.
« On voulait attendre le bon moment pour ne pas se faire prendre en flagrant délit. Le bal était la meilleure alternative. »
« Depuis combien de temps vous êtes au courant ? De Black et Millicent, je veux dire. »
« Hermione me l'a dit il y a trois jours, quand je lui ai dit que je soupçonnais quelqu'un d'attaquer les Miss. » l'informa Ginny.
« Attends une seconde, Weasley. Granger t'a dit qu'elle les avait surpris, ensemble, c'est ça ?» demanda Daphné.
Ginny acquiesça.
« Donc ça signifie que ça s'est passé il y a au moins quelques semaines. Pourtant, Granger n'a rien dit à personne, même après la mort de Millicent qui déjà, à l'époque, paraissait douteuse. Elle n'a rien dit aux Aurors. Sinon ils n'auraient pas classé sa mort d'accident aussi facilement. » devina Daphné.
La liaison peu éthique de Millicent avec l'un de ses professeurs aurait probablement suffi à créer de la suspicion autour des circonstances de sa mort.
« Pourtant, il y a trois jours, pour une raison complètement inconnue, Granger te partage cette information. Exactement quand tu lui révèles que tu as des doutes sur les attaques. » résuma Daphné. « C'est tout de même curieux. »
« Non, tu vas trop loin, Greengrass. Hermione avait probablement une raison valable. Je sais qu'elle apprécie vraiment Black et le respecte. Elle ne voulait peut-être pas lui causer de problèmes sans avoir de preuves. Elle travaille avec lui sur ce club de DCFM et… »
Ginny s'interrompit soudainement, le visage pétrifié, comme si elle venait de faire une réalisation importante.
« Quoi, Weasley ?» demanda avidement Daphné.
« Ça fait des mois qu'Hermione et le professeur Black ont commencé à travailler sur ce projet de club de DCFM. » dit-elle dans un souffle.
« Et ? » s'enquit Daphné, qui ne voyait pas où Weasley voulait en venir avec ce détail insignifiant.
« Et rien. Il n'y a eu aucun résultat, depuis. Je le sais car je voulais vraiment m'inscrire. Donc je l'aurais su si un club de DCFM avait vu le jour. » assura Ginny.
« Oh, Salazar… Ça commence à devenir croustillant. » commenta Daphné avec un rire nerveux. « Donc, résumons. Granger était au courant de la relation entre Millicent et Black. Granger était également en contact régulier avec Black à cause de ce club de DCFM ou je ne sais quoi. Et si ce que tu dis est vrai, ils n'ont jamais vraiment travaillé dessus. En tout cas pas assez pour produire des résultats concrets. » résuma Daphné.
Ginny hocha de nouveau la tête.
« Revenons en arrière. Il y a d'abord eu la mort de Millicent, et quoi d'autre, ensuite ? » questionna Daphné.
« L'agression d'Hermione. Donc ça ne colle pas. Quelqu'un l'a visiblement agressée. Tu as vu dans quel état elle était. » rappela Ginny.
« Tu ne trouves pas bizarre que Granger n'ait pas pu deviner si son agresseur était un homme ou une femme ? Même les Aurors ont trouvé ça surprenant. » ajouta Daphné.
« Elle était probablement choquée, c'est une expérience traumatisante. » dit Ginny, haussant les épaules.
« Mais une attaque de ce genre et de cette violence ? Ce n'est pas anodin. Les gens sont persuadés que s'ils sont attaqués par quelqu'un, ce sera par un inconnu psychopathe dans un coin sombre, en pleine nuit, mais ce n'est pas vrai. La plupart du temps, les victimes connaissent et côtoient leur agresseur. Son attaque était si violente que je suis persuadée que c'était personnel. Comme celle de Millie. » assura Daphné.
Elle souffla de frustration.
« Mais très bien, ça ne colle pas tout à fait, alors laissons ça de côté. » céda Daphné. « Qu'est-ce qu'on a, ensuite ?»
« Ton journal. On l'a volé dans mes affaires et… Oh Merlin ! » s'exclama Ginny en ouvrant de grands yeux.
« Quoi encore, Weasley ? » insista Daphné avec agacement.
Les éclairs de lucidité qui traversaient Ginny étaient frustrants, surtout lorsqu'elle ne partageait pas le contenu de ses pensées.
« Hermione était au courant… Elle savait que j'avais ton journal. » avoua Ginny dans un souffle.
Daphné ouvrit la bouche, choquée.
« Quoi ? »
« Ce soir-là, j'étais avec Harry pour vous piéger. Mais le lendemain, Harry a raconté ce qu'on avait fait à Hermione. Donc ce n'était pas seulement Harry, moi et Davis qui étions au courant. Hermione aussi. » répondit Ginny, agitée. « Comment je n'ai pas pu penser à ça plus tôt ? »
Elle sembla réfléchir à toute vitesse, comme si son esprit repassait en revue tout ce qui s'était passé dernièrement.
« Seul quelqu'un de Gryffondor aurait pu accéder au dortoir en dehors des profs. Et le dortoir des filles est protégé, c'est quasiment impossible d'y monter pour un garçon. Mais pour une fille, c'est un jeu d'enfant. » ajouta Ginny. « Hermione aurait pu y entrer sans causer de suspicion. »
Daphné vit le malaise sur le visage de Ginny.
« Et Granger nous déteste. » affirma Daphné d'un ton factuel. « Particulièrement moi. Elle aurait toutes les raisons de chercher à me faire haïr par le reste de l'école. Ça m'a fait perdre ma première place à l'élection, en plus. Que s'est-il passé, ensuite ? »
« On a découvert de la drogue sur Mandy Brocklehurst. » rappela Ginny.
« N'est-il pas étrange que Mandy était la première du classement, à ce moment-là ? Éliminée d'un coup. Tu te souviens de la personne qui a récupéré sa place ? Juste avant que les profs ne retirent le tableau pour garder le suspense jusqu'à la fin de l'élection ? » interrogea Daphné avec un sourire blasé.
« Hermione. » répondit Ginny d'une voix blanche. « Elle était passée première du classement. »
« Exactement. » confirma Daphné avec satisfaction.
« Mais pourquoi ? »
« Tu n'as toujours pas compris, Weasley ? C'est tellement évident. »
Daphné avait éclaté d'un rire nerveux. Toutes les pièces se mettaient enfin en place. Et l'élément déclencheur était clair.
« Ta petite copine Granger et Sirius Black forniquent. » annonça Daphné avec excitation. « Ou forniquaient, je ne suis pas sûre. »
Ginny l'observa avec des yeux ronds, visiblement trop abasourdie pour dire quoi que ce soit.
« Dans tous les cas, ça n'a pas d'importance. » reprit sombrement Daphné. « Car maintenant tout colle parfaitement. Granger a exactement le profil des autres. »
« Quelles autres ? » demanda Ginny, sans comprendre.
« Les femmes mentionnées dans le dossier de Black. Quand je vois cette coincée de Granger, j'imagine qu'il aurait été facile pour Black de la manipuler et de lui faire miroiter des belles paroles pour la faire tomber dans son piège. Il avait le temps et les moyens de le faire s'ils se voyaient régulièrement. Il l'a manipulée comme Millie, je parie. La différence, c'est que ça a rendu Granger obsessionnelle. Et si elle était au courant de la relation de Black et Millicent... »
« Ça signifie qu'elle avait un motif pour s'en prendre à elle. » acheva Ginny dans un souffle.
« Et l'arme du crime ?» interrogea Daphné, comme si elle défiait Ginny d'en venir à la bonne conclusion.
« Hermione était régulièrement ici, dans ce bureau. Elle a pu avoir accès à l'Élixir Soporifique et au Polynectar facilement. » devina Ginny.
« Putain de Granger. » jura Daphné, en secouant la tête. « Je donnerais tout pour savoir qui se trouve dans la pièce d'à côté. »
« Pas Hermione, ça c'est certain. » assura sombrement Ginny. « Je viens de réaliser quelque chose d'autre. »
« Quoi donc ? » interrogea Daphné avec curiosité.
« Hermione portait une robe de bal noire. Et Hermandina - la fausse Hermione - portait une cape sur sa tenue. Je n'ai pas réalisé, au début, mais quand Drake l'a fait léviter dans l'autre pièce, j'ai vu un tissu rose en dessous de la cape. Avec des paillettes. » ajouta Ginny en grimaçant.
Cela prenait tout son sens, pensa Daphné. Cela expliquait la panique soudaine qu'elle avait vu dans les yeux de Drake. Si Hermandina avait repris connaissance, elle aurait pu leur dire qu'elle n'était pas vraiment Hermione Granger, ce qui aurait rendu l'affaire compliquée.
Était-ce pour cette raison que Granger avait fait boire le Polynectar à Hermandina ? Pour s'assurer d'avoir un alibi ?
« Donc c'est forcément quelqu'un d'autre. » lança Daphné. « Je mets ma baguette à couper que c'est une autre Miss. »
« Pourquoi elle ne nous a pas tuées, dans ce cas ? » demanda Ginny, semblant soudainement nerveuse. « Hermione. »
« Parce qu'il faut du cran pour tuer quelqu'un aussi froidement. » répondit Daphné en haussant les épaules.
« Pourtant si elle est responsable de la mort de Millicent, ça veut dire qu'elle en est capable. » rappela Ginny.
« Millicent est morte à cause d'une réaction de deux substances incompatibles. Je pense que Granger voulait lui faire du mal mais pas forcément la tuer. Elle disait la vérité, tout à l'heure, en prétendant que c'était un accident. »
« Ça expliquerait pourquoi elle était dans cet état quand on a découvert le corps. » dit Ginny. « Sa réaction était réelle. »
Elle secoua la tête, semblant perturbée.
« Je n'arrive pas à croire que j'ai cru à toute sa comédie et ses pleurs. » murmura Ginny, écœurée.
« Bienvenue au club, Weasley. Ça fait bizarre d'apprendre la double vie de tes amies, n'est-ce pas ? Ça te fait réaliser à quel point tu ne connais jamais vraiment les gens que tu côtoies tous les jours. » déclara Daphné, avec cynisme. « Crois-moi, je suis passée par là. »
Un mois auparavant, elle n'aurait jamais cru apprendre toutes ces informations sur Millicent. Elle n'aurait jamais pu penser que Tracey, sa meilleure amie, puisse la trahir ainsi. Elle n'aurait jamais pensé que sa vie prendrait un tournant aussi dramatique.
« Mais tu as raison. Je ne sais pas ce qu'elle compte faire de nous. Je pense qu'elle essaie de faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Peut-être Draco Malfoy ? C'est la seule explication de ce Polynectar. Granger avait besoin qu'on voie Hermandina pour confirmer son innocence. Je pense qu'elle veut nous relâcher. Enfin… »
« Enfin quoi ? » s'étonna Ginny.
