Chapitre 32 : A la recherche de la vérité (Partie 1)

« Mandy, les vacances ne durent qu'une semaine je te rappelle. »

Emma ouvrit les yeux à cet instant, un sourire naissant sur ses lèvres. Décidément, Mandy ne changerait jamais. A chaque départ de vacances, il fallait que la blonde panique à l'idée d'oublier quelque chose alors même qu'elle ne partait que pour quelques jours.

- Padma a raison, tu sais, intervint-elle tout en s'étirant.

- Oh toi, pour une fois que tu es d'accord avec elle ! répliqua Mandy sans prendre la peine de regarder son amie.

- Eh bien, on peut dire que tu es d'humeur massacrante ce matin, constata Emma en se levant après un regard amusé vers Padma.

- Vous allez arrêter de vous occuper de moi comme ça !

- Elle a reçu une lettre d'Esteban à son réveil, chuchota Padma à l'oreille d'Emma lorsque celle-ci passa près d'elle.

- Mêlez-vous de vos oignons !

- De nos quoi ? répéta Padma feignant de ne pas comprendre.

- Evite les expressions moldues de si bon matin, s'il-te-plait Mandy, ajouta Emma juste avant de rentrer dans la salle de bain alors que son amie poussait un cri de rage.

Lorsque la jeune fille s'observa dans le miroir, elle perdit le sourire léger qui était apparu à son réveil. En remarquant ses yeux cernés dans son reflet, tout lui revint. Elle avait eu du mal à trouver le sommeil la nuit dernière alors qu'elle n'avait cessé de penser à sa dernière rencontre avec Drago. Le jeune homme n'avait jamais paru aussi confiant depuis longtemps, et cela lui donnait des frissons dans le dos. D'ailleurs, leur conversation ne faisait que confirmer ce qui la terrifiait. Le mangemort qu'était devenu Drago était sur le point d'accomplir la mission qui lui était confiée. Non seulement, cela n'envisageait rien de bon, mais en plus, il lui conseillait de ne pas être à Poudlard dans les jours qui venaient. Une chose était sûre, elle n'allait pas suivre la volonté de son fiancé. Au contraire, désormais elle avait plus qu'envie de savoir ce qui se tramait vraiment. Elle ne le lâcherait pas d'une semelle, enfin autant que cela lui serait possible. Deux autres choses avaient tiraillé l'esprit de la jeune fille la veille au soir et encore ce matin-là devant le miroir. Se devait-elle de prévenir Dumbledore de ce qu'elle avait cru comprendre ? Et devait-elle prévenir Drago du rodage de Potter autour de la salle sur demande ? Si elle faisait de telles révélations, cela ne contrarierait-il pas ce bien commun auquel aspirait son fiancé pour eux-deux ?

Emma dut pousser un énième soupir avant de baisser les yeux vers le lavabo. Après plusieurs secondes sans cligner des yeux, elle secoua la tête et ouvrit le robinet d'eau. Elle aspergea son visage d'eau fraiche. Au même moment, Morag MacDougal entra dans la salle de bain par la deuxième entrée de cette dernière.

- Bonjour Emma ! salua la jeune fille avec un sourire.

- Salut Morag. Tu m'as l'air de bonne humeur dis-moi ! fit remarquer la brune en observant que le sourire ne quittait pas sa camarade.

- Ce sont les vacances ! répondit-elle avec évidence.

- C'est vrai, fit Emma alors qu'elle s'attachait les cheveux pour ne pas les mouiller dans la douche.

- Mais c'est vrai aussi qu'il n'y a pas que ça, avoua Morag avec légèreté, au moment où elle mettait sa pâte à dentifrice sur sa brosse à dent.

Après un regard pour s'assurer que les portes étaient bien fermées, elle continua.

- Je passe mes vacances avec « lui ».

- Ah oui ? réagit Emma comprenant tout de suite que la rousse parlait de son fiancé. Et apparemment cela t'enchantes... ? n'assimila-t-elle pas vraiment se remémorant toutes ces fois où sa camarade avait la main rougie.

- En fait, commença-t-elle, la brosse à dent dans la bouche. Je lui ai écrit une lettre peu après la fois où ma cicatrice est apparue en cours d'Histoire de la magie. Tu te souviens ? dit-elle après avoir ôté la brosse à dent de sa bouche. La seule réponse que j'ai eue fut des dizaines de brûlures par jours pendant une semaine environ.

- Des dizaines ! fut horrifiée sa camarade de maison alors que Morag reprenait le brossage de ses dents pour quelques secondes. C'est odieux !

- Je sais. Mais il s'en est rendu compte et a enfin daigné me répondre. Après tout, lui aussi subit le réveil de sa cicatrice quand il prend du bon temps.

- Je suis curieuse de savoir ce qu'il a pu dire pour que tu sois si contente à l'idée de passer tes vacances avec lui.

- A dire vrai, il n'a rien dit de vraiment spécial. Juste qu'il était désolé de me faire subir tout ceci, mais qu'il préférait vivre sa jeunesse avant d'être prisonnier d'un mariage. Tu sais, on n'a jamais vraiment eu l'occasion d'être seuls tous les deux et encore moins d'avoir une vraie conversation. C'est pour ça qu'il a suggéré qu'on parte en vacances ensemble afin de mieux se connaitre. C'est sûr, je n'oublie pas tout ce qu'il a pu me faire. Mais le lire a attisé ma curiosité, j'ai hâte de découvrir qui va réellement devenir mon mari plus tard.

- N'y met pas trop d'espoirs quand même. On ne peut jamais vraiment être sûr de la personne qui nous fait face.

- Je sais bien. Mais comme je te l'ai dit, je suis en vacances. Au pire, si je suis déçue de celui que je découvrirais, je pourrais au moins profiter du magnifique paysage des îles des Caraïbes, optimisa Morag sous le sourire d'Emma.

- En tout cas, je te souhaite de bonnes vacances ! souhaita la brune alors qu'elle se dirigeait vers la douche.

- Tu restes ici toi ?

- Oui, c'est préférable.

- Parce qu'il n'y sera pas ou parce qu'il y sera justement ? se risqua à taquiner Morag alors qu'elle ne savait pas vraiment ce qu'il en était des relations entre Emma et son fiancé.

- Mystère... fit mystérieusement Emma avant de refermer la porte de douche dont l'opacité s'activa aussitôt.

oOo

Une fois prêtes à descendre prendre leur petit déjeuner, les trois camarades de chambre se dirigèrent vers la Grande Salle en compagnie de Terry. Comme à chaque départ en vacances, le Grand Hall était beaucoup plus rempli qu'à l'accoutumée. Une silhouette blonde n'échappa cependant pas à son attention. Alors qu'elle s'attendait à le voir se diriger vers la Grande Salle lui aussi, il bifurqua plutôt vers le parc. Elle remarqua alors que le jeune homme était paré de la cape de voyage qu'elle lui avait offerte quelques mois plus tôt. Sans s'en rendre compte, elle s'arrêta et s'apprêta instinctivement à suivre son fiancé, dans l'optique d'avoir des explications.

- Emma ? Où tu vas ? demanda Mandy.

- Euh... J'ai cru voir... quelqu'un. Mais allons manger, je meurs de faim, répondit-elle, ne trouvant aucune excuse justifiant une éventuelle éclipse de sa part.

- Qui est-ce que t'as cru voir, voulut savoir Padma alors que Mandy et Terry avaient pris les devants pour passer les portes de la Grande Salle.

- Ce n'est pas très important, éluda-t-elle en pressant le pas sous le regard soupçonneux de l'indienne.

Une fois tous les estomacs remplis, Emma insista pour accompagner ses amis jusqu'aux calèches tirées par les sombrals qu'elle seule pouvait voir parmi les quatre amis. Une fois les saluts lancés et ses camarades dans les diligences, la jeune fille tenta de jeter des coups d'œil discrets à l'intérieur des autres carrosses. Elle ne réussit pas à trouver son fiancé mais supposa qu'il avait dû partir parmi les premiers. Ou peut-être avait-il eu simplement envie de faire un tour dans le parc ? Toutefois, son intuition lui disait qu'il avait bel et bien quitté Poudlard. Pourquoi un tel retournement de situation alors que la veille il avait semblé sûr de passer les vacances au sein du château ? Lorsqu'elle l'avait aperçu un peu plus tôt, elle n'avait pas vraiment fait attention à son expression.

- Emma, qu'est-ce que tu fais là ? l'interpella Michael qui était en compagnie de sa petite-amie.

- J'accompagnais les filles et Terry. Ils sont dans cette diligence, si jamais tu veux les rejoindre.

- Vas-y si tu veux, je te retrouverai dans le train. Mes amis sont dans celle-ci, proposa Cho Chang, qui après l'acquiescement de Michael, embrassa rapidement ce dernier avant de rejoindre sa calèche.

- Tu risques de t'ennuyer toute seule ici.

- Ne t'inquiètes pas pour moi, il y a toujours quelque chose à faire.

- Si jamais tu finis trop vite tes devoirs, n'hésites surtout pas à faire les miens en tout cas, la taquina-t-il en provoquant une fausse moue sur le visage de la jeune fille.

- Ne comptes pas sur moi pour ça, Michael Corner.

- Du moment que je peux compter sur toi pour d'autres choses, ça me va, répliqua-t-il alors que toute trace de comédie abandonna le visage d'Emma.

- Dépêche-toi, les sombrals ne vont pas tarder à partir, l'incita-t-elle à partir alors que la tournure de la conversation la dérangeait.

- Bonne vacances, Emma.

- A toi aussi, Michael.

Les deux amis s'engagèrent simultanément, dans la direction de la diligence pour l'un et dans la direction du château pour l'autre. Emma continua son chemin sans se retourner, en serrant sa veste pour avoir bien chaud. N'ayant pas prévu de sortir, elle ne s'était pas habillée assez chaudement pour affronter le froid encore présent en cette fin de mois d'avril, malgré la belle journée.

- Bonjour.

- Théodore ! le salua-t-elle à son tour en le reconnaissant après avoir levé la tête.

