Chapitre 33 : La seconde épreuve

Snow ! Non ! Là encore c'était impossible !

Il était mort, la foule l'avait tellement mutilé qu'il en était presque méconnaissable de ce qu'on m'en avait dit.

- Je sais que vous n'êtes pas celui que vous prétendez être ! Hurlais-je, caressant toujours les cheveux de « Rue ».

- Qu'en savez-vous ? Que savez-vous réellement, maintenant ?

Vous venez de tuer votre petite alliée des premiers jeux, alors que vous la pensiez morte.

Vous avez suivi Coin, jusqu'au moment où, envers et contre tout, vous avez choisi de me faire confiance et de l'abattre, d'abattre cette imposture qu'elle représentait.

Pourquoi serait-il si difficile de croire en tout ceci ?

Après tout ce que vous avez déjà vu Katniss ?

- Parce que je le sens au fond de moi !

En disant cela, une lumière s'alluma dans ma tête. Si « Rue » était bien celle qu'elle prétendait être, elle devrait avoir une cicatrice à l'endroit où elle avait reçu la lance de Marvel. Je décidais donc de découper son tee-shirt, pour en avoir le cœur net. Aucune cicatrice, ce n'était donc pas Rue.

- Vous voyez, je le savais ! Dis-je dans un sanglot, toujours choquée par ce qui venait de se produire.

Ce n'était pas elle, ma sœur n'est pas plus vivante qu'elle et toutes ces histoires sur ces enfants ressuscités, des foutaises !

Et je ne crois pas non plus que vous soyez Snow.

Alors jouez franc jeu avec moi !

- Vous avez marqué un point concernant Rue, pour le reste il ne tient qu'à vous de continuer d'explorer les méandres de mon arène et voir ce qui est réel ou ne l'est pas.

Pour autant laissez-moi quand même vous donner une indication.

J'en reviens aux expérimentations génétiques, pourquoi croyez-vous que nous vous prélevions du sang pour l'enregistrement au moment des moissons ?

Le clonage, Mademoiselle Everdeen !

Pensez à tout ce que nous pourrions accomplir, ramener votre sœur par exemple, comme nous l'avons fait avec Rue, bien que nous ayons dû lui faire quelques modifications pour changer sa vision des choses.

Peut-être même cloner votre père ?

Je pourrais même vous proposer de soigner Peeta pour de bon.

- Je ne veux rien de vous. Les choses sont ce qu'elles sont, aussi douloureuses soient elles.

Peeta guérit, ça lui prend du temps, mais il avance, sans vous et vos manipulations.

Je ne vous laisserais jamais plus le toucher, de près ou de loin.

- A vous de voir Katniss, je pourrais vous rendre la vie tellement plus simple si seulement vous arriviez à lâcher prise avec vos combats inutiles.

- Ma vie vous me l'avez prise et j'essaye de faire avec, vous ne pourrez jamais me rendre tout ce que vous m'avez volé et j'espère que tous vos spectateurs entendent bien et voient bien tout ça.

- Bien sûr que non, allons. La transmission s'est arrêtée sur vous, tuant cette pauvre Rue, après ses révélations fracassantes, maintenant ils sont en train de se concentrer sur votre ami Gale et ses pièges qui ont fait tellement de victimes, y compris votre sœur.

Il semble avoir du mal à revivre tout cela mais j'aurais l'occasion de vous faire profiter de ces petits instants le concernant un peu plus tard, vous pouvez poursuivre votre chemin Katniss.

Manipulation encore et toujours, le régime de Snow n'avait jamais su faire autre chose. Que ce soit lui ou un de ses pantins, je n'étais pas surprise de cette réponse.

Évidement qu'ils allaient laisser le « public » sur ces révélations chocs. C'était leur but après tout, les faire douter. Snow me l'avait bien dit, avant la tournée de la victoire, leur régime était fragile, un grain de sable pouvait tout faire s'effondrer. Et c'est précisément ce qui s'était passé. La peur avait cessé, elle avait fait place à l'espoir.

Maintenant ils tentent de reprendre le pouvoir par l'espoir ! Tordu, mais pas étonnant.

Je déposais délicatement la tête du clone de Rue sur le sol, l'enjambais sans un regard et me dirigeât vers la porte suivante.

Je soufflai un bon coup avant de l'ouvrir, la première pièce m'avait déjà mise à rude épreuve, je n'osais imaginer ce qui pouvait m'attendre dans la suivante. Comme la fois précédente, la porte se referma immédiatement derrière moi. Cette fois-ci, je me retrouvai dans une pièce bien éclairée, blanche, et je ne mis pas longtemps à comprendre qu'il s'agissait d'une chambre d'hôpital. Un rideau tiré, séparait la pièce en deux. Toujours sur mes gardes je me dirigeais vers le rideau ma lance bien en main. Des bruits de respirateurs et de monitoring se faisaient entendre. Je tendis ma lance vers le rideau pour « tâter » ce qu'il y avait derrière. Puis, en m'aidant toujours de mon arme, je m'employai à ouvrir celui-ci.

Haymitch ! Il était dans son lit d'hôpital dans le même état que la dernière fois que je l'avais vu, dans le coma, intubé.

- Mademoiselle Everdeen, quelle tristesse de voir ce pauvre Haymitch dans cet état n'est-ce pas ?

Oh ne vous inquiétez pas il ne souffre pas, nous avons veillé à le transporter avec soin.

