Pansy Parkinson en avait marre de sa vie. Elle était face au miroir, à tracer un parfait trait de liner pour allonger son regard lorsqu'elle prit conscience que sa vie était juste nulle. Elle avait deux meilleurs amis, un travail de secrétaire pour le bureau des aurors et c'était tout. Elle n'avait pas de copain et ces grandes fiertés : boire, boire et reboire.

Le réveil après cette énième cuite avait été comme tous les autres. Compliqué jusqu'à ce qu'elle boive une potion dégrisante. Pansy Parkinson était une alcoolique. Au départ, elle prenait la remarque à la rigolade mais cette fois-ci, elle commençait à y croire. Quel genre de personne aimait se prendre cuite sur cuite à 30 ans passés ? Les alcooliques. Quel genre de personne se prenait au moins deux cuites par semaine ? Les alcooliques.

Pansy ne termina pas le tracé de son maquillage. Elle lâcha son pinceau pour venir se démaquiller et s'observer, sans fard. Elle contempla son reflet dans le miroir, elle n'était pas si mal pour son âge. Le temps n'avait pas joué sur elle comme il avait déjà joué sur beaucoup d'autres. Ses lèvres pulpeuses, son regard brun, sa mâchoire correctement dessinée. Ses cheveux noirs tombaient jusqu'au milieu de son dos. De nature vaniteuse, elle se trouvait jolie mais fade. Elle avait l'impression de n'être que le reflet passé de la jeune femme de 20 ans qu'elle avait été. Elle n'était peut-être pas si mal mais elle avait vieillit et, même si sa peau n'en avait pas pris les plis, on le voyait au fond de ses yeux, sur sa posture mais aussi sur le style qu'elle conservait depuis son adolescence. Cela ne lui convenait plus. Pansy avait besoin de changement.

Elle soupira avant de se diriger vers son armoire pour en sortir une tenue sobre. Elle passa un pantalon crayon noir qu'elle n'avait jusqu'alors jamais porté puis elle boutonna sa chemise verte avec soin. Elle enfila une paire de chaussettes tout aussi que son pantalon avant de sortir une paire de chaussures plates vernis. Pour la première fois depuis sa sortie de Poudlard, le monde allait voir Pansy Parkinson sans talons. Elle enfila un long trench sombre avant de sortir, le pas conquérant.

Son premier rendez-vous de la journée allait être le coiffeur. Elle devait aller travailler mais pour ce qu'elle avait à faire dans son bureau, elle allait se faire porter pâle pour la matinée sans le moindre état d'âme. Elle ne savait pas réellement comment elle avançait, elle n'avait pas pris le temps de boire son café noir du matin, mais elle avançait. Elle avisa au loin l'enseigne de son coiffeur habituel, celui à qui elle confiait sa tête depuis si longtemps qu'il avait pris l'habitude de lui proposer un verre de vin plutôt qu'un café dès que les douze coups de midi avaient sonné.

– Gil ! J'ai besoin d'une coupe. C'est un cas de force majeure.

– Oula, ma petite Pansy. Vous deux, occupez-vous de madame, je vais m'occuper de notre nouvelle arrivante.

Le dénommé Gil déposa dans les mains de ses deux jeunes coiffeuses paires de ciseaux et peignes avant de se diriger vers Pansy de sa démarche de chef. Il avait, sur le crâne, une véritable masse capillaire parfaitement coiffée à la couleur similaire de celle de la cliente qu'il venait d'abandonner.

– Pourquoi ce besoin soudain ? Enfin des vues sur un homme ? A moins que ce ne soit une femme qui face chavirer ton cœur...

Il sourit en coin, se délectant de la moue réprobatrice que lui envoyait sa cliente la plus assidue.

– Je veux changer de tête. J'ai 30 ans, j'ai la même coupe de cheveux depuis mes 18 ans. Ça ne va plus.

– Enfin ! Depuis le temps que je rêve de pouvoir te changer cette coupe. Carte blanche ?

– Carte blanche mais je te préviens, je garde ma couleur naturelle.

