26
L'HÔPITAL STE MANGOUSTE POUR LES MALADIES ET BLESSURES MAGIQUES
Leurs bagages arrivèrent de Poudlard pendant le déjeuner pour qu'ils puissent se rendre à Ste Mangouste habillés en Moldus. Tout le monde bavardait et riait dans un joyeux tapage en revêtant les jeans et les pulls qui devaient leur permettre de passer inaperçus. Lorsque Tonks et Fol Œil arrivèrent pour les escorter à travers Londres, ils furent accueillis par des cris d'allégresse. De grands éclats de rire saluèrent le chapeau melon que Fol Œil portait de travers pour cacher son œil magique et on lui assura que Tonks, qui avait à présent des cheveux courts d'un rose éclatant, attirerait beaucoup moins l'attention que lui dans le métro.
En observant le groupe qu'ils formaient, Megan se dit qu'elle n'aurait jamais imaginé considérer comme des membres de sa famille de célèbres traîtres à leur sang, une Métamorphomage sang-mêlé et un Auror retraité et paranoïaque. Pourtant, elle ne les aurait échangés pour rien au monde – sauf peut-être ses parents.
Ils descendirent à une station située en plein cœur de Londres. Tout le monde suivit Tonks dans l'escalier roulant, Maugrey boitant à l'arrière du groupe. Sa main noueuse, glissée entre deux boutons de sa veste, serrait sa baguette magique. Arthur devait être déçu d'avoir raté cette expédition dans les transports en communs moldus.
Ils sortirent dans le froid hivernal et se retrouvèrent sur une large avenue bordée de magasins et grouillante de Londoniens qui faisaient leurs achats de Noël. Megan sentit Fol Œil se poster juste derrière elle et Potter. Sous le chapeau melon posé de travers, l'œil magique aux aguets pivotait dans toutes les directions. S'attendait-il à ce qu'un Mangemort les attaque au beau milieu de Londres ? Arthur avait beau être la première victime de Voldemort à leur connaissance depuis le meurtre de Cedric, il n'avait été agressé que dans un mystérieux endroit désert.
- Pas facile de trouver un bon endroit pour un hôpital, marmonna Fol Œil. Il n'y avait pas assez de place sur le Chemin de Traverse et impossible de le mettre sous terre, comme le ministère, ce ne serait pas bon pour la santé. Finalement, ils ont réussi à se procurer un bâtiment ici. L'idée, c'était que les sorciers malades pouvaient ainsi aller et venir en se mêlant à la foule.
Il prit Potter par l'épaule pour éviter qu'ils ne soient séparés par un troupeau de badauds qui n'avaient d'autre intention que de se ruer sur un magasin proche, rempli de gadgets électroniques, son œil humain rivé sur Megan.
- Voilà, on y est, dit-il, un instant plus tard.
Ils étaient arrivés devant un bâtiment de briques rouges qui abritait un grand magasin à l'ancienne dont la façade indiquait : Purge & Pionce Ltd. L'endroit avait un aspect miteux, misérable. Les vitrines présentaient quelques mannequins écaillés, la perruque de travers, disposés au hasard et affublés de vêtements qui auraient déjà été démodés dix ans plus tôt. Sur les portes poussiéreuses, des écriteaux signalaient : « Fermé pour rénovation ». Une grosse femme chargée de sacs en plastique glissa à son amie :
- Ce n'est jamais ouvert, ici...
- Bon, dit Tonks en leur faisant signe d'approcher d'une vitrine dans laquelle un mannequin de femme particulièrement laid, les faux cils décrochés, présentait une robe-chasuble en nylon vert. Tout le monde est prêt ?
Ils acquiescèrent d'un signe de tête en se regroupant autour d'elle. Fol Œil poussa Megan et Potter devant lui, un contact forcé qui agaça la jeune fille, et Tonks se pencha tout près de la vitrine, le regard fixé sur l'horrible mannequin, son souffle dessinant un cercle de buée sur le verre.
- Salut, dit-elle, on vient voir Arthur Weasley.
Un instant plus tard, le mannequin hocha très légèrement la tête et fit un petit signe de ses doigts joints. Tonks prit alors Ginny et Molly chacune par un bras, puis toutes trois avancèrent d'un pas en traversant la vitrine et disparurent. Fred, George et Ron les suivirent. Dans la foule qui se bousculait autour d'eux, personne ne jetait de regard en direction des laides vitrines de Purge & Pionce Ltd, aussi personne n'avait remarqué que trois femmes et trois hommes venaient de se volatiliser sous leur nez.
- Venez, grogna Maugrey.
Il attrapa Megan par le bras,poussa à nouveau Potter dans le dos et tous trois franchirent la vitrine qui avait la consistance d'un rideau d'eau fraîche. Lorsqu'ils se retrouvèrent de l'autre côté, ils étaient secs et bien au chaud. Il n'y avait plus trace de l'horrible mannequin ni de l'espace où il était exposé. Ils étaient à présent dans un hall d'accueil bondé où des rangées de sorciers et de sorcières attendaient, assis sur des chaises de bois branlantes. Certains paraissaient parfaitement normaux et lisaient de vieux numéros de Sorcière-Hebdo, d'autres présentaient d'effroyables malformations, telles des trompes d'éléphant ou des mains supplémentaires qui sortaient de leur poitrine. La salle était à peine moins bruyante que la rue au-dehors en raison des bruits insolites qu'émettaient de nombreux patients : au milieu du premier rang, une sorcière au visage luisant de sueur s'éventait vigoureusement avec un numéro de La Gazette du sorcier en laissant échapper un sifflement aigu tandis que des jets de vapeur jaillissaient de sa bouche. Dans un coin, un sorcier d'une propreté douteuse tintait comme une cloche chaque fois qu'il faisait un geste et sa tête se mettait alors à vibrer horriblement, l'obligeant à la saisir par les oreilles pour la maintenir immobile. Des sorciers et des sorcières vêtus de robes vertes arpentaient les rangées de malades et leur posaient des questions en écrivant sur un bloc-notes semblable à celui d'Umbridge.
