Voilà un chapitre très orienté Swanqueen avant de reprendre l'enquête sur le Lightning Killer. J'espère que ça vous plaira, histoire de vous faire oublier la rentrée et la fin des températures estivales. D'ailleurs, je vous conseille de lire ce chapitre autour d'un bon café ou d'une tasse de thé chai... Bonne lecture !
Samedi, 15h26
La berline de Regina sillonnait un chemin de campagne peu fréquenté, après avoir bifurqué en direction de la montagne. À l'horizon, le soleil avait finalement tenté de rivaliser avec les nuages. Il se faisait encore discret, dans le ciel toujours morne de l'automne, mais semblait néanmoins réchauffer l'atmosphère. Justement, la portoricaine augmenta le son de l'autoradio de sa voiture, tandis qu'une musique des années 1990 débutait. Twenty-five years and my life is still trying to get up that great big hill of hope… Comme pour se donner une contenance, la détective fit justement jouer ses mains sur le volant, suivant le rythme de la batterie. De son côté, Emma la toisa d'un air amusé. Elles n'avaient échangé que quelques paroles courtoises depuis leur départ de Vancouver, mais Regina ne savait pas comment briser le silence. Elle espérait évidemment pouvoir se rapprocher de la profiler à travers cette sortie -quelque peu incongrue- mais peinait à trouver un sujet de conversation qui ne lui paraissait pas futile. À l'inverse, la criminologue avait l'air peu soucieuse quant à ses propres faits et gestes.
« J'ai été assez surprise de ton invitation, » dit-elle justement en baissant le volume sonore de la musique. Songeant qu'elle débutait par une légère provocation, fidèle à sa personnalité arrogante, la portoricaine tenta de rester impassible.
« Hm… En fait je pense qu'il est grand temps d'améliorer mes compétences culinaires et surtout que j'apprenne à m'organiser un peu mieux. Donc je me suis dit que je pourrais suivre les traditions d'à peu près tous les Canadiens et aller cueillir des pommes pour l'hiver, » admit la détective. « Crois-le ou non, mais je vais suivre des cours de cuisine, tous les samedis de novembre et décembre. »
Sur le siège passager, la profiler laissa échapper un gloussement, avant de rapidement détourner le regard.
« Qu… Ne te moque pas de moi ! » protesta la brune, pourtant amusée. « Je ne suis pas si mauvaise que ça !
-Non, pas du tout… » ironisa Emma en éclatant de rire. « Si on oublie les deux fois où tu as failli provoquer un incendie, mais aussi le jour où tu as fini aux urgences parce que tu tenais absolument à ouvrir les huîtres pour le réveillon de Noël...
-Ce sont des incidents absolument imprévus et ça n'a rien à voir avec…
-Le Pithiviers pour la crémaillère de Belle ? » répliqua la blonde en riant de plus belle.
« Tu ne peux pas ressortir ce truc à chaque fois qu'on parle de mes compétences culinaires, » répondit la portoricaine, tout aussi hilare. Elle essayait d'avoir l'air agacée, mais savait pertinemment qu'elle ne tromperait pas son ex-petite amie. « D'ailleurs, tu n'as jamais critiqué mes chaussons aux pommes ou ma lasagne.
-En effet, » convint la profiler. « Mais tu ne peux pas non plus prétendre que lorsque tu es dans une cuisine, tout se passe pour le mieux.
-Je l'admets, » sourit la brunette. « Mais je pense quand même que tu exagères un peu…
-Tu comptes faire quoi, d'ailleurs, avec les pommes qu'on va ramasser ?
-Sûrement de la compote, que je vais conserver sous-vide, » expliqua la détective.
« Opération qui nécessite un four allumé à très haute température, » remarqua Emma. « Mmmh… Je vais peut-être commencer à prévenir les pompiers d'un éventuel incendie ce soir… » Comme de fait, Regina lui adressa un petit coup sur l'avant-bras, afin de la faire taire. Elle prit ensuite à droite, sur un sentier rocailleux, longeant un verger jusqu'à un stationnement dédié. Lorsqu'elle éteignit le moteur, elle se tourna enfin vers la criminologue.
« Tu n'as qu'à m'aider à faire ma compote, si tu crains tant pour mon mobilier, » lança-t-elle d'un air de défi. Amusée, son ex-petite amie acquiesça sans hésiter.
