Le Croquemitaine avait eu une fille. Athénaïs, Athénaïs Black.
Évidemment qu'il lui avait donné son nom, elle avait été sa fille et lui, le roi des cauchemars si arrogant, si égoïste, si imbu de lui-même en avait été tellement fière de ce petit bout de chou si plein de magie. Il l'avait aimé plus que son cœur trop sec, trop vieux, trop ridé ne l'aurait jamais imaginé. Oui, cet enfant il l'avait aimé, protégé. Mais il avait échoué. Et il avait beau blâmer les autres, au fond, il savait que c'était lui l'unique responsable de la perte qui aujourd'hui lui déchirait l'âme.
Comme il l'aimait. Il l'aimait si fort qu'il avait l'impression que son cœur se déchirait à chaque fois qu'il osait respirer. Et pourtant, par deux fois, il fut coupable de l'avoir mené à sa perte. La première, elle n'était encore qu'un cauchemar, certes bien plus évolué que tous les autres, mais tout de même. Avec de la patience, il aurait pu la ramener seul. Mais l'Homme de la Lune était intervenu et lui avait volé sa petite. Mais la deuxième… Elle était devenue un esprit à part entière. Si certes il avait ramené sa conscience à l'état brut de cauchemar grâce à Willo, l'enveloppe corporelle et la magie d'Athénaïs était toujours celles offertent par l'Homme de la Lune. Elle ne reviendrait pas. Sa petite, sa chère petite. Comme il s'en voulait, comme il souffrait.
Il voyait encore ses yeux. Ses grands yeux autrefois dorés qui dévirent un beau jour tout gris. Des yeux légèrement en amande comme ceux des chats, possédant des pupilles extrêmement réactives à la luminosité ambiante, pouvant tantôt se réduire à de fines fentes en pleine lumière ou bien se dilater complètement dans l'obscurité, lui permettant ainsi de voir là où les yeux des autres ne voyaient que les ténèbres. Des yeux lui permettant de voir la vérité de chaque être vivant foulant le sol de cette galaxie. Ses yeux n'étaient pas le reflet de son âme mais de celui des autres. Ses yeux qui lorsqu'elle souriait, se retrouveraient réduis à deux fentes malicieuses.
Il voyait encore son sourire. Un sourire qui durant les trois quarts de son enfance avait été caractérisé par un trou ou deux là où ses petites dents tombaient. Ou parfois, dans l'empressement de recevoir sa pièce par la Fée des Dents elle avait plus qu'aidé ses petites dents de lait à l'abandonner.
Il sentait encore la douceur de ses cheveux roux comme le pelage d'un renard. Des cheveux tout fins, tout plat, tout doux. Des cheveux coupés au carré qui descendaient à peine plus bas que le creux de son cou. Il avait toujours adoré lui couper les cheveux ses mains longues et fines, adroites et précises trouvant ainsi encore matière à servir.
C'était la fin d'une histoire, triste ou joyeuse, nul n'aurait su le dire. Il y avait eu un début puis une fin, une tombe. Mais les souvenirs ne mourraient pas immédiatement eux, et constituaient un amer rappel pour ceux qui restaient ici bas, montrant que rien n'était jamais, jamais éternel.
C'est ce qu'essayait de se répéter Pitch Black alors qu'il regardait douloureusement le cercueil descendre lentement sous terre. Une larme glissa de sa paupière, dévalant sa joue pour finir par se glisser et se perdre dans le col de sa tunique noire. À cet instant, le Croquemitaine n'avait plus rien de menaçant. Ne restait qu'un homme dont le deuil et la souffrance étaient si profondément inscrit dans sa chaire que rien ne semblait pourvoir l'en détourner.
Il pleuvait. Évidemment. Pourquoi est-ce que les moments douloureux et tristes ce passaient toujours sous un mauvais temps ? Le ciel était gris, presque noir. Comme le cœur de Pitch. Il était fatigué. Fatigué d'avoir tant et tant pleuré, fatigué d'avoir espéré jusqu'au bout que tout s'arrangerait, fatigué d'être abandonné encore et encore. Les derniers jours lui avait paru si longs… ou si courts ; il ne savait plus, tout était bien trop flou, trop douloureux.
Des gouttes de pluie dévalaient ses joues. À moins que ça ne soit des larmes. Pitch s'en fichait. Il avait bien trop mal pour s'en préoccuper. Au diable sa fierté.