« Relâcher l'une d'entre nous. » rectifia Daphné avec une grimace. « Pour qu'on puisse expliquer ce qu'on on a vu et témoigner en sa faveur. »
Daphné vit Ginny frissonner.
« Mais si elle veut vraiment relâcher quelqu'un… » reprit Daphné. « Il ne faut pas qu'elle se doute de quelque chose. Si elle sait que nous sommes au courant… »
« Elle aura tout intérêt à se débarrasser de nous trois. » déclara Ginny, terminant sa phrase.
Elles restèrent silencieuses pendant ce qui sembla une éternité. Seul le son de l'horloge qui avançait inexorablement résonnait dans toute la pièce, rendant l'atmosphère encore plus morbide. Daphné ne supportait pas le fait de ne pas savoir ce qui l'attendait. Elle avait ce besoin vital de contrôler tous les aspects de son existence. L'inconnu et son côté imprévisible l'angoissaient. Elle faisait tout pour se préparer aux éventualités en avance. Même si elle avait imaginé que la situation tournerait au vinaigre, Daphné n'aurait jamais imaginé atteindre de telles extrémités. Finalement, Weasley fut la première à rompre le silence :
« Daphné ? » demanda-t-elle à voix basse.
Daphné lui jeta un regard interloqué. C'était la première fois qu'elle entendait Ginny prononcer son prénom. Cette dernière observait le mur face à elle avec un air perdu et incertain que Daphné ne lui avait jamais vu. Elle l'avait toujours imaginée courageuse, intrépide et sûre d'elle. Une fille qui semblait n'avoir peur de rien ni personne. Pourtant, attachée dans ce fauteuil, Ginny semblait plus égarée que jamais. Daphné partageait son sentiment. Qui pouvait prédire ce qui arriverait dans les heures suivantes ? Une boule se forma dans son estomac.
« Oui, Ginny ?» répondit doucement Daphné.
« Tu penses qu'on va mourir ?» interrogea Ginny de but-en-blanc. « Tu crois que nous sommes en train de récolter ce qu'on mérite ? Pour tout le mal qu'on a fait dans nos vies, toutes les deux ? »
« Weasley, le karma n'existe pas. » déclara Daphné d'un ton sec. « C'est une invention de blaireaux qui préfèrent croire qu'une force extérieure va mener leurs batailles à leur place parce qu'ils sont trop paresseux pour le faire. Tu penses que Millicent méritait de mourir ? Non, c'était quelqu'un de bien et pourtant elle n'est plus là. Il y a des gens pourris qui ne verront jamais les conséquences de leurs actes. C'est la vie Weasley, aussi dur que ça puisse être à accepter. »
Ginny ne semblait pas convaincue.
« Réveille-toi Weasley, parce qu'on n'est pas dans un fichu livre. C'est la vraie vie. Si on veut s'en sortir, il va falloir réfléchir à un plan et arrêter de se morfondre. Si on se laisse avoir, Granger va gagner. »
« Tu as raison. » affirma Ginny en secouant la tête, semblant quitter sa nouvelle léthargie pessimiste. « Je crois que je réalise à quel point elle est dangereuse. Et intelligente. »
« Entre être première de sa classe et être une meurtrière accomplie, il y a des années lumières. » rappela Daphné d'un ton sarcastique.
« Je n'en serais pas aussi sûre si j'étais toi. Tu l'as déjà vu enfiler un grimoire de Métamorphose ? Ça fait presque peur. Elle apprend très vite. » répondit Ginny en grimaçant. « Ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait lu les Mémoires de Lord Voldemort ou les 101 manières de tuer vos rivales en toute impunité pour se former au crime.»
A contrecœur, Daphné laissa échapper un rire à la remarque de Ginny. Cela sembla détendre l'atmosphère pesante.
« Je crois que j'ai une idée. » dit soudainement Ginny.
Daphné leva un sourcil, l'encourageant à continuer.
« Dans la poche intérieure de ma robe, autour de ma cuisse, il y a une petite bourse. Je ne peux pas l'atteindre à cause des lianes. Peut-être que tu pourras le faire, pour moi. » indiqua Ginny en tentant de se redresser pour faire bouger la fente de sa robe.
« Comment tu as réussi à garder ça ? » s'étonna Daphné.
A son réveil, elle avait immédiatement remarqué que sa pochette ainsi que sa baguette lui avaient été confisquées. Ginny esquissa un sourire mutin.
« Même si Hermione est une sociopathe, on sait maintenant que ce n'est pas une perverse. » dit-elle avec un rire nerveux. « C'est pour ça que j'ai su que ce n'était pas Draco. Il ne se serait pas gêné pour me peloter et s'assurer que je n'avais rien sur moi. Il n'attendait probablement que ça. »
Ginny trouva probablement sa remarque très drôle car elle lâcha un petit rire amusé. Daphné lui jeta un regard blasé et s'empêcha de lui rappeler que toucher quelqu'un d'inconscient relevait de l'agression sexuelle. Elle réalisa que Ginny Weasley attendait probablement que Draco la touche de manière inappropriée, même si elle faisait mine de prétendre le contraire. Cela expliquait son excitation à cette 'idée.
« Tant mieux pour nous, en tout cas. » dit Ginny.
« Qu'y-a-t-il, à l'intérieur ? » demanda Daphné.
« Un peu de poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou et un mini leurre explosif. Ils viennent de la boutique de mes frères Fred et George. » répondit Ginny avec fierté. « Je les ai pris au cas où. Je savais qu'on allait venir ici alors je voulais m'assurer d'avoir un plan si les choses tournaient au vinaigre. Heureusement que je n'ai pas eu le temps d'en parler à Hermione. »
« Tu n'aurais pas pu me le dire avant, Weasley ? C'est maintenant que tu attends pour me donner cette info ? » s'exclama Daphné avec contrariété.
« Je ne te faisais pas confiance, OK ? Il fallait que je m'assure que tu ne sois pas en train de me piéger. Mais avec la discussion que nous venons d'avoir, c'est évident que nous sommes dans le même camp pour une fois. » répliqua Ginny.
« Nous n'avons pas de baguettes pour nous protéger. Granger a toujours la sienne et probablement trois de rechange. Ce n'est pas le moment de prendre des risques stupides. » rappela Daphné. « Rassure-moi, quelqu'un sait que tu es ici, au moins ?»
Ginny secoua la tête.
« Juste Hermione, mais ça ne va pas m'aider. Et toi ? » interrogea-t-elle.
« Non. Mais j'ai laissé un mot dans mon dortoir au cas où Black me surprenait ici. » dit Daphné sur le ton de l'évidence. « Merlin, vous autres Gryffondor, vous n'avez vraiment pas de cervelle. Vous préférez agir et réfléchir ensuite. »
Ginny eut le bon goût de paraître embarrassé.
« Écoute, il va falloir agir, nous n'avons pas le choix. Toi, tu es le cerveau de l'opération, moi je suis les bras. Laisse-moi gérer ma spécialité, entendu ? » suggéra Ginny.
Daphné ne parut pas convaincue.
« Je te l'ai dit, Hermione est très intelligente. Mais elle n'a pas confiance en elle. Il faut la tromper, la faire paniquer pour lui faire faire une erreur. » assura Ginny. « Et à ce moment-là, on saisira notre chance. »
« Comment tu comptes faire ça ? » interrogea Daphné, sceptique.
L'expression calculatrice sur le visage de Ginny n'annonçait rien de bon.
« A quel point es-tu prête à risquer ta vie, Greengrass ? » demanda Ginny.
/
23 heures, observa Hermione avec appréhension tandis qu'elle remontait quatre à quatre les escaliers. Son plan avait été complètement chamboulé par des évènements inattendus et elle avait dû improviser. Il ne lui restait plus beaucoup temps avant que l'effet du Polynectar ne se dissipe totalement. Elle avait déjà utilisé les deux seules fioles que Sirius possédait. Elle devrait s'assurer de finir ce qu'elle avait commencé au plus vite.
Sous l'apparence de Malfoy, elle s'était assurée d'être vue par des élèves, des fantômes en tout genre ainsi que des tableaux dans les couloirs près du bureau. Elle forcerait ensuite Ginny et Daphné à ingérer le reste de l'Élixir Soporifique. Malfoy serait immédiatement accusé à leur réveil.
Elle devrait aussi reprendre la place d'Astoria Greengrass pour être retrouvée en compagnie de Ginny et Daphné. Cela signifiait aussi qu'elle serait forcée de se débarrasser d'Astoria Greengrass.
Définitivement.
Elle avait d'abord pensé à un sortilège d'Amnésie mais le risque était trop élevé. Ce sortilège n'était pas fiable. Elle l'avait utilisé sur l'elfe de maison car ils étaient plus sensibles aux effets de la magie que les humains. Hermione savait toutefois qu'il était possible pour un humain de recouvrer sa mémoire.
Astoria Greengrass devait mourir. Elle s'était retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
Hermione savait que Sirius possédait une potion de Mort Vivante dans son bureau. Le diable serait dans les détails, elle en était consciente. La peur d'avoir oublié un détail important était si angoissante, qu'elle en avait mal au ventre. Pourtant, son état actuel l'empêchait de réfléchir calmement. Elle semblait poussée par un jet d'adrénaline et toute la fatigue accumulée ne se ressentait pas encore.
Lorsqu'elle pénétra de nouveau dans le bureau de Sirius, elle vit Daphné et Ginny l'observer avec appréhension. Heureusement pour Hermione, les deux étudiantes se détestaient cordialement. Trop occupées par leur fierté personnelle et leur conflit ridicule, elles ne penseraient probablement pas à s'allier contre elle.
« Laisse-nous sortir, Draco, s'il-te-plaît. » plaida immédiatement Ginny, dès qu'Hermione fut entrée dans la pièce.
« Je vais te laisser sortir, Ginny. Bientôt. » assura Hermione d'un ton impatient. « Fais ce que je te demande et tout finira bien. »
« On sait toutes les deux que c'est faux, Granger. » répliqua soudainement Daphné d'un ton glacial.
Hermione sentit son visage se décomposer en entendant l'appellation. La panique s'insinua en elle. Comment était-ce possible ? Comment Daphné avait-elle découvert sa réelle identité ?
« Eh oui, Granger. Peut-être que Weasley était trop stupide pour gober ton petit changement d'apparence, mais ce n'est pas mon cas. » poursuivit Daphné.
« Draco ? Qu'est-ce qu'elle raconte ?» demanda Ginny, médusée.
Elle jeta des regards successifs entre Daphné et Draco - ou plutôt Hermione.
« Je ne sais pas ce que tu racontes. J'ai dû y aller trop fort avec ce sort de Stupéfixion. » clama Hermione d'un ton qu'elle tenta de rendre calme.
