Merci à Shadedwords pour sa review. Et merci à Lenacia pour avoir mis la fic en Favoris.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


Un moment de quiétude

Vagabonde

Ils m'avaient attrapée ! La Traqueuse m'avait droguée, mais je m'étais réveillée alors qu'on transportait mon corps dans un couloir.

Il était blanc et lumineux. C'était horrible, j'en avais horreur ! Je voulais me cacher, être seule dans les égouts ou les bois, tout plutôt qu'ici, dans un de leurs maudits Centres de Soin !

Surpris de me voir me débattre si brusquement, mon porteur, un Soigneur, me relâcha. Je tentai de ramper vers la sortie, mais un Traqueur suivait mon futur bourreau.

Il me redressa brutalement et me maintint immobilisé d'une main, l'autre fouillant dans une poche de son costume.

« Calmez-vous, tout va bien… » dit le Soigneur.

Mensonges ! Il mentait, je le savais. Tout n'allait pas bien, on m'emmenait vers la salle où on allait me mettre un parasite.

C'était comme si on voulait m'entraîner de force à travers un tunnel, vers la lumière…

Lorsque l'odeur de framboises assaillit mes narines, je levai les yeux vers les néons au plafond.

Leur lumière devint floue. Je ne vis plus que ça avant de sombrer pour de bon.

La lumière…

« Gaby ? Gaby, réveille-toi ! »

Haletante, je m'éveillai en sursaut.

Je m'attendis à me réveiller dans la chambre de la maison de Voix-de-Cristal, mais la vision des deux étoiles dans une fissure me rassura aussitôt. Ça, et la sensation de deux bras musclés qui calèrent mon dos contre un torse puissant.

« Chut, ça va, ce n'était qu'un rêve… » me dit Ian.

Une de ses mains se détacha de mon ventre pour venir caresser mes cheveux.

Je me retournai pour le regarder. La vision de ses yeux saphir emplis de tendresse m'aida à me calmer.

Il avait raison, j'avais juste rêvé.

Tremblante, je me blottis contre lui et respirai son odeur. Il sentait bon le désert, la chaleur et la sécurité.


Ian

Tandis qu'elle se calmait, je me mis à réfléchir.

Peu après son passage à l'infirmerie, Doc avait voulu qu'on la laisse se reposer avec la petite, mais elle avait refusé de rester.

Je compris qu'elle ne supportait pas de rester dans cette pièce. C'était toujours l'endroit où l'on avait massacré les siens, et pour rien au monde elle ne voudrait y dormir !

Mélanie l'avait compris aussi. Elle s'était portée volontaire pour veiller sur la petite avec Jared, pendant que je ramenais Gaby dans notre grotte.

J'avais été surpris qu'elle accepte de s'y rendre. Après ce qui s'était passé, j'avais craint, mais jugé logique, qu'elle veuille dormir ailleurs. Mais non, elle semblait sincèrement heureuse de rester avec moi.

Quand elle s'était endormie dans mes bras, j'avais ressenti un bonheur immense. Enfin elle était de retour !

Mais quelques heures après, j'avais été réveillé en la sentant gigoter contre moi. Elle cauchemardait !

À présent réveillée, j'attendis qu'elle se calme pour lui parler.

« Tu veux me raconter ton rêve ? »

« J'ai revu des bribes du passé de mon hôte. Ils l'emmenaient dans la salle d'Insertion… pour me mettre dans sa tête ! »

Je l'écoutai avec un pincement de cœur. Bizarrement, je ne ressentis pas de pitié pour la fille à qui avait appartenu ce corps. Enfin si, mais la personne que Gaby évoquait me semblait si… abstraite ! Irréelle. Je ne pouvais m'empêcher de ne voir que Gaby dans ce corps. Mais je savais qu'elle souffrait. Elle se sentait coupable de la douleur et de la peur que son hôte avait ressenties, dans ses souvenirs.