- Ce sont des médecins ? demanda Potter à mi-voix.
- Des médecins ? s'étonna Ron. Tu veux dire ces Moldus cinglés qui coupent les gens en morceaux ? Non, eux, ce sont des guérisseurs.
- Par ici ! appela Molly en couvrant le nouveau bruit de cloche que venait de faire le sorcier à la tête vibrante.
Ils la rejoignirent dans la queue qui s'était formée devant une petite sorcière blonde et replète assise à un comptoir où était écrit : « Renseignements ». Derrière elle, le mur était couvert d'avis et d'affiches sur lesquels on pouvait lire des slogans du genre :
DANS UN CHAUDRON PROPRE LES POTIONS NE SE TRANSFORMENT PAS EN POISONS
LES ANTIDOTES SONT DE LA CAMELOTE S'ILS NE SONT PAS APPROUVÉS PAR UN GUÉRISSEUR QUALIFIÉ
Il y avait aussi un grand portrait d'une sorcière aux longues boucles argentées sous lequel on pouvait lire :
Dilys Derwent guérisseuse à Ste Mangouste 1722-1741 – directrice de l'école de sorcellerie de Poudlard 1741-1768
Dilys observait les Weasley comme si elle avait voulu les compter. Après quelques instants, elle quitta son cadre.
Le premier de la file était un jeune sorcier qui dansait sur place une étrange gigue en s'efforçant, entre deux cris de douleur, d'expliquer ses ennuis à la sorcière assise derrière le comptoir.
- Ce sont – Aïe ! – ces chaussures que mon frère m'a données – houlà ! –, elles me dévorent les – OUILLE ! – pieds, elles doivent être – AARG ! – ensorcelées et je n'arrive pas – AAAAARG ! – à les retirer.
Le sorcier sautait d'un pied sur l'autre comme s'il dansait sur des charbons ardents.
- Vos chaussures ne vous empêchent pas de lire, j'imagine ? dit la sorcière blonde d'un air agacé en montrant un grand écriteau à gauche du comptoir. Vous devez vous rendre au service de pathologie des sortilèges, au quatrième étage. Il suffit de consulter le plan. Suivant !
Tandis que le sorcier s'éloignait dans une suite de cabrioles et d'entrechats, les Weasley et leurs amis avancèrent de quelques pas et Megan put lire le plan affiché au mur :
Rez-de-chaussée : ACCIDENTS MATÉRIELS (Explosions de chaudron, courts-circuits de baguettes, chutes de balai, etc)
Premier étage : BLESSURES PAR CREATURES VIVANTES (Morsures, piqûres, brûlures, enfoncements d'épines, etc)
Deuxième étage : VIRUS ET MICROBES MAGIQUES (Maladies contagieuses, ex. : variole du Dracon, disparition pathologique, scrofulites, etc)
Troisième étage : EMPOISONNEMENT PAR POTIONS ET PLANTES (Urticaires, régurgitation, fous rires incontrôlables, etc.)
Quatrième étage : PATHOLOGIE DES SORTILÈGES (Maléfices chroniques, ensorcellements, détournements de charmes, etc)
Cinquième étage : SALON DE THÉ/BOUTIQUE DE L'HÔPITAL
SI VOUS NE SAVEZ PAS OÙ ALLER, SI VOUS ÊTES INCAPABLE DE VOUS EXPRIMER NORMALEMENT OU DE VOUS RAPPELER POURQUOI VOUS ÊTES ICI, NOTRE SORCIÈRE D'ACCUEIL SERA HEUREUSE DE VOUS AIDER.
Le premier de la file était à présent un très vieux sorcier au dos voûté, un cornet acoustique dans l'oreille. Il s'avança vers le comptoir d'un pas traînant.
- Je suis venu voir Broderick Moroz ! dit-il d'une voix sifflante.
- Salle 49, mais j'ai bien peur que vous perdiez votre temps, répondit la sorcière d'un ton dédaigneux. Il a le cerveau complètement ramolli. Il se prend toujours pour une théière. Suivant !
Un sorcier à l'air épuisé tenait fermement par la cheville une fillette qui voletait autour de sa tête grâce à d'immenses ailes couvertes de plumes qui avaient poussé à travers sa barboteuse.
- Quatrième étage, dit la sorcière d'une voix lasse sans poser de question.
L'homme disparut par la double porte, à côté du comptoir, en tenant sa fille comme un étrange ballon.
- Suivant !
Molly s'approcha du comptoir.
- Bonjour, dit-elle, mon mari Arthur Weasley devait être transféré dans une autre salle ce matin. Pourriez-vous m'indiquer...
- Arthur Weasley ? dit la sorcière en parcourant une longue liste du doigt. Oui, premier étage, deuxième porte à droite, salle Dai Llewellyn.
- Merci. Venez, vous autres.
