Chapitre 22 – Hyr'iah
D'abord aveuglé par la lumière éblouissante, je parvins après quelques instants à discerner la source de cette lueur. Au centre d'une grande salle, sur un piédestal en marbre blanc, se trouvait une magnifique lyre en or pur. Chose surprenante, la lumière n'était pas réfléchie, mais produite par l'instrument lui-même. Bien qu'en apparence assez classique, je pouvoir cependant voir la précision de chaque détail, la finesse de ses courbes… Elle était tout simplement splendide. Sans que je sache pourquoi, je me mis à tendre la main vers la lyre. Pour une raison que j'ignorais, j'avais la sensation qu'elle m'appelait.
Au moment où ma main toucha une des cordes, une douce chaleur s'empara de moi, tandis que mon fragment de triforce s'illumina comme jamais auparavant. Je me sentais traversé d'une énergie nouvelle, tandis que je voyais avec surprise toutes mes blessures se refermer d'elles-mêmes. Même mes vieilles cicatrices disparaissaient. Quel que soit cet objet, il possédait une incroyable puissance. Une fois son travail achevé, la lumière cessa aussi rapidement qu'elle était apparue, me laissant sous le choc. Jamais je n'avais entendu parler d'un tel objet dans les nombreux ouvrages de la Citadelle. Il fallait que j'en informe le Roi dès mon retour.
Mais alors que je m'apprêtais à repartir de cet endroit, un ricanement sinistre résonna derrière moi :
- Impressionnant vraiment. Echapper à ce labyrinthe et mettre la main sur une des plus puissantes reliques de ce monde, c'est vraiment bien joué. Je me dois de te remercier, gamin. Mais il est maintenant temps pour toi de te reposer, et ce pendant très longtemps.
Un frisson traversa tout mon corps. Non, cela ne se pouvait… Mais avant que je puisse me retourner, je sentis une immense douleur au crâne, puis ce fût le noir.
Je courais sans savoir où aller dans le noir le plus total mon seul souhait était d'échapper à ces visions d'horreur qui ne cessaient de me hanter, mais à chaque fois elles revenaient, inlassablement. Ici, je voyais le lynel écraser chacun de mes os avec un sourire sadique, là je voyais Zelda planter l'épée de Légende dans le ventre d'Impa, ailleurs j'étais coincé derrière un mur invisible et je voyais Médolie et Amipha se faire engloutir par le sable, impuissant…
- Amipha ! Médolie !
Tremblant de tous mes membres, je me réveillais en sueur. Des cauchemars, ce n'étaient que des horribles cauchemars. Mais dans ce cas, pourquoi le premier ne cessait de revenir encore et encore, avec à chaque fois une nouvelle vision ?
Essayant de comprendre le fin mot de ces rêves à répétitions, je m'apprêtais à me lever du lit… Un lit ? Regardant tout autour de moi, je vis que je me trouvais désormais dans une petite maison en terre cuite. Mais comment avais-je bien pu arriver ici ? La dernière chose dont je me souvenais, c'était d'être tombé lamentablement par terre avant de m'évanouir. Qui pouvait bien m'avoir amené ici ? Les mêmes que ceux qui s'en étaient pris aux filles ? J'en doutais fort. Et autre surprise, ma cheville gauche était bandée et dans une attelle. Décidément, je ne comprenais plus rien à ce qui se passait.
Je m'attendais à avoir mal en posant mon pied, mais ce fût à peine si je ressentis un léger picotement. Qui que soit cette personne, elle devait avoir d'excellentes compétences en potions médicinales. Avançant lentement, je sortis de la pièce afin de savoir où j'avais atterri. En recevant à peine sorti une immense vague de chaleur, je n'avais plus de doute. J'étais au bord d'une petite oasis, perdue au beau milieu du désert Gerudo. Cela ne se pouvait… nous étions encore à au moins deux jours de marche du désert lorsque nous avons été attaqués… Combien de temps étais-je…
- Tiens tiens, on dirait que notre intrépide aventurière s'est réveillée.
Me retournant brusquement, je vis assise contre le mur une femme bronzée de grande taille avec des cheveux roux flamboyants. A son corps musclé et à sa tenue assez légère, je n'eus aucun doute sur son identité.
