~ 33 BBY, Bordure extérieure, Mustafar
Repère de Nouvel Ordre Sith ~
Il ignorait depuis combien de temps il était arrivé sur cette planète désolée. Une fois qu'il avait embarqué à la suite de Sidious dans le vaisseau qui l'avait conduit loin de sa planète et de sa famille, le jeune garçon n'avait plus eu l'occasion de voir la lumière du jour. Il avait été jeté dans une cellule à bord de l'embarcation et avait ensuite été transporté, les yeux bandés, dans une nouvelle sorte de prison sur une planète qu'il ne parvenait pas à identifier. Il faisait chaud, terriblement chaud. L'air avait toujours été légèrement frais sur Korriban et il n'était pas habitué à ce genre de chaleur. À travers une fissure dans le mur, il avait d'ailleurs pu apercevoir des rivières de lave. Peu importe où il se trouvait, il savait qu'il s'agissait du repère des Jedi Noirs car la Force et son Côté Obscur étaient puissants. Cependant, elle semblait corrompue et n'avait rien de semblable à la pureté des ondes de sa planète natale.
Depuis le début de sa captivité, le jeune garçon n'avait encore revu aucun des Jedi Noirs venus sur Korriban. Il ne recevait qu'un repas par jour et était privé de toute forme d'échange, même avec des droïdes. Il se sentait faible et abandonné et il ne doutait pas qu'il s'agissait là de l'effet recherché par Sidious. Le fait de penser à sa famille lui permettait de conserver une forme d'optimisme et de maintenir son moral à niveau. S'il était là, c'était uniquement pour eux. En suivant les monstres qui les avaient menacés et qui avaient tué son père, il avait sauvé sa mère, sa sœur, ainsi que tout son peuple, d'une destruction inévitable. Peu lui importait ce que l'avenir lui réservait à présent, il avait déjà gagné. Et je ne vais pas me laisser faire. Maman a raison, il rêve s'il croit que je vais l'aider à réaliser ses plans de domination du monde. Il trouve que je suis rebelle ? Je vais lui montrer moi, ce que c'est un vrai Sith.
Au final, trois hommes encapuchonnés vinrent le chercher dans sa cellule. Ils le traînèrent à travers les couloirs d'un bâtiment désaffecté ressemblant étrangement à un ancien temple, jusqu'à l'amener sur une plateforme gigantesque qui surplombait le paysage désolé s'étendant sous eux. Devant ses yeux, tout semblait brûler ou fondre pour se muer en lave. Des geysers et des volcans explosaient de toutes parts et faisaient trembler le sol. Une persistante odeur de brûlé lui envahit la gorge et les narines et il se mit à tousser violemment. Soudain, l'un des hommes le poussa et il tomba à genoux devant une sorte de trône. Il leva le regard et vit Sidious, assis comme un roi aux commandes de son royaume de cendres.
« Bien, mon cher apprenti. Je crois que nous avons laissé passer assez de temps depuis notre départ de Korriban. J'espère que tu as pu t'adapter à ton nouveau mode de vie. Voilà ce qui t'attend désormais, du moins, jusqu'à la fin de ta formation.
- Je croyais que vous vouliez faire de moi l'un de vos guerriers, répliqua le jeune garçon d'un ton froid. Ce n'est pas vraiment de cette manière qu'un bon chef est supposé traiter ses hommes. Mon père n'aurait jamais fait une chose pareille. »
Il aurait voulu ajouter quelque chose, mais sa gorge se bloqua brusquement. Ce fut comme si un étau s'était refermé autour de son cou, un étau qui se serrait de plus en plus à mesure qu'il tentait de reprendre sa respiration. Sidious avait levé une main devant lui et il en crispait lentement les doigts. Il m'étrangle avec la Force, comprit le garçon dont la vision se troublait. Finalement, l'homme relâcha la pression et il s'écroula en hoquetant.
