Bonjour,
Voici le chapitre 34. Les choses continuent à se dégrader avant de s'améliorer très bientôt.
Une nouvelle fois, désolée pour le retard dans la publication. Le travail encore et toujours.
Mais merci pour tous vos messages et votre gentillesse.
Bonne lecture et à lundi
Sydney8201
Musique du chapitre :
Shadow of the day de Linkin Park
Chapitre 34 : Séparation
« Quand au moment de la séparation entre deux individus, personne ne ressent de regret, la séparation est arrivée trop tard. »
Ahmadou Kourouma
Dean n'était finalement resté à l'hôpital que très peu de temps. Les médecins avaient recousu son bras et l'avait forcé à passer un scanner pour s'assurer que le coup à la tête n'était pas trop grave. Mais puisque son état ne nécessitait pas de soins particuliers ou de surveillance accrue, il fut rapidement invité à rentrer chez lui.
Bien sûr, il était resté suffisamment longtemps pour que son frère s'inquiète et l'appelle. Et parce que Dean ne pouvait pas répondre immédiatement, c'était l'infirmière qui s'en était chargé.
Sam avait débarqué à peine une demi-heure plus tard, complètement affolé et imaginant probablement le pire. Dean l'avait lu sur son visage. Il avait lu également la colère sous-jacente. Et il avait su qu'une fois rassuré, Sam commencerait probablement à lui crier dessus. Il ne s'était pas trompé. Et il n'avait pas été le seul à le faire.
Car durant son trajet jusqu'à l'hôpital, Sam avait trouvé le temps d'appeler Ellen. Et Dean savait que la venue de sa patronne et mère de substitution ne ferait qu'aggraver les choses.
Ils eurent toutefois la gentillesse d'attendre qu'il soit sorti de l'hôpital pour commencer à lui hurler dessus. Dean avait été soulagé qu'ils ne provoquent pas de scandale en plein milieu de l'hôpital. Castiel et lui s'étaient déjà hurlé dessus, alertant le personnel soignant. Dean ne tenait pas particulièrement à recommencer avec Sam et Ellen.
Il écouta les conseils du médecin concernant les soins pour sa blessure au bras. Il acquiesça à chaque fois qu'il l'estimait nécessaire. Il espérait que Sam notait les conseils dans un coin de sa tête. Il doutait de se souvenir de quoi que ce soit. Il avait toujours en tête sa dispute avec Castiel. Il avait encore du mal à oublier ce que son ami lui avait dit. Ce dont il l'avait accusé. Et la façon qu'il avait eu de lui dire qu'il souhaitait démissionner. Comme s'il s'agissait d'un « adieu ».
Il avait la très nette sensation qu'il ne reverrait pas Castiel avant un moment. Que leur dispute avait marqué un tournant dans leur relation. Ils étaient peut être toujours amis. Mais Castiel ne semblait plus avoir envie de le côtoyer. Il semblait avoir pris la décision de mettre de la distance entre eux. Et Dean ne pouvait qu'accepter ce choix. Il ne voyait pas quoi faire d'autre.
Une fois son ordonnance prise et sa feuille de sortie signée, il quitta l'hôpital avec Sam et Ellen. Il avait à peine franchi la porte que son frère commençait à lui crier dessus. Il ne fut pas surpris. Il s'était attendu à ce que Sam exprime sa colère. Il pouvait même le comprendre. Il savait qu'il l'avait inquiété. Et si les rôles avaient été inversés, il en aurait fait de même.
Sam lui dit tout ce qu'il avait sur le cœur. Il ne l'interrompit pas. Il ne chercha pas à protester ou à le contredire. Il accepta chaque accusation, chaque reproche. Sam ne se priva pas de lui rappeler qu'il l'avait prévenu. Qu'il l'avait averti que les choses finiraient par mal tourner tôt ou tard. Dean se contenta de son côté d'hocher la tête et de l'écouter.
Quand Sam eut fini de crier, le jeune prostitué s'excusa longuement. Il lui demanda pardon pour le souci qu'il lui causait. Pour l'avoir forcé à venir à l'hôpital alors qu'il avait probablement mieux à faire. Pour être un aussi piètre grand frère. Sam balayait ses excuses d'un revers de la main avant de le prendre dans ses bras et de lui faire promettre de ne surtout jamais recommencer. De réfléchir sérieusement à son avenir. Dean accepta chacune de ses conditions.
Ellen ne voulait surtout pas le revoir pendant au minimum deux semaines. Elle le mit au repos forcé et annula tous ces rende vous pour cette période. Dean était plutôt soulagé. Il ne se voyait pas performer dans son état. Et il doutait que Sam apprécie vraiment de le voir retourner au travail aussi rapidement.
Il passa ce temps avec son frère. Avec Charlie. A regarder la télévision, à lire et à écrire. Il pensa à Castiel chaque jour. Il fut tenté de l'appeler. Il parvint à résister de justesse. Il doutait que son ami ait envie de lui parler. Il voulait le laisser faire le premier pas. Si Castiel voulait reprendre contact avec lui alors il devrait en prendre l'initiative.
