GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR
LA GUERRE D'EUPHOR Episode 24
Cela fait plusieurs heures que Goldorak a délivré le vaisseau Kirigan des pillards appartenant aux forces de Chronaris. Depuis cela, le prince Procius s'affaire à récupérer la cargaison du vaisseau qui s'est retrouvée éparpillée dans l'espace lors de la destruction des navires-pirates. Les soutes du vaisseau Kirigan sont pratiquement remplies à nouveau. La soucoupe porteuse vient se positionner à côté du navire Kirigan.
Un instant plus tard, Procius entre sur la passerelle du vaisseau.
- Voilà, j'ai fini de rapporter toutes les marchandises que j'ai pu retrouver, annonce-t-il.
- Nous n'avons pas fini l'inventaire, annonce le capitaine. Nous ignorons encore ce qui a été perdu.
- Ne vous tracassez pas pour cela, vous ferez le nécessaire à votre prochain voyage.
- Nous en avons encore pour un moment pour recenser les marchandises. Mais nous sommes parés pour rendre la route de la base lunaire.
- Prenez le temps qu'il faut. Je vais vous quitter, évitons le plus possible que nos deux vaisseaux soient vus ensemble.
- Souhaitons que nous ne fassions plus de mauvaise rencontre.
- En effet, soupire le prince.
Sans un mot de plus, Procius tourne les talons pour quitter la passerelle. Le capitaine regarde sortir le prince avec étonnement.
- Étrange comportement, fait le capitaine. Il ne nous a pas habitués à ce genre de réaction. Quelque chose doit le perturber.
Un instant plus tard, Goldorak se détache du vaisseau Kirigan avant de s'éloigner en direction de la lune d'Euphor.
Une vannette circule sur un chemin de terre en soulevant un nuage de poussière. Le véhicule est chargé de bagage, à l'intérieur se trouve Daisuké en compagnie de Kohumé et de leur enfant. La vannette ralentie pour s'immobiliser devant l'ancienne demeure du professeur Procyon.
- Nous y voilà, déclare Dai en serrant le frein à main.
Kohumé tourne la tête pour regarder la maison. La demeure a subi un coup de fraîcheur par les équipes du professeur Alcor. Le terrain a été nettoyé, la bâtisse a eu le droit à un ravalement complet. Durant ce temps, Daisuké est sorti du véhicule pour ouvrir le coffre et sortir les bagages. Sa compagne descend à son tour de la vannette avant de détacher le bébé de la banquette arrière.
La porte de la maison s'ouvre, Mizar apparaît dans l'encadrement.
- Ah ! Vous voilà enfin, s'exclame-t-il.
Daisuké se dirige vers son père en portant plusieurs bagages, alors que Kohumé prend le bébé dans ses bras. Quand elle se retourne, Mizar approche alors que Dai disparaît dans la maison.
- Un problème, demande Mizar.
- Je ne sais pas, répond la jeune femme. Cela me fait bizarre de venir habiter dans cette maison.
- Bah ! Je suis certain que le professeur Procyon serait heureux de voir des jeunes gens habités ici. Il y a trop longtemps qu'elle est vide.
Tout en disant cela, Mizar sort un berceau du coffre.
- Allez entre, lance-t-il. Que je sache où je dois déposer ce lit d'enfant !
Daisuké sort de la maison pour venir prendre de nouveau bagage quand un bruit qui vient de la route attire son attention. Il tourne la tête pour voir approcher une forme, il plisse les yeux et distingue un chapeau pointu. Sur le chemin de terre, Banta conduit une vieille carriole tirée par deux chevaux. Le vieux garçon de ferme attrape le bord de son sombrero d'une main pour l'agiter dans les airs.
- Hé ho, lance-t-il. Voici des bras supplémentaires pour l'installation !
En effet, à l'arrière de la carriole se trouve, Hikaru et Yoshi.
- Hé, s'exclame Mizar en voyant cela. Qui garde le ranch !?
Ce n'est pas la même ambiance dans l'un des vaisseaux en orbite d'Euphor. Le commandant Vesta fulmine dans le laboratoire du docteur Kréma.
- … à cause de nos échecs à répétition, j'ai perdu la confiance de notre maître. Tout cela par votre faute ! Vos modifications n'ont pas apporté la victoire escomptée !
La sauterelle géante reste calme, elle écoute les reproches du commandant.
- Je ne peux plus tolérer de telles erreurs, continue Vesta. Vous devez trouver une solution sinon nous risquons d'être écarté du projet ou pire !
- Hélas, soupire la voix synthétique du docteur. Je ne vois pas ce que je pourrais amélioré, annonce-t-il froidement. J'ai fait tout ce je pouvais, dans l'état de mes connaissances.
Le commandant blêmit.
- Je n'aurais jamais pensé que le pilote de Goldorak serait plus compétent que nos pilotes améliorés.
- Vous… vous… vous plaisantez ?
La sauterelle géante se retourne en croisant ses bras dans le dos.
- En décérébrant les pilotes, continu Krema. Et en installant leur cerveau au cœur de la machine, j'ai réduit le temps de latence de l'impulsion neuromusculaire à quasiment zéro, malgré un temps de réponse supérieur à notre adversaire, cela ne s'avère pas suffisant ! Il n'y a pas que cela, il faut croire que notre adversaire nous est supérieur technologiquement ! Il a vaincu tous nos Gats ! Alors que nous possédons de nombreuses technologies avancées venant de divers univers !
La sauterelle géante ne peut pas voir les yeux luisants du commandant dans son dos.
- Je n'ai pas d'autres solutions à apporter pour l'instant. Il faut que je réfléchisse à un moyen pour…
Kréma ne termine pas sa phrase, la pointe d'une lame sort de son torse.
- Inutile de réfléchir, lance Vesta en retirant son poignard du corps de la sauterelle.
Le docteur se retourne avec difficulté.
- Pourquoi, demande la voix synthétique.
Les bras de la sauterelle s'agitent.
- À moi ! À l'aide, lance Kréma en chutant sur le sol.
Le commandant tend une main pour arracher le masque vocal de la créature. La voix synthétique se tait, elle est remplacée par de petits sons stridents.
- Navré docteur, dit le commandant d'une voix glaciale. Je mets ainsi fin à une amitié et une collaboration. Mais je ne peux plus me permettre un échec ! Je vais donc chercher une association plus fructueuse.
La sauterelle géante s'agite sur le sol, cela énerve Vesta. Elle lève sa botte puis l'écrase à plusieurs reprises sur le crâne du docteur. Le commandant arrête quand la sauterelle n'a plus aucun mouvement.
- Enfin, s'exclame-t-elle avant de souffler en l'air pour se débarrasser d'une mèche de cheveux qui lui recouvre le visage.
Le commandant retrouve son calme. La jeune femme ajuste sa tenue puis se recoiffe. Vesta jette un regard circulaire dans la pièce avant de contempler le corps sans vie de Kréma.
- Bien, il ne reste plus qu'à faire disparaître mes traces.
La jeune femme saisit un bocal en verre contenant un liquide fluorescent puis se dirige vers la porte. Arrivée devant la porte, Vesta se retourne puis projette le bocal sur un groupe de console informatique. Le récipient en verre se brise, le liquide se répand sur le matériel. Des étincelles crépitent, puis de la fumée apparaît. Le commandant reste encore quelques secondes dans la pièce avant de sortir. Vesta inspecte le couloir, il est dessert.
- Parfait, personne ne m'a vu quitter les lieux.
Le commandant s'éloigne d'un pas tranquille, alors que dans la pièce la fumée devient plus intense.
Vesta est pratiquement arrivée à sa navette sur le pont d'envol, quand l'alarme incendie retenti sur le vaisseau. La jeune femme a un sourire discret quand elle grimpe dans son navire.
Dans les sous-sols du centre de recherche spatiale, le professeur Alcor travaille dans un lieu plus grand que le laboratoire, il se trouve dans un des hangars qui a servi au développement des navettes de soutien pour Goldorak. C'est là qu'il commence l'assemblage de la sonde sur le propulseur fourni par Sayaka et le centre de recherche photonique. Alcor utilise un boîtier pour contrôler le pont roulant sur lequel est suspendue la sonde.
- Pourquoi j'ai décidé de commencer le travail seul ! Cela va être coton de déposer la sonde sur le propulseur ! Personne pour la guider ! J'aurais dû attendre que Daisuké ait fini de s'installer dans la maison de Procyon !
Le pont roulant grince sinistrement, la sonde bouge dans tout les sens. Le professeur a été distrait un instant et il a appuyé sur la mauvaise touche.
- Pourvu qu'elle ne heurte rien et qu'elle ne chute pas, implore-t-il.
Après un instant, les mouvements de la sonde se ralentissent avant qu'elle ne s'immobilise.
- Ouf, pousse avec satisfaction Alcor. Heureusement, qu'il ne lui est rien arrivé, sinon qu'est-ce que j'aurais pris !
Le professeur décide alors de déposer la sonde à côté du propulseur et de reprendre le travail une fois que Daisuké sera revenu au centre.
Le tyran Chronaris est à visage découvert dans sa salle de bain. Il a les joues recouvertes de mousses afin de se raser. Il se rase en premier sa joue droite puis passe à l'autre côté. La lame glisse sur sa peau quand il sursaute, il vient de voir quelque chose dans le reflet du miroir qui le glace. Son masque flotte dans les airs derrière lui, du sang s'écoule de la coupure de sa joue, le tyran reste immobile. Soudain dans le reflet, le masque s'approche dévoilant une forme humaine portant une cape dorée. Il n'y a pas de doute, il s'agit de son double. Une main se pose sur son épaule.
- Le moment approche, annonce le double. La victoire arrive.
Chronaris se retourne d'un mouvement rapide, mais la main sur son épaule s'est volatilisée, il n'y a personne en face de lui. Il regarde partout dans la salle de bain, il ne peut que constater qu'il est seul dans la pièce. Il lâche son rasoir qui tombe sur le sol.
- Qu'est-ce que cela veut dire, se demande-t-il à voix basse.
Actarus ne tient pas en place dans la cavité de réunion, il fait les cent pas sous le regard du quinquagénaire assis à la table.
- Qu'est-ce qui vous tracasse Majesté ?
- Je me demande ce que va faire Chronaris maintenant !
- J'avoue que je ne comprends pas votre inquiétude.
Le roi plaque ses mains sur la table en se penchant vers l'avant.
- Quelles vont être les répercussions de l'échec de son ultimatum ? À quoi va-t-il falloir s'attendre ? Qu'allons-nous devoir contrer !? À quelle partie de la population va-t-il s'attaquer pour m'avoir et contraindre Goldorak ?
- Je comprends, fait numéro en se frottant le menton. Nous nous devons de ne pas baisser notre garde. Au contraire, il faut trouver quelque chose pour unir le peuple. Vos allocutions sont efficaces, mais trop risquées pour qu'elles soient prolongées. Nous savons déjà qu'une grande partie de la population est avec nous, mais il faudrait une action forte pour nous lier tous !
Le roi se redresse.
- Je vois ce que vous insinuez, fait Actarus pensif.
- Je n'aime pas quand vous avez cette tête, déclare le cinquantenaire. Généralement, cela annonce un plan impossible !