« Bien, reprit Sidious sur un ton badin. Je pense que nous allons recommencer par les bases. Tu m'appartiens désormais. Ta famille, ton peuple, tes origines, tout cela n'a plus aucune valeur et tu vas rapidement devoir les oublier si tu tiens à la vie. D'ailleurs, il me semble avoir été clair, je n'accepte pas les rebelles. Je veux créer des guerriers forts pour ma future armée et mon Nouvel Ordre Sith et, pour cela, j'ai passé les dernières années à rechercher des gens comme toi. Des êtres dotés de facultés extraordinaires. Ensuite, je les forme et ils deviennent mes choses. Ils répondent à mes ordres et me suivent dans mes projets. Tu fais partie de mes élus, alors tu vas te conformer comme les autres. Tu as de la chance, tu es encore bien jeune. Je vais avoir beaucoup plus de facilités à te former selon mon idéal.
- Je ne deviendrai jamais votre jouet, cracha le jeune garçon d'une voix rauque. J'ai sauvé ma famille et mon peuple et c'est la seule chose qui compte pour moi. Pour le reste vous pouvez aller au diable !
- Je savais que ton caractère poserait problème. Tu ressembles à ta mère, elle non plus n'a pas voulu se soumettre. Mais, comme elle, tu ne vas pas avoir le choix. Tu l'as peut-être sauvée, mais à présent, qui va te sauver, toi ? »
Il eut beau se débattre comme un forcené, le jeune garçon ne parvint pas à se soustraire à la poigne des sbires de Sidious qui se saisirent de lui. Il résista et tira de toutes ses forces mais rien n'y fit, ils le traînèrent à nouveau dans le dédale de couloirs et, cette fois, ils le firent descendre sous terre et dans les entrailles de la planète de lave. Arrivé en bas, il fut jeté dans une pièce vide. Trois hommes et Sidious y entrèrent également tandis qu'un autre fermait les portes depuis l'extérieur. On lui ôta la plupart de ses vêtements et on lui passa des fers aux poignets et aux chevilles. Par la suite, ceux-ci furent reliés à des chaines suspendues au mur et il fut soulevé de terre tandis que d'autres liens lui enserrèrent la taille et le cou. Contre son dos, la paroi était hérissée de multiples petits clous qui lui rentrèrent dans la chair. Sidious prit place dans un nouveau trône et l'observa.
« Sache que je parviens toujours à mes fins. Je pensais que ces semaines à l'isolement t'auraient fait réfléchir et que tu serais plus docile et prêt à recevoir mes enseignements mais il semblerait qu'il en faille un peu plus pour te formater à l'image que je me fais de toi à mon service.
- Alors quoi ?, grinça le jeune garçon malgré la douleur. Vous allez me torturer ? Vous n'avez pas peur de me tuer par inadvertance ?
- Oh non, jamais je ne prendrais ce risque. Tu as bien trop de valeur à mes yeux et j'ai de grands projets pour toi. De plus, je sais que les Sith ont une constitution nettement supérieure et bien plus résistante que celle des humains. Je pense que, malgré ton jeune âge, ton corps pourra récupérer des traitements que je vais lui infliger. En ce qui concerne ton esprit en revanche, c'est une toute autre paire de manches. Tu vas m'obéir. Tu finiras même par ramper à mes pieds et par supplier que je cesse. Je vais totalement te briser.
- Personne ne peut briser un Sith.
