La surprise avait été présente. Insoupçonnable et pourtant réelle, silencieuse mais cruelle.
Jamais Aram n'avait eu aussi mal à la tête de toute sa vie ! Pourtant, des chocs et des blessures, il en avait eu. Ce qui l'avait frappé à cet instant précis n'était pas dû à la pire des migraines ordinaires. Avait-il déjà vécu cela par le passé ? Surement que oui. Mais s'en souvenait-il encore ? Rien n'était moins sûr !
Pourtant, l'espace d'un instant, Aram avait senti la froideur du désespoir l'éteindre avec rudesse. Une véritable congélation détruisant tous sentiments d'euphories, brisant les frontières des émotions négatives pour y planter une tristesse à la profondeur impénétrable. Point d'invention, cela était l'écho des émotions d'une seule et unique personne.
Cela n'avait duré que quelques instants ! Mais le temps, aussi court eut-il été, lui avait paru être une éternité. Une éternité de souffrance psychologique.
Nul besoin pour Aram d'examiner le visage de sa sœur pour deviner son trouble intérieur. Elle aussi avait subi cette épreuve qui paraissait bien insurmontable. Mais, ils l'avaient expérimenté moins d'une minute. Les trente, quarante ou cinquante secondes les plus longues qu'ils avaient vécu jusqu'à présent et cela suffisait pour laisser en eux une empreinte qui n'était pas près de disparaître.
La maison qui leur servait de refuge et de lieu de vie se dressait à une cinquantaine de mètre de là. Mais déjà, cette simple vue les fit frissonner car Aram, ainsi qu'Aurore, avaient compris... Le danger était bien concret et ils étaient passés à deux doigts de replonger dans l'abysse d'une vie qui n'était pas la leur.
Mais au fond, ce n'était pas cela qui les préoccupait le plus. Ils l'avaient senti résonner dans leur corps, leurs muscles et leurs organes. Aram et Aurore venaient de goûter à une douleur terrifiante pour une durée ne dépassant pas la minute...
Si eux l'avaient ressenti comme une éternité...
Alors comme Hystoria avait-elle fait pour résister toutes ces années ?
O_o_O_o_O
– Eh bien... Je n'aurais jamais pensé qu'Hystoria serait capable d'une telle « prouesse ». En revanche, j'ai du mal à croire que la déesse de Lyrannyan en personne ait prit le contrôle du corps d'Hystoria dans le but de, non seulement nous protéger, mais aussi de s'adresser directement à toi Line... Depuis quand les divinités s'intéressent-elles de près à nous ?
Line esquissa un sourire même si du point de vue d'Aram, elle ne semblait pas convaincue elle-même par ce qu'elle avait racontée. Pourtant, nul doute à avoir. La franchise de Line était aussi bien un inconvénient qu'un avantage. Si elle disait avoir parlé à la déesse Lythia en personne, c'était qu'elle avait effectivement échangée avec cette dernière. Et l'avis global qui en était ressorti était incroyablement alarmant.
– Et pourtant Aram, répondit la concernée aux cheveux noirs, tout ce que je t'ai expliquée n'est que la pure vérité. Crois-moi, je n'inventerai pas un faux évènement dans une pareille situation ! L'urgence est à la fuite... À fuir le plus loin possible tant que l'autre là-haut est encore hors d'état de nuire ! Dès qu'elle se réveillera, elle fera à mon avis tout pour vous récupérer, quitte à gravement vous blesser. Si elle a été capable de me retenir ici par ses illusions, qui sait ce qu'elle serait capable de vous faire à vous !
Aram acquiesça... que pouvait-il faire d'autre ? Il ne pouvait pas la contredire. Il n'avait en effet pas été à la place de Line durant le tour illusoire qu'elle avait encaissée contre son gré. Mais la coïncidence avait trouvé une place confortable. En y repansant, tout s'emboitait avec aisance. Ayant été ciblé par leurs propres camarades à l'instant même où leurs têtes s'étaient changées en boule de feu, ils ne pouvaient pas douter de la corrélation qui liait ses deux évènements.
C'est pour cela que, à peine avaient-ils eu le temps de passer le seuil de la porte que Line leurs avait demandée d'aller récupérer immédiatement leurs fameuses armes noires. Ces armes cachées aux yeux de tous et qui allaient peut-être servir pour la toute première fois... Ces lames empreintes de l'amour d'une mère éplorée mais qui pouvaient s'avérer d'une dangerosité sans pareille.
Mais Aram était loin d'être idiot ou inconscient. Son propre instinct lui hurlait presque de se préparer au combat et c'était non sans appréhension qu'ils avaient, avec Aurore, récupérés Lyrae et Sayora ; les deux épées d'Aram et la rapière d'Aurore. Car il fallait au moins ça pour espérer sortir de la base en un seul morceau.
C'était dire l'optimisme qui les habitaient tous les trois.
À présent, Aram, Aurore et Line étaient réunis dans le salon de leur maison, face à face, à préparer un acte qui serait impardonnable en cas d'échec car ils avaient à la fois, tout à y gagner et tout à y perdre !
– Maintenant que je vous ai exposé mon incroyable calvaire, reprit l'ébène en réajustant ses différentes dagues et son détecteur archéonique sur les fixations de sa ceinture, pouvez-vous me rendre un service et m'informer sur ce que sont devenus Matael, Shanna et Kaze ? Je ne tiens pas à les voir débarquer maintenant. De plus, ton bras gauche à l'air d'être... abîmé Aram, tout comme ton visage qui à l'air d'avoir pris quelques coups. Si tu as des blessures sérieuses, nous ne pouvons pas prendre le risque d'aller gambader dans la boue sans les désinfecter et les soigner !
Aram se gratta la tête en échangeant un regard avec sa sœur qui terminait de poser un vrai bandage sur l'avant-bras de son frère.
– C'est compliqué, fit-il en grimaçant lorsqu'Aurore serra fort le tissu, mais je pense que tes propres soupçons Line sont justifiés. Lorsque j'ai senti ma tête « partir », je me suis effondré pendant la durée du signal et lorsque je suis revenu à moi, Matael et Kaze étaient... étranges. Ils me regardaient fixement comme si j'avais fait quelque chose de mal et finalement, ils ont lâché les achats qu'ils avaient fait pour se jeter sur moi. Quand j'ai commencé à me débattre en leur demandant d'arrêter, Kaze s'est emparée d'un caillou et l'a utilisé comme arme. J'ai eu assez de marge de manœuvre pour me tourner sur le côté heureusement... la blessure à mon bras vient de là. Pour le reste, j'ai essayé de leur échapper mais à deux contre un, s'était peine perdu. Si Aurore n'avait pas surgi subitement avec sa lance d'entrainement...
