Chapitre 32 : La première épreuve
La porte se referma automatiquement derrière moi. Je ne tentais même pas d'essayer de l'ouvrir de nouveau je savais que cela serait inutile.
J'étais dans une simple pièce, aux murs en brique rouge, avec une ampoule qui pendouillait du plafond. La lumière qui s'en dégageait ne permettait d'éclairer l'intégralité de la pièce, aussi je restais sur mes gardes, m'attendant à tout moment à voir surgir je ne sais quelle abomination de l'ombre.
- Katniss, je suis tellement content que nous soyons enfin seuls, vocalement parlant j'entends. Cette fois ci « la voix » émanait directement de mon oreillette.
- Désolée je ne peux pas en dire autant, d'autant que je n'ai pas le plaisir de savoir à qui je parle.
Je crois que je préférais finalement la voix de Claudius Templesmith à cette voix robotisée, qui résonnait dans mon oreille, pensais-je.
- Vous le saurez en temps utile, du moins je l'espère pour vous, si vous parvenez jusqu'à moi.
- Bien, j'ai hâte dans ce cas, et si nous commencions ?
- Oui vous avez raison commençons, vos petits copains eux sont déjà à l'œuvre, je vous tiendrais informée de leur situation de temps à autre.
Vous savez Katniss, j'ai passé beaucoup de temps à vous observer, vous et ce cher Peeta, que cela soit durant les jeux, la révolte, ou même après.
Je suis heureux de voir votre petit couple batifoler de manière si innocente. Et Peeta, ah, ce garçon a enfin réussi à vous séduire après tout ce temps, il lui en aura fallu du courage. J'aurais aimé avoir cette chance moi aussi.
- Je ne tiens pas à parler de ma vie privée avec vous !
- Mais mademoiselle Everdeen, je vous rappelle que depuis le jour où vous êtes portée volontaire, votre vie ne vous appartient plus. Mais rassurez-vous, tout ce que j'ai pu observer je le garde jalousement pour moi, pour l'instant. Par exemple, je pourrais, si le voulais montrer aux citoyens de Panem des images de vous et Peeta vous amusant follement près du lac où vous emmenait votre cher Papa. Mais je n'en ferais rien, pour l'instant du moins. Je veux du spectaculaire, je vous veux vous, tout comme le public vous veut. Mais vous ne nous simplifiez pas la tâche. Regardez le mal que nous avons dû nous donner pour vous faire venir jusqu'à nous.
Comment pouvait-il savoir pour le lac ? A qui avais-je à faire ? Une chose était certaine, qui que cela puisse être, j'allais tuer cette personne.
- Vous vous demandez comment je sais ? Je le comprends.
Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous avons l'œil sur vous depuis le début.
Et puis il y a Peeta, peut-être s'est-il confié à la mauvaise personne, peut-être s'est-il confié sous la torture, qui vous dit qu'il n'est pas avec nous en ce moment par exemple ?
Je ne voulais pas rentrer dans son piège, sa tentative de manipulation mentale. Je tentais de chasser de mon esprit l'éventualité que mon intimité ait été violée par un pervers et puisse potentiellement être exposée aux yeux de tous et je décidais tandis, que « la voix » me parlait, de procéder à une fouille de la pièce en avançant très lentement regardant partout, cherchant quel piège pourrait être caché derrière une brique, sous une latte du plancher…
- Que savez-vous de nos expérimentations génétiques, des mutations crées dans les laboratoires du Capitole depuis bien avant les temps jours obscurs Katniss ?
- Ce que j'en sais je l'ai vu à travers le mal qui a été fait à Peeta, à travers les monstres qui nous ont attaqués lors des premiers jeux qui avaient les yeux des tribut morts, à travers les hallucinations des guêpes tueuses, de ces prédateurs fauves qui nous ont attaqués dans les égouts, ou encore des roses de Snow…
- Oui, donc peu de chose en sommes
Si vous saviez Katniss, nos technologies sont presque sans limites. Laissez-moi vous en donner un exemple.
J'entendis alors une porte s'ouvrir puis se refermer, mais je ne pouvais voir ce qui venait d'entrer, car la zone d'où provenait le bruit était plongée dans l'ombre. Puis je l'entendis, cette petite voix. Un frisson d'effroi me traversa le corps.
- Katniss, merci d'avoir chanté quand je suis morte.
Elle sortit de l'ombre, Rue ! Elle avait grandi mais c'était bien elle. Comment était-ce possible ? J'essayais de parler, mais ma gorge était nouée, je sentais les larmes couler le long des joues et mes genoux fléchir.
- Ils m'ont soigné Katniss, ils nous ont tous soignés, ils nous cachent après, ils ne sont pas si méchants, ils ne veulent pas la mort d'enfants, ce n'est que pour la télé.
Nos parents le savent, ils nous envoient juste vivre ailleurs, pour éviter que la vérité ne soit révélée, mais avec votre révolution, ils sont maintenant obligés de tout révéler.
- Rue, ce n'est pas possible, ta mère, je l'ai vue lors de la tournée et elle ne semblait pas avoir l'air de quelqu'un qui sait que sa fille est encore en vie.
- Elle a fait ce qu'elle devait pour préserver le secret.
Elle l'a compris, tous les parents de tributs le comprennent, dès notre départ ils signent des papiers. Ta mère ne t'en a jamais parlé ?