- C'est ce que nous allons voir. »
Le jeune garçon n'avait encore jamais expérimenté la douleur. Ce qu'il ressentit au moment où les Eclairs de Sidious s'abattirent sur lui dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Ce fut comme si des milliers de lames acérées rentraient dans sa peau. Son corps entier le faisait souffrir et, à force de tirer par réflexe sur ses liens, les coups finirent par se concentrer dans ses membres et il sentit ses os se briser. Les larmes coulaient le long de ses joues mais il força son esprit à se concentrer sur sa famille et sur les plus beaux de ses souvenirs. Il n'avait pas encore appris les méthodes pour passer son subconscient en état méditatif. Il n'avait que dix ans. Les Anciens ne prodiguaient ce genre d'enseignements qu'aux jeunes prêts à débuter leur apprentissage. Pourtant, il savait que son corps était résistant. C'est son esprit qu'il devait protéger. Alors, à défaut de pouvoir se couper du monde physique, il visualisa ses parents et sa sœur, pensa à son ami Ragnar et aux aventures qu'ils s'étaient promis de vivre, à son oncle Bayram qui faisait toujours des blagues ridicules, à la rivière de cristaux que son père lui avait montrée l'année de ses huit ans. Il pensa à l'avenir que sa planète et son peuple pouvaient espérer se construire. Le jeune garçon vit toutes ses images défiler devant ses yeux et, pendant un instant, il crut qu'il ne ressentirait plus aucune douleur, que son esprit avait pris le pouvoir sur son corps. C'est le moment que choisit Sidious pour le détacher du mur. Il utilisa la Force pour arracher les liens et il fut projeté contre une nouvelle surface dure et plate. D'autres liens vinrent s'enrouler autour de lui et il comprit qu'il s'agissait d'une sorte de table qui avait pu servir de présentoir d'offrandes dans une autre vie. Du sang coulait abondamment de ses membres et dans son dos. Sa respiration était haletante mais les attaques de Sidious avaient momentanément cessé et il put essayer de reprendre ses esprits. La douleur était presque insurmontable mais, comme il l'avait rappelé à Sidious, personne ne pouvait briser un Sith et certainement pas de cette manière. Il allait guérir. Cela lui prendrait du temps mais il y parviendrait. Ensuite, il pourrait montrer aux Jedi Noirs ce qu'il valait réellement.
Tandis qu'il élaborait déjà des stratégies pour s'évader et quitter cette planète maudite, une sorte de casque vint se poser sur sa tête. De fins bras métalliques encadrèrent ses tempes et un autre vint se loger derrière sa tête, à la base de son crâne. Un léger ultrason retentit dans ses oreilles mais il n'eut pas le temps de s'interroger davantage. Une boule de foudre sortit de la table pour l'emprisonner tandis que, de l'intérieur du casque, un choc violent vint se répercuter dans son cerveau. Il tenta de hurler mais rien ne vint. La foudre lui brûlait et lui martyrisait la peau et un étau lui compressait l'esprit. Il avait l'impression que sa tête allait exploser. Quelque part, Sidious se mit à rire tandis que la douleur se faisait de plus en plus insoutenable. Il ne parvenait plus à penser, il avait perdu toute conscience de son corps et un goût métallique se propageait dans sa bouche. Des millions d'aiguillons de foudre lui transperçaient le crâne. Je vais mourir, parvint-il à comprendre. Je ne reverrai plus jamais maman et Scarlett. Je ne rentrerai jamais à la maison. Quelque part au fond de lui, un étrange bourdonnement se mit à retentir. Mais je ne veux pas mourir. Je ne veux pas le laisser gagner. Papa m'a dit que nous étions conçus pour nous défendre contre toutes les attaques qui nous viseraient. Il a dit que notre esprit était trop fort pour être brisé. Je dois pouvoir le faire. Je ne sais pas comment, mais je dois y arriver. Je ne laisserai jamais cet homme me contrôler. Je ne dois pas oublier qui je suis. Si j'y parviens, je pourrais rentrer chez moi un jour. Je sais que je peux le faire.
Sidious lâcha une nouvelle salve d'éclairs contre la table. Tout le corps du jeune garçon se mit à convulser et la foudre rentra dans sa peau et dans son crâne. Aidez-moi. Alors sa vision se troubla. Tout devint noir et, avant de sombrer dans l'inconscient, il entendit distinctement le bruit métallique d'un verrou que l'on tournait résonner dans sa tête.