Dans la salle de commandement de la base lunaire, le capitaine Knoch est anxieux. Cela fait plus de vingt-quatre heures que le prince a quitté la base. Les informations captées confirment bien que la ville a été libérée et que le roi est toujours libre. Cela, plus l'étrange message de détresse du vaisseau Kirigan met les nerfs à vif au pauvre capitaine du vaisseau royal.
- Goldorak en approche, annonce le lieutenant Sito.
- Enfin ! Le voilà, s'exclame le capitaine en se dirigeant vers la sortie.
La soucoupe porteuse surgit du tunnel provenant de la surface. Une fois arrivée sur sa zone d'atterrissage, elle pivote pour se mettre dans l'axe de la galerie pour pouvoir décoller rapidement. Une fois bien en place, la verrière du poste de pilotage s'abaisse pour laisser sortir Procius. Ce dernier saute de la soucoupe dans sa combinaison de pilotage. Quand ses pieds touchent le sol, il voit le capitaine Knoch qui se précipite vers lui.
- Ah ! Vous voilà enfin, s'exclame le capitaine. Je me faisais du souci pour vous !
- Je vois cela, ironise le prince. Comme à chaque fois.
- Vous allez bien, demande le capitaine en voyant la mine fatiguée de Procius.
- J'ai besoin de sommeil. Des nouvelles d'Euphor ? Le roi n'a pas été capturé ? Et la ville de…Clovic ? Chronaris n'a pas ordonné un nouvel assaut ?
- D'après les informations que nous avons réussi à capter, rien n'indique que le roi soit retenu pour Chronaris. La ville de Clovic est libre, pour le moment elle est affairée à soigner ses blessés et les dégâts matériels.
- Dans ce cas, je vais pouvoir m'octroyer quelques heures de sommeil.
- Navré de vous poser la question, mais pour le vaisseau Kirigan, que comptez-vous faire ?
Procius s'éloigne, il fait quelques pas avant de répondre.
- Il sera là dans quelques heures, annonce-t-il en continuant sa progression.
Un petit groupe se tient devant l'ancienne demeure du professeur Procyon, Daisuké et Kohumé se tiennent sur le pas de la porte.
- Merci à tous pour votre aide, fait le jeune homme.
- C'est normal, répond Banta joyeusement.
- Où est Mizar, demande la jeune femme en remarquant son absence.
Dai cherche son père du regard.
- Il n'est tout de même pas parti seul au ranch, demande-t-il.
Mizar surgit d'un côté de la maison avec son cheval derrière lui dont il tient la bride.
- Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? Il y a un problème, demande-t-il.
- On se demandait juste où tu étais, répond Dai.
- Si ce n'est que cela, on va pouvoir vous laisser alors, répond son père en souriant.
- Allez, lance Banta. Tout le monde dans la carriole !
Hikaru et Yoshi grimpent dans le véhicule alors que le vieux garçon de ferme s'installe à l'avant en prenant les rênes.
- En avant, lance Banta. Allez ! Hue !
La carriole s'élance sur le chemin de terre pendant que Mizar grimpe sur sa monture.
- Vous voici chez vous en famille, dit-il. Passez une bonne soirée.
Dai quitte le pas-de-porte pour s'avancer.
- Merci pour tout, fait le jeune homme avec une certaine émotion.
- Bah ! De rien, répond Mizar en se frottant le nez. Maintenant, faut que je case ta sœur, plaisante-t-il.
- Cela va être compliqué. Elle attend le retour de son prince.
- Alors, cela risque de prendre du temps ! Bizarre, j'ai l'impression d'avoir déjà vu ça, plaisante son père. Je vais l'avoir encore longtemps sur le dos, déjà que j'ai Banta.
- Je ne manquerais pas de lui répéter.
- Trêve de plaisanterie, coupe Mizar. Il faut que je rattrape Banta et les autres.
Il salue le couple à la façon d'un cowboy avec un geste de la main sur le chapeau avant de s'éloigner avec son cheval.
Daisuké rejoint Kohumé devant la porte, ils regardent disparaître à l'horizon la carriole et le cheval puis rentre dans leur nouvelle demeure. Quand la porte se referme, le bébé se met à pleurer à l'intérieur de la maison.
- C'est l'heure du biberon, déclare Kohumé.
Le vaisseau Kirigan circule dans le tunnel qui le mène à l'un des hangars souterrains de la base lunaire. Quand le navire coupe ses moteurs, une fois l'atterrissage effectué, le capitaine Yamato surgit dans le hangar. Les portes de la soute du vaisseau s'ouvrent, le capitaine du bâtiment apparaît.
- Ravi de vous revoir enfin, fait Yamato.
- Moi aussi capitaine.
- Des dégâts ? Des pertes ?
- Juste de la perte de marchandise, cela aurait été plus grave sans l'intervention du prince.
Dans la zone d'atterrissage, des engins de manutention surgissent, ainsi que des hommes pour décharger la marchandise que le vaisseau rapporte.
- Le prince n'est pas là, s'étonne le capitaine du vaisseau.
- Il se repose, répond Yamato intrigué. Vous vous attendiez à le trouver à votre arrivée ?
- C'est à dire… Qu'il désirait connaître la quantité de marchandise perdue, mais nous n'avions pas fini l'inventaire lorsqu'il nous a quittés pour rentrer à la base.
- Bien, dans ce cas, donnez-moi votre manifeste, je vais le lui faire parvenir.
L'homme tend alors un porte-bloc à Yamato qui le saisit pour le glisser sous un bras.
- Je vais informer le prince de votre arrivée et lui transmettre ce document, déclare le borgne.
Les deux hommes échangent un salut puis se séparent.
Procius s'est endormi tout habillé sur son lit. De petits coups donnés discrètement sur la porte de ses quartiers le tirent de son sommeil. Le prince s'étire en bâillant.
- Qui est-ce ?
- Yamato.
Procius se lève avec les cheveux en bataille. Il ouvre la porte.
- Je vous écoute capitaine.
- Je viens vous signaler que le vaisseau Kirigan est bien rentré. Je vous apporte son manifeste, il semblerait que vous l'attendiez.
Le prince semble ne pas comprendre ce qui se passe, il met un moment avant de répondre.
- Oui ! La cargaison.
Le borgne lui tend le porte-bloc. Procius le prend vivement et commence à consulter les différentes pages alors que le capitaine Yamato reste planté devant lui complètement droit.
- Les pertes ne sont pas trop importantes, commente Procius. Dans l'affrontement, certaines caisses ont sûrement été détruites.
Il arrive à la dernière page puis rend le porte-bloc au capitaine borgne.
- Je craignais que cela soit plus grave, annonce simplement le prince.
Procius remarque que le capitaine ne bouge pas.
- Autre chose ?
- Non, répond Yamato. J'attendais vos instructions.
- Avez-vous jeté un œil à l'inventaire de la cargaison ?
- Pas le moins du monde, s'étonne le capitaine
- Je vois… Dans ce cas, lisez là et…
Le borgne lève le sourcil de son œil valide.
- Prenez le nécessaire pour la remise en état du Xanta, fait le prince. Moi, je vais aller prendre une bonne douche pour me réveiller.
Procius referme la porte au nez du capitaine. Yamato prend retourne le porte-bloc dans ses mains et commence à consulter l'inventaire de la cargaison, au fur et à mesure qu'il tourne les pages, son œil valide s'éclaire.
Le général Zota est dans la salle de commandement, il s'est installé à une console. Sur le moniteur, il suit la trajectoire de la navette du commandant Vesta.
- « Je me demande d'où elle revient ? J'ai perdu sa trace après son décollage quand elle est arrivée dans l'orbite, elle a changé plusieurs fois de trajectoire entre tous les vaisseaux. J'ignore donc sur lequel elle s'est rendue. Et maintenant, sa navette revient au palais. Qui a-t-elle été donc voir ? »
Zota éteint la console puis se lève, un soldat s'approche de lui pour lui tendre une feuille. Le général saisit le morceau de papier et le parcourt.
- Disposez, je fais le nécessaire, annonce-t-il.
Le soldat se retire.
- Voilà quelque chose d'inattendu, murmure Zota.
La carriole arrive au ranch du bouleau blanc, à l'arrière Yoshi dort. Le chariot s'immobilise non loin de l'écurie. Mizar y entre sur son cheval, alors que Banta saute de la carriole pour détacher les chevaux. C'est quand Hikaru descend que l'adolescent se réveille.
- On est arrivée, demande-t-il en se frottant les yeux.
- Oui, nous sommes rentrés au ranch, répond la jeune fille. Il est tard, veux-tu souper avec nous ? Tu n'as qu'à téléphoner à tes parents pour les prévenir.
- C'est bien gentil à vous mamz'lle. Mais j'dois rentrer.
- Tu es certain ? Il n'y a aucun problème.
- J'vous assure, faut qu'j'rentre à la maison.
Yoshi saute du chariot et court jusqu'à sa bicyclette qu'il enfourche dans la foulée.
- À d'main matin, lance l'adolescent en donnant son premier coup de pédale.
Mizar sort de l'écurie, il aperçoit Yoshi qui s'éloigne.
- Tu auras quand même pu l'inviter à manger, lance-t-il en direction de sa fille.
- Non, mais pour qui tu me prends, répond Hikaru en croisant énergiquement les bras. Je lui ai demandé, mais il a refusé, précise-t-elle en levant le menton de colère.
Banta sort de l'écurie en chantonnant.
- Alors, fait le vieux garçon de ferme. Qu'est-ce que tu nous fais de beau à souper ?
Hikaru lance un regard noir au vieil homme avant de partir d'un pas lourd vers l'habitation.
- Mais qu'est-ce que j'ai dit encore, fait Banta en écartant les mains.
La navette du commandant Vesta se pose dans l'une des cours du palais. Quand la femme aux cheveux rose en descend, un soldat se présente à elle.
- Qu'y a-t-il soldat, demande-t-elle sèchement.
- Le seigneur Chronaris veut vous voir immédiatement dans la salle du trône, annonce le militaire avec un léger tremblement dans la voix.
La jeune femme pince ses lèvres.
- Bien ! Je m'y rends immédiatement. Rompez !
Le soldat déguerpit rapidement. Le commandant reste dans la cour.
- Étrange, pourquoi Chronaris désire-t-il me voir ? Et encore une fois dans la salle du trône. Je sais que j'ai perdu sa confiance, mais tout de même.
Le commandant se met finalement en route avec un pas rapide.
Le capitaine Yamato est dans son bureau, d'une main, il consulte le manifeste de chargement et de l'autre, il note sur une feuille. Tout son corps frémit, même sa main tremble quand il écrit.
Les lourdes portes de la salle du trône se referment derrière le commandant. Chroanris est installé sur le siège du pouvoir, sa panthère mécanique est assise à sa droite, ses yeux artificiels luisent. Le tyran a les mains posées sur les accoudoirs. La femme regarde discrètement la pièce, la garde personnelle du dirigeant est disposée aux quatre coins. Elle garde un visage impassible en avançant vers le trône, arrivé devant, elle s'agenouille en baissant la tête.
- Vous m'avez demandé Maître. Puis en connaître la raison ?
- J'ai une bien triste nouvelle à vous annoncer. Il y a eu un incident dans le laboratoire du docteur Kréma.
La jeune femme a toujours la tête baissée, cela masque le fait qu'elle blêmit en entendant la nouvelle.