– Alors allons-y. Je sais déjà ce que je vais te faire. Es-tu prête à changer de vie ? Puis si cela ne te plait pas, je t'offre le sérum pour faire pousser les cheveux enfin tu connais la maison.

– Allons-y.

Sous l'excitation, les cheveux de l'homme virèrent au bleu. Un bleu qui s'accordait parfaitement avec son teint italien. Il fit s'installer Pansy à sa place habituelle, lui offrant une tasse de café sans même lui demander son avis. Elle le remercia et eut le temps de regarder son reflet une dernière fois avant que Gil ne jette un sortilège au miroir se trouvant en face d'elle. Elle ne voyait plus que du noir. Elle ferma les yeux.

– Grangie ! On se retrouve samedi matin devant chez Draco. Il est déjà au courant. On doit aller te trouver une robe pour le bal qui aura lieu samedi soir. C'est non négociable.

Hermione fixait Pansy avec les yeux ronds. La femme qui se tenait devant elle, les poings sur les hanches, ressemblait à Pansy mais ne pouvait être Pansy. Elle était certainement Pansy mais une Pansy différente de celle qu'elle avait vu deux jours auparavant.

– J'ai un bouton sur le nez ?

– Non, non mais…

– Alors pourquoi tu me fixes comme ça ?

– Tes cheveux ?

– J'ai décidé de tout couper.

– Comme si je ne l'avais pas vu.

– Fait attention Grangie, à trop côtoyer Draco tu commences à manier le sarcasme. Comment tu trouves ma nouvelle coiffure alors ?

– Ca fait… Je ne sais pas. Les cheveux longs t'allaient bien mais il faut avouer que ce carré court et cette frange te changent totalement. Ça te donne du caractère.

– J'en ai toujours eu.

– Oh ça, je ne vais pas le nier. Ce que je veux dire c'est que là où les cheveux longs te rajeunissaient, cette coupe te rend ton âge sans pour autant te vieillir. Tu fais très…

– Très quoi Grangie ?

– Mature.

– Parfait alors. Mais fait attention, si tu continues de me regarder comme ça, je vais rougir. Non pas que je n'apprécie pas la compagnie des femmes mais je ne vais pas voler celle qui partage la vie de mon meilleur ami.

Hermione leva les yeux au ciel avant de se détourner de Pansy pour préparer un colis de livre.

– Rendez-vous samedi matin à 10h en bas de chez Draco. Si tu n'es pas là, je monte te chercher.

– Mais Pansy, je travaille !

– Miss Granger, vous avez travaillé seule toute la période de Noël et, depuis que vous êtes ici, vous n'avez jamais pris plus de 5 jours de vacances. Je vous laisse votre samedi. D'ailleurs, vous viendrez me voir dans mon bureau lors de la pause déjeuné. J'ai quelques choses à vous dire et c'est assez urgent enfin, il n'y a pas mort d'homme mais vous comprendrez.

– Je… Merci Madame Fleury.

– Plus d'excuse Grangie. A samedi !

– A samedi, Pansy.

Pansy n'avait pas attendu la réponse d'Hermione pour sortir de la boutique. Hermione siffla une injure à son encontre avant de voir la vieille Madame Fleury disparaître de nouveau dans son bureau. Depuis l'explosion, la librairie avait été refaite à neuve si bien que le parquet ne grinçait plus et les étagères ne semblaient plus prêtes à s'écrouler. Les livres les plus précieux avaient été protégés grâce au charme de bouclier perpétuel lancer sur eux mais de nombreux livres avaient tout de même été détruits.

Hermione sourit. Elle souriait tout le temps si bien qu'elle se demandait comment elle faisait pour ne pas avoir de crampes au niveau des joues. Elle avait l'impression que la vie lui souriait de nouveau. Hermione Granger était heureuse comme jamais elle ne l'avait été. Elle avait une fille formidable, un petit garçon adorable, des amis admirables et, surtout, un amoureux exécrable. Elle avait envie de chantonner, elle se permit de sautiller un peu, ses boucles brunes voletant autours d'elle.

– Hermione ? Je peux te parler ?

– Ginny ?