Le cœur déjà en miette de Pitch s'effrita un peu plus quand on lui demanda si il voulait dire quelques mots. Il aurait tant aimé. Il aurait aimé lui rendre hommage. Dire quelque chose, un dernier mot, un dernier au revoir, un adieu. Mais il ne pouvait pas. Cela aurait rendu les choses trop concrètes. Trop vrais. Trop réelles. Les mots s'étaient coincés dans sa gorge et son regard s'était lentement brouillé. D'un signe de tête, il signifia à la petite assemblé que non, il ne dirait rien.
Les souvenirs l'engloutissait. Lentement. Il se noyait peu à peu dans cet océan de détresse, un mélange aussi doux qu'amer avec ses multiples souvenirs. Il se revoyait, assit dans un fauteuil, occupé à tresser les jolies mèche rousse de l'enfant; puis une odeur de tarte au pomme sous un soleil d'été, et elle qui lorgne le dessert sous son regard amusé ; une partie de cache-cache ; une nuit passé à lui apprendre le nom des étoiles ; une promenade au bord d'un lac. Il lui avait donné tout l'amour, toute la tendresse et l'attention qu'il n'avait jamais reçu.
La pluie ne voulait pas s'arrêter. Ce constat le plongea au plus profond de sa tristesse. Elle avait toujours détesté la pluie. Même la météo refusait de lui rendre un dernier hommage. La vie était tellement injuste.
Les regrets s'entassaient. Ne pas lui avoir montré à quel point elle comptait pour lui. Ne pas lui avoir dit aussi souvent qu'il aurait du « je t'aime ». Il se sentait si vide. Pourquoi avait il donc fallut qu'il ai été si avare de démonstration d'affection ?
Il serra le poing plus fort, allant sans le vouloir jusqu'à briser la jolie rose qu'il tenait dans sa main. C'était la fleur préféré d'Athénaïs.
Un sanglot brûlant remonta violemment dans sa gorge alors que les premières pelletés de terre se mettaient à recouvrir le cercueil. Alors il jeta la fleur sur le cercueil qui disparaissait sous les pelletées de terre et la douleur de l'assistance.
Et tourna les talons.
Lorsque Pitch avait quitté la clairière, emportant Athénaïs avec lui, les Gardiens étaient restés immobile. Ils avaient gagnés. Mais à quel prix ? Willo et Athénaïs avaient toutes les deux été victimes de cette guerre qui ne les concernaient pas. Jack, dont le dos le faisait tant souffrir, ne bougeait pas. Les yeux perdus dans le vide, il ne réalisait pas ce qui venait d'arriver. Comment une telle tragédie avait elle pu se produire ? Pour le protéger du choc, sa magie l'avait isolé dans un coin de son esprit, le déconnectant du monde, le plongeant dans une inconscience artificielle.
North l'avait ramassé et ils étaient tous retourner au Pole. Seul Bunny exprima le souhait de retourner dans son domaine. Personne ne l'en empêcha. Une fois de retour à la fabrique, Fée s'était occupée de la blessure de l'esprit de l'hiver avant de s'éclipser dans son royaume. Elle se sentait de trop ici. La mort de Willo était encore si fraîche dans leur esprit que voilà que le destin frappait de nouveau. Tous allaient déplorer la disparition des deux esprits, mais Fée avait bien du mal à partager leur chagrin. Elle méprisait Athénaïs, pourquoi la pleurait elle ? Les choses étaient ainsi. Sans un regard en arrière, elle s'envola hors de la demeure de North.
Sab n'avait pas tardé à l'imiter lui aussi. Il voulait retrouver Pitch. La Faucheuse allait arriver pour récupérer ce qui lui revenait de droit et il voulait savoir ce qu'il allait advenir du corps de l'enfant.
Rester seul dans son immense fabrique, North soupira. Les Gardiens étaient saufs et les enfants aussi. Mais l'avenir lui semblait si fade. Comment apporter de l'Émerveillement aux enfants si lui même en cet instant trouvait le monde si gris ? Las, il s'enferma dans son atelier, espérant se noyer dans le travaille afin d'éviter de ressasser les tristes événements.