Le jeune garçon cligna des yeux. Il était toujours allongé sur la table mais ses liens avaient disparu. Autour de lui, plus aucun bruit ne se faisait entendre. Lentement, il se redressa en position assise. Son corps était en sang et il avait de nombreux os cassés mais il se sentait étrangement calme. Il percevait une odeur de brûlé et l'étrange goût métallique n'avait pas quitté sa bouche. Il tourna la tête pour analyser la situation et son regard s'arrêta sur les trois corps allongés au sol, sans vie. Les hommes ayant suivi Sidious dans la pièce étaient morts. Le jeune garçon continua de parcourir la pièce de ses yeux jusqu'à ce qu'il rencontre ceux de son bourreau. Ce dernier le regardait avec un mélange de terreur et de jubilation.
« Magnifique, souffla finalement Sidious. J'avais entendu parler de ce pouvoir mais je pensais qu'il s'agissait d'une légende. Comment as-tu fait cela ?
- De quoi parlez-vous ?, répondit le jeune garçon d'une voix blanche.
- La transe cosmique !, poursuivit Sidious d'une voix hystérique. Tu es entré en transe cosmique ! Un tel pouvoir dans un corps si jeune, j'imagine ce que cela donnera une fois que tu seras adulte, tu pourras réduire des peuples entiers en esclavage. Comment faites-vous pour accomplir ce miracle de la Force ?
- Je ne sais pas, dit l'enfant d'un ton égal. Je ne me souviens pas.
- C'est donc inconscient. Encore plus fascinant ! Tuer trois hommes avec une telle facilité, c'est un pouvoir inespéré pour mon Ordre.
- Ah.
- Ah ? C'est tout ce que tu as à dire ? Tu viens d'ôter la vie avec une facilité déconcertante alors même que tu étais sous la torture et c'est là toute ta réaction.
- Oui, conclut le jeune Sith en regardant les corps sans vie.
- Avais-tu tué auparavant ? Êtes-vous encore plus primitifs que je ne le pensais ?
- Non. Le meurtre ne fait pas partie de nos leçons.
- Es-tu triste de l'avoir fait ?
- Non.
- As-tu honte ?
- Non.
- As-tu… mal ?
- Oui. »
Sidious descendit de son trône à la hâte et se rua sur son jeune captif. Il l'empoigna sans ménagement malgré ses blessures et le força à lever la tête pour pouvoir le regarder dans les yeux. L'or des pupilles du jeune Sith ne reflétait rien. Pas la moindre trace de choc ni même d'émotion.
« Qui suis-je?, demanda Sidious après avoir observé l'enfant.
- Darth Sidious, lui répondit-il.
- Que penses-tu de moi ?
- Rien.
- Mais tu as mal ?
- Vous m'avez torturé.
- Et que penses-tu de cela ?
- Rien.
- Dis-moi, as-tu peur ?
- Peur ? Qu'est-ce-que cela veut dire ? »
Sidious relâcha brusquement le visage du jeune Sith et recula de plusieurs pas sans pour autant le lâcher des yeux. L'enfant le regardait mais il semblait voir à travers lui tant son visage était vide d'expression. L'homme réfléchit quelques instants et se rapprocha à nouveau. Cette fois, il semblait jubiler.
« Dis-moi, si je te demandais de descendre dans cette rivière de lave que nous avons vue du haut de la plateforme pour aller récupérer quelque chose que j'y aurais perdu, que ferais-tu ?
- Comment dois-je descendre ?
- Avec une corde ?
- D'accord.
- Tu le ferais ?
- Vous me l'avez demandé.
- Et tu obéirais pour cette unique raison ?
- Pourquoi pas ?
- Parce que tu me hais.
- Je ne comprends pas.
- Comment s'appelle ton père ?, Sidious changea brusquement de sujet.
- Mazhar Tyuth.
- Et où est-il ?
- Il est mort.
- Es-tu triste ? Est-ce-qu'il te manque ?