« Ce n'est pas ta faute. Tu n'étais pas là, tu n'as rien fait, Gaby. »

« Mais c'est moi qui l'ai effacée ! Je suis la cause de sa mort. »

« Arrête ! Si ça n'avait pas été toi, ils auraient mis une autre âme. Ton absence n'aurait rien changé. »

« Mais je… Ian, tu ne comprends pas ! J'ai effacé Emily. »

« Emily ?! »

Je la regardai avec surprise.

« Tu te souviens de son nom, ça y est ? »

Elle ne me l'avait pas dit, pourtant ! Ni aux autres. Quand elle avait raconté ses péripéties à l'infirmerie, elle n'avait jamais parlé de ça. Elle nous avait juste raconté les entretiens avec la Traqueuse, puis comment elle avait décidé de s'enfuir en risquant sa vie pour sauver Espérance. Son saut par la fenêtre, dans la piscine, puis sa deuxième incursion au Centre de Soins avec l'aide d'un Soigneur et leur traversée du désert avant que Wes et moi les trouvions.

« Voix-de-Cristal me l'a révélé, quand j'étais retenue chez elle. »

« Ah ? Comment savait-elle ça ? »

« Je suis sa fille. »

« Pardon ? Je ne comprends pas. »

Avec un soupir fatigué, elle s'assit sur le matelas. J'en fis autant et l'écoutai me raconter son entretien avec la mère d'Espérance.

Quand elle eut fini, je compris la véritable raison de sa douleur.

« Tu te sens coupable d'avoir effacé la sœur de la petite. »

« C'est ça. »

« Mais c'est faux, tu n'as rien fait de mal ! Au contraire, tu as agi de la meilleure façon qui soit, en empêchant les tiens de faire une Insertion à cette enfant. Je suis sûr que si Emily avait été là, elle aurait fait la même chose. »

« Mais est-ce suffisant ? En grandissant, Espérance risque de se poser des questions. Et qu'est-ce je lui dirai ? Que je ne suis pas sa demi-sœur, juste l'occupante de son corps ? Comment prendra-t-elle cette nouvelle ? Et si elle apprend que sa mère, l'âme qui l'a mise au monde dans le corps de sa génitrice, a fini par la livrer aux Soigneurs… »

« Elle saura aussi que c'est une autre âme, la plus courageuse et la plus forte que j'ai jamais rencontrée, qui a empêché ça et réussi à la sauver, pour l'emmener vivre parmi les siens. Tu n'as rien à te reprocher dans cette histoire, Gaby. Au contraire, tu es une héroïne ! Je t'en prie, arrête de te fustiger pour ce que les autres ont fait. Tu as aussi sauvé Mélanie et Jamie ! Ne les oublie pas. »

Elle me regarda avec surprise puis espoir.

« Tu le crois vraiment ? Toutes ces vies sauvées, ça compte ? »

« Oui, ça compte énormément ! »

« Merci, Ian. »

Je me penchai pour l'embrasser, puis nous nous recouchâmes sur le matelas. Blottis l'un contre l'autre, nous regardâmes les deux étoiles dans la fissure au plafond.

« J'adore ces étoiles », me dit Gaby.

« Pourquoi ? Elles correspondent à des mondes que tu as visités ? » demandai-je sur le ton de la plaisanterie.

Ma question la fit rire.

« Non, elles correspondent à cet endroit. Ici, avec toi… c'est parfait ! Je me sens bien, ici. Mieux que n'importe où ailleurs. »

Ces mots me réchauffèrent le cœur. C'était tout ce que je souhaitais. Que Gaby soit heureuse avec moi.

Je me tournai de façon à me tenir au-dessus d'elle. En équilibre sur un coude, je tendis la main et repoussai une mèche de son front.

« Ma Vagabonde… Je suis heureux aussi, même si… »

« Même si quoi ? »

« J'aurais aimé qu'on soit dans un endroit plus digne de toi. Une vraie maison, avec une chambre et un vrai lit. »

Elle secoua la tête.