« Arrêtons la comédie, Granger, tu veux ? Ce n'est pas seulement Black que je soupçonnais en venant, ici. C'était toi, également. Je savais que tu étais complice d'une manière ou d'une autre mais je commence à comprendre que tu as fait ça toute seule. Comme une grande. » avança Daphné avec ironie.
Hermione l'observait en silence, trop déstabilisée pour prononcer la moindre parole. Comment était-ce possible ?
« Tu vois Granger, il y a une grande différence entre Weasley et moi. Tu sais exactement ce qu'elle sait. » indiqua Daphné, jubilante. « Ce qui n'est pas mon cas. »
« Tu…Tu racontes n'importe quoi, Greengrass. » bafouilla Hermione, apeurée.
« Tu…Tu…Tu racontes n'importe quoi. » répéta Daphné d'un ton vicieux, l'observant avec morgue. « Si ce que je dis est faux, pourquoi tu bégaies ? »
La lueur assurée dans le regard de Daphné était des plus parlantes. Elle savait quelque chose.
« Si tu veux des preuves, pas de problèmes, je peux t'en fournir. Premièrement, je sais que tu faisais partie du harem de Black. Je parle d'harem parce que tu es juste une idiote parmi tant d'autres. Il a manipulé des centaines de femmes pendant des années, juste par plaisir. » affirma Daphné, pleine de répugnance.
Ses paroles firent écho d'une manière particulièrement douloureuse pour Hermione. Toute son insécurité refit brutalement surface. La pensée d'avoir été un jouet pour Sirius, un objet dont il pouvait disposer à sa guise, était insupportable. Malgré ses dires, il ne l'avait jamais considérée comme quelqu'un de spécial.
« J'ai de la documentation là-dessus. Toi qui aimes lire, tu verras, c'est digne d'un livre à succès. » ajouta Daphné, visiblement déridée. « Tu te demandes probablement comment je l'ai appris ? Millicent était au courant et elle m'en a parlé. J'enquête sur vous deux, depuis sa mort. »
Millicent Bulstrode avait-elle découvert la vérité au sujet de la liaison de Sirius et Hermione ? Ce n'était pas improbable. Après tout, elle-même avait fait cette découverte au sujet de Millicent. Hermione avait été cependant stupide de ne pas suivre son instinct lorsque les premiers doutes avaient insinué son esprit.
« Je sais aussi que tu as volé mon journal dans les affaires de Weasley. Que tu as saboté Brocklehurst, aussi. Je ne vais pas t'accuser au sujet de Susan Bones, car j'ai aussi des preuves que ce n'était pas toi. » poursuivit Daphné. « La seule chose dont je n'étais pas sûre c'était comment tu as causé la mort de Millicent. Tu as été assez bête pour me l'expliquer, tout à l'heure. Tu as empoisonné son jus de citrouille. Merci pour le détail, d'ailleurs. C'était l'élément qu'il me manquait. »
Daphné arborait désormais un sourire satisfait – semblant se délecter de l'expression affolée d'Hermione.
« Quant à ton agression, est-ce que j'ai vraiment besoin d'en parler ? On sait toutes les deux ce qui s'est réellement passé, Granger. » acheva Daphné d'une voix confiante. « Tu vois, Granger, j'ai assez d'éléments pour te dénoncer aux Aurors. Ils n'auront qu'à rassembler les pièces manquantes du puzzle. »
Hermione était toujours pétrifiée, écoutant les paroles de Daphné avec effroi, son cœur battant à une vitesse folle dans sa poitrine. C'est la fin, pensa-t-elle. Son plan tombait totalement à l'eau. Elle n'aurait désormais plus le choix.
Hermione s'était préparée à cette éventualité. Elle avait rassemblé quelques possessions dans son sac en perles, élargi par un sortilège d'extension. Elle était prête à quitter le château le soir même. Elle devrait toutefois effacer les dernières preuves évidentes de sa culpabilité avant de s'enfuir. A commencer par Malfoy. Peut-être qu'elle aurait le temps de retourner dans l'alcôve avant sa fuite pour le neutraliser, lui aussi. Cela lui donnerait de l'avance avant que les Aurors ne remontent jusqu'à elle.
Hermione réalisa avec horreur que ce cercle vicieux ne cesserait jamais. Elle avait pensé qu'agir de manière proactive l'aiderait à couvrir ses arrières et à l'éloigner de tout soupçon. Plus elle agissait, plus sa situation empirait. Elle était désormais au bord du désespoir.
« La première chose qu'on apprend à Serpentard, c'est de ne pas sous-estimer ses ennemis. » indiqua Daphné, arborant une expression victorieuse. « Tu pensais peut-être te débarrasser de moi d'une quelconque façon et garder Weasley pour te donner un alibi après la soirée ? Ce serait simple d'accuser Malfoy s'il y a un témoin visuel, n'est-ce pas ? »
« Elle savait que Sirius était avec moi ? » fut la seule chose qu'Hermione demanda, dans un murmure.
A quoi bon mentir ? Greengrass savait la vérité. Elle en savait même beaucoup plus qu'Hermione. Elle connaissait les détails de la relation de Millicent avec Sirius.
« La différence entre toi et Millicent, c'est qu'elle savait exactement où elle s'aventurait en sortant avec un prof. Elle n'était pas assez naïve pour penser qu'il était l'homme de sa vie ou qu'il était amoureux d'elle. » répondit vicieusement Daphné.
Hermione secoua la tête. Plus le temps passait, plus la souffrance infligée par Sirius grandissait. Ce n'était jamais assez. Lui avoir menti n'avait pas été suffisant. Il s'attelait, même indirectement, à lui briser le cœur davantage, sans aucune culpabilité.
« Qu'est-ce que tu croyais, Granger ? Que tu étais spéciale ? Qu'il n'avait jamais rencontré une fille dans ton genre? Qu'avec toi, tout était différent ?» cracha Daphné avec malice. « Tu es pathétique. Toi et toutes ces femmes qui vous faites avoir par des salauds dans son genre. Vous préférez vous voiler la face même quand les signes sont clairement devant vous. Black a réussi à vous manipuler parce que vous êtes stupides. Parce que vous n'avez aucun amour propre. Regarde toi Granger, juste une fille pathétique qui veut tellement être reconnue et aimée qu'elle est prête à tuer pour l'attention d'un enfoiré qui ne la voit pas. »
Ses mots lui firent l'effet d'un seau d'eau glacé. Encore une fois, ils réveillaient toutes ses insécurités, ses doutes profondément enfouis, son manque de confiance en elle. Son désir d'être acceptée, d'être considérée, d'être reconnue. Son besoin d'être aimée.
Hermione resta silencieuse, réprimant son envie de fondre en larmes et de sangloter inlassablement. Soudainement, elle réalisa que ses vêtements étaient trop larges pour elle. Elle jeta un regard vers l'armoirie au-dessus de la cheminée du bureau. L'effet du Polynectar s'était finalement dissipé et son visage avait repris son apparence originelle. Daphné et Ginny l'observaient désormais avec intensité, ne semblant pas choquées par la transformation.
« Tu avais du potentiel, Granger. Tu aurais pu faire quelque chose de ta vie, mais c'est terminé. Car si tu crois que tu vas t'en sortir après le chaos que tu as causé, tu n'es pas aussi intelligente que tu le laisses penser. » acheva Daphné avec cruauté.
« Tu ne sais pas ce que c'est, d'être à ma place. D'être constamment rabaissée à cause de mes origines par des gens comme toi. De devoir toujours être meilleure que les autres juste pour être considérée. Mais qu'est-ce que tu en saurais, hein, Greengrass ? Tu as vécu une existence privilégiée. » rétorqua Hermione d'un ton acerbe.
Daphné éclata d'un rire mauvais.
« Vite, sortez les violons pour Granger et sa petite histoire affligeante. Merlin, je te lancerais une noise si j'en avais une sur moi. Je n'en ai rien à foutre de ton statut de sang, Granger. Si je ne t'aime pas c'est parce que tu es une Miss-Je-Sais-Tout insupportable, qui ne sait pas la fermer quand il le faut et qui veut donner des leçons de moral à tout le monde. » déclara Daphné, avec méchanceté. « Au moins, j'ai l'honnêteté de te le dire à la figure. Tous ces gens avec qui tu traines te trouvent irritante, mais personne n'ose te dire la vérité. »
Les lèvres d'Hermione tremblaient désormais sous la rage et la douleur. Elle leva sa baguette en direction de Daphné. Elle voulait lui infliger la même douleur qu'elle ressentait actuellement. Elle voulait la voir souffrir, hurler, supplier.
Hermione avait trop longtemps supporté les humiliations de Greengrass et de ses amies. C'était la dernière fois qu'elle se ferait ainsi victimiser par quelqu'un comme elle.
« Hermione ! » s'exclama Ginny d'une voix paniquée. « Ne fais pas ça, tu vas le regretter. Tu peux encore arrêter. Ne la laisse pas te provoquer. »
Elle jeta un regard bref vers Ginny qui la regardait, l'air suppliant. Hermione secoua la tête.
« Non… Tu es exactement comme elle. J'ai vu ton rapport. Ce que tu as fait à ces Nés-Moldus. » cracha Hermione, avec dégoût.
« Hermione, je te le jure, c'est plus compliqué que ça. Ça n'avait rien à voir avec leurs origines. Je n'ai rien contre les Nés-Moldus. Tu es la fille la plus intelligente que j'ai rencontrée dans ma vie. Je ne peux pas te laisser faire une erreur aussi stupide. Je suis sûre qu'on peut tout arranger. » plaida Ginny.
« Tout arranger ? » répéta Hermione d'une voix étranglée. « Et comment tu comptes faire ça ? »
« Tu as des circonstances atténuantes, Hermione. Tu as été manipulée par Sirius Black. C'est à cause de lui que tu es dans cette situation. Il t'a forcée la main. » assura Ginny en secoua la tête avec véhémence, comme si elle croyait fermement à ses paroles. « La mort de Millicent Bulstrode était un terrible accident. Ce n'était pas prémédité. »
Hermione hocha la tête, la main toujours tremblante. Sa baguette s'abaissa légèrement.
« Je croyais vraiment qu'il m'aimait Ginny. Il l'a même avoué sous Veritaserum. » déclara Hermione en reniflant, les larmes lui brouillant désormais les yeux. « Il en a pris devant moi. »
« C'est lui qui t'a proposé de le faire, je parie ? » intervint Daphné d'une voix moqueuse. « Comme c'est arrangeant. Et même si ce que tu as vu était vraiment du Veritaserum, ce n'est pas une potion infaillible. Il y a des moyens d'en contrer les effets. Qui te dit qu'il n'a pas transformé le contenu avant de le boire ? Ou qu'il n'avait pas déjà pris un antidote ? Des gens réussissent à en contrer les effets s'ils maitrisent l'Occlumancie. Black est un manipulateur professionnel, je te laisse donc faire le calcul. »
« LA FERME ! » s'égosilla Hermione, des larmes au coin des yeux.
