Chapitre 25.


La Gazette de Poudlard
Le journal par les élèves, pour les élèves !

Numéro 179 — Juin 1997


LETTRE OUVERTE : « QUE PENSER...?! »

Chers camarades,

Les événements de ces dernières semaines en ont certes bouleversé plus d'un, mais cela ne saurait en aucune façon justifier l'hypocrisie et l'injustice dont certains et certaines font preuve à l'égard d'une certaine catégorie d'élèves au sein de cet établissement. Il est vrai que, depuis des années, une rivalité malsaine opposait déjà les Vert et Argent aux trois autres maisons. Si ces derniers s'amusaient à nourrir cette féroce et traditionnelle opposition — et que tous ne sont certainement pas excusables pour les propos insultants, tenus publiquement ou non, et les comportements irrespectueux adoptés à l'égard d'autres élèves, qu'ils soient ou non de leur maison, tout au long de leur scolarité — ils n'en restent pas moins pour la majorité des élèves des personnes droites dans leurs robes et dignes de respect.

Je sais que vous savez de quoi je vous parle, chers camarades, et je ne vais pas tourner plus longtemps autour du jus de citrouille. Puisqu'il faut dire les choses, disons-les clairement : depuis que le directeur de l'établissement est décédé, les Serpentard font l'objet d'un acharnement sans précédent.

Que penser lorsque l'on se met subitement à isoler sciemment tous les élèves dans les cachots sous le prétexte d'un principe de précaution ? Le professeur Severus Rogue fut certes pendant des années le directeur de cette maison, et Drago Malefoy fut également l'un des Serpents les plus expressifs et les plus infects de toute l'école, mais comment désormais oser rejeter la faute sur l'ensemble des élèves qu'abrite cette ancienne et honorable maison ? Car de toutes les valeurs que celle-ci prétend prôner, l'intolérance, la violence et la cruauté n'en font certainement pas partie. Prétendez-vous punir les responsables du départ d'un des plus grands Sorciers de la communauté magique en harcelant des innocents ?

Que penser lorsque Paul Vaisey, Serpentard de cinquième année, finit du jour au lendemain à l'infirmerie, le corps couvert de brûlures et de coupures d'origine magique suite à une violente agression au détour d'un couloir du troisième étage ? Lorsque la seule justification donnée par les Gryffondor de quatrième année directement concernés soit sa répartition dans la mauvaise maison lorsqu'il avait onze ans ?

Que penser lorsqu'une pétition commence à circuler chez les Serdaigle de sixième année — puisqu'il faut les citer — pour que Mike Urquhart soit destitué de son rôle de capitaine et pour que l'équipe de Serpentard soit suspendue de toute compétition sportive dans les mois et années à venir ? Lorsque la motivation semble relever davantage d'un mauvais esprit sportif que d'autre chose ?

Que penser lorsque l'on menace Astoria Greengrass de lui retirer son Boulurlard d'or si durement gagné en avril dernier ? En quoi la mort d'Albus Dumbledore, si dramatique qu'elle soit, pourrait-elle soudain remettre en cause son immense mérite ? Sa qualité de Sorcière ? Sa qualité de joueuse ? Êtes-vous bien sûrs, chers camarades, qu'ainsi justice soit faite ? Ou est-ce seulement le parfait prétexte pour déverser gratuitement votre rancœur et votre peine sur des personnes qui n'ont jamais eu que l'audace — et visiblement le tort — de continuer à vivre sous vos yeux ?

Que penser lorsque la rédaction de la Gazette de Poudlard est brusquement contactée anonymement par une dizaine de hiboux grands-ducs au surlendemain de l'affaire afin d'évincer l'un de ses plus talentueux stagiaires, Thomas Beurk ? Lorsque l'on souhaite contraindre à la démission l'une des plumes les plus prometteuses de ces dernières années alors que celle-ci appelait au contraire dès le lendemain des événements à la lucidité et à la solidarité ?

Que penser lorsque l'on décide soudainement de couvrir de mépris et d'humilier des première année qui n'ont jamais rien demandé à personne ? Pour vous, très chers camarades qui vous serez sans aucun doute reconnus à travers ces mots, je n'ai qu'une question : n'avez-vous donc pas honte ? N'êtes-vous pas indignes vous-mêmes d'appartenir à cette école lorsque vous en détruisez tout ce qu'elle peut avoir de magique pour une partie de ses élèves ?

Que penser de votre comportement abject, chers camarades ? J'ai une myriade de noms et de prénoms qui me viennent à l'esprit, car je sais qui vous êtes, et tout le monde sait qui vous êtes, mais je ne rentrerai pas ce jeu immonde du harcèlement et de la persécution. Je ne participerai pas à cette culture de la haine et de la culpabilisation. Je me contenterai de la dénoncer. Votre colère vous appartient, chers camarades, mais il vous appartient aussi de savoir ne pas la déverser sur des innocents.

Vous savez au plus profond de vous si c'est à vous que je m'adresse aujourd'hui, chers camarades. Vous savez au plus profond de votre corps, de votre cœur, et de votre tête, que ce que vous faites est lâche, chers Gryffondor ; injuste, chers Poufsouffle ; illogique, chers Serdaigle. Les élèves de Serpentard sont des élèves de Poudlard au même titre que vous. Bouleversés par les événements inattendus et inédits de ces dernières semaines, ils le sont tout autant que vous. N'oubliez jamais que personne n'a le monopole de la souffrance, et que le déchirement est d'autant plus dur pour eux que ceux qui les ont trahis n'étaient pas leurs adversaires de toujours, mais bel et bien leurs camarades et amis.

Que penser de vous si vous attribuez la responsabilité de votre peine à d'autres victimes ?

Que penser pour l'avenir si vous ravagez déjà ce qu'il reste du fragile présent ?

Signé : Une élève, révoltée