– Attend, c'est ta sœur qui est venue à ton secours ? Fit Line surprise. Ça veut dire qu'Aurore n'a pas encaissé le choc mental de la même manière que toi si elle a eu le temps de te rejoindre.
Aurore secoua la tête.
– Ce n'est pas totalement ça Line ! répondit cette dernière en terminant de bander la plaie sans – et c'était un soulagement – réelle gravité de son frère. Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'étais sur le dos de Shanna et j'entendais des paroles étranges, sinistres. Des mots qu'elle ne prononce pas d'habitude. Sachant pertinemment que Shanna n'oserait jamais me prendre sur son dos pour m'emmener dans une direction autre que celle de cette maison en temps normal j'ai simplement levé mon poing droit et...
– Et tu l'as assommé d'un coup ?
– Non, contesta Aurore qui se crispa à cette évocation, pas directement. L'impact lui a fait lâcher la prise qu'elle avait sur moi mais quand elle s'est retournée pour me faire face, elle avait l'air d'être enragée par le coup qu'elle avait reçu. Mais Shanna était quand-même assez sonnée et elle n'était pas armée, j'avais au moins cet avantage. En plus, j'avais encore les idées claires, assez du moins, pour réagir avant qu'elle ne le fasse. J'ai juste eu à la faire tomber puis à lui redonner un coup sur la tempe et... j'espère ne pas avoir causé un traumatisme grave... J'ai ensuite récupéré ma lance et je me suis élancé pour retrouver Aram...
Aram reprit la suite de l'histoire.
– Aurore a surgie de biais par rapport à Kaze et Matael et sans chercher à comprendre, elle a envoyé le plat de la lame de sa lance en plein sur la tête de Kaze qui est tombé inconscient sur le coup. Matael a eu juste le temps de constater que Kaze était hors de combat avant que je lui balance de la poussière dans les yeux pour l'aveugler. Aurore a redonné deux puissants coups avec sa lance sur ce dernier et c'était fini. J'espère que nous n'avons pas provoqués de blessures graves mais Aurore a bien fait de les mettre au sommeil forcé aussi rapidement. Sans ça, je ne sais pas si je m'en serais sorti indemne. Et je ne pense pas qu'on ait pu nous voir. Ce chemin n'est pas très fréquenté. On est ensuite revenu ici en découvrant que Shanna s'était volatilisée. Aucune trace d'elle mais la connaissant, je pense qu'elle a dû répondre à son instinct. Il faut s'attendre à ce qu'elle soit partie à l'infirmerie du complexe ou quelque chose dans le genre... sinon nous l'aurions vu ici en arrivant. Mon pouvoir a fonctionné difficilement en revanche mais j'ai pu au moins m'assurer que nous étions bien seul quand nous sommes arrivés dans cette zone... Ce qui est le cas... pour le moment au moins...
– Je vois...
– Line, commença Aurore avec une voix ferme, est-ce que tu sais ce qu'il s'est passé ? Y'a-t-il quelque chose de grave que nous devons savoir ? Si tu sais ce qui est arrivé à nos camarades...
L'ébène hocha la tête.
– Je pense savoir Aurore !
Cette dernière laissa quelques secondes s'écouler. Le temps pour les deux royaux de se retourner vers elle. Aram termina d'ailleurs de préparer son propre détecteur qu'il accrocha sur son flanc gauche, à sa ceinture.
– Vous avez été victime une nouvelle fois des épées d'Hystoria ! Ça, vous devez vous en douter mais concernant Kaze, Matael et Shanna..., Line en profita pour faire une courte pause, je crois qu'ils ont été soumis à quelque chose également. Mais je crains que ça soit supérieur à un simple signal de contrôle mental. La preuve avec ce que tu m'as dit Aram. Ils s'en sont pris directement à toi de manière sauvage, ils n'ont pas cherché à te raisonner par la diplomatie ils ont voulu employer la force.
– Si je comprends bien, à partir de maintenant, tout le monde nous veut mort ? Déclara Aram d'une voix sarcastique qu'il ne reconnut pas d'ailleurs.
– Je l'ignore Aram ! Répondit Line en levant les mains. Mais à présent que la vérité s'est offerte à vos yeux, je pense que vous avez compris qu'on ne peut plus rien faire pour eux. Personnellement, j'ai tendance à penser qu'il vous souhaite entre leurs mains et entre des murs infranchissables. C'est ce que m'a confirmée la déesse Lythia. Mais sincèrement, je ne sais pas ce qu'il se réserve de faire avec vous... ça doit être quelque chose de... particulièrement singulier !
– C'est surement en rapport avec le fait de nous avoir capturé il y a huit ans, fit remarquer Aurore qui achevait de boutonner sa tunique noire de combat en remplacement de sa tenue d'entrainement. Reiyan a un objectif en tête mais pour autant et jusqu'à présent, la réponse nous a toujours échappés. Tout ce que l'on sait est que...
– Hystoria est l'ultime pierre à l'édifice, compléta Aram.
– De toute façon, il y a trop de paramètres que nous ignorons, enchaîna Aurore d'une voix se voulant ferme. Tant que les réponses resteront inaccessibles, il ne servira à rien de vouloir monter des théories qui, de toute manière, ne pourront pas être vérifiables. Je vais parler en tant que chef d'équipe mais je suis d'avis de nous concentrer à fuir cet endroit au lieu de débattre sur des hypothèses impossibles à confirmer pour le moment... même si ça ne me fait pas du tout plaisir de devoir abandonner nos amis et surtout Hystoria... Encore une fois, nous allons...
Aram approuva intérieurement cette remarque après un court instant de silence. Lui et sa sœur en avaient assez vus et entendus pour savoir que leur présence impactait – d'une quelconque manière – les émotions d'Hystoria. Dès qu'ils partiront... mieux valait ne pas avoir la concernée à côté de soi.
Et pour le reste, Aurore n'avait pas tort. Depuis leur départ pour les terres gérudos, ils n'avaient fait qu'émettre des hypothèses et seulement un très faible pourcentage d'entre-elles avait obtenu une réponse... ou un début de réponse. Le contexte n'était pas à l'étalage des idées de chacun. La priorité était tout autre et surtout ailleurs.
– Tu n'as pas tort Aurore, il est temps que nous passions à l'action plutôt que de continuer sur la voie de la théorie. Alors que faisons-nous ? Questionna Line avant d'ajouter, Chef... ?!
