Chapitre 21 : il est temps de discuter

Le désir de confrontation monte et je dirais même que la confrontation s'approche... des paris sur son déroulement ?


Les journaux me dépriment, un risque d'attaque terroriste est critique et pour cette raison, les journalistes montent la tête des anglais en ne parlant que des terroristes, et particulièrement des extrémistes musulmans. En première page, une photo de Lucius Malefoy, le titre est une citation de l'interview « INTEGRATION OU EXPULSION ». L'interview n'est qu'un ramassis d'horreurs à propos de ces étrangers incapables de s'intégrer, des mots et commentaires ne pouvant que mettre de l'huile sur un feu allumé par les médias. Malefoy a été capable d'insulter toutes les minorités possibles et imaginables, même les irlandais. Je pince les lèvres et jette le torchon à la poubelle quand j'arrive à mon arrêt.

Je suppose que Drago m'a déjà envoyé des messages suite à l'interview de son père. Je regarderais plus tard. Pour l'instant j'ai des cours à suivre, puis je dois essayer de convaincre mon père de pardonner Sherlock. Cette tête de mule refuse de lui reparler. Je comprends sa réflexion mais je ne parviens pas à trouver cela suffisant. Sherlock est en vie, c'est ce que mon père voulait, désespérément.

Je ne sais pas si je parviendrais à me concentrer correctement sur mes cours, mais je peux au moins essayer.

Bon de fait, c'est insupportable. Mes yeux sont vissés sur le tableau que je ne vois pourtant pas, je prends de vagues notes sur les sujets vus aujourd'hui et j'irais réclamer des notes dans quelques semaines. À la fin des cours, je vais attendre Zabini près de son auditoire, grignotant une orange pour patienter.

Il sort parmi les premiers, le port de tête altier et une expression hautaine peignée sur le visage.

- Tu as lu l'article de Lucius ? je demande sans même le saluer.

- Tu vas me dire que tu es surprise ? me répond-il sur le même ton.

- Je… Non, je soupire en le suivant vers la sortie.

Blaise ne va jamais manger à la cafétaria, ses papilles sont trop bourgeoises pour partager les mets de la plèbe (moi). Il va dans un café à proximité et je m'assois face à lui, ouvrant mon déjeuner préparé par mes soins le matin même.

- Je ne comprends pas… il te connaît, il connaît tes parents, tes parents le fréquentaient, je soupire.

- Mes parents et moi font partie de la minorité acceptable, répond Blaise, étrangement dépité. De l'argent, des manières. Et nous sommes leur « ami noir » qui est, selon eux, une défense contre leur racisme.

- Et tes parents les supportaient parce que… ?

Blaise hausse les épaules sans vraiment me répondre, buvant son café en regardant avec arrogance autour de lui. Un sourire moqueur nait sur ses lèvres, fixant quelque chose derrière moi.

- Regarde qui voilà.

Je n'aime ni son ton, ni son sourire, je tourne la tête et vois Drago nous rejoindre, en compagnie de Pansy Parkinson. Je regarde à nouveau Blaise.

- Tu lui as dis où nous étions ?

- Ta méfiance me blesse, Elizabeth.

Je le fusille du regard.

- J'ai peut être, malencontreusement, activé ma localisation sur snapchat, avoue-t-il, détaché.

La chaise à côté de moi est tirée et Drago s'assoit en m'embrassant doucement la joue, me reprochant à l'oreille.

- Tu n'as pas répondu à mes messages.

- Je n'ai pas du les voir, je réponds avec un sourire, prenant néanmoins sa main en prétendant ne pas voir son expression indignée.

Pansy s'assoit près de Blaise, face à Drago. Je ne comprends pas très bien ce qu'elle fait là, mais ne comptez pas sur moi pour le demander à haute voix. C'est Drago qui brise le silence en serrant ma main et me demandant, mal à l'aise :

- J'imagine que tu as lu l'article ?

- Tu imagines bien.

- Je vais lui parler, me rassure-t-il à voix basse.

Pas assez basse, Pansy doit avoir visiblement entendu :

- Pourquoi tu lui en parlerais, Dray ? Ce n'est pas de ta faute.

Je suis partagée entre une forte envie de me moquer du surnom et une envie de lui en mettre une. Même si j'avais eu envie de devenir amie avec Pansy, elle m'a clairement fait comprendre qu'elle ne me pardonnerait pas. Drago m'a expliqué que Pansy et lui avaient eu une longue relation « on and off » pendant leur adolescence. Il m'a pas vraiment raconté comme ça s'est terminé. Je pince simplement les lèvres, ignorant l'expression terriblement amusée de Blaise et lorgne la réaction du blond. Drago semble ne pas être perturbé, ni par le surnom, ni par la remarque.

- Ce genre de communications et d'interviews données aux journaux marquent le public. Mon père retourne dans une réputation dont il a tenté de se séparer.

- Le pauvre, je marmonne en levant les yeux au ciel.

Drago est de bonne humeur, il essuie mes remarques acerbes comme si il ne les entendait pas. Ou alors il attend qu'on soit seul pour me crier dessus. Peu importe, je suis au moins tranquille pour le moment.