- Je ne sais pas, le jeune garçon fronça les sourcils. Peut-être. Je ne sais pas.
- L'aimais-tu ?
- Je ne sais pas ce que cela veut dire.
- Par la Force, Sidious partit dans un rire hystérique. C'est fantastique ! J'ignorais que cela existait vraiment ! Dis-moi mon garçon, que ressens-tu exactement ? Dans ton être profond ?
- Rien, répondit le jeune Sith d'une voix égale en fixant un point sur le mur lui faisant face. Absolument rien.
- Un verrou émotionnel. Une autre de ces légendes Sith. La connaissais-tu ?
- Oui. Ce n'est pas une légende. Tout le monde peut le faire. C'est un mécanisme de défense.
- Quel peuple fascinant, tu ne trouves pas.
- Peut-être, je ne sais pas.
- J'espère qu'il ne t'engourdira pas à ce point pour le restant de tes jours. Je vais avoir besoin que tu sois efficace. J'ai de nombreuses choses à t'apprendre, tu vas pouvoir devenir notre nouvel apprenti et rejoindre notre glorieux Ordre.
- D'accord.
- Il va te falloir un nom. Quelque chose qui serait à la hauteur de la grandeur que tu pourras nous apporter. Tu ne bronches même pas alors que tu viens de tuer trois hommes sans en avoir conscience. Je peux à peine imaginer les merveilles que tu accompliras une fois au sommet de tes capacités. Une dernière question, ce verrou, peux-tu le lever ?
- Oui.
- Fâcheux. Sais-tu comment faire ?
- Je ne sais pas. Peut-être.
- En as-tu envie ?
- Non.
- Merveilleux. Tu es donc l'un des nôtres à présent et tu devras me servir loyalement et te conformer à mes ordres pour le restant de tes jours. Ton entraînement commence demain, assure-toi que tes blessures ne soient pas trop handicapantes. Nous repasserons par cette salle dans les prochaines semaines. Tu comprends, je dois m'assurer qu'il ne s'agit pas uniquement d'un coup de chance. Mais je ne pense pas que tu y verras d'inconvénient, même la douleur n'a plus l'air de te perturber. Je savais que je trouverai une chose à la valeur inestimable à l'instant où j'ai perçu ta signature, mais je ne m'attendais tout de même pas à ça. Une obéissance absolue et une absence totale de sentiments. Pas de remords ni de regrets, pas de peur ni de colère, pas d'amour… La haine se fabrique. Il n'est pas nécessaire de la ressentir. Je te l'inculquerai pour te rendre encore plus redoutable. Un nom à présent. Tu vas être le cauchemar de tous mes ennemis, l'enfer qu'ils ont craint toute leur vie durant. Tu seras Darth Hell. Tu oublieras tout ce que tu as été jusqu'à présent pour t'approprier cette nouvelle identité et tu m'aideras à assouvir ma destinée.
- Comme vous voudrez, mon Seigneur. »
~ 36 BBY, Bordure extérieure, Korriban
Vallée de Dreshdae, capitale ~
« Papa, le petit garçon traînait des pieds. C'est encore loin ?
- Nous y sommes presque mon fils.
- J'ai froid et j'ai faim, ronchonna l'enfant. Tu avais dit que ce serait amusant !
- Je t'avais dit de prendre un plus gros manteau, le Sith enleva sa fourrure et la posa sur les épaules de son fils. Les hivers sont rudes chez nous. Je croyais que maman t'avais concocté un bon petit déjeuner avant notre départ ?
- Oui, mais j'ai encore faim. Maman dit qu'il faut que je mange pour devenir grand et fort comme toi !
- Et maman a toujours raison, le Sith ria. Viens, nous ne sommes plus très loin, je suis sûr que ça va te plaire.