Quand à Bunny, il était fou de rage. Le domaine tout entier retenait son souffle alors que son maître hurlait de colère en saccageant tout sur son passage, arrachant les fleurs, fracassants les arbres, écrasant les œufs, démolissant les golems. Cela n'aurait jamais du se passer comme ça ! Jamais. Athénaïs était revenue une fois alors il doutait fort que ce soit à nouveau le cas. Non, elle ne reviendrait pas. Aussi insupportable soit-elle, il s'était attaché à sa présence taquine et à ses questions indiscrètes. Plus jamais elle ne viendrait lui réclamer du chocolat aux noisettes, plus jamais il ne sera obligé de lui courir après pour qu'elle lui rende son boomerang, il n'aura plus à répondre à tout ses « Pourquoi c'est comme ça ? Et pourquoi ceci ? ». Essoufflé, il se laissa finalement tomber sur un rocher. Elle allait profondément lui manquer.
Il contemplait la scène de loin. Il n'osait intervenir, de peur d'enfoncer Pitch encore plus profondément dans sa détresse. A genoux, le Croquemitaine serrait désespérément le corps sans vie de son enfant. Devant lui, la Mort lui murmurait des paroles douces que Sab, trop éloigné, ne pu saisir. Pitch secouait la tête, protestant faiblement, repoussant d'une main la Mort lorsqu'elle souhaitait s'approcher. Elle n'avait pas encore sortit sa faux, elle devait d'abord apaiser l 'âme torturée de Pitch avant de récupérer celle d'Athénaïs.
-Bonjour Marchant de Sable.
Sab sursauta et se retourna. Derrière lui, se trouvait Styx et Messorem qui regardaient eux aussi la triste scène. Les assistants de la Mort se ressemblait tous plus au moins à l'exception de Jack'O Lantern. Tous avait les mêmes cheveux bruns, les mêmes yeux d'un bleu si pâle qu'on pourrait les croire aveugles, la même longue cape noire qui recouvrait leur tenus qui elles, étaient disparates. Styx secoua la tête d'un air navré en regardant Pitch, sa queue de cheval se balançant doucement dans les airs alors que Messorem semblait obnubilé par Athénaïs.
-Tu as remarqué Styx ? Elle est si calme, dit il avec un air tellement surprit que Styx sourit.
-Oui. Cela faisait des années que je n'avait pas vu autant de sérénité chez une défunte.
Sab forma un point d'interrogation au dessus de sa tête.
-Elle n'a pas peur, au contraire elle est totalement apaisée. Je crois qu'elle a même hâte de partir, expliqua Messorem. Nous pouvons ressentir les sentiments des défunts lorsque nous nous apprêtons à les faucher. N'empêche, pauvre Jack'O, il va pas apprécier la nouvelle. Peut être que le maître acceptera t'il qu'il lui rende visite après tout, Jack'O a bien travaillé dernièrement. Et tout travaille mérite un salaire ! T'en penses quoi Styx ?
-Allons, répondit elle simplement en lissant sa cape du bout des doigts et en resserant l'élastique qui maintenait ses cheveux en place. Il est temps d'y aller, tu viens Messorem ?
-J'arrive ma chérie ! ricana t'il alors qu'elle levait les yeux au ciel. Au revoir Sab,heureux de t'avoir revu, salua t'il avant de rejoindre son amie qui s'avançait pas vif vers son maître.
Sab sourit. Les deux faucheurs étaient les assistants de la Mort qu'il connaissait le plus. Caelum et Mortem qui travaillaient principalement dans l'au-delà, ne sortaient que rarement du royaume des Morts. Quand à Jack'O Lantern, il était si difficile à cerner que le Marchand de Sable avait vite renoncé à l'approcher. Lorsqu'il reporta son attention vers le petit groupe, la Faucheuse s'éloignait de Pitch, Styx et Messorem derrière elle. La faux de la Mort était devenue bleue, signe qu'une âme venait d'être récoltée et attendait d'être emmenée dans l'au-delà. Cette fois, Athénaïs n'en reviendrait pas.
Pitch ne bougeait plus, caressant tendrement le visage de la petite. Ce triste spectacle serra le cœur du Marchand de Sable. Alors il s'approcha, saisit Pitch par les épaules sans que celui-ci n'oppose la moindre résistance, et l'emporta au Pole. Là-bas, il fut décider d'enterrer la défunte prés d'un lac. Cet endroit n'avait aucune valeur symbolique et se trouvait en terrain neutre. Suffisamment loin du territoire de chaque légende pour que chacun puisse venir s'y recueillir. L'accord concernait en réalité surtout Pitch et Bunny qui avaient faillit s'étriper.