- Encore une de vos ruses ? Cette fois ci je ne tomberais pas dans le panneau comme avec Rue.

- C'est bien là toute la difficulté de la tâche, petit Geai Moqueur, est ce Haymitch qui se trouve avec vous ?

Est-ce une copie ?

Difficile de le savoir.

Cette fois ci il n'y a pas de cicatrice pour vous aider à démêler le vrai du faux, seulement votre flair.

Et en parlant de flair, voici l'épreuve : Si vous voulez sortir de cette pièce c'est très simple, vous avez cinq minutes pour débrancher Monsieur Abernathy, ce qui vous permettra de rester en vie, ou alors vous choisissez de mourir à ses côtés en étant tous les deux empoissonnés par du gaz toxique, qui sera diffusé dans la pièce, à l'issu du délai indiqué précédemment.

Dans les deux cas Monsieur Abernathy mourra, mais vous, vous aurez la chance de survivre et de poursuivre notre petit jeu.

Et si vous pensez que je bluff encore, gardez en tête que si nous avons réussi à vous capturer, malgré toutes les mesures de sécurités mises en place autour de vous, il nous était également facile de le faire avec le reste de vos proches.

A toute à l'heure Katniss, le compte à rebours commence maintenant.

Son but était clair, me rendre folle. J'avais failli le croire pour Rue, ça ruse était presque parfaite. Mais là, comment savoir ? Il était hors de question que je laisse Haymitch mourir ! Que cela soit en le débranchant ou en laissant ces fous nous gazer. Je m'approchais du lit, pour essayer par tous les moyens, de voir, de trouver un indice qui m'aiderait à savoir s'il s'agissait de lui ou non. Mais je ne trouvais rien.

Il paraissait presque évident que c'était lui mais pourtant je refusais d'y croire. Je fis le tour de la pièce, pour vérifier si les appareils étaient bien branchés ou non. Ils avaient pensé à tout, jusqu'au moindre détail, il n'y avait aucune faille. Je remarquais la présence de grilles à chaque coin de la pièce, au sol et au plafond. Le gaz sortirait surement de ces orifices. J'essayais de réfléchir afin de trouver une quelconque solution. Il n'y avait aucune trace de porte, comme lorsque je m'étais réveillée après la fin de mes premiers jeux, dans cette pièce aseptisée.

Je passais la main sur tous les murs mais il n'y avait aucune aspérité, tout était lisse, blanc, rien qui ne laissait entrapercevoir une éventuelle porte dissimulée. Je pensai un moment utiliser les rideaux pour boucher les aérations mais je n'avais pas de scotch ou de matériel suffisamment étanche à mettre dessus afin que cela soit hermétique, pour empêcher le gaz de passer. Je voyais le décompte se faire, car il y avait un minuteur, sur le mur situé derrière le lit d'Haymitch. Il me restait trois minutes.

Je pouvais décider prendre le risque de débrancher Haymitch en me persuadant que ce n'était pas lui ou bien je pouvais toujours tenter de faire comme dans l'arène des premiers jeux et montrer que j'étais prête à me sacrifier avec lui.

L'envie de meurtre que je ressentais à ce moment précis, cette envie de vengeance, me poussait à vouloir opter pour la première option. Mais si je me trompais ? Comment pourrais-je l'expliquer à ma mère ? Comment pourrais-je me le pardonner ?

Je me lassai tomber contre le lit d'Haymitch lui disant, que je serais bien preneuse de ses conseils avinés pour une fois, tout en mettant ma tête entre mes jambes. Je n'avais aucun moyen de communiquer avec l'extérieur évidement, donc aucun moyen de vérifier si Haymitch était en sécurité à l'hôpital.

Je ne pouvais m'empêcher de penser que si c'était de nouveau du bluff, Snow, ou qui que cela soit qui était en train de jouer avec nous, perdrait de la crédibilité. En un sens, c'était quand même bien Rue que j'avais tué, il y a quelques instants dans l'autre pièce, même si ce n'était qu'un clone. Mon dieu, pensais-je ! Ses parents avaient certainement dû voir tout cela s'ils avaient survécu à la guerre, devoir affronter la vision de sa mort une fois encore, je me mettais à leur place, pour rien au monde je ne supporterais de devoir voir Prim mourir à nouveau. Je me relevai, il restait une minute et trente secondes.

Je me penchai vers Haymitch, je lui caressai les cheveux sans rien dire, je le regardais. Ce bougre d'ivrogne mal embouché, qui avait pris tant de risques pour nous protéger Peeta et moi. Non je ne pouvais pas lui faire ça, je ne pouvais me résoudre à le débrancher, même s'il ne s'agissait peut-être pas d'Haymitch. Je lui susurrai à l'oreille : je suis désolée, on se retrouve bientôt. Puis je dis tout haut :

- Ma décision est prise, envoyez le gaz !

Je refuse de le sacrifier pour votre plaisir et pour me sauver moi !

Je n'eus que pour réponse le son d'un vrombissement, d'une sorte de turbine qui se mettait en marche, puis, quelques secondes plus tard le « pichchchch » d'un gaz qui commençait à se disperser. J'étais debout à côté d'Haymitch, le regardant et lui tenant la main. Peu à peu le gaz commença à remplir toute la pièce et me fit suffoquer, la tête me tournait, je me mis à vomir et senti ma tête heurter le sol et mes yeux se fermer.