Ils suivirent Molly à travers la double porte puis le long d'un couloir étroit où s'alignaient d'autres portraits de guérisseurs célèbres. L'endroit était éclairé par des globes de cristal remplis de chandelles, semblables à des bulles de savon géantes. D'autres sorcières et sorciers vêtus de robes vertes allaient et venaient en tous sens. Un gaz jaunâtre et malodorant flottait dans le couloir lorsqu'ils passèrent devant l'une des portes et ils entendaient de temps en temps un gémissement lointain. Ils montèrent une volée de marches et arrivèrent dans le couloir du service des blessures par créatures vivantes. Sur la deuxième porte à droite, une plaque indiquait : « Salle Dai Llewellyn, dit le Dangereux : morsures graves ». Au- dessous, sur une carte glissée dans un support de cuivre, on pouvait lire, écrit à la main : « Guérisseur- en-chef : Hippocrate Smethwyck. Guérisseur stagiaire : Augustus Pye ».
- On va attendre dans le couloir, Molly, dit Tonks. Arthur ne voudra sûrement pas voir trop de visiteurs à la fois... il faut laisser la famille d'abord.
Fol Œil approuva d'un grognement et s'appuya contre le mur, son œil magique pivotant de tous côtés. Potter resta également en arrière, mais Molly tendit la main et le poussa à l'intérieur.
- Ne sois pas stupide, dit-elle, Arthur veut te remercier.
Megan, elle, n'hésita pas une seconde à entrer à la suite des jumeaux.
La salle était petite et plutôt sinistre, en raison de l'unique et étroite fenêtre aménagée tout en haut du mur qui faisait face à la porte. La lumière qui éclairait l'endroit provenait principalement d'autres globes de cristal accrochés au centre du plafond. Les murs étaient recouverts de lambris de chêne et un tableau représentait un sorcier à l'air méchant sous lequel une plaque indiquait : « Urquhart Rackharrow, 1612- 1697, inventeur du maléfice de Videntrailles ».
Il n'y avait que trois patients. Arthur occupait le lit situé tout au fond de la salle, près de la minuscule fenêtre. Megan fut contente et soulagée de voir qu'il était adossé contre une pile d'oreillers et lisait La Gazette du Sorcier à la lueur de l'unique rayon de soleil qui filtrait par la fenêtre. Il leva les yeux à leur entrée et son visage s'éclaira d'un sourire radieux lorsqu'il les reconnut.
- Bonjour, lança-t-il en jetant La Gazette à côté de lui. Bill vient de partir, Molly, il fallait qu'il aille travailler mais il m'a dit qu'il passerait te voir un peu plus tard.
- Comment ça va, Arthur ? s'enquit Molly.
L'air anxieux, elle se pencha pour l'embrasser sur la joue.
- Tu parais encore un peu faible.
- Je me sens en pleine forme, répondit Arthur d'un ton joyeux en tendant son bras valide pour serrer Ginny contre lui. Si seulement ils m'enlevaient ces bandages, je serais en état de rentrer à la maison.
- Et pourquoi ils ne les enlèvent pas ? demanda Fred.
- A chaque fois qu'ils essayent, je me mets à saigner comme un dément, affirma son père d'une voix amusée.
Il prit sa baguette magique posée sur la commode à côté du lit et l'agita pour faire apparaître sept chaises.
- Apparemment, il y avait un drôle de venin dans les crochets de ce serpent, quelque chose qui empêche les blessures de se refermer. Mais ils sont sûrs de trouver un antidote. Ils disent qu'ils ont vu des cas bien pires que le mien et, en attendant, il suffit que je prenne toutes les heures une potion de Régénération sanguine. Celui-là, là-bas, en revanche...
Il baissa la voix et montra d'un signe de tête le lit d'en face où était étendu un homme au teint verdâtre et maladif, les yeux fixés au plafond.
- ... il a été mordu par un loup- garou, le malheureux. Aucun remède possible.
- Un loup-garou ? murmura Molly, l'air alarmé. Et ce n'est pas dangereux de le mettre dans une salle commune ? On ne devrait pas plutôt le placer en chambre individuelle ?
- La pleine lune est dans deux semaines, lui rappela son mari à voix basse. Les guérisseurs sont venus lui parler ce matin pour essayer de le convaincre qu'il pourra mener une vie presque normale. Je lui ai dit – sans indiquer aucun nom, bien sûr – que je connaissais personnellement un loup-garou, un homme charmant, qui s'accommode très bien de sa condition.
- Et qu'est-ce qu'il a répondu ? demanda George.
- Que lui aussi allait me mordre si je ne la fermais pas, répondit Arthur avec tristesse. Et cette femme, là-bas – il montra le troisième lit occupé, juste à côté de la porte –, ne veut pas dire par quoi elle a été mordue, ce qui laisse supposer qu'elle doit posséder une créature illégale. En tout cas, il lui manque un bon morceau de jambe, et on sent une horrible odeur quand ils lui enlèvent ses bandages.
- Alors, tu vas enfin nous raconter ce qui s'est passé, papa ? demanda Fred qui rapprocha sa chaise du lit.
- Vous le savez déjà, non ? dit Arthur en adressant à Potter un sourire entendu. C'est très simple. J'avais eu une très longue journée, je me suis endormi, un serpent s'est approché silencieusement et m'a mordu.
- Est-ce que La Gazette raconte que tu as été attaqué ? interrogea Fred, le doigt pointé sur le journal posé à côté de lui.
- Non, bien sûr que non, répondit son père avec un sourire teinté d'amertume. Le ministère ne tient pas du tout à ce qu'on sache qu'un énorme serpent venimeux a réussi à...
- Arthur ! coupa Molly.
- A réussi à... me mordre, acheva-t-il précipitamment.
Megan fronça les sourcils : qu'est-ce que le ministère voulait dissimuler dans cette affaire ? Fudge était-il conscient que la bête responsable de l'attaque n'était autre que Nagini ?
- Et où étais-tu quand c'est arrivé ? demanda George.
- Ça, c'est mon affaire, répondit Arthur avec un petit sourire.