Elle brandit de nouveau sa baguette devant le visage de Daphné, au bord de l'hystérie.
« Il t'a sorti deux trois belles paroles, quelques caresses bien placées pour te faire mouiller la culotte, et tu es devenue son elfe de maison, c'est ça ? Un vrai roman à l'eau de rose. » poursuivit Daphné, ignorant les menaces d'Hermione.
Hermione ne supportait plus de l'entendre. L'incantation sortit de sa bouche avant qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte et frappa Daphné en plein visage. Cette dernière laissa échapper un hurlement assourdissant qui résonna dans toute la pièce d'une manière terrifiante.
« HERMIONE ? Qu'est-ce que tu as fait ? » hurla Ginny, dans ses oreilles.
Le visage de Daphné avait viré au cramoisi à certains endroits. Une partie de sa peau gonflait de manière anormale, comme si elle menaçait d'éclater. Son visage était en train de brûler de l'intérieur. Ses hurlements étaient si bruyants qu'ils glacèrent Hermione jusqu'à l'échine.
Les cris horrifiés de Ginny lui parvinrent également aux oreilles. Hermione sortit de son état de transe, observant Daphné avec horreur. Paniquée, elle se rua vers Daphné, tentant de poser sa manche sur son visage pour tenter de ralentir la progression de la brûlure qui affectait désormais la moitié de son visage. Sa nuque avait pris une couleur sombre, semblable à la teinte des cendres.
D'un geste fébrile, Hermione jeta un sort de refroidissement sur le visage brûlé de Daphné. Cela sembla arrêter la progression de la brûlure. Pourtant, Daphné ne cessa pas de crier, les traits tirés par la douleur.
Hermione l'observa, en panique. Même si une partie d'elle voulait faire du mal à Daphné Greengrass, l'idée de devoir la torturer pour en finir avec elle était trop bouleversante. Elle n'en n'avait pas la force.
Brusquement, elle vit Daphné relever la tête et lui cracher quelque chose à la figure. Hermione eut seulement le temps de distinguer la forme ronde du projectile avant qu'il ne l'atteigne en plein visage, à son tour. Le projectile causa une déflagration et Hermione entendit une détonation qui siffla dans ses oreilles. Elle fut aveuglée par une poudre blanche toxique.
Ses yeux étaient désormais enflammés et douloureux. Lorsqu'Hermione tenta de les ouvrir, elle réalisa avec horreur qu'elle ne voyait presque plus rien autour d'elle. Entre ses paupières plissées, toutefois, elle distingua vaguement la forme de Daphné Greengrass se pencher dans sa direction.
Hermione sentit une douleur cuisante au niveau de sa main, et réalisa que Daphné l'avait violemment mordue. Elle enfonça ses dents si profondément dans sa peau que du sang commença à s'échapper de la paume d'Hermione. Cette dernière lâcha sa baguette d'un geste brusque, laissant échapper un cri apeuré.
Avant qu'elle ne puisse esquisser le moindre geste pour saisir sa baguette, Hermione aperçut Ginny, les bras toujours liés dans son dos se jeter dans sa direction, la plaquant brutalement sur le sol. Hermione perdit totalement son équilibre et se cogna la tête au sol, entraînée par le poids de Ginny.
Elle tenta de repousser Ginny avec ses paumes mais cette dernière exerçait une pression sur la poitrine d'Hermione, lui coupant le souffle. Hermione jeta ses mains dans le vide, sa vue toujours obscurcie et attrapa une poignée des cheveux rouges qui lui tombaient sur le visage. Elle tira de toutes ses forces, provoquant le hurlement de Ginny. Cette dernière sembla toutefois rapidement reprendre sa contenance et rampa de nouveau vers Hermione qui tâtait fébrilement sur le sol, les yeux brûlants, pour récupérer sa baguette. Daphné s'efforçait férocement de détacher ses propres liens, sans succès.
Ginny envoya son épaule avec force en direction d'Hermione pour la ralentir, la faisant trébucher. Hermione parvint toutefois à se retourner subitement et envoyer un coup de pied brutal en direction de Ginny. Le coup atteignit cette dernière dans l'estomac et elle émit un gémissement étouffé, sa respiration coupée.
Les yeux d'Hermione étaient désormais moins irrités et elle recouvrait sa cécité au fil des secondes. Elle aperçut Daphné qui tentait d'attirer la baguette vers elle à l'aide de ses pieds liés.
« MAINTENANT ! » entendit-elle une voix hurler.
Toutes les lumières s'éteignirent alors, plongeant la pièce dans l'obscurité la plus totale.
/
Toutes les personnes qui côtoyaient Astoria Greengrass tombaient irrémédiablement sous son charme. Elle possédait un talent certain pour s'attirer les faveurs de son entourage. Comment résister à son air ingénu, son sourire candide et sa bonne humeur communicative ? Oui, tout le monde tombait sous son charme.
Tout le monde sauf sa demi-sœur, Daphné Greengrass.
Pour une raison qu'Astoria ignorait, Daphné lui vouait une haine profonde et inflexible depuis sa naissance. Cela avait commencé dès leur plus tendre enfance. Les premiers souvenirs qu'Astoria possédait de sa sœur étaient particulièrement désagréables. Daphné la brutalisait toujours sans raison. Lorsqu'on leur demandait de jouer ensemble, elle prenait un plaisir manifeste à contrarier sa sœur. Elle coupait les cheveux de ses poupées et retirait leurs membres avant de les dissimuler dans des recoins isolés du Manoir. Pour faire bonne mesure, elle se moquait ensuite ouvertement des pleurs d'Astoria.
« Je croyais que tu voulais jouer à cache-cache ? » disait Daphné avec méchanceté, arborant un air faussement innocent.
Astoria avait tout tenté pour s'attirer les bonnes grâces de sa sœur mais rien n'y faisait. Daphné semblait mettre un point d'honneur à la traiter comme une indésirable dans sa propre maison. Astoria avait essayé de se montrer attentionnée, obligeante et serviable mais cela n'avait pas fonctionné. Rien ne semblait apaiser le cœur de pierre de Daphné lorsqu'il s'agissait de sa petite sœur.
En grandissant, Astoria avait commencé à saisir les méandres de leur situation familiale compliquée. Renata, la mère de Daphné et la première épouse de leur père, avait quitté le domicile familial sans raison, abandonnant sa fille au passage, peu après sa naissance.
Puis Georgius avait épousé Marlena, la mère d'Astoria, et cette dernière était tombée enceinte quelques mois seulement après le début de leur relation. Leur famille recomposée n'avait jamais fonctionné.
Leur éducation avait été différente, sans l'ombre d'un doute. Georgius traitait Astoria comme la prunelle de ses yeux et n'affichait qu'une sévérité rigide envers Daphné. Cette dernière semblait jalouser la relation d'Astoria avec leur père.
Daphné était l'ainée, disait-il. Il était primordial qu'elle ait les épaules pour porter l'étendard familial. Daphné avait donc été élevée dans l'optique de devenir une conquérante, une gagnante à toute épreuve et une candidate méritante pour régir sur le patrimoine familial. L'héritière de la prochaine génération des Greengrass.
Astoria pouvait s'amuser librement et s'adonner à des distractions superflues sans recevoir les foudres de son père. Quant à Daphné, on lui enseignait la littératie financière, les codes de conduite en société, l'histoire des Greengrass et leurs plus grandes réalisations. Georgius s'intéressait à peine aux résultats scolaires de sa cadette tandis qu'il réprimandait sévèrement son aînée lorsqu'elle obtenait autre chose que des Optimal. C'était sans doute cette différence qui avait renforcé la haine de Daphné à l'égard de sa sœur. Son ressentiment n'avait fait qu'accroître avec les années.
Le divorce des parents d'Astoria avait presque été vécu comme un soulagement pour les deux sœurs. Cette nouvelle distance géographique entre elles avait rendu leur conflit plus gérable. Marlena, la mère d'Astoria, était retournée s'installer dans son pays d'origine avec sa fille. Pendant les années suivantes, les interactions d'Astoria avec sa sœur s'étaient limitées à des visites régulières pendant les vacances scolaires. Sa relation avec Daphné l'avait toujours hautement frustrée. En dépit des apparences, Astoria ne désirait qu'une chose.
Avoir sa place dans la vie de sa sœur aînée.
Très vite, Daphné avait pris l'habitude d'ignorer Astoria. Elle affichait un mépris constant à son égard et agissait comme si elle était une tapisserie disgracieuse tachetant les murs de leur Manoir familial. Les seuls moments pendant lesquels elle lui accordait un peu d'attention étaient lorsqu'elle était furieuse contre Astoria. C'était pour cette raison que cette dernière avait commencé à volontairement provoquer sa sœur ainée.
Astoria s'appliquait méticuleusement à faire sortir Daphné de ses gonds, dans un espoir désespéré de se faire remarquer, d'interagir avec elle et d'avoir un semblant de relation. Après tout, les colères noires et les remarques vicieuses et blessantes de sa sœur envers elle étaient mieux que son indifférence totale. L'attention négative était une forme d'attention.
Avec les années, Astoria avait appris exactement sur quelles cordes sensibles tirer pour atteindre Daphné. Elle avait d'abord commencé à utiliser sa relation avec son père pour narguer sa sœur ainée. Elle provoquait régulièrement la jalousie de cette dernière en se vantant des attentions que leur père lui portait. Même lorsqu'Astoria avait embrassé le petit-ami ivre de Daphné pendant une soirée, elle l'avait fait pour attirer son attention.
Plus les années passaient, plus leur conflit devenait ingérable. Forcées par leur père, elles avaient consulté un psychomage spécialisé en relations familiales, dans une tentative désespérée de rétablir un dialogue sain. Les premières séances avaient été un vaste fiasco et Georgius avait semblé abandonner l'idée de pouvoir, un jour, réconcilier ses deux filles.
Pourtant, derrière l'attitude qu'elle affichait devant Daphné, Astoria admirait secrètement ce que sa grande sœur était devenue. Daphné était si belle, si intelligente, si mature. Astoria était fascinée par sa détermination à toute épreuve et sa capacité à obtenir tout ce qu'elle voulait par des moyens originaux. Elle avait toujours une longueur d'avance sur les autres.
A seulement dix-sept ans, Daphné était déjà la digne héritière des Greengrass. Même si Georgius la félicitait rarement de manière vocale, il était extrêmement fier de sa fille aînée. Astoria le savait car son père encensait régulièrement Daphné en sa présence. Cette dernière était toutefois trop aveuglée par sa jalousie et sa haine envers Astoria pour le remarquer.
