Bonjour à tous,
J'espère que vous allez bien.
Voici le prochain chapitre, j'espère qu'il vous plaira.
Je vous remercie tous pour vos joyeux messages. Je vous embrasse.
Lou De Peyrac.
Chapitre 23 :
Le soir venu, Anna rentra du travail. Elle fut surprise de trouver les affaires d'Elsa, posées en plein milieu de l'entrée. D'ordinaire, sa psychorigide de sœur ne laissait rien trainer. Elle fut étonnée plus encore de ne pas voir son chat l'attendre derrière la porte comme Joséphine le faisait toujours depuis qu'elle été bébé.
Alors, sans se débarrasser de ses propres affaires, Anna fit un petit tour de l'appartement et remarqua que rien n'avait bougé.
Voyant qu'il lui restait un travail monstre à abattre en début de soirée, elle avait envoyé un message à sa sœur, lui indiquant qu'elle n'était pas forcée de l'attendre pour manger, qu'elle rentrerait probablement tard.
Mais, arrivée dans la cuisine, elle ne vit aucune vaisselle sale. Elsa n'avait pas mangé. Elle fronça les sourcils en voyant un papier griffonné aimanté au frigo.
Mak m'a largué. Je ne veux pas en parler. Joséphine dort avec moi. A demain.
Ps : Je t'interdis de l'appeler.
Anna passa une main sur son visage. Wow… ça ce n'était pas prévu. Mak avait largué sa sœur ? Comment ? Pourquoi ? Rien n'envisageait une rupture potentielle. Et finalement, ce qui l'inquiétait le plus, était que sa sœur était en ce moment même en train de dormir avec leur chat qu'elle détestait.
La rouquine soupira et se retint d'aller toquer à la porte de chambre d'Elsa. Elle savait que c'était inutile. Elle connaissait sa sœur et ses colères qui pouvaient se révéler parfois tranchantes. Et elle devait avouer qu'elle ne voulait pas en être la cible ce soir.
Elle n'imaginait même pas dans quel état devait être Mak si Elsa s'était énervée sur elle…
Mais elle choisit, pour une fois, de ne pas se mêler de cette histoire pour ce soir. Elle en parlerait calmement avec Elsa demain, du moins, elle l'espérait.
Le lendemain, Anna se réveilla et tenta de démêler la tignasse folle qui s'imposait sur sa tête. Cet exercice lui prenait un temps fou tous les matins et d'ordinaire elle avait la patience de s'y atteler. Mais ce matin, c'était différent. Ce matin, elle noua le tout en un gros chignon flou parce que sa sœur avait besoin d'elle.
Elle sortit de sa chambre et croisa Elsa dans le couloir. Elsa, des cernes sous les yeux, les traits tirés en se disant qu'elle n'avait jamais trouvé sa sœur si peu jolie et qu'elle n'avait sans doute pas beaucoup dormi.
Anna ne dit rien, ne la prit surtout pas dans ses bras en sachant que ce n'était pas ce dont Elsa avait besoin dans l'instant. Les deux sœurs, sans un mot se dirigèrent dans la cuisine. Elsa s'assit sur la table en se frottant le visage alors qu'elle se souvenait du baiser qu'elle avait partagé dans cette cuisine avec Mak. Des flash-backs qui lui revenaient en mémoire alors qu'elle espérait qu'ils disparaissent.
- Tu veux un café ? Demanda Anna, brisant le silence.
- Un double, répondit Elsa et la rouquine pu juger de l'état d'esprit de sa sœur rien qu'avec le ton froid qu'elle prenait.
- Tu ne veux toujours pas en parler ? Demanda-t-elle prudemment.
- Non.
- Elsa… souffla Anna en lui tendant une tasse de café.
- Anna, non, trancha l'enseignante en lançant un regard meurtrier à sa sœur alors qu'elle approchait la tasse de ses lèvres.
Elle s'en offrit une gorgée en espérant se calmer un peu alors qu'Anna partageait cet espoir.
- Très bien, répondit sèchement la rouquine en tournant le dos à sa sœur, refusant de subir la colère de celle-ci.
Elle fit quelques pas pour sortir de la cuisine mais s'arrêta quand elle entendit Elsa soupirer :
- Excuse-moi…
Alors, Anna se retourna, défia le regard de sa sœur et s'exclama :
- Ça dépend. Tu comptes me parler ou ruminer comme tu le faisais lorsque nous étions enfants ? Tu veux que je te rappelle à quel point ça nous a détruit ?
- D'accord Anna… soupira Elsa en grimaçant. Ne crie pas s'il te plaît.
Anna sourit enfin avant de venir s'assoir près de sa sœur.
