Fate Stay Night : On The Hell's Path
Les mains dans le dos, Kirei Kotomine posa un regard sur la fenêtre, à proximité de lui où la neige soufflait moins fort. Ses yeux se plissant légèrement, il eut une sensation particulière et Kirei ferma rapidement son regard avant de s'asseoir sur un banc disponible. Les mains jointes devant son visage, le prêtre resta dans cette position pendant quelques secondes, plutôt longues même.
« Tu commences à poser problème … »
Une goutte de sang.
Puis une autre. Lancer n'exprimait qu'un grand vide dans son regard écarlate. Ce dernier se posa doucement vers le bas où un trou béant venait de se former près de son cœur. Sa lance chuta doucement au sol, dans un bruit aigu. Son adversaire, Assassin, se rapprocha doucement du vaincu avant de planter une nouvelle fois sa main sur la plaie mortelle. D'un mouvement violent, il retira littéralement le cœur du Servant incapable de penser et de bouger.
« Tu la nourriras désormais. »
Parce que le corps de Lancer se fit tirer par les nombreuses tentacules noires sans pouvoir résister. Assassin, lui, retira très légèrement son masque pour avaler l'organe vital. Une fois consommé, le Servant à l'allure de spectre disparut simplement dans la nature, dans cette fumée sombre.
La canne déposée au sol dans son sous-sol, Matô Zôken avait parfaitement pu voir le combat entre son Servant et Lancer. Le regard satisfait, il constata la victoire de son subordonné et avec tous les familiers répandus dans la ville, le grand-père des Matô pouvait avoir une bonne vision sur tous les coins. Un petit sourire se dessina sur son visage lorsqu'un de ses moustiques se trouvait non loin d'une maison.
« Le prochain … ce sera toi … héritier d'Emiya Kiritsugu. »
Le lendemain.
Subitement, Emiya Shirô rouvrit les paupières et se releva directement. Ce mouvement plus que brutal fit sursauter Rin Tohsaka, assise juste à côté qui laissa échapper un petit cri de surprise. Essoufflé, le jeune homme peinait à remettre correctement de l'ordre dans ses pensées plus que brumeuses. Instinctivement, Emiya passa une main sur son front : quel était ce rêve … ? Il se souvenait d'avoir vu une partie du passé de Saber mais … à la fin … qu'est-ce que … ?
Puis, il jeta un petit regard dans les alentours : il se trouvait dans sa chambre ? Au vu des rayons de soleil, le jeune homme pouvait déjà affirmer qu'une nouvelle journée venait de commencer, mais plus important :
« Tohsaka ? Fit Shirô, étonné.
– Tu m'as fait peur, idiot. Réprimanda Rin, les yeux fermés.
– Qu'est-ce que … »
Il ressentait quelque chose dans son corps. De bien différent à d'habitude. Non pas que cela lui procurait du mal, au contraire, il avait bien l'impression d'avoir quelque chose en plus. Peut-être qu'avoir digéré cette pierre magique l'avait fait du bien, qui sait ? Jetant un bref regard à sa coéquipière, il constata avec un petit étonnement que Tohsaka portait … un tablier de cuisine ? Son tablier ?
« Euh, Tohsaka ? Interrogea-t-il, perplexe de sa tenue.
– Ne pose pas de question. Coupa-t-elle, les bras croisés. J'ai dû me lever tôt ce matin pour te voir, alors je ne veux aucune remarque déplacée. Et au vu de ton état, je devais au moins te préparer quelque chose à manger.
– Pourquoi tu n'as pas passé la nuit, ici ?
– Ne t'inquiète pas, j'ai mes raisons. Et puis, plus important : comment tu te sens ?
– Je me trouve un peu changé. Qu'est-ce que tu m'as injecté ? »
Passé le moment de détente, Rin abordait une mine davantage sérieuse. Se relevant, elle croisa vivement les bras, comme à son habitude.
« La pierre que je t'ai fait « manger » a juste servi à ouvrir les circuits magiques qui étaient fermés en toi. C'est pour ça que tu t'es évanoui hier soir, parce que tu ne t'es jamais servi de ces circuits autrefois « endormis » avant aujourd'hui. Maintenant, tu pourras utiliser ta magie avec plus de facilité qu'avant et de façon bien plus puissante. Déclara Rin Tohsaka. »
Shirô acquiesça rapidement, d'un petit hochement de tête. Le jeune homme se sentait bel et bien plus puissant que d'habitude.