Daphné était le portrait craché de leur père. Une jeune fille charismatique, rusée, précoce pour son âge, faisant preuve d'un sang-froid à toute épreuve. Lorsqu'Astoria pleurait face à l'adversité, Daphné transformait un évènement négatif en opportunité. Elle n'abandonnait devant rien pour atteindre ses objectifs.
Parfois, Astoria voulait détester sa sœur, surtout lorsqu'elle fomentait les pires des coups bas. Elle avait été furieuse d'apprendre par Justin que c'était Daphné qui s'était débrouillée pour lui faire manger de la viande, pourtant consciente du régime alimentaire auquel Astoria portait tant d'attention.
Astoria avait même cru enfin parvenir à la détester lorsque Neige, son nouveau chaton, avait disparu. Elle n'avait pas été dupe devant les airs hautains de Daphné et son air satisfait suite à la disparition de l'animal. Astoria avait passé la nuit à sangloter inlassablement dans son lit, persuadée que son chaton avait été dévoré par une créature sauvage dangereuse. Elle était même parvenue à haïr sa sœur pendant l'espace de quelques heures, persuadée de son implication dans cette tragédie.
Pourtant, même avec toute sa détermination, ce sentiment n'avait pas duré longtemps. Quand son père lui avait appris que le chaton était réapparu quelques jours plus tard dans leur jardin, Astoria avait éprouvé un soulagement immense. Sa sœur n'était pas aussi horrible qu'elle voulait le montrer. Malgré son attitude infecte, il y avait un cœur quelque part à l'intérieur. Et même si le cœur de Daphné était aussi froid que l'Antarctique, il ne désirait probablement que de se faire aimer.
Si Daphné avait su ce qu'était réellement devenue la vie d'Astoria après le divorce de ses parents, elle aurait probablement éprouvé de la pitié pour sa sœur. Avec sa mère, Astoria avait dû revêtir le rôle de l'adulte. Sa mère était une femme-enfant qui ne s'était jamais défaite de ses rêves de petite fille ni de ses désirs de contes de fées parfaits. Les étoiles s'étaient alignées pour Marlena Picquery lorsqu'elle avait réussi à mettre le grappin sur Georgius Greengrass, un magnat des affaires britannique. Ce dernier lui avait offert un quotidien de princesse.
Astoria savait que sa mère avait apprécié son statut de femme entretenue pendant la durée de leur mariage. Pourtant, le divorce l'avait forcée à revenir à la réalité. Elle avait dû prendre la responsabilité de s'occuper d'une enfant en bas âge. Rapidement, les responsabilités et le stress avaient eu raison d'elle. Sa mère était tombée dans un cercle vicieux, mêlant automédication et consommation excessive d'alcool pour soulager sa dépression.
Au début, Marlena était parvenue à dissimuler ses problèmes aux yeux de tous. Pourtant, ses addictions l'avaient rapidement dépassée. Lorsque ses crises devenaient trop intenses, c'était Astoria qui s'occupait de sa mère. Il était fréquent qu'elle retrouve sa mère dans des états alcoolisés avancés, dormant parfois dans son propre vomi, après une journée passée à boire.
Très vite, Astoria avait dû se responsabiliser pour éviter que sa mère ne perde sa garde légale. Elle avait appris à gérer les finances du foyer, venant principalement de la pension alimentaire que Georgius envoyait chaque mois à Marlena pour s'occuper de sa fille. Astoria s'assurait que les factures soient payées et les placards, remplis de nourriture.
A Ilvermorny, devant ses camarades, Astoria agissait comme une adolescente tout à fait ordinaire, avec ses préoccupations éphémères et superficielles. Personne ne se doutait qu'une fois arrivée chez elle, c'était Astoria qui faisait office d'adulte. Il était plus simple de montrer un masque devant les autres.
Après des années de patience et de tolérance face aux excès de sa mère, Astoria en avait eu assez. Elle avait récemment fêté ses 17 ans, ce qui faisait d'elle une adulte. Cela signifiait également que son père n'était plus dans l'obligation légale de payer une pension alimentaire pour elle. Georgius n'avait jamais eu connaissance des agissements de son ex-femme. Astoria était la seule raison pour laquelle il avait gardé un semblant de relation cordiale avec Marlena.
Une fois cette obligation levée, Georgius avait immédiatement mis un terme à ses paiements mensuels. Il avait donné un ultimatum à Astoria : si elle souhaitait qu'il continue à l'entretenir financièrement, elle devrait rentrer au Royaume-Uni et vivre sous son toit. Astoria n'avait pas eu d'autre choix. Elle avait convaincu sa mère de s'installer avec sa grand-mère, sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas vivre de manière indépendante à cause de ses problèmes d'addictions.
Intégrer Poudlard avait été une bénédiction. Elle pouvait enfin mener la vie d'une adolescente de son âge. S'adonner aux frivolités du quotidien, sans penser à s'occuper de sa mère. Poufsouffle avait été comme une seconde maison pour Astoria. Ses nouveaux condisciples l'avaient tous accueillie avec chaleur et très rapidement, elle s'était formée un groupe d'amis loyal. Elle avait même eu l'espoir infime de tenter d'arranger les choses avec Daphné d'une manière ou d'une autre. Cela n'avait pourtant pas fonctionné. Daphné avait continué à lui montrer cette indifférence froide et ce mépris continuel.
Après la mort de Millicent Bulstrode, l'une de ses meilleures amies, Daphné avait paru profondément chamboulée. Astoria l'avait observée à distance, préoccupée. Quelque chose avait profondément changé chez sa sœur.
Les choses avaient empiré lorsque les messages personnels de Daphné avaient fuité dans toute l'école. Immédiatement, sa sœur avait perdu toute sa superbe. Cette réputation qu'elle s'était attelée à construire durant des années avait été détruite en seulement quelques heures, décimée par des mots griffonnés sur du parchemin vieilli. Malgré l'image qu'elle essayait de renvoyer en public, Astoria savait que Daphné était bouleversée.
« Tu veux aller danser ? » lui proposa Justin Flinch-Fletchey, la sortant de ses pensées.
Astoria se tourna vers son cavalier et ses lèvres s'étirèrent en un sourire éclatant.
« Bien sûr. Je te rejoins dans une minute. » promit Astoria.
Il hocha la tête et se dirigea vers le reste de leur groupe. Astoria reporta de nouveau son attention sur Daphné, seule près de l'entrée de la Grande Salle. C'était la première fois de sa vie qu'elle la voyait presque… mal à l'aise. Comme si elle n'était pas à sa place. Daphné n'avait jamais été du genre à se faire discrète. Habituellement, lorsqu'elle entrait dans une pièce, elle attirait admiration et jalousie grâce à la confiance inébranlable qu'elle dégageait.
Astoria ressentit un élan de pitié en voyant sa sœur aussi agitée. Tous les étudiants de l'école la méprisaient désormais. Astoria s'était presque mis à dos certains de ses condisciples en prenant la défense de Daphné lorsqu'elle entendait des critiques à son égard.
« Pourquoi tu la défends autant ? Elle est horrible avec toi. » lui avait rappelé Justin, quelques jours plus tôt.
« Parce que c'est la famille. » avait répliqué Astoria d'un ton un peu irrité.
Justin n'avait pas paru convaincu mais il n'aimait pas le conflit alors il s'était satisfait de sa réponse.
Astoria hésita à approcher de Daphné pour lui parler. Elle savait que sa sœur voyait le mal partout et penserait probablement qu'Astoria venait la narguer. Elle vit Daphné échanger brièvement quelques mots avec son petit-ami, Blaise Zabini, avant de s'éloigner en direction de la sortie d'un pas rapide. Astoria ne manqua pas l'expression irritée sur le visage de Blaise. Elle hésita pendant une fraction de secondes avant de se diriger à son tour vers la sortie de la Grande Salle, à la suite de Daphné.
Elle l'aperçut à une vingtaine de mètres et resta en retrait lorsque Daphné s'arrêta brusquement. Sa sœur sembla farfouiller quelque chose dans sa pochette brillante. Astoria réalisa qu'elle changeait sa paire de sandales hautes pour des chaussures plates, sans doute plus confortables. Elle reprit sa marche et Astoria la suivit discrètement. Daphné semblait nerveuse et ne cessait de jeter des regards autour d'elle, comme si elle craignait d'être suivie.
Astoria préféra rester en retrait pour ne pas être découverte. Elle attendrait le bon moment pour l'approcher. Pourtant, dans sa volonté d'être trop discrète, elle perdit la trace de Daphné. Elle l'aperçut finalement au détour d'un couloir, face à une porte. Daphné introduisit une clé dans la serrure et celle-ci émit un cliquetis sec. Elle disparut à l'intérieur de la pièce. Astoria fronça les sourcils. Cette pièce était le bureau d'un professeur. Ce bellâtre sur qui la moitié de l'école fantasmait. Elle l'avait toujours trouvé un peu louche. Il lorgnait parfois sur elle avec ce regard insistant.
Astoria resta en retrait, et enfonça son dos contre le mur le plus proche, dans le couloir adjacent. Elle attendrait que Daphné sorte pour l'aborder. Elle avait paru particulièrement anxieuse. Peut-être qu'elle s'était isolée pour pleurer ? Et si c'était effectivement le cas, pourquoi dans cette pièce ?
Soudainement, Astoria distingua des bruits de pas. Elle était toujours dissimulée à l'abri d'une alcôve et la personne qui passa à toute vitesse devant elle ne sembla pas la remarquer. Astoria entrevit seulement une traînée de longs cheveux frisés et volumineux qui disparurent aussi vite qu'ils étaient apparus. Elle tendit le cou et aperçut une fille vêtue d'une longue robe noire devant la porte du bureau. Comme Daphné quelques instants plus tôt, la nouvelle arrivante pénétra à son tour dans la pièce.
Astoria hésita à les suivre, rongée par la curiosité. Quelque chose se tramait et elle voulait en avoir le cœur net. Elle n'eut pas besoin d'attendre longtemps pour entendre la porte s'ouvrir à nouveau, dix minutes plus tard. Elle décida de sortir de sa cachette et tomba nez à nez avec une fille. Astoria la reconnut immédiatement. C'était l'étudiante qui l'avait accueillie à son arrivée à Poudlard. Elle s'était présentée comme la Présidente de l'Association des Nouveaux Élèves.
Astoria se souvenait parfaitement d'elle. Elle avait été impressionnée par le débit de paroles de l'étudiante, tandis qu'elle présentait l'école dans ses moindres détails historiques à Astoria. Comment s'appelait-elle déjà ? Helen ? Harmony ? Non, Hermione !