- Bien, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Elle m'a larguée, dit simplement Elsa en haussant les épaules, se demandant bien ce que sa sœur n'avait pas compris là-dedans.
- Développe.
- Je n'en sais pas plus…
- Vraiment ? Mets-y du tiens, il y a forcément une raison.
- Je ne sais pas, Anna, soupira Elsa, frustrée. Comment veux-tu que je sache ce qui se passe dans cette tête de gamine surdouée. Elle est incapable de penser comme tout le monde ! S'énerva-t-elle et Anna sut que la patience de sa sœur ne tenait qu'à un fil.
- Elsa, calme-toi. Tu deviens méchante, prévint la rouquine.
- Je viens de me faire larguer, j'ai le droit d'être méchante, répliqua Elsa en se levant pour faire les cent pas dans la cuisine, une main pressant l'arête de son nez.
- Tu as le droit, mais ça ne fera qu'empirer les choses.
- Que reste-t-il à empirer Anna ? Demanda Elsa sans attendre de réponse. C'est la première fois que je me fais larguer et c'est à cause d'une gosse de 17 ans, j'en reviens pas… soupira-t-elle.
- Elsa… essaya Anna.
- Je n'aurais pas dû m'intéresser à elle, ressentir ne serait-ce qu'une once de pitié. Je me suis laissé attendrir par ses petits yeux, son passif…
- Elsa… essaya encore Anna.
- Elle m'a eu… rit amèrement l'enseignante. Je pensais pouvoir être toujours là pour elle. J'ai tout risqué pour elle et elle m'a jeté, dit-elle un peu plus fort.
- Elsa, arrête ! Cria Anna. Tu ne peux pas dire toutes ces horreurs.
Elsa resta bête face à la voix étrangement puissante de sa sœur. La blonde se tut et attendit. Anna reprit :
- D'accord tu as le cœur brisé, mais c'est une maladie répandue dans ce monde, souvent par ta faute d'ailleurs, et ce n'est pas une raison pour lui cracher dessus comme tu le fais. Je sais que tu as de la peine, mais cesse d'être aussi piquante.
Elsa inspira profondément, tentant de trouver un écho aux dires de sa sœur.
Elle jeta un œil à sa montre et soupira :
- Il faut que j'aille bosser…
- Ok, on en reparlera ce soir si tu veux.
L'enseignante hocha la tête en attrapant ses clés de voiture pour se diriger vers l'entrée.
- Et, Elsa ? Appela Anna.
La blonde se retourna en enfilant son manteau.
- Ne sois pas trop dure avec elle, d'accord ?
Sans promettre quoi que ce soit, Elsa hocha la tête avant de quitter son appartement.
Anna soupira et sentit le pelage de son chat se frotter contre sa jambe. Elle attrapa l'animal et lui caressa la tête.
- Salut, toi. Tu as bien dormi ? Je n'aurais jamais pensé dire ça un jour, mais tu es bien la seule qu'Elsa supporte aujourd'hui.
Mak sentit son stresse monter alors qu'elle attendait devant la salle 206. Elle n'aurait jamais cru que retourner en cours, surtout en cours de philo, puisse être aussi dur. Et encore, Elsa n'était pas encore arrivée, et était même un peu en retard. Toutes les autres classes étaient déjà entrées en cours. Son cœur battait à tout rompre, ses mains étaient moites, ses jambes la portaient à peine.
Tous ses camarades riaient, discutaient autour d'elle. Kuzco et Esméralda étaient en pleine conversation et ne prêtait que peu attention à elle et, finalement, elle préférait ça.
Les secondes passaient, et son stresse montait encore d'un cran. Non, elle ne pouvait pas. Elle n'y arriverait pas. C'était au-dessus de ses forces. Elle ne pouvait pas affronter Elsa. Du moins, pas aujourd'hui, pas après tout ça.
Rapidement, elle attrapa son sac, le jeta sur son épaule, et courut presque vers le grand escalier qui menait à la cour.
Elle descendit quelques marches en manquant de tomber, serrant sa main sur la rampe. Elle allait tourner sur l'un des paliers pour rejoindre la deuxième série de marches, lorsqu'elle lâcha presque un cri de surprise en se confrontant à une Elsa qui la surplombait de toute sa hauteur.
Une Elsa qui se retrouva si proche d'elle qu'elle aurait pu tomber dans ses bras et aimer ça. La surprise passée, l'adolescent plissa les yeux en remarquant une colère palpable sur le visage de son professeur.
Mon dieu qu'elle est jolie… ne put s'empêcher de penser la jeune fille, faisant fi de l'air exténué flagrant de l'enseignante.