Ce ne fut que lorsque la date de sa reprise fut vraiment proche qu'il apprit d'Ellen que son ami avait vraiment démissionner. Dean avait voulu croire que Castiel n'en serait pas capable. Qu'il n'avait pas que proférer des menaces en l'air pour lui faire peur. Mais il s'y était tenu. Castiel ne serait pas là pour sa reprise. Il ne serait plus son chauffeur. Et son silence prolongé depuis leur dispute ne faisait que confirmer ce que Dean avait ressenti ce jour-là. Castiel avait voulu lui dire « adieu ». Il ne reviendrait pas dans sa vie. ET jamais avant le jeune prostitué ne s'était senti aussi seul.
Il ne voulait toutefois pas laisser cela l'abattre. Il était plus fort. Il avait traversé des épreuves bien pires et s'en était toujours sorti sans aide. Il allait en faire de même cette fois. Le départ de Castiel était un coup dur. Mais Dean ne le laisserait pas lui faire plier le genou.
Il allait reprendre le travail et le contrôle de sa vie. Il allait faire en sorte d'oublier Castiel pour de bon. Il avait toujours su que ses sentiments pout son ami étaient une faiblesse. Il en avait eu la preuve. Et Dean refusait catégoriquement de devenir vulnérable. Il avait toujours fait en sorte de garder le contrôle sur sa vie. Il allait le reprendre.
Bien sûr pour cela il devait commencer par reprendre son travail. Oui, il avait eu peur. Il n'avait pas honte de le dire. Il était parfaitement normal d'être terrifié quand on pensait être en danger de mort. Ce n'était pas ce sentiment là qui le gênait. C'était l'idée de laisser cette peur guider et influencer ses choix. Son père lui avait appris dès son plus jeune âge qu'il fallait accepter parfois d'avoir peur. Mais qu'il fallait apprendre à dominer cette peur. A la surmonter et à aller de l'avant.
Il ne laisserait pas Roger et son évidente folie l'empêcher de vivre sa vie tel qu'il l'entendait. Et la meilleure manière de le faire était de la reprendre là où il l'avait laissé deux semaines plus tôt.
Bien sûr, l'annoncer à Sam ne fut pas chose aisée. Son frère semblait s'être mis dans la tête l'idée qu'il allait démissionner après ce qui lui était arrivé. Et apprendre qu'il n'en avait pas l'intention fut visiblement un choc pour lui. Il était furieux, déçu et triste. Dean ne lui en voulait pas. Il comprenait que Sam ne soit pas en mesure de saisir pourquoi il agissait ainsi. Lui avait été protégé toute sa vie. Dean avait fait en sorte qu'il soit à l'abri de tous les soucis du quotidien. Ils étaient différents.
Il tenta de lui expliquer pourquoi il le faisait. Pourquoi il estimait que c'était nécessaire. Pour il en avait besoin. Mais Sam refusait de l'entendre. Et après une dispute qui sembla durer une éternité, il se montra très claire avec son frère. Si Dean décidait de ne pas tout arrêter, il partirait. Dean n'aurait alors pas seulement perdu Castiel. Il aurait également perdu son petit frère. Et s'il pouvait surmonter le départ de son ami, il ne pourrait jamais surmonté celui de Sam.
Il réalisa alors combien il avait fait souffrir Sam depuis qu'il avait commencé à vendre son corps. Il ne comprenait pas comment il n'avait pas eu en avoir conscience plus tôt. Il était évident que son comportement avait fait du mal à la personne qu'il prétendait pourtant vouloir protéger à tout prix. Sam était victime de ses choix. Il était peut être temps que cela change.
Mais Dean ne savait pas comment faire. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait faire de sa vie. Il avait toujours travaillé. Il n'avait jamais pris le temps de réfléchir à ce dont il pouvait avoir vraiment envie.
Et maintenant qu'il commençait à l'envisager, pour le bien être de Sam, il ne savait pas du tout par quoi commencer. Il n'était même pas sûr d'avoir un quelconque talent. Il se savait doué pour procurer du plaisir aux hommes. Il était même l'un des meilleurs dans son domaine. Mais s'il ne pouvait plus le faire, alors quel autre option avait-il.
Sam était parti se coucher, épuisé par leur dispute, quand Dean se rappela ce dont Castiel et lui avait parlé. Gabriel. Dean n'était toujours pas convaincu que le frère de son ami avait été sincère en disant qu'il aimait ce qu'il avait écrit. Mais s'il existait une chance qu'il n'ait pas menti alors il était peut être temps pour lui de la saisir.
Il devait aller voir Gabriel. Même si ce dernier risquait d'être en colère contre lui. Après tout, Castiel avait démissionné par sa faute. Il lui avait fait du mal et Gabriel aurait eu le droit de le détester.
Dean devait toutefois tenter sa chance. Il se rendit donc chez Castiel et son frère dès le lendemain matin. Il ne parla pas de sa décision à Sam. Il ne voulait surtout pas lui donner de faux espoir.
Quand il fut en bas de l'immeuble, il était terrifié à l'idée que Castiel soit là. Qu'il soit celui qui lui ouvrirait la porte. Il ne saurait pas quoi lui dire. Il ne savait pas vraiment ce qu'il ressentait pour lui en ce moment. Il l'aimait toujours bien sûr. Mais il était également toujours un peu en colère et déçu par son attitude. Par son silence. Par les menaces qu'il avait proféré à son encontre.