« Je sais faire de la magie de renforcement, c'est tout ce que je sais faire. Informa-t-il en portant son regard vers son interlocutrice.
– Ce n'est pas vraiment quelque chose dont tu devrais dire à tout ton entourage. Soupira la concernée, les yeux fermés. Mais ça ne m'étonne pas de toi, tiens. Moi, je suis spécialisée dans tout ce qui est la transmission de magie. Mais je peux aussi la stocker dans des objets, plus généralement, disons que je manipule bien les flux de mana. »
La comparaison entre leur capacité faisait un peu de la peine à voir, songea Shirô. Tohsaka était vraiment une mage exceptionnelle, il hocha lentement la tête.
Elle tendit ensuite un petit bol de soupe, clamant qu'il devait quand même prendre des forces après. Un petit sourire gagna le visage d'Emiya qui remercia vivement la jeune femme, celle-ci détournant vivement le regard et partit en première. Mais juste avant, le mage aux cheveux rouges l'interrompit :
« Et Saber ? Comment elle va ? Demanda-t-il, avec une pointe d'inquiétude.
– Elle s'est réveillée. Confirma Rin au seuil de la porte. Tu peux aller la voir, je pense. »
Le Master hocha vivement la tête et il affirma qu'il rejoindrait les femmes un peu plus tard, juste après qu'il ait terminé son petit-déjeuner. Même si en réalité, il ne pensait pas réellement à manger à cet instant, ses pensées s'orientaient davantage vers ses éventuels progrès. Prenant un tissu dans son tiroir, le jeune homme ferma temporairement les paupières afin de se concentrer.
« Trace On. »
Immédiatement, les circuits magiques de Shirô se propagèrent pour solidifier le bout de tissu. À sa grande surprise, Emiya nota une différence plus que notable sur un point : la facilité pour sa magie. Il arrivait à utiliser la magie bien plus facilement qu'habituellement, le lycéen poussa un petit soupir de soulagement. Le fils de Kiritsugu se dirigea ensuite vers son jardin pour voir une neige toujours présente, il resta ainsi pendant quelques secondes.
Jusqu'à qu'il n'entende des bruits de pas, dévoilant une Saber, visiblement remise de sa lourde fatigue depuis le combat contre Lancer. Heureux de constater l'état de sa partenaire, Shirô afficha un franc sourire.
« Content de te voir en bonne forme, Saber. Sourit le mage aux yeux dorés. »
Cette dernière fut légèrement surprise, momentanément, avant de lui répondre avec un sourire complice également. Elle s'accroupit doucement pour être à la hauteur de son Master, les mains déposées sur ses genoux.
« J'ai entendu dire que tu suivais un entraînement particulier avec Rin ? Souffla la belle blonde, à peine perplexe.
– Il est déjà terminé et ça a l'air de fonctionner. Répondit son interlocuteur, plutôt satisfait des résultats. J'espère que je pourrais te fournir un peu plus de mana, maintenant.
– Je l'espère aussi, Shirô. »
Inexorablement, ce dernier songea à ce que disait Tohsaka à propos de la jeune femme aux cheveux blonds. Emiya baissa légèrement les yeux, comme s'il recherchait quelque chose et l'occurrence, il y avait bien quelque chose.
« Saber … désolé. Murmura furtivement Shirô.
– À propos ? Demanda-t-elle en penchant légèrement la tête sur le côté droit.
– Tu as failli disparaître à cause de moi. Parce que je suis trop faible pour être ton Master … je pense que … je ne te mérite pas. »
La Servant ne répondit rien. Voilà ce qui tourmentait son Master alors : il cherchait à se faire pardonner ? Mais de son point de vue, nul besoin de le faire. Délicatement, elle déposa sa main sur celle de Shirô qui tressaillit légèrement suite au contact.
« Tu n'as pas besoin de t'excuser. Si j'ai décidé d'utiliser mon Hogû … c'était pour te protéger et je n'éprouve aucun regret. »
Le fils de Kiritsugu releva doucement son regard, croisant celui de sa partenaire qui lui hocha la tête, comme pour dire que tout irait bien. Pourtant, Shirô n'arrivait quand même pas à bien digérer cette situation : il dépendait encore beaucoup trop de Saber et il aurait bien aimé que les rôles s'inverseraient à l'avenir. Le lycéen aimerait avoir la même volonté de fer que sa Servant … pour également atteindre son but.