Oui, enfin, n'oublie pas qu'elle te déteste… souffla la petite voix qui s'était faite rare ces derniers temps.
- Lichtenstenner, bonjour, lança tout de même Elsa d'une voix faible et sans âme. Où courrez-vous comme ça ?
Mak, que sa répartie habituelle abandonnait, se retrouva bête devant cette question pourtant simple.
- Je …
- Si je ne m'abuse, la salle 206 est par là, coupa Elsa en montrant le haut des escaliers. Je peux vous escorter si vous ne vous sentez pas capable d'y aller seule, proposa-t-elle poliment même si Mak savait qu'il n'y avait pas une once de politesse dans cette phrase.
L'adolescente soupira, ses épaules s'affaissèrent en remarquant qu'Elsa ne semblait plus avoir un brin de sympathie à son égard.
Face au manque de réponse et de geste de l'adolescente, Elsa inspira, essayant encore une fois de se calmer, se penchant à l'oreille de son élève qu'elle sentit frissonner et expliqua à voix basse :
- Que tu ne veuilles plus que je sois ta nana est une chose, mais je n'en reste pas moins ton professeur, principal qui plus est. Que tu le veuille ou non, je ne te laisserai pas foirer ton année.
Mak, qui s'attendait un peu à quelque chose comme ça, ne dit rien mais hocha simplement la tête, essayant de se souvenir qu'Elsa agissait ainsi pour son bien.
- Tu as pris du retard la semaine dernière, reprit l'enseignante. Il va falloir remédier à ça, et ça commence maintenant, imposa-t-elle et Mak sut qu'elle n'avait pas le choix. Madame Lange, la version terrifiante de Madame Lange était de retour, pareil à la femme qu'elle avait vu lors de leur premier cours ensemble.
Le lycée, les cours, le bac… si Elsa n'avait pas été son professeur, elle en aurait presque oublié tout ça… son cerveau était en saturation totale, comment pouvait-elle espérer ne suivre qu'un cours de philo ? Elsa, même si elle la flinguait du regard, la connaissait encore mieux que personne. Si Mak s'écoutait, elle se terrerait dans sa chambre, au fond de son lit et attendrait les vacances d'été sans se soucier de sacrifier son avenir.
La fille aux cheveux bleus, se sentant un peu plus minable à chaque seconde, baissa les yeux. Etait-ce parce qu'elle lui manquait tant ? Parce que la chaleur de ses bras la rassurait depuis des mois ? Parce que la vie lui avait paru tellement plus douce à ses côtés ? Elle n'en savait foutrement rien et pourtant… dans un moment d'extrême faiblesse, elle remercia l'escalier d'être désert et laisse son front tomber sur l'épaule de la blonde.
Elsa se tendit au contact mais ne bougea pas d'un cil, serrant l'anse de son sac pour éviter que sa main ne finisse par se perdre dans les cheveux bleus comme elle avait tant envie de le faire.
- J'ai peur… entendit-elle.
L'enseignante faillit rouler des yeux en se souvenant qu'elle avait tout fait pour se rapprocher de la gosse durant des mois alors que celle-ci refusait de se confier à elle, et maintenant qu'elle tentait de la faire fuir, la jeune fille qui paraissait bien démunie, la confondait avec un confessionnal.
Esprit de contradiction… soupira-t-elle intérieurement en se rappelant les mots clandestins qu'elle avait écrit sur ses copies, les non moins clandestines leçon de conduite durant lesquelles elle avait tenté de la comprendre… mais à chaque fois, Mak fuyait, se renfermait, luttait encore et toujours.
Et aujourd'hui… maintenant qu'elle se montrait froide, insensible en essayant de ne pas paraître trop cassante pour obéir à Anna, Mak avait un geste pour elle. Un geste qu'elle n'attendait pas. Un geste qui la chamboula bien plus que de raison encore une fois. Ce n'était rien d'autre qu'un léger coup de tête, qu'un front sur une épaule. Et pourtant, ça signifiait tellement. Un appel au secours qu'Elsa se maudissait de devoir ignorer…
L'enseignante prit le temps d'être faible et de sentir son parfum, tenta de calmer les battements de son cœur, et murmura :
- De quoi ?
- Que tu me déteste… murmura l'adolescente sur le même ton.
Elsa soupira légèrement. Elle aurait dû s'y attendre et quelque part, elle se mettait à sa place. Si elle avait largué l'un de ses profs en étant au lycée, elle n'était pas sûre qu'elle aurait pu revenir en cours. Mais malgré le brin de compassion qui perçait son cœur, elle savait qu'elle n'était pas en droit de lui mentir, et qu'effectivement, une partie d'elle la détestait. Mais la pire constatation à laquelle elle fut confrontée, était que non seulement Mak avait peur qu'elle la déteste, mais que, par extension, elle choisissait de ne pas avouer qu'elle avait peur d'elle, tout simplement. Et l'enseignante se maudissait déjà de faire poindre une telle crainte dans le cœur de la jeune fille.