- Tu as l'air gelée, ma pauvre.

- Ça se voit tant que ça ? fit-elle, un rire dans la voix.

- Tiens, prends-ça, lui intima-t-il en défaisant son écharpe avant de la lui mettre autour du cou en prenant le soin de relever délicatement les cheveux pris dans le tissu.

- C'est ton écharpe de maison, remarqua-t-elle, s'abstenant d'en faire sur le petit charme qu'il venait de lui faire.

- Au moins, elle est en harmonie avec la couleur de tes yeux.

- Ok. Je rentre au château, mit-elle un terme la conversation avant de reprendre son chemin.

- Je fais le chemin avec toi, dit-il en lui emboitant le pas.

- Je croyais que tu allais dans l'autre sens.

- Il semble que Kevin et Stephen aient réussi à rejoindre les diligences comme des grands.

- Tu dois être fier d'eux, se moqua gentiment la jeune fille en provoquant le rire de son ami.

- Tu veux pas qu'on se pose quelque part au soleil plutôt que de rentrer au château ? proposa-t-il, les mains dans les poches.

- Pourquoi pas, accepta Emma après quelques secondes de réflexion.

Même si l'attitude du jeune homme ne lui plaisait pas vraiment au vu des derniers dérapages de Théodore, elle vit dans cette proposition un moyen d'en savoir d'avantage sur ce qu'il s'était passé pour que Drago change d'avis en un laps de temps aussi court. Sur le moment, elle culpabilisa un peu de se servir ainsi de Théodore. Mais après tout, le jeune homme ne s'était-il pas servi d'elle pour faire enrager le blond ? Ils se posèrent ainsi au pied d'un arbre, s'éloignant de l'ombre de ce dernier afin de mieux pouvoir profiter de la chaleur du soleil de ce début de printemps. Même si les deux amis ne s'étaient pas souvent parlés ces derniers temps, ils n'eurent aucun mal à trouver des sujets de conversation. A un moment, un frisson parcourut le corps d'Emma.

- Tu veux ma cape ?

- Non garde-là ! C'est déjà très gentil à toi de me prêter ton écharpe.

- Je suis content de pouvoir passer du temps avec toi pendant ces vacances. C'est un peu comme si je t'avais pour moi tout seul. Pas de cours, pas de bande de Serdaigle débiles, pas d'Astoria, pas de Malefoy.

- Tu dis n'importe quoi, répliqua la jeune fille, amusée par la réflexion de Théodore. Tu as oublié les devoirs et les révisions d'examens, ce sont là de très grands concurrents, ajouta-t-elle en entrant dans son jeu, sous le rire de son ami.

- J'ai commencé à établir quelques petites stratégies pour y faire face, assura-t-il alors, confiant.

- J'ai hâte de voir ça, rit-elle avant de se caler contre une des racines de l'arbre, de manière à être quasiment allongée.

- Tu peux poser ta tête sur moi si tu veux.

- Ne t'avise pas de recommencer ton petit manège de séducteur avec moi, le menaça-t-elle alors.

- Tu le fais bien avec Michael.

- Tu m'espionnes maintenant ?

- Très chère, cela fait un an que je t'espionne.

- Idiot.

- Cela me va droit au cœur.

- Tu as vu Drago ce matin ? demanda-t-elle enfin après que quelques secondes de silence se soient écoulées.

- Et ça, ça me le brise aussitôt, fit-il après un soupir en s'attirant une tape de son amie. On est dans le même dortoir, alors oui, malheureusement je le croise presque tous les matins.

- Presque ?

- Quoi, ça ne t'arrive jamais de te réveiller avant ou après des camarades de chambre ?

- Et comment il était ce matin ?

- Hey, je te signale que je suis un mec. Tu attends quoi, que je te dise qu'il était aussi « sexy que les autres jours », termina-t-il sa phrase en imitant ce qu'aurait très bien pu faire Pansy Parkinson de sa voix nasillarde.

D'abord surprise, Emma explosa d'un rire soudain.

- Alors comme ça tu trouves ton camarade de chambre « sexy », se moqua-t-elle alors qu'elle s'était relevée jusqu'à être assise, sa position n'étant pas des plus confortables pour avoir un fou rire.

- Ce sont ses groupies que j'imitais ! fut piqué au vif Théodore qui eut une mine dégoutée.

- Plus sérieusement, comment était-il ? redemanda-t-elle une fois calmée, faisant se renfrogner un peu plus son ami.

- Aussi déprimant que les autres jours. Le visage fermé, le regard sombre, le teint pâle. Mais en y réfléchissant il m'a semblé plus anxieux que d'habitude.

- Dis-donc, c'est une inspection plutôt complète que tu fais de lui le matin, ne put-elle s'empêcher de le taquiner.

- Encore un sous-entendu de ce genre et je récupère mon écharpe sur le champ ! menaça le jeune homme avec humeur.

- Vraiment ? demanda-t-elle confirmation après avoir finalement installé sa tête sur les cuisses de Théodore qui ne s'y attendant pas, leva les sourcils de surprise.

- En tout cas tu n'as pas intérêt à essayer, assura-t-il après avoir avalé sa salive plus bruyamment que prévu, ce qui fit rire la jeune fille.

A la fin de cet éclat de rire, elle reprit cependant très rapidement un visage sérieux.

- Il n'était pas censé quitter le château ce matin. Je me demande ce qui a pu lui faire changer d'avis.

- Si tu l'avais su, tu serais restée quand même ou non ? demanda-t-il avec une certaine aigreur.

- Je pense que oui.

- Quelles sont vos relations exactement ? Plus je vous vois et plus j'ai l'impression que vous êtes plutôt... proches, questionna-t-il en serrant les mâchoires et mettant inconsciemment une main dans les cheveux de la jeune fille alors qu'il fixait droit devant lui. Tu ferais mieux de répondre plus vite si tu ne veux pas que je m'imagine des choses, prévint-il après quelques secondes durant lesquelles Emma ne répondit rien, ses muscles s'étant contractés.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, Théodore ? Si l'on s'est déjà embrassé ? La réponse est oui, s'agita-t-elle légèrement.

- Mais c'est tout ce que vous avez fait n'est-ce pas ?

Face au silence de la jeune fille, il baissa son regard vers elle et remarqua son malaise. Il la repoussa brusquement et se leva aussitôt.

- Théodore...

- Tais-toi, je ne veux pas savoir en fin de compte, l'interrompit-il sans la regarder dans les yeux, en mettant une main entre lui et elle comme s'il s'agissait d'une barrière. Tu... commença-t-il avant de prendre une inspiration sonore, de secouer la tête comme pour chasser des images et de finir par s'en aller de manière précipitée.

Face à une telle réaction, Emma se rallongea sans douceur et cacha ses yeux avec la paume de ses mains en expirant.

- Il aurait suffi que tu ne poses pas la question, Théodore... souffla-t-elle en fronçant ses yeux fermés cachés sous ses mains.

Lorsqu'elle libéra enfin ses yeux, la jeune fille remarqua que le soleil était désormais caché derrière les feuilles naissantes de l'arbre, la bariolant alors de l'ombre de ces dernières. Sa peau n'étant plus totalement chauffée par le soleil, la brise fine la glaça. Elle resserra l'écharpe verte et argent qu'elle avait desserrée un peu plus tôt et ne put s'empêcher de humer l'odeur de son ami.

oOo

Lorsque l'heure du déjeuner arriva, elle s'installa seule à la table des Serdaigle. Il n'y avait vraiment personne qu'elle connaissait un tant soit peu pour pouvoir aborder une conversation. Mais cela ne la dérangeait pas vraiment. Après tout n'avait-t-elle pas passé deux ans de sa vie dans le silence le plus total et sa première année sans s'être fait d'amis ? En effet, à la mort de son père sous ses yeux, le traumatisme fut tel qu'elle devint muette durant les deux années qui suivirent le drame. Ce n'était que le jour de ses dix ans lorsque son grand-père l'avait emmenée sur la tombe de son père, qu'elle avait retrouvé la parole à la surprise de tous, y compris d'elle-même. Une simple phrase était sortie de la bouche de la fillette qui regardait fixement la pierre tombale, les yeux piquants et humides.

« Il me manque. »

Après avoir brusquement apporté son attention sur sa petite-fille, le patriarche avait tenté de se contenir et avait serré la main d'Emma en caressant le dos de celle-ci de son pouce.

« Je sais, à moi aussi. » avait-il simplement répondu, ne voulant pas trop la brusquer.

Quelques minutes après, brisant toutes les règles des Sang-pur concernant la non démonstration affective dans un lieu public, il l'avait prise dans ses bras, l'avait fixée tendrement et après un bisou sur la joue, avait transplané alors que de fines larmes s'étaient formées dans ses yeux bruns.

Un « Merci, Grand-père » fut à peine audible, mais bel et bien entendu par son destinataire.

Emma fut sortie de ses pensées par l'arrivée de Théodore dans la Grande Salle. Il s'avançait vers la table destinée aux verts et argents sans un regard pour elle et lui tourna ostensiblement le dos lorsqu'il s'y installa. La jeune fille décida de le laisser tranquille pour aujourd'hui, après tout, elle avait toute la semaine pour lui parler. A la fin du repas, elle rejoignit donc la salle commune des Serdaigle afin d'y lire un livre, se retenant tout juste de commencer ses devoirs.

Au bout de la troisième page, ses pensées se tournèrent vers son fiancé. Ainsi, le matin-même, Drago était aussi sombre que les autres jours, avec un peu plus d'anxiété visible. Que cela voulait-il dire ? Il avait été si confiant et si sûr que les choses s'arrangeraient pour lui la veille. Que s'était-il finalement passé dans cette salle sur demande dans laquelle il ne voulait pas qu'elle aille ? Avait-il finalement échoué ce qu'il espérait tant réussir ? Cela semblait plus que probable. Mais pourquoi décider de quitter Poudlard ? Ne devait-il pas au contraire persister dans sa mission et donc rester au château ? Un frisson parcourut alors Emma. Qu'allait faire le jeune homme hors de Poudlard ? Alors que l'image de la marque des ténèbres apposée sur le bras de son fiancé se baladait dans sa tête, elle ferma les yeux et secoua cette dernière. Comme toujours, elle se refusait à imaginer les « relations » qu'un mangemort pouvait avoir à l'extérieur de Poudlard. Comme toujours, elle se refusait d'imaginer son fiancé devant faire face au Maître des Ténèbres en tant que subalterne. Tandis que ses pensées semblaient se tourner vers cette unique voie, elle se força à se reconcentrer sur son livre.