Heureusement pour lui, quand il frappa à la porte, ce fut finalement Gabriel qui ouvrit. Dean se prépara à ce que le grand frère de Castiel se mette aussitôt à lui hurler dessus et à lui faire des reproches. Mais à sa grande surprise, Gabriel se contenta de lui faire signe d'entrer. Il souriait même s'il semblait un peu surpris de le trouver là. Dean voulait croire que c'était bon signe.
Il le suivit jusque dans la cuisine et accepta le café que Gabriel lui tendait. Il n'avait pas vraiment envie de perdre du temps à discuter de tout et de rien avant d'en venir au but de sa venue. Il savait que Gabriel appréciait la franchise. Il allait donc se montrer totalement honnête avec lui.
- Est-ce que tu disais vrai quand tu disais avoir aimé ce que j'ai écrit ?
Gabriel le dévisagea une seconde et Dean eut alors peur de l'entendre dire qu'il n'avait dit ça que pour faire plaisir à Castiel. Il se laissa tomber sur une chaise, prêt à entendre la mauvaise nouvelle. Mais une nouvelle fois, Gabriel le surprit en hochant la tête.
- Je disais vrai oui. J'aime ton style Dean. J'aime la façon que tu as de parler de tes clients. La sincérité de tes propos. L'intelligence du message que tu fais passer sans t'en rendre compte. Ton manuscrit est un hymne à la tolérance. A l'acceptation des autres quels que soient leurs préférences sexuelles ou les choix qu'ils font dans la vie. C'est un manuscrit nécessaire par les temps qui courent. Et je l'adore. Vraiment. Je n'aurais jamais menti à ce sujet.
Dean soupira, soulagé de l'entendre. Cela lui offrait une option. Une issue. Il n'était pas totalement sûr d'être tout à fait prêt à la saisir. Mais il avait très envie de la prendre en considération. C'était peut être sa seule chance de faire autre chose de sa vie. Cela valait sans doute la peine d'essayer. Il avait de plus en plus de mal à trouver des raisons de ne pas le faire.
- Et je crois … non je sais qu'on pourrait en faire le prochain bestseller. Tu ne sais pas grand-chose sur moi Dean mais s'il y a un élément que tu dois garder à l'esprit c'est celui-ci. Je ne plaisante jamais … jamais quand il s'agit de mon travail. Je ne suis pas devenu le meilleur en mentant. En publiant des écrits auxquels je ne croyais pas vraiment juste pour faire plaisir aux autres Quand je m'engage … quand je propose un contrat à quelqu'un, c'est parce que je sais que je fais le bon choix. Et si je te dis aujourd'hui que j'ai très envie de te publier, tu dois savoir que ce ne sont pas des paroles à la légères.
Dean pouvait sentir que Gabriel était sincère. Castiel lui avait d'ailleurs tenu des propos similaires. Et en faisant quelques recherches sur lui, Dean avait appris qu'il n'avait effectivement connu que de francs succès. Il publiait moins que les autres. Mais chacun de ses livres étaient reconnus comme brillants. S'il donnait sa chance à Dean, alors cela signifiait qu'il avait du talent. C'était quelque chose que le jeune prostitué avait du mal à croire. Parce qu'il n'avait jamais appris à accepter des compliments. Mais il avait très envie de faire un effort dans ce sens cette fois.
- Tu penses vraiment qu'il serait … judicieux de me publier ? demanda t-il alors.
Gabriel lui sourit en hochant la tête à nouveau.
- Si tu me disais oui ici et maintenant, je pourrais avoir ton contrat imprimé et prêt à être signé dans l'heure. Je l'ai déjà préparé. Parce que j'avais envie de croire que je saurais te convaincre. Et parce que je ne concevais pas que tu puisses me dire non. Je te l'ai dit et je te le répète. Je pense sincèrement que ton livre est brillant … mais je suis aussi convaincu qu'il est nécessaire. Il est utile dans ce monde. Il pourrait … délivrer un message positif. Changer certaines mentalités. Le regard de bien des gens. Tu pourrais devenir le porte-parole d'une minorité qu'on ne prend jamais le temps d'écouter.
Dean n'avait jamais voulu devenir un messager. Il n'estimait pas avoir à donner des leçons de vie. Il ne pensait pas non plus être la personne idéale pour délivre run quelconque message de cette importance. Mais ce que Gabriel lui disait était agréable à entendre.
- J'ai confiance en toi. Si tu me dis que j'ai une chance alors je veux tenter de la saisir. Je veux bien … je te dis oui. Je veux bien essayer.
- Je croyais que tu … tu n'as pas peur que les gens sachent ce que tu fais de ta vie ?
- Je suis persuadé que Castiel t'a parlé du petit incident d'il y a deux semaines. Je ne vais donc pas revenir dessus. Je vais me contenter de te dire que … la police devrait très vite être mise au courant. Je ne voulais pas porter plainte mais Ellen et Sam ont réussi à me convaincre que je devais le faire alors … il y a de fortes chances que l'histoire devienne publique. Je sais combien les médias aiment toutes ces histoires de sexe et de violence. Je serais pointer du doigt et les gens sauront alors … franchement, peu importe. Je n'aurais bientôt plus rien à cacher.