« Avec un peu de chance je sauverais ta maison, mais aussi tes papilles, » rétorqua-t-elle en riant. Une nouvelle fois, Regina lui donna un léger coup sur l'avant-bras, avant d'attraper son sac sur la banquette arrière de la voiture.
Les deux femmes sortirent alors de la berline, s'engageant sur le chemin vers la petite ferme. Fidèle à ses habitudes, la portoricaine avait opté pour une tenue particulièrement élégante. Elle portait un pantalon de tailleur noir, ainsi qu'un chemisier bleu-roi. Néanmoins, elle avait troqué sa veste de costume contre un long manteau sombre. Elle avait également pris soin d'attacher ses cheveux longs en un chignon haut. Mais elle avait au moins choisi de mettre des bottes et non ses éternels escarpins à talon. À l'inverse, Emma avait enfilé un jeans bleu, des bottines beiges, un chapeau, ainsi qu'une chemise à carreaux rouge et noir. D'ailleurs, Regina détailla son chemisier d'un air amusée tandis qu'elles avançaient vers la ferme.
« Quoi ? Tu n'aimes pas ma tenue ? » gloussa la profiler.
« Je me dis juste que le chemisier fait très… cliché, » rit la détective.
« So Canadian, eh ? » ironisa Emma avant de lui adresser un clin d'œil.
La remarque fit évidemment rire son ex-petite amie, tandis qu'elles arrivaient enfin au petit comptoir de la ferme. Comme d'habitude, une adolescente était assise sur une petite chaise de fortune, observant son smartphone comme si le monde extérieur n'existait pas. Elle se redressa néanmoins quand les deux femmes se présentèrent et leur demanda quel type de panier elles souhaitaient prendre.
« On va prendre le plus gros format, parce que Madame a décidé de faire de la compote pour les trois prochains hivers, » déclara la blonde en tendant un billet vert à l'adolescente. Amusée, la jeune fille remercia la criminologue avant de leur souhaiter une excellente cueillette. Emma et Regina continuèrent ainsi leur chemin vers le verger, prenant sans hésiter l'une des allées qu'elles choisissaient habituellement. De toute évidence, se retrouver ensemble dans un tel endroit faisait remonter en elles de nombreux souvenirs…
15h47
Emma descendit de l'échelle en un bond, après avoir placé de nouvelles pommes dans le panier qu'elles avaient emprunté. De son côté, Regina en saisit une et commença à la frotter avec ses mains pour la nettoyer. Tandis qu'elle s'apprêtait à l'approcher de ses lèvres, la profiler la prit d'un geste rapide et croqua dedans, taquine.
« Je te déconseillerais de manger des pommes crues, » expliqua-t-elle d'un air amusé, sous le regard interrogateur de la brune.
« Et pourquoi ça, Docteur Swan ? » questionna la détective.
« Parce que la pomme crue contient une grande quantité de sorbitol, qui est un agent que l'on retrouve aussi dans les abricots et les cerises. À mon souvenir, ces deux fruits te donnent mal à l'estomac quand tu les manges crus.
-Mais je n'ai jamais eu de problèmes avec les pommes, » protesta Regina.
« Non, mais d'habitude ton système immunitaire est plus fort qu'en ce moment, » répliqua la blonde en prenant le panier pour qu'elles se déplacent jusqu'à un autre pommier.
« C'est un bon point, en effet, » admit la portoricaine d'un air pensif. « Je vais ajouter ça à la liste des aliments à éviter pour les prochains mois. »
Tandis qu'elles avançaient, Regina remarqua que le regard de la blonde prenait une teinte plus éclatante. La profiler la sonda un instant de ses yeux émeraude.
« Euhm… Justement… » débuta-t-elle d'un air moins confiant. « Je voulais te dire que euhm… Si t'as besoin de quoi que ce soit dans les prochains mois… Puisque Kelly a l'air trop occupée par d'autres choses enfin… Bref, tu peux m'appeler si t'as besoin… » bredouilla-t-elle en déposant le panier sous un autre arbre. Surprise par la proposition, Regina tâcha de ne pas laisser transparaître ses émotions.