Le lendemain, alors qu'elle était assise au bord du lac à contempler les reflets du soleil sur l'eau, Théodore s'installa silencieusement à ses côtés. Elle tourna un regard vers lui, sans croiser celui du jeune homme qui arborait un visage fermé.

- Je n'ai pas à t'en vouloir. C'est ton destin, amorça-t-il avec tout de même une certaine dureté dans la voix.

- Mais je peux comprendre ta réaction, déclara calmement Emma.

- Eh bien moi je ne comprends pas. Même si je n'ai pas à t'en vouloir, je ne comprends pas que vous ayez une telle relation alors que... enfin... Merlin Emma, i peine deux mois on s'embrassait sur ce banc, tu me demandais de te serrer fort et ton regard... Je le voyais, je le sentais, tu me désirais. J'ai du mal à croire qu'à côté de ça tu... que toi et lui vous...

- Je te l'ai dit que ce jour-là était une erreur.

- Non, pas ce jour-là. Peut-être que c'était le cas toutes les autres fois où j'ai profité de ce que je savais pour faire enrager Malefoy, mais ce jour-là n'était pas une erreur.

- Et je t'ai également dit d'arrêter de trop croire à ce quelque chose entre nous, sous peine d'être trop déçu.

- Pour être déçu, je le suis, affirma Théodore en remontant ses genoux près de son corps.

Quelques secondes passèrent durant lesquelles un silence pesant s'installa. Ce fut cependant le jeune homme qui le rompit le premier.

- Alors quoi, vous vous envoyez en l'air juste histoire de tirer avantage de votre situation ou vous êtes subitement tombés follement amoureux l'un de l'autre ? demanda-t-il avec une légère ironie dans la voix.

- Eh bien, la réponse se situerait plutôt entre aucun des deux et un peu des deux.

Face à l'attente du jeune homme, elle poursuivit.

- C'est compliqué tu sais. Au fur et à mesure on a appris à se connaitre et à découvrir l'autre.

- Je me demande ce qui a bien pu te plaire à ce point chez lui, railla-t-il avant de la laisser continuer.

- Le Drago que j'ai pu percevoir en lui est loin de celui qu'il montre en public. Le contexte a fait que j'ai pu accéder à cette partie de lui. En y réfléchissant, tout a commencé lorsque son père a été emprisonné. J'ai vu à quel point cela l'a affecté et je n'ai pu m'empêcher de comparer à ce que j'ai pu ressentir à la perte du mien, même si je suis bien consciente que la mort est un cran au-dessus de tout ça.

- Mon père aussi s'est fait emprisonné ce jour-là ! fit remarquer Théodore.

- Je sais, mais de ce que j'ai pu voir, ta relation avec ton père n'a rien à voir avec celle de Drago et du sien. J'ai été surprise de constater à quel point la famille était importante pour les Malefoy. Ça peut paraitre absurde dit comme ça, mais ils ont entre eux des liens qui même s'ils sont froids et distants, sont tout de même forts. C'est peut-être là la plus grande qualité que je peux établir chez mon fiancé. Celle à laquelle je me raccroche pour espérer un avenir potable.

- C'est donc devenue une soudaine motivation pour t'adonner à l'exercice physique de la création d'une famille avec lui, se moqua froidement le jeune homme sous le regard noir de son interlocutrice.

- Ecoute, tu as la chance de ne pas être dans ma situation, d'être libre de tes choix. Moi je dois me contenter de faire avec mes fiançailles. Que ça me plaise ou non, je serai mariée à Drago Malefoy. J'ai eu du mal à m'y faire, mais je me suis rendue compte qu'il y avait peu de chance que je m'y fasse si je continuais à lutter. Alors comme d'un commun accord, on s'est tous deux laissés aller à tenter de construire les bases de ce que sera notre relation plus tard. Et ça marche ! Au fond, malgré les défauts de l'autre, on s'apprécie, on se plait et même mieux, on tient l'un à l'autre. Je n'en espérai pas autant.

- Tu dis « on » comme ça, mais es-tu au moins sûre qu'il en soit de même pour lui ? Car si je ne m'abuse, il n'a pas l'air de se soucier de toi quand il fait mumuse avec Astoria !

- Eh bien comme pour toute relation, il existe des obstacles. Mes fiançailles ont été l'obstacle de la relation qu'il y aurait pu avoir entre toi et moi. Toi, tu en as été un pour celle entre lui et moi, et je suppose qu'il en a été de même pour Astoria en ce qui concerne Drago.

- Un obstacle. Alors c'est tout ce que je suis, dit-il en baissant un peu la voix.

- Non, ce n'est pas tout ce que tu es. Au lieu de m'éloigner de toi dès le début, j'ai fini par faire le choix de me raccrocher à notre amitié. Avant tout tu es mon ami, Théodore. J'ose espérer que tu sois un jour capable de me voir en tant que tel, confia-t-elle en posant sa main sur celle du jeune homme.

- Il faut bien m'y résoudre, fit-il avant d'oser regarder Emma dans les yeux. Tu sais, à la limite j'aurai largement préféré une excuse du genre « j'ai besoin de satisfaire mes envies et Malefoy est la seule personne avec qui ma cicatrice ne s'affole pas ».

- Ah, j'aurais pu y penser, commença Emma après un petit rire. Mais à un ami, on lui doit de lui dire la vérité, ajouta-t-elle en lui donnant un petit coup d'épaule.

- Eh, je te signale que je te l'ai pratiquement tirée du nez, la vérité !

- Mais un ami, on n'a pas envie de le blesser plus qu'il peut l'être déjà. C'est instinctif.

- Et à un ami, on est sensé lui pardonner, n'est-ce pas ?

- C'est ce qui se fait en général.

- Alors je te ferai part de ma décision, selon mon choix de t'accepter en tant que simple amie ou pas, déclara-t-il d'un air solennel en se levant et en s'époussetant le pantalon.

Une infime déception s'immisça en Emma. Théodore fit mine de partir mais se retourna avant d'être trop éloigné.

- Je n'ai pas très bien compris l'intérêt du sujet en Défense contre les forces du mal. Une amie, ça sert à venir en aide aux siens il me semble.

Un sourire parut alors illuminer le visage de la jeune fille. Après s'être frottée les mains afin d'enlever l'herbe qu'elle avait triturée pendant leur conversation, elle se leva à son tour et rejoignit Théodore. Côte à côte, ils s'éloignèrent en direction du château. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait enfin eu aucune chose à cacher à un ami. Enfin presque... Il y avait malheureusement toujours un « enfin presque ».

oOo

Les premiers jours passèrent à une vitesse désarmante. Emma pu constater une chose, les ardeurs de Théodore semblèrent avoir été refroidies depuis sa découverte des relations intimes entre Drago et elle-même. C'était comme s'il semblait écœuré à chaque fois que ses réflexes de séduction faisaient leur apparition. Mais l'avantage était que désormais, le jeune homme se consacrait autant que pouvait se faire à leur amitié. Ce qui changeait pour la jeune fille était l'absence de culpabilité envers Théodore, comme si un poids lui avait à nouveau été enlevé. Evidemment cela avait déjà été le cas lorsqu'elle avait appris qu'il était au courant de l'identité de son fiancé, mais cette fois-ci, elle avait vraiment pu avoir l'occasion de lui expliquer ce qu'elle ressentait. Même si il y avait encore certaines choses qui ne pouvaient être dites, telle que la véritable condition de Drago, au fond ce n'était qu'une chose qu'elle savait et pas une chose la concernant directement. Ainsi, les deux amis se retrouvaient comme prévu tous les jours, que ce soit dans le parc pour profiter du beau temps ou à la bibliothèque pour faire leurs devoirs. Emma prenait tout de même le soin de se réserver quelques moments seule dans la journée.

De ce fait, le mercredi des vacances, alors que les nuages avaient fait leur réapparition, elle avait rejoint sa salle commune afin de terminer son livre. Ce dernier portait sur une histoire fictive à l'époque des rois et des reines. Un roi déchu par son cousin germain fut obligé de laisser sa souveraine entre les mains du nouveau roi qui fit de cette dernière sa royale épouse. Emma était arrivée au final, où lors d'une énième tentative de reprise du pouvoir, le cousin devenu roi tua violemment son provocateur une fois pour toute sous les yeux de cette femme qui au fond ne pouvait s'empêcher d'aimer les deux hommes. Ce fut finalement le fils éloigné de sa mère et élevé par le père, qui tua à son tour le roi, meurtrier de son père. La reine effondrée, pleura des jours entiers jusqu'au moment où elle fut témoin d'une dispute entre deux fantômes qui n'étaient autre que les deux adversaires de toujours. Ces deux-là étaient bel et bien destinés à s'affronter à jamais.

Il ne s'agissait pas là de sa meilleure lecture, mais elle avait apprécié la manière qu'avait l'auteur de narrer les émotions et les ressentiments de cette reine destinée à l'être quel que soit l'identité de son roi. Lorsqu'elle referma le livre, elle avait en tête l'image de ces deux fantômes adversaires éternels. Une idée lui vint alors soudainement. Et si Mimi Geignarde avait fini par devenir une bonne oreille pour Drago ? Sur le moment, elle remercia l'auteur d'avoir fait de spectres ses personnages.

Emma se précipita vers les toilettes désaffectées du deuxième étage. Elle n'avait aucune certitude quant à la réponse à sa question soudaine. Elle était d'ailleurs plutôt pessimiste, doutant que son fiancé soit mal au point de se confier à un fantôme tel que Mimi Geignarde. Mais une petite visite improvisée ne pourrait que faire le plus grand plaisir du spectre.