« Tu as vu Daphné ? » l'aborda Astoria d'un ton guilleret.
« Hm, non. » répondit rapidement Hermione, qui semblait impatiente.
« Pourtant je l'ai vue entrer dans cette pièce. Et tu viens d'en sortir, toi aussi. » répliqua Astoria. « Qu'est-ce que vous tramez, toutes les deux ? »
Elle plissa les yeux, désormais suspicieuse. Il était évident que cette fille mentait.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit Hermione, agitée.
« Dans ce cas, je peux regarder ? D'ailleurs ce n'est pas le bureau du professeur Black, par hasard ? » insista Astoria.
Elle vit une soudaine panique animer le regard d'Hermione. Astoria n'eut toutefois pas l'occasion de l'interroger davantage car Hermione saisit sa baguette et hurla un sort dans sa direction. Astoria bondit sur le côté, évitant le sortilège de peu. Elle avait d'excellents réflexes. Dans ses états de transes, il était fréquent que sa mère lance ses bouteilles vides de whisky pur-feu dans leur appartement étroit de Sacramento. Astoria réalisa avec effroi qu'elle avait oublié sa baguette dans la Grande Salle. Elle tenta de s'abriter derrière une statue pour éviter le nouveau sort qu'Hermione jeta dans sa direction.
Astoria eut seulement le temps d'apercevoir un large morceau de pierre voler dans sa direction avant de la frapper en plein visage. Quelques secondes plus tard, elle aperçut un flash coloré l'atteindre en pleine poitrine et tout devint noir.
Lorsqu'elle reprit connaissance, Astoria réalisa qu'elle était installée sur une chaise peu confortable. Elle grimaça de douleur. Son crâne la tiraillait violemment, comme si elle venait de recevoir un cognard en pleine figure.
Elle se redressa, jetant des regards curieux autour d'elle. Elle ne connaissait pas cet endroit mais il s'agissait visiblement d'une chambre. Pourquoi était-elle ici ? Et pourquoi avait-elle l'impression de se réveiller après longue sieste agitée ?
Astoria réalisa que ses bras et ses pieds étaient attachés à la chaise. Elle tenta de se rapprocher de la porte et les pieds de la chaise grincèrent sur le vieux parquet lustré. Elle s'arrêta subitement lorsque son regard passa devant un large miroir posé contre le mur. Astoria ouvrit la bouche, interdite, le regard désemparé. Ce n'était pas son visage que le miroir reflétait, constata-elle avec horreur.
Elle avait perdu sa peau pâle au profit d'une peau plus bronzée. Ses cheveux blonds avaient disparu, remplacés par des longues boucles brunes. Et ce visage… Ce visage n'était pas le sien. Dans son reflet, elle vit Hermione Granger l'observer avec désarroi.
« Qu'est-ce que… » commença-t-elle, décontenancée.
Astoria tenta de se rapprocher davantage de la porte. Elle s'arrêta en réalisant qu'elle entendait des voix résonner à travers. Elle se pencha en avant, s'efforçant d'écouter la conversation. Elle ne voulait pas prendre le risque de se faire entendre. Cette folle furieuse d'Hermione Granger l'avait attaquée sans aucune raison. Il était probable qu'elle se trouve derrière cette porte. Astoria constata avec frustration qu'elle distinguait uniquement des voix étouffées, et non des paroles distinctes.
En jetant un regard bref vers le miroir, Astoria remarqua que ses cheveux étaient redevenus raides et semblaient s'éclaircir au fil des secondes. Elle soupira de soulagement. Elle retrouvait son apparence originelle. Elle remarqua un autre détail. Hermione Granger était plus grande et plus voluptueuse qu'elle. Les poignets d'Astoria perdirent quelques centimètres, retrouvant leur taille frêle. Elle s'empressa de tirer l'une de ses mains de l'espace laissé par les cordes qui liaient ses mains. La liane se resserra sur son autre main, comme si elle s'adaptait à sa nouvelle forme. Cela n'avait plus d'importance, pensa-t-elle avec excitation. Ses mains étaient désormais libres de leurs mouvements.
Astoria baissa les yeux vers ses chevilles qui perdaient également quelques centimètres et elle tenta de retirer l'un de ses pieds. Tandis que les lianes se resserraient pour pouvoir prendre une nouvelle taille, sa cheville se retrouva coincée dans une position douloureuse. A l'aide de ses mains, désormais libres, elles réussi finalement à retirer son pied gauche, laissant échapper un cri de douleur tandis que sa cheville se tordait dans une position peu naturelle.
« Mes chaussures… » commenta—t-elle en observant le talon cassé de sa nouvelle paire de chaussures, achetées pour le bal.
Astoria retira ses escarpins d'un geste fébrile puis se releva, marchant difficilement sur le vieux parquet de la pièce. Ignorant sa douleur, elle se précipita vers la porte et colla son oreille contre cette dernière, s'efforçant d'écouter les voix qu'elle pouvait désormais distinguer.
« Vite, sortez les violons pour Granger et sa petite histoire attristante. » entendit-elle plus distinctement, cette fois. « Je n'en ai rien à foutre de ton statut de Sang, Granger. Si je ne t'aime pas c'est parce que tu es une Miss-Je-Sais-Tout insupportable, qui ne sait pas la fermer quand il faut et qui veut donner des leçons de moral à tout le monde. Au moins, j'ai l'honnêteté de te le dire à la figure. Tous ces gens avec qui tu traines te trouvent irritante, mais personne ne te le dit. »
Astoria reconnut immédiatement la voix de Daphné. Comme d'habitude, sa sœur faisait preuve de son amabilité et de sa délicatesse incarnée. Astoria réalisa que c'était à Hermione Granger qu'elle venait de s'adresser. Elle eut du mal à entendre les paroles suivantes mais elle distingua deux autres voix en plus de celle de Daphné. Le ton de la conversation semblait hostile. Un hurlement résonna soudainement. Immédiatement, une voix s'écria :
« HERMIONE ? Qu'est-ce que tu as fait ? »
Elle entendit des bruits étouffés - vraisemblablement une lutte.
« MAINTENANT ! » hurla soudainement une voix.
Un long silence s'abattit dans la pièce et Astoria hésita sur la conduite à adopter. Elle avait laissé son sac et sa baguette dans la Grande Salle sur la table qu'elle occupait avec ses amis. Quelle idiote je suis, pensa-t-elle avec panique.
Elle n'avait pas le choix. Daphné était dans cette pièce en compagnie de Granger. Il était évident qu'elle était désormais dans une position délicate. Astoria actionna la poignée d'un geste lent et à sa grande surprise, la porte s'ouvrit sans aucun problème. Elle n'était visiblement pas verrouillée, réalisa-t-elle avec incrédulité. Elle pénétra dans la pièce et ses yeux s'agrandirent face à la scène qui se présentait à elle.
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Ginny grimaça de douleur, le souffle court. Elle tenta de reprendre une respiration normale après le coup violent qu'Hermione venait de lui asséner dans l'estomac. La pièce était plongée dans l'obscurité la plus totale grâce à la Poudre Instantanée du Pérou. Elle entendit des bruits autour d'elle. Il s'agissait probablement d'Hermione qui tentait de retrouver son chemin. Ginny se redressa, s'efforçant de retirer les lianes qui restèrent résolument serrées autour de ses poignets. Il fallait absolument qu'elle-même ou Daphné parvienne à atteindre cette fichue baguette magique avant que la lumière revienne. Si Hermione s'en emparait avant l'une d'elles, ce serait la fin.
Ginny entendit un grincement et elle fut soudainement aveuglée par une lumière soudaine, jaillissant d'une porte adjacente. Dans l'encadrement de cette dernière, elle reconnut Astoria Greengrass qui observait la scène avec perplexité, visiblement confuse. Ginny réalisa que la lumière était revenue dans le bureau.
« QU'EST-CE QUE TU ATTENDS PAUVRE IDIOTE ? PRENDS CETTE FICHUE BAGUETTE ! » beugla soudainement Daphné en direction d'Astoria.
Cette dernière sembla sortir de sa torpeur et se rua en avant pour se saisir de la baguette qui gisait sur le sol, non loin de Daphné. Malheureusement, Hermione avait également recouvré ses esprits. Sous le regard impuissant de Ginny, elle avait bondi à son tour sur la baguette. Elles l'attrapèrent au même moment et s'en suivit une lutte acharnée entre Astoria et Hermione.
Ginny entendit Hermione hurler une incantation. Au même instant, Astoria avait levé la baguette d'un geste soudain, faisant changer la trajectoire du sort. Hermione et Daphné furent touchées par le sort et se retrouvèrent brutalement propulsées vers la direction opposée. Elles s'écrasèrent contre une étagère placée à l'autre bout de la pièce. Les vitres du meuble explosèrent en morceaux à cause de l'impact, projetant des fragments tranchants dans tous les sens. Hermione et Daphné avaient atterri sur le sol, probablement assommées.
Ginny vit qu'Astoria tenait désormais la baguette dans sa main et regardait les deux étudiantes, l'air apeuré. Une vague de soulagement parcourut Ginny. Elle se redressa difficilement et grimaça de douleur en réalisant que des morceaux de verre avait été propulsés sur ses bras et son visage.
« Aide-moi à me détacher ! » s'écria-t-elle à l'attention d'Astoria.
Cette dernière se rua dans sa direction et agita la baguette sur les lianes qui se détachèrent immédiatement, tombant au sol. Ginny lui jeta un regard empli de reconnaissance.
« Comment tu as fait pour sortir ? » demanda-elle, ahurie, désignant la porte ouverte qui donnait accès aux appartements du professeur Black.
Astoria haussa les épaules, penaude.
« J'ai juste ouvert la porte. » répondit-elle sur le ton de l'évidence.
Sans doute était-ce à cause des heures mouvementées qu'elle venait de vivre, mais Ginny laissa échapper un rire nerveux face à la réponse d'Astoria. Elle grimaça de douleur. Tous ses membres lui faisaient mal. Elle avait eu raison, finalement. Elle savait que la panique et la nervosité forceraient Hermione à faire des erreurs stupides. Cette dernière avait probablement jeté un sort de silence à la pièce pour qu'elles ne puissent pas entendre Astoria. Hermione n'avait néanmoins pas pensé à la verrouiller avec un sort plus efficace.
On entendit soudainement un gémissement plaintif. D'un geste synchronisé, Astoria et Ginny se tournèrent vers Hermione et Daphné. Ginny aperçut une épaisse fumée transparente flotter dans l'air. Celle-ci se dirigeait lentement vers les deux étudiantes au sol. La brume étrange s'introduisit dans les narines de ces dernières, sous le regard épouvanté de Ginny. Sa panique s'accrut lorsqu'elle vit Daphné se plier soudainement sur le sol, tétanisée. Elle poussa un cri guttural comme si elle était en proie à une douleur immense.