- « Comment peut-il déjà être au courant, se demande Vesta. Cela s'est produit il y a moins d'une heure ! »
- Comment se porte le docteur, demande-t-elle avec une voix la plus neutre possible.
- Il est mort, lâche Chronaris.
Sous le masque, les yeux du tyran guettent la réaction du commandant.
- Comment est-ce arrivé, questionne Vesta en gardant son sang-froid .
- Sûrement une erreur de manipulation. Le laboratoire a pris feu. Nous n'en savons pas plus pour le moment.
- C'est une bien triste nouvelle, fait le commandant en gardant la tête baissée. Cela va causer une grande perte pour le développement des Gats.
- En effet, le docteur était quelqu'un de précieux, il sera difficile à remplacer.
- Que devons-nous faire en attendant son remplacement pour l'élaboration des Gats ?
Le tyran croise les mains devant son visage. Plus exactement, son masque et reste silencieux un instant.
- Ne changez rien, continuez suivant les plans établis. Nous aviserons quand son remplaçant sera nommé.
- Il en sera fait suivant votre désir.
Le commandant a l'impression de sentir le regard puissant de Chronaris sur sa nuque, est-ce un effet de son imagination ou la vérité ? Il n'ose pas relever la tête pour vérifier et attend ainsi les ordres du dirigeant.
Chronaris reste silencieux, il observe le comportement de la femme à la chevelure rose, il cherche la moindre réaction, le moindre mouvement de corps incontrôlé. Le silence est pesant dans la salle, cela dure plus d'une minute avant que le tyran congédie le commandant. Vesta se lève puis salue avant de pivoter pour regagner les lourdes portes de la pièce, elle sent le regard de Chronaris posé sur elle jusqu'à ce qu'elle franchisse le seuil de la salle.
Les portes se referment, l'homme au masque a toujours ses mains croisées devant.
- Qu'en pensez-vous Maître, demande la voix de général Zota surgissant de derrière le trône.
- Je partage tes soupçons. Je crois qu'elle en sait plus sur la disparition de Kréma qu'elle ne le montre.
- Serait-ce le commandant qui l'aurait tué ?
- Ce n'est pas à exclure. En tout cas, je te sais gré de m'avoir prévenu pour cet incident sur le vaisseau.
- Je suis votre humble serviteur.
- Je sais que je peux compter sur toi.
Zota incline la tête.
- Vous me flattez Maître.
Le mouvement de tête permet au général de masquer l'éclair qui traverse son regard.
L'eau s'écoule à grande giclée sur les épaules de Procius, cela fait plusieurs minutes qu'il est sous la douche immobile.
- « Que va-t-il se passer maintenant ? J'ai contrecarré l'ultimatum de Chronaris, avec quoi va-t-il riposter ? De plus, est-ce lui qui est à l'origine des pillages des vaisseaux de transport par ses troupes ? Font-elles cela de leur propre initiative ? Si c'était le cas, cela voudrait dire qu'il y a une pénurie de fourniture. S'il s'agit bien de ça, ne pourrais-je pas profiter de la situation ? S'il y a des pillards, c'est qu'il y a des dissidents dans les rangs. Je pourrais me servir de cela pour faire basculer la situation ! Je demande ce que ferait le roi dans cette situation et ce qu'il prépare de son côté ? Si seulement, je pouvais entrer en contact avec lui et la résistance. »
Le roi a rejoint la cavité qu'il occupe avec les autres membres de sa famille. Il est affairé à écrire sur la table de la cuisine. Plusieurs feuilles de papier roulé en boule traînent sur la table.
- Rien de ce que je trouve comme idées ne fonctionnent pas, une fois mise sur le papier. Qu'est-ce qui pourrait être fédérateur ?
Actarus pose son crayon avant de se pendre la tête entre ses deux mains.
- « Numéro Un a raison, je ne peux pas continuer à m'exposer de la sorte ! J'ai toujours réussi à échapper à Chronaris, mais pour combien de temps encore ? Mes apparitions ont permis de contrôler les ardeurs d'une partie de ma population et d'unir nos efforts pour une action commune pour libérer Euphor. Mais le moment est venu de resserrer ces liens avant l'action. Mais quel est le moyen de le faire ? »
Acatrus lève les yeux vers la voûte de la cavité. Il se met à penser à son père adoptif, le professeur Procyon.
- Père, aujourd'hui, je comprends mieux ce que tu ressentais quand tu nous voyais partir combattre Véga.
Le colonel Niiva est assis à son bureau, il a entre les mains sa badine qu'il fait ployer légèrement, il écoute, sans grande attention, le responsable des ingénieurs qui se tient de l'autre côté du bureau.
- …, en ce qui concerne votre projet, fait l'albinos.
Niiva cesse de jouer avec sa badine.
- L'installation des circuits de commande est terminée. L'armement est en cours d'installation, mais il manque certains circuits…
- Faites-moi une liste. Je vous le procurerais, coupe le colonel.
- À vos ordres. Le reste des travaux continuent suivant le temps disponible. Je ne peux …
Niiva lève la main pour interrompre l'ingénieur, car il vient de voir entrer dans le hangar le commandant Vesta qui se dirige rapidement vers le bureau.
- Parfait, fait le commandant en se levant. Faits au mieux, vous me ferez un contre rendu plus complet la prochaine fois.
L'Albinos est un peu étonné par l'attitude du colonel jusqu'à ce qu'il entende la porte du bureau qui s'ouvre, il pivote sa tête et découvre la femme à la chevelure rose.
- Merci pour votre rapport, reprend Niiva. Vous pouvez disposer.
L'ingénieur range sa tablette informatique sous son bras puis salue les deux gradés avant de quitter la pièce.
Une fois l'albinos parti, Vesta se jette sur le siège de son bureau.
- Toutes mes condoléances pour la perte du docteur Kréma, déclare Niiva sur un ton solennel.
La jeune femme sursaute en entendant cela, elle réalise que cela est déjà arrivé aux oreilles du colonel. La nouvelle se répand plus vite qu'elle ne le pensait.
- Je vous remercie, répond-elle une fois la surprise passée.
Niiva affiche un visage de compassion, mais en réalité il est ravi de la disparition du docteur.
- Qu'allons-nous faire avec les machines en construction, demande-t-il. Vous en avez une idée ?
- Le seigneur Chronaris souhaite que nous ne changions rien pour le moment, jusqu'à ce qu'un successeur soit trouvé pour remplacer le docteur et qu'il ait de nouvelles idées.
- Si c'est le souhait de notre maître.
Le capitaine Yamato est à côté du vaisseau Kirigan, la cargaison qu'il contenait est entreposée non loin de lui. Il tient dans ses mains des feuilles qu'il consulte régulièrement pendant qu'une poignée d'homme manipule des caisses avec des engins de manutention. Le borgne lève la tête puis pointe du doigt une caisse.
- Il nous faut celle-ci aussi, annonce-t-il.
Un soldat arrive avec son engin pour prendre la caisse désignée.
- Avec tout ce matériel, nous allons pouvoir avancer rapidement sur la remise en état du bombardier Xanta, commente le borgne.
Le capitaine remarque que des hommes attendent ses instructions.
- Allez ! On se bouge, fait le borgne. Il faut les caisses C227 et C240.
Les soldats se mettent à la recherche des caisses.
Sur Terre, dans le laboratoire enfoui dans les tréfonds du centre de recherche spatiale, Alcor et Daisuké travaillent sur la fixation de la sonde sur le propulseur. Le jeune homme est en moitié endormie et ne cesse de bâiller.
- Tu as passé une mauvaise nuit dans l'ancienne maison du professeur Procyon, demande Alcor.
- En effet, mais ce n'est pas la faute de la maison, répond Dai en bâillant.
- Je vois, je vois, fait le professeur. Vous avez inauguré votre nouvelle demeure, plaisante-t-il grivois.
- Pas du tout, soupire Daisuké. C'est le bébé, il n'a pas arrêté de pleurer de la nuit. Peut-être le changement de maison.
- Ce n'était pas simplement pour les biberons, s'étonne le professeur. Il me semble qu'il y en a plusieurs dans la nuit.
- Oui, mais cette nuit, il n'a pas fermé l'œil. Au ranch, il se réveillait toutes les deux ou trois heures, mais là dès qu'on le mettait dans son berceau, il hurlait. Kohumé et moi l'avons eu toute la nuit dans les bras. Nous n'avons pratiquement pas fermé l'œil.
Un claquement métallique résonne indiquant que la sonde est en place sur le système d'éjection du propulseur.
- Voilà qui est fait, commente le professeur.
- Maintenant, nous devons nous attaquer à la mise en place de l'enveloppe extérieure.
- La partie la plus simple. Cela va être rapide. Dans peu de temps, nous saurons enfin ce qui se passe sur Euphor.
Une inquiétude passe sur le visage d'Alcor.
Chronaris est dans ses appartements, il semble particulièrement joyeux, car il chantonne en allant d'un coin de la pièce à un autre en sautillant, cela étonne sa servante Alièna qui lui sert un encas.
- Ma chère, fait-il subitement. Bientôt, tout ceci sera enfin fini.
La fille du chambellan s'étant habitué aux divagations du tyran, elle ne prête guerre attention à ses dires et continue son service. Elle dépose une assiette sur laquelle est disposée une part de gâteau recouvert de crème sur la table.
- Oui, quand je serais revenu de… mon voyage, cette stupide guerre touchera à sa fin et je serais alors, le seul maître d'Euphor, déclare-t-il en s'attablant.
La fille du chambellan ne comprend pas de quoi parle Chronaris, mais elle note l'information dans un coin de sa tête. Tout en faisant cela, elle lui sert une boisson, puis elle s'écarte pour attendre à quelques pas, les instructions de l'homme au masque.
Chronaris prend la cuillère posée dans l'assiette pour se couper un morceau de pâtisserie. De son autre main, il soulève le bas de son masque pour y glisser dessous la nourriture.
Le capitaine Yamato entre dans le hangar où se trouve le bombardier Xanta, un tas de caisse de différente taille a été amené. Le borgne les compte rapidement, avant de se diriger vers le navire, un soldat en sort. Le militaire transporte une caisse à outils dans ses mains.
- Capitaine, salue l'homme. Si je peux me permettre, c'est pour quoi toutes ces caisses ?
- Oh ça ! C'est le matériel nécessaire pour la remis en état du Xanta.
Un bruit métallique violent résonne, le soldat vient de lâcher sa caisse à outils.
- Allons soldat, fait le capitaine. Vous me semblez bien émotif !
Le lieutenant se reprend.
- Navré capitaine, fait-il en reprenant une attitude digne.
- Cela ira pour cette fois, fait le borgne avec un léger sourire en coin.
Une équipe de bénévole arrive dans le hangar.
- Hé ! Mais c'est quoi toutes ces caisses, s'exclame l'un d'eux.
Sur la table, un tas de feuilles chiffonné traîne, le roi c'est endormi les bras croisés et la tête reposant dessus. Phénicia et Vénusia entrent dans la cavité et découvrent Actarus ainsi. Elles sont surprises un instant puis entre sans bruit dans la pièce, elles regardent la table avec étonnement. La sœur du roi prend l'une des boules de papier et la déplie.
- Les brouillons d'un plan, demande Vénusia à voix basse.
- Je ne crois pas, répond Phénicia en murmurant. Cela ressemble à un discourt, non pas vraiment, on dirait une suite d'idée ou de phrase mobilisatrice.