Mais les pensées du concerné se dirigèrent vers cette vision de Saber, retirant cette épée de la roche. Et surtout … du poids qu'elle devait porter en tant que Roi.
Brièvement, le jeune homme ferma son regard avant de reporter son attention vers Saber, interloquée par le changement d'expression de son Master.
« Saber … j'aimerais que tu me dises maintenant, pourquoi … désires-tu avoir le Saint-Graal … ? Murmura-t-il, en prenant le soin de chercher les bons mots. »
La concernée ne répondit rien dans un premier temps.
Il était vrai que son identité avait été sûrement révélée après avoir relâché Excalibur. De ce fait, Shirô ne devait pas réellement se poser la question sur l'Esprit Héroïque qu'elle incarnait. Baissant légèrement la tête, la jeune femme se résolut : il fallait bien lui parler à un moment ou un autre de ses objectifs. Au vu de leur relation désormais, elle pouvait se le permettre.
« Très bien, Shirô. Je vais te parler de mes motivations. Déclara Saber, lentement. »
L'intéressé sentit le ton de sa Servant avait légèrement changé à celui habituellement. Ayant pris une petite inspiration, elle porta son regard émeraude vers son Master, attentif à chacune de ses paroles, désormais.
« Je voudrais remporter le Saint-Graal pour sauver mon pays de la destruction. Je voudrais empêcher que la Grande-Bretagne soit détruite en revenant sur une des décisions que j'ai prise, auparavant. Tonna doucement Saber. »
Shirô ne répondit rien.
Il y avait quelque chose qu'il ne pouvait pas accepter dans ses propos. Le jeune homme n'en dit pas plus, laissant la chevalière terminer ses propos.
« Laquelle ? Lâcha le mage, sans que ses yeux ne puissent être aperçus.
– Je n'aurais pas dû devenir Roi. Clama l'Esprit Héroïque, en serrant presque nerveusement sa jupe. Une fois le Saint-Graal en ma possession, je ferai en sorte de choisir un autre Roi plus digne que moi, pour mieux diriger le pays. »
Son Master ferma ses paupières.
Saber … elle avait parfaitement diriger le pays, pour le sauver. Quand bien même, son peuple la blâmait d'avoir été justement trop « parfaite », elle continuait de le protéger. Shirô avait vu une grande partie du passé de sa Servant. Il avait pu voir les trahisons que Saber avaient dû connaître, mais elle n'avait jamais voulu à qui que ce soit, de l'avoir trahie. Et finalement, la blonde était tombée du Trône par son propre peuple. Pourtant … elle s'en voulait de ne pas avoir réussi, elle pensait sincèrement que la chute n'était due qu'à son incompétence.
Ça, le jeune homme ne pouvait pas l'accepter.
« Saber. Marmonna-t-il, les cheveux masquant son regard en se relevant. J'aimerais que tu m'écoutes sans t'énerver. »
L'intéressée ne répondit rien, incitant à son interlocuteur à s'exprimer.
« Je pense … que ce vœu n'est peut-être pas le bon pour toi.
– Pardon ? S'interloqua-t-elle, instantanément.
– Tu as assez donné pour ton pays. Ce n'est pas ta faute si la Grande Bretagne est tombée, les événements du passé ne peuvent pas être corrigés. C'est pourquoi … peut-être que ton vœu de changer ces événements n'est pas le bon. Tu as fait de ton mieux alors … tu devrais réaliser un souhait plus personnel, pour enfin … te reposer.
– Il suffit. Coupa immédiatement Saber, en partageant le même mouvement que son Master. Même venant de toi, je ne peux pas te laisser proliférer de tels propos, Shirô. »
Ses yeux étant dissimulé par ses nombreuses mèches blondes, la Servant parlait avec un ton beaucoup plus sombre qu'habituellement. Shirô savait que cela ne plairait que moyennement à sa partenaire … mais il était obligé de passer par là. Il fallait qu'elle puisse comprendre … que …
« Je suis un Roi. J'ai prêté serment de tout faire pour mon pays. Confirma la blonde, d'un ton presque sévère. C'est mon devoir en tant que Roi d'éviter sa chute inéluctable. Peu importe ce que je ressens. Rien d'autre n'importe que l'avenir de mon royaume. »
Cette fois-ci, c'en était trop.