Aurore prit une grande inspiration, comme elle avait l'habitude de le faire avant d'évacuer ses ordres. Son expression se ferma pour ne laisser deviner qu'une concentration naissante. Mais l'annonce qui s'en suivit fut pour le moins déconcertante aux oreilles attentives d'Aram et de Line.
– Au risque de vous surprendre, j'aimerai tenter une fuite par le miroir de téléportation sheikah !
L'annonce était lâchée et l'absence de son fut elle qu'ils auraient, tous les trois, put entendre le bruit des feuilles balayés par le vent extérieur, tout ça, avec les fenêtres et la porte fermée.
– Pardon ?! Émirent enfin en chœur Aram et Line qui ne se s'y attendaient pas.
Leurs têtes ahuris devant cette proposition fut saisissante car c'était une option qu'ils avaient, de base, rayée de leurs mémoires et de leurs plans.
– Oui, je voudrais qu'on passe par le pire endroit où aller dans notre situation, confirma Aurore en penchant sa tête sur le côté. Je veux que l'on aille dans la tour centrale du complexe et qu'on monte au dernier étage pour atteindre une porte de sortie bien plus pratique qui nous éloignera suffisamment de la base pour empêcher tout rattrapage, quel qu'il soit. C'est aussi un peu optimiste, je le conçois, mais j'aimerai carrément qu'on débarque au beau milieu de la citadelle gérudo aussi. Tant qu'à faire, si on peut éviter une course poursuite inutile jusqu'à Hyrule... Le miroir de la citadelle doit toujours être actif et même si ce n'est pas le cas, je devrai pouvoir l'initialiser à distance grâce au code que j'avais incorporé.
La réaction de Line ne se fit pas attendre. Elle semblait outrée.
– Mais enfin Aurore, tu n'y pense pas ! Fit Line en haussant la voix. D'abord tu nous informes que Reiyan comptait mettre son miroir hors d'usage et maintenant, tu suggères de foncer en plein dans la gueule du loup, là où les défenses seront maximales ? Ma pauvre, le choc à du te faire perdre la raison mais il est hors de question que l'on prenne un risque aussi insensé. Qu'est-ce qu'on fera si nous nous retrouvons face à un tas de débris en lieu et place du supposé miroir ?
Aurore s'apprêtait à répondre mais elle fut coupée dans son élan par son frère. À sa grande surprise d'ailleurs.
– En fait Line, je vois parfaitement où elle veut en venir, déclara Aram qui affichait à présent une expression de confiance en se retournant vers Aurore. C'est intelligent ce que tu proposes petite sœur !
Line interrogea Aram du regard.
– Aurore a entendue de la bouche de Reiyan qu'il allait détruire son miroir mais est-ce que cela est vraiment quelque chose que l'on ferait sans remords ? Reprit Aram en croisant ses bras. Un tel objet n'est, à la base, fabriqué qu'à Hyrule – je ne sais pas comment il a pu s'en procurer un – et je ne le vois pas tirer une croix sur un tel instrument. Nous ne savons pas encore s'il avait été utilisé pour l'attaque du bal il y a huit ans mais quoi qu'il en soit, sacrifier un objet aussi puissant serait une bêtise sans nom... Non, je pense plutôt que Reiyan ne l'a pas réellement réduit en poussière.
Un sourire confiant apparu sur les lèvres d'Aurore. Son expression se fit plus malicieuse.
– Tu penses à la même chose que moi mon frère ? Fit-elle avec un clin d'œil.
Line quant à elle, balbutia quelques mots en tentant de comprendre ce qui lui échappait. S'il y avait bien un avantage à la relation fraternelle qui liait Aram et Aurore, c'était qu'ils pouvaient se comprendre en un temps bien inférieur à la normal... Cependant, Line n'était pas née de la dernière pluie... Elle allait bien finir par comprendre.
– Mais à quoi vous pensez vous deux ? Demanda-t-elle sincèrement car elle était vraiment perdue, ce qui était une première dans sa vie de mercenaire d'ailleurs.
Aram et Aurore échangèrent un sourire complice.
– Le miroir des Chevaliers Célestes est trop important Line, reprit Aram d'une voix assurée. S'il a été gardé au sommet d'une tour et protégé de toutes les personnes ici présente, c'est qu'il y a une raison. Reiyan ne l'aurait jamais conservé aussi précieusement sinon. Quand ce dernier a dit détruire le miroir, il pouvait très bien aussi dire qu'il allait détruire une partie du miroir et encore là, le mot est fort. Non, je pense plutôt que, si effectivement il a procédé à quelques « travaux » sur son système, il n'aurait pas endommagé son installation au-delà du minimum. Il doit l'avoir rendu juste inutilisable dans l'immédiat mais opérationnel si on procède à quelques réparations mineures !
– Et comment peux-tu... comment pouvez-vous en être sûr à ce point ? Demanda de nouveau Line qui n'était pas convaincu. Et même, qui vous dit que Reiyan ne s'attend pas à ce qu'on vienne en plein dans son repaire pour s'enfuir ?
Ce fut cette fois Aurore qui devança son frère mais le son de sa voix fut toutefois moins confiant.
– Parce que j'ai participé à l'élaboration du miroir se trouvant en territoire Gérudo Line ! Annonça fièrement Aurore. Pour le coup, les quelques bizarreries que j'ai faites avec Hystoria ainsi que l'achèvement de mon four portatif m'ont beaucoup apporté... suffisamment en tout cas pour me permettre de venir en aide à des ingénieurs mieux qualifiés que moi. Je sais comment le système fonctionne de manière globale et celui se trouvant au haut de la tour n'est pas bien différent de celui que j'ai aidée à construire ! Le principe de fonctionnement est le même et concernant tes doutes Reiyan n'est pas censé savoir que nous sommes revenus ici par ce procédé de téléportation et même s'il est au courant, je ne le vois pas renforcer une sécurité déjà conséquente. La tour est l'édifice le mieux gardé du complexe et de loin. À ses yeux, ma tactique devrait être suicidaire donc pas envisageable selon le monde de fonctionnement des Chevaliers Célestes.
Line mit quelques secondes à assimiler l'information. Elle ne savait pas tout cela.
– Alors tu as suggéré d'orienter notre fuite vers la tour centrale du complexe parce que tu penses être en mesure de réparer ce que Reiyan aurait pu endommager si jamais cela s'avère être le cas ?
– C'est exactement ça Line ! C'est pour ça que j'ai aussi récupéré quelques outils dans ma chambre en plus de ma rapière.
Et sur ces mots, elle désigna ce qui étaient d'ores et déjà attachés à sa ceinture et rangés dans les sacoches. Line laissa échapper une exclamation de surprise avant de rire nerveusement.