Elle tend la feuille à Vénusia, celle-ci la parcourt rapidement.
- Tu as raison, confirme la reine. Cela pourrait presque être une chanson militaire.
Phénicia prend une autre feuille froissée.
- Pareil sur celle-ci, annonce-t-elle.
- Mais que prépare-t-il ?
Le colonel Niiva est assis à son bureau, il fait mine de lire sur l'écran de sa console, mais en réalité il observe le commandant Vesta qui est assis à l'autre bureau. La femme semble inquiète et nerveuse, car elle se ronge les ongles et c'est bien la première fois qu'il la voit agir de la sorte.
- « J'aimerais bien savoir ce qu'il se trame, pense Niiva. La mort de Kréma est-elle réellement un accident ? Chronaris aurait-il ordonné son exécution suite aux nombreux échecs ? Dois-je m'inquiéter de la situation ? Suis-je le prochain ? Non, le commandant doit être avant moi, il doit penser la même chose que moi vu son état. Si Vesta meurt dans un accident, j'ai intérêt à surveiller mes arrières !»
Kohumé est exténuée, ses yeux sont cernés avec de petites poches en dessous. Elle marche de long en large dans le salon avec dans les bras son enfant.
- Mais pourquoi tu ne veux pas dormir, murmure-t-elle en regardant le bambin.
Pour toute réponse, le bébé lui sourit.
- C'est bien beau, mais tu ne vas pas t'en sortir éternellement avec des sourires.
Le bruit d'un objet qui tombe sur le sol se fait entendre. La jeune femme cherche la source du bruit du regard, elle distingue quelque chose devant la cheminée de la pièce. Elle s'approche puis se baisse pour la ramasser.
- Une pipe, s'étonne-t-elle.
Le regard de Kohumé se porte sur un porte-pipe se trouvant sur le rebord de la hotte.
- Comment a-t-elle fait pour tomber ?
Elle s'apprête à la reposer sur le support quand elle voit que son enfant tend les mains et tente de prendre l'objet.
- Tu la veux ?
Le bébé tend encore plus ses bras.
- Allons donc !
Kohumé examine la pipe pour voir s'il n'y a rien de dangereux à l'intérieur. Il n'y a aucune trace de tabac, elle donne donc l'objet au chérubin. Il commence à le tourner entre ses mains, le caresser avec son visage, après quelques minutes de ce manège, le bébé ferme les yeux au grand soulagement de sa mère.
- J'espère qu'il ne sera pas fumeur quand il sera grand, souhaite-t-elle en soupirant.
Le colonel Niiva éteint la console informatique de son bureau, il s'étire en se levant de son siège puis il attrape sa badine. Le commandant Vesta assis à l'autre bureau réagit soudain.
- Vous partez déjà ?
- En effet, je rentre dans mes quartiers pour le souper.
Vesta le regarde avec surprise.
- Le souper ? Il est déjà si tard ?
- Oui, l'heure du souper est même dépassée !
Le commandant réalise qu'il n'a pas bougé d'un pouce depuis qu'il est arrivé dans le hangar après son entrevue avec Chronaris. La femme a passé la plus grande partie de la journée dans ses pensées.
- Je ne sais pas pour vous, mais moi je rentre. Bonne soirée commandant.
- Bonne soirée à vous aussi, répond machinalement Vesta.
Niiva jette un dernier regard à la femme avant de quitter le bureau.
- « Quelque chose la tracasse visiblement, pense le colonel. »
La fille du chambellan est dans sa chambre, elle n'arrive pas à dormir, elle tourne dans son lit. En prêtant l'oreille, elle peut percevoir les ronflements de son père qui dort dans une autre pièce. Une chose la perturbe. Elle se demande si ce qu'a raconté Chronaris au sujet d'un voyage n'a pas de l'importance. Pourquoi a-t-il parlé de cela devant elle ? Dans quel but ?
- Je crois que je devrais en parler à Procius. Cela pourrait se révéler important.
La jeune femme s'assoie sur son lit, puis prend le communicateur dans le tiroir de sa table de chevet. Elle met immédiatement l'appareil en marche.
Dans la salle de commandement du palais, le signal du communicateur est détecté à l'instant même de sa mise en action. Le soldat affecté à la console, dédiée à cette fonction, fait prévenir le général Zota par l'intermédiaire de l'officier de garde.
Le général Zota est dans un profond sommeil. Il rêve qu'il est en compagnie de son fils, tous les deux sont allongés sur les rives d'une rivière en contemplant le ciel moutonneux, jusqu'à ce que le ciel s'assombrisse et que le tonnerre gronde.
Le général sort de son rêve pour réaliser que ce n'est pas le tonnerre qui gronde, mais le signal d'un appel entrant sur sa console. Zota sort de son lit pour actionner la console.
- Qu'y a-t-il, fait-il avec une voix rauque.
- Général, le signal inconnu est détecté, annonce la voix d'un soldat.
- Je viens, annonce-t-il.
Zota coupe la communication.
- Voilà encore ce maudit signal espion, bougonne-t-il en enfilant ses vêtements promptement. Il y a bien longtemps qu'il n'y a pas eu de transmission ! Pourquoi fallait-il qu'il interrompe un si doux songe, soupire-t-il.
Une fois apprêté, le général sort de ses quartiers pour rejoindre la salle de commandement.
Alièna est toujours assise sur son lit, elle fixe le communicateur dans ses mains, elle s'interroge, doit-elle prévenir Procius d'un hypothétique voyage de Chronaris. Son regard se pose sur l'appareil, elle réalise qu'elle a sans le vouloir appuyé sur le bouton d'émission.
- « Quelle idiote que je suis, se dit-elle »
Elle relâche le poussoir du communicateur puis reprend sa réflexion.
- Cette information lui sera-t-elle utile ? À quoi cela va-t-il l'avancer ? C'est inutile, mais j'ai tant envie d'entendre sa voix.
Le général entre dans la salle, il se dirige immédiatement vers la console d'écoute radio.
- Alors, fait-il simplement.
- Le signal a disparu il y a quelques secondes. Il n'a pas duré assez longtemps pour le localiser avec précision. Mais la zone s'est réduite à une centaine de mètres environ.
- Plus de doute possible, il provient bien de l'intérieur du palais.
Les mains tremblantes, Alièna actionne le communicateur.
- Procius tu me reçoit ?
Un signal retentit sur la console d'écoute.
- Le signal est revenu, annonce le préposer.
- Il faut impérativement le localiser.
- Procius tu me reçoit ?
Le communicateur du prince est posé à côté de son lit, mais Procius ne s'y trouve pas. Le prince se brosse les dents dans le cabinet de toilette, un bruit inhabituel attire son attention, il entend vaguement une voix dans l'autre pièce. Il sort de la pièce d'eau avec la brosse dans sa bouche pour scruter sa chambre. Il ne voit personne dans sa chambre, il croit avoir eu un mirage auditif et pivote pour retourner dans la salle de toilette quand la voix retentit à nouveau. Le prince réalise que cela provient du communicateur, il bondit sur le lit pour saisir l'appareil.
- Ichi Porchius, fait-il avec la brosse à dents dans la bouche.
Il retire la brosse avant de recommencer.
- Ici Procius. J'écoute.
- Procius ! Enfin !
- Que se passe-t-il ? Il y a un problème, demande le prince pensant immédiatement au pire.
- Non, non, s'empresse d'annoncer la jeune femme.
- Cela me rassure, mais pourquoi me contactes-tu ?
- Je ne sais pas si cela a de l'importance, mais Chronaris prévoit de s'absenter quelques jours.
- Il doit voyager ? Tu en sais plus ? La date et sa destination ?
- Pas pour l'instant, c'est très vague, cela doit être pour bientôt, c'est tout ce que je sais. Il dit que quand il rentrera la guerre touchera à sa fin.
- La guerre touchera à sa fin ?
- C'est ce qu'il déclare.
- Merci de cette information. Nous allons surveiller de plus près les mouvements des vaisseaux et surtout celui de Chronaris.
- Et toi comment vas-tu ?
- J'ai hâte que tout ceci se termine. Des nouvelles de ma famille ?
- Aucune, depuis qu'ils ont rejoint la résistance.
- Dommage, j'aurais bien aimé échanger avec mon oncle. Avoir des conseils sur les choses à faire.
- Nous serons réunis un jour.
- Je le souhaite, répond le prince avec un soupçon de mélancolie dans la voix.
- Ne perds pas confiance.
- Je le sais. Encore merci pour l'information. Mais il serait plus sage de couper la communication avant qu'elle ne soit détectée.
- Tu as raison. À bientôt.
- Oui, à bientôt.
Le prince referme le communicateur, Aliéna fait de même sur Euphor.
- Le signal a disparu, annonce le soldat.
- Vous avez sa position.
- Hélas non. Mais le signal provient bien de l'intérieur du palais.
- Cela nous le savions déjà, bougonne Zota. N'arriverons-nous donc jamais à le localiser avec précision !
Procius remet la brosse à dents dans sa bouche et la mâchonne en s'allongeant sur le dos sur son lit.
- « Que prépare Chronaris, se demande-t-il. Quel est le but de son voyage ? Qu'a-t-il l'intention de faire ? Pourquoi dit-il qu'à son retour la guerre sera finie ? Va-t-il conclure une alliance ? Cela serait étonnant, les alliances qu'il noue ne sont qu'à son avantage. Il serait étonnant qu'il trouve un allié dans notre secteur de la galaxie. Quoi que, cela puisse arriver suivant ce qu'il propose. Non, cela doit être autre chose ! Il a sûrement d'autres desseins ! Mais quoi ? »
Procius grimace, il ressent une étrange de sensation dans la bouche, il réalise alors qu'il a toujours sa brosse à dent en bouche. Il sort l'instrument de son palais, la pauvre brosse est complètement mâchouillée.
- Je n'ai plus qu'à me rincer la bouche et changer de brosse à dents.
Il fait nuit au palais royal, le commandant Vesta erre dans les couloirs de la demeure souveraine. La femme marche sans but, le regard dans le vide, elle ne remarque pas le général qui s'approche. Celui-ci revient de la salle de commandement et regagne ses quartiers.
- Commandant, vous allez bien ? Que faites-vous dans les couloirs à cette heure ?
Vesta regarde Zota un instant les yeux dans le vague avant de répondre.
- Je… Je réfléchis, fait-elle. Marché m'aide à vider ma tête pour mieux me concentrer sur le problème. Et vous-même.
- Ma présence a été requise au centre de commandement, maintenant je regagne mes quartiers.
- Je crois que je vais en faire de même. La solution me viendra peut-être en dormant.
- Bonne nuit, commandant.
Zota se remet en marche, il fait quelques pas puis un sourire mauvais se dessine sur ses lèves.
- « Elle est visiblement perturbée,, constate-t-il. La mort de Kréma doit en être la cause, il y a fort à parier vu son état que c'est elle qui a tué le docteur. Elle doit se demander si les soupçons planent sur elle. Parfait ! Ma vengeance n'en sera que meilleure ! Comment dit-on ? Plus la vengeance est froide, meilleur en est le goût ? »
Le général s'éloigne sans se retourner, le commandant se remet en marche avec un pas hésitant.