Gabriel sembla soulagé de l'entendre. Dean avait longtemps refusé d'envisager de porter plainte. Mais Ellen lui avait tenu le même discours que Castiel. Et Sam également. L'entendre trois fois avait fini par le convaincre. Il était peut être de sa responsabilité de faire en sorte que Roger ne fasse pas de mal à qui que ce soit d'autre que lui. Il espérait juste que ce n'était pas trop tard.
- Je sais que ça ne me regarde pas et loin de moi l'idée de te dire ce que tu dois faire mais … je pense qu'ils ont raison. Peut être que ce type ne tentera plus jamais de faire du mal à quelqu'un. Peut-être qu'il a juste eu un coup de folie passager. Peut être qu'on s'en fait pour rien mais … s'il existe une seule possibilité pour qu'il recommence alors … tu dois faire tout ce que tu peux pour l'en empêcher. Tu t'en voudrais si toutefois il faisait une autre victime. Tu peux le nier ou prétendre ne pas devoir quoi que ce soit aux autres, on sait tous les deux que ce n'est pas comme ça que tu fonctionnes. Il pourrait tuer quelqu'un. Ou il pourrait tenter de te faire du mal à nouveau. Tu dois penser aux autres oui mais tu dois aussi penser à toi. Je pense qu'il est grand temps que tu commences à te soucier de ton propre bien être pour changer.
Le discours de Gabriel était semblable à celui de Castiel. Il était évident qu'ils en avaient parlé ensemble. Ce qui n'était pas une surprise tant ils étaient proches l'un de l'autre. Dean n'en voulait pas à Castiel d'avoir tout raconté à son frère. Lui aurait fait pareil. Il était juste soulagé de voir que Gabriel ne le détestait pas.
- Il m'aura fallu du temps pour le comprendre mais je sais que vous avez raison … et je sais que … Castiel me l'avait dit à l'hôpital. J'ai eu tort de lui hurler dessus comme je l'ai fait. Je sais que j'ai eu tort de l'envoyer balader sans prendre le temps de réfléchir à ce qu'il disait … à la pertinence de ses propos. J'espère qu'il ne m'en veut pas trop. J'étais juste … je crois que j'étais sous le choc … que j'étais terrifié et que c'était trop tôt pour que j'entende raison.
Gabriel hocha la tête mais ne dit rien. Dean avait envie de savoir comment Castiel avait vécu ces deux dernières semaines. S'il était toujours en colère contre lui. S'il souffrait de ne plus le voir comme Dean souffrait de la distance entre eux. Mais il ne voulait pas lui poser la question ouvertement. Il avait peur que Gabriel, qu'il savait particulièrement perspicace, devine exactement pourquoi il le lui demandait.
- Si ce que tu veux savoir c'est si Castiel t'en veut de lui avoir injustement hurler dessus alors la réponse est oui … il t'en a voulu. Pendant environ une heure. Puis il a fini par comprendre que tu n'avais pas voulu lui faire du mal. Que tu avais réagi ainsi uniquement parce qu'il n'avait pas choisi le meilleur moment pour t'en parler. Il n'est plus en colère Dean. Mais il n'est pas prêt à te revoir pour autant.
Le jeune prostitué sentit son cœur se briser dans sa poitrine en l'apprenant. Il en avait assez d'être séparé de son ami. Il avait besoin de le voir pour s'excuser. Besoin de lui dire qu'il avait enfin compris. Qu'il voulait changer. Mais il n'irait pas à l'encontre de ce que Castiel avait décidé. Il ne le forcerait pas à le revoir s'il n'en avait pas envie.
- Quand il sera prêt, tu peux lui dire que je … je serais là. Que j'ai des excuses à lui faire et … qu'il peut reprendre contact s'il le souhaite.
- Je lui ferais passer le message la prochaine fois qu'il m'appellera.
Dean fronça les sourcils en entendant cela. Pourquoi Castiel appellerait-il son frère alors qu'ils habituant ensemble ? Sa surprise dut se lire sur son visage puisque Gabriel s'empressa de lui expliquer.
- Il est parti quelques temps pour se changer les idées. Il est avec son amie Meg. C'est … je ne pense pas que ce soit définitif … juste le temps de … de savoir ce qu'il veut faire de sa vie.
- Oh et … est-ce que cette Meg habite en ville ?
- Non, elle vit à New York. Mais il … je sais qu'il va revenir.
Dean pouvait sentir dans la voix de Gabriel qu'il n'était sûr de rien et qu'il avait peur que son frère ne revienne pas. Il vivait à présent à l'autre bout du pays. Sur l'autre côté. Loin de Gabriel mais aussi aussi loin que possible de Dean. Ce dernier savait que c'était en grande partie sa faute. Et il priait pour que Gabriel ait raison. Pour que Castiel finisse par revenir et qu'il ait une chance de tout arranger.
- Il … c'est une ville géniale d'après ce que j'en ai entendu dire. Il pourrait vraiment se plaire là-bas … mais … tu as raison. Je pense qu'il va revenir. Tu vas trop lui manquer pour qu'il reste aussi loin de toi.
Il avait dit cela autant pour tenter de convaincre et de rassurer Gabriel que pour se rassurer lui-même. Savoir Castiel à l'autre bout du pays lui déchirait le cœur. Savoir que c'était à cause de lui était pire encore. Il avait besoin de croire que les choses finiraient par s'arranger. Qu'il n'avait pas tout gâcher pour de bon. Il avait besoin de garder espoir. Et de reprendre le contrôle de sa vie en attendant. Pour avoir quelque chose à montrer à Castiel quand il finirait par revenir. S'il finissait par revenir.