Jack s'était réveillé quelques heures plus tard. Épaulé par Bunny, il ne l'avait pas lâché d'une semelle. Il avait passé un long moment à pleurer contre son épaule. Ses deux amies étaient parties et ne reviendraient pas. Tout ça par la faute d'un esprit tourmenté. Mais il le savait, cela était bien trop facile de ne blâmer que Pitch. Ils étaient tous responsables de ce gâchis, tous autant qu'ils étaient. Aucuns d'eux n'avaient essayer de comprendre les autres, cherchant simplement à se taper dessus au final, ils étaient tous pareils, terrorisés à l'idée de finir seul et abandonné.
L'enterrement eu lieu le lendemain. Il pleuvait.
Styx et Messorem avaient apportés un magnifique cercueil et avaient présentés leur condoléances. Fée, la moins affectée, accepta de s'occuper de nettoyer le visage et le corps de l'enfant. Elle lui brossa les cheveux et la revêtit d'une robe noire comme elle les aimait tant. Pitch accompagné de Sab furent les seuls à venir avant que Fée ne scelle définitivement le cercueil. Bunny et Jack refusèrent, le premier car il ne préféra pas laisser Jack seul un instant au risque de le voir s'écrouler, le deuxième car il ne l'aurait tout bonnement pas supporté.
Ils furent plus nombreux que North ne l'aurait pensé. Alors que le cercueil descendait sous terre avec l'aide de Styx et Messorem, il regardait sous bouger Pitch qui était en face au trou béant qui engloutissait sa petite alors que son corps était secoué par d'indénombrables sanglots. Les Gardiens étaient tous venus, Fée ne volait pas et se tenait légèrement en retrait. Sab était à côté de lui, les bras ballants le long du corps et fixait ses pieds, perdu dans ses pensées. Jack, dont les cheveux aplatis par la pluie incessante lui tombaient dans les yeux, fixait tristement la tombe. Il ne pleurait plus. Il savait qu'Athénaïs aurait râlé si ils avaient tous pleurnichés. Bunny devait penser la même chose, car il se contenta de poser sa patte sur l'épaule de l'esprit de l'hiver et de la lui serrer doucement.
Jack'O Lantern et Luciole étaient là aussi. Le premier car Athénaïs était son amie. Contrairement à ce que beaucoup avaient pensés, il ne semblait pas particulièrement affecté par sa mort. En effet, son maître lui avait accordé le droit de se rendre dans son royaume aussi souvent qu'il le souhaiterait pour rendre visite à son amie, à condition qu'il ne bâclait pas son travail. Évidemment, aucun esprit qui n'était lié à la Mort ne pouvait savoir que ce genre de chose était possible. Pour eux, le royaume des Morts était un lieu dont ils ne savaient que très peu de chose. Quand à Luciole, elle appréciait Pitch autrefois, avant qu'il ne « tourne mal » comme disait les nymphes, et en souvenir de cette ancienne amitié, était venue lui apporter son soutien.
Puis Pitch était parti et tout le monde en avait fait de même. La vie avait repris son cours. North fabriquait des jouets, Bunny peignait des œufs, Fée récoltait les dents, Sab créait des rêves et Jack distribuait la neige autour du globe. Quand à l'Alliance des Ténèbres, elle était définitivement dissoute.
Les Gardiens avaient fait la connaissance d'Estelle, nouvel esprit des feu-follet. Fée et elle avait bizarrement tout de suite accrochées. North et Sab en eurent une bonne impression, Bunny et Jack, absents ce jour là, ne la rencontrèrent que des années plus tard, par hasard, alors que Jack accompagnait Bunny pour Pâque. La rencontre fut vite expédiée, Estelle les salua avant de s'éloigner rapidement, débordée par son travaille. Ils apprirent plus tard que Fée, Luciole et elle se rendaient quotidiennement visite pour échanger les derniers potins. L'Homme de la Lune avait sourit, rassuré. Estelle ne serait pas seule ainsi, le triste destin de sa sœur lié à sa solitude ne la frappa jamais.