- « Que m'arrive-t-il ? C'est bien la première fois dans ma carrière que je me retrouve aussi démunie face à l'adversité. Pourtant, j'ai déjà tué, espionné et comploté sans éprouver la moindre émotion, sans regret ni culpabilité. Alors pourquoi ai-je peur que Chronaris découvre que j'ai tué le docteur Kréma et ainsi compromis l'amélioration des Gats ? Aurais-je finalement une conscience après tout ce temps ? »
La femme aux cheveux roses éclate de rire dans le couloir vide.
- Non, murmure-t-elle. C'est plus simple que cela, je suis terrifié par ce que pourrait me faire Chronaris s'il découvrait la vérité. L'annonce de la mort du docteur lui a été dévoilée bien plus tôt que je ne l'escomptais. Je n'ai pas pu m'y préparer et avoir un alibi.
Sans s'en apercevoir, ses pas l'ont conduit à la porte de ses quartiers. Elle entre dans la pièce et allume la lumière, elle sursaute. Dans la pièce se trouve une femme, Vesta sursaute, l'intruse semble la dévisager, après quelques secondes elle réalise que la femme qui l'observe n'est autre que son ancienne supérieure quand elle était dans les forces de Véga.
- Minarvea, s'exclame Vesta. Mais c'est impossible ! Vous ne pouvez pas être là !
Son ancien commandant s'avance vers elle.
- Non, c'est impossible, bredouille la femme à la chevelure rose. Vous ne pouvez être là.
Minarvea s'approche, elle ouvre la bouche, mais aucun son n'en sort. Le corps de la femme devient transparent avant de se volatiliser.
- Une hallucination ! J'ai eu une hallucination, marmonne Vesta en sueur avec le souffle coupé. Mais que m'arrive-t-il ?
Pendant ce temps sur Terre, le professeur Alcor et Daisuké terminent de recouvrir la sonde d'une fine couverture isothermique.
- Quand nous aurons fini cela, nous pourrons passer à la mise en place de l'enveloppe externe, annonce le professeur.
- On ne pourrait pas le faire demain, demande le jeune homme. Il doit être déjà tard, et je tombe de sommeil.
Alcor tourne la tête pour regarder une horloge placer sur l'un des murs. Il plisse les yeux, car l'horloge se trouve loin et il a du mal à lire dessus.
- Tu as raison. On finit de l'emballer et on continuera demain.
Daisuké pousse un soupir de contentement.
- J'espère que tu seras en forme !
- Si le bébé nous laisse dormir.
- D'ailleurs, vous lui avez enfin donné un prénom ?
- Bah… Kohumé n'est pas d'accord avec les prénoms que je lui propose. Et moi avec les siens. Donc…
- Il serait quand même temps de lui en donner un !
- Je sais….
- Allez ! Terminons vite ! Pour que tu puisses rentrer chez toi !
- Oui, et vous rejoindre Sayaka.
Alcor lâche un petit cri.
- Vous vous êtes blessé, s'inquiète le jeune homme.
- Non. Je viens de réaliser qu'elle va me passer un savon, car je vais rentrer tard !
Daisuké ne peut s'empêcher de pouffer de rire.
Le prince Procius a les yeux clos, il profite du soleil qui rayonne au-dessus de lui. Procius fait la planche sur une mer clame, il se relaxe. Comme il a les yeux fermés, il ne remarque pas que la teinte de l'océan change, d'un bleu clair, elle vire au sombre puis au rouge écarlate. Même les vaguelettes se transforment, elles deviennent des mains qui saisissent le corps du Prince pour l'entraîner vers le fond. Procius ouvre les yeux, il regarde autour de lui, il découvre l'étrange spectacle en se débattant pour se libérer de l'étreinte, mais plus il lutte et plus le nombre de mains grandit. Malgré l'énergie qu'il déploie pour se libérer, le prince arrive à bout de force, il finit par céder, son corps s'enfonce dans le liquide écarlate qui rentre dans sa bouche, il réalise alors que ce liquide a le goût du sang. Il disparaît complètement dans l'onde écarlate, des visages passent devant son regard, des dizaines, des centaines, il ne saurait le dire, des visages qui lui sont inconnus, mais l'un d'eux lui est familier, celui d'une vieille femme prisonnière d'une capsule transparente.
Procius se réveil en sueur dans son lit, le souffle rapide, il ressent une violente douleur dans les jambes. Il repousse les draps, il découvre deux énormes crampes à ses mollets. Il prend une profonde inspiration pour retrouver son calme et réguler son flux sanguin avant de masser ses crampes.
- Mon esprit et mon corps commencent à me jouer des tours, constate-t-il. Il est vrai que je ne suis plus tout jeune. Je n'ai pas vu les années passées, mais j'ai bien entamé la deuxième moitié de la trentaine.
Les crampes disparaissent, Procius se recouche.
- Combien de temps, vais-je encore pouvoir piloter Goldorak ? J'ai réussi à vaincre Véga sur Terre, mais vais-je gagner contre Chronaris sur ma planète ? J'ai l'impression que tout ceci s'éternise.
Le prince tire les draps sur lui.
- Il faut que je dorme encore un peu. Mon corps et mon esprit ont besoin de repos.
Une vannette du centre de recherche spatial s'immobilise devant l'ancienne demeure du professeur Procyon. Daisuké en descend, le jeune homme est exténué, il traîne les pieds jusqu'à la porte de la maison.
- Je suis rentré, lance-t-il en franchissant la porte.
Pas de réponse, il entend le bruit de la télévision. Il s'y rend et trouve Kohumé sur le canapé regardant un vieux film de Kaiju.
- Tu rentres tard, lui fait-elle remarquer. Ton dîner est dans le réfrigérateur, tu n'as qu'à le faire réchauffer au four micro-ondes.
Dai pousse un soupir.
- Merci, dit-il.
Il s'approche du canapé pour déposer une bise sur le front de la jeune femme puis il se dirige vers le couffin posé à côté. À l'intérieur le bébé joue avec ses mains, il embrasse son enfant avant de partir dans la cuisine.
Daisuké prend une assiette dans le réfrigérateur puis la met dans le four. Il règle le temps de cuisson et reste à côté de l'appareil jusqu'à ce qu'il sonne pour indiquer la fin de la cuisson. Il prend alors l'assiette chaude et s'installe à table pour prendre son souper seul. Il entend le téléviseur s'éteindre.
- Je vais me coucher, annonce Kohumé.
- Je vous rejoins dès que j'ai fini.
Son assiette terminée, il se lève pour la déposer dans levier en bâillant avant de se diriger vers la chambre en se grattant le bas du dos. Quand il arrive dans la pièce, Kohumé est déjà au lit, le bébé semble somnoler dans son berceau. Le jeune homme se déshabille rapidement pour ne garder qu'un maillot et son caleçon avant de se glisser sous les draps puis il éteint la lumière. Il se blottit contre sa compagne en fermant les yeux. Quelques minutes se passent puis le bébé se met à pleurer.
- Voilà que cela recommence, soupire Dai.
La lumière surgit dans la pièce, le jeune homme se lève pour rejoindre le berceau. Il prend le bébé dans ses bras.
- Allez, laisse-nous dormir un peu, supplie-t-il.
Pendant ce temps, Kohumé quitte la chambre.
- Tu crois que c'est déjà l'heure du biberon, lance-t-il.
- Non, je veux essayer quelque chose, répond la jeune femme.
Daisuké berce le bébé en marchant dans la chambre, sa compagne revient avec un objet dans les mains.
- Dépose-le dans le berceau.
Le jeune homme s'exécute avant de s'écarter, Kohumé s'approche et tend l'objet au chérubin. Celui-ci prend l'objet et ses pleurs disparaissent. Dai est intrigué, il se penche pour regarder.
- Mais c'est une pipe, s'exclame-t-il. Où l'as-tu trouvé ?
- Dans le salon, elle est tombée du rebord de la hotte de la cheminée. Je ne sais pas pourquoi, mais cela semble le rassurer, le calmer.
- Tu sais à qui est cette pipe ?
- Je suppose à l'ancien résident. Et alors ? J'ai vérifié, elle est propre et ne contient plus aucune trace de tabac.
- Ce n'est pas la question, rétorque Dai.
- Alors, qu'y a-t-il ?
- Je crois que j'ai trouvé comment le prénommer.
- Et ce sera quoi son prénom, demande Kohumé avec appréhension.
- Genzô !
- Genzô ?
- Oui, c'était le prénom du professeur Procyon* (* le professeur Procyon n'a aucun prénom dans la VF)
Kohumé se penche sur le berceau.
- Ça te plairait comme prénom Genzô ?
Pour toute réponse le bébé affiche un large sourire en clignant des yeux.
- Il semblerait que ce soit le cas.
- Alors, voilà, s'exclame Dai. Il s'appelle Genzô Makiba !
Sur cette entrefaite, le bébé s'est endormi.
- Si nous retournions nous coucher nous aussi, suggère le jeune homme.
- Totalement d'accord avec toi, confirme Kohumé en bâillant.
Un bruit strident résonne dans la chambre de la fille du chambellan. Alièna passe une main par-dessus ses draps pour couper la sonnerie de son réveil. La femme s'étire dans son lit avant de se lever avec difficulté avant de se traîner jusqu'à la salle de bain. Une fois arrivée, elle se rafraîchit le visage, elle croise son regard dans le miroir. Elle a une allure affreuse, les traits de son visage sont marqués, elle fait plus vieux que son âge. Avant l'invasion, on disait que c'était une belle jeune femme, même si elle n'était plus vraiment une. La vision qu'elle a d'elle dans la glace est plus proche d'une vieillarde que d'une femme trentenaire. Une fois cette constatation faite, elle se dépêche de se préparer pour prendre son service auprès de Chronaris, car l'heure a tourné rapidement.
Le roi ouvre les yeux, il fait sombre dans la cuisine de la cavité qu'il occupe. Actarus se redresse, mais son dos le fait souffrir après avoir passé des heures affalées sur la table. Ses mains cherchent quelque chose sur la table, il bouscule des boules de papiers froissés pour finalement trouver à tâtons un dispositif qui lui permet d'allumer la bougie qui se trouve au centre de la table. Une fois la faible lumière éclairant la table, il rassemble les boules de papier pour les jeter, il remarque alors une feuille posée face à lui avec une écriture qui n'est pas la sienne. Il prend la feuille en main et reconnaît l'écriture de sa sœur.
- Je pense que c'est ce que tu devais rechercher. Vénusia m'a aidé à retrouver le texte, cela remonte à si loin. Maintenant, à toi de faire.
Le roi regarde la feuille sans trop comprendre avant de la retourner, au dos se trouve un texte manuscrit. Il le parcourt rapidement puis sourit.
- J'aurais dû y penser plus tôt ! Je me suis creusé la cervelle pour rien ! C'était si évident !
Actarus se réinstalle à table, il prend une feuille sur laquelle il commence immédiatement à écrire.
Daisuké sort de la douche complètement paniquée.
- Je vais être en retard !
Il manque de glisser sur le sol, car il a les pieds humides.
- Il ne manquerait plus que je me casse un membre !
Le jeune homme s'habille rapidement, il sort de la salle de bain, il fonce à la cuisine, prend une tasse de café que Kohumé lui tend, avec l'autre main, il prend une tartine grillée. Il croque dans la tartine puis avale une gorgée de café, il manque de s'étouffer.
- Tu pourrais me déposer au ranch en partant au centre, demande sa compagne.