– Tu te rends compte que tu te bases sur une supposition et que, en cas d'erreur, on est foutu ? Fit-elle carrément.
– Oui..., répondit Aurore sur un ton se voulant neutre.
– Formidable ! Déclara Line d'une voix forte et ironique. Vous êtes vraiment givrés pour pouvoir penser à ce genre de chose mais d'un côté... c'est à la fois ingénieux et complétement insensé ! Admit-elle finalement. Je n'ai pas d'autre solutions géniales à vous proposer donc je vais vous suivre mais vous avez intérêt à savoir ce que vous faites ! Tu es d'accord avec tout ça Aram ? Que l'on soit sûr d'être trois à approuver ce plan aberrant...
– C'est ma sœur, je lui fais confiance, rétorqua Aram sur un ton qui ne laissait pas place au débat. Elle a beau être têtue parfois – Aurore lui lança un regard noir – il n'en reste pas moins qu'elle a héritée de la passion de sa mère... et de son talent, cela va sans dire. Tu peux donc lui faire confiance sans retenu ! Mais maintenant qu'on est décidé sur notre première destination, ça ne vous plairait pas d'affiner rapidement notre stratégie pour atteindre cette foutue tour ? Profitons-en tant qu'il en est encore temps. Je n'ai pas envie de devoir improviser une tactique en plein combat et mieux on sera organisé, mieux on se portera à la fin...
O_o_O_o_O
– Votre élue... ? Je suis votre... élue ?
La voix d'Hystoria tremblait tellement qu'elle en vint à prendre peur de la réaction de la divinité.
Pourtant, la déesse ne semblait pas bouger, n'esquissant pas la moindre expression sur son visage à la beauté divine. Elle semblait ailleurs. Hystoria ne s'en était même pas rendue compte.
Elle n'était plus connectée à la réalité, tout comme l'était Hystoria à cet instant. Ses pensées se bousculèrent toutes sans exceptions mais pourtant, il y en avait une qui persistait à se faire entendre. Depuis combien de temps restait-elle figée sur cette simple affirmation « Ma très chère élue ! ». Qu'avait-elle « d'élue » en elle ? Elle n'était qu'une jeune femme qui ne savait rien du monde, qui ne savait pas se comporter normalement, qui n'avait pas d'amis réels. Elle était inapte à une véritable relation sociale. Enfin, c'était surtout ce qu'elle imaginait être mais...
Mais si ce n'était que ça...
Les images déverrouillées de son âme étaient nettes. Elles ne mentaient pas.
Qui voudrait d'elle ? Qui voudrait d'une fille ayant organisée l'enlèvement d'enfants parfaitement innocents dans cette histoire ? Pourquoi avait-elle pris part à cette horreur ? La solitude ne faisait pas tout, qu'est-ce qui avait bien pu l'amener à commettre une telle atrocité ?
Elle ne connaissait même pas sa mère et son père ne se préoccupait pas vraiment d'elle et encore... ceci était un euphémisme.
La déesse semblait être une entité de ce monde où elle se trouvait.
Pourquoi voudrait-on d'elle comme élue d'une terre qui manifestement était dépourvue de présence humaine ? À quoi servirait-elle sur cette terre désolée ? Elle n'avait rien vu de vivant depuis son arrivée dans ces plaines chaotiques. Même pas l'ombre d'une construction épargnée à l'horizon. Rien. Seulement une désolation choquante et même si on la considérait légitime pour être une élue de la déesse Lythia, elle ne se sentait pas prête à ça. C'était beaucoup trop flou et soudain.
La déesse bougea enfin en s'étirant ce qui surprit Hystoria en plus de la faire sortir de sa torpeur. Ce n'était pas commun de voir une divinité s'étirer comme une personne tout à fait banale.
– Pardonne moi Hystoria, commença Lythia calmement. J'avais une petite chose à régler dans ta réalité. J'espère que cette descendante des vel Arkant saura profiter du temps que je lui accorde, ajouta-elle pour elle-même dans un murmure qu'Hystoria perçut tout de même.
En même temps, ce n'était pas bien difficile puisqu'elles étaient toutes les deux assez proches l'une de l'autre. Et puis... Hystoria avait toujours eu une très bonne audition.
– Je ne suis pas sûr de vous comprendre, fit Hystoria en essayant d'articuler une phrase compréhensible.
– C'est pourtant simple ! Répondit Lythia sans prendre la peine de regarder sa « protégée » avant de changer radicalement de sujet.
Elle reprit.
– Rares seront les occasions de nous revoir... ou peut-être pas. Toutefois, je n'ai pas l'intention de prendre du bon temps dans ce lieu sordide. Je suis venu te parler car c'est la première fois que je te rencontre, cela va de soi, mais je suis surtout venue pour te mettre un coup de pied au cul et t'avertir qu'il va falloir te montrer à la hauteur !
– Mais... à la hauteur de quoi ? Qu'est-ce que vous me voulez ?
La déesse Lythia eut un sourire malsain. Cela n'annonçait rien de bon. Hystoria sentit un désagréable frisson la parcourir. Cette déesse l'intimidait fortement.
– Ce que je veux ? Lança Lythia avec une voix de prédatrice. Que tu arrêtes d'être l'esclave de ce Reiyan Arlaurhys ! Que tu comprennes enfin où est ta place ! La rage que j'ai éprouvée en te voyant te comporter comme une bonne chienne envers son maître était terrible... J'en tremble encore. Rien ne m'aura jamais été aussi insupportable que de te voir corrompue par les mauvaises personnes. Il est grand temps que tu ouvres les yeux ma grande ! Dire que Reiyan n'est même pas ton vrai père... dans le sens biologique je veux dire...
Sans qu'elle n'en sache la provenance, quelque se brisa dans sa conscience. Le choc à cet instant fut dévastateur.
Quoi...
Mais...
Hein ?!
Si un sentiment l'avait traversé à cet instant elle aurait bien aimé qu'on lui explique la teneur de ce sentiment. Ses pensées se voilèrent dans une confusion naissante. Elle ne se rendit même pas compte que la déesse s'était levée alors qu'elle était dans un état de choc absolu. Le visage d'Hystoria devint aussitôt livide lorsqu'elle réalisa enfin la portée de cette information. Elle sentit son esprit partir et s'enfoncer dans les méandres d'émotions qui s'annonçaient déjà incontrôlables.
– Reiyan n'est pas... Non, c'est impossible. Il ne peut pas... Il est..., essaya-t-elle de dire sans succès.
– Tais-toi Hystoria ! Trancha la déesse d'une glaciale et sévère ce qui fit reculer Hystoria. N'essaye pas de comprendre, c'est inutile, tu n'y arriveras pas.