« Idiote ! S'emporta ensuite Shirô en posant ses mains sur les épaules de l'intéressée. Pense par toi-même ! Tu n'es pas obligée de faire ce vœu ! Tu as suffisamment donné pour ton pays, personne ne t'en voudra si tu émets un autre souhait !
– Non ! Répliqua la blonde avec la même véhémence. J'ai déjà renoncé à mon bonheur, il y a fort longtemps ! Tout ce qui compte pour moi, désormais, c'est la prospérité de mon pays ! C'est pourquoi je ne dois pas devenir Roi !
– Pour ensuite faire quoi ?! Disparaître sans rien laisser derrière toi ?!
– Exactement ! »
Comment en étaient-ils arrivés là ... ?
Une frustration grandissante parcourut le jeune homme qui serra légèrement les dents. Elle disait disparaître … après tant d'efforts ?! Combien de fois, Saber avait dû lever son épée pour remporter la victoire ?! Combien d'épreuves, Saber avait dû enduré pour que son peuple puisse être protégé ?! Combien de fois avait-elle souffert pour en arriver là ?! Et elle voulait faire disparaître tout ça, d'un claquement de doigt ?! Non !
« Imbécile ! Si tu disparais, pour quoi te serais-tu battue pendant tout ce temps ?! Tu veux à ce point t'enfuir de la réalité ?!
– Je veux sauver mon pays ! En quoi est-ce mal de vouloir empêcher sa chute ?! Explique-moi, Shirô !
– Le passé ne peut pas être changé ! Peu importe qui, personne ne peut le faire et personne ne doit le faire ! Tu n'as jamais pensé pour toi-même ! C'est le moment de le faire !
– Tu ne pourras pas saisir. Si … tu étais à ma place, si tu connaissais ce que j'ai vécu, tu comprendrais. Mais non. Tu ne peux pas comprendre ce qui habite actuellement mon cœur. Alors n'essaye pas, c'est inutile. Articula lentement la Servant, la tête légèrement baissée. »
Elle repoussa ensuite la faible prise de son Master. Saber prit le chemin inverse, Shirô élargit lentement les yeux lorsqu'elle passa simplement à côté de lui.
« Je ne te permets pas de remettre en question mes décisions. Tu es mon Master … mais rien de plus. »
Elle quitta ensuite les lieux sans répondre au « Attends ! » du jeune homme qui avait soulevé sa main, également. Il serra nerveusement les dents avant de se rasseoir, plongé dans ses pensées à la fois confuses et négatives. Saber … quel chemin était-elle en train de prendre ? Était-ce le bon … ? Avait-elle raison d'affirmer qu'il n'était que son Master à ses yeux ?
« Félicitation. On dirait que tu l'as vraiment mise en colère, sur ce coup-là. »
Adossée au mur, Tohsaka Rin soupira légèrement et s'installa simplement à côté d'Emiya Shirô qui préféra ignorer les propos de son amie aux cheveux noirs. Celle-ci sourit doucement à la réaction du mage aux yeux dorés, ce dernier ne comprit pas réellement pourquoi abordait-elle une expression pareille.
« Tu sais … je pense que les vœux des Servants sont tous justifiés. Peu importe s'ils soient bons ou mauvais, ils sont assez puissants en tout cas, pour les faire participer à une tuerie comme la Guerre du Saint-Graal. Déclara Rin, les yeux fixés vers la neige.
– Ce n'est pas une raison pour les laisser partir dans la mauvaise direction, non plus. Se justifia presque Emiya.
– Ce n'est pas faux. Mais ils portent un poids bien différent de nous, Saber ne doit pas faire exception à la règle, non plus. N'oublie pas, Shirô : tu ne dois pas penser comme nous, pour les comprendre. Son vœu … n'est peut-être pas le plus juste pour elle, mais il est suffisamment important pour qu'elle lève son épée en cette cause. »
Le vent enneigé s'accéléra légèrement dehors. Tohsaka avait certainement raison sur les motivations profondes de Saber. Mais, il n'arrivait pas à se résoudre de laisser sa partenaire modifier le passé d'un coup de tête. Les yeux masqués par ses cheveux, Shirô ne comptait pas changer son avis sur la question, non plus.