« J'y penserai, merci, » répondit-elle d'une voix plus douce. « C'est gentil. »
Pour toute réponse, Emma acquiesça avant de grimper sur une seconde échelle. Elle commença ensuite à cueillir d'autres pommes, les faisant passer une à une à son ex-petite amie. Apparemment, leur après-midi s'annonçait plus douce que prévu…
18h53
Accoudée à l'îlot central de sa cuisine, Regina observait la profiler, tandis qu'elle s'attelait à peler un nouveau fruit. Les deux femmes étaient rentrées près d'une demi-heure auparavant, après s'être promenées dans la campagne de Vancouver. De toute évidence, Emma avait tenu sa promesse d'aider la portoricaine à réaliser sa compote. Elle avait donc pris littéralement possession de la cuisine de la brunette, lui expliquant que toute recette devait être prise avec grand sérieux. Justement, elle avait remonté les manches de son chemisier sur ses coudes, se concentrant sur le découpage de chaque fruit. À l'inverse, la détective avait pris le temps de se changer pour mettre une tenue plus décontractée -selon ses propres termes- afin d'aider la jeune femme. Cependant, elle n'avançait évidemment pas au même rythme que la profiler. Justement, elle se laissa distraire quand son téléphone se mit à vibrer sur le comptoir de sa cuisine. Elle se lava rapidement les mains, avant de saisir le petit appareil pour lire le message qu'elle venait de recevoir. En le parcourant, elle laissa toutefois échapper un léger gloussement.
« Kelly et ses fameuses sources ? » demanda la criminologue d'un air nonchalant.
« Non, » répondit Regina. « C'est Mary-Margaret qui s'excuse encore de ne pas m'avoir accompagnée cette après-midi. Mais elle précise qu'elle n'a aucune idée de quelle équipe a gagné le match de hockey, parce qu'elle a passé son temps à admirer son cher et tendre vétérinaire. Elle ajoute qu'elle croit que ce sont les Canucks qui ont remporté la victoire, mais qu'elle s'en soucie peu. Je pense qu'il l'a invitée au restaurant pour fêter ça.
-Oh mon Dieu, » rit la blonde. « J'espère qu'il va lui proposer une sortie dans un resto un minimum classe. Parce qu'il n'y a rien de moins romantique qu'un pub rempli de fans de hockey qui ont abusé de la bière…
-En effet, » confirma la détective. « Mais d'après ce qu'elle me dit, elle va peut-être finir par conclure d'ici la fin de la soirée.
-Après qu'ils aient échangé des livres pendant des mois comme si on était encore au dix-huitième siècle ? » lança Emma d'un ton sarcastique.
« Ne sois pas moqueuse, » la taquina Regina. « Tu es hyper romantique aussi, quand tu veux bien l'être.
-Romantique mais certainement pas niaise, » précisa la criminologue. « Mais je n'aurais jamais voulu te prêter mes bouquins parce que tu les trouves barbants…
-Je n'y peux rien si tu ne lis que des ouvrages de philosophie, de psychologie ou des thrillers, » répliqua la portoricaine d'un ton de défi. « Mais je ne pense pas que j'aurais apprécié non plus. De toute manière, tu n'avais pas besoin de ça pour me séduire, » admit-elle avant de reposer son téléphone.
« Eh bien guide-moi pour que je puisse réitérer mon exploit, » rétorqua Emma sans hésiter.
Toutefois, elle interrompit un instant son geste, comme si elle réalisait ce qu'elle venait de dire. Elle reprit néanmoins le découpage du fruit qu'elle avait entre ses mains, le jetant rapidement dans la casserole qu'avait sortie Regina. De son côté, la détective avait l'impression que les battements de son coeur étaient audibles pour la profiler, tant leur tambourinement avait accéléré. Essayant de reprendre ses idées, elle se demanda s'il serait prudent d'entrer dans le jeu de son ex-petite amie.
« Je pense que c'est de l'inné plus que de l'acquis, » souffla-t-elle en adressant un regard de défi à la jeune femme. Amusée, Emma gloussa avant de saisir une nouvelle pomme dans le panier. Elle entreprit ensuite de la peler, comme si elle cherchait ses propres mots.
« C'est pour cette raison que je ne t'aurais jamais prêté mes livres pour être romantique, » souligna-t-elle enfin, ne lâchant pas des yeux la portoricaine.
« Quel est le rapport ? » s'amusa l'intéressée.
« Parce que tu lis des bouquins dans lesquels les gens sont destinés à se retrouver quoi qu'il arrive, car ils sont des âmes sœurs ou je ne sais quel concept fumant.
-Tu n'y crois pas ? » se risqua la brunette, peu certaine d'avoir assez de courage pour s'aventurer dans une telle conversation.