Il reprit La Gazette du sorcier, la secoua pour l'ouvrir de sa seule main valide et poursuivit :
- Quand vous êtes arrivés, j'étais en train de lire un article sur l'arrestation de Willy Widdershins. Vous saviez que c'était Willy le responsable de cette histoire de toilettes régurgitantes, l'été dernier ? L'un de ses maléfices a mal tourné, les toilettes lui ont explosé à la figure et on l'a retrouvé évanoui au milieu des débris, couvert de la tête aux pieds de...
- Quand tu dis que tu étais en mission, l'interrompit Fred à voix basse, qu'est-ce que tu faisais ?
- Vous avez entendu votre père, murmura Molly, nous n'allons pas parler de ça ici ! Continue l'histoire de Willy Widdershins, Arthur.
- Eh bien, ne me demande pas comment, mais il a fini par être innocenté, reprit son mari d'un air sombre. Je ne serais pas surpris que quelques pièces d'or aient changé de mains.
- Vous étiez chargé de la garder, c'est ça ? Demanda Megan à mi- voix. L'arme ? Celle que Voldemort essaye de se procurer ?
- Megan, tais-toi ! ordonna sèchement Molly, une main sur le cœur. Et ne prononce pas son nom !
La jeune fille ne répondit pas, butée.
- En tout cas, reprit Arthur en élevant la voix, cette fois, Willy s'est fait prendre alors qu'il vendait à des Moldus des poignées de porte mordeuses et là, je ne pense pas qu'il puisse s'en tirer parce que, d'après l'article, deux Moldus ont perdu des doigts et se trouvent maintenant au service des urgences de Ste Mangouste pour leur faire repousser les os et leur modifier la mémoire. Vous vous rendez compte, des Moldus à Ste Mangouste ! Je me demande dans quelle salle on les a mis.
Il promena autour de lui un regard avide comme s'il espérait apercevoir un écriteau,
- Tu nous avais bien dit que Tu-Sais-Qui avait un serpent, Harry ? demanda Fred en observant son père pour voir sa réaction. Un très gros ? Tu l'as vu, la nuit de son retour, non ?
- Ça suffit, dit Molly avec colère. Tonks et Fol Œil sont dans le couloir, Arthur, ils voudraient venir te voir. Vous autres, vous attendrez dehors, ajouta-t-elle en s'adressant à ses enfants, à Megan et à Potter. Vous pourrez revenir après pour dire au revoir. Allez-y.
Ils retournèrent tous dans le couloir. Tonks et Fol Œil entrèrent à leur tour et refermèrent la porte derrière eux. Fred haussa les sourcils.
- C'est très bien, dit-il avec froideur en fouillant dans ses poches. Vous ne voulez rien nous dire ? D'accord, continuez.
- C'est ça que tu cherches ? dit George en lui tendant un enchevêtrement de ficelles couleur chair.
- Tu as lu dans mes pensées, répondit Fred avec un sourire. Voyons si Ste Mangouste jette des sorts d'Impassibilité sur les portes de ses salles.
En démêlant les ficelles, ils obtinrent six Oreilles à rallonge qu'ils distribuèrent aux autres. Potter sembla hésiter.
- Vas-y, Harry ! l'encouragea Fred. Tu as sauvé la vie de papa. Si quelqu'un a le droit d'écouter, c'est bien toi.
Souriant, le garçon prit l'extrémité d'une des ficelles et l'enfonça dans son oreille, comme l'avaient déjà fait Megan et les jumeaux.
- O.K., on y va ! chuchota Fred.
Les ficelles couleur chair se tortillèrent comme de longs vers de terre et se glissèrent sous la porte. Au début, Megan n'entendit rien du tout puis Tonks se mit à parler aussi clairement que si elle avait été à côté de lui :
- ... ils ont fouillé tout le secteur, mais ils n'ont pas retrouvé le serpent. Il semble qu'il ait disparu juste après t'avoir mordu, Arthur... Mais Tu-Sais-Qui n'espérait quand même pas qu'un serpent puisse entrer là, non ?
- Je pense qu'il l'a envoyé en éclaireur, grogna Fol Œil, étant donné qu'il n'a pas eu beaucoup de chance, ces temps derniers. Il a voulu avoir une vue plus claire de ce qui l'attendait et, si Arthur n'avait pas été là, la bête aurait eu beaucoup plus de temps pour inspecter les lieux. Potter dit qu'il a assisté à tout ce qui s'est passé ?
- Oui, répondit Molly, plutôt mal à l'aise. Dumbledore semblait presque s'attendre à ce qu'Harry ait ce genre de vision.
- Oui, oui, dit Fol Œil, on sait bien que ce jeune Potter est un peu bizarre.
- Dumbledore avait l'air de s'inquiéter pour Harry quand je l'ai vu ce matin, murmura Molly.
- Bien sûr qu'il s'inquiète, gronda Maugrey. Ce garçon voit des choses à l'intérieur même du serpent de Vous-Savez-Qui. Bien évidemment, Potter ne se rend pas compte de ce que ça signifie, mais si Vous- Savez-Qui a pris possession de lui...
Potter arracha l'Oreille à rallonge de la sienne, le visage en feu. Il se tourna vers les autres qui le regardaient à présent avec de grands yeux, leurs ficelles couleur chair pendant toujours de leurs oreilles. Fred, George, Ginny et Ron paraissaient soudain terrorisés. Megan fixa le garçon d'un air menaçant. Ce n'était désormais plus elle la possible taupe de Voldemort au sein de l'Ordre du Phénix. Elle avait eu raison de soupçonner quelque chose lorsqu'il avait eu cette vision et pas elle. Elle allait désormais le surveiller de près, et s'il était responsable de l'agression d'Arthur d'une manière ou d'une autre, elle veillerait à ce que cela ne se reproduise plus.