Castiel n'avait pas flanché. Il était plutôt fier de lui. Il avait résisté à son envie de revenir sur ce qu'il avait dit à Dean. Il n'avait pas envie de démissionner. Il n'avait pas envie de prendre ses distances avec le jeune prostitué. Il ne voulait pas s'exposer à de telles souffrances.
Mais il avait tenu bon. Parce qu'il était convaincu d'avoir pris la bonne décision. Parce qu'il savait qu'à terme, cela serait bénéfique pour lui. Et pour Dean également.
Il était nécessaire, parfois, de prendre une décision douloureuse. La souffrance était forte et cuisante. Mais elle ne durait pas. Et à terme, Castiel savait qu'il se sentirait soulagé. Libéré d'un poids qui pesait depuis trop longtemps sur ses épaules. Libre enfin de choisir une nouvelle direction pour sa vie.
Bien sûr, ne plus voir Dean, signifiait avoir le cœur brisé. Rien ne pouvait préparer quelqu'un à une telle épreuve. Et c'était aussi difficile que tout le monde le disait. Aussi douloureux que le racontait les chansons, les poèmes et les romans. Aussi douloureux qu'on le montrait dans les films. C'était une douleur sourde qui rongeait de l'intérieur.
Mais Castiel voulait croire que ce qui ne le tuait pas le rendait plus fort. Que cette épreuve était un test et qu'il saurait la surmonter pour devenir un homme meilleur.
Il commença donc par présenter sa démission à Ellen. Il choisit de le faire en personne plutôt que par téléphone. Il voulait montrer à sa future ex-patronne qu'il avait murement réfléchi et qu'il était suffisamment courageux pour assumer ses choix. Elle ne cacha pas sa déception. Elle ne chercha pas à le dissuader ou à le convaincre de travailler avec quelqu'un d'autre que Dean. Elle se contenta de lui dire qu'elle aurait aimé pouvoir le garder. Qu'il était un très bon élément et qu'il allait lui manquer. Castiel la remercier pour l'opportunité qu'elle lui avait offerte. Puis il quitta son bureau, soulagé d'avoir franchi cette première étape et prêt à franchir celles qui suivraient.
Il n'avait toutefois pas imaginé combien il serait difficile ensuite de gérer la compassion permanente de Gabriel. Maintenant qu'il n'avait plus de travail, Castiel n'avait plus vraiment d'excuses pour quitter l'appartement. Et quand son frère était là, il cherchait constamment à le faire parler. A le faire se confier. Il le regardait presque toujours avec un air triste et inquiet. Castiel pouvait comprendre qu'il s'en fasse pour lui. Mais ce n'était pas ce dont il avait besoin. Il voulait tirer un trait sur toute cette histoire et aller de l'avant.
Il finit par réaliser qu'il n'en serait pas capable tant qu'il ne prendrait pas une décision vraiment radicale. Et la seule issue qu'il voyait était de s'éloigner pendant quelques temps.
Il ne voulait pas partir définitivement. Il refusait d'être trop loin de Gabriel pendant trop longtemps. Mais il avait besoin de voir d'autres gens. De respirer un autre air. De passer quelques semaines dans une ville où il n'aurait pas le moindre souvenir. Où il ne risquait pas de croire Dean.
Après avoir annoncé la nouvelle à Gabriel – et après lui avoir assuré qu'il comptait revenir – il appela Meg. Ils étaient amis depuis l'adolescence et ils avaient toujours été proches. Meg était tout ce que Castiel n'était pas. Il était complètement différent. Et c'était probablement ce qui faisait que cela fonctionnait aussi bien entre eux. Ils se complétaient à merveille.
Meg avait déménagé quelques mois plus tôt à New York pour le travail. Castiel avait toujours rêvé de s'y rendre. Toujours voulu voir l'architecture unique de cette ville. Se mêler à la foule des touristes et des locaux.
Une fois Meg mis au courant, il prépara un sac, acheta un billet d'avion et partit dès le lendemain. Il avait peur de renoncer s'il attendait plus longtemps.
Il était douloureux de s'éloigner ainsi de Gabriel. Castiel ne voulait surtout pas que son frère puisse penser qu'il partait à cause de lui. Car ce n'était pas le cas. Il le faisait pour prendre un nouveau départ. Pour revenir plus fort.
Meg vint le chercher à l'aéroport. Elle était ravie de le voir et impatiente de lui faire découvrir la ville. Ils jouèrent les touristes pendant les premiers jours. Castiel avait l'esprit occupé et parvint à ne pas penser à Dean durant tout ce temps. Mais bien sûr, il ne pouvait pas l'oublier aussi facilement. Et quand Meg et lui furent à court d'idées pour s'occuper, tout ce qu'il avait vécu avec le jeune prostitué lui revint à l'esprit.
Il se demanda ce qu'il faisait au même moment. S'il avait repris le travail ou démissionner. S'il avait fini par accepter la proposition de Stan. S'il allait bien. S'il pensait à Castiel. S'il lui manquait ou non. Il se demanda comment il gérait la distance de son côté. S'il était au courant de son départ. Il avait trop de questions en tête et pas l'ombre du début d'une réponse. Il avait la sensation d'être piégé à nouveau. Mais cette fois ci, à l'intérieur même de sa tête.