« Que leur arrive-t-il ? » demanda Astoria avec un glapissement.
Elle esquissa un geste pour s'approcher de Daphné mais Ginny la retint par le bras.
« Non ! » ordonna Ginny, l'empêchant d'avancer davantage. « C'est cette fumée, il y a quelque chose à l'intérieur. »
La fumée semblait émaner d'un bocal tombé de l'armoire désormais détruite. Lorsque le bocal fut complètement vide, Ginny saisit la baguette des mains d'Astoria et lança un sort d'attraction vers le contenant. Celui-ci lui atterrit directement dans les mains.
« Essence de spectre. » lut-elle à haute voix, parcourant l'étiquette des yeux.
« Qu'est-ce que c'est ? » insista Astoria, jetant des regards successifs vers Ginny et le bocal.
« Spectres… Spectres… Où est-ce que j'ai entendu ça ? » dit-elle, réfléchissant à voix haute.
Ginny gémit de frustration. Elle était certaine qu'ils avaient mentionné ces créatures lors d'un cours. Elle se maudit. Pourquoi je n'écoute jamais rien ? pensa-t-elle avec frustration.
« Ils craignent quelque chose mais je ne me souviens plus… » dit-elle d'une voix paniquée, observant Daphné qui avait commencé à hurler, se tortillant au sol, les mains sur ses oreilles.
A ses côtés, Hermione semblait aussi touchée mais elle avait posé une main sur son visage, comme pour ne pas ingérer davantage d'essence de spectre. Ginny la vit murmurer quelque chose du bout des lèvres, le regard rivé dans sa direction. Ses yeux étaient injectés de sang. Elle réalisa qu'Hermione essayait de communiquer avec elle. Ginny plaqua sa main sur son visage, couvrant sa bouche et son nez puis se rua vers Hermione.
« Qu'est-ce que tu as dit ? » demanda-t-elle avidement, s'agenouillant à ses côtés.
« Huile…de…do..xy. » éructa Hermione d'une voix saccadée avant de tousser bruyamment.
De l'huile de doxy ! C'était ce qui lui fallait. Le professeur Black leur avait expliqué pendant un cours de DCFM que c'était le seul moyen d'atténuer l'effet des spectres. Ginny pointa sa baguette vers les débris de l'armoire et s'écria :
« Accio huile de doxy ! »
Une fiole remplie d'un liquide vert peu ragoûtant vola dans sa direction et Ginny l'attrapa au sol. Elle retira le bouchon et se rua vers Daphné, versant quelques gouttes dans sa bouche. Immédiatement, Daphné cessa de se contorsionner sur le sol. Elle sembla traversée de spasmes, et éructa bruyamment, comme si elle tentait de vomir. Elle ouvrit la bouche et la fumée étrange s'échappa de sa gorge.
« Cofringo ! » assena Ginny en direction de la fenêtre.
La vitre se brisa dans un bruit sonore, et la fumée se dirigea vers l'extérieur, disparaissant dans la nuit noire. Daphné avait cessé de trembler et semblait lentement recouvrer ses esprits. Ginny se tourna ensuite vers Hermione qui gémissait le sol, se tenant la tête. Elle n'avait visiblement pas pu retenir sa respiration plus longtemps et avait ingéré la fumée à son tour.
« Apporte-moi les lianes. » ordonna Ginny en direction d'Astoria. « Couvre bien ton visage avant d'approcher. »
Astoria s'exécuta sans se faire prier. Elle saisit les lianes qu'Hermione avait utilisé pour attacher Ginny et les tendit à cette dernière, une main fermement plaquée sur son visage. Ginny agita sa baguette en direction des lianes qui s'enroulèrent autour des mains d'Hermione. Elle saisit ensuite le reste de la fiole et versa quelques gouttes d'huile de doxy dans la bouche de cette dernière. Encore une fois, la fumée se retrouva éjectée et le spectre s'enfuit par la fenêtre, visiblement terrifié par l'huile. Hermione leva le regard vers Ginny puis elle fondit soudainement en larmes.
« Je…Je… Je n'en peux plus…de tout ça…Je veux…juste…arrêter… » sanglota—t-elle, entre ses larmes. « Je… Je ne voulais pas que ça se passe ainsi. »
Alors que Ginny s'apprêtait à lui répliquer qu'il était trop tard pour ses remords, elle vit soudainement une ombre rapide lui passer près des yeux. Elle réalisa que Daphné venait de bondir sur Hermione, la plaquant sur le sol, ses mains autour de sa nuque.
« Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? » hurla Daphné, enragée, son visage toujours rougeâtre à cause des brûlures infligées par Hermione. « Elle est morte à cause de toi ! »
Ginny ne bougea pas, choquée par la soudaine hystérie de Daphné. La lueur dans ses yeux était effrayante. Elle paraissait habitée par une rage indescriptible et pendant l'espace d'un instant, Ginny craignit que Daphné ferait quelque chose de grave.
Elle se jeta sur Daphné pour essayer de lui faire lâcher prise. Pourtant, la force qu'exerçait cette dernière sur la nuque d'Hermione était surhumaine. Hermione hoquetait désormais et son visage avait pris une autre couleur sous les assauts de Daphné.
« Je vais te tuer ! » continua de s'égosiller Daphné, les dents serrées, hors d'elle. « Je vais te tuer, Granger. »
« Aide-moi ! » hurla Ginny en direction d'Astoria qui les observait, frappée de stupeur.
A deux, elles parvinrent finalement à écarter Daphné. Elle se débattit férocement et Ginny fut interloquée par la force dont elle fit preuve. Elle semblait déchaînée. Après quelques secondes, elle finit par se calmer et Ginny la relâcha, l'observant d'un air prudent, craignant qu'elle attaque de nouveau. Une partie d'elle comprenait Daphné. Après tout ce qu'Hermione leur avait fait subir, après tout le mal qu'elle avait causé autour d'elle, il était compréhensible que Daphné veuille s'en prendre à elle.
Daphné avait détourné le regard, agenouillée sur le sol, la respiration haletante. Elle ne semblait pas sur le point de répéter l'assaut. Elle se laissa même faire tandis qu'Astoria plaçait ses bras autour d'elle, dans une étreinte rassurante. Daphné posa sa tête sur l'épaule de sa sœur, épuisée.
Ginny se laissa à son tour tomber sur le sol, exténuée. Tous ses membres étaient endoloris et elle saignait à plusieurs endroits. Toutefois, le soulagement qu'elle ressentait était indescriptible. Elle avait vraiment cru qu'il s'agirait des dernières heures de sa vie.
« Que fait-on ? » murmura finalement Astoria d'une voix timide, après un long silence.
Ginny jeta un regard circulaire à la pièce, désormais dans un piteux état. Les meubles étaient détruits, des débris de verre et de bois recouvraient le sol et un vent glacé pénétrait dans la pièce à travers la fenêtre brisée.
« Il faut prévenir les Aurors. » dit-elle d'une voix lente.
« Qu'est-ce qu'on fait d'elle ? » interrogea Astoria en désignant d'un geste de la tête Hermione qui pleurait toujours silencieusement, recroquevillée sur elle-même.
Sa nuque était pourpre et des traces de doigts étaient visibles sur sa peau. Ginny aurait presque eu pitié d'elle si elle n'avait pas agi comme une folle furieuse quelques instants plus tôt.
« Il faut s'assurer qu'elle reste en place ici, puis l'enfermer. » répondit Ginny en se relevant. « Les Aurors sauront quoi faire d'elle. »
Elle soupira en se relevant difficilement.
« Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais je regrette de ne pas avoir eu une soirée tranquille et normale à ce fichu bal. » admit-elle avec un rire nerveux.
Astoria et Daphné se levèrent à leur tour. Ginny s'assura que les lianes autour des mains d'Hermione étaient fermement attachées. Elle l'aida ensuite à se relever, la força à s'asseoir sur le sofa et s'attela à lui attacher les chevilles. Elle repéra la cape d'Hermione dans un coin de la pièce et fouilla à l'intérieur. Elle y retrouva deux petits sacs ainsi que deux baguettes magiques. Elle tendit l'une d'elles à Daphné.
« Merci. » dit cette dernière, la voix enrouée.
« Allons-y. » suggéra Ginny.
« Je vous rejoins. » répondit Daphné, l'air sombre. « J'ai un dernier détail à régler avec Granger. »
Ginny lui jeta un regard peu assuré, peu encline à l'idée de la laisser seule avec Hermione après son éclat de rage récent.
« Ça ne prendra qu'une minute. » déclara Daphné, d'une voix étrangement calme.
Ginny voulut protester mais elle sentit Astoria lui attraper le bras et l'entraîner vers la porte du bureau.
« On t'attend dehors. » indiqua Astoria à Daphné.
Elle ramassa la clef qui était tombée sur le sol, déverrouilla le bureau et quitta la pièce, Ginny sur ses talons.
« Qu'est-ce qu'elle compte faire, à ton avis ? » demanda Ginny, mal à l'aise, une fois la porte refermée.
« Aucune idée. Parfois, Daphné est la personne la plus effrayante que je connaisse. » avoua Astoria en frissonnant.
Ginny décela toutefois une certaine admiration dans sa voix. Au bout de cinq minutes, la porte s'ouvrit de nouveau, et Daphné apparut dans l'encadrement, l'air impassible. Elle ferma soigneusement la porte derrière elle et la verrouilla.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » demanda Ginny avec curiosité.
« Rien qui ne sera pas considéré comme de la légitime défense, Weasley. » répondit Daphné d'un air énigmatique. « Allons-y. »
Tandis qu'elles marchaient dans les couloirs, en silence, Daphné retint soudainement Ginny par le bras.
« Je peux te parler une seconde ? » demanda-t-elle, l'air harassé.
Ginny lui adressa un regard déconcerté mais hocha toutefois de la tête. Daphné jeta un regard entendu vers Astoria qui s'éloigna à quelques mètres, obéissant à son ordre silencieux. Ginny remarqua qu'elle boitait légèrement. Daphné se tourna vers Ginny, l'observant avec une expression pensive.
« Malgré ce qu'il s'est passé entre nous ces derniers mois, je dois reconnaître que tu as été une adversaire de taille. Et même si je te déteste toujours autant, qu'on ne s'appréciera probablement jamais et que je te trouve particulièrement irritante, je dois t'avouer que… Je te respecte. » acheva Daphné.
Ginny ouvrit la bouche de stupeur, effarée par ces paroles. Prononcer ces mots devait probablement coûter beaucoup à Daphné Greengrass.