- Oui je te déteste, soupira enfin Elsa alors qu'elle vit clairement le petit corps se tendre à cette affirmation. Mais ça ne changera pas mon enseignement pour autant, assura-t-elle alors, qu'encore ce matin, elle n'aurait pu affirmer une chose pareille.
Doucement, peut-être parce qu'elle se l'accordait encore un peu, tentant maladroitement se s'accrocher à l'idée qu'elle ne l'avait pas totalement perdue, Elsa se recula d'un ou deux centimètres, attrapa le menton de son élève entre son pouce et son index, et murmura :
- Alors maintenant Lichtenstenner, vous allez sagement retourner m'attendre devant ma salle de cours avant que Weselton ne vous affuble d'une heure de colle que je devrais moi-même vous donner pour avoir tenté de sécher mon cours, expliqua Elsa d'une voix calme mais ferme. Je fermerai les yeux pour cette fois, mais pour cette fois seulement, suis-je claire ?
Mak, qui n'avait jamais été confronté à cette vision d'Elsa, peina à se souvenir que la blonde s'était un jour endormie dans ses bras, et, abasourdie, hocha vivement la tête.
- Oui, Madame, répondit-elle seulement, bien incapable de dire quoi que ce soit d'autre.
Et étrangement, à la suite de ce discours, Mak ne parvenait pas à savoir si elle ressentait l'envie d'étrangler Elsa à pleine main, ou de l'embrasser à pleine bouche. Quelque chose, qu'elle crut malsain une seconde, lui hurlait qu'elle n'avait jamais vu Elsa si belle malgré le regard meurtrier qu'elle lui lançait. Et Mak se demanda même si elle ne préférait pas ça à la douceur jusque-là inébranlable de son professeur.
- Lichtenstenner, il me semble vous avoir demandé quelque chose, gronda Elsa, sortant son élève de ses rêveries, bien loin de se douter de ce qui se passait dans l'estomac de l'adolescente.
Mak revint parmi les mortels et se força à ne pas balbutier quoi que ce soit avant de faire demi-tour, l'enseignante sur les talons, bien décidée à ne pas lui donner une nouvelle raison de lui faire la morale. Mais, quelque part, aussi étrangement que cela pouvait paraître, elle aurait pu se laisser tenter.
Encore une fois, les jours défilèrent, puis encore une semaine, puis deux, puis trois…
Mak, qui avait suivi les ordres de Madame Lange n'avait pas manqué un seul cours depuis leur altercation dans l'escalier, et ses notes s'en ressentaient. Aller en cours, c'est d'ailleurs bien la seule chose qu'elle avait su faire durant ces trois semaines. L'adolescente se levait, avalait quelque chose - de léger la plupart du temps - pour faire plaisir à sa mère. Puis elle se rendait en cours, écoutait, prenait tout ce qui était bon à prendre, ne se confrontait à aucun professeur, tel un automate, et repartait. Le soir venu, elle bossait un peu ses cours, prenait de longues douches, mangeait, encore une fois pour faire plaisir à sa mère et allait finalement se coucher.
Elle avait appelé Oaken, lui expliquant qu'elle avait été forcée de rester chez elle durant une semaine à la suite de problèmes familiaux. Bien loin de s'imaginer tout ce qu'il se passait dans la vie mouvementée de la jeune fille, le norvégien avait compris et, lui expliquant que les clients se faisaient rares à cause de la grosse vague de froid qui touchait Arendelle, il n'avait finalement pas tant besoin d'elle que ça.
La gosse n'assurait donc maintenant que le service du samedi. Depuis le début de l'année, elle était parvenue à économiser assez d'argent pour espérer une date pour tenter de passer son permis. Son anniversaire approchant à grand pas, elle s'était renseignée et avait vu que son auto-école autorisait des gamins proches de la majorité à tenter leur chance, à la condition qu'ils ne commencent à rouler qu'une fois majeur.
Elle s'était dit que c'était peut-être le bon moment, mais en avait finalement conclu, que pour l'instant, toucher une voiture ne ferait que l'angoisser plus qu'autre chose. Une voiture sans Elsa, elle ne voulait pas y penser…
Elsa… au niveau des cours de philo, c'était comme le reste de sa vie… monotone. Elsa l'ignorait la plupart du temps et Mak ne savait pas vraiment si elle aurait préféré que son professeur soit sur dos, même pour de mauvaise raison. Après tout, elle savait que l'ignorance était la pire des vengeances. L'enseignante, toujours extrêmement professionnelle, répondait à ses questions, même si elles se faisaient rares. Et pourtant, elle ne lui souriait jamais, comme elle l'avait dit, elle était son professeur, et rien d'autre que son professeur. Et Mak savait mieux que personne que les professeurs n'étaient pas payés à sourire.