- Non Rue, elle ne m'en a jamais parlé, mais je ne suis pas sûre que tu sois réelle, ni que ce que tu essayes de m'expliquer soit la vérité.
- C'est comme votre jeu avec Peeta ?
Ils nous ont montré votre histoire, comment tu l'as aidé, mais il n'était pas malade lui non plus, il a dû faire semblant.
Tout ça fait partie d'un scénario Katniss, c'est la plus grande invention du régime de Snow, pour le divertissement de tous et pour nous unir tous.
- Je ne comprends pas Rue, et si tu es bien Rue, je ne comprends pas que tu adhères maintenant à tout ça.
Mon esprit était complétement embrouillé, je m'étais préparée à me devoir me battre physiquement, mais pas à devoir affronter…ça.
- Oui j'y adhère, car ils nous ont montré l'envers du décor et ce n'est pas du tout ce que nous imaginions toi et moi.
Les Hunger Games n'étaient qu'une façade, un jeu, jamais le régime n'aurait permis la mort d'enfants, mais il était important de le faire croire, pour garantir l'unité, cette unité que toi et tes partisans avaient fait partir en éclat.
- Je ne peux pas croire que ce soit toi qui parles Rue.
- Ta sœur l'a compris aussi…
- Quoi ? Prim ? Comment ?
- Elle est avec nous elle aussi, tu peux la rejoindre, tous nous rejoindre si tu le souhaitais, il te suffirait juste d'arrêter de te battre pour le mauvais camp et de nous permettre de sortir de l'ombre de nouveau, afin de nous permettre de rejoindre nos familles et rebâtir un nouveau monde, avec nos vies d'avant, nos habitudes.
Viens avec moi Katniss, et je te montrerais, on leur montrerait à tous, ils nous regardent ne l'oublie pas.
Il est primordial que ce gouvernement d'usurpateur, qui connait parfaitement la vérité, avoue aussi, et reconnaisse que tout ce qu'ils cherchaient en vérité, c'était de cacher la vérité sur ce qu'était vraiment le régime du Président Snow, et toi étant le symbole que tu es, tu es la seule en qui le peuple pourrait avoir confiance.
Tu pourrais vivre avec ta sœur et ta mère.
Peeta par contre, il nous a trahit, même s'il ne t'a pas dit la vérité, il a contribué à l'effondrement de tout cela.
Tout devait être révélé après l'expiation, mais vous avez tout fichu par terre.
- Je ne peux pas croire à ce que tu me racontes, je ne peux pas croire que ce soit bien toi. Tu n'es certainement qu'une illusion de plus.
- Pourtant je peux te toucher, te parler. Dit-elle posant une main sur mon épaule.
Mon esprit était anesthésié par tout ce que je venais d'entendre. Mais je refusais d'y croire. Aussi pour mettre un terme à ce jeu morbide, j'enfonça un poignard dans le torse de Rue. Elle tomba sans un bruit, sur le sol, les yeux rivés sur moi, elle haletait et le sang s'échappait de sa blessure.
- Katniss, pourquoi ? Pourquoi tu m'as fait ça ? Dit-elle dans un murmure.
Je pleurais de plus belle, me rappelant sa mort dans mes bras, cette mort injuste, cette petite fille que je n'avais pas réussie à protéger.
- Ce n'est pas toi, tu n'es pas elle…
- Katniss, je suis Rue, regarde. Regarde…Dit-elle dans un soupir en montrant un mur sur lequel apparaissait maintenant des images.
Celles-ci montraient l'hovercraft qui se matérialisât, après mon départ de la clairière où je l'avais laissé, entourée de fleurs. Ils avaient récupéré Marvel aussi, ils étaient à bord de l'hovercraft avec une équipe médicale en train de les brancher de partout, comme ils l'avaient fait avec Peeta. Les médecins disaient qu'il fallait faire vite pour éviter au maximum qu'il y ait trop de lésions cérébrales, puis on les voyait atterrir sur le toit de l'hôpital central du Capitole, les emmener en salle d'opération, les « réparer ». On les voyait en salle de réanimation, le réveil, les explications des médecins, la visite des familles pour les adieux, et après des semaines de rétablissement dans le secret le plus total, ils étaient conduits dans un District inconnu de tous, où ils étaient pris en charge par des éducateurs et d'autres « perdants » des précédents jeux…
- Tu vois ? Me dit-elle, agonisante
- Je ne veux pas y croire, ce n'est pas possible, ce sont des montages vidéo.
- Ce…ce que je n'ai pas eu le temps de te dire, c'est…Elle avait de plus en plus de mal à parler, c'est qu'ils ne peuvent le faire qu'une seule fois.
Je vais vraiment mourir maintenant et cette fois-ci, c'est toi qui auras mon sang sur les mains Katniss, je te faisais, faisais…confiance, dit-elle dans un dernier souffle puis ses yeux se figèrent et ses pupilles se dilatèrent après sa dernière expiration.
Je la tenais de nouveau dans mes bras, les mains pleines de sang, pleurant de douleur, ne sachant pas si tout ceci était vrai ou pas.
- Voilà Mademoiselle Everdeen, vous commencez à montrer votre vrai visage, dit « la voix » dans mon oreille, celle d'une jeune fille égoïste et paranoïaque. Pourtant nous avions un deal vous et moi, j'entendis un grésillement dans l'oreillette, et le son de la voix se fit plus clair comme si un filtre avait été enlevé : Nous ne devions pas nous mentir !