- Oui, évidement, mais pourquoi ?
- Je vais leur annoncer qu'on a trouvé un prénom pour le bébé et je vais passer la journée avec Hikaru.
Pendant ce temps, le jeune homme a fini sa tartine ainsi que sa tasse de café.
- J'ai fini, alors en avant dans la voiture, lance-t-il.
La vannette du centre spatial stoppe dans la cour du ranch du bouleau blanc au moment où Yoshi grimpe sur son vélo, il fait un signe de la main en prenant le chemin qui le ramène en ville. Hikaru sort de la maison pendant que Kohumé détache le bébé à l'arrière du véhicule.
- Ah ! Voilà le bébé, s'exclame Bélier en sortant à son tour de la maison.
- Ben ! Tu es là toi, s'étonne Dai. Tu aurais pu venir aider les autres pour notre emménagement.
- Qu'est-ce que tu crois ! Je suis resté ici pour m'occuper du ranch. J'ai fait ça avec une main de maître, déclare Bélier en bombant le torse fièrement.
Mizar qui est sorti juste derrière lui fait un signe de la main indiquant que ce n'est pas le cas.
- Si tu le dis, répond Dai. Bon, fait que je file au centre sinon le professeur Alcor va me tomber dessus !
Le jeune homme entre dans le véhicule et démarre rapidement.
- Alors, comment se porte… le bébé, demande Mizar.
- Genzô, fait Kohumé.
- Genzô ?
- C'est le prénom que nous lui avons donné.
- En voilà une bonne nouvelle, s'exclame Hikaru.
Le général Zota s'est levé de bonne humeur même si sa nuit a été écourtée à cause du signal espion, il sifflote en se rasant.
- « Nous n'arrivons pas à localiser ce maudit signal, pense-t-il. Mais cela ne fait rien, le plus important c'est que ma vengeance prend forme. »
Zota termine son rasage puis se rince le visage. Il sort du cabinet de toilette, il aperçoit sur son bureau un cadre holographique projetant une image de son fils riant en compagnie du capitaine Logs.
- Ne vous inquiétez pas. Justice vous sera bientôt rendue.
Il ajuste sa tenue avant de quitter ses quartiers.
Le prince se trouve dans son bureau, il étudie une carte d'état-major sur le moniteur de sa console.
- Il faut que je trouve un endroit, bougonne-t-il. Mais lequel ?
Dans un secteur éloigné d'Euphor, le colosse Minima a terminé sa répétition, il sort du chapiteau et manque de renverser le directeur du cirque le nain Pouki.
- Je ne vous avais pas vu, fait le colosse avec sa petite voix.
Le nain reste silencieux. Il semble observer quelque chose. Minima regarde dans la même direction. Il voit alors la femme clown, celle-ci est assise sur une bâche repliée et semble contempler le ciel tristement.
- Je pensais que cela lui passerait, soupire Pouki. Hélas, ce n'est pas le cas, elle pense toujours à Antarès, enfin si c'est vraiment comme cela qu'il se nomme. Plus le temps passe et moins elle a d'énergie.
- Elle mange à peine, précise Minima. Je fais tout ce que je peux pour l'inciter, mais rien n'y fait. Je ne vais quand même pas l'attacher et la faire manger de force.
- Pas encore, déclare le nain froidement. Mais si son état empire, il faudra y songer.
Thalia a maigri, son visage et marqué par des traits de fatigue.
- Je sais que l'amour ne se commande pas, fait Pouki. Mais elle aurait quand même pu tomber amoureuse d'un autre ! D'autant plus qu'il risque sa vie régulièrement pour sauver cette planète.
- C'est ainsi, soupire le géant. Il ne faudrait surtout pas qu'on apprenne sa capture où pire ! Sa mort ! J'ignore comment elle réagirait en l'apprenant.
- Que les grands créateurs nous en préservent, prie le nain.
Procius pivote avec son siège de bureau en regardant le plafond.
- Je ne trouve rien ! Il faut pourtant que je fasse quelque chose. Si seulement, je pouvais savoir ce que prépare mon oncle ! Au moins, je saurais quoi faire !
Le prince cesse de tourner, il regarde le moniteur quand soudain ses yeux s'illuminent.
- Mais oui !
Il utilise l'interface pour modifier la position de la carte.
- Voilà ça que je vais faire ! En voyant ce barrage sur la carte, j'ai trouvé ce que je vais attaquer. Même si je suis certain de me faire sermonné par Actarus plus tard ! Mais cela va perturber Chronaris, j'en suis persuadé ! Il faut juste que je vérifie son emplacement, je ne m'y suis jamais rendu.
Actarus fait les cent pas dans la cavité de réunion.
- « Je me demande comment tu te sens ? Tu dois te sentir bien seul, si seulement nous avions un moyen de communiquer, cela nous permettrait d'organiser une action. Hélas, ce n'est pas le cas. Mais, de mon côté, je pense avoir trouvé ce qu'il faut pour unir et galvaniser le peuple et accessoirement te donner de la force. »
Numéro un entre dans la salle.
- Vous m'avez demandé ?
- En effet, répond le roi en prenant des feuilles sur la table. Je pense avoir trouvé ce qu'il nous faut.
- Ce qu'il nous faut ?
- Pour rassembler le peuple et montrer notre détermination face à l'envahisseur de façon symbolique.
Le cinquantenaire regarde avec de grands yeux le roi.
- Et comment ?
- Avec ceci, fait Actarus en tendant les feuilles.
Le quinquagénaire prend les feuilles et les parcourt rapidement.
- Je ne comprends pas.
- Croyez-moi, cela sera efficace.
- Possible. Mais comment voulez-vous transmettre ceci, demande numéro un en agitant les feuilles devant lui.
- Il suffira de le diffuser sur les ondes. Il doit bien y avoir des chanteurs et des musiciens dans les résistants.
- En effet… Mais vous pensez que cela produira l'effet voulu ?
- Peut-être pas au départ, mais après quelque temps vous verrez. Cela s'est déjà avéré efficace il y a longtemps.
- Si vous le dites, répond numéro un avec peu de conviction dans la voix.
Le colonel Niiva traverse le hangar secret pour rejoindre son bureau. Il remarque que des machines de combats ont été terminées. Il arrive à la porte du bureau, il constate qu'il est le premier arrivé alors qu'habituellement il est là plus tôt. Ce matin au réveil, il a eu envie de traîner un peu au petit-déjeuner et de se régaler de la tête qu'affichait le commandant Vesta la veille. Le colonel s'installe à son bureau puis met en fonction sa console afin de consulter les rapports sur l'avancement des Gats. Niiva est absorbé dans sa lecture quand la porte du bureau s'ouvre. Le colonel jette un bref regard à l'arrivant avant de reprendre sa lecture comme si de rien n'était.
- Bonjour commandant, fait-il simplement.
Vesta entre dans la pièce avec une allure pitoyable, elle a les traits tirés, son visage est pâle avec des cernes sous les yeux. Niiva en est ravi intérieurement. Le commandant s'installe péniblement à son bureau, sa nuit a été troublée par bons nombres de rêves agités. Vesta semble complètement perdue, elle reste plusieurs minutes le regard dans le vide avant d'allumer sa console informatique. La femme s'immobilise soudain en découvrant quelque chose sur son écran, elle semble pétrifiée un instant puis elle secoue la tête avant de se lancer dans un travail avec motivation. Cela n'échappe pas au colonel.
- « Qu'a-t-elle bien pu recevoir comme message qui lui prodigue un tel effet, se demande-t-il. »
La nuit commence à poindre au-dessus du centre de recherche spatial. Dans les tréfonds de l'établissement, Daisuké Makiba et Alcor Koji, vêtus de combinaison stérile, finissent la mise en place du fuselage autour de la sonde. Ils sont en train de joindre deux parties semi-circulaires.
- Doucement, fait le professeur. Il ne faut pas être brusque. Sinon, nous risquons de bloquer le système de séparation.
- Je sais, je sais, répond Dai avec le visage en sueur. Je prends mon temps, même si j'ai hâte de rentrer.
- Vous êtes bien dans la maison ? Le bébé a été calme ?
- Oui. Genzô a trouvé un objet qui le calme.
- Genzô ?
- Ah oui, c'est le prénom qu'on lui a donné. C'est vrai, je ne vous l'avais pas encore annoncé. J'ai déposé ce matin Kohumé au ranch pour qu'elle le dise à tous.
Un léger crissement métallique résonne.
- Voilà, c'est en place, annonce Alcor. L'as-tu au moins dit à son grand-père ?
- Au grand-père à qui ?
- À ton enfant, éclate de rire le professeur.
- Bon sang, s'exclame Dai en se frappant le front. J'ai oublié de la dire à Cochir !
Procius se dirige vers le hangar de Goldorak dans sa combinaison de vol. En chemin, il croise le capitaine Yamato.
- Vous partez en mission, questionne le borgne.
- On ne peut rien vous cacher, plaisante le prince.
- Et où allez-vous ?
- Portez un coup, que j'espère marquant, contre Chronaris. Et le Xanta ?
- Les réparations progressent.
- Tout est bien alors, sourit le prince.
- Soyez prudent.
- Comme toujours, répond Procius en s'éloignant.
- « Encore une fois, constate le borgne. Il part sans nous dire ce qu'il compte faire. »
Depuis qu'Alièna a pris son service du jour chez le tyran, cette dernière attend les instructions de celui-ci. Cela fait des heures qu'elle se tient debout dans un coin de la pièce avec les mains croisées. Elle commence à ressentir des douleurs dans les membres à rester immobile, elle n'ose pas faire un mouvement. Chronaris, quant à lui, est resté silencieux. Il n'a fait que quelques pas dans le salon, il n'a pas touché à son repas. L'homme au masque s'est posté derrière une fenêtre pour contempler l'extérieur. Sa panthère mécanique s'était assise à côté de ses jambes, mais est partie se coucher à côté du canapé après une demi-heure, depuis, elle semble dormir.
Le colonel Niiva surveille du coin de l'œil le commandant. Depuis qu'elle a lu un message sur son moniteur, c'est comme si les échecs et la mort de Kréma n'avaient jamais eu lieu. Vesta n'a pas cessé un instant de travailler sur sa console. Cela inquiète le colonel, car il se demande ce que cela peut bien cacher.
- « Aurait-elle trouvé un nouvel allié, se demande-t-il. La colère de Chronaris serait elle retombée et il lui aurait pardonné ? Cela ne m'inspire pas confiance ».
Goldorak entre dans l'atmosphère d'Euphor sans avoir été repéré par les vaisseaux faisant blocus.
- Voilà une étape de passer. Pourvu que tout se passe ainsi, mon vieux Goldorak.
Le capitaine Yamato entre dans la salle de commandement de la Lune. Son homologue lui saute dessus.
- Le prince est parti, s'exclame-t-il.
- Je sais, je l'ai croisé.
- Vous savez où il est allé ? Que va-t-il faire ?
- Comme à son habitude, il ne m'a rien dit de concret.
Knoch se prend la tête entre les mains.
- Mais à quoi sert-on , se lamente-t-il.
- Nous obéissons aux ordres, rétorque stoïquement le borgne.
Le général Zota lit tranquillement le rapport d'activité de la nuit, installé sur le siège central. Il tient dans une main, une tablette informatique et dans l'autre un mug duquel s'échappe une légère fumée. Soudain, l'alerte résonne. Le général sursaute légèrement.