Une fois arrivée dans le lieu déserté, son pas se fit plus lent alors qu'elle observait tous les recoins à la recherche d'une silhouette translucide. Ne la trouvant nulle part, elle s'avança précautionneusement vers la cabine du fantôme et ouvrit la porte qui grinça. Personne.

- Mimi, appela-t-elle gentiment.

Rien ne se passa. Elle se retourna alors, afin de jeter un dernier coup d'œil dans la cabine.

- Oui, fit soudainement la voix de Mimi Geignarde dans son dos, faisant sursauter Emma qui ne l'avait pas entendue arriver.

- Merlin, Mimi. Tu m'as fait une de ces peurs.

- Je fais si peur que ça ? se plaignit le fantôme d'une manière un peu trop prononcée au goût d'Emma.

- Mais non. J'ai juste été surprise de te voir arriver si rapidement. Je ne m'y attendais pas, la rassura-t-elle gentiment.

- C'est gentil à toi de passer me voir. Cela faisait bien longtemps.

- C'est vrai. Je lisais une histoire parlant de fantôme et je me suis dit « Pourquoi pas rendre une petite visite à Mimi ! », raconta-t-elle se retenant tout juste d'ajouter « Geignarde ».

A ce moment Emma ne trouva plus rien à dire et se contenta de répondre au sourire exagéré du fantôme. Puis, Mimi perdit son sourire aussi soudainement qu'elle était apparue au-dessus de son siphon.

- Qu'est-ce que tu me veux ? aboya le spectre en traversant brusquement Emma qui ressentit instantanément un froid extrême.

- Heu, tu te souviens de notre dernière conversation ? A propos de mon fiancé, expliqua-t-elle encore sous le coup de la traversée de l'ectoplasme.

- Le blondinet super craquant, fit alors rêveusement Mimi. Eh bien quoi ? demanda-t-elle à nouveau de façon abrupte.

- Je t'avais conseillée de retenter le coup, si jamais il semblait se sentir... seul à nouveau, continua Emma alors que Mimi lui tournait autour en se laissant glisser dans les airs. Est-ce que... tu en as eu l'occasion finalement ?

- En quoi cela te regarde-t-il ? dit suspicieusement le fantôme.

- En tant que sa fiancée, je m'inquiète pour lui, répondit la jeune fille en cherchant ses mots.

Mimi s'arrêta alors au-dessus d'elle et affronta son regard un moment qui parut une éternité pour Emma. Puis la silhouette transparente reprit sa ronde autour de son interlocutrice avec l'aisance qu'aurait pu avoir une sirène dans l'eau.

- Il m'est arrivé de le croiser, mais il m'a fuie à chaque fois, avoua-t-elle tristement.

Lorsqu'Emma commença à ouvrir la bouche, non surprise d'une telle révélation, Mimi l'interrompit en continuant son histoire.

- Jusqu'à il y a quelques jours.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ? demanda la jeune fille dont le cœur s'était emballé.

- J'ai senti sa détresse alors je suis allée à sa rencontre. Il n'a même pas eu la force de me chasser, comme il l'avait parfois fait. Après lui avoir tourné autour quelques secondes afin de tâter le terrain, je lui ai demandé ce qui pouvait mettre dans un état pareil un beau blondinet comme lui. Il n'eut qu'un rictus moqueur, son front humide toujours tenu par une de ses mains. Je lui ai alors dit que si c'était à cause d'une fille, j'étais prête à la hanter le temps de sa scolarité à Poudlard. Un magnifique rire jaune sortit de sa bouche et il m'a enfin adressée la parole, « Si seulement ça ne pouvait qu'être ça. », l'imita-t-elle. Il a une de ces classes quand il parle, un vrai aristocrate ! sembla envoûtée le fantôme qui se dirigeait vers le plafond, tournant sur lui-même.

- Il a dit quelque chose d'autre ? s'impatienta Emma.

- Il s'est mis à trembler, continua Mimi une fois être brusquement descendue au niveau de la jeune fille. Telle la feuille du plus royal des arbres. Son poing était serré jusqu'au sang. J'arrive à sentir cette odeur, cela me rappelle non pas ma mort, puisque j'ai été tuée à la suite d'un simple regard vers deux yeux jaunes, mais la boucherie dans laquelle travaillait mon père. J'ai trouvé cela tellement touchant qu'il tente de retenir ses larmes devant moi, en général les gens m'ignorent au point de se permettre les choses les plus intimes. Alors je lui ai fait part de mon expérience. Lui racontant les vertus que pouvaient avoir les pleurs. Que bien sûr, cela n'arrangerait en rien sa situation, que les boutons restent quoiqu'il arrive, incrustés dans la peau. Mais que cela pouvait soulager et qu'il valait mieux faire sortir toute sa douleur plutôt que de la laisser fermenter à l'intérieur. Alors il a cessé de trembler et a tourné ses beaux yeux bleus vers moi. Ses larmes ont coulé sur ses joues qui même légèrement creuses, semblaient délicieuses. Je lui ai conseillé de mettre des mots sur ses pleurs, car j'ai remarqué que cela permet souvent aux élèves qui viennent se confier à moi d'aller mieux. D'ailleurs tu te souviens quand toi, tu m'as parlée de la mort de ton père, lorsque cet homme dont il avait tué la femme et l'enfant t'avait pris en otage avant de finir par tuer ton père qui s'était sacrifié pour toi. Tu m'avais dit qu'au fond de toi tu te sentais coupable.

- C'est de Drago dont on parle, Mimi, la coupa sèchement Emma qui n'appréciait vraiment pas cette façon qu'avait le spectre de passer du coq à l'âne, autant dans ses mots que dans ses intonations.

- C'est vrai ! confirma-t-elle avec un sourire rêveur accroché sur le visage. Le pauvre, il a l'air à bout. Il m'a dit qu'il était foutu. Je lui ai répondu qu'il était surtout bien foutu, comme le disent les jeunes aujourd'hui. Mais apparemment, ça ne lui a pas vraiment plu puisqu'il s'est levé soudainement. Je me suis alors postée devant lui, mais il ne devait pas s'y attendre puisqu'il m'a traversé. Cela devait bien être le plus beau corps que j'ai traversé de ma mort ! Quoiqu'il y a bien eu Dave Goujon. Tu sais qu'il a failli perdre un œil en tentant d'approcher le Saule Cogneur, quel gâchis cela aurait été !

- Mimi ! s'impatienta Emma.

-J'y viens, Mademoiselle la fiancée ! aboya le fantôme, vexée, en approchant son visage tellement près de celui de la jeune fille que celle-ci sentit le bout de son nez se glacer.

Elle recula alors d'un pas.

- Désolée Mimi. Mais tu sais bien que c'est Drago qui m'intéresse, pas ce Dave Gouja, tenta-t-elle de la calmer.

- Goujon, mais c'est vrai que c'était un vrai goujat. Si tu t'intéresses tant que ça à lui, comment ça se fait que tu ne sois pas là pour lui remonter le moral ! reprocha la silhouette translucide d'une voix dont le ton montait en crescendo.

- Je suis là pour lui. C'est juste que... Tu as pu le constater toi-même, c'est un garçon orgueilleux, avec un certain égo. Il ne se laisse pas souvent aller aux confidences.

- En tout cas il a pu se laisser aller avec moi, fit fièrement Mimi, semblant mettre de côté toutes ces fois où il l'avait chassée.

- Est-ce qu'il t'a dit autre chose ?

- Pas vraiment, juste qu'il préférait mille fois se faire traverser par dix-mille fantômes plutôt que de faire face à ce qui l'attendrait une fois ayant quitté le château. Il m'avait insultée après qu'il m'eût traversée, alors tu comprends que je lui ai fait comprendre que cela ne se faisait pas d'insulter la personne qui voulait bien être à son écoute, aussi beau soit-on. Puis, il a dit qu'il était tard et qu'il ferait mieux d'y aller. Je lui ai proposé de détourner l'attention de Rusard le temps qu'il rejoigne son dortoir. Après un petit laps de temps durant lequel ses magnifiques yeux ne me quittèrent pas du regard, il me remercia d'une douce voix faible. Même s'il ne l'avait pas fait, je savais qu'il le pensait tellement son regard parlait pour lui. Avant qu'il ne parte, je lui ai demandé s'il viendrait me voir une prochaine fois. Il ne m'a pas répondu, mais m'a souhaité une bonne nuit en m'appelant par mon prénom, termina Mimi, perdue dans ses rêves, les deux mains jointes près de sa joue.

- Je te remercie énormément, Mimi, fut reconnaissante Emma, qui n'en avait pas attendu autant. En tout cas c'est très gentil à toi de te soucier de lui.

- J'espère qu'il reviendra au château sain et sauf, j'ai hâte de passer un nouveau moment en sa compagnie.

- Je crois... que je vais y aller, tenta de s'éclipser Emma qui ne savait pas vraiment comment conclure sa conversation avec le fantôme.

- Hum, maintenant que tu as eu ce que tu voulais ! rétorqua Mimi, piquée au vif. Pourquoi faut-il toujours qu'on vienne vers moi par intérêt, gémit-elle alors en éclatant en sanglots avant de se laisser glisser vers le siphon et de disparaitre dans des tourbillons.

Emma fixa ledit siphon, laissant son regard se perdre. Elle semblait atterrée par de telles révélations, même si au fond tout ceci n'était que l'explication détaillée et logique de ce qu'elle avait pu constater suite au départ soudain de Drago. Son désir premier fut de contacter le jeune homme au plus vite, mais elle se doutait que cela n'était pas la meilleure des idées. Hors du château, son fiancée lui semblait inaccessible. Il ne lui restait plus qu'à attendre son retour. Une bouffée d'angoisse s'empara soudainement de son corps. Et s'il ne revenait pas ? Non, c'était impossible. Il reviendrait, tenta-t-elle de se rassurer. Mais dans quel état... ?

