La semaine passe, Steve quitte enfin l'hôpital. Emmy est venue le chercher avec Daniel. À trois, ils partent signer les documents de sortie à l'accueil de l'étage. Emmy profite des chamailleries des deux hommes sur la présence de Dana tout au long de la semaine pour s'éclipser. Quand ils se retournent, ils la cherchent, l'appellent, elle a disparu.

« Madame, je cherche la chambre de Noah Mars. Vous pouvez me la donner, s'il vous plaît ?, demande Emmy à l'accueil principal de l'entrée.

- Où sont tes parents ?

- Papa m'a dit de le rejoindre là-bas mais j'ai oublié. J'étais aux toilettes, ajoute-t-elle voyant l'infirmière septique. Je ne pouvais pas me retenir jusque-là.

- C'est au troisième, chambre 6.

- Merci. »

Dans le service, elle entre dans la chambre de Noah. Elle le trouve maigre, plus âgé, triste. Pour elle, il n'est plus la même personne qu'elle a connu. Elle s'installe sur une chaise assez loin pour qu'il ne la touche pas puis elle le regarde.

« Emma ! C'est toi ?

- Emma n'est pas là.

- Emmy ! Tu parles ! Je pensais que ma fille venait enfin me chercher.

- Elle n'a pas de porte sur sa tombe.

- Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Pourquoi tu as tué mon chien et pourquoi tu as voulu tuer mon papa ?

- Je ne sais pas de quoi tu parles mais, ta mère avait raison, tu es une gamine à histoire. Viens près de moi.

- Non.

- Attends ! Ne pars pas ! Dis-moi, je veux savoir, je veux savoir comment tu as échangé ta place avec Emma !

- Ce n'est pas moi, c'est elle qui a voulu faire ça.

- Pourquoi ? »

Daniel et Steve arrivent à ce moment-là. Ils se plaquent contre le mur puis écoutent quand ils entendent la conversation. Sa fille est loin du lit, elle est en sécurité.

« Elle voulait trouver mon papa et vivre avec nous.

- Continue, n'attends pas mes questions. Dis-moi tout que je parte en paix.

- Elle voulait être riche et avoir tout ce qu'elle désirait. Elle disait qu'elle méritait autant que moi de goûter au bonheur, mais que j'allais la ralentir dans ses recherches si je l'accompagnais car je ne marchais pas.

- Tu es d'une naïveté !, dit-il les larmes coulantes. Ta sœur ne t'a jamais aimé. Elle te détes...

- Ça suffit ! Taisez-vous ! Viens ma puce. », intervient Steve.

Steve l'amène dans le couloir pour contacter Dana pour qu'elle s'occupe d'elle, il est l'heure aussi pour lui d'avoir des réponses à ses questions. Une fois sa fille avec celle-ci, il retourne à la chambre de Noah.

« À nous maintenant, Noah. Vous avez la réponse à votre question. Répondez aux miennes.

- Ma fille est morte à cause de ma femme. Elle aimait raconter de vous que vous étiez un homme riche, qu'Emmy méritait enfin de goûter au bonheur avec un château, des cadeaux par milliers, l'argent. Ma fille y a cru apparemment et elle en est morte.

- Votre fille voulait sauver sa sœur !

- Non !, répond-il d'un ton moqueur. Ça, c'est que votre fille pense. Emma n'a jamais aimé Emmy. Elle l'a toujours maltraitée. Elle jouait un jeu avec elle. Ces dessins, elle les a faits pour inventer des histoires que votre fille a crues. Emma a suivi les conneries de sa mère !

- Votre fille a pourtant échangé sa place avec la mienne !

- Pour l'argent !, s'énerve-t-il. Ma femme lui disait sans cesse que l'argent est crucial pour vivre heureux ! Avec toutes ses histoires, ma fille a tout simplement voulu prendre la vie de votre fille ! La veille de sa mort, au dîner, Justine disait à votre fille à quel point elle allait vivre en paix dans un château, entourée de sa famille ! Que son départ était pour le lendemain !

- Pourquoi s'est-elle vengée à travers une enfant de moi ? Pourquoi pas autrement ?

