Le lendemain, au petit-déjeuner, John ne pouvait pas s'empêcher de regarder son fils. Il y avait quelque chose qui le chagrinait dans son regard. Il y avait quelque chose de profond, la peur, ou la honte, ou le chagrin.

John décida de le questionner : alors, ça va ? Bien dormi fils ?

Éric : ouai

John : tu n'étais pas très bavard sur ton expérience au boot camp, hier soir. C'était bien ?

Éric évasive : ouai

John agacé : tu ne pourrais pas approfondir un peu.

Éric haussa les épaules : il n'y a rien de spécial à dire. Ma vie était rythmée par les corvées, les cours sur le patriotisme et les entraînements militaires.

John : et tes rapports avec l'instructeur Mulet ?

Éric essaya de cacher sa peur rien qu'à la mention du nom de son bourreau : ça va. Il était strict mais juste.

John : je n'en crois pas un mot. Ce n'est pas vraiment l'impression qu'il m'a donnée la dernière fois que je l'ai rencontré.

Mary sentant le malaise de son fils : chéri, arrête d'embêter notre fils avec tes questions de beau matin.

Éric soulagé : tes pancakes sont toujours aussi délicieux maman.

Mary : merci !

Éric : personne n'a besoin de la salle de bain ?

Mary : non, vas-y. Nous irons après toi.

Éric monta les escaliers et disparu de la vue de John et Mary.

John : Mary, pourquoi tu fais l'autruche ? Il est évident qu'Éric ne va pas aussi bien que cela. Tu as vu son regard ? Il nous cache quelque chose ! Je le sens.

Mary : écoute chéri, je ne te laisserai pas gâcher mon week-end de réconciliation avec notre fils.

John : je ne veux rien gâcher du tout !

Mary : tu sais comment ça se passe à chaque fois ? On discute, jusqu'au mot de trop et Éric prend la porte pour je ne sais combien de temps. Je veux juste un week-end, sans crier, sans larmes, rien. Juste un week-end en famille, est-ce que c'est possible ?

John : très bien.

Mary : John, ce qui compte aujourd'hui, c'est de soutenir notre fils dans la vie qu'il s'apprête à commencer, et non de remuer un passé, peut être douloureux pour lui. Éric est comme ça, ne jamais parler de ses problèmes avec nous. Il préfère se tourner maintenant vers sa petite copine, mais, peut-on réellement lui en vouloir pour cela ?

(Bruit de verre à l'étage) Mary accourus à l'étage suivi de près par John :

Pendant ce temps, dans la salle de bain, Éric était perdu. Persuader que son père n'abandonnerait pas aussi facilement. Il ne savait vraiment pas comment s'en sortir cette fois-ci. Parler de Dallas, et de son agression était déjà difficile, mais c'était moins terrible que d'avouer les intimidations de son bourreau. Il avait déjà bien du mal à se l'avouer à lui-même. Il était encore rongé par la honte. La honte d'avoir permis à un être humain de le traiter comme un animal. Son regard se porta sur le début d'une cicatrice au niveau de son épaule. Éric, se tourna, le dos face au miroir de la salle de bain. C'était la toute première fois qu'il voyait son dos, ou plutôt, qu'il osait regarder son dos martyrisé. Un élan de colère le submergea. D'un revers, il envoya tous les objets poser sur le meuble sous-vasque au sol.

Éric ? Est-ce que tout va bien ?

À la voix de son père, Éric fut pris de panique. Il recula jusqu'au coin de la salle de bain. Son regard était focalisé sur la poignée de porte, qui ne cessait de bouger. Dans son esprit, Éric était de retour dans l'isoloir. Il regardait avec peur, la porte s'ouvrir sur son bourreau, portant l'objet de torture dans sa main.

John défonça la porte de la salle de bain. Ils trouvèrent Éric, recroqueviller au coin de la pièce. Son corps tout entier tremblait.

Mary s'approcha doucement de lui, puis elle s'agenouilla aussi délicatement que possible afin de ne pas l'effrayer plus qu'il ne l'était.

Mary : Éric ? Est-ce que tu m'entends ? Tu n'as pas à avoir peur. Tu es à la maison, en sécurité.

Éric suppliant : pas le fouet monsieur, s'il vous plaît ! Je ne voulais pas vous manquer de respect. Je suis désolé Monsieur.

John reçut un choc. Un coup de poignard en plein cœur. Il sentit la colère monter en lui. C'était trop pour lui. John prit la fuite de la maison, en claquant violemment la porte d'entrée.

Éric sursauta. Son esprit se reconnecta à la réalité.

Éric désorienté : qu'est-ce qui s'est passé ici ?