Emma ne put s'empêcher d'avoir en tête ce que lui avait raconté Mimi Geignarde et par conséquent de s'inquiéter pour Drago. Elle dut faire face à d'autres montées d'angoisse au cours du reste de l'après-midi. Cela arrivait dès qu'elle se mettait à imaginer ce qu'il pouvait arriver à Drago si jamais il ne réussissait pas à remplir sa mission. Et malheureusement, cela ne la rassurait pas pour autant de l'imaginer réussir. A force de passer par de telles émotions, la jeune fille se sentait épuisée. Après le diner, suite à un rapide bonsoir à Théodore qui sentit qu'il y avait quelque chose, elle monta directement jusqu'à son dortoir et se coucha. Malgré les pensées qui agitaient son cerveau et son rythme cardiaque, elle s'endormit plus ou moins rapidement.

A son réveil, elle n'eut que quelques secondes de répit avant que tout ne lui revienne à l'esprit. Elle se sentait néanmoins plus apte à surmonter ses angoisses et ses inquiétudes. Après une douche chaude, elle descendit prendre son petit déjeuner et prit la résolution de se concentrer sur les choses positives qui surviendraient dans sa journée. Ainsi, en découvrant que ce matin-là étaient présents au menu des pains au chocolat à la française, elle entreprit de déguster ces derniers et d'y prendre plaisir. Lorsqu'elle sortit, elle rejoignit Théodore. La veille, elle lui avait promis de passer la matinée avec lui. Ce n'était d'ailleurs pas une si mauvaise idée, cela lui changerait les idées. Ce matin-là, ils décidèrent de se poser près des serres où se déroulait habituellement le cours de Botanique. Tous deux adossés à la paroi en verre, ils continuèrent de débattre sur le sujet abordé lors de leur marche pour arriver jusqu'ici. Une fois le dernier mot obtenu par Emma, un petit silence s'installa, durant lequel leurs regards furent attirés par la mêlée d'oiseaux s'éloignant de la cime des arbres de la forêt interdite face à eux. De là où ils se trouvaient, ces derniers n'étaient que de minuscules points desquels aucun son ne leur parvenait.

- Ca n'avait pas l'air d'aller hier soir, déclara Théodore.

- J'étais fatiguée. C'est bien connu, plus on ne fait rien, plus on est épuisé, tenta de se justifier Emma qui ne voulait vraiment pas aborder le sujet avec son ami.

- Mouai, fit-il, peu convaincu.

- Tu as pu t'avancer dans ton devoir de métamorphose finalement ? changea-t-elle alors de sujet.

Mais Théodore ne répondit pas, se contentant d'inspecter ses ongles.

- Qu'est-ce que tu me fais là ? Du chantage ? s'agaça-t-elle face à un tel comportement. Tu sais que c'est vachement féminin comme réflexe, que de s'inspecter les ongles.

Comme prévu, il lui lança un regard noir mais continua tout de même à se terrer dans le silence.

- Qu'est-ce que tu veux savoir, Théodore ! s'avoua vaincue la jeune fille, après plusieurs minutes.

- Ce qui te tracassait hier soir.

- Drago. T'es content.

- Je m'en doutais, répondit-il. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?

- Je n'en sais rien. Et c'est justement ça qui m'inquiète.

- Parfois, il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir.

- Merci pour cette seconde de philosophie, mais ça ne m'aide pas vraiment.

- Et à quoi voudrais-tu être aidée ?

- Je ne sais pas, tu en poses de ces questions ! Sans doute à déchiffrer le mystère qu'est Drago Malefoy, répondit-elle tout de même, voyant que le jeune homme attendait.

- Hum.

- Qu'as-tu dis déjà : il y a parfois des choses qu'il ne vaut mieux pas savoir. Alors évites de poser les questions, si tu sais que la réponse ne te plaira pas !

Légèrement vexé, et semblant ne pas vraiment supporter le sujet «Drago », Théodore ne dît pas un mot. Emma quant à elle, fut prise d'un petit rire, ce qui attira l'attention du Serpentard.

- Quoi ?

- Rien. C'est juste que cette phrase, il me l'a dite il y a quelques temps.

- Abstiens-toi de nous citer tous les deux dans une même phrase, tu serais gentille.

- Je n'ai pas exactement dit la phrase que tu avais prononcée, alors techniquement je ne t'ai pas vraiment cité, remarqua-t-elle alors que deux yeux lui lancèrent aussitôt des éclairs. Toi et Drago, vous n'êtes plus amis du coup ? était-elle curieuse de savoir.

- Non, vraiment ? ironisa le jeune homme.

- C'est à cause de moi, tout ça.

- Ce n'est pas non plus comme si l'on était les plus grands amis du monde. Et puis d'ailleurs, on a presque toujours été un peu rivaux, lui et moi. Ça doit venir de nos pères tout ça. Ils ne cessaient de se vanter de nos soit disant exploits, lorsque la magie se manifestait en nous quand nous étions gamins. «Mon fils a fait ceci ! » « Le mien, a fait cela ! »

- Vous vous connaissiez depuis si longtemps.

- Toi et Daphné étiez bien amies lorsque vous étiez gamines, pourtant vous ne l'êtes plus vraiment aujourd'hui.

- Ce n'est pas la même chose. Nous nous sommes éloignées dès nos huit ans, lorsque j'ai dû faire face à certaines choses.

- Toi tu as dû faire face à la mort de ton père et moi j'ai dû faire face à tes fiançailles. De toute façon, Drago Malefoy comme ami, ce n'est pas vraiment une grande perte. Désolé d'avoir mentionné ton père, ajouta-t-il après avoir remarqué la crispation de la jeune fille.

- Pour la peine raconte-moi comment vous agissez l'un envers l'autre désormais. J'espère que vous ne vous tabassez pas dès que vous vous voyez !

- On s'évite, on se lance des regards peu avenants, de temps en temps deux ou trois sortilèges malvenus dans le dortoir.

- De quel genre ?

- Du genre faire en sorte que la brosse à dent de l'autre soit insaisissable et sautille dans tous les sens ou que les draps recouvrent l'autre de manière à ce qu'il lui soit impossible de s'en dépêtrer au réveil.

- De vrais enfants ! commenta Emma en rigolant. Mais j'avoue que c'est plutôt marrant de vous imaginer dans ces situations.

- Tu rirais moins si c'était à toi que ça arrivait, assura Théodore avant de tourner son regard vers la jeune fille. En parlant d'amitié brisée, où ça en est entre Astoria et toi ?

- Nulle part. Elle m'en veut toujours pour la scène en plein milieu du Grand Hall et c'est peut-être mieux comme ça. Je ne supporte plus de lui cacher des choses.

- Pourquoi ne pas lui dire la vérité alors ? Autant qu'elle soit fâchée pour la vraie raison.

- C'est impossible. Je ne me sens pas capable de lui avouer que celui qu'elle aime depuis toujours est mon fiancé et que je lui cache ça depuis le début de notre amitié.

- Et si comme moi, elle apprend qu'au final les deux fiancés prennent du bon temps ensemble, ça risque de l'achever. D'ailleurs, en y repensant tu es immonde de jouer à la confidente alors que derrière son dos tu couches avec l'objet de ses rêves ! s'énerva-t-il soudain.

- Je te remercie d'enfoncer le couteau dans la plaie, Théodore, se lamenta la jeune fille en cachant sa tête entre ses genoux et ses bras.

- De rien.

Les deux amis décidèrent de rejoindre le château. Il n'était pas encore l'heure du déjeuner mais ils s'installèrent dans la Grande salle, sur la table vide des Serdaigle. Lorsque les couverts apparurent, Théodore resta où il se trouvait. Après tout, en cette période de vacances, qui cela choquerait-il ? De plus, puisque personne ne portait d'uniforme, la couleur des maisons ne se distinguait pas vraiment entre les élèves.

Le reste de cette courte semaine de battement prit fin un peu trop rapidement au goût d'Emma. Toutefois, cela signifiait que les élèves seraient de retour, y compris Drago. A cette pensée, la jeune fille eut soudainement peur qu'il ne revienne pas, qu'il ne le puisse pas... Mais cela était idiot, il reviendrait, elle en était persuadée. La question était de savoir quel serait son état d'esprit ?

oOo

La veille de la rentrée fut le seul jour pluvieux des vacances, comme si le ciel lui-même voulait les ramener à la réalité. Les élèves qui revenaient dans l'enceinte de Poudlard semblaient avoir ramené avec eux l'angoisse et la noirceur du monde extérieur. Les amis d'Emma la rejoignirent directement dans la Grande Salle pour le diner. Chacun raconta les vacances qu'il avait passé avec plus ou moins d'entrain selon la qualité de ces dernières. Essayant d'être discrète, la jeune fille scrutait la table des Serpentard à la recherche d'une tête blonde. Malheureusement, celle qu'elle espérait voir n'y était pas. Elle croisa cependant le regard de Théodore qui semblait indéchiffrable. Rompant le contact, elle reporta son attention à la conversation qui battait son plein à la table des Serdaigle. C'était sans compter sur Terry qui n'avait rien manqué et qui taquina son amie sur sa relation avec le Serpentard durant le reste du repas en essayant de savoir ce qu'il s'était passé entre eux durant la semaine. Heureusement pour Emma, le dessert ne dura pas bien longtemps et la bande d'amis avait hâte de rejoindre leur salle commune. Alors qu'ils quittaient la Grande Salle , elle s'excusa et s'éclipsa sous le regard de reproche de Michael. La jeune fille avait dans l'idée de demander à Théodore de passer un message à Drago si jamais celui-ci se trouvait dans le dortoir, puis de rejoindre la salle sur demande. Si son fiancé s'y trouvait, elle essaierait de lui faire savoir sa présence et si tel n'était pas le cas, elle attendrait qu'il daigne venir à sa rencontre.

- Je crois que je n'ai pas très envie d'avoir cette conversation, lança Théodore, se doutant de quelque chose en ayant vu Emma fondre sur lui une fois sorti de la Grande Salle.