« J'attends que tu me prouves que j'ai tort, » la nargua son ex-petite amie avec un rictus moqueur. Réalisant que la balle était dans son camp, Regina préféra changer de sujet. Elle voulait évidemment pouvoir se rapprocher de la profiler, mais elle détestait être prise au dépourvu. En aucun cas elle ne souhaitait ainsi baisser sa garde devant la blonde, même si elles passaient un agréable moment ensemble. Justement, elle se lava une fois de plus les mains, comme pour signifier qu'elle abandonnait sa tâche.
« Je devrais peut-être commencer à cuisiner si on veut manger un jour, » dit-elle d'un air insouciant. « Je ne sais pas pour toi, mais je meurs de faim.
-Je ne suis pas sûre de vouloir goûter à ta cuisine tant que tu n'as pas suivis tes cours, » la taquina Emma.
« Come on, arrête avec ça, » répliqua la brunette en riant. « Je sais au moins cuisiner des choses simples. Et sans me blesser.
-On pourrait aussi t'éviter de cuisiner et commander quelque chose, » remarqua la profiler.
« Ok, est-ce qu'il y a quelque chose qui te tente ?
-Hmm... À tout hasard, j'opterais pour le resto de burger où tu vas à peu près une fois par mois, » sourit Emma.
« Tu m'as toujours dit que tu n'aimais pas particulièrement leur menu, » protesta la détective.
« Et alors ? » répondit la blonde en haussant les épaules. « Je trouverais toujours quelque chose qui me tente, mais au moins tu pourras manger quelque chose que tu aimes.
-Puisque tu insistes, » gloussa son ex-petite amie. « Je vais aller chercher mon ordinateur pour qu'on puisse commander en ligne, » ajouta-t-elle en quittant la cuisine d'un pas déterminé. Tandis qu'elle rejoignait sa chambre, elle se demanda comment allait se poursuivre une si agréable soirée. Pour l'heure, leur jeu de flirt avait repris comme lorsqu'elles étaient plus jeunes. Mais ses implications étaient désormais bien plus importantes qu'auparavant…
20h32
« … A priori je vais passer une grande partie du mois de novembre à Toronto, parce qu'ils ont ouvert un programme spécialisé qui mêle la criminologie et l'anthropologie. Je suis censée faire une série de conférences sur les phénomènes de meurtres rituels, par rapport aux croyances religieuses dans certaines cultures, » expliqua Emma en repoussant le petit contenant de carton sur la table. « L'université de Toronto m'a invitée tous les jeudis et vendredis soirs de novembre, pour que je puisse avoir une meilleure disponibilité pour les étudiants. Et en décembre, je vais accompagner Jean Proulx pour quelques conférences sur le crime organisé au Canada.
-C'est le directeur du département de criminologie à l'Université de Montréal, c'est bien ça ? » s'enquit Regina en prenant une gorgée de son verre d'eau. Face à elle, la profiler acquiesça d'un air songeur. La détective lui avait justement demandé où en était sa carrière et quels étaient ses projets pour les mois suivants.
« Ouais, » confirma-t-elle. « J'adore l'idée de retourner à Montréal quelques jours pour donner des conférences mais…
-Mais ?
-Mais le Québec est la pire province du Canada en hiver, » gloussa la criminologue. « L'idée de voyager dans un endroit où il fait constamment -30 et où les tempêtes de neige se multiplient ne m'enchante vraiment pas. J'imagine déjà les retards de vols, les problèmes pour se déplacer… et le fait que je vais devoir m'acheter un nouveau manteau.
-Ça changera un peu de ton duffle coat et de ta veste en cuir, » souligna Regina en lui adressant un sourire taquin.
« Il y a au moins une personne qui trouvera ça positif, » riposta justement la blonde, comme pour reprendre leur jeu du chat et de la souris. Néanmoins, leur conversation fut encore interrompue par la sonnerie du téléphone de la portoricaine. Surprise de recevoir un appel à cette heure-ci, la brunette se leva de table pour rejoindre le comptoir. Elle saisit alors son smartphone et décrocha rapidement.
« Allo, Kelly ? Tout va bien ? » demanda-t-elle tandis qu'Emma l'interrogeait du regard.
« Vraiment pas non, » protesta la rouquine d'une voix rauque. « Tu te souviens de Leroy, le gars avec qui j'étais censée passer le week-end ?
-Euh ouais… Que se passe-t-il ? » s'inquiéta son amie.