Un silence de plomb s'installa. Plus personne n'écoutait ce qui se disait de l'autre côté de la porte, et leurs Oreilles à rallonge manquèrent d'être découvertes lorsque Tonks et Fol Œil ouvrirent la porte pour annoncer aux six autres qu'ils pouvaient venir dire au revoir à leur père. Ils semblaient tous anesthésiés, sauf Megan : elle gardait les yeux constamment rivés sur Potter, comme si elle s'attendait à ce qu'il bondisse soudain sur l'un d'entre eux pour l'attaquer. Il fallait qu'elle comprenne comment fonctionnait son lien avec le serpent, sa possession par Voldemort. Avait-il dessus un quelconque contrôle ? C'était peu probable, il n'avait pas les capacités magiques pour résister au mage noir. Il n'était probablement qu'un pantin, mais un dangereux pantin.
- Tu n'as pas l'air très bien. J'espère que tu n'es pas malade ?
Dans le métro, le petit groupe se retourna vers Molly, qui s'inquiétait de l'état de Potter. Le garçon était en effet livide et silencieux. Était-il inquiet qu'on ait découvert son secret ou l'avait-il découvert en même temps qu'eux ? Il hocha violemment la tête pour indiquer qu'il n'était pas malade et fixa les yeux sur une affichette qui vantait les services d'une compagnie d'assurances.
- Harry, mon chéri, tu es sûr que ça va ? insista Molly d'une voix inquiète.
Ils étaient de retour à présent square Grimmaurd et contournaient la pelouse en friche qui occupait le centre de la place.
- Tu parais si pâle...Tu as dormi, ce matin ? Tu vas monter te coucher tout de suite, comme ça, tu pourras te reposer deux heures avant le dîner, d'accord ?
Il acquiesça d'un signe de tête. Dès que Molly eut ouvert la porte d'entrée, il passa tout droit devant le porte-parapluies en jambe de troll et monta l'escalier jusqu'à la chambre. Megan le suivit du regard, les yeux plissés. Molly annonça qu'elle allait préparer le dîner. Sirius leur demanda des nouvelles d'Arthur, et il sembla ravi d'apprendre qu'il était en forme.
- Je peux te parler ?
Megan avait parlé sans réfléchir. Sans hésiter, le sorcier acquiesça, et ils s'isolèrent dans le salon du premier étage pour discuter. Il y faisait un froid glacial, aucun feu n'y ayant été allumé depuis longtemps.
- Est-ce que tout va bien ? s'enquit Sirius. Je sais qu'Arthur compte beaucoup pour toi, mais il est sorti d'affaire, maintenant.
- Oui, oui je sais, ce n'est pas ça. C'est à propos de Potter.
- Harry, corrigea l'homme machinalement.
Elle l'ignora.
- Fol Œil dit que Voldemort a pris possession de lui.
Sirius se figea, l'œil alerte.
- Fol Œil t'a dit ça ? s'enquit-il.
- Non, je l'ai entendu dire. Tu me connais, je suis terriblement indiscrète.
- D'habitude je trouve que c'est une excellente qualité, mais pas cette fois, s'agaça Sirius.
- Tu le savais ? insista-t-elle plutôt. Depuis combien de temps est-ce que c'est le cas ? Est-ce qu'il y a eu d'autres attaques dont on ne nous a jamais parlé ? Est-ce que ça peut recommencer à tout moment ? Parce qu'il dort dans la même chambre que Ron, et je refuse de retrouver mon meilleur ami en petits morceaux demain matin !
- Tu racontes n'importe quoi ! On ne sait même pas exactement ce qui s'est passé hier soir. Voldemort pourrait (il insista bien sur ce mot) avoir pris possession de lui, mais ce n'est pas une certitude. Après tout Harry n'a pas quitté son lit ! Il n'a fait qu'assister à l'agression d'Arthur.
- Mais comment ? Et pourquoi ?
- Pourquoi, je n'en sais rien. Je ne sais même pas si Voldemort a agi volontairement de ce point de vue-là. Comment… Ça a forcément à voir avec ce qu'il s'est passé il y a quinze ans, quand il a essayé de le tuer pour la première fois. Je n'en sais pas beaucoup plus que toi, mais ce qui est sûr, c'est que Harry ne présente aucun danger, ni pour toi, ni pour Ron, ni pour personne !
- Tu ne dis pas ça uniquement parce que c'est ton filleul et que tu sais que je le tuerais si je pensais qu'il était une menace pour nous ?
Sirius secoua la tête, crispé par le ton froid de Megan.
- Tu crois que je resterais sans rien faire si je vous pensais en danger ? s'agaça-t-il. Je suis sûr de ce que je te dis. Il n'est qu'une victime de toute cette affaire. Assister à la scène sans la comprendre l'a traumatisé.
- Pauvre enfant, railla la jeune fille.
- Oui, Megan, pauvre enfant. Arrête d'agir comme s'il n'était qu'un garçonnet pourri gâté ! Que tu aies vécu de véritables drames de ton côté n'enlève rien à ses souffrances !
Butée, elle croisa les bras sur sa poitrine en le toisant. Sirius soutint son regard sans ciller.
- Est-ce que ça pourrait m'arriver aussi ? finit-elle par demander.
- Quoi donc ?
- Que Voldemort se serve de mes rêves comme chaîne de télévision. Le voir attaquer des gens dans mon sommeil. J'ai un lien avec lui, moi aussi, comme tu le sais…, ajouta-t-elle à voix basse.
