Les choses progressent encore dans ce chapitre, lentement mais sûrement.
Bonne lecture!
Chapitre 24. À genoux
Hermione passa une semaine entière à éviter l'homme qu'elle avait laissé en plan avec une érection monumentale entre les jambes.
Elle avait honte. Elle ne savait pas quoi lui dire.
Avec toutes ces émotions, le maléfice qui lui parasitait l'organisme avait multiplié ses pointes sournoises, menaçant de la terrasser à toute heure du jour et de la nuit, au point où Hermione gardait en permanence une petite fiole de potion sur elle. Elle savait que la douleur allait se déchaîner bientôt.
De fait, le coup de poignard qu'elle attendait l'avait transpercée quelque part entre trois et quatre heures du matin, juste après qu'elle eût réussi à retrouver le sommeil malgré les petites aiguilles invisibles qui lui piquaient la peau de façon anarchique.
Lorsqu'elle but la fiole qu'elle avait laissée sur sa table de chevet, elle fut soulagée. Et son soulagement fut encore plus grand quand la douleur ne se réveilla pas à nouveau quelques minutes après, comme elle le craignait. Elle n'aurait pas besoin d'une double-dose de remède cette semaine.
Seulement, elle n'avait pas prévu que le monstre qui sommeillait en elle se manifesterait beaucoup plus tard, alors qu'elle se trouvait au travail, en grande conversation avec son collègue Chris.
Il était en train de lui faire un compte-rendu de ses dernières expérimentations avec la sauge nordique lorsqu'Hermione s'écroula purement et simplement à ses pieds.
- Hermione!
On devinait à son ton affolé que les urgences n'étaient pas son fort.
- Qu'est-ce qui se passe? Par les couilles de Merlin! As-tu besoin d'aide?
Hermione réussit à aspirer une longue goulée d'air, mais elle fut incapable de répondre. Elle tâta la poche droite de sa jupe d'une main tremblante, juste pour la forme, même si elle savait qu'aucune fiole de liquide dorée n'y avait été oubliée. Elle réussit à extirper sa baguette rangée à sa taille, mais ne put se résoudre à transplaner pour se réfugier chez elle. Il était trop tard. La douleur était trop forte, trop brusque.
- As-tu mal quelque part, Hermione?
- Va…
Elle essaya de reprendre son souffle.
- Va me chercher un verre d'eau, réussit-elle à articuler.
- D'accord, ne t'inquiète pas, tenta de la rassurer Chris d'un ton extrêmement inquiet. Je reviens tout de suite.
Il quitta la salle au pas de course.
L'eau ne serait d'aucune aide, mais Hermione avait besoin d'un moment seule avec elle-même pour décider de la meilleure chose à faire. Seulement, ses pensées ne trouvaient plus leur chemin dans le chaos de son esprit. La sensation de transpercement prenait toute la place.
Des pas retentirent à nouveau dans le bureau sans qu'elle eût conscience que plusieurs minutes s'étaient écoulées.
- J'ai croisé Severus, peut-être qu'il a une potion utile sous la m…
- Non! Ce n'est pas néc…
Elle ne put pas articuler la suite.
- Hum, hum, fit une voix de basse qu'elle aurait reconnue entre mille.
Oh, Merlin.
Hermione resta prostrée de douleur sur le plancher. Inutile d'essayer de sauver les apparences.
- Je crois qu'elle a mal quelque part, expliqua Chris.
- De toute évidence, répondit Severus.
Elle sentit qu'on s'agenouillait près d'elle.
- Où exactement avez-vous mal, Hermione?
Le ton était neutre.
- Au v-v-ventre, bredouilla-t-elle.
- Ça a commencé quand?
- Tantôt.
- Elle est tombée à terre tout à coup, dit Chris avec emphase.
- Ça vous arrive souvent, ce genre de malaise?
- Non, mentit Hermione, désespérée.
Comment allait-elle se tirer de cette situation?
Elle se redressa laborieusement sur son séant, le corps couvert de sueurs froides.