Depuis, Jack était venu rendre visite à ses deux amies disparues. Devant la tombe de Willo, il réalisa que cela aurait pu être lui. Si les Gardiens et Quenottes ne l'avaient pas empêchés, il aurait sûrement rejoint Pitch lui aussi. Willo n'avait pas eu cette chance. Il aurait du être là pour elle, au final, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Willo avait été seule trop longtemps et cet abandon avait signé sa perte. Jack soupira et caressa doucement la pierre tombale. Le corps de Willo n'était plus ici. La Mort l'avait récupéré, il ignorait pourquoi mais personne ne s'y était opposé. La tombe était vide. Mais l'endroit permettait de se recueillir, dernière demeure où se trouva Willo avant de disparaître pour toujours. Jack ne pleura pas. Willo avait retrouvé Mort pour l'éternité, et quelque part, Jack se doutait que c'était ce qu'elle avait toujours souhaité.
Bunny lui, apportait de quoi fleurir la tombe d' Athénaïs chaque premier jour du mois. Des coquelicots, des roses, des lys, des marguerites et des tulipes recouvraient le marbre gris. Il ne l'avait jamais considéré autrement que comme une nuisible, agaçante et envahissante. Mais à présent, il réalisait ô combien le vide qu'elle avait laissé dans sa vie était énorme. Même quand tu n'es plus là, avait t'il râlé en arrosant les plantes, tu arrives à me faire chier, c'est vraiment pas croyable. Nul doute que si elle l'avait entendu, elle aurait ri.
Dame Nature, soulagée que les esprits aient retrouvés leur quotidien, se montra plus calme. Les catastrophes naturelles cessèrent pendant un moment et les nymphes travaillèrent d'arrache-pied pour que le printemps soit le plus réussi possible, multipliant les fleurs et les brises légères.
La Faucheuse, après s'être fait royalement enguirlander par Dame Nature, avait promit de ne plus se mêler aux querelles des esprits mineurs. Et Willo ayant rejoint son royaume, il lui avait enfin avoué la vérité. Lorsqu'il l'avait abandonné, des siècles plus tôt, ce n'était pas parce qu'il avait finit par la haïr, loin de là. Mais à rester aussi prés de la mort, même les esprits immortels finissaient par dépérir. Pour la sauver, il n'avait eu d'autre choix que de partir loin d'elle. Styx avait approuvé les dire de son maître. Willo avait simplement sourit et lui avait pardonné. La Mort fit d'elle son bras droit dans l'au-delà. Mais contrairement aux autres assistants de la Mort qui pouvaient quitter le royaume sous-terrain comme bon leur semblaient, Willo ne pu jamais revenir dans le monde des vivants. Elle n'était plus un esprit, seulement une âme que la Mort avait choisi pour régner à ses côtés et ce pour l'éternité. Mais nul n'en su jamais rien, le royaume des Morts gardait ses secrets mieux que personne.
Quand à Pitch, personne ne le revit jamais. Cela alerta Jack quelques mois plus tard. Légèrement soucieux à l'idée de ne plus voir aucun cauchemar dans les rues, il se rendit jusqu'à l'antre du Croquemitaine. Pitch était il encore en deuil au point d'abandonner son travail ? Mais l'antre, baigné dans la douce lumière de la Lune, était désert. Pitch Black avait disparu.
Dégustant une tasse de thé, l'Homme de la Lune attendait patiemment que l'orage passe. Le déluge de reproche dont il était accablé depuis de longues heures était loin d'être terminé. Alors il sirotait sa boisson, laissant le cœur aigris et rancunier de son interlocuteur se décharger peu à peu de toute sa haine et sa colère. Il avait le temps de toute façon. Plus rien ne pressait. La guerre était finie. Il n'y en aurait plus d'autre à présent, il y veillerait personnellement.
-Assied toi Pitch, j'ai à te parler, dit t'il d'une voix si posée qu'il était difficile d'imaginer qu'il se faisait hurler dessus depuis des heures.
-Me parler ? cria le Croquemitaine en se retournant vivement vers lui. Pour me dire quoi ? Tu m'as volé ma fille, tu m'as réduit à l'état d'une blague destinée aux enfants. Tu m'as tout pris, pourquoi est-ce que je devrais t'écouter ? Ma fille est morte et c'est ta faute ! C'est toi qui a fait de moi un monstre, je sauvais des vies autrefois mais tes Gardiens m'ont fait passer pour le méchant. Tout est de ta faute, tu es l'unique coupable !