- Je ne pense pas, répondit Sirius d'une voix plus douce. Votre lien est différent. Rien de tout ça ne t'est jamais arrivé, n'est-ce pas ?
- Le voir tuer des gens ? Non, pas en rêve, seulement dans la réalité, sous mes yeux, des gens comme Cedric par exemple.
Sirius eut une sorte de sourire compatissant.
- Tu sais que je suis désolé pour tout ce qui t'est arrivé.
- Tu n'y es pour rien, soupira Megan. C'est moi qui me suis embarquée là-dedans, tu te souviens ?
Le fugitif connaissait ses deux plus gros secrets, celui de sa naissance et celui de son double-rôle de l'année passée. Et il les avait tous deux précieusement gardés. Il était l'homme le plus digne de confiance qu'elle connaissait. Épuisée, elle se laissa tomber dans un des fauteuils, et Sirius s'assit en face d'elle.
- Tu t'es refait une beauté, lui fit-elle remarquer.
Il s'était rasé, visiblement lavé, et ne sentait plus l'alcool.
- Il y a des femmes respectables dans cette maison, maintenant, je ne pouvais plus décemment apparaître ainsi, se moqua-t-il avec un sourire. Je suis désolé pour ce qui est arrivé à Arthur, mais…
- Mais tu es content d'avoir une autre compagnie que Kreacher, compléta sans peine Megan. Je comprends. Je suis contente qu'on passe Noël ici, je ne sais pas si tu aurais pu nous rejoindre au Terrier… C'est une bonne chose, finalement. Arthur va vite se remettre, tout va rentrer dans l'ordre.
Sirius lui adressa un sourire.
- Des fois tu es capable d'être quelqu'un d'appréciable, tu sais ?
- Des fois seulement, grommela-t-elle. Ne t'y habitue pas trop.
Une chose en amenant une autre, ils se lancèrent dans une grande conversation sur la création de l'Ordre du Phénix durant la première ascension au pouvoir de Voldemort. Cette organisation avait allumé une lueur d'espoir dans les ténèbres de l'époque. Pour Sirius et James, à peine assagis à leur sortie de Poudlard, c'était un défi passionnant et exaltant. Ils avaient aimé lutter ainsi contre Voldemort et ses fidèles, malgré toutes les horreurs auxquelles ils avaient été confrontés. Ils ne voyaient alors ces épreuves que comme un passage difficile de leur vie, mais étaient convaincus d'en sortir grandis, d'en sortir tout court. Mais James et Lily n'avaient pas survécu à la guerre, et très rapidement Sirius avait été emprisonné, tous trois trahis par leur ami fidèle. La famille de Sirius n'avait pas bougé le petit doigt pour l'aider, personne ne s'était dressé contre sa condamnation injuste et sa parodie de procès. Même Remus avait douté, convaincu qu'il était responsable de la mort des Potter, de ces Moldus et de Pettigrew. Megan ne put s'empêcher de ressentir un élan d'admiration pour lui : il était arrivé dans le lieu le plus désespérant d'Europe seul, abandonné et trahi, et y avait survécu, animé par la seule perspective d'une vengeance bien méritée. Quand Megan retrouverait Pettigrew, elle le lui offrirait sur un plateau d'argent.
Lorsque Molly les appela pour passer à table, ils avaient presqu'oublié où ils se trouvaient et pourquoi. Avec un sourire complice, ils se replongèrent dans l'atmosphère humide du square Grimmaurd.
D'après Ron, Potter dormait encore et ne dînerait donc pas avec eux. Il ne se montra pas de la soirée et, d'après Ron, il dormait toujours lorsqu'il monta se coucher le soir. Le lendemain, il s'enferma dans le salon du premier étage sans adresser de regard ou de parole à qui que ce soit. Megan voyait Ron, Ginny et les jumeaux s'inquiéter de son attitude, mais ils n'osaient pas aller lui parler, de peur de se faire hurler dessus. Aucun d'entre eux ne semblait avoir verbalisé ses inquiétudes à son sujet. Peut-être ne savaient-ils pas comment les formuler. Pensaient-ils qu'il avait joué un rôle dans l'attaque de leur père ? Megan était désormais convaincue du contraire, grâce à Sirius, mais elle ne savait pas comment le leur expliquer, et elle n'avait pas envie d'aborder le sujet. L'ambiance était en effet festive ce jour-là : soulagés de savoir leur père hors de danger et joyeux à la perspective des festivités de fin d'année qui approchaient, les Weasley, Sirius et Megan passèrent la matinée à accrocher des décorations de Noël dans la maison. Ils n'avaient jamais vu Sirius de si bonne humeur, ravi de voir sa maison à nouveau pleine, soucieux de faire oublier l'hôte grincheux qu'il avait été au cours de l'été : allant de mur en mur avec des boules brillantes et des guirlandes, il allait jusqu'à chanter des cantiques, et son allégresse était contagieuse. Voilà exactement à quoi devait ressembler des fêtes de Noël en famille, pensa Megan en souriant.
Elle avait retrouvé dans sa valise les chapeaux de laine qu'elle avait tricotés avec Hermione dans les semaines précédentes, et se fit une joie d'en coiffer les têtes d'elfes fixées au mur dans l'escalier.
- Hermione ne va pas trouver ça drôle du tout, s'esclaffa Ron en regardant son amie faire.
- Ce que Hermione ne sait pas ne peut pas lui déplaire, répondit sagement Megan en reculant dans l'escalier pour admirer son œuvre.
- Détrompe-toi : elle arrive ce soir.