- Je suis désolée d'avoir à te demander ça, s'excusa-t-elle sincèrement. Si jamais tu le vois, tu pourras lui dire que je dois lui parler. S'il-te-plait ? ajouta-t-elle d'un air penaud.

- Je verrai ce que je peux faire, ronchonna-t-il pas du tout motivé par la demande.

- Merci, Théo.

- C'est tout ce que tu voulais me dire je suppose ?

- Ce n'est pas non plus comme si on ne s'était rien dit depuis longtemps.

- Il va falloir que je me réhabitue à ne plus t'avoir pour moi tout seul, voire à ne plus t'avoir pour moi du tout, fit-il en s'éloignant vers le chemin menant au château.

- Il faut toujours que tu exagères, lança-t-elle un peu plus fort, pour qu'il l'entende.

Un sourire amusé apparut sur son visage lorsqu'elle vit la mimique identique sur celui de son ami. Lorsqu'elle se retourna dans l'optique de rejoindre le grand escalier de marbre, elle croisa le regard d'Astoria qui ne se trouvait qu'à deux mètres de là. Les deux filles s'observèrent durant quelques secondes. A la surprise de la Serdaigle, la Serpentard finit par la rejoindre, d'un pas toutefois maladroit.

- Alors, à quelle phase vous en êtes en ce moment ? l'aborda-t-elle.

- C'est quoi cette histoire de phase ? ne comprit pas vraiment, Emma.

- Tu sais, un coup vous êtes amis, un coup vous vous embrassez, un coup vous vous évitez... expliqua-t-elle, ce qui fit légèrement rire son interlocutrice.

- Et toi, aurais-tu quitté la phase où tu m'évites ?

- Tu n'as pas répondu à ma question, reprit Astoria sur un ton plus sec, faisant soupirer Emma.

- Théodore et moi, sommes dans la phase qui a toujours prédominé et qui prédominera toujours : nous sommes amis.

- Hum, bien sûr, répondit peu convaincue la plus jeune avant qu'un silence ne s'installe. Pour répondre à mon tour à ta question, j'avais osé espérer que tu viennes t'excuser auprès de moi. Mais tu n'as même pas daigné bouger le petit doigt.

- Ecoute, je suis désolée d'avoir réagi de cette façon la dernière fois. Tu ne mérites pas qu'on te parle comme je l'ai fait. Mais... ça a été comme la goutte qui a fait déborder le vase. Tu sais bien que je n'aime pas aborder le sujet Malefoy et tu n'arrêtes pas d'insister et...

- Pourtant c'est ce que font les amies : parler de leurs amourettes.

- Eh bien, il faut croire que je ne suis pas ce genre d'amie.

- Pourtant ça ne t'a jamais dérangé quand il s'agissait de Blaise. Et j'ai comme l'impression que ça ne te dérangerait pas s'il était question de quelqu'un d'autre.

- A partir du moment où l'histoire est possible, je n'y vois pas d'inconvénient.

- Donc je n'ai pas le droit de rêver, de fantasmer, d'avoir ne serait-ce que l'espoir que ce qui paraît impossible puisse se réaliser un jour ? Et toi Emma ? Tu n'as pas de rêves ? D'espoir pour une cause impossible ?

- Astoria,... commença-t-elle avant de soupirer et de secouer la tête.

- C'est quoi ton problème, Emma ? Ou peut-être devrais-je te demander c'est quoi ton problème avec Malefoy ?

- Je n'ai pas de problème avec Malefoy ! Enfin quoi ! C'est Malefoy, tout le monde déteste Malefoy ! Je ne vois pas en quoi c'est un crime de ne pas aimer parler et surtout entendre parler de Malefoy de la manière dont tu le fait. D'ailleurs je crois que j'ai prononcé son nom assez de fois comme ça en une seule et même phrase, balbutia presque Emma avec agitation.

- Oui et bien tu ferais mieux d'arrêter de dire son nom, il est dans le hall. Je n'ai pas envie qu'il nous entende comme la dernière fois ! Ou plutôt qu'il t'entende, chuchota-t-elle alors que les yeux d'Emma cherchèrent automatiquement l'objet de leur conversation.

- Il existe un moyen très simple pour que cela n'arrive pas : arrêter de parler de lui, répondit à son oreille la Serdaigle qui s'était avancée. Bonne nuit, Astoria.

Sur ce, Emma se dirigea vers l'escalier de marbre en haut duquel se trouvait Drago. Elle ne put s'empêcher de l'observer. Il adoptait une démarche lente, comme si quelque chose de lourd pesait sur lui. Elle perçut toutefois que le jeune homme prenait le soin de porter ce masque qu'il portait toujours en public. Elle le vit prendre le chemin des escaliers fixes, celui qu'il avait dû prendre plus d'une centaine de fois depuis le début de l'année. Lorsqu'à son tour elle atteignit la dernière marche de marbre, elle décida de continuer son chemin vers les escaliers magiques, de peur qu'Astoria ne soit restée à la fixer. La jeune Serpentard avait assez de questions comme ça, lui donner des éléments de réponses ne serait pas très opportun.

Une fois postée sur les marches, Emma ressentit l'impatience qui s'était emparée d'elle. Elle avait hâte de le voir, elle ne pouvait le nier. La jeune fille parcourut le couloir du septième étage à grand pas et arriva devant la tapisserie de Barnabas Le Folet la première. Au bout de quelques minutes, la silhouette du blond apparut et son corps s'embrasa. Elle détailla son fiancé alors qu'il s'avançait vers elle. Le jeune homme portait un cardigan sans manche noir sur une chemise blanche dont le col était nonchalamment ouvert. Elle le trouva beau ainsi. Leurs regards se croisèrent et ils ne se quittèrent plus des yeux. Une fois arrivé en face de la jeune fille, il s'arrêta et tous deux restèrent ainsi en silence. Aucun d'eux ne ressentit le besoin d'entamer la conversation le premier, trop occupés à s'observer. Toutefois, Emma eut envie d'une chose. Elle finit par s'exécuter, s'approchant lentement de lui, encadrant le visage de son fiancé de ses mains tout en se mettant sur la pointe des pieds. Comme au ralenti, leurs lèvres se touchèrent avant que leur baiser ne s'approfondisse. Le jeune homme glissa ses mains sur la taille de sa fiancée tout en se penchant vers elle afin qu'elle puisse mieux se tenir. Lorsque leur étreinte cessa, le silence persista encore quelques secondes avant que Drago ne finisse par le rompre.

- Je t'ai manqué tant que ça ? lança-t-il avec un sourire en coin.

- Il faut dire que je ne m'attendais pas à ne pas te voir des vacances, répondit-elle alors qu'il perdait immédiatement son sourire.

- Ne trainons pas dans le couloir, lança-t-il d'un ton trainant en amorçant les allers retours nécessaires à l'apparition de la salle.

Lorsqu'ils entrèrent, Emma fut surprise de se retrouver dans la copie de sa propre chambre.

- Alors comme ça, Nott a obtenu le grade de messager ? lâcha-t-il en s'avançant vers l'imitation du bureau d'Emma, au dessus duquel trônait une étagère parsemée de photos souvenirs.

- C'était vraiment en dernier recours, expliqua la jeune fille alors que Drago s'empara d'un cadre photo à l'intérieur duquel une fillette brune riait aux éclats dans les bras de son père qui souriait bienveillamment.

- Vous aviez l'air proche, constata-t-il en fixant la photo.

- Pourquoi crois-tu que j'ai autant souffert quand il est mort ?

- Hum... se contenta-t-il de répondre en reposant le cadre. Comment étaient tes vacances ? demanda-t-il en se retournant de manière à s'appuyer sur le bureau.

- Bonnes. Théodore et moi, on a pas mal discuté. Il sait que... commença-t-elle avant de se rendre compte qu'elle n'osait pas mettre des mots sur sa relation avec son fiancé face à lui. Et toi tes vacances ?

- Il sait quoi ? se méfia-t-il.

- Que... toi et moi, nous sommes plus que des fiancés sur parchemin, réussit-elle laborieusement à trouver les mots.

Pour réponse, un rire moqueur s'échappa de la bouche de Drago.

- Tu m'étonnes qu'il tirait la tronche en venant me chercher.

- Tu aurais cherché à me voir si je ne l'avais pas envoyé ?

- Pas forcément ce soir, mais je l'aurai évidemment fait.

- Pourtant tu n'as pas cherché à le faire lorsque tu es parti.

- Peut-être que je pensais que tu aurais suivi mon conseil et donc quitté Poudlard en même temps que moi.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu avais l'air tellement confiant la veille, demanda-t-elle avant que le jeune homme qui commençait à s'agiter ne parcoure la pièce en dépassant sa fiancée.

- Tu es une fille intelligente, Emma. Je suis sûr que tu as très bien toi-même pu répondre à cette question, répliqua-t-il alors qu'il faisait face au lit situé à gauche de la pièce.

- J'étais inquiète pour toi, dit-elle en s'approchant de lui. J'étais inquiète de te savoir, dehors...

- J'étais chez moi. Il n'y a rien d'inquiétant à rentrer chez soi, répondit-il d'une voix absente en fixant le vide et tournant toujours le dos à sa fiancée.

- Vraiment ? lança-t-elle, perplexe en provoquant le soupir las du jeune homme.

- Eh bien, je suis rentré maintenant. Tout est rentré dans l'ordre ! déclara-t-il avec humeur en s'asseyant sur le lit avant de s'y affaisser, fermant les yeux, une main sur son front.

Maintenant qu'il lui faisait de nouveau face, elle l'observa et le trouva épuisé, las, presque blasé.

- Pourtant malheureusement, il y a toujours de quoi s'inquiéter, n'est-ce pas ? fit-elle en rejoignant à son tour le lit.