- On ne devait pas vous révéler votre paternité. L'enfant devait simplement vivre dans le coffre de notre voiture dans un garage. Souffrir avec une faim, le noir et la solitude. Mais tout a changé quand Emma l'a trouvée dans le coffre en cherchant les cadeaux de Noël. On a expliqué à Emma la présence de cette enfant, la souffrance que l'on lui donnait. Elle a voulu participer et on lui a accordé cette demande. Emma s'est servie de votre enfant comme une poupée de chiffon. Elle l'a bousculé, l'a poussé, l'a frappé. Elle passait du temps avec elle au dîner. À table, le soir, Emma la pinçait, riait d'elle car votre fille pensait que les coups portaient sur elle était de l'amour de sa sœur. Elle est si naïve. Elle lui disait qu'elle ne pouvait pas s'habiller car elle était trop belle pour se cacher ! Emma pensait tout le contraire ! Elle riait quand elle la voyait se pisser dessus ! Ma fille adorait le jus de pomme. Avant de mettre votre gamine à table, elle se prenait son jus puis le posait devant son assiette. Quand votre gosse arrivait à table son verre était vide, Emma lui disait qu'elle avait déjà mis son jus dans son verre et que si votre fille voulait le sien elle savait ce qui lui restait à faire ! Votre fille pissait dans le seau sous sa chaise, vous savez les chaises à trou dans les maisons de retraite ! Ensuite on versait ce seau à son verre ! Elle ne quittait pas la table tant qu'il n'était pas bu !

- Espèce d'enfoiré ! C'est sur moi qui fallait vous venger ! Pas sur une enfant innocente et de plus est, ma petite fille !

- Ma femme avait raison. Il vaut mieux s'en prendre à la famille plutôt qu'à la personne concernait. C'est plus beau à voir.

- Pourquoi avoir voulu faire exploser ma fille devant chez moi si vraiment vous vouliez la faire souffrir ?, demande-t-il pour ne pas battre cet homme s'il reste sur le sujet du repas.

- Emma a raconté à ses copines d'école l'existence de cette enfant. On a donc décidé de venir ici pour vous la rendre afin qu'Emma puisse retrouver une vie ordinaire.

- Vous mettez tout sur le dos de votre fille, mais vous aussi vous avez fait souffrir Emmy !

- Non ! Pas du vivant de ma fille ! Emma était la reine à la maison ! On a commencé à maltraiter votre gamine quand on a découvert que notre fille était partie au ciel ! On l'enfermait juste dans le noir ! Le reste c'était Emma.

- C'est de la maltraitance ! Vous avez frappé ma fille ! Elle a perdu l'usage de ses jambes ! Elle n'avait que de l'alcool et du sable en très grande quantité dans l'estomac !

- On l'a fait après la mort de notre enfant ! J'ai frappé votre fille, alcoolisé et donné du sable ! Mais la perte de ses jambes ! C'est ma femme ! Elle l'a jeté en l'air puis la laissait s'écraser au sol. Elle lui mettait du poivre dans les yeux, la piquait avec une fourchette ! Votre fille a acquis la fonction de la marche seulement pour nous venger. Emma refusait qu'elle sache marcher pour l'avoir à disposition. Elle passait ses journées dans son placard ou sur une chaise totalement dénudée, attachée pour qu'elle ne tombe pas au moment du dîner. Le seul moment où elle était détachée c'est quand je lui faisais sa toilette pour éviter que ma fille tombe malade quand elle la touchait pour lui écrire dessus ou lui faire mal.

- Quand est née ma fille ?

- Je ne sais pas. Je m'en contre fiche. Qu'elle crève en enfer ! »

Daniel retient Steve du regard. S'il bouge, s'il l'insulte, il perdra tout espoir d'avoir des réponses.

« Dire que j'ai pleuré cette enfant, votre gamine, cette sale petite merdeuse sans cœur comme ses parents !

- N'oubliez pas, votre fille a un peu de ce sang dans ses veines.

- Elle ne sera jamais comme vous ! Comment vous avez compris l'échange des filles ?

- Ma femme. Quand elle est montée à la chambre pour dire à notre fille que votre fille était enfin partie dans l'au-delà. Quand je suis revenu, elle était en furie. Votre gamine était au sol en pleure, en sang. C'est à partir de là que son éducation a commencé. Il fallait qu'elle souffre, on a commencé à l'apprendre à marcher mais c'était tellement difficile pour elle. On a mis des mois, on a suivi plein d'astuces sur Internet. Il fallait absolument qu'elle marche pour l'anniversaire de la mort de notre fille. Quand elle a su que toute cette souffrance cesserait une fois cette fonction acquise, elle a tout fait pour y parvenir. Elle a votre ténacité, il n'y a pas de doute. Vous connaissez la suite. On lui a retiré cet acquis une fois que vous avez su pour votre paternité, même avant ça. Elle n'a pas profité longtemps de la marche ! Quelques mois.