- D'accord. »
Mazhar Tyuth prit son fils par la main et continua d'avancer sur le chemin escarpé qu'ils suivaient depuis leur sortie de la capitale. La ville antique se dressait derrière eux, glorieuse dans la lumière du jour qui commençait à percer. Les temples aux minarets colorés et les grands palais en pierres rouges donnaient à Dreshdae un air de ville mythique sortie des livres de contes. Le Seigneur Sith pensa qu'elle était certainement vue de cette façon dans le reste de la galaxie.
Autrefois, la cité couvrait la grande majorité de la surface de Korriban. Depuis le grand massacre, des siècles auparavant, les choses avaient bien changé. De nombreuses infrastructures étaient en ruines et la vie semblait éteinte dès lors que l'on franchissait les murs de la capitale. Pourtant, l'espoir pointait à nouveau. Au cours des dix dernières années, les ruisseaux avaient recommencé à couler, les neiges éternelles fondaient et les températures remontaient en été. Les Sith avaient pu réaménager une ancienne ville détruite et certains y avaient depuis élu domicile. La faune et la flore reprenaient leurs droits et la Force paraissait à nouveau caresser la surface de la planète. Quelques semaines auparavant, les hommes de Mazhar avaient fait une extraordinaire découverte dans un canyon jusque là enneigé et il avait voulu partager cet événement avec son fils.
Le Seigneur Sith jeta un regard amusé au petit garçon. Du haut de ses huit ans, il avait déjà un caractère bien formé et ses dons de Force étaient incommensurables. Les Anciens le disaient eux-même, ils n'avaient pas connu de telle signature depuis de longues décennies. Ses pouvoirs augmentaient de jour en jour, même s'il n'en avait pas encore conscience, et son assiduité aux leçons était exemplaire. Il avait depuis longtemps dépassé tous les jeunes de son âge. Mazhar était extrêmement fier.
Sa famille était à la tête de leur peuple depuis déjà plusieurs siècles et il était persuadé que son fils ferait un jour un leader et un roi d'exception et qu'il pourrait peut-être changer les choses. Sa fille cadette semblait d'ailleurs suivre les traces de son frère et, à seulement cinq ans, elle se plaisait déjà à jouer avec la Force dans toute leur demeure. Mais en ce moment, il me fait juste penser à Zehra. Le Seigneur Sith riait sous cape. L'air renfrogné de son fils était une copie conforme de celui qu'affichait sa mère lorsqu'elle était contrariée. D'ailleurs, tout en lui lui rappelait sa femme. De la forme de son nez en passant par ses mèches blanches indisciplinées, il avait tout pris d'elle. Le petit garçon maugréa qu'il aurait préféré jouer avec son ami Ragnar et Mazhar éclata de rire en le soulevant dans ses bras. Le tempérament aussi, apparemment. Je sens que les prochaines années vont être difficiles.
« Papa ?, les petits doigts de son fils parcouraient les tatouages sur son visage. Pourquoi tu as des tatouages là ? Oncle Bayram n'en a pas et maman non plus.
- Tu sais que les tatouages ont un sens particulier pour notre race, n'est-ce-pas ? Ils doivent représenter les éléments marquants de notre vie.
- Je sais. Celui-là, l'enfant descendit la main vers le torse de son père. Sous sa veste, les courbes d'un grand tatouage dépassaient. Représente notre famille.
- Exact. Un jour, ce sera à toi de le porter. Quand tu prendras la tête de notre clan à ma place. Oncle Bayram porte la marque du clan de ta maman. Il est son frère ainé et a donc hérité du titre de chef. Ceux que je porte sur les mains, symbolisent le mariage.
- C'est pour ça que maman a les mêmes ?
- Oui, ils représentent notre histoire et nous y ajoutons un élément chaque année. Chaque Sith porte de très nombreuses marques qui symbolisent ce genre de choses importantes mais, les tatouages sur le visage sont réservés à des gens particuliers.
- Comme qui ? Des grands chefs courageux ? Ou des rois ?
- Pas exactement, non. Ce sont des tatouages de guerre.
- De guerre ?