Hermione fit volte-face pour se retrouver en face d'une rousse qu'elle n'avait pas vu depuis ce qui lui semblait être des mois. Lorsqu'elle avait tout compris, elle en avait voulu à Ginny. Si Harry avait accepté assez rapidement, il lui avait fallu un peu plus de temps pour digérer la pilule.

– J'aimerais te parler.

– C'est ce que tu fais.

– Non Hermione, j'aimerais réellement te parler. Je sais que tu m'en veux encore et que le fait qu'Harry fasse comme si rien n'était ne change rien à l'amertume que tu as contre moi.

– Harry est heureux maintenant et c'est tout ce qui m'importe.

– Je sais mais je… je tenais à m'excuser.

– T'excuser de quoi ? D'avoir trompé Harry avec mon ex-mari ? De m'avoir rejeté quand j'avais besoin de toi ? D'avoir critiquer mes choix quant à ma vie sentimentale ? De m'avoir traité d'idiote quand je disais ne plus vouloir revenir avec John alors qu'il me le demandait ? De m'avoir caché le fait que tu n'étais plus heureuse dans ton couple au point de tomber dans les bras de John ?

– …

– Maintenant Ginny, dit-moi pour quoi tu viens t'excuser.

– John. Il est parti. Il… Il a dit qu'il n'était pas capable d'avoir une famille, qu'il avait besoin d'air alors il est parti. Il n'est plus à Paris et personne ne l'a vu dans son cabinet d'avocat depuis trois jours.

– Et qu'est-ce que ça peut me faire ? Tu savais comment il était.

Des larmes coulèrent sur les joues de Ginny et Hermione ne tint plus. En vouloir plus longtemps à la rousse lui semblait si insignifiant qu'elle franchit les deux pas les séparant pour l'attirer contre elle. La rousse sanglota un instant contre la brune. Hermione passait doucement sa main sur le dos de son amie, caressant sa peau à travers son pull comme si cela allait apaiser son cœur souffrant.

Lentement, Hermione sentit que les larmes de son amie se faisaient plus lentes et elle tressautait de moins en moins contre son corps. Ginny était un peu plus grande qu'elle et elle sentit le lilas. Elle avait toujours trouvé que cette odeur lui allait à ravir. Ginny se recula légèrement des bras d'Hermione pour venir essuyer ses yeux. Hermione put observer son regard rougi et cerné. Elle semblait exténuée. Elle lui rappelait ce qu'elle avait été le jour où sa vie avait volé en éclats.

– Je suis tellement désolée Hermione. Si tu savais comme j'aimerais avoir le pouvoir de changer le passé.

– Je sais Gin', je sais. Mais on ne peut changer le passé, il est là et il faut faire avec mais tu peux choisir de changer ton futur. Tu devrais venir au bal de charité donné au Manoir Malfoy. J'y serais et Harry sera là aussi il me semble. Je crois que ce bal va nous faire du bien, à tous.

– Quand je pense que tu as mis à un point d'honneur à ne jamais y aller par fierté.

– Les choses ont changé.

– La vie nous a tous changé.

– Je me plais à dire que la vie sait ce qu'elle fait en ce moment. Si je n'avais pas connu ma dose de malheur, je ne serais pas heureuse aujourd'hui comme je le suis.

– Je vais devoir y aller. Luna m'attend au Chicaneur. Merci, Hermione.

Ginny tourna les talons pour fuir. Hermione eut un pincement au cœur en la voyant partir ainsi sans qu'elle n'ait réellement pris le temps de parler.

– Gin' ! Je t'aime toujours !

Ginny ne répondit pas, tournant seulement un visage avec un sourire vers son amie avant de se laisser aspirer par la foule. Elle lui sourit en retour. Au loin, midi sonnait et elle ferma la boutique. Il n'y avait pas eu énormément de clients mais elle s'en moquait. La journée, à ses yeux, se déroulait extrêmement bien. Elle n'avait plus qu'à voir Madame Fleury dans son bureau pour aller prendre sa pause déjeuner qu'elle devait partager avec Draco et Blaise.