– Mais je...
La déesse pesta. L'énervement la gagna.
– Aussi bornée que ta mère..., fit-elle à voix basse d'une voix cette fois acide. Toi comme elle, vous êtes de sacrés numéros ! Mais passons Hystoria, il temps pour toi de partir voyager dans tes souvenirs ! Si tu veux pourvoir un jour te regarder dans un miroir sans honte et en étant parfaitement toi-même, il n'y a malheureusement pas trente-six solutions. Ça m'attriste mais l'élue des déesses doit se montrer forte !
Hystoria ne comprit absolument rien à ce que racontait la divinité. Sa tête était ailleurs, bien loin dans les étendus sauvages de son subconscient. Lythia venait de dire que son père n'était pas son père...
Sortant de la bouche même d'une divinité, cela semblait impossible qu'une telle révélation soit fausse et pourtant... si la vérité était aussi cruelle alors on l'avait donc abandonné depuis longtemps. Était-elle donc une enfant aussi peu désirée pour qu'une telle situation arrive ?
Des questions toutes plus atroces les unes que les autres la poignardèrent.
Toute sa vie n'était qu'un vil mensonge destiné à la détruire. Une illusion soigneusement montée pour... abuser d'elle.
Hystoria sentit aussitôt sa tête tanguer et sa vision devenir floue. Qu'importe à présent si les vérités étaient fausses ou bien véridiques. Qu'importe si Lythia lui jouait un tour elle aussi. C'en était trop. C'était...
Soudain, la déesse agrippa son bras et Hystoria sentit ses forces l'abandonner brutalement. Les larmes montèrent à ses yeux et elle lança un regard plein de d'incompréhension et de désarroi à la déesse. Mais la déesse ne lui répondit que par deux iris bleues aussi tranchant que des lames aiguisées. Aucune compassion n'était visible.
– Bonne chance Hystoria et revient victorieuse et fière !
Ce furent les dernières paroles qu'elle entendit alors que son esprit quittait cette réalité, ce monde qu'elle avait découvert malgré elle.
Le murmure des vagues capta son attention.
Cela avait été si soudain, si brusque, si violent.
Être une élue n'est pas une chose d'aisée lui avait-elle dit après une bourrasque de vent.
Pourtant, c'était son destin.
Un destin qui lui avait été volé afin de pouvoir profiter de ses compétences, de son savoir et de son intelligence.
Faire abstraction de l'humain et ne s'en servir que comme un outil jetable.
Une apparition dans un monde chaotique rempli de ruines et de cendres, une absence totale de vie humaine, animalière et végétale, une rencontre fortuite au pied d'un abri...
Une révélation soudaine et déstabilisante.
Voilà ces dernières heures de vie.
Puis le plongeon. La chute dans l'enfer de sa mémoire
Une épreuve obligatoire lui avait-elle dit.
Les divinités possédaient un sens de l'humour à leur image.
Surtout celle-ci.
Le murmure des vagues l'appelait.
Et les sombres archives de son esprit lui revinrent.
À présent, elle devait devenir celle qu'elle aurait dû être. C'était sa nouvelle conviction. Une idée saugrenue apparue subitement. La déesse ne lui avait pas laissé le choix. C'était cela ou la souffrance éternelle.
Pourtant, à l'instant même où elle entra dans cet univers d'harmonisation, elle sut...
Elle sut que, qu'importe ses actes ou ses paroles. Cela ne changerait rien.
Inutile de chercher plus loin.
Harmony ne verrait pas le jour ici, car elle, Hystoria, allait disparaître dans les abysses lointains !
O_o_O_o_O
Cette odeur-là de nourriture ne lui avait pas réellement manqué. Ce n'était pas une mauvaise chose que de retrouver d'anciens réflexes mais s'il avait eu le choix, il aurait préféré ne pas retourner à « l'état sauvage ». Enfin, tout proportion gardée, ce n'était qu'une exagération bien sûr.
Et même, ce n'était pas à cause de cette cuisine de survie qu'il avait cette pensée-là. Inutile d'essayer de feindre une indifférence ou une neutralité dans ce contexte, ce serait se mentir à lui-même car, en vérité, il était sacrément angoissé. Mais il essayait de ne rien laisser paraître. C'était une évidence pour lui. Comme un souvenir émotionnel qui le replaçait dans son rôle d'avant le siècle d'ombre. Il souhaitait la protection de sa chère et tendre avant tout – et aussi parce qu'il n'avait à présent pas grand-chose d'autre à protéger –, en plus de veiller à ce que leur « fuite » se passe sans encombre réelle. Il ne pourrait plus, à lui seul, retourner la situation si cette étape échouait.
D'où le fait que lui et sa compagne se trouvaient actuellement au beau milieu d'une foret plantée au sommet d'une petite colline qui, mine de rien, leurs offrait une vue dégagée sur plusieurs kilomètres à la ronde. C'était important d'avoir un visuel sur d'éventuels ennemis en quête de deux têtes reconnues dans le royaume.
Heureusement que les plaines d'Hyrule offraient une multitude d'options adéquates pour la survie en terre sauvage et pour le moment, ils avaient parfaitement réussi à échapper à leurs poursuivants, s'ils en avaient, depuis les quelques jours qui les séparaient à présent du coup d'état.
Reclus au beau milieu de chênes et de sapins à la végétation dense, les deux fugitifs se terraient pour éviter une mauvaise rencontre et pour profiter d'un moment de calme... même si l'ambiance était clairement sombre...
– Zelda..., commença Link avec une voix qu'il voulu rendre la plus douce possible. Viens manger s'il te plait... Tu n'as rien avalée depuis ce matin, tu dois être affamée.
Sur ces mots, il sortit de sa marmite improvisée, sur une pierre plate, plusieurs morceaux de pommes grillés ainsi que de la viande de lapin cuite. C'était précisément de là que provenait cette odeur si particulière qui emplissait ses narines ainsi que celle de Zelda... sûrement. Mais cela n'eut aucun effet sur la reine qui se contenta d'un regard sans énergie vers lui avant de replonger sa tête dans ses mains. Des bruits de sanglot discret lui parvint malgré tout aux oreilles.
Sachant pertinemment qu'ils seraient des proies faciles s'ils ne prenaient pas la peine de récupérer des forces, Link remit de côté une partie des éléments nutritifs dans la marmite et prit le reste sur une autre pierre. En quelques bouchées, il avala son repas sans ressentir beaucoup de saveur. Comment le pouvait-il de toute manière ?