- Vous êtes une Gerudo ?
- Bien devinée ma petite. Tu es plus futée que tu en as l'air.
L'esprit encore un peu embrumé, je mis quelques instants à me rappeler que j'étais encore déguisé en hylienne.
- Tu as eu beaucoup de chance tu sais ? Mes sœurs n'auraient eu aucun scrupule à t'achever si tu t'étais montré. Tu peux remercier ton entorse.
Ses sœurs ? Insinuerait-elle que…
- Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas avec elles. En fait, j'ai coupé les liens avec ma tribu depuis des semaines.
- Elles nous ont attaquées ? Mais pourquoi ? Nous étions encore loin du désert comment savaient-elles que nous étions ici ?
- Pourquoi vous avez été pris pour cible, je n'en sais rien. En revanche, je suis sûre d'avoir vu mon ancienne cheffe en pleine conversation avec une jeune femme et une escouade de soldats. Malheureusement, impossible de dire d'où ils provenaient.
- Des soldats ? Une jeune femme ? Non, cela ne se pouvait… elle était reparti avec Impa… Elle n'avait quand même pas…
- Tu me semble bien soucieuse petite. Quelque chose ne va pas ?
- Il y a trop de zones d'ombres dans cette histoire… Qui êtes-vous ? Pourquoi m'avoir aidé ? Combien de temps suis-je resté inconscient ? Et surtout, où sont mes amies ?
- Oh là, calme-toi je te prie. Je te propose un marché. Je te dis tout ce que je sais, à condition que tu cesses de mentir d'accord beau blond ?
La surprise était totale. Et je devais vraiment tirer une drôle de tête car elle éclata de rire.
- Allons fait pas ton timide. Je le savais depuis un petit moment. Et puis, j'avoue que je suis curieuse de savoir pourquoi un aussi ravissant voï que toi se balade déguisé en vaï. Par ailleurs, j'aimerais entendre le récit de ton combat. Affronter un lynel seul et s'en sortir presque indemne, voilà un exploit dont bien peu peuvent se vanter. Tu as eu beaucoup de chance.
Beaucoup de chance en effet. Malheureusement, Impa n'en n'avait pas eu autant. J'ai donc commencé à lui raconter ce qui s'était passé, en hésitant cependant à lui révéler qui j'étais en réalité. Mais au fur et à mesure que je parlais, je sentais le besoin de raconter au moins à quelqu'un ce que j'avais vécu. Pourquoi ? Je ne sais pas… Peut-être le besoin de savoir ce qu'en pensait les autres, d'espérer pouvoir refaire confiance aux autres, ou tout simplement vider ce que j'avais sur le cœur… Quoiqu'il en soit, je finis par tout lui révéler… De mes premiers entraînements au lynel, en passant par l'exil et la traque impitoyable. Je ne la connaissais pas j'ignorais même encore son nom. Mais je tenais à parler à cœur ouvert. Alors que je terminais mon récit, je me sentais incroyablement bien. Mais je savais aussi que j'étais maintenant à sa merci. Elle savait qui j'étais et ce que j'avais fait. Et si elle décidait de me livrer ou de me tuer, je ne pourrai rien y faire.
Un long silence tomba dans la salle. Elle ne bougeait pas, et à son regard, elle était en pleine réflexion. Je songeais un instant à me précipiter vers la sortie, mais pour aller où ? Tout autour, ce n'était que le désert sans eau ni vivres, je ne tiendrais pas deux heures. Je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre son choix. Après un long moment, elle se redressa enfin et se tourna vers moi :
- Je vais t'aider.
- Quoi ?
J'étais complètement pris au dépourvu. Je m'attendais à tout sauf à ça. La conversation semblait prendre un tour inattendu, mais pour une fois, il serait peut-être favorable.
- J'ai un don je sais deviner quand les gens me mentent ou disent la vérité. Et pas une fois j'ai senti un quelconque mensonge dans ton récit. Tu as osé te confier à moi sans même savoir qui j'étais. Et à ta voix, je sens que ces deux jeunes filles qui t'accompagnaient comptent beaucoup pour toi.
- Ça ne m'explique toujours pas pourquoi vous voulez m'aider. Après tout, vous avez dit avoir couper les ponts avec les autres Gerudos.