Les différents chapitres de philo s'enchainaient et, comme toujours, les dissertations de l'adolescente se révélaient presque parfaites. Alors, Madame Lange, quelque soit la note, posait la copie devant elle, sans un regard, sans compassion, sans félicitation, si bien que Mak avait presque envie de foirer un devoir ne serait-ce que pour la voir réagir. Elle l'engueulerait, mais au moins, elle existerait un peu à travers ses yeux. Les appréciations au stylo rouge en haut de ses devoirs n'existaient plus. La froideur d'Elsa était pareille à une armure de glace, froide et impossible à percer. Et avec les vacances de Février qui approchaient, Mak se demandait combien de temps elle allait tenir ainsi.
Rider était le seul contact humain qu'elle affectionnait encore un peu. La prof d'Art lui avait fait l'éloge de son projet pendant au moins dix minutes et l'adolescente s'était dit que, parce qu'elle s'était servie de la mort de son père pour monter cette vidéo crève-cœur, elle ne méritait pas les fleurs qu'on lui lançait. Elle ne voyait vraiment pas ce qu'il y avait de noble là-dedans, car, si son père était toujours en vie, elle n'aurait probablement pas de projet à présenter au bac…
En ce samedi après-midi, le souvenir d'Elsa se diluait quelque peu avec tout le travail que devait amortir l'adolescente. Quelques clients en terrasse, d'autre en salle, prenaient du bon temps. La journée était chargée, mais la jeune fille fonctionnait au ralenti, et les clients, anesthésiés par le froid, ne lui en tenaient pas rigueur.
Aux alentours de 16h, alors qu'un vent glacial passait dans les rues d'Arendelle, Mak prit sa pause et s'installa à une table devant le glacier une fois que tout le monde fut servi. Elle sortit une cigarette de sa poche et prit, elle aussi, un peu de bon temps truqué mais bien mérité.
Elle s'égara dans ses pensées, observant les gens passer dans la rue piétonne. Puis elle entendit le frottement d'une chaise qu'on déplace sur l'asphalte et ce fut une bombe rousse qui la fit sursauter. Elle revint rapidement à elle et leva les yeux sur une Anna qui s'assit en face d'elle.
- Hey, salua la rouquine.
- Salut, répondit Mak. Tu veux boire un truc ?
- Non, je n'ai pas le temps, Elsa ne sait pas que je suis là.
- Comme toujours, sourit presque l'adolescente.
- Tu veux bien me dire ce qui se passe ? Demanda doucement Anna.
- Il ne sert à rien que j'essaye de te mentir, c'est ça ?
- Exactement.
- On nous a vu, Anna… soupira l'adolescente, honteuse.
Les yeux de la rouquine s'écarquillèrent.
- Quoi ? Mais quand ? Où ? Qui ? Débita-t-elle rapidement.
- Le week-end de l'anniversaire d'Ariel, j'ai oublié mon sac chez vous, commença Mak. Elle me l'a apporté au glacier. Un surveillant de mon lycée… un ami, rectifia-t-elle, nous a vu. Je ne sais pas comment exactement, soupira-t-elle comme si elle avouait une faiblesse, mais il est venu m'en parler.
Anna prit le temps d'enregistrer toutes ces informations qui expliquaient tout, puis demanda :
- Et alors ?
- Alors j'ai tout nié en bloc, répondit précipitamment l'adolescente. Et il m'a cru, assura-t-elle. Il n'a plus aucun soupçon Anna, je te jure qu'Elsa est innocentée, promit-elle encore.
- Je te crois, ne t'inquiète pas, rassura la rouquine. Mais pourquoi tu ne lui en parles pas ?
- Parce que tu la connais, sourit tristement Mak. Elle va paniquer alors qu'il n'y a plus lieu d'être.
- Mais je ne comprends pas, pourquoi tu l'as quitté si elle n'a plus rien à craindre ? Demanda Anna en fronçant les sourcils.
Mak inspira, cherchant les mots justes pour espérer faire comprendre sa réaction qui avait surpris tout le monde il y a de ça trois longues semaines.
- Parce que je préfère qu'elle me déteste parce que je l'ai quitté, plutôt qu'elle me quitte parce qu'elle craint ce qui pourrait lui arriver par ma faute. Je supporte mieux le fait qu'elle me haïsse que le fait qu'elle est peur de moi.