Qu'est-ce qui était le plus important ? Ressentir le goût des aliments ou avoir sa plus jeune fille à ses côtés et en vie ? Le choix s'imposait de lui-même.
Mais s'il réussissait plus ou moins à garder confiance quant au sort de sa plus jeune fille, l'aura qui émanait de Zelda était l'exact inverse de ce que lui-même renvoyait. À vrai dire, c'était même la première fois qu'il la voyait dans un état si... inquiétant. Rien de plus... normal cela dit...
La tristesse de la reine d'Hyrule était immense, à la fois contre elle-même, contre lui – c'est ce qu'il imaginait – et contre le destin qui n'en finissait plus de la bri... de les briser. Bien sûr, Link n'était pas insensible et la « perte » de son fils et de ses deux filles avaient déjà détruit une partie de son cœur dans le sens métaphorique du terme. En réalité, il ne savait pas plus que Zelda ce qu'il était advenu d'Aram et Aurore. Pour lui, ils ne pouvaient pas être mort, c'était impossible ! Pourquoi s'être donné la peine de les kidnapper dans ce cas ? Et ils avaient eu avec Zelda les preuves qui démontraient qu'un ou plusieurs groupes d'individus avaient manigancés la tragédie d'une soirée qui restait gravée dans l'histoire d'Hyrule.
Non, Link le savait au fond de lui, Aram et Aurore étaient quelque part ! Seulement, et cela avait été le plus gros problème de ces huit dernières années, ils avaient été incapable, Zelda et lui, de localiser leurs enfants les indices se stoppant à la fuite d'Aram et Aurore suite à l'explosion. Link n'ignorait pas qu'ils étaient partis vers l'Ouest mais pour la suite... C'était impossible à deviner. Les nombreuses recherches du couple royale en interne n'avait rien données et Zelda était allée jusqu'à se rendre dans la citadelle gérudo pour y donner un échantillon de son sang ainsi qu'un livre. Une idée très étrange mais qu'il n'avait pas contesté. Les gérudos voyageaient beaucoup hors des limites du royaume et s'il existait la moindre opportunité, aussi hasardeuse et étrange soit-elle, pour entrer en contact avec des gens qui savaient potentiellement ce qu'il était advenu de leurs enfants, ils allaient en profiter. En huit ans, Link n'avait jamais compris pourquoi Zelda avait effectué cette livraison mystérieuse aux gérudos. Cela restait un mystère. L'avait-elle fait dans un ultime espoir de rentrer en contact, d'une façon ou d'une autre, avec Aram et Aurore ? Une façon de dire, dans le cas où Aram et Aurore entreraient effectivement en contact avec le livre, « nous pensons toujours à vous » ?
De toute façon, les résultats n'avaient pas été concluant, comme ils s'y étaient attendus. La reine des gérudo, Makeela Riju ne les avaient jamais recontactées à propos de leurs deux enfants et même la soi-disant lettre qu'avait reçue Laura avant sa séquestration n'avait rien apporté de neuf... Sauf peut-être des éléments qui, de toute manière, n'auraient servis à rien car faisant leurs apparitions trop tard.
Et encore, c'était sans compter sur cette histoire de miroir aussi... mais inutile de revenir là-dessus.
Avec soin, Link s'approcha de sa bien aimée qui ne réagissait presque plus à ses appels depuis plusieurs jours. Cela le plongeait dans un profond sentiment de malaise.
– Zelda..., fit-il lentement en se heurtant à un mur impénétrable. Ma chérie ?
Aucune réponse.
Dépité, Link soupira et alla s'asseoir sur un tronc d'arbre situé juste à côté de celui où se trouvait Zelda. Il n'osait pas vraiment s'asseoir à ces côtés car Zelda semblait avait avoir érigée une carapace imprenable.
Le mutisme de la reine était affolant. Quelques parts, les rôles venaient à nouveau de se renverser. Déjà par le passé, ce petit jeu, s'il pouvait le qualifier ainsi, avait duré durant tout le temps où ils se fréquentaient. Lui au début de sa relation avec la princesse alors qu'il n'était qu'un chevalier servant puis elle quand elle avait perdue espoir de faire éclore son pouvoir au tout début du carnage du Fléau. Par la suite, c'était lui qui s'est retourné vers son mutisme passé après la disparition de son fils et de sa première fille.
À présent, c'était Zelda qui se trouvait dans un état inquiétant et il ne pouvait pas lui en vouloir. Mais elle semblait avoir perdue espoir de retrouver les enfants qu'elle avait mis au monde, c'était au-delà du préoccupant.
Aucunes autres paroles ne furent échangées durant les vingt minutes qui suivirent. Link faisait attention aux bruits qui l'entourait par mesure de préoccupation. Héritage de son passé de héros vagabond dans l'immensité du royaume. Ses oreilles captaient tous ce qui les atteignaient. Mais pour cela, il avait besoin d'être intensément concentré et actuellement, il était surtout très affecté par la santé mentale de sa femme et cela affectait son propre moral car en plus de ça, il s'en voulait.
Pour Link, la responsabilité de ce qu'il s'était passé quelques jours avant reposait sur ses épaules... Il avait déjà essayé d'en parler avec Zelda bien sûr mais à chaque fois, elle restait muette comme une tombe. Il l'avait prise dans ses bras à plusieurs reprises mais cela n'avait eu aucun effet positif sur la reine. Même pas le moindre geste. Il ne pouvait pas se sentir agacé cependant, il se l'interdisait. C'était en parti sa faute si Laura se trouvait aujourd'hui entre les mains d'une folle et par Hylia, qu'est-ce qu'il stressait à l'idée d'imaginer sa fille vivre les pires souffrances. Cela lui donnait même envie de vomir... ce qu'il aurait fait s'il n'y avait pas eu ce sentiment de culpabilité qui l'en empêchait. C'était en quelque sorte sa punition...
Link soupira une nouvelle fois.
– Zelda... pardonne-moi encore s'il te plait...
Toujours la même absence de réaction de la part de la reine qui, toutefois, prit la peine de se retourner vers lui pour le regarder avec des yeux inexpressifs. Zelda n'avait, depuis ces quelques jours, jamais confirmée ni démentit ce que lui disait Link et ce dernier ne savait pas sur quel pied danser.
– Pourquoi tu t'excuses encore Link ?! Asséna-t-elle subitement d'une voix qui le frit frissonner.
C'était peut-être la première parole qu'elle prononçait de la journée.
– Parce que je considère que toute cela n'aurait pas pu se produire si je n'avais pas accepté cette femme en tant que chancelière ! répondit-il franchement en s'énervant contre lui-même.
