22.
Tsuchigomori avait ouvert la fenêtre de son bureau, laissant entrer de chaudes brises d'été, ainsi que la clameur de la cour. Ses mains gantées tenaient un livre épais, dont il tournait les pages, pensivement. Plongé dans sa lecture et ses réflexions, le temps filait sans qu'il ne s'en aperçoive. Bientôt, le soleil entama sa descente. Le bureau était baigné par le crépuscule, et la cour extérieure était devenue plus calme. La luminosité rendait la lecture difficile. En l'instant d'un soupir, il referma le livre en un claquement sec, et le rangea dans un tiroir. « Ça recommence. » Il ne l'avait pas terminé, mais peu lui importait. Il n'avait pas besoin de lire la fin. L'histoire retranscrite dans ce livre ne sera jamais rien d'autre qu'un joli conte.
Sur la reliure, on pouvait lire Minamoto Kou .
Il se leva et sorti de son bureau. Près d'un mois s'était écoulé depuis la disparition de Kou. Personne ne semblait s'en rendre compte. Son bureau avait été retiré de sa salle de classe, mais son nom apparaissait encore sur la liste du professeur. Chaque jour où il faisait l'appel et que ses yeux se posaient sur son nom, il ressentait comme un pincement au cœur. Certains élèves avaient pu exprimer à un moment la sensation d'un manque, une drôle d'impression qui subsistait, mais rien de plus.
C'était peut-être mieux comme ça. Ou peut-être pas. Tsuchigomori n'aurait pas su dire. Mais c'était ainsi.
Il demeurait toutefois certaines exceptions.
Minamoto Teru n'était pas venu à l'académie pendant trois jours après ça. Puis il était revenu, mais il arrivait régulièrement qu'il sèche les cours. La vision du fantôme de son frère lui était insupportable, et c'était lorsqu'ils se croisaient que Teru quittait l'établissement. Dans le monde des vivants, personne ne comprenait son attitude, et d'autres professeurs l'avaient sermonné. Pour ne pas lui causer plus de problèmes, Kou avait tendance à l'éviter. Son sacrifice avait laissé chez son frère une blessure béante qui prendrait du temps avant de cicatriser.
Ses pas le menèrent au troisième étage de l'ancien bâtiment. Des éclats de voix perturbaient la quiétude des lieux. Ils provenaient, à n'en point douter, des toilettes des filles. Tsuchigomori s'approcha en tendant l'oreille. Ils étaient là tous les trois. Comme à leur habitude. Normalement, il serait allé réprimander Kou en lui demandant de ne plus traîner dans les toilettes des filles. Mais il n'y avait plus de plaintes. Personne ne le saurait. Il n'avait donc plus aucune raison de le faire.
Il pouvait les entendre rire et se chamailler. Cet aspect-là n'avait pas changé. Dans un premier temps, ça avait été compliqué. Ils avaient tous convenus de dire à Nene que Kou était mort accidentellement. Mais la jeune fille avait beau être longue à la détente à certains moments, elle n'était pas dupe. Leur histoire contenait trop de flous. Numéro 6 n'avait pas été châtié, il y avait aussi le rituel, et les garçons ne parlaient plus de trouver un moyen de la sauver. Alors, elle avait compris. Elle avait beaucoup pleuré, et elle en avait voulu à Kou aussi. Il était difficile pour elle de lui parler. La tristesse, la colère, et la culpabilité avaient envahi son cœur, et elle ne savait plus comment interagir avec lui. Elle en voulait aussi à Hanako, qui avait tenté de lui cacher la vérité. Il s'agissait d'elle pourtant, de sa vie… Pourquoi les garçons devaient-ils prendre des décisions si importantes et drastiques sans en discuter avec elle ?
Nene était pourtant bien plus forte que n'importe lequel d'entre eux ne l'aurait cru.
Après plusieurs jours de relations tendues, elle avait débarqué dans les toilettes en déclarant vouloir devenir enseignante. Elle avait pour ambition de devenir professeure ici. Ainsi ils pourraient tous rester ensemble, et les garçons pourraient être témoins de la vie qui avait été préservée. C'était sa façon à elle de les remercier. Car aussi triste et en colère qu'elle soit, elle était reconnaissante d'avoir créée des liens si forts avec des amis si précieux. C'est pourquoi elle décida de leur consacrer sa vie.
La révélation de son objectif lui permit de se réconcilier avec eux, et d'interagir avec le cœur plus léger. Et son rêve était devenu le leur.
Tsuchigomori s'en alla sans se manifester. Ils iraient bien à présent.
Les couloirs étaient déserts. Plus personne ne venait traîner ici après les cours. Du coin de l'œil, il vit deux collégiennes s'enfuir en courant. Elles étaient venues tester leur courage. Une nouvelle rumeur à la mode circulait parmi les étudiants…
« Dis, dis, tu connais cette rumeur ? Il parait qu'un élève a disparu. Personne ne sait de qui il s'agit, car personne ne s'en souvient. Mais on raconte qu'il se trouve encore à l'école à ce jour, cherchant désespérant à revenir parmi les vivants… Lorsque les cours prennent fin, on l'entend parfois crier dans l'ancien bâtiment... »
Cet épilogue vient donc conclure Le Voeu du jeune exorciste. Un grand merci à toutes les personnes qui ont eu la curiosité de venir lire et auront suivi cette histoire jusqu'au bout. Savoir qu'il y a des personnes, même peu nombreuses, qui lisent est une grande source de motivation. Je remercie en particulier Syoriel pour ses reviews régulières, et avec qui j'ai pris grand plaisir à échanger sur la série.
Au fait, il se pourrait que je sois en train de travailler sur un nouveau projet de fanfiction Toilet Bound Hanako-kun... Enfin, ce n'est qu'une rumeur. Mais qui sait, peut-être nous retrouverons-nous au cours d'une nouvelle histoire...