Anna ne dit rien, assimilant doucement les mots de la jeune fille, tentant de comprendre sa logique en se disant qu'Elsa n'avait pas tort quand elle disait qu'elle ne pensait pas comme tout le monde.
- Elle risque trop gros en restant avec moi, continua douloureusement Mak. Je ne mérite pas qu'elle sacrifie autant pour moi. Ne lui dit rien, je t'en prie. Je n'imagine même pas la crise qu'elle va me faire si elle sait que j'ai pris la décision pour nous deux.
- Je ne lui dirais rien, je te le promets. De toute façon depuis que je te connais, je n'en suis pas à mon premier mensonge pour ma sœur. Elle pense que je suis avec Kristoff, soupira Anna.
- Comment elle va ? Ne put s'empêcher de demander Mak en grimaçant, incertaine d'être en droit de poser cette question.
- Comme ça… répondit Anna en haussant les épaules. Elle sent que quelque chose lui échappe… que tu lui échappe et elle ne comprend pas pourquoi, alors elle rumine. Ma sœur quoi… conclut la rouquine en soupirant.
- Tu m'en veux ? Grimaça l'adolescente.
- Non, assura immédiatement Anna. Je te remercie, dit-elle enfin.
- Pourquoi ?
- Parce que tu la protège quitte à en souffrir. Et j'aurais sans doute fait pareil à ta place, sourit Anna en serrant l'une des petites mains de Mak dans les siennes.
Enfin, les vacances étaient sur le point d'arriver et l'heure de philo était sur le point de se terminer, dans cinq minutes environs. Cinq minutes durant lesquelles Mak ne prenait plus aucune note, se contentant d'observer son professeur donner son cours, consciente qu'elle allait devoir se passer d'elle durant les deux semaines à venir. Encore une fois cette année, l'approche imminente des vacances lui laissait un goût amer au fond de la gorge et la déprimait. Car même si Elsa l'ignorait, elle se raccrochait à la minable compensation qu'elle la voyait tout de même tous les jours. Les vacances ne lui laisseraient même pas ce stupide placebo.
Qu'allait-elle faire de son temps ? Elle se souvenait que Kuzco prévoyait une soirée où elle serait sans doute forcée d'aller, pour le reste… elle espérait que le temps passe vite.
La sonnerie retentit, annonçant le début de son calvaire.
Sans laisser à Elsa le temps de réagir, tous les élèves se levèrent et sortirent, disant au revoir au lycée pour deux semaines.
Mak se leva à son tour sans grande conviction et, comme par habitude, laissa ses camarades sortir de la salle avant de balancer son sac sur son épaule.
Elsa était penchée sur son bureau, concentrée sur la lecture d'elle ne savait quoi, des trucs de prof sans doute…
Mak avança de quelque pas vers la sortie, espérant secrètement au moins qu'elle la regarde.
Bien trop vite à son goût, elle arriva dans l'encadrement de la porte sans qu'Elsa ne lui ait jeté un seul regard.
Alors, même si elle savait qu'elle n'était pas en droit d'espérer quoi que ce soit, que cette situation était la somme de l'addition de ses propres choix, elle se retourna, jeta un œil à une Elsa qui n'avait pas bougé et déclara :
- Bonnes vacances, Madame Lange.
Puis elle attendit, une seconde, deux secondes, quinze secondes. Mais Elsa ne répondit pas, ne bougea pas, si bien que Mak se demanda même si elle l'avait seulement entendu.
Regarde-moi je t'en prie… pensa l'adolescente encore et encore.
Mais rien, ce manque d'intérêt en était la preuve, Elsa… Madame Lange ne voulait plus la voir. Alors, la gosse abandonna alors que ses épaules s'affaissaient et se retourna avant de sortir, fermant la porte derrière elle.
Au moment où la porte se ferma, Elsa lâcha la respiration qu'elle avait retenu au moment où l'adolescente s'était arrêtée à la porte de sa salle. Elle se laissa tomber sur la chaise de son bureau et passa une main sur son visage. Il lui était si difficile de l'ignorer ainsi. Mais Mak ne voulait plus d'elle. Mak, selon ses dires, ne supportait plus leur relation et Elsa se devait de respecter ça. Elle se devait de la laisser partir et ces deux semaines sans elle, durant lesquelles elle ne pourrait voir ses jolis yeux tous les jours, allaient être, elle le sentait, bien plus dures que prévu.
Elle n'avait volontairement pas parlé de cette rupture avec ses amis, ne désirant pas s'expliquer sur ce sujet dont elle ne savait rien. Elle ne voulait pas entendre Aurore lui dire que finalement, c'était mieux comme ça. Parce qu'elle n'y croyait pas, ça ne pouvait pas être mieux comme ça.