- Tu sais que nous vivons reclus sur notre planète depuis longtemps maintenant. Cependant, il y a toujours des Sith qui partent dans le monde extérieur pour tenter de rapporter des denrées ou des matériaux utiles. Ou même pour essayer de découvrir de nouveaux territoires, plus accueillants, où nous pourrions trouver refuge. Les Jedi Noirs sont toujours là, au dehors. Et, un jour, ils retrouveront leur puissance et nous ne pouvons pas nous permettre de vivre à nouveau le cauchemar du premier massacre. Nous partons donc en mission pour explorer et analyser la galaxie qui nous entoure.
- Maman a dit à Scarlett que tu allais bientôt partir en voyage. Tu vas aller voir d'autres planètes ?
- Oui, depuis ta naissance, je n'ai plus quitté Korriban. Les missions sont parties sans moi. Cependant, lors de leur dernier périple, les équipes nous ont rapporté des nouvelles inquiétantes concernant les Jedi Noirs et je me dois de les accompagner lors de leur prochaine excursion pour étudier la situation.
- Ça ne ressemble pas vraiment à de la guerre.
- Le monde est vaste et cruel et notre race effraye. Lorsque les gens ont peur, ils se battent. Les Sith qui portent des tatouages sur le visage ont connu la guerre et y ont survécu mais, surtout, ils ont compris son sens et le rôle qu'ils avaient dû y jouer.
- Alors, maman n'a jamais fait la guerre ?
- Non et je ne te souhaite pas de la connaître un jour non plus.
- Mais je croyais que je devais te succéder ?
- Oui, mais cela ne veut pas dire qu'il te faudra obligatoirement faire la guerre. De mes missions dans le monde extérieur, j'ai avant tout retenu une chose. Notre planète est belle, notre civilisation millénaire. Nous avons souffert des siècles durant et nous commençons tout juste à nous relever. Avant de vouloir conquérir la galaxie, nous devons surtout reconquérir notre héritage. Il y a tant de choses à apprendre de nos ancêtres, tant de merveilles enfouies à déterrer. Nous pouvons retrouver notre gloire d'antan et redonner un sens à notre existence. Voilà la tâche qui vous attend, toi, ta sœur et toute votre génération.
- Mais comment va-t-on faire ça ?
- En écoutant la Force et ses enseignements. En vivant en harmonie avec elle. Tu comprendras qu'elle peut faire des miracles si nous lui en laissons l'occasion. Regarde… »
Mazhar tendit le bras vers le canyon s'étendant sous leurs pieds. Là, étincelants dans la lumière du soleil, se trouvaient des milliers de cristaux Kyber, encastrés dans la roche. D'un rouge pur, ils illuminaient le canyon qui prenait des airs de rivière scintillante. Les yeux du petit garçon s'écarquillèrent devant le spectacle.
« Voilà l'avenir de notre planète, l'essence de notre pouvoir. S'ils sont rouges, c'est parce que ces cristaux prennent leur source dans le cœur de Korriban. Ils sont imbibés par la Force et par le pouvoir des centaines de générations de Sith qui se sont succédées sur ces terres depuis la nuit des temps. Leurs pouvoirs sont immenses et, grâce à eux, nous pouvons parvenir à reconstruire notre univers. Nous pouvons reprendre notre place dans la galaxie et récupérer nos droits.
- Nous pouvons faire plein de sabres avec !
- Bien sûr, Mazhar éclata de rire. Mais nous devons d'abord penser à la planète qui nous accueille depuis si longtemps. Les armes viendront ensuite. Un jour, quand tu seras plus grand, tu pourras aussi trouver ton cristal et fabriquer ton propre sabre. Mais, avant cela, tu dois encore apprendre beaucoup de choses sur la Force et sur tes propres pouvoirs. Le reste viendra en son temps.
- Je voudrais déjà être aussi fort que toi.
- Un jour, tu seras bien plus fort que moi. Tu as un très bel avenir devant toi, mon petit lion. »