« C'est juste, Tohsaka. Murmura doucement Emiya, en refermant son poing. Je suis sûrement mal placé pour parler vu que je n'ai aucun souhait à formuler au Saint-Graal … mais je ne peux pas la laisser continuer comme ça. J'ai décidé d'aider le plus de monde possible … et pour moi, elle fait partie de notre monde, quoi qu'elle puisse penser. »
Rin laissa échapper un tendre sourire, suite aux paroles du jeune homme aux cheveux rouges. Ce dernier demeurait toujours aussi déterminé à sauver le plus de monde possible, en restant désormais plus lucide. Shirô releva vivement son regard vers ce ciel, empli de doutes et d'incertitudes. La Tohsaka se redressa ensuite, clamant qu'elle devrait bientôt se préparer à partir, pour bien refaire le point chez elle. Juste avant qu'elle ne parte, son ami l'interrompit vivement :
« Attends, Tohsaka. Déclara-t-il. »
La jeune femme s'exécuta vivement et porta simplement son regard bleuté en direction du concerné.
« Je voulais te remercier … à propos de l'histoire avec Shinji. Murmura faiblement Emiya, les yeux baissés. Je crois … que je visualise mieux les choses désormais, grâce à toi.
– C'est-à-dire ? Lâcha Rin Tohsaka, perplexe.
– Au départ, je voulais sauver tout le monde. Sans exception. Mais maintenant, je réalise qu'il faut rester lucide. Il est … impossible de sauver tout le monde. Alors, je veux juste faire mon maximum, de sauver le plus de monde que je peux pour ne pas avoir regret à la fin … »
La belle Tohsaka lui hocha lentement la tête. Presque rassurée par les nouvelles résolutions de son ami aux cheveux rouges. Ironiquement, elle avait demandé à Saber de veiller sur le chemin que prenait Shirô et c'était bien l'inverse qui se produisait entre les deux partenaires. Ils s'inquiétaient davantage de l'idéal de l'autre que du leur. À cette pensée, elle esquissa un petit sourire amusé.
« Je vois. Tant mieux alors. Se contenta de répondre Rin en reprenant sa route. Faites bien attention à vous, hein.
– Ouais. »
D'une petite salutation de main, la lycéenne décida de quitter les lieux. Shirô expira longuement avant de se relever également. Il allait laisser Saber quelques temps seule, pour qu'elle puisse cogiter un petit peu dans son coin, elle en avait certainement besoin.
Du côté de la concernée, la jeune femme s'assit dans le dojo, la mine sombre. Elle porta sa main droite vers son cœur tout en fermant doucement son regard émeraude : cet endroit lui apportait beaucoup de sérénité. Elle avait été un peu trop dure avec Shirô dans ses propos, mais sous le coup de l'émotion, la blonde n'avait pas réussi à modérer ses propos. Elle se demandait comment il l'avait pris …
« Saber-san ? »
L'intéressée tourna vivement son regard vers la porte d'entrée : Sakura venait de rentrer. Ayant pris avec elle, un plateau avec deux thés chauds. Le regard légèrement anxieux, Saber demanda implicitement s'il y avait bien un problème ou non. Matô se rapprocha de la blonde avant de déposer doucement le plateau en question au sol pour qu'elle puisse également s'asseoir à ses côtés.
« Tiens, ça devrait te détendre un petit peu. Murmura doucement Sakura, un petit sourire aux lèvres.
– Désolée, j'ai sûrement dû t'importuner avec mes problèmes. Soupira légèrement la Servant, les yeux fermés.
– Non, pas du tout. Je veux juste que tu puisses mieux te sentir. Toi et Senpai avaient l'air un peu en désaccord …
– Un petit peu, oui. Avoua-t-elle, en prenant une petit gorgée. Mais ça ira mieux avec le temps, tu n'as pas à t'inquiéter davantage.