– Arrête s'il te plait ! Arrête ! Cracha-t-elle cette fois. Tu ne pouvais pas le savoir et tu le sais !
Le ton de la reine était dur, Link n'osa pas répondre car il voyait bien que Zelda était à présent dans une colère telle que cela l'empêchait de sincèrement hausser le volume de sa voix. Pourtant, cela n'enlevait en rien l'aspect glaciale et mordante de ses paroles. Et puis, elle n'avait pas tort, il n'aurait jamais pu prévoir que cette femme était non seulement celle qui allait détruire leur famille une nouvelle fois mais aussi celle qui avait orchestrée les évènements qui avait vu une centaine d'innocents périr dans les flammes. Mais s'il était aussi sévère envers lui-même, c'était parce que c'était sa nature.
– Zelda..., fit-il presque timidement. T'ai-je déjà raconté ce qu'il s'est passé il y a vingt ans ? Cette histoire qui s'est déroulé à Euzero...
– Plus ou moins...
Le ton cassant de Zelda le blessa. En même temps, vu que ça concernait une certaine personne...
Il sentit qu'il était temps de reparler d'un fait très important qui les concernaient tous les deux... d'une certaine manière.
– Laisse-moi te le rappeler alors si ça ne te dérange pas..., fit-il en attendant quelques secondes pour voir si Zelda réagissait négativement à cette affirmation, ce qu'elle ne fit pas.
Il reprit donc en choisissant avec soin les mots qu'il allait employer.
– Comme tu le sais déjà, j'ai rencontré la chancelière... Nausicaa – merci à l'un de ses gardes qui a révélé par erreur son vrai prénom – il y a de cela vingt années. C'était peu après mon réveil dans le sanctuaire de la renaissance et bien avant que je retrouve ma mémoire et surtout les souvenirs qui nous concernaient toi et moi. Elle et moi, nous nous étions croisés dans un relais du nord-est d'Hyrule et je lui étais venu en aide pour apprivoiser un cheval qu'elle venait de louer. Ce n'était qu'un simple service mais elle s'était éclipsée avec un large sourire et en me remerciant. Nous nous sommes revus à peine quelques jours plus tard alors qu'elle quêtait à nouveau de l'aide à Elimith cette fois. Apparemment – car cela reste toujours un mystère pour moi – elle avait involontairement causé un accident qui avait permis à tous les moutons du troupeau stationné dans le village de s'échapper. Naturellement, je m'étais porté volontaire pour l'aider une nouvelle fois, ce qu'elle avait accepté avec joie... enfin c'était surtout parce que ça m'offrait un excellent entraînement mais... bref, j'avais accepté !
Link essaya de capter une quelconque émotion sur le visage de sa femme mais il ne vit rien d'éclatant. Les yeux de la reine était profondément morne. Link, continua donc sur sa lancée.
– Nous nous sommes rencontrés une troisième fois quelques semaines après, cette fois à Euzero, après que j'eu délivré Vah'Rudania. J'avais accepté une demande d'un commerçant qui voulait récupérer des matériaux sur des carcasses de gardien dans un marécage isolé. Nausicaa m'avait spontanément proposée son aide – une sorte de retour de politesse – et c'est ainsi que nous sommes allés chercher des pièces archéonique à deux. Mais comme tu le sais, cette petite mission a mal tournée car il restait des gardiens encore actifs. Je me suis laissé distraire comme un idiot et heureusement que Nausicaa est intervenu. Je ne sais sais toujours pas comment elle a fait mais elle avait neutralisé les monstres d'acier en quelques instants. Elle m'avait sauvée la vie dirait-on. Fort de cette expérience et de cette leçon, nous avons pris le chemin du retour pour ramener les précieux matériaux demandés. Arrivé dans le village, elle m'a invitée à aller boire un verre pour décompresser de cette journée particulièrement risquée. Bien sûr, après s'être lavé et soigné, cela va de soi. Nous nous étions donc retrouvé le soir-même dans une taverne fraichement ouverte et je crois qu'il n'est pas exagéré de dire que nous avons perdus le contrôle. Personne n'a forcé l'autre à quoique ce soit, je tiens à le repréciser, mais nous avons enchainés les chopes de bières, suffisamment en tout cas pour être débridé sans pour autant être dans un état alcoolisé dangereux. En fait, on s'était très bien entendu tout de suite et c'est ensuite que c'est parti en vrille... Étant chacun dans un état second, elle a d'abord commencé à me complimenter, me dire qu'elle me trouvait séduisant et j'ai répondu presque de la même manière. Au final, une sorte de tension sensuel puis érotique est monté entre nous et... la suite tu la connais.
– Vous avez fait couchés ensemble alors que vous vous connaissiez à peine ! Fit Zelda d'une voix moins agressive qu'il aurait cru.
Et même, elle était carrément dépourvue d'agressivité. Cela surprit Link quelque peu, lui qui s'attendait à un éclat de colère qui aurait été justifié.
– C'est ça oui, fit-il avec une pointe de gêne, mais même si nous nous étions laissé aller, il n'y avait pas de manipulation. Le matin venu, elle était aussi gênée que moi. Je n'aurai jamais imaginé faire ce genre de chose surtout que je n'ai jamais été du genre à coucher avec n'importe qui mais ce qui a été fait... est fait...
Visiblement, Zelda était encore assez lucide pour comprendre que l'aventure d'une nuit qu'il avait eue avec celle qui était devenue la chancelière du royaume puis la reine suite à son coup d'état n'avait justement été qu'une seule et unique aventure d'une nuit. Link connaissait Zelda pour savoir qu'elle ne mélangeait pas tout. Elle ne pouvait pas le juger sur quelque chose qu'il avait fait alors que sa mémoire lui faisait encore défaut. Cela n'avait pas de sens.
Surtout qu'il y avait eu une sorte d'échange de sentiment entre lui et Zelda avant l'arrivée de Ganon dans leur royaume, preuve en était les quelques photos miraculeusement conservées qu'ils avaient gardés de cette époque-là. Link et Zelda s'aimaient déjà à l'époque et cette amour avait perduré à travers les nombreuses décennies. Malgré tout ce qui avait pu se passer, Zelda savait parfaitement (et n'émettait aucun doute) que Link l'aimait plus que tout et c'était un sentiment d'une réciprocité totale !
Mais forcément, Link savait qu'aborder ce sujet fâcheux ne réjouissait absolument pas sa femme et c'était plus que compréhensif. Néanmoins, il avait besoin de reposer les bases pour pouvoir dire ce qu'il comptait dire après. C'était là le but de ses monologues.