Mary : tu viens de faire une crise de panique. On n'a entendu du bruit à l'étage, et nous t'avons trouvé, prit de tremblement contre ce mur. Qu'est-ce qui a provoqué ta crise ? Tu en fais souvent ?

Éric : je… je n'en sais rien. Je ne me souviens pas. Je… Où est papa ? Il était là il y a quelques secondes, non ?

Mary : tu as dit quelque chose de très bouleversant.

Éric redoutant d'avoir mentionné Josh ou les fouets : qu'est-ce que j'ai dit ?

Mary : tu as parlé de fouet. Que tu étais désolé, que tu ne voulais pas lui manquer de respect. Tu parlais du boot camp, n'est-ce pas ?

Éric honteux, baissa la tête, n'osant plus regarder sa mère dans les yeux.

Mary prit simplement son fils dans ses bras et le berça doucement. En passant sa main dans son dos, elle sentait des boursouflures. À ce moment-là, elle ne pouvait plus retenir ses larmes.

Éric : maman, j'ai peur que papa fasse une bêtise. Ce n'était pas la faute de l'officier Mulet, mais de la mienne. J'ai mérité cette punition. Je n'ai pas réussi à contrôler ma colère et j'ai levé la main sur lui. L'officier Mulet a simplement appliqué le règlement militaire. J'ai continué à jouer au rebelle, et je n'en ai pas payé le prix. Je dois retrouver papa pour le lui dire.

Mary ne savait pas quoi penser des paroles de son fils. Comment peut-il être aussi convaincu qu'il mérité un tel traitement. John avait raison, ce boot camps avait brisé la capacité de jugement de leur fils.

Mary : personne ne mérite un tel traitement ! Je ne sais pas ce qu'a bien pu te dire cet homme pendant ses six derniers mois, mais il faut que tu oublies tout ce qu'il t'a dit.

Éric : maman je…

Mary : stop Éric ! Quoique tu aies fait, tu ne méritais pas d'être battu et marqué à vie ! La flagellation est un acte barbare bon pour l'ancien temps et non pour le XXème siècle !

Éric honteux : tu crois que je ne le sais pas. Je préfère me convaincre que je l'ai mérité plutôt que d'accepter que j'aie laissé un homme me faire ça. Comment je vais faire pour vivre avec ses traces ? Comment je vais faire pour affronter le regard de mes futurs coéquipiers de football lorsqu'ils verront mes cicatrices ? Peut-être que je devrais abandonner l'idée d'aller là-bas. Je n'ai pas besoin de la pitié des gens ou que l'on se moque de moi.

Mary obligea Éric à la regarder dans les yeux : écoute moi bien Éric, tu n'as pas à ressentir de la honte, ni à te sentir obliger de renoncer à ton projet à cause de tes cicatrices. Elles font partie de ton histoire maintenant. Ses cicatrices sont une sorte de rappel pour que tu ne puisses pas recommencer les mêmes erreurs. Tu dois aller à Brenham, et tu vas te construire ton avenir. Crois-moi, c'est la meilleure décision que tu aies prise depuis ses trois dernières années.

Éric : tu le penses vraiment ? Enfin, je veux dire, tu penses vraiment que je peux y arriver ? Mary : s'il y a bien quelqu'un qui peut y arriver, c'est bien toi. Tu es un battant et tu es quelqu'un de bien, n'en doute jamais mon fils.

Éric : ce n'est pas vraiment ce que tu pensais de moi, il y a encore six mois de cela. Je l'ai vu dans ton regard. Tu avais honte d'avoir un fils comme moi, fugueur, délinquant et reprit de justice.

Mary : oui, c'est vrai, je ne te mentirai pas à ce sujet. Mais tu vois, les choses ont changé depuis. Je sais pourquoi tu as fait ce que tu as fait et je trouve cela très grand de ta part. Tu as risqué ta vie pour une fille qui t'aime profondément. Et dans le fond, toi aussi, tu dois l'aimer vraiment beaucoup.

Éric : Tami est…elle est vraiment spéciale pour moi. Je lui dois beaucoup.

Mary : raison de plus pour aller de l'avant. Allez mon chéri, tout va bien se passer.

Éric : merci maman…je… ça fait tellement longtemps qu'on n'a pas discuté comme ça.

Mary : on avait beaucoup de choses à régler chacun de notre côté. Tu sais que tu peux me parler quand tu en ressentiras le besoin.

Mary se leva, et se dirigea vers la porte de la salle de bain.

Éric : maman, merci de ne pas avoir demandé de détail sur… enfin je…

Mary : je ne suis pas sûr de pouvoir l'entendre.

Éric : et pour papa ?

Mary : je m'en occupe.