« Bon, je l'avais repéré sur une application de rencontres il y a quelques semaines et tout se passait bien jusqu'ici. On se voyait environ un soir par semaine, on faisait nos affaires et c'était génial. Donc quand il m'a proposé de passer un week-end à son chalet de Richmond, j'ai immédiatement accepté. Le courant passait super bien quand on se voyait, donc je me disais qu'il en serait de même, le temps d'une fin de semaine ! » La jeune femme poussa un long soupir, comme pour signaler son agacement. Regina pouvait deviner à son environnement sonore que la rouquine était en train de conduire. « Tu vois, je me disais qu'on pourrait apprendre à se connaître mieux, parler de choses plus personnelles. Enfin, je ne me faisais pas de films, mais je pensais qu'on pourrait avoir une bonne vibe. Peut-être même que j'aurais accepté qu'on se voit de manière plus… officielle…
-Mais ça n'a pas fonctionné comme tu le voulais ? » devina sa meilleure amie.
« Pas fonctionné tu dis ?! » s'exclama Kelly en faisant claquer sa langue. « Le gars pensait déjà qu'on était exclusifs ou je ne sais quoi ! À un moment je lui ai parlé d'un truc qu'une autre de mes sources m'a expliqué cette semaine. Tu sais, Simon, le gars qui travaille au centre de recherche archéologique… Enfin bref. Mais là, Leroy a littéralement pété les plombs ! Il a commencé à me dire que c'était de la tromperie, qu'il ne voyait pas d'autres filles que moi et qu'il croyait qu'on était en couple ! » éructa la rouquine. « En couple, t'imagine ?! Alors qu'on couchait ensemble une fois par semaine et qu'on ne s'est jamais vus en dehors de ça ! Depuis le début je lui ai d'ailleurs dit que ça n'irait pas plus loin d'ailleurs… Non mais t'imagines ?! »
Amusée par le point de vue de son amie, Regina tâcha néanmoins de garder son sérieux.
« J'imagine oui, » dit-elle d'un air concerné. « C'est vraiment n'importe quoi…
-Attends, parce que ce n'est certainement pas le pire ! » poursuivit la détective, apparemment folle de rage. « Le gars a non seulement pété une crise pour rien, mais en plus il m'a insultée !
-Je te demande pardon ? » reprit la brune, surprise par la nouvelle. De son côté, Emma s'était levée pour ranger leurs plats jetables du restaurant et faire un peu de vaisselle. Elle jeta également un coup d'œil à l'immense casserole dans laquelle cuisaient les pommes qu'elles avaient cueillies.
« Ouais, » pesta Kelly. « Il m'a dit que j'étais une catin, pour le dire poliment, puisque je couche avec n'importe qui. Il a ajouté que je faisais certainement ça parce qu'aucun homme ne voudra jamais de moi. Oh et, il a même précisé que je ne trouverai jamais chaussure à mon pied, puisque je n'ai aucune vertu ! Non mais quel connard sérieux… Je lui ai dit d'ailleurs… Et dire que j'imaginais peut-être pouvoir le voir plus fréquemment… Je me dégoute moi-même, rien qu'en y repensant...
-J'espère que tu l'as bien envoyé promener, » ajouta la portoricaine d'un air agacé. Évidemment, elle détestait l'idée qu'un homme se soit permis d'insulter sa meilleure amie, même si elle ne partageait pas ses opinions sur la vie de couple.
« Tu n'as même pas idée ! » ricana l'intéressée. « D'ailleurs, je sais que tu ne peux pas boire, mais j'ai acheté une bouteille de vin et je compte bien la finir dans la soirée.
-Euh… quoi ? » demanda la brunette, peu certaine de comprendre où elle voulait en venir.
« Ouais, je me suis dit que j'allais rattraper mon absence pour ta cueillette de pommes, » expliqua la rouquine d'un ton désolé. « Je viens de sortir de l'autoroute, je devrais arriver chez toi d'ici une vingtaine de minutes.
-D'ici une vingtaine de … Attends, t'es en train de venir chez moi ?! » éructa Regina.
Comme de fait, Emma leva les yeux de l'évier et lui adressa un regard surpris. Tandis qu'elle paraissait intimidée, la portoricaine se demandait si elle n'allait pas regretter de l'avoir invitée à souper chez elle. Kelly ne la lâcherait certainement pas d'une semelle si elle découvrait que les deux femmes avaient passé la soirée ensemble.