- Ce n'est pas comme si tu pouvais comprendre, crache froidement Pansy.

- J'en suis bien heureuse, je réplique sur le même ton.

- Pansy, prévient Drago d'une voix grondant de colère.

Son poing est serré, il jette à Parkinson un regard noir. J'apprécie l'intervention mais je peux me défendre toute seule. J'ai d'autres choses à dire à Drago mais j'aimerais être seule, ou au moins sans elle. Il faut croire qu'elle lit dans les pensées, car elle va se chercher un muffin en me fusillant du regard. Je lui souris, goguenarde avant de me tourner vers Drago, perdant aussitôt mon sourire.

- Que fait-elle là ?

- Nous nous sommes croisés en sortant des cours, elle m'a dit que Blaise lui manquait, elle est venue, explique-t-il, l'air de rien.

- Et tu l'as cru ?

Le problème avec le fait de ne pas aller en cours avec Drago, ou au moins à la même université que lui, c'est que Pansy, elle, y va.

- Peu importe, je soupire. Quant à ton père… je ne sais pas si ça sert à quelque chose de lui parler.

- Je dois quand même lui parler, répond-il fermement.

Pansy revient avec un muffin pour tout le monde, sauf moi. Drago me donne le sien sans même remercier Parkinson. Je retiens un ricanement, ce ne serait pas très classe.

- Je vais devoir retourner en cours, je finis par annoncer après une dizaine de minutes de discussions sur leurs anciens compagnons de classe.

- Je t'accompagne.

Illustrant ses propos, Drago s'est levé et m'a repris la main, m'accompagnant dans l'université. Sur la route, je lui glisse :

- J'ai discuté avec Mycroft. Si jamais ça se passe mal avec ton père il…

- Je t'avais demandé de ne pas le faire.

- Tu as acheté un appartement sans m'en parler.

- Je pensais que tu m'avais pardonné ? demande-t-il, outré.

- Je t'ai pardonné, mais j'ai droit à un an où je peux utiliser cet incident pour justifier… certains écarts.

Je souris en coin. Drago roule des yeux et enlève sa main de la mienne, me prenant par la taille. Nous marchons en silence quelques minutes.

- Elizabeth, si mon père me raille de la famille…

- Drago, ça devient de plus en plus difficile de moi de te croire quand tu dis que tu n'es pas d'accord avec ce que ton père dit sans pour autant le confronter.

Drago se crispe totalement, me regardant comme si je l'avais insulté. On se dispute souvent en ce moment, et j'en suis la première désolée mais je ne peux pas laisser tout passer. Je lui montre le dos de ma main comme si il ignorait ma couleur de peau.

- Que va dire Papy Lucius quand ses petits enfants seront cafés au lait ?

- Je ne…

- Ça fait plus de deux ans que nous sommes ensemble. Il va bien falloir te rendre compte que c'est de moi que ton père parle quand il dit ce genre de choses.

- Je sais, je sais.

Drago prend mon visage dans ses mains, observant les gens passés autour de nous avant de plonger son regard dans le mien.

- Je vais arranger les choses, me promet-il avant de m'embrasser tendrement.

Je réponds au baiser, mes mains sur son torse. Quand il se recule, il a un sourire satisfait.

- Je m'en souviendrais de cette histoire de petits enfants café au lait, Watson. J'aimerais que tu passes me voir à Imperial, le plus tôt possible.

Je rougis et il s'éloigne avant que je n'aie eu le temps de répondre.

Il se la pète quand même.

ooOOOoo

Sherlock est partis en enquête avec Molly. Je vais finir par leur faire la gueule à tous les deux, je ne suis pas jalouse, juste … mmh, peu importe. Et Drago m'a envoyé la date à laquelle il irait parler à son père. J'ai trouvé ça étrange puis j'ai compris qu'il allait le faire à un bal de charité organisé par sa famille.

- Ce n'est pas un peu… déplacé de lui parler de ça à ce moment là ?

- Dés que j'aborde le sujet, il trouve une obligation ou une excuse, pas cette fois, pas là.

- Bon… je vais venir, j'imagine, j'ai répondu après hésitation.

Nous étions l'un contre l'autre dans le canapé de l'appartement. Ses bras autour de moi.

- Non..., a-t-il commencé mais je l'ai coupé.

- Si tu te fais rayer de la famille ce sera le dernier gala auquel je pourrais assister, j'ai susurré avec un sourire en coin. Il faut que je profite.

Drago a eu un sourire aigre.

- Puis tu as assisté au retour de Sherlock en exclusivité, j'ai renchéris.

- C'était tout à fait intentionnel de ma part, s'est-il amusé.

Quoiqu'il en soit, il n'a pas essayé de me dissuader plus que ça. Et c'est comme ça que je me retrouve dans l'appartement de Papa, habillée d'une jolie robe de bal verte, apparemment la couleur préféré de Drago. Je porte des chaussures à talon que Drago m'avait offert, mes cheveux coiffés et lâches, et maquillée convenablement. Je jette un coup d'œil septique à mon reflet, ayant l'impression d'être une potiche.