L'alcool lui sembla alors être sa seule option. Il ne buvait que très rarement. Il n'avait jamais vu d'intérêt à se rendre malade ainsi. Il buvait parfois une ou deux bières. Mais jamais plus.
Il avait toutefois souvent entendu que l'alcool aidait à oublier les problèmes l'espace de quelques heures. Et c'était exactement ce dont il avait besoin.
Bien sûr, il avait oublié que l'alcool avait également tendance à délier la langue et à lever toutes les inhibitions. Il s'en souvint quand, après seulement quelques verres, il ressentit le besoin irrésistible de se confier à Meg. Elle avait beaucoup moins bu que lui. Et il savait qu'il pouvait avoir confiance en elle. Elle ne le jugerait pas. Elle ne se moquerait pas de lui. Il n'avait toutefois pas prévu de tout lui avouer. Mais il le fit malgré tout.
Il lui raconta tout. Il n'omit aucun détail. Il confessa ses fautes, ses sentiments et ses doutes. Il lui parla de Dean pendant de longues minutes. Il lui raconta combien il avait été facile de tomber amoureux de lui et combien il avait été douloureux de mettre un terme à leur histoire. Il lui parla des clients qui lui manquaient de respect. Des inquiétudes de Castiel. De sa jalousie presque maladive. Du sexe. Il eut la sensation de parler pendant de longues heures. Et Meg ne l'interrompit pas. Pas une seule fois, elle ne le coupa dans son élan. Elle ne rit pas. Ne fit pas la moindre plaisanterie douteuse. Elle se contenta de l'écouter. Et ce ne fut que lorsqu'il fut à court de choses à lui dire qu'elle prit enfin la parole à son tour.
- Si tu l'aimes autant, qu'est-ce que tu fais là avec moi ? Pourquoi est-ce que tu ne vas pas le rejoindre pour tout lui dire ? demanda t-elle.
Castiel aurait tellement aimé que cela soit possible. Et il pouvait comprendre que ce soit la première chose que Meg lui dise.
- Parce qu'il ne veut pas de moi. Parce qu'il ne veut pas d'une histoire sérieuse. Et parce qu'il refuse de démissionner. Je ne peux pas … je ne peux pas continuer à regarder l'homme que j'aime coucher avec des inconnus qui se fichent totalement de lui.
Meg hocha la tête. Elle réfléchit quelques secondes avant de reprendre la parole à nouveau.
- Si tu ne peux pas être avec lui alors tu dois faire en sorte de l'oublier. Et avant que tu ne me dises que tu le sais mais que ce n'est pas aussi simple, laisse moi te dire que je ne suis pas stupide. Je sais que ce ne sera pas aisé pour toi. Oublier quelqu'un qu'on aime autant relève du miracle. Et cela demande des efforts. Mais si tu es prêt à les faire alors je sais que tu réussiras.
Castiel avait envie de réussir. Puisqu'il ne pouvait pas être avec Dean, alors il préférait l'oublier. Le garder comme ami ne fonctionnerait pas non plus. Cela impliquerait de le regarder continuer à se vendre ou finir par le voir rencontrer l'homme de sa vie. Castiel était bien trop jaloux pour le supporter. Il préférait tout arrêter maintenant. Pendant qu'il le pouvait encore.
- Je veux l'oublier oui. Mais je n'ai pas la moindre idée de la manière dont je dois m'y prendre. Quand j'ai l'esprit occupé, je parviens à ne plus penser à lui. Mais dès je suis à court de choses à faire, il occupe mon esprit à nouveau. Il m'empêche de penser à quoi que ce soit d'autre et franchement, je suis fatigué … je suis fatigué de ne pas trouver d'issue à mon problème.
Meg lui prit la main et la serra dans la sienne une seconde. Ce n'était pas quelque chose qu'elle faisait souvent. Elle n'aimait pas beaucoup se montrer aussi tactile. Mais il était évident qu'elle voulait soutenir Castiel. Et qu'elle pouvait sentir qu'il en avait besoin. Le jeune homme lui en était reconnaissant.
- Je doute qu'il existe une solution miracle. Mais ça ne veut pas pour autant dire que tout est perdu. Tu l'as dit toi-même … quand tu as l'esprit occupé, tu parviens à ne plus penser à lui constamment. Et je pense qu'en trouvant de quoi t'occuper pleinement les premiers temps, tu finiras par te défaire de ces souvenirs peu à peu. Mais tu dois trouver quelque chose qui te motive. Quelque chose qui te passionne.
- Je … je ne sais pas, souffla Castiel, perdu.
- Cas, écoute. Je n'ai jamais rien vécu de tel. Je ne peux pas te promettre que je sais parfaitement ce que tu traverses. Et franchement, je ne suis certainement pas la meilleure personne pour te conseiller. Mais … je suis tout ce que tu es et tu es venu à moi alors je me sens obligé de t'aider. Donc … demande toi ce que tu aimes le plus au monde.
La réponse était toute trouvée. Castiel sentit sa gorge se nouer et son cœur se serrer dans sa poitrine. Il n'était pas sûr que répondre à la question de Meg soit réellement opportun. Cela ne ferait pas avancer le débat. Mais il voulait se montrer honnête. Il choisit donc de répondre.