- Que se passe-t-il ? Pourquoi cette alarme, demande-t-il.
- Goldorak vient d'être repéré dans le secteur C24, répond un soldat.
- Le secteur C24 ? Mais il n'y a rien par là, s'étonne Zota.
- Que devons-nous faire ?
- Envoyer deux escadres pour l'intercepter !
- À vos ordres !
- « Pourquoi le secteur C24, s'interroge le général. Il n'y a rien, aucune installation militaire. De plus, il n'y a aucune ville, ce secteur est montagneux et forestier. Que va-t-il faire là-bas ? »
Alièna sursaute quand l'alerte résonne dans le palais, Chroanris se détache de la fenêtre alors que la panthère artificielle se dresse.
- Une attaque, s'étonne l'homme au masque.
Il se dirige vers la porte et remarque la femme.
- Vous étiez là, remarque-t-il. Regagner votre logement. Je vous ferais demandé si j'ai besoin de vous.
Après avoir déclaré cela, l'homme masqué quitte la pièce suivi de l'animal mécanique.
Sur l'écran central de la salle de commandement, le général suit le décollage des escadres.
- Que mijote-t-il encore, murmure Zota.
Goldorak se faufile entre les flancs de deux montagnes.
- Je ne devrais plus être très loin.
Le prince cherche quelque chose du regard.
- Ah ! Le voilà enfin !
Procius vient d'apercevoir un barrage entre deux flancs rocailleux.
- Je l'avais complètement oublié. Le fait de voir sur la carte d'état-major, les barrages m'ont fait repenser à cette installation qui est inscrite sous le titre « retenue artificielle d'eau ». En réalité, c'est un barrage automatisé qui alimente en énergie uniquement le palais royal.
Une construction apparaît sur le flanc d'un des monts.
- Voilà le centre de transformation. C'est lui que je vais détruire. Si je détruis le barrage, les dégâts seront trop importants et il faudrait plusieurs années pour réparer les dommages et le remettre en état.
La soucoupe porteuse se rapproche encore.
- Missiles Gamma !
Les deux projectiles coniques sont propulsés sur le centre de transformation. Il y a une petite explosion quand ils touchent la cible avant que la construction s'effondre.
- Voilà qui est fait !
Chronaris arrive dans la salle de commandant suivi de sa panthère et de sa garde personnelle.
- Que se passe-t-il, demande-t-il fermement.
- Goldorak a été signalé, commence à dire Zota, mais il ne termine pas sa phrase, car tout s'éteint dans le palais.
- Pourquoi n'avons-nous plus d'énergie, s'emporte l'homme au masque.
- Je l'ignore, répond le général. Je me renseigne immédiatement.
- Il est temps de filer mon vieux Goldorak.
La soucoupe porteuse change de cap et commence son ascension quand des points surgissent sur le radar.
- Nous avons de la compagnie.
Procius change de cap pour aller à la rencontre de ses adversaires.
- Il ne faut pas qu'ils découvrent cette installation !
Chronaris s'est installé dans le siège central. Il tapote du doigt sur un accoudoir.
- Le palais est privé complètement d'énergie, annonce Zota.
- Merci ! J'avais remarqué.
- C'est comme si on nous avait coupé l'arrivée d'alimentation. J'ai ordonné l'envoi de groupe de production d'énergie. Le palais y sera relié dans quelques minutes.
- Est-ce un coup de Goldorak ou de la résistance ?
- Il est trop tôt pour le dire.
- Nous voilà aveugles et sourds, mais surtout sans défense !
Le roi Actarus et numéro un sont en conversation dans l'un des tunnels où une partie de la résistance est cachée. Un homme arrive vers eux en courant et criant.
- Goldorak a été repéré, des navettes ont décollé !
Actarus se tourne vers le cinquantenaire.
- Le moment est venu de pirater les ondes et de diffuser ce que je vous ai remis !
- Je le crois, mais est-ce que cela va fonctionner, répond numéro un sceptique.
Alièna a rejoint le logement qu'elle occupe avec son père qui était le chambellan du palais.
- Plus rien ne fonctionne, annonce la femme.
- Je sais, répond son père. Et cela va peut-être durer longtemps, dit-il avec malice.
Sa fille le regarde étrangement.
- Tu sais ce qu'il se passe, questionne-t-elle.
- Peut-être. Peut-être.
À l'extérieur du palais, des véhicules apportent de gros engins pour générer de l'énergie que des troupes se dépêchent de connecter aux bâtiments. Du bruit se fait dans la salle de commandement, les écrans se rallument, les consoles redémarrent.
- Je veux savoir où se trouve Goldorak, tonne le général.
- Il va falloir encore quelques minutes pour que les systèmes soient opérationnels, déclare un soldat.
-Il ne manquerait plus, qu'il lance un raid sur le palais !
- Mégavolt !
Un groupe de trois navettes se trouvant sur la trajectoire de Goldorak semble se dissoudre une fois atteinte par les rayons.
Un autre groupe tente de l'attaquer par le côté. Procius manœuvre rapidement pour les contourner.
- Planitrons !
Les navettes se retrouvent découpées en deux parties comme des boites de conserve.
L'image revient sur les écrans de la salle de commandement au moment où Goldorak tranche les navettes.
- Qu'on fasse décoller immédiatement un Gat, ordonne le général.
Chronaris est toujours dans le siège central, ses yeux luisent. Quand subitement, l'image sur les écrans vacille, l'emblème de la famille royale apparaît.
- Qu'est-ce que c'est encore que cela, s'exclame le tyran.
Depuis le bureau du hangar secret, le commandant Vesta et le colonel Niiva assistent au décollage de l'œuf sombre. Les portes peinent à s'ouvrir, ils leur manquent encore un peu de puissance pour fonctionner correctement.
- Allons-nous vers un nouvel échec, lance Niiva.
- Nous verrons bien, répond Vesta avec calme.
Une fois les portes complètement ouvertes, la machine de combat s'envole.
Les soldats s'affairent sur leurs consoles dans la salle de commandement, ils essaient de reprendre le contrôle des appareils. Une musique commence à se répandre.
- C'est diffusé sur toutes les fréquences, affirme un militaire.
« Goldorak !
Goldorak !
Va combattre notre ennemi
Il est moins vaillant que toi
Goldorak pour notre vie
Nous sommes sûrs que tu vaincras
Toi, le chevalier des étoiles
Le champion d'Euphor
Tu vas sauver notre race
Nous redonner la force
Pour l'amour des oiseaux, des fleurs
Et pour l'amour des enfants
Tu seras vainqueur des géants et des méchants
Goldorak tu es plus fort que la mort
Goldorak Go !
Goldorak, tu es plus fort que la mort
Va défendre notre planète
Elle a tant besoin de toi
Au dessus de notre tête
Tu mèneras le combat
Toi, le chevalier des étoiles
Chevalier solitaire
C'est pour combattre le mal
Que nous serons ta lumière »
Acatrus et numéro un écoutent la chanson sur un poste de radio, elle est diffusée partout sur la planète.
- Mais où l'avez-vous trouvé, demande le cinquantenaire.
- C'est un souvenir qu'on m'a aidé à retrouver, je l'ai légèrement adapté, répond mystérieusement le roi.
Procius capte la chanson dans la soucoupe.
- Je dirais bien que c'est une idée de mon oncle, fait-il en souriant.
Le prince se met à fredonner la chanson, il remarque les changements dans les paroles.
- Allez ! Faisons comme dans le texte, allons combattre notre ennemi. Goldorak GO !
En disant cela, il met le cap sur un groupe de navette qui s'approche de lui.
- Mais coupez-moi cela, hurle Chronaris. C'est insupportable !
La chanson cesse de résonner dans la salle. Sur quelques moniteurs, l'emblème royal disparaît pour laisser place à des images du combat et sur d'autres des radars.
- Pulvonium !
Les navettes explosent.
- Voilà, c'était les dernières, annonce Procius avec soulagement. Nous allons pouvoir rentrer, pour une fois cela n'aura pas été trop difficile.
Quelque chose apparaît sur l'écran radar.
- Je crois que j'ai parlé trop vite, mon bon Goldorak. Nous allons devoir encore combattre.
L'énergie revient dans le logement du chambellan. Le vieil homme se dirige vers une fenêtre.
- C'est bien ce que je pensais, des groupes électrogènes. Ils n'ont pas eu le temps de réparer. D'ailleurs, si c'est bien ce que je pense, ils ne pourront pas le faire. Qui a bien pu avoir l'idée de cela ? Le roi ou… Goldorak ?
- Mais de quoi parles-tu, demande sa fille.
- De rien, de rien, répond le chambellan.
- J'ai l'impression que tu en sais plus que tu veux ne le dire.
Un résistant s'approche du Roi et de Numéro un.
- Une de nos sources vient de nous informer que le palais est privé d'énergie, annonce l'homme. Ils ont dû apporter en urgence des générateurs.
Acatrus est décontenancé par l'annonce puis se met à sourire.
- Futé, déclare le roi. Je ne sais pas si j'y aurais songé.
- De quoi parlez-vous, questionne le quinquagénaire.
- Goldorak vient de couper l'alimentation en énergie du palais. Il a sûrement détruit les conduits, ment le roi. Chronaris va avoir du mal à les faire réparer.
- Et pourquoi donc ?
- Le seul endroit que je vois pour les couper est un endroit extrêmement difficile d'accès, il faut un matériel adapter pour y accéder, continu de prétendre Acatrus. Même une fois l'envahisseur vaincu, cela sera long à réparer, mais c'est bien penser de la part du pilote.
Depuis le poste de pilotage de la soucoupe, Procius voit s'approcher l'œuf sombre.
- Alors, quel genre de mauvais poussin nous ont-ils trouvé cette fois ?
Le prince jette un rapide coup d'oeil à ses instruments, il vérifie ses réserves en énergie, en munitions.
- Il ne manque pas d'audace, déclare Chronaris.
- Plait-il, demande Zota.
L'homme au masque fixe l'écran sur lequel on peut voir Goldorak.
- Regardez comme il attend l'arrivée de notre Gat. Il ne cherche même pas à fuir le combat.
Le général tourne la tête pour regarder l'écran, il constate qu'en effet la position de Goldorak ne change pas, il reste tranquillement là à attendre son adversaire.
L'œuf sombre s'approche rapidement de son adversaire, un rayon pourpre part du centre de ce dernier, il fend le ciel à une allure vertigineuse, provoquant un tourbillon de vapeur dans son sillage. Goldorak l'évite de justesse.
- Je ne sais pas ce que c'était, mais c'est passé drôlement prêt, constate le prince.
Le Gat frôle la soucoupe porteuse et la dépasse. L'œuf sombre fait demi-tour alors que des tiges sortent de ses flancs, elles sont au total au nombre de huit, quatre de chaque côté. Les tiges sont propulsées simultanément.
- Qu'est-ce que c'est que cela, fait Procius en cherchant la riposte adaptée . Ce n'est pas vrai.
Le prince pousse ses commandes de vol pour faire plonger Goldorak, car il vient de constater que ces huit projectiles déploient un gigantesque filet. La soucoupe est en piqué, mais les huit tubes changent de trajectoire eux aussi pour plonger.
- Il ne manquait plus que cela !