Heureusement pour elle, sa seule victoire était qu'elle n'avait eu aucune nouvelle de la vieille Yzma. D'un point de vue scolaire, Mak avait remonté la pente. Ses notes étaient exemplaires, son comportement aussi d'ailleurs. Elsa ne l'avait jamais vu si obéissante, et dans le fond, elle détestait ça. En philo, elle était fière d'elle, tellement fière d'elle alors qu'elle n'était même pas en droit de lui dire. Ses dissertations étaient toujours dignes d'un niveau de fac et l'enseignante se plaisait à inscrire chaque semaine des notes plus hautes les unes que les autres sur ses copies. Souvent, elle se perdait à lire entre les lignes lorsqu'elle corrigeait ses devoirs, espérant encore que Mak ait laissé traîner un mot pour elle, même un dessin au crayon à papier dans la marge l'enchanterait, mais rien.
Lors du dernier conseil de classe, ses collègues l'avaient félicité, lui assurant qu'elle avait fait des miracles avec Lichtenstenner. Elsa n'avait rien répondu, ne se sentant pas du tout l'âme d'une faiseuse de miracle…
Mak, comme une élève brillante, lui rendait des copies qu'elle, comme un professeur, lui rendait à son tour le lendemain. Rien de plus, rien de moins. Mon dieu ce que ces vacances allaient être longues…
- Mais il fait quand même beau ! Chantait Kuzco en exagérant le ton de voix de Stromae et d'Orelsan. Il fait beau, il fait beau, chez moi, il fait beau, il fait beau ! Criait-il sous les rires de ses amis, debout, gesticulant au milieu du salon de son appartement.
Il était environs une heure du matin. La nuit était tombée depuis longtemps, ils avaient, comme souvent lors de leur soirée ensemble, beaucoup bu pour se laisser porter par leurs musiques favorites.
Mak n'avait de son côté que peu touché à l'alcool, s'étant contentée d'une bière. Les joints, en revanche, ce soir, s'enchainaient, passaient entre ses doigts et mourraient dans le cendrier après avoir fait un allé simple dans ses poumons.
Si elle la voyait ainsi, Elsa la réprimanderait sûrement, mais aujourd'hui, alors qu'une semaine de vacance était déjà passé, elle n'en avait clairement rien à foutre. Elsa n'était plus là pour lui dire quoi faire ou non, et si elle voulait se niquer la santé à coup de cannabis, c'était son droit et également le seul moyen qu'elle connaissait pour entrevoir encore un peu d'Elsa.
Lorsqu'elle fermait les yeux et se concentrait suffisamment, elle pouvait sentir son parfum. Elle ne savait pourquoi, mais elle se doutait que son parfum serait la première chose qu'elle oublierait d'elle. Ce parfum de décembre qu'elle aimait tant, qu'elle avait aimé surprendre sur ses draps le soir de Noël, ressemblait à présent à un souvenir qu'il lui était vital de garder alors qu'elle le sentait se faufiler entre ses doigts.
Silencieuse, comme souvent, alors que ses amis parlaient de chose et d'autre en se rinçant les dents à la tequila, Mak les observait en souriant, se disant que c'était la meilleure attitude à adopter lorsqu'on veut passer pour une ado normale qui participe à une soirée normale avec d'autres ados normaux.
Heureusement pour elle, ce soir-là, personne ne se sentait l'âme d'un flic et elle ne reçut aucune question sur son crush.
Elle n'avait eu aucune nouvelle d'Elsa et finalement, n'était-ce pas ce qu'elle lui avait demandé…
Au cours de cette semaine, seul un message complètement inattendu d'Anna l'avait fait sourire. La rousse, qui avait bien comprit que les sentiments que l'adolescente entretenait envers sa sœur n'avaient jamais changé s'était permise de lui envoyer une photo. Une simple photo d'un plat de lasagne beaucoup trop cuites, vraiment beaucoup trop cuites. La photo était accompagnée d'un message :
-message de Anna à Mak-
Si un jour tu dois vivre avec ma sœur (ce que je vous souhaite), ne la laisse JAMAIS faire à manger.
J'espère que tout va bien pour toi. Je m'occupe d'elle ne t'inquiète pas. Je t'embrasse.
Ps : Je sais qu'elle t'embrasse aussi.
Mak avait ri en recevant le message même si une pointe de tristesse avait percé son cœur. Elle avait chassé ses larmes en se disant que maintenant, elle comprenait mieux pourquoi Elsa avait choisi de commander des pizzas pour leur premier rencard.