Megan se retourna vers son meilleur ami en haussant les sourcils. Il tenait à la main une feuille de parchemin dont elle se saisit : Hermione les informait qu'elle avait décidé de les rejoindre au lieu d'aller skier avec ses parents, compte tenu des circonstances. Elle arriverait en fin d'après-midi avec le Magicobus, juste après leurs derniers cours du trimestre. Megan sourit : elle était ravie que Hermione se joigne également à eux pour les fêtes.
Potter ne se présenta pas non plus au déjeuner. D'après Molly, il s'était désormais réfugié dans la chambre de la mère de Sirius, avec Buck.
- Il n'a rien avalé depuis hier…, s'inquiéta-t-elle. Je me fais vraiment du souci pour lui.
- Bah, ça lui passera, répondit Megan, la bouche à moitié pleine de purée, en haussant les épaules. A votre avis, à quel point Umbridge a crisé en découvrant qu'on avait disparu sous son nez, l'autre soir ? ajouta-t-elle à la cantonade.
Un éclat de rire secoua les autres convives et les conversations reprirent joyeusement.
- Alors, comment se passe votre club de défense ?
Sirius et Megan étaient en train de suspendre des branches de houx dans le hall d'entrée et parlaient à voix basse tant pour ne pas réveiller Walburga Black que pour ne pas révéler à Molly que Megan, Hermione et ses enfants participaient à un rassemblement illicite visant à saper l'autorité de la Grande Inquisitrice de Poudlard.
- Super bien, répondit-elle en profitant du sommeil de l'occupant d'un des tableaux pour y fixer l'extrémité d'une tige. Umbridge ne se doute de rien, et franchement les élèves ne se débrouillent pas trop mal. Enfin, c'est loin d'être brillant, hein, mais je m'attendais à pire.
Sirius eut un petit rire. Visiblement, le mépris de Megan pour le commun des mortels l'amusait plus qu'autre chose. Elle lui parla de la Salle sur demande, et il parut impressionné de cette découverte. Même lui, James, Remus et Peter ignoraient son existence, alors qu'ils avaient parcouru le château en tous sens pour élaborer la carte du Maraudeur. Elle se lança dans le récit de ses aventures avec Fred et George avant qu'ils n'offrent ce précieux artefact à Harry, et Sirius lui promit de leur révéler un jour qu'il en était l'un des concepteurs.
Vers six heures du soir, la sonnette de la porte d'entrée retentit et Mrs Black se mit à hurler.
- C'est incroyable, comment ils peuvent oublier qu'il ne faut pas sonner ? pesta Megan en sortant de la cuisine avec Ron et Ginny.
Elle se réjouit cependant lorsqu'elle ouvrit la porte et trouva sur le seuil Hermione, de la neige dans les cheveux et les joues rosies par le froid, et Remus, pâle et vêtu d'une robe rapiécée mais souriant largement.
- FILS DE SANG-DE-BOURBE, SALES RATS, IGNOBLES GOBELINS, COMMENT OSEZ-VOUS SOUILLER A NOUVEAU LA DEMEURE DE MES ILLUSTRES ANCÊTRES !
- Ça n'a pas beaucoup changé ici, se réjouit Hermione en entrant. Oh, vous avez tout décoré, c'est vraiment joli !
Remus les contourna pour aller faire taire le portrait de Walburga avec l'aide de Sirius, qui venait de dévaler les escaliers sa baguette à la main, une couronne de houx dans l'autre.
- Attends de voir les têtes d'elfe dans l'escalier, ricana Ron.
Megan lui jeta un coup d'œil pour le dissuader d'en dire plus et Ginny pouffa de rire.
- Fred et George ont trouvé un serpent dans la cuvette des toilettes du dernier étage, déplora Molly en arrivant à son tour dans le hall. Oh, bonjour Hermione, ma chérie. Remus, tout va bien ? Ça s'est bien passé ?
Le loup-garou s'était absenté depuis plusieurs jours pour accomplir une mission pour le compte de l'Ordre. Parfois, Megan oubliait qu'il habitait ici avec Sirius. Molly l'entraîna vers la cuisine puis s'arrêta sur le pas de la porte.
- J'ai allumé un feu dans votre chambre, Ron, leur lança-t-elle, et je vous ai mis des sandwiches là-haut… Peut-être que si vous êtes juste entre vous, ça ira mieux…
- Oh, lâcha Ron.
Hermione lui jeta un coup d'œil interrogateur.
- C'est à propos de Harry, souffla Ginny tandis que Sirius, Molly et Remus s'enfermaient à la cuisine pour discuter de la mission qui venait de s'achever. Il nous évite depuis qu'on est revenus de Ste Mangouste, hier.
- Et je crois bien qu'il n'a rien mangé depuis, ajouta Ron, consterné.
- Pourquoi est-ce qu'il vous évite ? s'enquit Hermione en écarquillant les yeux.
Ron et Ginny lui relatèrent la conversation qu'ils avaient surprise dans la chambre d'Arthur à l'hôpital. Molly, Fol Œil et Tonks ne savaient pas qu'ils avaient glissé des Oreilles à rallonge sous la porte, et ils avaient estimé avec Sirius que son isolement n'était probablement qu'une réaction au traumatisme d'avoir assisté, impuissant, à l'attaque du serpent. Mais les autres savaient pertinemment qu'il était perturbé par ce qu'ils avaient tous entendu la veille.
- Tout ça est ridicule, asséna Hermione. Où est-ce qu'il est ?
- Au dernier étage, dans la chambre de la mère de Sirius, avec Buck, répondit Ron. Il y est depuis ce matin.
- Attendez-moi dans votre chambre.