« Affirmatif, » confirma la détective. « J'ai besoin de me saouler et de critiquer la gent masculine avec ma meilleure amie.
-Euhm… K… Je ne sais pas si… » bredouilla Regina, réalisant qu'elle était prise au piège.
« Quoi ? Tu m'en veux vraiment parce que je ne t'ai pas accompagnée pour une foutue cueillette de pommes ?
-N… non… c'est un peu… compliqué ?
-Que se passe-t-il ? » interrogea la rouquine, qui avait apparemment repris son sérieux.
Évidemment, la brunette ne pourrait certainement pas convaincre sa meilleure amie de ne pas débarquer chez elle à l'improviste. Elle adressa justement un regard horrifié à Emma, qui se contenta de hausser les épaules. La profiler connaissait la rouquine depuis l'université et ne serait certainement pas dérangée de passer la soirée avec elle. Mais c'était plus sa présence chez Regina qui éveillerait ses soupçons. Cependant, la criminologue ne paraissait pas en faire cas.
« Kelly… C'est juste que… Je ne suis pas seule ce soir… » articula la portoricaine, se maudissant déjà de lui avoir avoué. D'ailleurs, la rouquine laissa passer quelques secondes avant de lui répondre, comme si elle enregistrait l'information.
« Pas seule comme dans t'as rallumé Tinder parce que tes hormones de femme enceinte te dérangent ? Ou pas seule comme dans... Emma Swan est dans ton salon ? » devina sa meilleure amie, avant de glousser.
« Dans ma cuisine, serait plus exact … » admit la brunette en ramenant son attention vers la profiler. Cette dernière sourcilla justement d'incompréhension.
« Ohhhh… » réalisa Kelly, certainement ravie de l'apprendre. « Est-ce que vous êtes… habillées, au moins ?
-Come on, K, » pesta sa meilleure amie. « Bien sûr que oui !
-Bon, ben je partagerai ma bouteille avec elle ! » ricana la jeune femme. « J'arrive là. À tout de suite, » ajouta-t-elle avant de raccrocher.
Après avoir entendu le petit claquement familier, Regina reposa son téléphone sur le comptoir, comme pour s'en débarrasser. Elle s'accouda de nouveau sur le marbre, enfouissant son visage entre ses mains. De l'autre côté, la blonde ferma le robinet et se sécha les mains avec un torchon disponible. Apparemment, cette situation l'amusait particulièrement. La brunette ramena justement son attention sur elle, la dévisageant d'un air désolée.
« Tu sais qu'elle va être insupportable après ça, » dit-elle d'un ton las. « Je suis tellement désolée qu'elle débarque à l'improviste…
-C'est ta meilleure amie, » gloussa la blonde. « Tu serais étonnée si elle avait choisi de rentrer chez elle se morfondre toute seule. Et puis, elle n'imagine apparemment pas que tu puisses être occupée un samedi soir. Ce qui est assez rassurant d'ailleurs, » remarqua-t-elle. Intriguée par l'évocation, la brunette sourcilla.
« Rassurant pourquoi ?
-Parce que ça signifie que tu ne passes pas souvent tes soirées avec d'autres personnes.
-Et donc ?
-Et donc ça veut dire que je n'aurais pas beaucoup de compétition, » sourit Emma avant d'éteindre la plaque à induction sur laquelle chauffait encore la casserole. Elle dépassa ensuite son ex-petite amie pour se diriger vers le salon, comme par habitude. Surprise par sa nouvelle allusion, Regina la suivit en silence.
21h14
« Bon, expliquez-moi tout ça, » déclara Kelly en s'asseyant de manière théâtrale sur le divan de Regina. Elle prit ensuite une gorgée de son second verre de vin blanc, se souciant peu d'en savourer les arômes boisés. À sa droite, la portoricaine sirotait sa tisane, songeant que sa meilleure amie venait d'interrompre une soirée des plus agréables. Sur le fauteuil en face d'elles, Emma se servit également une coupe du nectar doré.
« Il n'y a rien à expliquer, K, » maugréa la brunette, peu encline à subir son interrogatoire habituel.
« Come on, Roni, » s'exclama la rouquine. « J'imaginais que tu passerais ton week-end à te morfondre sur ton sort en regardant des films niais et je te retrouve en train de flirter avec ton ex-petite amie. Ça mérite une explication !