Severus se tenait à sa hauteur, le visage étonnamment calme, vu les circonstances. Quand les prunelles noires rencontrèrent celles d'Hermione, la culpabilité refit surface. Elle aurait voulu lui dire à quel point elle était désolée de lui avoir fait faux bond, mais Chris était là, et de toute façon elle arrivait à peine à parler. Elle eut envie de pleurer.
- Je dois r-r-retourner chez moi.
Severus eut un reniflement ironique.
- Si vous avez encore envie de vous désartibuler en transplanant, c'est le moment parfait.
- Est-ce qu'il faut l'amener à Ste-Mangouste? demanda Chris.
- Ce ne sera pas nécessaire, dit Severus, stoïque. Pourriez-vous prévenir Jeff, au troisième étage? Dans le département des maladies génétiques. Il est médicomage.
- Ah oui, bonne idée! Je reviens.
Elle se retrouva seule avec Severus.
- Jeff ne travaille plus ici, dit-elle avec difficulté. Ça… fait deux mois.
- Je sais.
Il se leva d'un mouvement fluide.
- Attendez-moi un instant.
Il disparut à son tour.
Hermione resta affalée là, incapable de faire un mouvement, encore moins de réfléchir.
Elle sut que Severus était revenu au bruit de son pas dans le silence. Elle ouvrit les yeux pour voir la petite fiole de liquide doré qu'il lui présentait sous le nez, puis les referma aussitôt.
Non.
Non, ce n'était pas possible.
Bizarrement, elle ne savait plus ce qui était le pire entre cette douleur intolérable ou la vague de honte qui s'empara d'elle. Elle aurait préféré que Severus ne sache jamais que des mots obscènes étaient gravés sur sa chair.
Elle trouva le courage d'affronter son regard. Il la dévisageait, l'air grave.
- C-comment avez-vous pu le savoir? réussit-elle à dire.
- Buvez la potion d'abord, Hermione.
Elle prit la fiole, avala le liquide, toussa, s'appuya contre la patte de la table derrière elle, ferma les yeux, se força à respirer lentement.
La douleur la déserta, la laissant tremblante et sans force. Elle aurait voulu être blottie au fond de son lit, toute seule.
Severus parla, d'un ton tranquille qui contrastait avec l'agitation d'Hermione.
- C'est moi qui ai créé ce remède. Il y a deux ans.
Elle fut sans voix.
- J'ai vu suffisamment de patients marqués pour reconnaître les symptômes, dit-il sobrement. Et vous m'avez mentionné vos cicatrices.
Elle baissa les yeux au sol.
- Nous discuterons de tout cela une autre fois, dit-il, si vous le souhaitez. Vous avez cruellement besoin de repos.
Elle amorça un geste pour se lever.
- Laissez-moi vous aider.
Il se pencha vers elle et glissa les mains sous ses aisselles. Il y eut un moment de suspension, comme si Severus guettait une réaction de recul, son visage tout près du sien.
Pour toute réponse, elle posa les mains sur ses épaules.
Il la hissa debout.
Pendant quelques secondes, les étoiles filantes traversèrent le champ de vision d'Hermione. Elle souffla un bon coup. Sa vue se clarifia et le visage de Severus lui apparut plus distinctement.
- Merci, souffla-t-elle.
Leurs mains retombèrent, chacune de leur côté.
Elle transplana.
Quelques instants plus tard, un Chris tout en nage surgit dans le laboratoire.
- Jeff ne travaille plus ici, annonça-t-il inutilement. Est-ce que…
Il s'interrompit net en regardant autour de lui.
- Où est Hermione?
- Elle est retournée chez elle.
- Quoi? Vraiment?
- Je lui ai donné un antidouleur. Elle m'a dit souffrir de crampes menstruelles très intenses.
Chris regarda Severus, les yeux ronds.
- Ce n'est pas le genre de chose dont on parle habituellement à ses collègues, ajouta Severus.
- Oui, évidemment. Je n'en parlerai à personne.