- Le problème c'est que je n'aime rien autant que je l'aime lui … que j'aime passer du temps avec lui … plaisanter avec lui … parler de tout et de rien ou juste rester en sa compagnie. Et c'est justement ce que je ne veux plus faire alors …
- D'accord ma question était probablement mal formulée … dis moi plutôt ce que tu aimes le plus faire à part passer du temps avec lui.
Castiel prit une seconde pour réfléchir. Il connaissait la réponses à cette question. Mais l'alcool et la fatigue ne lui facilitait pas les choses. Il avait du mal à se souvenir ce qu'il devait dire maintenant.
- Cas, qu'est-ce qui te passionne ? Avant de rencontrer Dean, à quoi est-ce que tu occupais tout ton temps ?
Castiel était presque sûr que Meg connaissait la réponse à cette question mais elle voulait qu'il le dise. Elle voulait que les mots sortent de sa bouche pour qu'il ait la sensation que l'idée venait de lui. Elle avait beau dire qu'elle n'était pas la personne idéale pour ce genre de conversations, elle restait fine psychologue. Et cela fonctionnait puisqu'il finit par se souvenir de la réponse.
- Dessiner … avant Dean, c'était la seule chose qui me passionnait vraiment.
Meg hocha alors la tête en lui souriant.
- Depuis que je te connais, tu me parles d'en faire ton métier. Ca a toujours été ton objectif et je pense que ça devrait le rester. Tu l'as perdu de vue ces derniers temps et je ne peux m'empêcher de penser que c'est en partie de ma faute. C'est moi qui t'ai aidé à obtenir ce boulot. Si je ne t'avais pas fait rencontré Ellen, tu n'en serais pas là. Alors … il est de mon devoir de t'aider à te reconcentrer sur ton objectif premier. Tu vas recommencer à dessiner … que je sois obligée de te contraindre ou non.
Castiel savait que Meg avait raison. Il avait perdu de vue ce qui avait toujours été son seul objectif dans la vie. Lui qui s'était toujours targué de ne laisser rien ni personne le distraire. Il avait fait tout ce qu'il s'était toujours juré de ne pas faire. Mais il était grand temps pour lui de se souvenir des promesses qu'il s'était faite quand il était encore adolescent. Il avait toujours voulu dessiner. C'était une des rares constantes dans sa vie. Une de ses seules choses qui ne l'avait jamais déçu. C'était son issue. Il ne l'avait pas vu jusque là mais c'était évident maintenant que Meg le lui avait pointé du doigt.
Il accepta donc de suivre les conseils de la jeune femme. Dès le lendemain et après une longue nuit de sommeil, il partit acheter tout ce dont il avait besoin pour se lancer.
Il avait espéré qu'une fois face à une toile vierge, l'inspiration lui viendrait naturellement. Qu'il trouverait quoi peindre. Que cela l'aiderait à évacuer les émotions contraires et fortes qu'il ressentait.
Il n'avait pas eu entièrement tort de le penser. Car l'inspiration lui vint assez naturellement. Il avait à peine un crayon en mains qu'il commençait à dessiner. Mais son modèle était toujours le même. Et il n'était pas sûr que cela soit une bonne nouvelle.
Il ne parvenait pas à dessiner quoi que ce soit d'autre que Dean. Son visage. Ses yeux. Ses lèvres. Ses mains. C'était sa seule inspiration. Il avait beau essayer de faire autrement, cela se finissait toujours de la même manière.
Il essaya pendant des jours entiers de trouver une autre muse. Il sortit pour s'imprégner de l'ambiance de la ville. Pour trouver l'inspiration dans quelque chose d'autre. Mais quand il pensait avoir réussi et qu'il reprenait une toile vierge, ses mains ne lui obéissaient plus. Et il redessinait Dean à nouveau.
Il ne pouvait pas continuer ainsi. Et puisqu'il ne parvenait pas à s'en sortir seul, il fit de nouveau appel à Meg.
Il lui montra les tableaux qu'il avait dessiné jusque-là. Il lui dévoilait tout son travail de ces derniers jours. Et après l'avoir complimenté sur son talent, elle se tut et prit le temps de réfléchir au problème.
Castiel espérait qu'elle aurait à nouveau une solution à lui proposer. Parce qu'il avait la sensation de faire des efforts mais de ne jamais être récompensé. De tout faire pour s'en sortir mais d'être retenu en arrière par une force invisible contre laquelle il ne pouvait pas se battre. Il finirait par s'épuiser à ce rythme-là. Et par baisser les bras. Tous ses efforts auraient été fait en vain. Il refusait que cela se termine ainsi.
- Je peux comprendre qu'il t'inspire … je veux dire … si tes dessins sont réalistes alors … j'aurais du mal à l'oublier moi aussi mais … tu dois pourtant le faire si tu veux t'en sortir alors … peut être qu'il serait temps pour toi d'avoir un nouveau modèle.
Castiel ricana une seconde. C'était exactement ce qu'il avait cherché à faire en sortant pour trouver l'inspiration. S'il ne parvenait pas à la trouver dans une ville aussi fascinante que New York, il ne voyait pas où il la trouverait.
Heureusement pour lui, Meg s'empressa de préciser sa pensée.