Drago ne répondit pas et resta dans sa position. Au bout de quelques minutes de silence où Emma ne pouvait s'empêcher de fixer le jeune homme immobile, elle finit par s'approcher de lui. Elle ressentait ce besoin d'être en contact avec lui, de ressentir sa chaleur. Une fois installée à son tour sur le lit, elle entreprit de faire balader une de ses mains du col de sa chemise en y effleurant les quelques centimètres de peau à découvert, jusqu'au bas du ventre de Drago. A cet endroit, elle agrippa la double couche de vêtement du jeune homme des deux mains et la fit remonter de manière à ce que le flanc de son fiancé soit à nu. Celui-ci ouvrit les yeux de surprise.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-il faiblement alors qu'elle promenait sa main le long de son ventre, la tête posée sur son torse.

Elle aimait sentir la chaleur de l'autre à travers ces caresses. Décidant de ne pas s'en plaindre, Drago tira l'un des oreillers derrière lui et le mit sous tête afin de mieux avoir sa fiancée dans son angle de vue. Celle-ci, qui dans cette position lui tournait la tête et le dos ignora sa question et continua ses caresses. Elle observait cet abdomen qui sous ses mains se soulevait au rythme de la respiration du jeune homme. Ce dernier entreprit de faire glisser ses doigts dans les cheveux bruns lui faisant face.

-Ils ne t'ont pas fait de mal, j'espère, lâcha-t-elle soudain au bout de quelques minutes. Immédiatement, il ôta sa main des cheveux de la jeune fille en soupirant.

-J'ai été élevé à coup de Doloris, Emma. Je suis plutôt bien paré.

- Tu plaisantes ? se scandalisa-t-elle en se redressant de manière à tourner sa tête vers lui.

- Tout le monde n'a pas la chance de passer son temps à rire dans les bras de son père, rétorqua-t-il de sa voix trainante.

- N'imagine même pas lever la baguette de cette façon sur nos enfants, l'avisa-t-elle en le menaçant du doigt.

- Du moment qu'ils sont obéissants, tout se passera bien, répondit-il en prenant la main menaçante de la jeune fille et en la replaçant sur son abdomen.

Après quelques secondes, Emma se positionna plus confortablement sur le ventre alors que tous deux reprenaient leurs caresses.

- Je suppose que ta tante était chez toi.

- Tu supposes bien.

- Et c'est tout ? continua-t-elle d'une voix plus rauque qu'à l'accoutumée.

- Emma ! lui reprocha-t-il aussitôt.

Elle tourna alors la tête vers lui et capta un regard semblant lui dire de ne pas compter sur lui pour en dire plus. Elle reporta alors son attention sur le flanc du jeune homme. Avec un légère impulsion elle accompagna ses caresses de baisers ce qui le fit se tortiller fugacement sous le rire d'Emma. Les doigts de Drago quittèrent les cheveux de la jeune fille et suivirent la ligne de sa colonne vertébrale jusqu'à la naissance de ses fesses. Emportée par le désir qui montait en elle au fur et à mesure, elle finit par se positionner au-dessus de son fiancé et captura les lèvres de celui-ci. Tous deux obéirent alors à la passion et à leur envie de ne faire qu'un avec l'autre.

oOo

- Il est tard, on ferait mieux de rejoindre nos dortoirs.

Les deux fiancés étaient tous deux enlacés dans le lit, bien au chaud sous les draps. Après un coup d'œil à l'horloge de sa chambre, Emma comprit à contrecœur qu'il était temps qu'ils se quittent.

- Restons ici pour la nuit, déclara Drago contre toute attente.

- Pour que les filles me harcèlent de questions demain matin ? Sans façon.

- Tu préfères jouer ça aux échecs ? proposa le jeune homme en se remémorant une certaine nuit de l'année précédente.

- Je te ferais remarquer que c'est moi qui aie gagné la dernière fois ! lui rappela-t-elle.

- Je te ferais remarquer que tu es tout de même restée ce soir-là, répondit-il du tac-o-tac.

La jeune fille soupira, ne sachant pas quoi décider.

- S'il-te-plait... Avant que tout ne reprenne... lui souffla-t-il à l'oreille.

Emma fut alors définitivement convaincue après avoir levé subitement les yeux vers Drago. Son regard transperçant semblait lui aussi la supplier de rester auprès de lui pour la nuit. Comme il l'avait si bien dit, « avant que tout ne reprenne ». Elle lui tourna alors le dos et lui prit le bras gauche de manière à ce qu'il l'enlace, leurs corps s'emboitant l'un contre l'autre. Toutefois en tournant la tête, son regard tomba face au tatouage si lourd de sens du jeune homme. Prenant une grosse respiration elle se replaça et serra la main de Drago en mêlant leurs doigts avant d'y déposer ses lèvres.

- Qui aurait dit qu'Emma Oreiro était si câline, la nargua-t-il en reprenant l'expression qu'elle avait utilisée à son encontre un an plus tôt.

La jeune fille sourit à cette phrase.

- Bonne nuit « Trésor » ! fit-elle à son tour en se rappelant du surnom qu'il utilisait pour l'embêter il y avait des mois de cela.

- Bonne nuit, Emma, répondit-il d'une manière bien plus affectueuse que s'il avait usé d'un surnom quelconque.

oOo

Le lendemain, ce fut Drago qui se réveilla le premier. Il fallait dire qu'il n'avait pas le sommeil bien long depuis des mois déjà. Il en profita pour épier sa fiancée dans son sommeil. Le jeune homme l'envia presque de dormir aussi paisiblement. Il se demanda dans quel état il aurait été s'il n'avait jamais été fiancé à Emma. Cette dernière était en effet la personne auprès de qui il avait le moins de choses à cacher. Elle était celle avec qui il n'était pas obligé d'être sans cesse sur ses gardes. Elle était celle qui lui faisait presque oublier celui qu'il était devenu, celui qu'il devait être. Au fond, elle était sa bouffée d'oxygène dans l'asphyxie chronique qu'était devenue sa vie. Pour toutes ces raisons, il tenait à elle. Si elle était capable de telles choses à ce moment décisif de sa vie, elle ne pourrait que faire une bonne femme. Tout ceci était bien loin de ce qu'on pouvait appeler de l'amour. D'ailleurs, il n'y pensait même pas. En fin de compte, l'attachement qu'il avait envers Emma ne faisait que résulter du fait qu'elle était désormais l'un des membres de sa famille. Ce n'était ni une mère, ni une sœur, ni une quelconque cousine, mais sa fiancée, sa future femme. Et il ne pouvait s'empêcher d'être content que ce soit tombé sur elle.

Quoiqu'il en soit, malgré tout ceci, il ne fallait pas abuser de ce qu'elle lui apportait. Il n'en avait pas le temps, il n'en avait pas le droit. Il devait absolument se consacrer à sa tâche. Il ne lui restait plus qu'un peu moins de deux mois pour ça. Aucun choix n'était possible, car on ne choisissait pas entre la vie et la mort. Mais bien plus que pour sa propre survie, c'était celle de sa mère, de son père et celle de l'honneur des Malefoy qui étaient en jeu. Tout ceci reposait sur ses épaules. Sur ses épaules et sur une putain d'armoire, pensa-t-il. Il devait absolument la réparer. Drago avait souvent été chez Barjow et Beurk afin d'examiner sa jumelle. Il avait pu trouver de nouvelles pistes et s'était rendu compte qu'une pièce quasiment imperceptible était manquante dans l'armoire défaillante. Le jeune homme avait dû faire des pieds et des mains pour se procurer une pièce identique en un laps de temps aussi court. La bonne nouvelle était que des traces du passage de certains objets étaient présente dans l'armoire située dans l'Allée des Embrumes. Il y était presque il le sentait. Il l'espérait.

Drago se prit la tête entre les mains. Si ce genre de pensées commençait à persister alors qu'il était encore avec elle, cela n'allait pas du tout. Peut-être fallait-il la réveiller pour que cela cesse ? Il s'imagina un instant s'emparer de son oreiller et le lui lancer au visage pour la tirer de ce sommeil jalousement profond. Même si cela pouvait être amusant, entendre les cris de sa fiancée de si bon matin ne lui semblait pas très attrayant. Sans réfléchir plus que ça, il se pencha vers elle, lui embrassa la joue, puis la bouche, puis de nouveau la joue avant de descendre vers le creux de son cou. Remarquant qu'elle n'avait que très peu de réaction, il entreprit de lui souffler dans l'oreille.

« Réveille-toi, Emma. »

La jeune fille commença alors à se tortiller en gémissant faiblement.

« Hum... Laisse-moi dormir encore un peu. »

Sur ce, elle gigota les yeux toujours fermés, semblant se raccrocher à son sommeil et lui tourna le dos. Drago sortit du lit brusquement, maudissant le penchant d'Emma pour les grasses matinées. Il se dirigea vers la salle de bain attenant à la chambre qui était également représentée. Il se rinça le visage et s'essuya avec une des serviettes mises à disposition. Le jeune homme entrevit son reflet entre les pans de la serviette. Il n'aimait plus se regarder dans une glace, comme s'il voulait fuir l'image que le miroir pouvait lui renvoyer. Il baissa les yeux et reposa le tissu. Après une grande inspiration il releva la tête et fit face à lui même. Son regard fut attiré par la marque des ténèbres qui ondulait sur son avant bras gauche. Il était comme hypnotisé par les allées et venues du serpent dans les orifices de ce crâne.

- Drago ? fut-il sorti de sa contemplation en sursautant presque.

Après un dernier regard à lui-même, il quitta la salle de bain.

- Je croyais que tu étais parti, entama Emma, assise sur le lit, avant d'être prise d'un bâillement.

- Il est tôt encore, se contenta-t-il de dire en récupérant sa chemise. Il voulait à tout prix se couvrir le bras.

- Tu n'arrives pas à dormir ?

- Je ne suis pas un gros dormeur, contrairement à certaines, nargua-t-il en enfilant sa chemise.

- Excuse-moi de vouloir faire mes sept heures de nuit ! s'exclama-t-elle de mauvaise humeur alors que le blond souriait. Je peux savoir ce qui te fait sourire comme ça !?

- Je me disais juste que j'aurai mieux fait de te réveiller à coup d'oreiller, si c'était pour t'entendre râler comme ça.

- Le voilà ton oreiller ! répliqua-t-elle en lui lançant ledit objet à la figure.