- Disons… que j'ai une dernière tâche à accomplir, mais je n'y arriverai pas seule. Tu as besoin de moi pour t'introduire en ville, et moi j'aurai besoin de toi pour réussir. Disons que nous serons partenaires un petit moment. Au fait, mes anciennes amies m'appelaient Hyr'iah
Avais-je vraiment le choix. D'un autre côté, elle ne m'avait pas encore planté son épée dans le ventre, et semblait vraiment prête à m'aider.
- D'accord. Si tu peux m'aider à sauver Amipha et Médolie, je t'aiderais en retour.
- Super ! Bon, notre ville est bien défendue, et la vigilance a été renforcée ces dernières semaines. Et comme tu le sais, les voïs sont interdits en ville sous peine de mort. Avec ta tenue, tu aurais pu passer, mais on ignore si mes sœurs t'ont repérées dans la tente alors autant changer ton déguisement. Connaissant les gardes, elles vont être suspicieuses si tu arrives travesti en hylienne, mais certainement pas en gerudo. Je vais m'occuper de toi tu verras tu seras surpris du résultat mon mignon.
Bon sang, chez qui étais-je encore tombé ? Tentant de cacher ma gêne grandissante, je me disais que cela ne pouvait de toute façon pas être pire…
- Alors qu'est-ce que tu en dis ? Magnifique n'est-ce pas ?
Figé devant le petit lac de l'oasis, je n'osais croire ce que je voyais dans l'eau. Abandonnant l'idée des tresses, Hyr'iah avait rassemblé mes cheveux en une longue queue de cheval, après les avoir légèrement teintés en ocre. De mon visage, on ne voyait désormais plus que mes yeux, tout le reste ayant été caché derrière un immense voile blanc, ainsi qu'un tissu vert clair qui servait de couvre-chef afin de me protéger du soleil. Par ailleurs, j'avais maintenant une légère tunique qui descendait seulement à mi-poitrine. De plus, ma jupe avait été remplacée par un sarouel ample au milieu et très serré aux extrémités, ne descendant pas plus bas que mes genoux. Et histoire d'enfoncer le clou, Hyr'iah avait jugé intéressant de me mettre un gros rubis au niveau du front. Je pensais que l'humiliation ne pouvait pas être plus importante qu'avec Linkle, mais Hyr'iah venait de me prouver largement le contraire. Rouge pivoine tellement j'avais honte, je relevais lentement la tête vers elle, n'osant pas lui donner mon avis sur le terme ″magnifique″.
- C'est…comment dire…quelque chose d'assez…inhabituel pour moi…
J'imaginais sans aucun problème grand-père, Amipha et le reste du groupe pliés de rire devant mon air désespéré. Bizarrement, Linkle commençait à me manquer…
- Ne t'en fais pas, tu t'y habitueras. Voyons voir… Il manque un dernier détail et ce sera parfait.
En voyant apparaître un sourire en coin sur le visage d'Hyr'iah, je me mis à suivre son regard, jusqu'à tomber sur deux petits melons glagla pas loin de nous. Un frisson d'horreur me traversa aussitôt. Elle ne pensait quand même pas à ça ?!
- Oh non ! N'y pense même pas ! C'est hors de question ! Je préfère affronter tout un troupeau de lynels que d'en arriver là.
- Dommage… Je suis sûr qu'avec ça tu aurais parfaitement fait ressortir la féminité qui est en toi.
Sur ce, elle éclata de rire, tandis que je m'éloignais d'elle pour ne pas tout jeter par terre et lui montrer ce que je pensais de sa ″féminité″. Regardant le coucher de soleil, je ne pus m'empêcher de penser aux filles. J'espérais de tout cœur qu'elles soient encore en vie, et que ce déguisement ridicule me permettrait d'infiltrer la ville pour les faire sortir le plus rapidement possible de leur cellule. Jusqu'à présent, elles n'avaient cessé de m'aider dans les moments difficiles aujourd'hui c'était mon tour. Et alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière une dune, je ne pus m'empêcher de leur adresser une prière muette.
« Médolie, Amipha, où que vous soyez, tenez bon. Je vous sortirai de là je le jure sur les Déesses. »