« Toi et moi, nous nous ressemblons plus que tu ne le penses. La différence, c'est que contrairement à toi, j'ai accepté ma vraie nature. Je ne me voile pas la face en prétendant être quelqu'un que je ne suis pas. » poursuivit Daphné.
Ginny voulut lui répliquer qu'un fossé les séparait en matière de malveillance mais elle n'allait pas relancer les hostilités après ce moment d'accalmie. Et pour dire la vérité, elles n'auraient jamais réussi à s'en sortir si elles avaient continué à se battre. Unir leurs forces leur avait été d'une aide précieuse. Hermione avait probablement compté sur le fait qu'elles soient ennemies jurées, trop obstinées et trop fières pour s'allier contre elle.
« On fait la paix ? » proposa finalement Ginny en lui tendant sa main « On arrête cette petite guerre stupide ? »
« Entendu. » accepta Daphné, secouant sa main avec fermeté. « Mais reconnais que je t'ai battue, Weasley. »
Ginny leva les yeux au plafond, avant de hocher la tête à contrecœur. Une expression satisfaite se dessina sur le visage de Daphné.
« Pouvoir aux femmes ! » s'exclama Astoria non loin d'elles, qui avait visiblement épié la conversation.
Elle reçut des regards blasés de la part des deux autres. Ginny se tourna vers Daphné.
« Franchement, tu aurais pu t'en tenir au plan. Je t'ai demandée de la provoquer pour qu'elle soit distraite, certes, mais tu es vraiment allée loin. »
Même si Daphné ne s'était pas directement adressée à Ginny, les paroles vicieuses qu'elle avait énoncé dans ce bureau lui avaient fait l'effet d'une entaille profonde. Il n'était pas étonnant qu'Hermione ait complètement perdu son sang-froid et attaqué Daphné de manière si violente. Daphné avait semblé savoir exactement sur quelles cordes tirer pour la toucher psychologiquement. Ginny était restée admirative devant sa capacité à bluffer face à Hermione, affirmant ses suspicions non confirmées de manière si convaincante qu'elle en était crédible. Daphné Greengrass avait un talent évident pour le mensonge.
« J'ai cru qu'elle allait nous lancer des Avada Kedavra sur place... » ajouta Ginny en grimaçant à ce souvenir.
En guise de réponse, Daphné esquissa un rictus satisfait. Son visage était toujours cramoisi et enflé après le sort d'Hermione, mais il ne semblait plus lui provoquer de douleurs.
Quelques minutes plus tard, elles firent une entrée remarquée en pénétrant dans la Grande Salle. Tous les regards se tournèrent vers elles, effarés. Elles étaient toutes les trois complètement échevelées, les cheveux défaits, du sang sur le visage et leurs robes de bal à moitié déchirées. Daphné se dirigea vers un Auror, à l'entrée de la pièce. Il s'agissait d'une femme aux cheveux courts d'un rose pétant qui l'observa avec perplexité. Daphné lui tendit une clef.
« Vous trouverez la responsable du meurtre de Millicent Bulstrode dans le bureau de Sirius Black, au cinquième étage. » dit Daphné avec supériorité. « De rien. »
Daphné se pencha ensuite vers l'Auror et lui murmura quelques mots à l'oreille. Ginny ne put distinguer ses paroles. La femme parut déconcertée par les mots de Daphné mais elle acquiesça avant de se ruer vers la sortie de la Grande Salle, faisant signe à ses collègues de la suivre.
« Qu'est-ce que tu lui as dit ? » demanda Ginny avec curiosité.
« Je lui ai demandé d'attendre qu'on annonce le nom de Miss Fondatrice avant de prévenir McGonagall et les autres profs. » répondit Daphné avec un sourire narquois au coin des lèvres.
Ginny s'apprêtait à lui rétorquer qu'elle avait un sens étrange des priorités mais son regard se posa sur Draco, à quelques mètres d'elles. Il était installé contre le mur, tenant ce qui ressemblait à un bloc de glace sur le coin de son visage. Leurs regards se croisèrent.
Ginny avança dans sa direction d'un pas résolu. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, elle se jeta dans ses bras, et ses lèvres s'écrasèrent avidement sur les siennes. Elle embrassa Draco comme si sa vie en dépendait. Rien ne semblait compter autour d'elle à part les lèvres de Draco et ses mains au creux de sa taille, l'étreignant avec vigueur. Ce fut un baiser passionné, rempli de reconnaissance, de promesses, de pardons.
Lorsqu'ils s'écartèrent finalement, à bout de souffle, son regard se plongea dans le sien. Dans les yeux de Draco, elle vit un mélange de surprise et de satisfaction.
« Je savais que ça vaudrait la peine d'attendre. » commenta-t-il.
Ginny sentit ses joues se réchauffer et elle lui adressa un sourire radieux.
« Pas trop tôt. » commenta la voix d'Harry Potter, à quelques mètres d'eux.
Ginny détourna le regard et vit Harry qui les fixait avec un sourire goguenard. Il n'était pas le seul. Plusieurs élèves les observaient désormais avec amusement, chuchotant des commentaires. Elle entendit même des sifflements retentir parmi certains de ses condisciples. Elle réprima une grimace en réalisant qu'Harry apprendrait de manière imminente la vérité sur sa meilleure amie, son parrain et toute l'affaire.
Draco resserra ses bras autour de sa taille et Ginny reporta son attention sur lui. Elle sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine lorsque son regard croisa celui de Draco.
« Désolée pour la robe. » fut la seule chose qu'elle put dire.
Il jeta un regard bref au vêtement. La tenue, qui avait été jadis une magnifique robe de soirée, était désormais déchirée et souillée par la poussière et d'autres substances non identifiées.
« Pas d'importance. Ce n'était pas un prêt. Je t'ai juste dit ça pour que tu acceptes de la porter. » informa-t-il avec son rictus narquois.
« Ça commence bien, Draco. Une relation saine est basée sur la confiance et l'honnêteté. » répliqua Ginny d'un ton sarcastique.
En guise de réponse, Draco l'embrassa une nouvelle fois, et elle en oublia le reste. Merlin, pourquoi avait-elle attendu si longtemps ?
Une voix résonna soudainement dans la Grande Salle, attirant l'attention de toutes les personnes présentes. Minerva McGonagall apparut sur le podium, sa baguette rivée en direction de sa nuque.
« Il est temps d'annoncer le nom de notre nouvelle Miss Fondatrice. » dit-elle avec un sourire. « J'invite toutes nos candidates à me rejoindre sur le podium. »
« Bonne chance. » lui souffla Draco à l'oreille tandis que Ginny s'éloignait, se frayant un chemin parmi la foule pour rejoindre l'estrade.
Il ne restait plus que la moitié des candidates, constata Ginny tandis qu'elle montait les escaliers pour rejoindre les autres. Daphné, Pansy, Tracey, Luna, Lavande et elle-même.
McGonagall écarquilla des yeux lorsqu'elle vit Daphné et Ginny. Elle sembla réprimer une remarque. Elle compta ensuite les candidates à l'aide de sa baguette et fronça les sourcils.
« Où est Miss Granger ? » s'enquit-elle.
« Elle a déclaré forfait. » répondit Ginny, jetant un regard entendu vers Daphné.
McGonagall parut étonnée mais elle n'insista pas. Elle pointa sa baguette en direction du verre qui recouvrait la couronne et celui-ci se dématérialisa dans l'air. Elle s'empara de la tiare d'un geste solennel.
« Pour commencer, et au nom de tout le comité de l'élection, je souhaite remercier toutes les candidates qui ont concouru ces derniers mois. Ces semaines ont été intenses et compétitives, et chacune d'entre vous devrait être fière d'être arrivée à ce niveau, indépendamment du résultat final. Sachez que choisir la gagnante a été très compliqué. La différence ne s'est faite qu'à quelques points. C'était extrêmement serré. » indiqua-t-elle.
« Abrège. » commenta Pansy Parkinson à voix basse.
Heureusement pour elle, la directrice adjointe ne sembla pas avoir entendu ses paroles car elle poursuivit :
« Le jury s'est basé sur votre performance constante durant ces derniers mois. Après de longues discussions et des débats intensifs, nous avons décidé d'élire une candidate qui a su démontrer son amour pour l'école ainsi que son intérêt sans faille pour l'amélioration de notre prestigieux établissement. Elle s'est montrée respectueuse, bonne joueuse, et a fait preuve d'un fairplay admirable. Cette candidate nous a également forcés à se questionner sur des problématiques sérieuses et sensibles qui prennent tout leur sens face à la perte tragique de l'une de vos camarades, Millicent Bulstrode. C'est donc avec une immense fierté que nous annonçons que la candidate élue Miss Fondatrice cette année est… Luna Lovegood ! »
Un tonnerre d'applaudissements éclata dans la Grande Salle à l'annonce du nom de Luna. Parmi les candidates, toutefois, c'était le choc. Pansy Parkinson, interloquée, avait ouvert la bouche de stupeur et, pour une fois dans son existence, ne semblait pas savoir quoi dire. Daphné Greengrass ne montra pas sa réaction de manière si flagrante mais la lueur contrariée dans ses yeux était sans équivoque. Ginny rejoignit les applaudissements pour Luna, un grand sourire aux lèvres.
Luna semblait elle aussi surprise par l'annonce et observa McGonagall avec hésitation, comme si elle n'était pas certaine d'avoir bien entendu. Elle tourna la tête vers Tracey Davis, à ses côtés. Ce qui se passa ensuite déclencha des exclamations choquées partout dans la Grande Salle.
Tracey s'approcha de Luna et posa ses lèvres sur les siennes, lui donnant un baiser fervent sous les regards ahuris de toute l'assemblée. Lorsqu'elles s'écartèrent, Luna caressa le visage de Tracey avec douceur et elles échangèrent un regard si intime que Ginny fut presque gênée de les regarder avec autant d'intérêt.
Pansy Parkinson laissa échapper un juron si vulgaire que McGonagall sembla sur le point de s'étouffer. Elle lui jeta un regard désapprobateur. Ginny ricana silencieusement même si elle partageait la surprise de Pansy.
« Miss Lovegood, si je ne vous dérange pas… » commença McGonagall en montrant la couronne d'un air entendu.
Pourtant, le coin de ses yeux affichait une lueur amusée que Ginny avait rarement aperçu chez elle. Luna s'approcha de McGonagall, le visage rayonnant, et cette dernière posa la large couronne sertie sur sa tête, sous les nouveaux applaudissements de l'assemblée, qui hurlait le nom de leur nouvelle Miss Fondatrice.
Fin du Chapitre
J'espère que ce chapitre vous a plu et j'attends vos impressions ! Je crois que c'est la première fois que j'écris un huis-clos aussi long, que j'intègre le PDV d'une nouvelle personne (Astoria) et qu'il y a autant d'action dans un chapitre…
A très vite,
Fearless