– … Je vois, tant mieux alors. »
Saber lui hocha doucement la tête. Elle se demandait bien comment Shirô avait réagi à ses propos, qui auraient pu le blesser plus qu'on ne pourrait le penser. En tant que Servant, elle avait pu accéder à la mémoire de son Master en partie, mais cela avait suffi pour que la jeune femme aux cheveux blonds ne comprenne la détresse qu'éprouvait Shirô. Elle s'en voulait pour avoir été aussi dure avec lui, la blonde espérait sincèrement que cela n'aurait pas de graves répercussions. Puis, ses yeux s'élargirent vivement.
Pourquoi … était-elle aussi inquiète sur la réaction de Shirô … ?
Elle irait s'excuser plus tard dans la journée. Pour le moment, l'Esprit Héroïque se contenta de déguster silencieusement le thé préparé par Sakura. D'ailleurs, la Servant remercia immédiatement la principale concernée, celle-ci lui hocha joyeusement la tête. Heureuse de voir que ce petit moment de quiétude l'ait un peu aidée.
« Au fait, Saber-san.
– Oui ? Répondit la concernée, sortie momentanément de sa torpeur.
– Est-ce que … tu connais les cerisiers en fleur dans ce pays ?
– Cerisiers … en fleur ? Répéta la blonde, perplexe.
– Ce sont des arbres avec des pétales roses ! Dans le nouveau parc de la ville, il y aura des cerisiers d'ici quelques jours seulement ! J'ai toujours voulu aller les voir … un jour, ça te dirait de venir avec moi ?!
– Euh … oui … bien sûr. »
Sakura avait rapproché son visage du sien, avec un large sourire sur ses lèvres. À cette vue, Saber s'en voulait presque de lui répondre de cette manière alors qu'elle ne savait même pas si la Guerre serait finie ou non, d'ici-là. La jeune femme aux cheveux blonds avait quand même l'impression d'avoir fait beaucoup de promesses à la cadette de Shirô, cette dernière lui prit ensuite délicatement la main droite.
« Tu dois me le promettre alors. Souffla Sakura d'un ton faussement ferme.
– … Compris. Un jour, nous irons voir les cerisiers ensembles. Sourit l'Esprit Héroïque.
– Merci ! »
En jetant un vif regard à l'horloge, la jeune femme grimaça doucement lorsqu'elle remarqua qu'il était presque l'heure de manger. Bon ! La cadette de Shirô se releva et se dirigea vers la sortie.
« Je t'appellerais pour le déjeuner. Sourit Matô Sakura.
– Merci. »
Sakura sortit ensuite du dojo. Elle prit soin de fermer la porte et s'adossant légèrement dessus, la jeune femme fut perdue dans ses propres pensées. Pourquoi … tenait-elle autant à Saber-san ? Elles ne se connaissaient que depuis quelques jours, pourtant. Peut-être qu'en s'occupant d'elle presque quotidiennement, la lycéenne avait le sentiment … de retrouver une sœur ? Oui … elle avait bien l'impression que la blonde faisait partie de la famille avec Fujimura-sensei aussi.
Voilà pourquoi, Sakura tentait toujours de s'occuper d'elle, de la remonter le moral. Elle voyait sûrement Saber-san comme une sœur de substitution dans ce cas-là. Doucement, la Matô secoua la tête et partit préparer le déjeuner pour tous les membres de cette maison.
La principale concernée de ces pensées soupira légèrement et porta son regard vers le plafond, comme à la recherche d'une réponse.
Faisait-elle les bons choix … ?
Non. Il n'y avait pas à douter.
Son devoir était de sauver son pays. Quoi qu'il en coûtait.
Ses … sentiments ne comptaient pas.
Elle secoua négativement la tête.
Le doute n'était pas permis.
Pourtant …
« Je pense … que ce vœu n'est pas le bon pour toi. »
Qu'en savait-il ? Que savait-il à propos de ses rêves ? De son idéal ? Shirô avait probablement vu une bonne partie de son passé, mais cela lui donnait-il le droit de remettre en question son vœu, le plus cher ? Non. Tout comme elle ne possédait pas le droit de critiquer l'idéal de Shirô. Alors … pourquoi … ressentait-elle cette douleur en elle ? Pourquoi … les doutes envahissaient-ils son esprit ? Son cœur se resserra dans sa poitrine, à ces pensées. Brièvement, ses yeux se fermèrent et doucement, elle formula presque un souhait.
« Que dois-je faire … au juste … ? »
Chapitre 25 : Dispute