- Il n'est pas le seul beau garçon que tu pourrais dessiner … et peut être … peut être que tu n'as pas pris le problème par le bon bout. Tu devrais … et je sais dors et déjà que l'idée ne va pas te plaire mais … tu devrais peut être sortir un peu plus. Et je n'entends juste sortir dans la rue pour observer les immeubles et les passants … je veux dire, sortir et rencontrer du monde … des hommes plus précisément. Peut être que rencontrer quelqu'un d'autre t'aiderait à ne plus dessiner constamment Dean.
Castiel pouvait comprendre le sens d'une telle idée. Mais elle ne lui plaisait pas. Il savait qu'en rencontrant du monde, il aurait l'impression de trahir Dean. Il ne lui devait rien. Ils n'étaient pas en couple et le jeune prostitué lui avait fait comprendre – sans le dire mais suffisamment clairement quand même – qu'il ne partageait pas ses sentiments. Il n'avait pas de comptes à lui rendre. Il avait parfaitement le droit de rencontrer quelqu'un. De tomber amoureux d'un autre. D'envisager de faire sa vie avec un homme. Mais il n'arrivait pas à l'envisager.
- Je ne crois pas être prêt à … à franchir cette étape. Je n'ai pas la tête à coucher avec quelqu'un. Je n'ai pas envie de sexe ou d'une histoire sans lendemain. J'ai envie de me concentrer sur moi avant tout. Et … je doute que qui que ce soit puisse avoir envie de s'intéresser à moi de toute façon. Pas quand je tire une tête de six pieds de long en permanence. Pas quand l'idée de rencontrer un autre homme ressemble plus à de la torture qu'à une quelconque opportunité. Ce ne serait même pas juste envers ces personnes.
Meg soupira longuement. Castiel savait qu'il faisait le difficile. Qu'à force de rejeter tout conseil, il risquait par la lasser. Il ne voulait surtout pas qu'elle baisse les bras. Il savait qu'il lui en demandait probablement trop. Mais elle était la seule personne en qui il avait confiance pour l'aider. Et il savait qu'il ne parviendrait jamais à s'en sortir seul.
- Je ne te dis pas que tu dois absolument coucher avec des dizaines d'inconnus ou même tenter de refaire ta vie avec quelqu'un. Je sais que ce n'est pas aussi simple et je sais que tu n'as pas la tête à ça. Mais tu pourrais tout de même rencontrer des gens. Te faire de nouveaux amis. Des gens qui ne sauraient rien de Dean et avec qui tu pourrais parler d'autre chose. Peut être des gens qui comme toi aiment le dessin.
Castiel réfléchit une seconde en observant son dernier tableau. Il représentait Dean comme toujours. Il avait choisi de venir à New York justement pour s'éloigner du jeune prostitué. Pour se trouver dans un endroit où il ne risquait pas de le croiser. Où il ne risquait pas de rencontrer quelqu'un qui le connaissait également. Mais il restait enfermé à ne penser qu'à lui. Il n'avait pas cherché à saisir cette opportunité de parler à d'autres gens. De rencontrer de nouvelles personnes. Il avait eu tort. Il le comprenait à présent. Et il était temps qu'il change d'attitude. Meg avait raison une fois de plus.
- Peut être oui … je ne sais juste pas par où commencer. Je veux dire … comment fait-on pour rencontrer des gens à notre âge … je … je ne veux pas aller dans un bar parce que je sais parfaitement ce que les autres cherchent dans ces endroits. Et … je ne travaille pas alors …
- Alors il existe des dizaines d'autres endroits dans une ville comme celle-ci. Ca peut être une association … une école ou même juste Central Park. J'ai déjà vu des gens dessiner là-bas. Cas … tu ne peux pas rester enfermé à te morfondre. J'ai eu tort de croire que tu saurais te débrouiller seul dans ta situation. Et crois-moi … je vais reprendre les choses en main maintenant. Je vais faire en sorte de t'aider. Je vais te bousculer … te pousser dans tes derniers retranchements. Je vais te forcer à sortir de ta zone de confort. Et s'il le faut, j'y consacrerait tout mon temps jusqu'à ce que tu sois prêt à voler de tes propres ailes.
Castiel fut soulagé de l'entendre. Il n'était pas seul. Meg serait à ses côtés à chaque étape. A chaque nouveau pas dans la bonne direction. Elle serait là pour le tenir par la main. Castiel n'avait pas besoin de compassion ou de pitié. Il n'avait pas besoin qu'on le tapote sur l'épaule en lui assurant qu'on était pour lui. Il avait besoin de quelqu'un qui saurait effectivement le bousculer un peu. Gentiment et dans son intérêt. Il avait besoin de quelqu'un qui n'avait pas peur de lui faire un peu mal pour ensuite l'aider à aller bien. Meg était la personne idéale. Elle n'avait pas peur de faire ce qui était nécessaire. Elle ne perdait jamais de vue son objectif. Elle ne laissait rien se mettre en travers de son chemin. Castiel avait totalement confiance en elle. Si quelqu'un pouvait l'aider à se remettre en marche, c'était elle et personne d'autre. Et quand tout serait fini … quand il aurait enfin réussi à sortir la tête de l'eau et à regarder droit devant lui sans qu'on l'y force, il se chargerait de la remercier. De lui faire comprendre qu'il lui serait éternellement redevable. Qu'elle lui avait sauvé la vie.