Abandonnant ses affaires dans le hall, Hermione gravit les escaliers d'un air résolu. Avec un haussement d'épaules, Megan conduisit les autres au deuxième étage, dans la chambre que Ron partageait avec Potter. Un feu y brûlait chaleureusement et une pile de sandwiches les attendait dans une assiette posée sur le lit de Potter. Les trois adolescents s'assirent sur le lit de Ron et attendirent que Hermione traîne Potter hors de sa cachette. Il ne lui fallut que cinq minutes.
- Je suis arrivée par le Magicobus, disait-elle d'un ton dégagé en retirant son blouson lorsqu'elle poussa la porte de la chambre, suivie du garçon. Tu n'imagines pas ma tête quand j'ai vu que Megan n'était plus là, j'ai cru qu'elle avait encore recommencé à disparaître ! (L'intéressée lui jeta un regard noir.)Dumbledore m'a raconté ce qui s'est passé ce matin à la première heure mais il a fallu que j'attende la fin officielle du trimestre pour pouvoir quitter Poudlard. Umbridge est déjà furieuse que vous ayez disparu sous son nez, même si Dumbledore lui a dit que Mr Weasley était à Ste Mangouste et qu'il vous avait donné la permission de partir. Bon, alors...
Elle s'assit à côté de Ginny et tous les quatre regardèrent Potter.
- Comment tu te sens ? demanda Hermione.
- Très bien, assura le garçon avec raideur.
- Ne mens pas, Harry, répliqua-t-elle d'un ton agacé. Ron et Ginny m'ont dit que tu te cachais de tout le monde depuis ton retour de Ste Mangouste.
- Ah, ils ont dit ça ?
Il jeta aux intéressés un coup d'œil furieux. Ron baissa les yeux, mais Ginny ne manifesta aucun embarras.
- En tout cas, c'est ce que tu as fait ! Dit-elle. Et tu ne nous regardes même plus !
- C'est vous qui ne me regardez plus ! répliqua Potter avec colère.
- Peut-être que vous vous regardez à tour de rôle mais jamais en même temps, suggéra Hermione, les coins de sa bouche frémissant en un sourire.
- Très drôle, répondit le garçon d'un ton sec en se détournant.
- Arrête de jouer les incompris, Potter, lança Megan, excédée.
- Écoute, les autres m'ont raconté ce que vous avez entendu l'autre jour avec les Oreilles à rallonge..., commença Hermione.
- Ah ouais ? grogna-t-il.
Les mains enfoncées dans les poches, il regardait en direction de la fenêtre, derrière laquelle la neige tombait à gros flocons.
- Alors, comme ça, vous parlez tous de moi ? Remarquez, je commence à m'y habituer.
- C'est à toi qu'on voulait parler, Harry, dit Ginny, mais comme tu n'arrêtes pas de te cacher depuis qu'on est rentrés...
- Je n'avais pas envie qu'on me parle, répondit-il de plus en plus irrité.
- C'est quand même un peu bête de ta part, s'emporta Ginny. Les seules personnes que tu connaisses qui aient jamais été possédées par Tu-Sais-Qui, c'est Megan et moi. J'aurais pu te dire quel effet ça fait.
Megan ne put s'empêcher de penser qu'en réalité, seule Ginny était concernée, mais elle ne dit rien pour préserver son secret. Potter resta immobile, comme frappé par les paroles de la jeune fille. Puis il tourna sur lui-même pour la regarder en face.
- J'avais oublié, dit-il.
- Tu as bien de la chance, répliqua-t-elle avec froideur.
- Je suis désolé, répondit Potter d'un air sincère. Alors... vous pensez que je suis possédé, hein ?
- Est- ce que tu te souviens de tout ce que tu as fait ? demanda Ginny. Est-ce que tu as l'impression qu'il y a de longues périodes de blanc pendant lesquelles tu ne sais plus ce qui s'est passé ?
- Non, dit-il après un instant de réflexion.
- Dans ce cas, Tu-Sais-Qui ne t'a jamais possédé, répondit simplement Ginny. Quand il a pris possession de moi, il m'arrivait de ne plus savoir ce que j'avais fait pendant plusieurs heures d'affilée. Tout d'un coup, je me retrouvais quelque part sans savoir comment j'y étais arrivée. Toi aussi, Megan, non ?
- Ouais, c'est ça, répondit l'intéressée de mauvaise grâce.
- Mais quand j'ai rêvé de ton père et du serpent...
- Harry, tu as déjà eu des rêves dans ce genre-là avant, l'interrompit Hermione. L'année dernière, tu voyais parfois ce que Voldemort était en train de faire.
- C'était différent, répondit Potter en hochant la tête. Cette fois-ci, j'étais à l'intérieur du serpent. C'est comme si c'était moi le serpent... Et si Voldemort avait réussi à me transporter à Londres ?
- Un jour, Potter, dit Megan au comble de l'exaspération, tu te décideras peut-être à lire L'Histoire de Poudlard, et tu te souviendras alors qu'il est impossible de transplaner à Poudlard, ni pour y venir, ni pour en sortir, sauf si Dumbledore le décide. Même Voldemort ne parviendrait pas à t'arracher à ton dortoir.
- Tu n'as pas quitté ton lit, mon vieux, assura Ron, troublé par les deux évocations du nom maudit. Je t'ai vu t'agiter pendant au moins une minute dans ton sommeil avant qu'on arrive à te réveiller.
Potter se remit à faire les cent pas dans la pièce. Il prit un sandwich dans l'assiette posée sur le lit et le fourra avidement dans sa bouche. Sirius, en passant devant leur porte pour aller voir Buck, entonna à pleins poumons « De bon matin, j'ai rencontré l'hippogriffe. »