Le roi et numéro un se trouvent dans l'une des cavités souterraines de la résistance. Dans cette pièce se trouve un tas de matériel électronique et d'ordinateur. C'est d'ici que le piratage des ondes a lieu. Actarus est content, car cela fait plusieurs minutes que la chanson passe en boucle jusqu'à ce que l'opératrice se tourne vers eux en retirant le casque de ses oreilles.
- La transmission est interrompue, annonce la femme. Ils ont repris les contrôles des relais de diffusion.
- Ce n'est rien, fait le roi. Nous recommencerons quand nous le pourrons.
- Il peut se passer du temps avant que nous retrouvions les codes d'accès ou une faille dans le système, déclare la femme.
- Je suis conscient, mais nous ne devons pas perdre espoir.
Goldorak reprend de l'altitude en virant, mais le filet le poursuit encore et toujours en gagnant du terrain sur lui.
- Une vraie sangsue ! Il faut que je m'en débarrasse !
La tension est palpable dans la salle de commandement, même si le manque de puissance fait que de nombreux écrans et consoles ont dû être éteints pour limiter la consommation d'énergie. Il n'y a que l'essentiel qui est resté en fonction.
- Est-ce une impression, fait Zota. Où notre Gat a le dessus pour le moment.
- On dirait bien, déclare Chronaris.
Procius se tord le cou pour regarder l'arrière de la soucoupe. Il peut voir les mailles du filet qui ne sont plus très loin de l'aileron.
- Je ne vais quand même pas me faire avoir par un moyen si primitif quand même, s'exclame-t-il.
La soucoupe plonge de nouveau, le filet prend la même trajectoire.
- Je n'ai pas trente-six solutions !
Le prince lève sa main droite pour saisir la poignée qui se trouve au-dessus de sa tête.
- Transfère !
Le siège de pilotage se recule avant de s'enfoncer dans les tréfonds de la soucoupe porteuse. Procius ressurgit quelques secondes plus tard dans la tête du robot géant.
- Autolargue !
Le robot se sépare de la soucoupe porteuse au moment ou le filet s'abat sur cette dernière.
- Damnation, s'exclame Zota dans la salle de commandement. Nous l'avions presque.
Vesta et Niiva arrivent dans la pièce, car ils ne peuvent suivre le combat depuis le bureau du hangar.
Goldorak fait un roulé quand il touche le sol avant de se redresser, durant ce temps, la soucoupe porteuse s'est retrouvée plaquée sur le sol par le filet dont les tiges se sont enfoncées dans la terre. Le robot géant se redresse pendant que l'œuf sombre se positionne au-dessus de la soucoupe porteuse.
- Qu'a-t-il l'intention de faire, marmonne Procius.
À sa plus grande surprise, les tiges sortent du sol pour rejoindre la structure de son adversaire, celui-ci commence alors sa transformation. Le robot géant se retrouve face à une étrange créature, une sorte de gorille avec des pattes d'araignée lui sortant du torse.
- Fulguropoings !
Les deux poings quittent Goldorak, le gorille ouvre la gueule pour cracher une boule. La sphère se déplie pour se transformer en filet dans lequel sont capturés les poings.
- Ça commence bien, soupire le prince.
Le gorille se met à lui foncer dessus.
- Cornofulgure !
Le rayon en forme d'éclair traverse le ciel, son adversaire replie un bras devant lui pour s'en servir de bouclier. Le rayon frappe le bras de la créature qui continue sa progression. Goldorak fait un pas sur le côté, mais hélas, trop tard, le gorille bondit sur lui pour l'enserrer avec ses bras et ses pattes.
- Me voilà pris au piège, grimace le prince.
Niiva suit le combat sur l'écran central, il tente de garder son calme en voyant ce qui se déroule devant ses yeux.
- « Est-ce possible, se dit-il. Goldorak est dominé par ce Gat ! Qui l'aurait cru ! Après tous ces échecs répétitifs allons-nous enfin gagner ! Mais dans ce cas, qui recevra les honneurs de la victoire ? Le commandant Vesta, ou moi ? Mais alors, tous mes plans tombent à l'eau de la même façon ! »
Le robot géant se débat pour se libérer, mais rien n'y fait. Le gorille ouvre la gueule, un liquide pourpre se met à couler. Le liquide visqueux se répand sur Goldorak.
- Qu'est-ce que c'est que cela encore, fait le prince en regardant ses instruments.
Les relevés n'indiquent rien d'étrange.
- Quel est donc son but ?
Ce que le prince ne remarque pas, c'est que le liquide s'amoncelle aux pieds du robot et commence à former une croûte sombre.
Le robot géant se débat toujours sans résultat, le liquide visqueux continue de s'écouler de la bouche de la créature. La croûte noire grimpe sur les jambes de Goldorak. Du coin de l'œil, Procius voit les deux poings toujours pris dans le filet. Soudain, il remarque que la température du robot augmente.
- La machinerie chauffe ! Il faut qu'on se libère mon vieux !
Maintenant, la croûte sombre a recouvert le bassin du robot.
- C'était trop bien parti, j'aurais dû me méfier !
Goldorak est pratiquement recouvert par le liquide et la croûte.
- Incroyable, s'exclame Zota. Aurions-nous enfin Goldorak à notre merci ?
Personne ne parle dans la salle de commandement. Ils sont suspendus au moniteur. Il ne reste plus que la tête du robot qui n'est pas recouverte.
- Le docteur Kréma avait de bonnes idées malgré tout, murmure Vesta.
Procius remarque que la température de Goldorak arrive dans le rouge, lui-même sue à grosses gouttes.
- Cela ne vient pas de la machinerie, grogne-t-il. Cela doit venir de cet étrange liquide qui forme une croûte en se solidifiant.
Le prince écarquille les yeux.
- Comme de la lave, s'exclame-t-il.
Procius actionne les commandes à distance de la soucoupe, celle-ci se soulève du sol pendant que le filet qui l'emprisonnait glisse.
- Voilà une chose de faite. J'ai une idée pour me libérer.
Il fait pivoter lentement la soucoupe.
- Espérons que cela fonctionne. Réfrigogation !
La Réfrigogation est un dispositif créé par le professeur Procyon pour réguler la température de Goldorak quand celui-ci a dû affronter un adversaire qui était capable de concentrer les rayons du soleil et s'en servir comme arme.
La température du Goldorak redescend, le prince cesse de transpirer.
- Il faut que la température du revêtement extérieur de Goldorak arrive à zéro, grimace le prince en regardant les instruments.
Les instruments indiquent que ce n'est pas encore le cas.
- Je crois que Goldorak est vaincu, annonce Vesta avec une pointe de soulagement dans la voix.
Chronaris s'accoude dans le siège central.
- C'est possible, admet-il. Mais nous l'avons déjà vu se sortir de situation pire que celle-là.
- Mettez-moi en communication avec le Gat, ordonne le général. Je veux utiliser son interphone.
- Liaison établie, annonce un soldat.
- Ici le général Zota, dirigeant des forces militaires de Chronaris. Je m'adresse au pilote de Goldorak. Je propose votre réédition. Quelle est votre réponse ?
Un silence, puis une voix faible recouverte de grésillement.
- Vous plaisantez !
Zota est surpris par la réponse et se retourne vers les autres.
- Avez-vous entendu la même chose que moi ? Vous plaisantez ?
- Il me semble, confirme le colonel Niiva.
Procius fixe la soucoupe qui se tient à moins de cinq mètres du sol.
- Il me semble que l'angle soit bon. Je compte quand même sur l'ordinateur de bord pour faire la correction. Allez ! Planitron !
L'un des disques dentés est propulsé en direction du filet dans lequel sont retenus les poings du robot. Les dents déchiquettent les mailles du filet, libérant les poings.
- Fulguropoings !
Les deux poings reviennent rapidement vers Goldorak, ils frappent la croûte sombre qui se brise en éclat.
- Bodyrepulsor !
Le rayon multicolore entoure le robot le gorille n'avait pas anticipé cette action se retrouve pris à l'improviste et resserre son étreinte vivement.
- Clavicogyre !
Les deux lames courbes virevoltent dans le ciel, elles tranchent les bras et les pattes de son adversaire. Le gorille se retrouve rejeté au loin pendant que les poings et les lames regagnent les bras de Goldorak.
- Il a encore réussi à se libérer, hurle Vesta. Mais c'est un démon !
Chronaris a saisi les accoudoirs du siège comme s'il voulait les arracher.
Le gorille est sur le dos, il se relève péniblement.
- À moi de jouer maintenant ! Akiléochoc !
Goldorak bondit dans le ciel, il tend sa jambe droite pour retomber sur le torse de la créature. Le gorille se retrouve plaqué sur le sol, le pied de son adversaire s'enfonce dans sa cage thoracique, sa bouche s'ouvre comme ci il criait de douleur. Goldorak bondit en arrière. Le Gat se redresse avec encore plus de mal.
- Excalium !
La lame d'énergie apparaît sur la main droite de Goldorak. Procius fait pivoter le robot géant sur lui-même pendant que le gorille est accroupi, la lame vient lui trancher la tête qui se met à rouler sur le sol.
Dans la salle de commandement, le commandant Vesta s'effondre sur ses genoux. Chronaris se lève sans un mot avant de quitter la pièce avec toujours derrière lui sa panthère et sa garde.
- Il a encore trouvé le moyen de nous vaincre, fait Zota d'une voix morne.
Le colonel Niiva reste silencieux.
- « Voilà qui arrange bien mes affaires, pense-t-il. J'ai bien cru à un moment que tout était fini, mais finalement tout s'est déroulé de façon habituelle. »
La lame énergétique disparaît, Goldorak tourne la tête, il voit la soucoupe porteuse qui s'élève dans le ciel. Le robot se met à courir.
- Récupération !
Il bondit pour s'engouffrer dans la soucoupe porteuse.
- Ovostable !
Les bras du robot se plaquent sur la soucoupe pendant que le siège de pilotage regagne la soucoupe porteuse.
- Retour à la base, mon brave Goldorak.
Vesta est toujours agenouillée dans la salle de commandement. Le général Zota s'installe dans le siège central.
- Je veux que deux sections découvrent la raison de cette coupure d'énergie, ordonne-t-il. D'autant plus qu'il va faire nuit bientôt !
À l'extérieur du palais, la luminosité décroît, la nuit tombe. Certaine personne dans la capitale remarque que le palais n'est pas illuminé comme à son habitude, il n'y a que de rare endroit éclairé faiblement, mais ces personnes ne cherchent pas à en connaître la cause, car ils doivent d'abord survive au joug de l'envahisseur.
Goldorak prend rapidement de l'altitude.
- Parasitaire ! Missiles fantômes !
Les leurs trompent les radars, ainsi ils ne peuvent savoir la direction qu'il prend réellement tout en la masquant. Quelques minutes plus tard, Goldorak se pose dans la base lunaire. Quand le prince saute du cockpit de la soucoupe porteuse, il se trouve face à face avec les deux capitaines.
- Alors, comment c'est passé votre mission, interroge Knoch.
- Comme du gâteau, répond le prince. Aucun problème.
- Si vous le dites, fait Yamato sans conviction.
- Vous aurez mon rapport demain. Pour l'instant, j'ai envie d'une bonne douche et de sommeil.
Procius passe entre les deux hommes pour quitter le hangar.
FIN
- 29 -