Mon père doit aimer les potiches parce que, quand il rentre à la maison en compagnie de Mary, ils me regardent avec admiration, un sourire en coin naissant sur les lèvres de mon père.

- Magnifique, murmure-t-il.

- Wow Elizabeth ! s'exclame Mary. Drago est un chanceux.

- Ça c'est certain, je réponds avec évidence.

Peu importe ce à quoi je ressemble, je sais pertinemment que je serais de toute façon pas à ma place dans cet univers. Et tout le monde le saura aussi, qu'il s'agit juste d'apparats et rien d'autres. Mais je fais une petite révérence à Mary et Papa.

- Ne faites pas de bêtises, j'indique sévèrement en pointant le doigt vers eux.

Ils ne feront pas de bêtises. Je sais bien que Mary aime bien Papa. Je pense que Papa le sait aussi. Mais il ne se passe rien. Mary sourit en coin.

- Tu nous connais.

- Exactement.

Alors que Mary s'avance vers la cuisine, je regarde Papa.

- Et si tu me faisais plaisir aujourd'hui ?

Il hausse les sourcils.

- Oui ?

- Et tu allais voir Sherlock ?

Papa se crispe mais ne refuse pas immédiatement, marmonnant un « on verra » avant de suivre Mary. Je baisse les yeux vers mon téléphone et inspire profondément en voyant le message que Drago m'a envoyé. Il est là. Je prends mon sac à main, mon manteau et préviens Papa que je ne suis pas certaine de rentrer à la maison avant demain. Il me demande d'être prudente, comme d'habitude. Je dis oui, comme d'habitude.

Drago est venu en berline, il est à l'arrière, dans son costume noir sur mesure, se rongeant les ongles en regardant par la fenêtre. Quand j'ouvre la portière, il me salue distraitement, me faisant un compliment par habitude plus que par sincérité. Je ne m'en formalise pas trop. Je n'ose imaginer son état de nervosité. Je prends doucement sa main et la serre. Il lève les yeux vers moi et me fait un petit sourire nerveux.

- Ça va aller, je lui murmure doucement.

- Oui.

Il ne me croit pas. Moi non plus pour être honnête.

La voiture démarre. Le gala des Malefoy a lieu dans un hôtel luxueux du cœur de la ville.

- C'est un gala de charité ?

- Mmh oui.

- Et quelle est la charité ?

- Une association pour les mères célibataire, je crois, marmonne Drago.

Aouch. Le coup au cœur. Drago ne remarque pas mon état et continue de regarder la route défiler devant lui sans vraiment la voir. Je caresse le dos de sa main avec mon pouce mais c'est plus pour me rassurer moi que lui.

Arrivant à destination, je peux voir un long tapis rouge sur lesquels des personnes de la noble société marchent en direction de l'entrée majestueuse de l'hôtel. Beaucoup sont vieux, certains plus jeunes. Blaise m'a dit qu'il viendrait peut être, que ses parents, eux, seraient bien là.

La voiture s'arrête et la portière est ouverte par un portier qui me tend la main. Je prends celle-ci et tente de sortir de la voiture le plus gracieusement possible. En temps normal je n'aurais pas fais preuve d'autant d'attentions vis-à-vis des règles de bienséances, mais je pense que Drago a déjà assez de choses à penser.

Avançant vers la réception, Drago fait quelques hochements de tête à des connaissances. La salle de réception est gigantesque, somptueuse, ornée d'un immense lustre au centre du plafond reflétant la lumière. Au fond de la salle, petit orchestre joue une douce musique classique tandis que, juste à côté de l'entrée, se trouve un bar autour duquel sont agglutinés de nombreuses personnes. Des tables à cocktails sont disposées ici et là, et des serveurs se baladent dans la pièce avec des plats débordant d'amuses bouches. Je ne sais où regarder, où aller.

- Tiens Drago.

Nous nous tournons, faisant face à un vieux couple. L'homme est grand, le nez bossu, les cheveux coiffés en arrière et le regard hautain. La femme a des cheveux blancs retenus par une pince ornée de pierres semi précieuses, un maquillage subtile réhaussant ses yeux bleus, et portant une longue robe. Tous les deux m'ignorant, ne s'adressant qu'à Drago.

- Votre présence ici était… incertaine.

Drago a un petit sourire poli.

- J'ai finalement décidé que rester quelques heures ne ferait pas de mal.

- Et qui est-elle ? demande la femme en parlant de moi, faisant comme si je n'étais pas là.

Drago garde son sourire, mais son regard et sa voix sont glaciales. Il passe son bras autour de moi.

- Ma petite amie, Elizabeth Watson.

- Enchantée, je susurre avec un sourire hypocrite en tendant la main.

La femme regarde ma main avec dégoût. L'homme ne se donne même pas la peine, fixant Drago avant d'annoncer froidement :

- Nous pensions que votre tante exagérait… Ou que c'était simplement une folie passagère.