-Regina m'a simplement proposée de l'accompagner pour sa cueillette de pommes, puisque tu n'étais pas disponible, » expliqua la profiler en la défiant du regard.
« Et je suis censée accepter cette réponse et ignorer le fait qu'Abbotsford est à une heure de route et que les vergers ferment à 17 heures le samedi ?
-On est rentrées en fin d'après-midi et… Emma a voulu m'aider à faire ma compote pour éviter que je ne mette le feu à ma maison, » protesta Regina.
« Ce qui est une excellente initiative, » remarqua la rouquine, hilare. « Mais ça n'explique pas le fait qu'elle soit encore chez toi, quatre heures après.
-Come on, K, ne joue pas les imbéciles, » répondit la criminologue en reposant son verre sur la table basse. « On a juste passé la soirée à discuter et à cuisiner la fameuse compote.
-Ouais, t'as raison, » ironisa Kelly. « C'est tout à fait normal de passer une journée entière avec son ex alors qu'on l'insultait presque, une semaine auparavant. »
Elle adressa justement un regard suspicieux à la portoricaine, qui aurait préféré être n'importe où ailleurs. Désormais, la situation devenait plus qu'embarrassante...
« On a juste passé un moment ensemble, en toute amitié, » riposta Emma. « On a quand même vécu ensemble pendant près de dix ans. Je pense que c'est assez normal qu'on puisse se voir en dehors du travail, simplement pour passer du temps à deux.
-Ça c'est un argument de merde, » gloussa la rouquine, dont les effluves d'alcool commençaient à embrumer l'esprit. « Parce que vous avez passé les deux dernières années à vous fuir comme la peste. Et c'est peu de le dire, tu sais ! »
Surprise par la remarque, Emma prit une nouvelle gorgée de son verre, interrogeant la détective de son regard émeraude. De son côté, Regina avait rapproché ses genoux de sa poitrine, comme lorsqu'elle était angoissée. Justement, elle posa sa main sur l'avant-bras de sa meilleure amie, espérant la faire taire.
« Tu n'imagines pas, Emma Swan, à quel point j'ai suivi tes réseaux sociaux de près pendant les 24 derniers mois ! » poursuivit néanmoins Kelly. « Parce que Regina avait une peur démentielle d'aimer une de tes publications en les regardant, ou de faire une fausse manipulation. Mais ce n'est pas le pire, tu sais !
-Ferme-la, K, s'il te plait, » protesta la brunette en adressant un regard désolé à la criminologue.
« Sérieux, Roni, tu n'as pas à t'en cacher. Tout le monde fait ça de toute manière ! » répondit la rouquine. « En fait, à chaque fois qu'on voulait aller dans un endroit où t'étais susceptible d'être, Regina me demandait de suivre toutes tes stories et publications pour être sûre que tu serais ailleurs. Et je te passe les fois où j'ai été voir le profil Instagram de parfaites inconnues juste parce que tu les avais mentionnées dans une photo ou une story… J'ai vraiment joué au FBI, sérieux ! Comme Joe Goldberg dans la série You ! »
Elle éclata alors de rire, tandis que la brunette enfouissait une fois de plus son visage dans ses mains. Pourtant, elle fut surprise de voir que la profiler lui adressait un sourire confiant lorsqu'elle releva son regard vers elle.
« Comme tu le dis, K, tout le monde fait ça de toute manière, » répéta Emma. « D'ailleurs je suis sûre que ta fameuse source du week-end est en train d'espionner tes réseaux sociaux depuis que t'es partie de Richmond. Mmmh… Leroy, c'est bien ça ? » De toute évidence, le changement de sujet ramena Kelly à sa préoccupation principale. L'alcool aidant, elle finit justement son verre en se redressant d'un air agacé.
« Ouais, Leroy, » râla-t-elle. « Regina t'a expliqué ce qu'il s'est passé ? Un véritable connard, je te jure… » Elle recommença alors son récit sur l'homme, détaillant leur première rencontre, quelques semaines auparavant. Réalisant qu'elle n'était plus préoccupée par le fait qu'Emma passe la soirée avec son ex-petite amie, cette dernière articula un « merci » avec ses lèvres, à l'adresse de la profiler. Néanmoins, la criminologue lui fit un discret clin d'œil, tentant de se concentrer sur l'histoire que racontait la rouquine. Au moins, le reste de la soirée serait peut-être agréable pour les trois femmes, malgré la honte que ressentait désormais la brunette à l'égard de la blonde…