Les chansons défilaient alors que Mak battait un rythme inconscient avec son pied. Elle tentait maladroitement de tenir le fil des conversations qui lui échappait un peu, son cerveau assimilant mieux le cannabis que les mots.
Puis il fut temps d'aller se coucher. Comme par habitude, Mak se retira dans le bureau où Kuzco avait installé un matelas, conscient qu'elle préférait dormir seule, loin de se douter qu'elle préférait davantage dormir avec Elsa.
L'âme quelque peu tiraillée, la jeune fille s'allongea en fixant le plafond, les mains croisées derrière la tête, l'esprit vague.
Dans la pénombre du bureau, au-dessus de ses iris noisettes, des flashs d'Elsa lui revenaient en mémoire. Une Elsa souriante qui se plaisait à participer à leurs joutes verbales. Une autre, tout à fait sérieuse, qui corrigeait ses copies sur la table basse de son salon. Encore une autre, parfaitement détendue, assise à la table de la villa d'Ariel, un verre de rosé dans une main, l'autre qui aimait se perdre dans ses cheveux bleus…
- Tu me manque… murmura l'adolescente sans y penser alors que ces mots avaient passé la barrière de ses lèvres sans la prévenir. Et Mak, n'en prit pas conscience, mais à cet instant, seule dans son lit à murmurer ces simples mots, elle n'avait jamais tant ressemblé à sa mère.
Elle se tourna sur le côté, jetant son oreiller contre son dos en se demandant si elle serait capable d'avoir assez d'imagination pour faire croire à son cerveau de camé que cet oreiller pourrait prendre la place d'Elsa, au moins pour une nuit. Elle avait tant aimé s'endormi dans la forteresse de ses bras. Elle en voulait encore… Elle ferma les yeux.
- Brrrr…brrrr…brrr…
Mak ouvrit les yeux sans même se souvenir qu'elle s'était endormit. Où était-elle ? Quelle heure était-t-il ? Tout ceci n'était pas très clair.
Elle attrapa l'objet qui l'avait réveillé et l'alluma alors que l'écran lui brûlait la rétine.
Elle fronça les sourcils et comprit difficilement ce qui se passait quand elle vit qu'il était 3h45 du matin et qu'elle recevait un appel d'Anna.
- Allô ? Dit-elle d'une voix enrouée alors que son cœur avait raté un battement en voyant qui tentait de la joindre.
- Je suis désolée de te déranger et je sais que c'est compliqué en ce moment, mais Elsa a besoin de toi, expliqua Anna.
Mak se redressa immédiatement sur un coude.
- Qu'est-ce que se passe ? Elle va bien ?
- Oui, oui ça va, assura Anna et Mak put reprendre une respiration normale. Notre tante est tombée dans les escaliers cette nuit. Nous sommes aux urgences…
- J'arrive, coupa Mak sans réfléchir une seconde.
- Elsa ne sait pas que je t'appelle. Elle ne me le dit pas, mais je crois qu'elle aimerait que tu sois là… expliqua faiblement la rousse. On a eu tellement peur Mak… craqua-t-elle alors que sa voix se brisait et l'adolescente se dit qu'elle n'aurait jamais voulu entendre ça.
- Anna, j'arrive, d'accord ? Calme-toi, j'arrive.
- D'accord, à tout de suite, parvint à dire la rousse avant de raccrocher.
Mak alluma le flash de son téléphone, s'assit sur le matelas, se frotta le visage en soupirant et se leva. Au milieu du bureau, elle réfléchit une seconde. L'hôpital d'Arendelle était à l'autre bout de la ville… si elle partait à vélo maintenant, elle n'arriverait pas avant une grosse demi-heure, voir plus…
Dépitée, elle s'assit à la chaise du bureau de Kuzco. Alors qu'elle tentait de rester discrète, sa main cogna quelque chose qui s'écrasa sur le sol en un bruit métallique.
- Putain ! Jura-t-elle avant de se pencher, téléphone en main, pour y voir clair.
Elle se figea en voyant, gisant sur le sol, les clés de la moto de Kuzco. Quelques petites connexions se firent dans sa tête.
- Non… murmura-t-elle. Je ne vais pas oser faire ça…
Puis la voix brisée d'Anna lui revint en mémoire. Anna qu'elle avait appelé en larmes pour Noël. Anna qui ne l'avait jamais laissé tomber.
Elle grimaça alors, et attrapa les clés d'un geste sec.
- Oh et puis merde, si je laisse un mot, c'est pas vraiment du vol… se dit-elle en attrapant un papier et un stylo qui trainaient sur le bureau.
J'ai eu une urgence. J'ai pris ta moto. Je te la ramène sans une éraflure. Mak.