- Elle a jeté ma fille au sol ! Pourtant cette fillette était aussi sa fille !

- Elle n'a jamais aimé votre fille. Elle buvait pendant sa grossesse, fumait la cigarette. Je suis même surpris que votre gamine n'ait pas de séquelles. Enfin, une fois la lettre posée dans votre boîte aux lettres, on a quitté notre maison pour un entrepôt, c'était très difficile. On voulait savoir pourquoi c'était elle avec nous et non notre fille. On avait tout prévu. Un beau chalet dans les montagnes, une bonne école, tout un petit bonheur pour notre fille mais elle a tout foutu en l'air !

- On n'a rien trouvé sur ce sujet, lance Daniel.

- On avait changé nos identités. C'était en cours. Au fait, commandant, si nos plans n'auraient pas été chamboulés par la découverte de votre fille par Emma, jamais vous n'aurez connu votre gamine. Elle devait simplement souffrir dans ce coffre. On attendait simplement sa mort. On espérait simplement qu'elle meurt avant vous pour la déposer devant votre porte.

- Sale fils de pute ! », hurle Steve en fonçant sur lui.

Daniel attrape Steve. Il le fait sortir pour qu'il se calme dans le couloir. Il est rouge, en colère, et il sait qu'il va encore entendre des choses insoutenables sur la captivité de sa fille.

« Steve, va à l'essentiel. Ne cherche pas les détails. Tu ne le supporteras pas.

- Qu'est-ce que tu veux connaître ?

- La mort de sa femme. Il ne nous manque que ça. OK ? Tu peux y arriver ?

- Ouais, ouais, d'accord. On peut y retourner, c'est bon.

- Tu en es sûr ? »

Ils retournent dans la chambre. Daniel prend le relais, Steve reste près de la porte, il tient la poignée férocement désirant plus que tout le faire autour du cou de Noah.

« Vous revoilà ! Déjà ! Vous vous remettez vite de vos émotions, commandant !

- La ferme, lance Daniel. Tu vas répondre à mes questions juste mes questions, je ne veux rien entendre d'autre, compris ?

- Quelles sont vos questions ?

- Pourquoi avoir tué votre femme ?

- Ma femme voulait tuer cette enfant de la même façon que notre fille était morte, avec un gilet. Je voulais une mort plus atroce. On n'a pas trouvé d'accord, je lui ai montré mon arme pour lui expliquer que cet objet allait tuer la gosse mais, j'ai tiré sur ma femme car elle ne m'écoutait pas. Elle n'est pas morte sur le coup et c'était fait exprès. Je lui ai raconté ma façon dont je souhaitais sa mort, elle a adoré. Je ne lui ai pas laissé le temps d'expliquer la sienne, je l'ai su par vous, dit-il en fixant Steve.

- Pourquoi avoir découpé votre femme ?

- Ah !, dit-il en rigolant difficilement. Je ne l'ai pas découpé tout seul et une gamine avait soif et aussi elle avait besoin de couleur, un bain de sang. Elle n'a pas supporté les cris de sa mère, son bain de sang et même celui de l'océan d'ailleurs. Il fallait qu'elle soit propre pour rencontrer son père. D'autres questions ? La suite est simple non ?

- Pourquoi avoir choisi le port du gilet au lieu de votre idée de mort envers cette enfant ?

- Malgré que j'ai assassiné ma femme, j'ai choisi de me faire exploser car je voulais rejoindre ma fille comme elle était partie mais avec cette gamine qui parle désormais !

- Laissez cette enfant tranquille.

- Avec tout ce qu'elle a vécu, commandant, vous avez peut-être sous votre toit, une future criminelle.

- Ma fille a un grand cœur, meilleur que celui de votre fille. Et contrairement à vous, je vais voir ma fille grandir, s'épanouir dans l'amour, le respect, la joie, ce que vous n'avez pas su donner à la vôtre. Bonne fin de vie, Noah.

- J'ai su donner de l'amour à ma fille !

- Non, je ne crois pas, sinon, jamais elle aurait essayé de prendre la place de ma fille, dit-il en quittant la pièce.

- Non ! Attendez ! Emmy ne m'a pas raconté dans les détails leur échange, je veux savoir !

- C'est l'idée de votre fille, vivez avec ça ! Et, vous n'êtes pas tenu d'appeler ma fille par son prénom. Et votre femme n'est que sa génitrice, pas sa mère ! »

Ils quittent la chambre, soufflent un moment puis se dirigent ensuite au service de radiologie récupérer Emmy.