– Par la suite, cette femme a littéralement disparue de la surface d'Hyrule du jour au lendemain. Quand j'ai retrouvé assez de souvenirs pour me rappeler clairement de toi Zelda, cette femme a complétement disparu de mon esprit... Enfin jusqu'à ce qu'elle fasse son retour avec l'objectif de nous détruire et encore, je l'avais accepté uniquement parce qu'elle avait démontré des aptitudes surprenantes dans la gestion d'un royaume.
Sur son banc naturel, la reine soupira.
– Très bien Link ! Mais je ne vois pas le rapport qu'il y a entre cette « anecdote » et le fait que NOTRE deuxième fille se trouve entre les mains d'une psychopathe, tout comme le fait qu'elle est peut-être et surement la cause directe de la disparition de NOTRE fils et de NOTRE première fille ! Fit-elle en insistant sur le mot « notre ».
– Il n'y a pas réellement de rapport Zelda ! Seulement une unique certitude et une intuition qui me fait dire que Nausicaa ne tuera jamais Laura.
– Et comment peux-tu en être aussi sûr ?! Cria Zelda qui perdait soudain son sang-froid cette fois.
Link prit alors un ton se voulant calme et pourvu d'un maximum de raison.
– Parce que même si je l'ai connu très succinctement, j'ai la conviction qu'elle n'ira jamais jusqu'à enlever la vie de notre fille et même si ses paroles disent le contraire, cela peut être que du bluff... et puis... Laura n'est pas inapte à se défendre ne l'oublie pas. Nous n'avons pas passés plusieurs centaines d'heures à la former pour rien.
Zelda se renfrogna et détourna la tête. Son expression faisait peur à voir. Délicatement, Link quitta son tronc d'arbre et prit le risque de se positionner à côté de sa femme. Il savait mieux que quiconque que Zelda s'en voulait terriblement d'avoir fuit plutôt que d'être resté aux côtés de sa plus jeune enfant.
– Zelda... Nous n'avions pas le choix ! Fit Link pour essayer de lui faire faire accepter ce qu'ils avaient fait. Nous sommes tous les deux effrayés à propos de l'avenir de notre fille mais nous serons plus utiles et plus à même de secourir Laura de l'extérieur du château qu'enfermés au fond des sous-sol. Tu le sais aussi bien que moi. Nous étions complétement encerclés et si je n'avais pas réussi à te raisonner, nous aurions finalement tous les deux foncés têtes baissées pour la sauver. Si cela avait été le cas, il est très fort probable que ces traîtres de soldat n'auraient pas hésités à nous pourfendre et à ce compte-là, cela aurait été beaucoup plus grave. Si nous étions restés Zelda, nous serions peut-être morts à l'heure qui l'est... mais ce n'est pas le cas et tant que nous serons en vie, nous pourrons agir pour reprendre Laura des mains de cette impératrice ! Les mots que je vais prononcer vont être difficiles à entendre mais si l'objectif de Nausicaa était de s'emparer de quelque chose que nous possédons, c'est une très bonne chose qu'elle... qu'elle n'ait que Laura entre ses mains..., fit Link en se sentant aussitôt horriblement mal d'avoir prononcé ses paroles. Si nous avions été tous les trois prisonniers, il n'y aurait eu personne pour savoir exactement ce qu'il s'est passé ce matin-là, or, nous avons tous les deux le pouvoir de prévenir nos alliés et de préparer une opération de sauvetage. Nous savons à qui nous avons à faire et nous savons de quoi ils sont capables d'un point de vue combatif ! Je te le répète Zelda, je doute sincèrement que l'objectif de l'impératrice soit, à terme, de... se débarrasser de Laura... Elle veut quelque chose mais je suis persuadé qu'elle évitera les complications parce que si son but avait réellement été de nous tuer tous les trois, elle l'aurait fait, bien avant et surtout silencieusement ! Et concernant la population, je suis sûr qu'ils comprendront que quelque chose cloche... Et si jamais Laura trouve une occasion de s'échapper d'elle-même, elle le fera... crois-moi !
– J'espère que..., fit Zelda en reniflant bruyamment car étant au bord des larmes. J'espère qu'elle ne nous en voudra pas... Laura je veux dire...
D'un geste se voulant réconfortant, Link prit Zelda dans ses bras et cette dernière se laissa faire.
– Laura est une fille très intelligente et je suis sûr que ses pensées seront plutôt de s'inquiéter pour nous deux avant de nous blâmer. Et de toute façon, dès que l'occasion se présentera, je serai aux premières loges pour dire à Nausicaa ce que je pense de ces honteuses manigances ! N'oublie pas ma chérie, nous connaissons le palais et le royaume beaucoup, beaucoup mieux qu'elle.
– Elle paiera ! Pour tout ce qu'elle nous a fait subir, elle paiera ! Déclara Zelda d'une voix tranchante avant de venir se blottir contre le torse de Link qui accepta le contact en resserrant ses bras.
Link ferma les yeux et se concentra sur les bruits environnants.
Pourquoi cette femme s'était-elle un jour présentée devant-lui ? Pourquoi les circonstances les avaient fait se retrouver à deux reprises ensuite ? Pourquoi avait-il fallu que leur destin se lie d'abord à Euzero et ensuite lorsqu'elle était revenue à Hyrule pour prendre un poste à responsabilité ? Quelles étaient les motivations profondes qui l'animait ? Il ne pouvait pas croire ses agissements uniquement tournés vers le mal et le désir de pouvoir. Que cherchait-elle à faire dans un royaume qui, il n'y a pas si longtemps, était encore sous le joug du Fléau Ganon ?! Et qu'est-ce qui avait bien pu se passer dans son pays natal ?
Mais il ne trouva aucunes réponses à ses questions précises. Cependant, il y avait une chose dont Link était sûr, c'était que cette femme : Nausicaa, était arrivée dans l'équation à un moment donné et que ce n'était pas par accident. Il était convaincu qu'ils avaient tous un rôle à jouer dans quelque chose de beaucoup plus grand et insondable...
À voir ce que le destin allait leur réserver mais avant tout chose...
Ils devaient récupérer Laura et la mettre à l'abri, c'étaient leur priorité !
Ce soir-là, Zelda accepta de manger et les deux souverains s'endormirent enlacés l'un contre l'autre.
Peut-être que tout n'était pas encore perdu finalement !
J'aime beaucoup ce chapitre ! Ah oui !
Je ne savais pas comment terminer ce chapitre et puis je me suis dit qu'il fallait que Link et Zelda apparaissent à un moment donné dans cet arc. C'est à présent chose faite !
À bientôt pour le prochain chapitre et merci à ceux qui lisent cette histoire (Même ceux qui ne se manifestent pas) !