-Pitch, je t'en prie, répéta t'il doucement. Viens t'asseoir.
Dans un grognement de colère, il céda et vient s'installer face à l'Homme de la Lune. Silencieusement, celui-ci lui servit un verre de whisky. Il allait en avoir besoin.
-Le monde des esprits a subit un grand bouleversement ses dernières années. Ainsi, je m'excuse car comme tu l'as dis, je suis l'unique responsable de toutes les erreurs qui se sont produites. Les Gardiens n'avaient pas pour but de te chasser, au contraire. Vous deviez travailler ensemble, pour le bien des enfants. Mais ils ont mal interprétés ton rôle, qui consistait à protéger les enfants tout comme eux mais d'une façon différente. Ils leur a fallut beaucoup de temps pour comprendre que la peur était nécessaire. Lorsque ce fut enfin le cas, il était trop tard, la colère avait fini de ronger ton cœur. Beaucoup en ont payés le prix. Toi d'abord, et ce de nombreuses fois. Mais Willo aussi. Sous ton influence, elle a abandonnée son poste d'esprit des feu-follet. A présent, s'est sa jeune sœur Estelle qui assure désormais ce rôle.
-En quoi tout cela me concerne t'il, grogna Pitch. Je connais les faits puisque s'est moi qui les ai subit sombre idiot. Que me veux tu, vieux fou ?
L'Homme de la Lune se leva et s'approcha de l'immense globe de cristal où de jolies lumières clignotaient, représentant chaque êtres humains qui croyaient en une ou des légendes.
-Approche Pitch, que vois-tu ?
-Des lumières. Et aucunes ne brillent pour moi. Cesse de m'humilier !
-Ces lumières représentent pourtant la raison de vivre de chaque esprit. Par ma faute Pitch, tu as perdu tout intérêt pour les humains. Seul la vengeance t'anime à présent. C'est pourquoi je te relève de tes fonctions.
-Quoi ? s'étrangla Pitch.
-Ce n'est pas une punition pour tes actes, dit l'Homme de la Lune en lui pressant doucement l 'épaule, car je suis je seul coupable. J'aurais du mieux tous vous protéger. Tu es le seul de mes esprits à n'avoir jamais eu de vie humaine avant de devenir une légende. Comme tu le sais je t'ai crée de toute pièce.
-Je refuse ! Il est hors de question que je devienne un simple mortel.
-Pitch Black, écoute moi, sourit le vieil homme. J'ai appris de mes erreurs, et tu mérites d'être heureux à ton tour.
-Et qui s'occupera de répandre des cauchemars hein ?
-Ho, allons Pitch, tu as toi même créé ton successeur. Regarde donc par ici.
Pitch se retourna. Et son cœur s'allégea. Bien plus tard, lorsque l'Homme de la Lune vient le chercher, Pitch était apaisé. S'était une légende au cœur léger, enfin débarrassé de sa haine et de sa colère que le vieil homme prit dans ses bras. L'enveloppe charnel de celui qui fut pendant des siècles le Croquemitaine s'effrita et disparue. Ne restait dans les mains fripées de l'Homme de la Lune, qu'une flamme bleue semblable à une petite bulle de savon.
Avec une grande douceur, il souffla dessus, l'envoyant au-delà des étoiles, loin à travers les nuages. Quelques instants plus tard, les cris d'un nouveau née parvinrent à ses oreilles. Il sourit.
-Il est temps à présent que tu ailles accomplir ton destin, dit il en se détournant de la Terre en fixant une personne occupée à boire un grand bol de chocolat chaud. Approche.
Enfin. Toutes les pièces du puzzle était en place. Le dernier Gardien s'apprêtait à rejoindre les siens. Ce pour quoi il avait œuvré pendant des années allait enfin se produire. Tous ces sacrifices ne seraient finalement pas vains.
-A genoux mon enfant, dit il chaleureusement alors qu'une lumière d'un bleu éclatant illuminait la Lune toute entière à mesure que son maître parlait. Par les pouvoirs qui me sont conférés et par mon droit le plus sacré, je te nomme reine des cauchemars. Puisses-tu faire honneur à ton titre de Croquemitaine en protégeant les enfants des dangers de la vie de mortel. Relève toi, Athénaïs, gardienne de l'Innocence.