« Dans une vraie maison, on ne verrait pas le ciel, la nuit ! Ici, c'est parfait. »

« Ah oui ? Tu ne regrettes pas Tucson ou Chicago ? »

« Quand je suis arrivée ici avec Mélanie, si. J'avais très peur, je regrettais la sécurité. Mais maintenant, c'est ici que je me sens bien. Avec toi, Mélanie, Jamie, Jeb… Je me sens chez moi. »

Ses paroles me réchauffèrent le cœur. Lorsqu'elle leva la tête pour m'embrasser, j'oubliai le sujet de notre discussion et lui rendis son baiser.

D'abord tendre et léger, il devint vite plus ardent. Mes mains glissèrent de son cou pour descendre au bas de son chemisier et se glisser en dessous, pour caresser sa peau. Ses propres mains se posèrent sur mon dos, puis l'une d'elles glissa vers mon cou pour me caresser les cheveux.

Malgré la passion qui s'emparait de moi, je fis un effort pour interrompre notre baiser.

Elle me regarda sans comprendre.

« Gaby… » dis-je d'une voix rauque.

« Oui ? »

« On n'est pas obligés de… Tu viens juste de revenir, tu es fatiguée… »

Elle me regarda avec l'air contrarié.

« C'est la deuxième fois que tu ne veux pas. Pourquoi ? »

Je me mordis la lèvre. Comment lui expliquer ?

« C'est parce que je suis une âme ? Ce corps n'est pas le mien et ça te gêne ? »

« Quoi ? Non, pas du tout ! »

Je disais la vérité, ce n'était pas ça la raison. J'étais juste… trop gentleman, j'imagine.

« Mais j'ai peur que tu m'en veuilles encore. »

« Pour quoi ? »

« Pour tout ce qui s'est passé. Avant ton retour, tu ne voulais pas que je t'approche, et maintenant… j'ai peur que si je vais trop vite, tu me repousses à nouveau. »

Elle m'adressa un regard perdu et coupable.

« Je suis désolée, Ian ! Je ne voulais pas te blesser. »

« Non, je suis le seul coupable. Je t'ai blessée. Et j'ai peur de te blesser à nouveau, en me montrant trop insistant. En plus, avant de… faire ça, il vaut mieux prendre des précautions. Je n'aurais pas envie que tu tombes enceinte par ma faute, à cause de ma négligence. »

« Oh ! »

Ce dernier argument la fit rougir, mais elle parut enfin comprendre.

Je l'embrassai plus doucement, puis calai mon front contre le sien.

« Pas tout de suite, d'accord ? Je n'irai pas voir ailleurs, mais attendons encore un peu. »

Elle acquiesça, puis se rallongea contre moi en soupirant.

Je compris qu'elle était toujours un peu frustrée, tout comme moi, mais au moins nous avions pu discuter.

Et nous allions mieux maintenant, je le sentais.

Les dernières traces de tension entre nous avaient disparu.

Elle finit par se rendormir. Je préférai rester éveillé, pour savourer ces dernières heures de quiétude.

Car certains problèmes demeuraient, comme la Traqueuse que nous avions ramenée. Elle était gardée sous surveillance dans une petite grotte isolée, et nous n'avions pas encore décidé ce que nous allions faire d'elle. Jeb avait essayé de discuter avec elle, mais elle lui avait hurlé dessus.

Je n'en revenais pas. Mélanie et Gaby m'avaient raconté à quel point elle était désagréable, mais là… Finalement, il y avait beaucoup de choses sur les âmes que nous ignorions.

Mais pourquoi s'étonner ? Gaby était déjà l'exception qui confirmait la règle.

Peut-être était-ce aussi pour ça que j'étais tombé amoureux d'elle.

En attendant, je comptais savourer ce moment de quiétude en sa compagnie aussi longtemps que possible.

Jusqu'à la dernière seconde.