Evidemment, ce fut avec facilité que l'attrapeur de l'équipe des Serpentard le réceptionna. Sans rien dire, il s'avança vers le lit, y monta, déposa l'oreiller et grimpa sur la jeune fille avant de s'emparer de ses lèvres.

- Qu'elle heure il est déjà ? eut-t-elle le temps de demander avant que Drago ne la fasse s'allonger l'embrassant de nouveau.

oOo

Lorsqu'Emma rejoignit son dortoir il n'y avait personne, ce qui était loin de lui déplaire. Elle se lava, mit son uniforme et prépara ses affaires pour la journée. Elle décida de sauter le petit déjeuner et de rejoindre directement sa salle de cours. Le professeur Rogue arriva en avance et fit entrer les quelques élèves qui l'étaient aussi. La jeune fille fut contente de ne pas avoir eu du tout à faire face à ses amis jusqu'à maintenant. Théodore entra en compagnie de ses deux amis de Serdaigle. Elle le salua d'un sourire amical mais reçut en retour ce qui semblait être un sourire forcé, presque grimaçant. Puisque Stephen et Kévin s'installèrent juste devant Emma, il se résigna à s'assoir à côté d'elle. Puis, arrivèrent ses amis. Alors qu'Anthony rejoignait directement sa petite-amie, Daphné, Terry sourit de toutes ses dents en la voyant ainsi assise à côté du Serpentard. Les autres quant à eux lui lancèrent des regards de reproche. Elle se détourna d'eux et reporta son attention sur Théodore qui discutait encore avec ses amis de devant. Lorsque leur discussion prit fin, le jeune homme s'affala contre le dossier de sa chaise et joua avec sa plume. Elle comprit qu'il savait. En même temps, il faisait partie des camarades de chambre de Drago, il était donc évident qu'il constate l'absence de ce dernier durant la nuit.

- Devine qui j'ai croisé ce matin, demanda-t-il d'un ton presque railleur.

Emma sut alors qu'il n'avait pas du faire que constater.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? souffla-t-elle d'un ton las.

- Il m'a remercié d'avoir fait commission, fit-il sèchement. Evidemment je ne te parlerai pas du regard éloquent qu'il m'a lancé, ajouta-t-il en se redressant sur sa chaise alors que le professeur Rogue qui s'était isolé dans son bureau, entrait dans la salle de classe.

Emma remercia silencieusement son professeur de commencer son cours au bon moment, tout en maudissant Drago qui d'ailleurs n'était pas encore arrivé. Des murmures de protestation parcoururent la salle lorsqu'il fit apparaître un sujet d'interrogation surprise au tableau. Tout le monde rangea ses livres et entama l'épreuve avec morosité. Au bout de cinq minutes, la voix sifflante du professeur Rogue attira l'attention d'Emma.

- Merci de nous honorer de votre présence, Monsieur Malefoy. Inutile de vous donner la peine de sortir vos manuels, un parchemin vierge suffira, avait-il déclaré froidement à son élève tout en désignant le sujet au tableau, alors que le jeune homme traversait la pièce pour s'installer aux seules places disponibles, à savoir devant le bureau du professeur.

Le retardataire sembla ignorer le regard de reproche de son professeur et s'exécuta en silence. A la fin du cours, le blond fut l'un des premiers à quitter la salle. Leurs yeux se croisèrent brièvement et Emma sut que « tout avait repris ». Le Drago sombre et renfermé était de retour. En rangeant ses affaires, elle repensa alors à ce qu'il lui avait dit avant qu'elle ne quitte la salle sur demande.

« Il est préférable que tu ne cherches pas à me voir. »

Sur le coup, la seule réponse qui lui était venue à l'esprit fut « Comme tu voudras. ». Il était vrai, que vu l'heure tardive elle avait été obligée de rejoindre absolument son dortoir, il n'y aurait donc pas eu assez de temps pour débattre sur le sujet. Avant qu'elle ne s'en aille, il lui avait tout de même offert un dernier mais bref baiser.

- On se recroisera en potions je suppose, l'avait sortie de sa rêverie son voisin de table, sur le point de partir.

- Bien sûr ! A toute à l'heure, lui répondit-elle avec un sourire amical auquel le jeune homme se sentit obligé de répondre. Lorsqu'il s'éloigna, elle enfila son sac en bandoulière et sortit à son tour de la salle de classe.

- Emma ! C'est une chose d'avoir un petit-ami. Ç'en est une autre de laisser tomber lâchement ses amis ! l'aborda Padma alors qu'Emma se retrouva soudainement entre ses deux camarades de chambre.

- Surtout qu'on vient à peine de rentrer de vacances ! renchérit Mandy.

- Et surtout que tu as eu l'occasion de le voir durant toutes les vacances, enchaina l'indienne.

- Je ne sors pas avec Théodore, soupira Emma qui n'avait pas répondu tout de suite.

- C'est ça et moi j'ai vu un Ronflak Cornu dans mon jardin, répliqua Padma.

- Mais tu étais bien avec quelqu'un hier soir ? demanda Mandy.

- Oui, mais ce n'est pas pour autant que je sors avec... Théodore, répondit Emma qui préférait tenter de leur cacher la vérité plutôt que de leur mentir.

- Tu veux dire par là que ce n'était pas Théodore ou que vous ne sortez juste pas officiellement ensemble ? releva Mandy.

- Entre Daphné et toi, Nott a l'air plutôt friand des « amitiés dérivées », lança l'indienne qui semblait plutôt pencher pour la deuxième solution.

- Si ce n'est pas Nott, je me demande bien qui cela pourrait être, fit la voix faussement innocente de Michael qui surgissait entre Emma et Padma.

Emma ne put s'empêcher de se retourner vivement vers le nouvel arrivant, se retenant tout juste de stopper sa marche.

- Bon, je vois que je dérange, conclut-il, un rictus sur les lèvres, avant d'accélérer son pas et de les dépasser.

Le regard de la brune tomba alors sur Padma qui la fixait, suspicieuse.

- Il sait quelque chose... Michael ! Tu sais quelque chose ! s'exclama-t-elle en accourant vers son ami.

- Alors comme ça c'est quelqu'un d'autre ? demanda prudemment Mandy.

Emma se sentit prise au piège et arrêta sa marche. Elle regarda son amie dans le fond des yeux et vit que celle-ci attendait une réponse sincère.

- Non, Mandy. J'étais avec Théodore hier soir, déclara la jeune fille avec une assurance qu'elle n'imaginait pas possible.

- Je te crois, Emma, affirma la blonde avec un sourire rassurant. C'est pas tout mais notre prochain cours ne va pas nous attendre !

Alors que les deux jeunes filles accéléraient leurs pas, Emma, le cœur serré, avait envie de hurler. Même plus que ça, son mensonge lui donnait envie de vomir. Le souffle semblait lui manquer. Mais elle prit sur elle pour sauver les apparences. Ça y était, elle avait franchi cette ligne si fine qui reposait entre le fait de simplement cacher certains éléments de vérité et le mensonge.

oOo

Une semaine était passée depuis la rentrée et Emma ne pouvait que constater que les boucliers qu'elle avait forgés afin de supporter sa situation faiblissaient de jours en jours. Elle se sentait oppressée dans chaque relation qu'elle entretenait avec les différentes personnes de son entourage. Ses conversations avec Mandy ne faisaient qu'empirer son sentiment de culpabilité, la suspicion de Padma à son égard ne faisait qu'accroitre et ce n'était pas Michael qui allait venir à son aide. Même avec Théodore qui en savait le plus, les choses n'étaient plus comme elles l'étaient durant les vacances. Et les quelques fois où elle avait croisé Astoria n'arrangeaient rien. Même si cette dernière n'avait pas une seule fois abordé le dossier « Malefoy », Emma n'en pouvait plus de jouer ce rôle. Elle ne supportait plus d'être cette fille qui mettait tout en œuvre afin de protéger son secret peu important les dommages collatéraux. Et quel secret ? Celui-ci semblait grossir constamment. Il y avait plus d'un an, elle n'était qu'une simple Sang-pur forcée à s'unir selon les traditions à un des personnages les plus détestés de son école. A l'heure d'aujourd'hui, elle était la jeune fille qui pour ne pas risquer la vie de son fiancé, devait garder pour elle la condition de mangemort de ce dernier. Comment les choses avaient elles pu évoluer ainsi ? Pourquoi tout cela lui arrivait à elle ?

Elle aurait bien eu envie d'aller vers Drago. Elle savait qu'en général, chaque rencontre avec lui renforçait son équilibre. Moins elle le voyait, plus la raison pour laquelle elle subissait tout ce manège lui échappait. Mais le jeune homme avait l'air d'avoir d'autres hypogriffres à fouetter. Il lui avait d'ailleurs interdit de manière informelle de chercher à le joindre. Et pour couronner le tout, il fallait évidemment qu'elle s'inquiète pour lui. Drago semblait tout simplement ne plus être là. Son corps ne séchait jamais les cours, mais son esprit était définitivement ailleurs. Lorsqu'un jour elle croisa Harry Potter en regagnant sa salle commune, elle se rappela qu'elle devait prévenir son fiancé du probable rodage du Gryffondor. Le Serpentard devait bien s'en douter après ce qu'il s'était passé le jour où Crabbe, ou bien était-ce Goyle, avait laissé tomber cette balance. Mais l'on était jamais sûr de rien.

En ce moment, il était difficile pour elle d'affronter ou plutôt de s'affronter en compagnie de ses amis, mais cela n'était rien à côté du fait de devoir s'affronter soi-même. Même les cours ne suffisaient pas complètement à faire abstraction de ses tourments. Ainsi, tout semblait aller mal. Ce qu'elle ignorait cependant, était qu'une blessure bien plus profonde n'allait plus tarder à se rouvrir...


Coupure suspens !

J'espère que cette première partie vous aura plu ! Le thème des vérités et du mensonge est pas mal abordé et cela ne fera que se poursuivre dans la deuxième partie... Des idées pour la suite à venir ?

A bientôt !

Desea Oreiro